Gauchers de génie dans le sport – partie 3 (football)

Compte tenu de son universalité, le football a évidemment recelé nombre de très grands joueurs ayant un pied gauche magique. Le choix est tellement important qu’on ne peut l’illustrer qu’à travers des joueurs qui nous ont marqué pour une raison ou un autre, et qui ne sont pas nécessairement les meilleurs. J’ai déjà évoqué le nom à plusieurs reprises de certains d’entre eux, notamment le Hongrois Puskas, l’Anglais Bobby Charlton,  le Brésilien Rivélino, l’Argentin Maradona et Lionel Messi. J’y ajouterai l’Italien Riva, et deux joueurs français qui furent eux aussi parmi les meilleurs que notre pays ait connus, le Nancéien et Rémois Piantoni et le Monégasque Théodore Szkudlapski, dit Théo.

Que dire de plus sur Puskas que je n’ai déjà dit, sauf pour rappeler une fois de plus qu’il a fait partie à la fois d’une des plus grandes équipes nationalles de tous les temps, la grande équipe de Hongrie des années 50, et qu’il a opéré dans ce que certains considèrent comme la meilleure équipe de club de l’histoire, le Real Madrid de la fin des années 50, avec comme partenaires Di Stefano, Kopa, Gento, Zarraga ou Santamaria. Cela suffit comme carte de visite, surtout si l’on ajoute que les statistiques personnelles de Puskas (625 buts pour 631 matches en club plus 84 buts en 89 sélections nationales) n’ont pas d’équivalent en dehors de Pelé.  Le Major galopant, comme on appelait Ferenc Puskas, appartient vraiment, grâce à son pied gauche exceptionnel, au Panthéon des footballeurs, et on peut même dire aux toutes premières places.

On dira la même chose d’un autre footballeur au pied gauche magique, l’Anglais Bobby Charlton. Son histoire est vraiment hors du commun, puisqu’il a fait partie des rescapés de la catastrophe aérienne de Munich qui avait décimé le 6 février 1958 l’équipe de Manchester United, une équipe dont tout le monde à l’époque disait qu’elle serait irrésistible, compte tenu du jeune âge et de la qualité des joueurs qui la composaient.  Et c’est lui qui allait permettre à son club de toujours, de se reconstituer et de redevenir ce qu’il était avant cette catastrophe. La preuve, en 1968, Manchester United remportera sa première Coupe d’Europe des clubs champions avec à sa tête Bobby Charlton. Mais avant cela, il sera la plaque tournante de l’équipe d’Angleterre vainqueur (chez elle) de la Coupe du Monde 1966.  Jamais d’ailleurs dans sa longue carrière Bobby Charlton ne sera aussi brillant que pendant cette Coupe du Monde, je dirais même « sa Coupe du Monde », ce qui lui vaudra d’obtenir à la fin de l’année un Ballon d’Or bien mérité pour l’ensemble de son oeuvre, puisqu’il fut aussi 3 fois champion d’Angleterre (1957, 1965 et 1967) et vainqueur de la Cup (1963), sans oublier ses 106 sélections en équipe d’Angleterre (49 buts).

Tous ceux qui s’intéressaient au football à son époque se rappellent de Bobby Charlton, de ses chevauchées souvent irrésistibles avec sa mèche de cheveux, censée masquer une calvitie déjà très prononcée, partant dans tous les sens. Il avait tout pour lui sur le plan du football, son pied gauche lui permettant d’avoir une maîtrise exceptionnelle du ballon, que ce soit pour dribbler un adversaire, pour faire bénéficier ses partenaires de longues ouvertures millimétrées, ou pour placer des tirs à longue distance. Mais c’était aussi un athlète, à la fois rapide et puissant, capable d’accélérations meurtrières. En somme un footballeur complet et brillant, comme l’Angleterre n’en a jamais eu d’autre de ce niveau.

