Pour Roger Walkowiak, le bonheur était dans l’anonymat

walkowiakDeux tristes nouvelles dans le monde du cyclisme ces derniers jours avec d’abord la mort de Serge Baguet, âgé de 47 ans, ce qui est très jeune, et qui va faire dire aux contempteurs du cyclisme que c’est parce qu’il a abusé de produits dopants, alors qu’ils n’en savent absolument rien. Comme si la mort ne frappait pas des gens ayant une vie parfaitement saine à 40 ans ou 50 ans, voire même avant! Juste pour l’histoire, on retiendra que Baguet était un bon coureur professionnel, ayant à son palmarès une victoire dans le Tour du Nord-Ouest de la Suisse, mais aussi une victoire d’étape dans le Tour de France en 2001 et un titre de champion de Belgique en 2005, sans oublier quelques belles places dans L’Amstel Gold Race (3è), ou dans Kuurne-Bruxelles-Kuurne et au Grand Prix de Plouay (2è). Ce n’est pas énorme, mais Baguet était un de ces anonymes du peloton comme il y en a et comme il y en a eu beaucoup, et à ce titre mérite notre respect.

Mais il n’aura jamais eu la chance qui fut celle de Roger Walkowiak, décédé le 6 février juste avant ses 90 ans, qui ne remporta aucune victoire significative chez les professionnels…à part le Tour de France en 1956, ce qui est considéré comme la surprise du vingtième siècle dans le monde du vélo. Pourquoi la surprise? Parce qu’il détonne quelque peu au palmarès de la plus prestigieuse course du monde, où figurent la quasi totalité des plus grands champions du cyclisme sur route. Cela étant, celui qui était le plus vieux vainqueur d’un Tour de France depuis la mort de Ferdi Kubler, laissant ce privilège à présent à Bahamontes, n’était quand même pas un coureur d’opérette, car il termina à la deuxième place de Paris-Nice en 1953, année où il termina huitième de Milan-San Remo, et du Critérium du Dauphiné en 1955, juste derrière le champion de l’époque, Louison Bobet qui, quelques semaines plus tard, allait remporter son troisième Tour de France. Donc, ne diminuons pas Roger Walkowiak, même si sa victoire n’a guère d’égale en termes de surprise que celle de Pereiro en 2006, vainqueur après la disqualification pour dopage de Landis, disqualification au demeurant indiscutable après un exploit à la Merckx ou à la Coppi, qui était trop beau pour être vrai.

Fermons la parenthèse, et revenons à Walkowiak et à ce fameux Tour de France 1956, en précisant que cette année-là la participation fut sans doute une des plus faibles de l’histoire. Néanmoins il y avait quand même quelques coureurs qui auraient dû lutter pour la victoire finale…s’ils n’avaient pas négligé le danger que pouvait présenter le fait de laisser un petit peloton de 31 coureurs prendre 18mn46s à l’arrivée à Angers. Mais comment « les grands » ou ce qu’il en restait avaient-ils pu laisser se développer à ce point cette échappée? Tout simplement parce qu’il y avait trop d’absents dans les grandes équipes pour pouvoir cadenasser la course ou réduire l’écart avec les échappés. N’oublions pas que l’équipe de France était orpheline de Louison Bobet, l’Italie de Coppi et Magni, la Suisse de Kubler et Koblet, et parmi les quelques favoris restants, Charly Gaul, vainqueur du Giro juste auparavant, Federico Bahamontes, Pasquale Fornara, quadruple vainqueur du Tour de Suisse, et Stan Ockers, le champion du monde, n’avaient pas une équipe suffisamment forte pour aider leur leader.

Surtout, personne n’imaginait que Walkowiak résisterait à la meute lancée à ses trousses dans les Pyrénées ou les Alpes, bien qu’étant catalogué comme honnête grimpeur. Résultat, Walkowiak finit par s’imposer devant le Français Bauvin (1mn25s), le Belge Adriaenssens (3mn25s) et Bahamontès relégué à plus de 10mn, Gaul et Ockers terminant respectivement à la huitième et à la treizième place pour s’être trop livré à un marquage aussi étroit que suicidaire. Et oui, un coureur comme Walkowiak avait gagné le Tour, et curieusement cette victoire allait lui apporter plus de regrets que de bonheur. Pourquoi des regrets? Parce que personne ne le prit davantage au sérieux, subissant même les moqueries du milieu pour un succès qu’il n’avait pourtant pas volé, lui le petit régional de l’équipe Nord-Est-Centre, dirigée par celui qui sera son sauveur à plusieurs reprises, le bien-nommé Sauveur Ducazeaux (ça ne s’invente pas!).

Mais qui était ce Walkowiak qui, avant d’être professionnel, avait appris le métier de tourneur ? C’était un fils d’émigrés polonais venus se fixer en France en 1923, à Montluçon, ce qui lui valut, dans le Tour de France 1956, le bonheur d’arriver en jaune dans sa ville natale, la veille de l’arrivée à Paris, où, par parenthèse, Hassenforder s’offrit une quatrième victoire d’étape après un long raid solitaire de 180 km. Pour revenir à notre sujet, Walkowiak comme son père, ouvrier métallurgiste puis concierge d’usine, était un dur au mal, et on imagine aisément qu’il était prêt à mourir sur son vélo pour s’offrir une victoire qui lui paraissait impensable au départ du Tour de France, mais qui, au fur et à mesure que l’on s’approchait de Paris, devenait de plus en plus possible, puis vraisemblable, dans un contexte de course folle où les échappées fleurissaient chaque jour jusqu’aux Pyrénées.

