Merci aux joueurs du Sud pour le spectacle…et pour notre Top 14

nonucarterJe n’avais pas encore eu le temps de parler de la finale de la Coupe du Monde de rugby, mais ce n’était pas faute d’en avoir envie, tellement ce fut une belle finale. J’ajouterai aussi que les demi-finales furent également très excitantes, l’Afrique du Sud et l’Argentine étant loin d’être des faire-valoir. Cela me permet d’écrire, une nouvelle fois, qu’il ne faut surtout pas avoir de regrets pour le XV de France…parce qu’il était très loin du niveau requis pour briller dans cette Coupe du Monde 2015, les miracles ayant pour particularité de ne pas se renouveler. D’ailleurs au risque de me faire quelques ennemis franchouillards, je rappellerais qu’en 2011 notre équipe avait été battue à deux reprises en phase de poule, par la Nouvelle-Zélande, ce qui était logique, mais aussi par les Tonga, ce qui ne l’était pas du tout. Bref, ce fut un miracle de sortir d’une poule qui n’avait rien d’être celle de « la mort ». Et en demi-finale, les Français l’avaient emporté miraculeusement, grâce à trois pénalités contre un essai non transformé et une pénalité pour des Gallois qui ont joué plus d’une heure à 14.

Reste la finale que nos joueurs auraient pu gagner sans un arbitre plus ou moins aveugle sur les fautes néo-zélandaises, puisque le XV de France ne fut battu que d’un point par une Nouvelle-Zélande loin de pratiquer son meilleur rugby, et de surcroît handicapée par l’absence de Dan Carter. Cela étant, un grand XV de France, tel que nous en avons connu plusieurs par le passé, aurait fini par vaincre cette pâle équipe All Black…avec un jeu et un état d’esprit un peu plus ambitieux. Il fallait bien payer d’une façon ou d’une autre quatre années de difficultés avec le sélectionneur Marc Lièvremont, comme il fallait bien que l’on paie au prix fort quatre années d’errances avec l’ineffable Philippe Saint-André qui lui avait succédé en 2011. Cela ne m’empêche pas de dire, encore une fois, que la faillite de notre XV national n’est pas seulement due aux limites de nos deux derniers sélectionneurs, même si leur responsabilité est grande, car si le problème ne tenait qu’à cela, cela signifierait qu’avec Guy Novès à sa tête, le XV de France redeviendrait très vite la nation majeure de l’hémisphère Nord, et donc un candidat très crédible pour la victoire à la prochaine Coupe du Monde. Non, il y a énormément de problèmes à régler au niveau des instances dirigeantes, étant entendu qu’il y a au moins une chose dont on peut être sûr avec l’arrivée du grand technicien toulousain, c’est qu’il ne pourra pas faire plus mal que ses deux prédécesseurs.

Cela étant, force est de reconnaître que la Nouvelle-Zélande est bien le pays par excellence du rugby à XV (3 coupes du monde sur 8 éditions), comme l’Australie est la référence du rugby à XIII (9 coupes du monde sur 13), les Etats-Unis du basket (14 titres olympiques sur 17 possibles), le Brésil du football (5 coupes du monde sur 20) ou la France du handball (10 titres mondiaux ou continentaux en 25 ans). Cela situe la portée de l’exploit néo-zélandais avec ce troisième succès mondial, le deuxième consécutif, ce qui est inédit. Il est vrai que les All Blacks demeurent depuis les années 1920 au tout premier rang du rugby mondial, cette équipe étant déjà appelée « les Invincibles » en 1924, suite à une tournée victorieuse en Grande-Bretagne. Pour mémoire, il faut rappeler que la première victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande eut lieu seulement en 1954 à Colombes, avec une ossature lourdaise (Claverie, Martine, Maurice et Jean Prat, Domec), plus des joueurs emblématiques comme son inamovible demi de mêlée Gérard Dufau, mais aussi André Boniface qui avait 20 ans à l’époque, ou encore les deuxièmes lignes Chevalier et Lucien Mias. Ensuite il a fallu attendre 1979 pour voir le XV tricolore s’imposer en Nouvelle-Zélande, grâce là aussi à la présence dans ses rangs de joueurs aussi doués que l’arrière Aguirre, le centre Codorniou, la paire de demis Gallion-Caussade, les troisièmes lignes Joinel et Rives, et une première ligne composée de Dubroca, Dintrans et Paparemborde. On notera dans les deux cas que le XV de France disposait à ces époques de joueurs de très grande classe…qui ont fait tellement défaut à l’équipe qui vient de disputer la dernière Coupe du Monde, ce qui prouve que le mal est vraiment profond, surtout si en plus on pratique un rugby de tranchées face à des équipes qui ont adopté depuis longtemps un jeu complet…comme on savait le faire dans notre pays au siècle précédent.