Moins connu sans doute que Puskas et Bobby Charlton, mais doté lui aussi d’un pied gauche magique, Rivelino fut un des meilleurs joueurs de la meilleure équipe du Brésil de l’histoire, et un des équipiers préférés de Pelé lui-même. Son pied gauche, remarquable, lui permettait de manier le ballon à sa guise, d’être un redoutable dribbleur comme savent l’être souvent les Brésiliens, mais sa réputation il la doit surtout à l’extraordinaire puissance de ses coups-francs, véritables coups de fusil qu’il frappait avec très peu d’élan et qu’il mettait là où il le voulait. Après avoir joué aux Corinthians pendant presque dix ans, puis à Fluminense entre 1974 et 1978, il finira sa carrière en Arabie Saoudite (Al Hilal), pays qui sera celui où il se montrera le plus prolifique quant au ratio entre les buts marqués et le nombre de matches joués. Il est vrai que, même en fin de carrière, un joueur de sa qualité ne pouvait que « flamber » dans un championnat qui était encore loin des standards européens ou sud-américains. Il totalisera 92 sélections dans l’équipe du Brésil, avec laquelle il aura été champion du monde en 1970 au Mexique.

A cette même Coupe du Monde, en finale de la compétition, Rivelino avait face à lui un autre très grand joueur, gaucher comme lui, un des meilleurs avants de pointe qu’ait connu la Squadra Azzura, Luigi Riva plus communément appelé Gigi Riva. Lui aussi n’a pas la réputation que son talent et sa classe mériteraient, parce qu’il fut fidèle toute sa carrière au même club, l’équipe de Cagliari. Et pourtant il était né à Leggiuno, dans la région de Varèse, donc au Nord de l’Italie, mais cela ne l’a pas empêché de devenir l’emblème du club sarde qu’il a conduit au titre de champion d’Italie (saison 1969-1970). C’était un formidable attaquant, grand buteur devant l’éternel, qui a été trois fois meilleur buteur du championnat d’Italie entre 1966 et 1970. C’est aussi, encore à ce jour, le meilleur buteur de la Squadra Azzura avec 35 buts marqués en 42 sélections, ce qui le rapproche des tous meilleurs joueurs, toutes époques confondues.

Enfin, il fut des principaux animateurs de l’équipe d’Italie qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1968 (il ouvrit le score lors du match décisif en finale contre la Yougoslavie), et qui parvint en finale de la Coupe du Monde 1970.  Bref, un très grand joueur qui mérite de figurer dans le Gotha des meilleurs footballeurs du vingtième siècle, mais qui subit le handicap  toute sa carrière de n’avoir pas appartenu à un club comme la Juventus ou les deux Milan. Cela ne lui a pas permis, notamment, d’obtenir un Ballon d’Or qui s’est toujours refusé à lui …faute d’exposition suffisante. Certes, il n’est pas le seul crack à ne pas avoir gagné cette consécration individuelle, puisque Puskas ne l’a pas obtenue non plus, mais ce n’est pas une raison pour ne pas souligner cette anomalie.

Tout à fait naturellement, il n’est pas possible d’évoquer des footballeurs gauchers de génie sans citer les noms de Maradona et de Messi. J’ai parlé longuement d’eux dans un article précédent, intitulé de Di Stefano (Real Madrid)  à Messi (F.C. Barcelone), et c’est la raison pour laquelle je ne vais pas en rajouter, sauf pour noter que Messi est en train d’améliorer son ratio entre les buts marqués en sélection et les matches joués (31 buts en 74 sélections), au point de se situer largement devant Maradona (35 buts en 91 sélections). Il est vrai qu’il atteint à présent l’âge de la complète maturité (25 ans) et qu’il se comporte de plus en plus en patron, comme dans son club de toujours, le Barça.  Et cela promet pour la Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil dans moins de deux ans, seul moyen pour Messi de vraiment dépasser son aîné, qui a mené son équipe au titre mondial en 1986, avec l’aide de Dieu si l’on en croit le Pibe de Oro, surnom de Maradona. En tout cas, Dieu lui a donné une main gauche de qualité, surtout quand on voit comment il a boxé le ballon pour devancer le gardien de l’équipe d’Angleterre (Shilton), et envoyer l’Argentine en demi-finale de cette Coupe du Monde.