Là, chacun se disait, chez les coureus comme chez les suiveurs, que la fête serait finie pour ces francs-tireurs, qui en avaient bien profité. et qui laisseraient la place aux quelques cadors restant en course, à commencer par les deux rois de la montagne, Gaul et Bahamontes, même si leur retard paraissait vraiment conséquent. Mais ces derniers ne seront pas aussi irrésistibles qu’on aurait pu le penser en montagne, Gaul ne l’emportant qu’à Grenoble. Du coup, rien d’étonnant que ce soit trois coureurs loin d’être considérés comme des cracks, que l’on allait retrouver aux trois premières places à Paris, à savoir Walkowiak, Bauvin et Adriaenssens, comme écrit précédemment. Mais, pour en revenir à Walkowiak, en plus de ses qualités d’endurance, il avait la chance d’appartenir à une équipe régionale, et non à l’équipe de France, où sa marge de manoeuvre aurait sans doute été moins importante, surtout avec des coureurs comme André Darrigade, lequel s’était pris à rêver de devenir leader face à une concurrence amoindrie.

Cela dit, nombre de suiveurs ont toujours pensé que, sans la malice parfois teintée d’un minimum de vice de Sauveur Ducazeaux, Walkowiak n’aurait jamais remporté la Grande Boucle. Et de fait, en appliquant à la lettre les consignes de Ducazeaux, Walkowiak arrivait dans les Pyrénées dans les meilleures conditions pour un coureur suffisamment complet pour ne pas perdre tout le bénéfice des deux échappées qu’il avait animées de Saint-Malo à Lorient et de Lorient à Angers. Deux échappées qui lui permirent de prendre le maillot jaune. Un paletot d’or que lui avait fait miroiter Ducazeaux, ce dernier lui ayant soufflé la veille de l’étape reliant Saint-Malo à Lorient : »Tu n’es pas assez rapide pour gagner une étape au sprint, mais en te glissant dans des échappées tu pourras prendre le maillot jaune un jour ou deux, ce qui est éminemment rentable dans les tournées d’après-Tour ».

Ducazeaux avait vu juste avec un coureur qui, en plus, connaissait la forme de sa vie, et qui se découvrait des talents qu’il ne croyait pas avoir. Certes il perdit le maillot de leader à Bayonne pour le laisser à Voorting, excellent rouleur néerlandais, qui le cèdera au Belge Adriaenssens à Pau, mais Ducazeaux commença à se persuader et à persuader son coureur qu’il pouvait gagner ce Tour de France, parce que disait-il, Walkowiak ne sera sans doute pas sujet à une grosse défaillance compte tenu de sa robustesse. Un discours qui convenait parfaitement à Walkowiak, lequel se prenait à rêver, surtout en pensant à l’avance qu’il avait sur Bahamontes, Ockers et Gaul, les seuls qui lui paraissaient inaccessible à égalité de temps avec lui. Et de fait, ce fut lui qui prit le maillot jaune à Grenoble pour ne plus le lâcher jusqu’à Paris.

Il eut toutefois une grande frayeur entre Grenoble et Saint-Etienne, car il fut victime d’une chute, certes sans gravité, mais qui provoqua un instant de panique, car Gilbert Bauvin (équipe de France), son second ne l’attendit pas, bien au contraire. Mais il était dit que rien n’empêcherait Walkowiak de gagner ce Tour, car il reçut d’abord la roue de son équipier Scodeller et surtout le renfort d’un équipier modèle, Adolphe Deledda, qui avait beaucoup travaillé pour Louison Bobet dans les Tours précédents, et qui n’avait pas été sélectionné cette année-là par Marcel Bidot, directeur technique de l’équipe de France. Encore une chance supplémentaire pour Walkowiak dans sa quête du Graal, car dans cette poursuite infernale, Deledda retrouva l’efficacité qui avait si souvent aidé Bobet, se permettant même quelques poussettes sur son leader, et le maillot jaune de Walkowiak fut sauvé.

Décidément, comme nous dirions aujourd’hui, toutes les planètes étaient alignées pour que Roger Walkowiak finisse par s’imposer et connaisse enfin la célébrité. Toutefois cette gloire allait être éphémère, et il retrouva très vite l’anonymat dans sa bonne ville de Montluçon. Avec l’argent amassé en cet an de grâce 1956, il s’acheta un bar, mais lassé d’entendre les clients lui rappeler sa victoire dans le Tour, il reprit son métier de tourneur, jusqu’à sa retraite. Curieuse vie que celle de ce champion, loin d’être Coppi, Bobet, Koblet ou Kubler, mais qui figure à côté d’eux au palmarès du Tour de France. Qu’en serait-il aujourd’hui s’il avait gagné le Tour de France dans les années 2010? Personnellement je ne sais pas, mais je ne suis pas sûr qu’il serait plus heureux qu’il ne le fût. Après tout, il avait réalisé un rêve à priori insensé et avait retrouvé une vie tranquille qui, sans doute lui convenait.