Voilà le constat que l’on peut faire à la fin de la Coupe du Monde 2015, épreuve qui a eu le mérite de couronner la plus belle équipe, d’avoir en finale les deux meilleures, et en demi-finale les quatre qui le méritaient le plus…toutes appartenant à l’hémisphère Sud. Ce n’est pas une coïncidence, et cela aussi tord le cou aux remarques de ceux qui ne cessent de critiquer le Top 14 et ses étrangers, ces derniers ayant été parmi les meilleurs joueurs, qu’il s’agisse des ailiers Habana (Afrique du Sud), Mitchell (Australie) et Imhoff (Argentine) ou du centre Giteau (Australie), pour ne citer que des joueurs ayant participé aux demi-finales. Et pour ma part cela ne me dérange pas du tout, en tant que spectateur ou téléspectateur, que des stars étrangères comme Nonu, Carter, Slade, Kepu, Quade Cooper, Genia, Vermeulen, Adam Ashley-Cooper, O’Connell, Bismarck Du Plessis ou Conrad Smith débarquent en France ce mois-ci ou le mois prochain. Au contraire, même s’ils prennent la place, aux dires de certains, des joueurs français, ils peuvent donner à ceux-ci des leçons de professionnalisme, notamment aux plus jeunes. A ce propos je trouve débile d’entendre Pascal Papé, un des joueurs le plus souvent sélectionnés en équipe de France, estimer que « l’arrivée massive de joueurs étrangers majeurs dans le Top 14 est un frein au développement de l’équipe de France ». Débile pourquoi ? Parce que Papé n’a pas fait la démonstration de ses qualités pendant la Coupe du Monde, alors que ces nouveaux joueurs n’étaient pas encore arrivés. En outre, si Papé et ses copains de l’équipe de France, malgré leurs faibles performances, sont bien payés pour jouer au rugby en France, c’est aussi parce que le Top 14 génère pas mal d’argent grâce aux stars étrangères qui y jouent. Heureusement, tous les joueurs de l’équipe de France n’ont pas cette mentalité, puisque le talonneur toulonnais Guirado se réjouit de l’apport des joueurs du Sud, notamment à travers « leur conception du rugby ».

Fermons la parenthèse pour noter que parmi ces étrangers qui débarquent à Toulon, au Racing ou ailleurs, il y a déjà celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter, en espérant qu’il aura davantage de chance au Racing que lorsqu’il est arrivé à l’USA Perpignan, club dans lequel il a joué seulement cinq matches en 2009, à cause d’une grave blessure. Ah les blessures ! Là en revanche, il y a de quoi s’inquiéter, comme je l’avais écrit dans un article en avril 2013 (Les affres du rugby professionnel…), car les impacts physiques sont de plus en plus terribles, et font de plus en plus de dégâts. Il y a aussi la vidéo, que les gens du football réclament à cor et à cri, mais qui finit par hacher le jeu à force d’y avoir recours à tout propos. Elle ne devrait être utilisée que pour valider un essai ou, très ponctuellement (j’insiste) pour permettre à l’arbitre d’éviter de faire une grosse erreur. Il y a enfin, comme je l’ai déjà évoqué précédemment, la domination très nette de l’hémisphère sud, le Nord semblant perdre de plus en plus de terrain. Même les Argentins, qui ont intégré depuis peu les compétitions du Sud, sont aujourd’hui supérieurs aux Français et aux Britanniques. On notera au passage que lesdits Argentins opèrent pour une grande majorité dans les clubs européens, à commencer par le Top 14, et que cela ne les empêche pas de progresser. Au contraire, tous reconnaissent que leurs progrès sont dus au fait de se frotter chaque semaine aux meilleurs joueurs opérant en France ou dans les Iles britanniques. D’ailleurs, comment progresseraient-ils dans leur championnat argentin ? Papé devrait y penser, plutôt qu’aller dans le sens des supporters franchouillards qui veulent moins d’étrangers. Il est vrai qu’au royaume des aveugles…