Enfin, pour terminer cette galerie de portraits, je veux aussi insister sur le fait qu’il y a eu aussi dans notre pays des gauchers de très grand talent. Je n’en citerai que deux, mais si je parle d’eux c’est parce qu’on les a en partie ou totalement oublié. Le premier c’est Roger Piantoni, une des grandes gloires de la décennie 50 et même du début 60, qui fit partie intégrante de la grande équipe du Stade de Reims, après avoir porté pendant sept ans les couleurs du FC Nancy, ville proche de son lieu de naissance, Etain dans la Meuse…où naquit Michel Vannier. Et oui, cette commune de moins de 4000 habitants a donné au sport français deux merveilleux gauchers dans les deux sports collectifs les plus médiatisés chez nous. Fermons la parenthèse pour noter que Piantoni, triple champion de France avec le Stade de Reims (entre 1958 et 1962), vainqueur de la Coupe de France 1958), finaliste de Coupe d’Europe 1959, a aussi été meilleur buteur du championnat en 1951 (avec Nancy) et dix ans plus tard avec le Stade de Reims, en marquant chaque fois 28 buts. Ce joueur, petit par la taille mais grand par le talent, était un remarquable technicien et avait de la foudre dans son pied gauche. Cela lui a permis de marquer 256 buts en 485 matches de championnat et 18 buts en équipe de France en 37 sélections. C’est lui notamment qui marqua le second but lors de la demi-finale de la Coupe du Monde 1958 contre le Brésil, trompant Gilmar d’un tir terrible de 25 mètres, pour ramener le score à des proportions un peu plus en rapport avec la valeur réelle des deux équipes (5-2 pour le Brésil), l’équipe de France jouant à dix toute la seconde mi-temps.

Enfin, comment a-t-on pu oublier cet extraordinaire technicien gaucher que fut Théodore Szkudlapski, dit Théo. Ce pur gaucher, fils de mineur polonais comme Kopa, à qui tout le monde à l’époque reprochait sa lenteur, était en réalité un accélérateur de jeu comme rarement nous en avons eu dans notre football. Ses dribbles étaient d’une aisance folle, comme sa conduite de balle, sans parler de sa capacité à alerter un partenaire d’une manière extrêmement précise par une passe de 30 ou 40 mètres. Il n’y avait aucun déchet dans le jeu de Théo, qui avait en plus dans sa panoplie une frappe très lourde. On retiendra de lui qu’il fut le meneur de jeu de la grande équipe de l’AS Monaco, avec Leduc comme entraîneur et des joueurs comme Artelesa, Casolari, Novak, Biancheri, Michel Hidalgo, Yvon Douis, Hess, Djibrill et Lucien Cossou. Rarement une équipe française a pratiqué un jeu offensif de cette qualité, et, avec Théo à la baguette, le club de la principauté fera le doublé en 1963 (Coupe-Championnat) et  remportera le titre de champion en 1961.  Reste un mystère que nombre de fans de football n’ont pas compris : Théo ne compta que deux sélections en équipe de France (en 1962 et 1963). Les voies des sélectionneurs étaient vraiment impénétrables, d’autant que Théo savait aussi marquer des buts (102 en 461 matches officiels). Dommage pour l’équipe de France, peu brillante à cette époque, et tant mieux pour l’AS Monaco!

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 2 (rugby)

Je vais aborder à présent  un sport où les gauchers ont une influence d’autant plus importante sur le jeu, que les points marqués le sont toujours très souvent avec les pieds. Il s’agit évidemment du rugby. Ceux que j’ai choisis, un peu par hasard, me font penser à certains moments bien particuliers de ce jeu, que nous sommes très nombreux en France à aimer avec passion. Pour commencer je veux évoquer Michel Vannier (photo), un joueur très controversé à l’époque, qui fait resurgir des souvenirs à la fois heureux et douloureux. Heureux grâce aux victoires du XV de France, auxquelles il a largement contribué avec ses mains et son pied gauche, douloureux en raison d’une vilaine blessure qui l’a éloigné des terrains pendant un an, après avoir risqué l’amputation.