Michel Escatafal

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Tours de France 1960 et 2014 : que de similitudes !

riviereAvant de commencer mon article sur le Tour de France, je voudrais, une nouvelle fois, souligner le décalage qu’il peut y avoir sur les sanctions à propos du dopage. En effet, il y a quelques jours le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a décidé de confirmer les 18 mois de suspension requis contre les athlètes jamaïcains, Asafa Powell (ex recordman du monde du 100m) et Sherone Simpson (championne olympique du relais 4x100m en 2004), sanction demandée par la fédération jamaïcaine d’athlétisme. Pour mémoire les deux sprinters avaient été contrôlés positifs à un stimulant (oxilofrine) lors des championnats de Jamaïque en juin 2013. Pour mémoire aussi, je rappellerais que ce même TAS avait infligé 2 ans de suspension à Contador pour une quantité tellement infime d’anabolisant, que celle-ci n’aurait pas été détectée par la quasi-totalité des laboratoires de la planète. Passons !

En parlant de Contador cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le Tour de France de cette année, en espérant que je ne porterai pas la poisse à son leader, Nibali, comme ce fut le cas pour les deux grands favoris de ce Tour, Froome et Contador, ce qui nous a privé d’une confrontation qui, j’en suis sûr, aurait été digne de celles ayant opposés Coppi et Koblet dans le Giro 1953, Anquetil et Poulidor dans le Tour de France 1964 ou Hinault et Fignon dans ce même Tour en 1984. Et oui, le sort est parfois cruel pour les sportifs, et la chute dans le vélo est inhérente à ce sport, comme les ennuis mécaniques pour le sport automobile. Cela dit, maintenant que les deux grands favoris sont hors course, il ne reste plus que Nibali pour faire l’unanimité sur le nom du futur vainqueur. Il est d’autant plus favori qu’il a une avance conséquente sur Richie Porte (Sky), ce qui lui assure une certaine marge de sécurité, mais aussi parce que jusqu’à présent il a fait preuve d’une forme et d’une autorité digne des meilleurs leaders.

Néanmoins, le Tour n’est pas fini, car si Nibali a fait le trou en tête du classement général, son avance est loin de le mettre à l’abri d’une défaillance ou d’un « coup de moins bien » dans les Alpes et surtout les Pyrénées en troisième semaine. Rappelons que Nibali a 2mn23s d’avance sur Porte, 2mn47s sur Valverde, 3mn01s sur Bardet, 3mn12s sur Gallopin et 3mn47s sur Pinot, nos trois Français étant en embuscade derrière le trio présumé le plus fort de ce Tour à présent amputé de ses deux grandes stars. Cela peut leur ouvrir de sacrés perspectives à nos Frenchies, non seulement pour le podium, mais aussi pour la victoire finale, car Romain Bardet semble en très grande forme, et n’a pas le poids de la course sur les épaules. En outre, pour ceux qui ont la mémoire courte, je rappellerais que Nibali semblait avoir course gagnée l’an passé au Tour d’Espagne, avant de craquer finalement devant Horner en troisième semaine. Nibali est certes un coureur complet, mais il n’a pas les talents de grimpeur de Froome et Contador, et pas davantage leur talent de rouleur.

Toutefois la logique voudrait que ce soit Nibali qui l’emporte, ce qui lui permettrait de rejoindre le club très fermé des vainqueurs des trois grands tours (Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador). Pas mal pour un coureur qui n’est ni un super grimpeur, ni un grand rouleur ! En fait, pour moi, j’assimilerais Nibali à un autre coureur italien, Gastone Nencini, vainqueur du Giro en 1957 (battant Louison Bobet de 19s) et du Tour de France 1960. Comme Nibali aujourd’hui, Gastone Nencini était un remarquable descendeur. Comme Nibali, bien qu’étant un excellent grimpeur, Nencini n’était pas du niveau en montagne des meilleurs escaladeurs, Charly Gaul, Federico Bahamontes ou même Louison Bobet dans ses meilleures périodes. Comme Nibali enfin, il était loin d’être aussi fort c.l.m. que Louison Bobet, Jacques Anquetil , Ercole Baldini ou…Roger Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire du cyclisme (triple champion du monde de poursuite en 1957, 1958 et 1959, et imbattable c.l.m. sur des distances inférieures à 80 km). Et pourtant il remporta le Tour de France en 1960…mais avec une ombre sur cette victoire à cause de l’accident de Roger Rivière dans la descente du col du Perjuret.

Revenons donc en arrière pour évoquer ce Tour 1960, auquel nous fait irrésistiblement penser celui de cette année. D’abord, en 1960, celui qui aurait pu être un des trois grands favoris, Jacques Anquetil, qui venait de gagner le Giro (premier Français à réaliser cet exploit), avait décidé de ne pas tenter le doublé Giro-Tour, ayant fini le Tour d’Italie très éprouvé, tout comme le vainqueur du Tour 1958, Charly Gaul, qui avait aussi beaucoup souffert dans le Giro, après avoir été malade dans la Vuelta (à l’époque au printemps). Du coup, ce Tour de France semblait promis à Roger Rivière, après une première expérience dans la Grande Boucle l’année précédente, où il avait terminé quatrième, en grande partie par la faute d’un marquage aussi stupide que ridicule avec Jacques Anquetil, lequel ne supportait pas d’être dominé c.l.m. par son jeune rival.

