Petite chronique d’une saison de Formule 1 finalement assez quelconque

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En écrivant cela j’ai bien conscience que cela ne va pas nécessairement plaire à tout le monde, mais c’est mon sentiment d’amateur de sport automobile. J e dis bien amateur de sport automobile, ce qui signifie que je ne suis en aucun cas un technicien, mais un fan qui se contente de regarder les images qui lui sont proposées, contrairement à nombre de forumeurs sur les sites spécialisés qui critiquent des gens comme Jacques Villeneuve pour ses commentaires. Ces pauvres gens oublient simplement que ledit Villeneuve a remporté en 1995 les 500 miles d’Indianapolis, puis le titre de champion du monde de Formule 1 en 1997, devant Michael Schumacher. Bref, il sait quand même de quoi il parle dans ses commentaires sur Canal+, beaucoup plus que les forumeurs qui ne connaissent souvent de la F1 que les consoles de jeux. Fermons donc cette parenthèse un peu longue, pour revenir au sport, au vrai, et parler de cette saison qui s’est achevée sur une nouvelle victoire de Lewis Hamilton à Abou Dhabi (sa onzième de la saison et sa soixante treizième en carrière F1) devant celui qui a été son principal rival cette année, Sebastian Vettel.

En disant que Vettel fut le principal adversaire d’Hamilton, je voudrais souligner que la véritable adversité du quintuple champion du monde fut en fait la Scuderia Ferrari, laquelle n’a pas su concrétiser sur la piste les réelles qualités de la machine conçue à Maranello. Et quand on dit Ferrari, cela signifie à la fois la direction opérationnelle et les pilotes, plus particulièrement le pilote numéro un, Vettel, d’autant que cette année on peut se poser la question de savoir si Raikkonen n’aurait pas mérité de l’être. En tout cas, il n’a quasiment pas fait d’erreurs, alors que son équipier les a accumulées entre avril et octobre (six au total!). C’est le problème d’avoir un pilote numéro un et un numéro deux, situation dont s’est accommodé Raikkonen pendant plusieurs années, pour la simple raison que celui qu’on appelle « Iceman » a besoin, pour aller très vite, d’avoir une voiture qui lui convient parfaitement, ce qui était en grande partie le cas cette année.

En précisant cela, je montre à quel point je suis objectif, puisque c’est mon pilote préféré. Au passage je me réjouis de le  voir continuer sa carrière deux ans de plus, chez Sauber, où il avait débuté brillamment sa carrière en 2001. En tout cas, il a toujours le niveau parce que depuis Monza et sa pole position, après avoir appris sa non-reconduction chez Ferrari, il a largement fait jeu égal avec Vettel, notamment en course, remportant même une victoire pleine de maîtrise à Austin. Comme si le fait de n’être plus au service de Vettel lui avait redonné les ailes sans lesquelles il est difficile de rivaliser avec les tous meilleurs. A ce propos, le contraste est frappant avec Bottas, lequel s’est littéralement effondré à partir de la mi-saison, après avoir été frustré pour avoir manqué la victoire en Chine à cause de la voiture de sécurité et, plus encore, d’avoir obéi aux consignes pour laisser Hamilton gagner à Sotchi. Dur, vraiment d’être numéro deux!

Mais au fait, pourquoi et comment on devient numéro deux? Réponse, parce qu’il y a un pilote qui s’impose à l’autre. C’est aussi simple que cela, ce qu’il faut toutefois relativiser parce que dans le sport en général, et le sport automobile en particulier, il y a des éléments qui font que tel pilote qui paraît irrésistible à un moment ne l’est plus dans d’autres conditions. Je faisais référence à Raikkonen précédemment à propos de sa vélocité qui dépend en grande partie de la manière dont sa voiture se comporte, notamment sa sensibilité par rapport à l’avant de sa machine. Comme le racontait son ingénieur chez Mac Laren et chez Ferrari en 2014, Pat Fry, « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire ». C’est ce qui fit la différence entre Alonso et lui chez Ferrari en 2014, l’Espagnol ayant mieux su tirer la quintessence de la Ferrari F14T. En clair Alonso s’adapte mieux à une voiture, même mal-née, que Raikkonen. Ce sera aussi le cas pour Vettel…jusqu’à cette année.

Mais Vettel lui-même fut largement dominé en 2014 (débuts du moteur hybride turbocompressé équipé d’un moteur électrique) par Ricciardo chez Red Bull, lequel termina troisième du championnat derrière Hamilton et Rosberg, année qui marqua le début de la domination de Mercedes (tous les titres mondiaux remportés depuis cette date avec quatre sacres pour Hamilton et un pour Rosberg). Est-on sûr pour cela que Ricciardo soit meilleur que Vettel, un raccourci vite fait par nombre d’observateurs et par tous les forumers? Peut-être pas. D’ailleurs Ricciardo lui-même a été globalement dominé par Max Verstappen quand les deux hommes se sont affrontés chez Red Bull, sans oublier que Vergne l’a battu en 2012 chez Toro Rosso. Alors me direz-vous, le meilleur c’est Hamilton avec ses cinq titres mondiaux, comme Fangio, avec des records personnels qui approchent de près ceux stratosphériques de Schumacher, au point de le voir les dépasser d’ici deux ou trois ans? Pas forcément, parce que Button, qui lui-même fut battu par plusieurs équipiers (Fisichella, Trulli), le battit nettement en 2011 (270 points contre 227, avec un seul abandon de différence durant la saison). L’année suivante, les deux hommes firent jeu égal (190 points pour Hamilton et 188 pour Button). Cela dit, qui oserait affirmer aujourd’hui qu’Hamilton n’est pas meilleur que ne l’a été Button? Personne, et pourtant…

Voilà quelques considérations que je voudrais tirer à titre personnel de cette saison de F1, en soulignant que l’histoire est là pour rappeler qu’il est très difficile de décider qui est le meilleur en valeur absolue de nos jours et plus encore depuis les débuts du championnat du monde en 1950. Néanmoins, on écrira que depuis cette date seuls trois pilotes ont toujours dominé leurs coéquipiers, y compris les plus prestigieux : Fangio dans les années 50, Clark dans les années 60 et Senna à la fin des années 80 et au début des années 90. Les plus jeunes diront que c’était il y a longtemps, les plus anciens que ce n’était pas le même sport que de nos jours, ce qui est vrai, mais comme je l’ai toujours dit, les statistiques ne suffisent pas pour désigner un tel ou un autre comme le meilleur, parce que chaque époque à son ou ses superchampions. Pour terminer je dirais à ce propos, que les rallyes ont eux aussi leurs superchampions et, pour une fois, deux Français sont au-dessus des autres depuis une quinzaine d’années, puisqu’ils ont remporté tous les titres mondiaux en WRC depuis 2004 (9 pour Loeb et 6 pour Ogier).

Michel Escatafal

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