Tout d’abord il faut préciser que Michel Vannier était déjà un cas avant même qu’il ne fût connu, parce qu’il était né à Etain dans la Meuse, un département où rares sont les joueurs de rugby passés à la postérité. Cela dit, Vannier était un joueur extrêmement doué, comme en témoigne le fait qu’il ait été lauréat du Concours national du jeune rugbyman, avant de devenir international juniors dans la même équipe qu’André Haget, Vincent Cantoni, André Save et Jean Barthe, qui furent par la suite internationaux à XV et à XIII. Comme en témoigne aussi le qu’il ait été international militaire d’athlétisme sur 100m et 200m, ce qui explique son extrême rapidité. Mais c’était aussi un remarquable buteur, ayant marqué avec son pied gauche plus de 180 points pour l’Equipe de France. Les plus anciens ont encore en mémoire ce formidable coup de botte qui lui permettait  de passer des drops de 50 mètres et de s’en servir pour dégager son camp et soulager son équipe.

Bref, un très grand arrière comme le rugby français n’en a peut-être jamais eu d’aussi complet, même s’il fut très critiqué chez nous alors qu’il était unanimement apprécié par les Britanniques, lesquels le considéraient comme le meilleur arrière du monde! Dommage qu’il ait perdu presque deux ans de rugby au plus haut niveau, ayant été blessé gravement lors de la tournée en Afrique du Sud en 1958, victime de son courage qui lui valut une rupture des ligaments de son genou droit, l’action dans laquelle il subit sa blessure ayant permis à son équipe d’éviter un essai. Après une longue rééducation, Brin d’Osier, comme on l’appelera plus tard, réintègra naturellement le XV de France (en 1960). Et, à l’occasion d’un fameux France-Afrique du Sud en février 1961, il réalisa une prestation qui lui valut d’être porté en triomphe et de recueillir l’admiration de ses adversaires. Ce chef d’oeuvre avait d’autant plus de valeur pour lui, que c’est contre des Sud-Africains ( Natal) qu’il fut victime de sa grave blessure à Springs.

A peu près à la même époque, je veux aussi évoquer un autre arrière encore plus oublié que Vannier…parce qu’il était roumain. Il s’appelle Alexandru Penciu, et aurait sans aucun doute fait une belle carrière au niveau international s’il était né dans un grand pays de rugby, une carrière qu’il acheva en 1974 à l’âge de 41 ans, après être devenu un joueur légendaire de l’équipe de Roumanie. Même si sa réputation n’a pas l’éclat qu’elle aurait mérité, en raison du peu de contacts internationaux que son équipe nationale entretenait avec les grandes nations du rugby, elle a quand même traversé les frontières de son pays, grâce  aux matches que l’équipe de Roumanie jouait chaque année contre le XV de France. En 1960, par exemple, alors que le XV de France était tout auréolé de son tournoi victorieux, les Roumains lui infligèrent une cruelle défaite (11-5) à Bucarest, en grande partie à cause du pied de Penciu qui réussit deux drops et une transformation.

Il n’avait pas les dons de Vannier, mais c’était un remarquable arrière quand même, assez rapide  pour qu’on lui confiât un certain temps le rôle d’ailier, et de surcroît excellent buteur. D’ailleurs, c’est sur une pénalité de Penciu que la Roumanie battit de nouveau l’équipe de France le 11 novembre 1962. L’année d’après, le 15 décembre 1963, ce même Penciu réussit le drop qui permit à l’équipe de Roumanie d’arracher le match nul au XV de France. Un peu plus tard il deviendra le capitaine de cette équipe roumaine que le XV de France battra 8-3 en novembre 1965. Il opèrera au poste d’ailier, face à Darrouy en novembre 1966 à Bucarest (9-3 pour la France), marquant de nouveau les points roumains sur pénalité.  L’année suivante, en décembre 1967, ayant retrouvé son poste d’arrière, il inscrira les trois points de son équipe grâce à une pénalité, insuffisants toutefois pour empêcher la défaite de son pays (11-3). Ce sera la dernière fois qu’il rencontrera l’équipe de France, un pays qu’il retrouvera entre 1978 et 1980, pour entraîner l’équipe de l’US Oyonnax.