Bref, Roger Rivière semblait avoir le champ libre pour triompher dans ce Tour 1960. Il y avait bien Anglade, qui avait terminé second du Tour 1959 derrière Bahamontes, mais chacun savait qu’Anglade concèderait de nombreuses minutes au fantastique rouleur stéphanois dans les étapes chronométrées. Hélas, le sort allait être cruel pour Roger Rivière, au point de faire perdre au cyclisme celui qui aurait pu et dû être la grande vedette de son époque, plus peut-être encore que Jacques Anquetil, car, comme je l’ai dit précédemment, il était meilleur que le Normand contre-la-montre, et sans doute aussi bon grimpeur. Et oui, cette descente du col du Perjuret nous a privés d’un remake de Coppi et Bartali dans les années 40 et 50 !

Dès les premières étapes, Rivière allait faire preuve d’autorité dans ce Tour en remportant le c.l.m. de Bruxelles (28 km). Ensuite, après avoir vu Anglade passer à l’attaque et prendre le maillot jaune à Saint-Malo, Rivière allait s’imposer le lendemain à Lorient et reléguer Anglade, son coéquipier de l’équipe de France, à près d’un quart d’heure. Il gagnera de nouveau une étape entre Mont-de-Marsan et Pau, si bien qu’après avoir passé les Pyrénées il ne comptait qu’une minute 38s de retard sur Nencini à l’arrivée de l’étape Toulouse-Millau. Un retard dérisoire en pensant aux 83 km c.l.m. de fin de Tour, où Nencini aurait concédé au moins 4 minutes au champion du monde de poursuite. Hélas pour Roger Rivière, il y aura cette chute due, sans doute, à un péché d’orgueil de notre nouveau « campionissimo », ce dernier refusant de laisser Nencini prendre quelques secondes d’avance dans la descente du Perjuret, alors qu’il aurait été tellement plus sage d’attendre la fin de la descente et de reprendre tranquillement l’Italien dans la plaine. Résultat, Rivière dérapa sur les gravillons d’un virage et bascula, avec son vélo, par-dessus le muret de protection. Gravement atteint à la colonne vertébrale, ce sera la fin de la carrière du plus doué des poursuiteurs. Et à la suite de cet accident, Nencini atteindra Paris sans le moindre problème pour remporter son second grand tour.

Un dernier mot enfin pour montrer à quel point il y a eu des similitudes entre ces deux Tours de France de 1960 et 2014, y compris sur le plan de l’histoire. Le Tour, en effet, passa cette année-là à Colombey-les-Deux-Eglises avec un spectateur célèbre : le général de Gaulle lui-même. Du coup, la course s’arrêta un instant, et les directeurs du Tour de France, Jacques Goddet et Félix Lévitan, présentèrent au général le maillot jaune, Gastone Nencini, le porteur du maillot vert, Jean Graczyk et le vainqueur du Grand Prix de la Montagne, Imerio Massignan. Cette fois, c’est l’actuel président de la République qui a rendu hommage aux célèbres « poilus » du Chemin des Dames. 1960-2014, que de ressemblances…jusqu’à présent. Espérons quand même que le premier Français soit mieux classé cette année, qu’il le fut en 1960, puisque Raymond Mastrotto, surnommé le Taureau de Nay, finit à la sixième place. Quelque chose me dit que Romain Bardet devrait faire mieux, beaucoup mieux même…et qui sait ? Pour rappel, le dernier Français vainqueur du Tour s’appelle Bernard Hinault, et c’était en 1985. Presque 30 ans ! Insupportable !

Michel Escatafal


L’histoire du Giro est riche en épisodes ou anecdotes qui ont fait sa légende

clericiAvant d’évoquer le prochain Giro d’Italia, deuxième plus grande épreuve du calendrier cycliste international, qui va se dérouler du 9 mai au 1er juin, et dont le départ sera donné en Irlande du Nord (Belfast), je voudrais revenir sur la victoire de Chris Froome au Tour de Romandie qui vient de s’achever. Pourquoi je parle du dernier vainqueur du Tour de France, alors qu’il ne participera pas au Tour d’Italie ? Tout simplement parce qu’il est au-dessus du lot dans les épreuves à étapes, comme aucun autre coureur avant lui. Même Merckx, même Hinault, même Coppi, même le grand Koblet, même Indurain, et pas davantage Armstrong ou Contador, pour ne citer qu’eux, n’ont exercé une telle domination sur le peloton. Oui, j’ai beau chercher dans ma mémoire, pas un seul coureur n’a été capable jusque-là de remporter une victoire dans une course à étapes réputée,  avec la même facilité que Chris Froome, après une série de problèmes de santé comme en a connu ces derniers temps le coureur de la Sky. Quand on voit la manière dont il a contré Nibali dans l’étape de montagne du Tour de Romandie, on ne peut que rester interdit devant une telle démonstration de force et de puissance, venant d’un coureur qui souffrait il y a peu de problèmes de dos très handicapants, sans parler de son infection pulmonaire qui l’a empêché de participer quelques jours avant l’épreuve romande à Liège-Bastogne-Liège.