Mais  Penciu s’est aussi fait connaître en Grande-Bretagne, où son équipe de club, le Steaua de Bucarest, rencontra lors d’une tournée en 1955 les équipes galloises de Swansea (victoire 19-3) et de Cardiff à l’Arms Park (défaite 6-3), devant une foule digne de celle du Tournoi, et l’équipe anglaise des Harlequins, qui fut tenue en échec par le Steaua (9-9). Ces trois matches permirent aux Britanniques de se faire la même opinion sur Penciu que celle qu’avaient les Français, lesquels le considéraient comme un des meilleurs arrières du monde. Cela lui valut aussi d’être surnommé dans son pays «Alexandre le Grand », sans que les Britanniques trouvent l’appellation exagérée. Il est vrai qu’avec le Steaua, Penciu a remporté dans son pays cinq titres de champion national, et neuf Coupes de Roumanie. Tous ces titres en ont fait naturellement un élément incontournable de l’équipe de Roumanie, dont il a porté à 37 reprises les couleurs entre 1953 et 1967. Comme je l’ai écrit précédemment, son coup de pied était d’une longueur remarquable, ce qui lui permettait de tenter des drops de très loin, comme lors d’une finale du championnat de Roumanie (en 1964) contre l’autre grand club de l’époque, le Grivita Rosie Bucuresti, où il botta avec son pied gauche un drop phénoménal de 55 mètres, permettant d’assurer le succès de son équipe (6-0). En fin de carrière, il partit jouer et entraîner le club de Rovigo en Italie, devenant de ce fait le premier grand joueur roumain à évoluer à l’étranger.

Dans les années 70, il y eut en France un autre joueur qui n’a pas fait la carrière internationale qu’il méritait, le Biterrois Henri Cabrol, que l’on a appelé « Monsieur Finale », tellement il paraissait transcendé chaque fois que son club, l’AS Béziers, arrivait en finale du championnat de France…ce qui était une habitude (7 fois avec Cabrol à l’ouverture pour 6 titres). Lui aussi disposait d’un pied gauche de très grande qualité, avec une longueur et une précision remarquable, ce qui ne l’empêchait pas d’être aussi un très bon leader d’attaque. Cet ensemble de qualités aurait dû lui valoir de porter à de nombreuses reprises le maillot frappé du coq, ce qui ne fut pas le cas pour des raisons que tout le monde (ou presque) ignore, d’autant que le XV de France a compté jusqu’à sept Biterrois en équipe de France en 1972. Cela étant, bien que ne comptant que six capes d’international, Cabrol restera à jamais comme un des meilleurs demis d’ouverture de notre rugby. Et si quelqu’un en doutait, il suffit de se rappeler son drop plein de sang-froid à la toute dernière minute de la finale du championnat de France en 1974, privant ainsi le R.C. de Narbonne et Walter Spanghero d’un titre cent fois mérité. Tous ceux qui ont vu le match se rappellent de cette touche avec lancer narbonnais, chipé par Palmié et dévié sur Astre, qui d’une longue passe transmet à Cabrol, lequel au milieu de quatre Narbonnais tape un drop dans la foulée (du pied gauche) qui passe très haut au milieu des poteaux, plongeant dans le malheur des Narbonnais qui se voyaient déjà en train de soulever le bouclier de Brennus.