Oui, Froome est bien un extraordinaire phénomène dans la mesure où il n’y a pas d’exemples de coureurs malades pendant un certain temps capable de déposer en montagne le vainqueur du dernier Giro ou de battre dans un chrono de 18.5 kilomètres le champion du monde contre-la-montre sur un parcours certes vallonné, mais nécessitant quand même beaucoup de puissance. Où ce diable d’homme, totalement inconnu jusqu’ à la Vuelta 2011, trouve t-il les ressources pour exercer une telle domination en montagne sur des coureurs comme Contador, Rodriguez ou Quintana, lesquels, dès leur plus jeune âge, ont été catalogués comme des supers grimpeurs. Oui, nous n’avions jamais vu ça, et c’est d’autant plus le cas que, malgré ses ennuis de santé, Froome « sent que sa condition est même meilleure qu’il y a un an ». Un tel aveu doit faire froid dans le dos de ses adversaires, surtout quand on pense à sa montée du Ventoux dans le Tour de France 2013, où il a réalisé le temps époustouflant de 57mn30s, soit mieux que Pantani en 1994 (57mn34s), et nettement mieux qu’Armstrong (57mn50s) en contre la montre.

D’ailleurs il suffit de revoir son attaque à 7 kilomètres du sommet, assis sur sa selle, pour se rendre compte de la fantastique puissance développée par le coureur de la Sky, lâchant en moins de cent mètres Contador, lequel d’ailleurs a payé lourdement quelques kilomètres plus haut le fait d’avoir voulu répondre au phénoménal routier britannique, puis infligeant un peu plus tard le même sort au grimpeur colombien Quintana. Certes Contador n’était peut-être pas aussi fort l’an passé qu’il le fut antérieurement et qu’il semble l’être aujourd’hui, mais je doute que Contador puisse accompagner Froome  dans les grands cols alpins ou pyrénéens cet été…parce que Froome est sans doute le coureur le plus fort que l’on ait jamais vu sur un vélo, y compris Fausto Coppi, auquel il est arrivé de ne pas pouvoir se débarrasser de ses plus valeureux adversaires (Bartali, Koblet), ou avec une extrême difficulté. Idem pour Merckx face à Fuente, ou pour Hinault face à Herrera. Froome en revanche est tellement plus fort que ses adversaires, qu’il se permet même de dialoguer avec son équipe à travers l’oreillette, alors que sur le Ventoux il faut déjà faire un effort presque surhumain pour prendre son bidon. Et ce n’est pas moi qui le dit, mais des coureurs pros. Oui, je pense et je n’ai pas peur d’écrire que même le plus grand Coppi, considéré comme le meilleur grimpeur de l’histoire, n’aurait pas fait le poids avec le Froome de 2013. Je pense aussi que, s’il le voulait, ce serait presque un jeu d’enfant pour le coureur d’origine kenyane de réaliser le doublé Giro-Tour.

Le Giro justement parlons-en, dans la suite de l’article que j’ai écrit le 3 mai 2012, intitulé Le Giro, monument du cyclisme international, pour citer quelques anecdotes ou épisodes qui ont aussi contribué à la légende de l’épreuve. Tout d’abord il y a les 12 secondes d’écart entre Magni, le vainqueur du Giro 1955, et un Fausto Coppi vieillissant et en proie à ses problèmes personnels (divorce). Cet écart fut longtemps un record dans les grands tours, jusqu’aux 8 secondes entre Lemond et Fignon dans le Tour de France 1989. Ensuite, en 1956, il y a l’extraordinaire remontée de Charly Gaul dans une étape apocalyptique entre Merano et Trente, où l’ascension du Monte Bondone a permis à « l’Ange de la montagne », régénéré par un bain d’eau chaude au pied du col, de gommer un retard dépassant le quart d’heure, ce qui lui donna la victoire finale. Cela ressemble un peu à la légendaire victoire d’Andy Hampsten en 1988, seul Américain (Etats-Unis) à avoir gagné le Giro qui, outre ses remarquables qualités de grimpeur, bénéficia d’une assistance de grande qualité, celle-ci lui apportant du thé chaud tous les 5 km avant d’aborder le terrible Gavia enneigé (22 km d’ascension), puis de nouveau avant le sommet, sans oublier les lunettes de ski tout à fait adaptées à ce décor de ski de fond.

Comment ne pas souligner également la victoire de Contador en 2008, en se rappelant qu’il était en vacances quand il apprit sa participation à la grande épreuve italienne, à peine une semaine avant le départ, ce qui l’obligea à reconnaître une partie des étapes de montagnes en voiture avec son directeur sportif pendant l’épreuve. La classe à l’état pur ! Enfin l’année 1954 sera mémorable à tous points de vue pour le Giro car, outre la victoire de Clerici, les coureurs feront grève sur la totalité de l’étape entre Bolzano et Saint-Moritz (222km), une promenade qui aura duré 10 heures…sans que personne n’ait trouvé le moindre motif qui ait pu occasionner cette grève. Apparemment il n’y avait que les coureurs qui savaient, et encore quelques uns d’entre eux dont Coppi, mais pas les organisateurs.

En parlant précédemment de Clerici, il faut souligner que le Giro compte beaucoup de sans-grade qui ont gagné le Tour d’Italie et …rien d’autre ou presque, en précisant toutefois que de 1946 à 1953, il n’y eut que des très grands vainqueurs (Bartali, Coppi, Magni et Koblet). En revanche en 1954, dans une course où au départ il y avait tous les coureurs que je viens de citer plus Fornara et Nencini, ce fut un coureur suisse totalement inconnu ou presque qui l’emporta, Carlo Clerici. Ce dernier avait 25 ans à l’époque, et même s’il dut son succès à la fois à la bienveillance d’Hugo Koblet et à une échappée au long cours, il fit un très beau vainqueur. Cela dit on ne lui connaît que 3 autres victoires, infiniment moins importantes, dans toute sa carrière professionnelle.

Autre coureur surprenant vainqueur du Giro, l’Italien Arnaldo Pambianco, qui l’emporta en 1961 devant Jacques Anquetil qui termina à la deuxième place, et le Luxembourgeois Charly Gaul qui arriva quatrième. Or Anquetil et Gaul étaient à ce moment les deux meilleurs coureurs à étapes du monde, ayant déjà remporté l’un et l’autre le Tour et le Giro (2 fois pour Charly Gaul). Cette année là le Giro avait eu pour particularité de reprendre le trajet de Garibaldi pour fêter le centenaire de l’unité italienne (1861). Sur le plan sportif Pambianco a été bien heureux de voir l’organisateur modifier le parcours de la grande étape de montagne à cause du mauvais temps, ce qui lui a permis de conserver une partie de son avance sur Gaul, surnommé « l’Ange de la Montagne » en raison de ses remarquables qualités de grimpeur. Pambianco était un bon coureur capable de gagner Milan-Turin en 1960 ou la Flèche Branbançonne en 1964, mais on ne lui connaît que 4 victoires professionnelles.

En 1975 c’est Fausto Bertoglio qui a gagné un Giro amputé de son grand favori, Eddy Merckx, victime d’une angine juste avant le départ…et qui ne s’est pas présenté au départ, ce que Froome n’aurait pas fait. Bertoglio l’a emporté devant l’Espagnol Galdos à moins d’une minute et Felice Gimondi à plus de 6 minutes. Cette victoire avait fait les gros titres des journaux italiens, car cela faisait 5 ans qu’un Italien n’avait pas gagné le tour national…ce qui faisait beaucoup de temps aux yeux des tifosi (que diraient-ils s’ils étaient français, alors que la dernière victoire d’un Français dans le Tour de France date de 1985!).  Néanmoins si Bertoglio était un coureur de qualité, comme en témoigne sa troisième place dans ce même Giro en 1976, ou encore sa présence dans les dix premiers du Tour de France 1976 (neuvième), son palmarès se limite à deux succès dans le Tour de Catalogne en 1975 et la Coppa Placci en 1976.

En 1991 le vainqueur du Tour d’Italie s’appellait Franco Chioccioli, surnommé « coppino » pour sa ressemblance…physique avec Fausto Coppi. Cette victoire survenait après les succès de grandes stars du cyclisme depuis 1979 (Saronni 2 fois, Hinault 3 fois, Moser, Roche, Fignon et Bugno) ou d’excellents coureurs comme Battaglin, Visentini ou Hampsten. Chioccioli l’avait emporté devant Claudio Chiappucci, alors que Gianni Bugno avait terminé à la quatrième place. Chioccioli a gagné cette année-là la Coppa Sabatini, une semi-classique italienne, et la Bicicleta vasca en 1992, plus une étape du Tour de France et sept du Giro. C’est peu certes, mais c’était quand même un bon professionnel qui n’avait pas volé son succès dans le Giro 1991, ayant remporté l’étape du Pordoi et le contre-la-montre de 66 km la veille de l’arrivée à Milan.

Autre exemple de coureur peu connu à avoir remporté un Tour d’Italie, Ivan Gotti, vainqueur en 1997 et 1999. Lui a donc gagné deux fois l’épreuve, mais il n’a gagné que ça avec 2 victoires d’étape dans le Giro. Il a aussi terminé cinquième du Tour de France en 1995. Cela étant il faut reconnaître qu’il n’aurait pas gagné le Giro 1999, si Marco Pantani, le grimpeur romagnol, n’avait pas été pris au contrôle antidopage (taux hématocrite 52% pour 50% toléré) alors qu’il avait le maillot rose. A ce propos, si ce dopage était avéré, celui qui doit le plus regretter que Pantani ait été pris aussi tard à ce contrôle (au départ de l’avant-dernière étape), c’est Laurent Jalabert. En effet notre champion aurait sans doute couru très différemment si Pantani n’avait pas été là, notamment lors de l’étape de l’Alpe di Pampeago. Il n’aurait pas eu besoin de se mettre en surrégime pour suivre « le Pirate », et aurait pu gagner du temps sur des coureurs comme Gotti. Dommage, cette année-là Jalabert était très fort et il aurait dû gagner le Giro. Cela étant son nom restera dans l’histoire du vélo, alors que personne ne se rappelle d’Ivan Gotti, pas même pour ses affaires liées au dopage en 2001.