Plus près de nous, les deux autres gauchers dont je voudrais parler, l’Anglais Wilkinson et le Néo-Zélandais Dan Carter,  sont deux des plus grands ouvreurs de l’histoire du rugby, en même temps que les deux meilleurs buteurs de tous les temps, du moins pour le nombre de points marqués en match international, car rien ne dit qu’ils sont supérieurs à ce que furent Puig-Aubert (années 40 et 50), Don Clarke (années 50 et 60) ou Grant Fox (années 80 et 90). J’ai déjà longuement écrit sur Jonny Wilkinson, l’actuel ouvreur toulonnais, notamment dans un article où je l’avais appelé Le plus que parfait.  J’aurais aussi pu écrire la même chose sur Dan Carter qui, lui aussi, a su se faire apprécier des Français, mais sur un temps beaucoup plus court, puisque malheureusement pour lui, il n’a joué que cinq matches en raison d’une grave blessure (rupture partielle du tendon d’Achille) contractée au début de son séjour à Perpignan, lors d’un match au Stade de France entre l’USAP et le Stade Français. Depuis il s’est parfaitement  remis et a repris le cours de ses exploits avec les All Blacks, devenant même champion du monde l’an passé, bien qu’ayant été blessé pendant la Coupe du Monde. C’est un joueur comme Wilkinson, doué d’un jeu au pied remarquable, mais aussi excellent joueur de ballon. Bref, un demi d’ouverture comme nous aimerions en avoir un en France.  En attendant il nous reste l’espoir de le voir revenir chez nous, ce à quoi semble s’activer le Racing Métro. Tant mieux s’il vient en 2013, car cela nous fera avec Wilkinson et un autre All Black, McAlister,  un trio d’ouvreurs comme aucune autre ligue n’en a sur la planète rugby.

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 1 (boxe, basket, tennis )

S’il y a bien une catégorie d’individus doués pour le sport, et le reste aussi (Platon, Charlemagne et Napoléon), c’est bien celle des gauchers. J’en profite au passage pour dire que je suis droitier, comme tous les membres de ma famille, cela pour montrer que je ne fais que constater une évidence. Fermons la parenthèse pour noter que cette catégorie de personnes se servant quasi exclusivement de leur main ou pied gauche pour faire du sport a une importance dans l’histoire du sport infiniment supérieure à la proportion de gauchers exclusifs dans l’ensemble de la population, puisqu’on en comptabilise entre 12 et 13%, certains disent même 10% de gauchers exclusifs. Et oui, il y a gauchers et gauchers, sans parler des gauchers contrariés, ce qui m’incite à n’évoquer dans ces articles consacré aux gauchers de génie du sport que des gauchers avérés à défaut d’être exclusifs, dans les sports que j’ai pratiqués ou que je connais à travers leur histoire.

Déjà je vais passer très vite sur les sportifs pour qui être gaucher ou droitier n’a a priori qu’une importance toute relative. En disant cela je pense notamment aux pilotes automobiles, peut-être les deux meilleurs de l’histoire dans leur discipline, à savoir Ayrton Senna pour la Formule 1 et Sébastien Loeb pour les rallyes. Je dirais la même chose pour le vélo, et notamment en pensant à nos trois champions du monde de vitesse, du kilomètre et du keirin que furent  Frédéric Magné, Laurent Gané et Arnaud Tournant, dans les années 1990 et 2000. C’est déjà plus important quand il s’agit de boxeurs, car leur façon de boxer peut en dépendre, certains boxant en « fausse garde ». Je ne vais pas en citer beaucoup, simplement ceux qui me viennent à l’esprit, mais tous à des titres divers figurent parmi les plus grands boxeurs, toutes époques confondues.

Carmen Basilio d’abord, qui fut un grand rival de Ray Sugar Robinson, et qui lui prit même le titre de champion du monde des poids moyens en 1957, avant de perdre dans le match revanche l’année suivante. Auparavant il avait été champion du monde des poids welters entre 1955 et 1957. Bref Basilio, fut un très grand boxeur gaucher, remarquable technicien, au point d’avoir été élu boxeur de l’année en 1957 par Ring Magazine.  Et à cette époque, nous étions dans l’âge d’or de la boxe !

Autre grand boxeur gaucher dont je voudrais parler, le grand, l’immense Marvin Hagler, dont j’ai souvent parlé sur ce site, et à qui j’ai consacré un article à propos de son fameux match contre Ray Sugar Leonard , un combat qui fait partie de la légende de la boxe. Hagler était certes gaucher, mais beaucoup d’amateurs de boxe ont comme souvenir de lui qu’il savait boxer avec les deux gardes, comme il l’a prouvé lors de son championnat du monde contre le boxeur ougandais John Mugabi, redoutable puncheur, vaincu par K.O. à la onzième reprise. Dans ce combat, en effet, Hagler a boxé en droitier les deux premiers rounds, puis en gaucher jusqu’au onzième round, où de nouveau il changea de garde.