En 1994, c’est un jeune coureur russe de 24 ans, Evgueni Berzin, qui explose dans le peloton avec une victoire dans Liège-Bastogne- Liège, avant de s’imposer dans le Giro devant Pantani et Indurain. Cependant son cas est différent de celui des autres coureurs que nous venons de citer, car lui possédait la grande classe et aurait dû faire une belle carrière, comme en témoigne son titre de champion du monde de poursuite amateurs en 1990. Mais, en dehors d’une seconde place dans le Giro 1995, il ne confirmera jamais par la suite ses succès de 1994, et finira sa carrière dans l’anonymat après avoir été exclu du Giro en 2000 pour un taux hématocrite supérieur à la norme admise. Néanmoins il restera pour la postérité comme le premier des trois coureurs russes à avoir remporté le Tour d’Italie, les autres étant Tonkov en 1996, et Menchov en 2009.

Un dernier mot enfin, le mythique doublé Giro-Tour, dont j’ai parlé à propos de Froome, reste toujours un Everest pour les coureurs, lesquels ont longtemps considéré qu’il était impossible de gagner le Tour d’Italie et le Tour de France la même année. Rappelons qu’ils ne sont que sept à avoir réussi cette performance, à savoir Coppi (1949-1952), Anquetil (1964), Merckx (1970-1972), Hinault (1982-1985), Roche (1987), Indurain (1992-1993) et Pantani (1998). Ils auraient dû être rejoints par Alberto Contador, si sa carrière n’avait pas été stoppée en 2011. J’en profite pour rappeler que le Pistolero fut injustement privé de sa victoire dans le Giro 2011 au bénéfice de l’Italien Scarponi, suite à un contrôle antidopage anormal au clembutérol lors du Tour de France 2010…dont les quantités étaient tellement faibles que personne ne put prouver qu’il s’était dopé (voir jugement du Tribunal Arbitral du Sport sur cette affaire), mais qui s’est vu infliger une sanction de deux ans de suspension avec rétroactivité, alors que tous ses contrôles lors du Giro avaient été négatifs. Mais au fait, je n’ai pas donné le nom de mon favori pour le Giro de cette année : ce sera Nairo Quintana, juste devant Joaquim Rodriguez, ces deux coureurs étant avec Contador les meilleurs en montagne, derrière le fantastique Froome. Ensuite, il y aura quelques outsiders appartenant à la génération finissante, celle d’Ivan Basso, Michele Scarponi ou Cadel Evans, qui se battront pour monter sur le podium, plus particulièrement la troisième marche. Et puis, dans le droit fil de mes propos précédents, pourquoi ne pas faire confiance à Daniel Martin, Domenico Pozzovivo ou Rigoberto Urán.

Michel Escatafal


A propos des grands grimpeurs…

S’il y a bien une catégorie de coureurs qui a toujours fasciné les spectateurs, ce sont les grimpeurs.  Oh certes il y en a beaucoup qui ont eu droit à cette appellation à une époque ou une autre, mais bien peu en revanche ont laissé une réelle trace dans l’histoire du cyclisme. Déjà il y a ceux qui ont gagné des grands prix de la montagne, en plus ou moins grand nombre, et rien d’autre. Ensuite il y a ceux qui en plus de ces trophées de la montagne,  ont gagné un ou plusieurs grands tours. Enfin il y a les très grands, qui non seulement sont ou ont été des grimpeurs exceptionnels, mais qui aussi ont toujours figuré parmi les tous meilleurs contre le chrono. Et ceux-là ont évidemment un palmarès considérable…au même titre que « les inclassables » qui étaient excellents  partout, mais qui à l’inverse des grands grimpeurs étaient d’abord de grands rouleurs. Essayons de voir chacun de ces types de coureurs dans l’histoire du vélo.

Dans la première catégorie il y a René Vietto, lequel en plus de ses qualités de grimpeur a un fait et une anecdote qui l’ont rendu immortel. Vietto, surnommé « le Roi René », fut le premier coureur à fixer son bidon sur le tube oblique du cadre, mais plus encore réalisa un acte héroïque dans le Tour de France 1934. En effet, lors d’une étape pyrénéenne restée célèbre, on a vu René Vietto remonter une partie du Portet d’Aspet alors qu’il était largement engagé dans la descente, pour dépanner Antonin Magne en proie à un ennui mécanique et lui permettre de gagner son second Tour de France. Certes René Vietto (20 ans à l’époque) aura été privé d’une retentissante victoire d’étape (qui aurait été la cinquième dans ce Tour), mais cela aurait été insuffisant pour rester dans la postérité au même titre que son prix du meilleur grimpeur, contrairement à son épique sacrifice pour son leader.

Parmi les autres coureurs qui ont aussi remporté  un ou plusieurs Grand Prix de la Montagne dans les grands tours, à une époque où le titre de meilleur grimpeur voulait dire quelque chose contrairement à ce qui se passe de nos jours, on peut citer l’Italien Massignan, l’Espagnol Jimenez, ou encore Richard Virenque qui a gagné le trophée à sept reprises dans la Grande Boucle. Tous ces coureurs ont pour particularité d’avoir été d’excellents grimpeurs, mais l’essentiel de leur palmarès se situe dans cette distinction, même s’ils ont remporté ça et là une belle victoire (Paris-Tours pour Virenque). On pourrait inclure dans cette catégorie parmi les coureurs d’aujourd’hui Andy Schleck, même s’il n’a jamais remporté le Grand prix de la Montagne…parce que seule la victoire dans le Tour l’intéresse.

Ensuite il y a ceux qui appartiennent  à la catégorie des grands grimpeurs qui ont aussi gagné un ou plusieurs grands tours. Là aussi la palette est assez grande, mais on peut citer Nencini qui fut vainqueur du Tour en 1960 et du Giro en 1957, Van impe qui remporta le Tour 1976, ou encore le Colombien Lucho Herrera qui enleva la Vuelta en 1987, sans oublier Pedro Delgado, vainqueur du Tour 1988 et de deux Vueltas en 1985 et 1989. Mais en revanche on mettra à part Federico Bahamontes, vainqueur de nombreux trophées du meilleur grimpeur dans les grands tours, et qui remporta le Tour de France 1959, parce qu’il appartient à une catégorie à part, celle des grimpeurs ailés.

Ce n’était pas pour rien qu’on appelait  Bahamontes « l’Aigle Tolède », et force est de constater qu’il était vraiment très fort dès que la route s’élevait, au point qu’à ses débuts dans le Tour de France il s’arrêtait au sommet des cols, qu’il passait largement en tête…pour déguster une glace. En fait, à cette époque, le cyclisme a produit deux des plus grands escaladeurs de l’histoire, à savoir Bahamontes et Charly Gaul. Lequel des deux était le plus fort en montagne? Difficile à dire, mais en revanche Charly Gaul était beaucoup plus complet que Bahamontes,  car c’était aussi un excellent rouleur comme en témoignent ses victoires dans les contre-la-montre de son Tour de France victorieux en 1958, où il battit Anquetil de sept secondes à Châteaulin sur une distance de 46 km, avant de battre tous ses concurrents la veille de l’arrivée entre Besançon et Dijon (74 km).

En cela Charly Gaul fait penser à Gino Bartali, un des plus beaux palmarès du cyclisme sur route, magnifié de surcroît par ses duels avec Fausto Coppi. Bartali fut un grimpeur extraordinaire, dont Géminiani disait que sa façon de grimper était unique, montant « par saccades en marquant des temps d’arrêt, 100 mètres debout sur les pédales et 100 mètres sur la selle »,  avant de mettre deux dents de plus pour s’envoler. Là évidemment personne ne pouvait suivre, à la notable exception de Coppi.  Mais Bartali n’était pas qu’un super grimpeur, car lui aussi était capable de se situer au niveau des meilleurs contre-la-montre, comme autrefois Luis Ocana (seul rival de Merckx qu’il dominait dans les cols), autre remarquable grimpeur et excellent rouleur, ou aujourd’hui le plus grand champion actuel, Alberto Contador, déjà vainqueur à 28 ans de 6 grands tours (trois Tours de France, deux Tours d’Italie et un Tour d’Espagne).

Alberto Contador est un coureur exceptionnel, capable d’avoir le plus beau palmarès de l’histoire en ce qui concerne les courses à étapes. Pour mémoire, rappelons qu’il a remporté tous les grands tours auxquels il a participé depuis 2007, sauf le Tour de France de cette année où il a été fortement pénalisé par une blessure au genou, qui lui a interdit de s’exprimer au maximum de ses possibilités…ce qui ne l’a pas empêché de finir dans les cinq premiers au classement général, et d’animer la fin de l’épreuve dans les Alpes. Ce qui est le plus impressionnant chez lui c’est sa manière unique de grimper qui fait effectivement penser à Bartali, souvent en danseuse, relançant violemment quand il sent que son rythme baisse. Et pour couronner le tout il y a sa célèbre « giclette » (démarrage dans une pente très dure), comme on dit dans le jargon du cyclisme. Voir une « giclette » de Contador  est un pur moment de bonheur, tellement on a l’impression que l’homme prend son envol, un envol majestueux et dominateur qui fait penser à l’envol de l’aigle royal que l’on rencontre dans les Pyrénées ou les Alpes, les terrains de chasse favoris du « Pistolero », comme  on l’appelle pour le geste qu’il fait à chacun de ses succès.

Reste enfin à évoquer celui qui est sans aucun doute le plus grand grimpeur de l’histoire du vélo, le campionissimo Fausto Coppi. Pour avoir souvent parler de lui sur ce site, je me contenterais de rappeler qu’il fut non seulement le meilleur grimpeur, mais aussi un des deux ou trois plus grands rouleurs de tous les temps, comme en témoignent ses deux titres de champion du monde de poursuite, mais aussi son record de l’heure, et ses multiples victoires dans les grandes épreuves contre-la-montre (Grand prix des Nations, de Lugano etc.). Fausto Coppi est à coup sûr le plus grand champion de l’histoire du vélo, même si certains me diront que c’est Merckx, d’autres Hinault, d’autres encore Anquetil ou Indurain. Non, Coppi était le plus grand, parce que les coureurs que je viens de citer, que j’appelais précédemment « les inclassables », ont tous été battus à un moment ou un autre, même à leur meilleur niveau, par des grimpeurs ailés…ce qui ne fut jamais le cas du meilleur Coppi. C’est la même chose pour Alberto Contador qui n’a pour seul contradicteur en montagne qu’Andy Schleck, lequel est très inférieur au super champion espagnol contre le chronomètre.

Michel Escatafal