Troisième boxeur gaucher dont je veux évoquer le nom, Oscar de la Hoya, surnommé le Golden Boy, qui a été champion olympique des poids légers en 1992 à Barcelone, et qui fit une carrière professionnelle extraordinaire, puisqu’il est le premier  boxeur à avoir remporté un titre mondial dans six catégories différentes (des super-plumes aux poids moyens), avant d’être battu par les deux meilleurs boxeurs de l’époque actuelle, Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. A noter que De la Hoya était gaucher, mais il boxait généralement  en droitier, même s’il boxa en fausse-garde contre un autre gaucher célèbre, Pernell Whitaker, qui fut lui aussi champion olympique des poids légers à Los Angeles en 1984, et qui détint une ceinture mondiale dans quatre catégories (des légers jusqu’aux super-welters).  Les deux hommes se sont affrontés en 1997 pour le titre des welters WBC, et De la Hoya l’emporta de peu sur son adversaire, ce dernier lui transmettant en quelque sorte le témoin car il était âgé alors de 33 ans.

Passons à présent à d’autres sports où les gauchers ont laissé une empreinte beaucoup plus significative encore…parce que leur main gauche faisait partie de leur outil de travail. En basket je pense à Larry Bird, joueur américain de NBA qui fut membre de la fameuse Dream Team de 1992, que l’on avait surnommé Golden Hand (main d’or). Si on lui a donné ce surnom, c’est tout simplement parce que sa main gauche était vraiment magique. Elle l’était tellement qu’il a gagné dans sa carrière tout ce qu’un joueur peut remporter comme trophées collectifs ou individuels dans le basket, et surtout il fut désigné comme sportif de l’année par l’Associated Press en 1986, premier joueur basket de l’histoire à obtenir cette distinction. Si j’osais, je dirais que sa main gauche peut-être comparée à celle de Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci, autres gauchers de génie.

Mais que dire des joueurs de tennis, sport qui compte de nombreux gauchers parmi ses plus grands joueurs. A ce propos il faut déjà commencer par souligner que jouer contre un gaucher est déjà plus difficile, pour la simple raison que le revers devient coup droit ou encore que le rebond du service tourne à contre sens. Bref, déjà il faut apprendre à jouer contre un gaucher, plus encore que dans la boxe, ce qui est un avantage considérable pour un gaucher. Ce n’est pas pour rien si Federer n’a jamais réellement su comment maîtriser le coup droit lifté de Nadal, plus particulièrement sur terre battue!

Nadal justement,  est le dernier des fantastiques joueurs gauchers qui ont illustré l’histoire du tennis, avec son grand chelem en carrière puisqu’il a remporté sept titres à Roland-Garros, plus ses victoires à Wimbledon (2), et ses succès  à Melbourne et Flushing-Meadow, ce qui le place au niveau de Rod Laver et de Bjorn Borg au nombre de tournois du grand chelem gagnés (11), juste derrière Emerson (12 avant l’époque open), Sampras (14) et Federer (17). A la lecture de ces chiffres, certains me feront remarquer que les trois joueurs qui ont remporté le plus grand nombre de tournois du grand chelem ne sont pas gauchers. Certes, mais parmi les deux seuls joueurs ayant réalisé le grand chelem, outre Donald Budge,  il y a le gaucher australien Rod Laver, qui l’a réalisé deux fois à sept ans d’intervalle (1962-1969).

En outre, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, si Laver a un tableau de chasse vide dans les tournois majeurs entre 1963 et 1967, c’est parce qu’il n’avait pas le droit de les disputer puisqu’il était professionnel. Combien en aurait-il gagné de plus pendant les cinq ans où il se trouvait au sommet de sa carrière (entre 25 et 29 ans) ? Nul ne le sait, mais vu la supériorité qu’il manifestait sur le circuit professionnel, on peut imaginer que c’est lui qui détiendrait le record de tournois du grand chelem remportés. Pour mémoire on rappellera qu’il a vulgarisé le lift, qu’il est le précurseur de la prise unique de raquette, qu’il avait tous les coups du tennis,  et un jeu de jambes exceptionnel. Tout cela lui ayant permis d’être le vrai numéro un mondial en 1961 et 1962, puis chez les professionnels, et enfin en 1968 et 1969. Qui dit mieux ? Personne.

Parmi les gauchers de génie je pourrais aussi évoquer les deux Américains Jimmy Connors et John Mac Enroe. L’un et l’autre dominèrent le tennis à leur époque, parfois même en même temps. Connors fut le meilleur joueur en 1974, un des deux meilleurs avec Borg par la suite (jusqu’en 1978), puis de nouveau numéro un en 1982 après la retraite du Suédois. A la même époque son plus grand rival fut John Mac Enroe, peut-être le plus doué de tous. Connors, à son meilleur niveau, était un joueur qui semblait jouer avec un lance-flammes, ce qui détruisait l’adversaire. Mais ce qui le différenciait le plus des joueurs qu’il affrontait, c’était ce revers à deux mains de gaucher qui était véritablement meurtrier, tant en passing qu’en retour de service. Mac Enroe en revanche, bien qu’ayant un jeu lui aussi très violent, était davantage artiste. Il ne donnait pas la même impression de cogner que « Jimbo », mais ses coups faisaient très mal aussi. Son service tellement spécial, qu’il délivrait au départ en étant sur une ligne parallèle à celle du court, était extraordinairement efficace, suivi le plus souvent par une volée qui ne l’était pas moins. Et, plus que tout sans doute, il possédait tous les coups dans sa raquette. D’ailleurs il était aussi brillant en double qu’en simple.

Et puisque j’en suis aux joueurs de tennis, je voudrais souligner que nous avons eu en France deux magnifiques joueurs gauchers, qui ont remporté la Coupe Davis en 1991, à savoir Guy Forget et Henri Leconte. Pour ceux qui l’ont connu quand il jouait au plus haut niveau, il est amusant d’entendre Henri Leconte donner  des conseils aux joueurs d’aujourd’hui, comme pourrait le faire un Lendl qui a tiré la quintessence de ses qualités. Leconte, en effet, aurait dû devenir un des joueurs du vingtième siècle…s’il avait exploité ses extraordinaires dons. Il savait tout faire, et tout faire bien.  Inutile de décrypter ses qualités, car il les avait toutes, sauf  la constance et la concentration. Forget était moins doué, mais son service, sa volée et son application lui ont permis de faire une très belle carrière, en simple et plus encore en double, en rappelant au passage que la paire Forget-Leconte est la seule à être invaincue en double dans toute l’histoire de la Coupe Davis (11 victoires en 11 matches).

Cela étant, pour être complet avec l’apport des gauchers sur le tennis, on n’oubliera surtout pas les dames. En effet, avec Martina Navratilova nous sommes en présence de la meilleure joueuse de l’histoire tant en simples (18 tournois du grand chelem plus le grand chelem en simple sur deux saisons) qu’en double (31 titres plus 10 titres en double mixte). J’ai souvent parlé d’elle sur ce site, et c’est pour cela que je ne vais pas insister. Elle aussi avait toutes les qualités, tous les coups du tennis, et avait acquis au fil des ans la ténacité qui font les supers champions. Quant à Monica Seles, elle aurait dû devenir plus grande encore qu’elle ne le fût si un fou n’avait eu l’idée de la poignarder en 1993, alors qu’elle arrivait dans les plus belles années de sa carrière (20 ans), et qu’elle avait déjà remporté 8 tournois du grand chelem. Hélas pour elle, après deux ans sans compétition et le traumatisme subi, elle ne retrouvera plus jamais son niveau d’avant l’accident, et se contentera de gagner l’Open d’Australie peu après son retour (en 1996). Sans cet accident horrible, combien de tournois du grand chelem aurait remporté Monica Seles, sorte de Jimmy Connors au féminin, avec une envie constante de « cogner » en poussant des cris stridents, ses retours de service fulgurants et son revers giflé. Autant d’atouts qui ont fait d’elle une joueuse hélas trop méconnue, compte tenu de ses qualités intrinsèques, mais qui a marqué l’histoire.

Michel Escatafal