Michel Escatafal


Une raclée ? Oui, mais c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux

bleusComme l’a écrit Eurosport : «  Du mental, de la ressource et du talent, ces Bleus-là sont exceptionnels ». Ah, j’oubliais de préciser qu’on parlait des volleyeurs, champions d’Europe après avoir remporté la Ligue Mondiale il y a quelques mois, ce qu’on aurait aussi pu dire des handballeurs et même à un degré moindre des basketteurs. Et curieusement on parle beaucoup moins d’eux, que de nos rugbymen…qui ne sont même plus bleus, mais rouges de honte. Et pourtant, notamment pour les handballeurs et plus encore pour les basketteurs, ce sont des stars planétaires, ce que ne sont pas les joueurs de rugby français. Désolé, mais on connaît plus dans le monde Parker ou Diaw, ou encore Karabatic que Dusotoir ou l’inévitable Morgan Parra qui, tel que c’est parti, finira sa carrière avec 150 sélections. Les sélectionneurs passent, notre rugby est en train de trépasser, mais Parra survit à tout. Et comme il a à peine 27 ans, il faudra sans doute attendre 2023 pour le voir prendre sa retraite.

Pourquoi encore une fois évoquer le cas de Parra, me direz-vous ? Parce que c’est le symbole de notre rugby à l’échelle mondiale, à savoir un bon demi de mêlée, un très bon buteur, et c’est tout. Mais alors pourquoi Lièvrement et Saint-André ont toujours pensé à lui depuis 8 ans ? Parce qu’il représente l’archétype du joueur français, tel que le veulent les sélectionneurs. Il ne risque pas de sortir du lot par ses capacités physiques ou techniques, mais il est considéré comme très important pour ses avants qui voient en lui un petit chef à la fois filou et autoritaire. Une sorte de Fouroux, le charisme en moins. Problème, tout cela est très insuffisant pour le rugby d’aujourd’hui au plus haut niveau, où dominent la technique, mais aussi la puissance et la vitesse, deux atouts que Parra n’a pas et n’aura jamais. Et pourtant on le sélectionne qu’il soit bon ou mauvais, ce qui fait de lui un handicap pour tout autre demi de mêlée, fut-il meilleur que lui, parce que cet autre numéro 9 sait qu’à la moindre pénalité manquée ou à la moindre erreur il perdra sa place…au profit de Parra. Il suffit d’ailleurs de constater ce qui s’est passé après le match contre l’Irlande pour s’apercevoir que Parra est sans doute le joueur le plus incontournable aux yeux des sélectionneurs, mais aussi, plus curieusement, des journalistes. Contre l’Irlande, il y a dix jours, Tillous-Bordes (demi de mêlée de Toulon) a réalisé une partie indigne du haut niveau international, même avec l’excuse de jouer derrière un pack balloté.  Il a donc été remplacé bien avant l’heure de jeu par Parra, lequel a été encore plus mauvais, ratant quasiment tout ce qu’il entreprenait. On aurait dit un enfant perdu dans un jeu d’hommes.

Résultat, pour affronter les All Blacks surpuissants, au lieu de faire jouer Kockott, on sélectionne de nouveau Parra pour soi-disant améliorer le niveau de l’équipe et pour ses qualités de buteur, ce qui témoigne d’ailleurs de l’état d’esprit du sélectionneur. Il fallait défendre et mettre les pénalités qu’on ne manquerait pas d’avoir si les All Blacks étaient contrés. Cela a marché au début du match…sauf que Parra a manqué une pénalité facile d’entrée. Or si Parra n’est pas fiable comme buteur, il ne sert à rien. La preuve, même Rugbyrama, qui pourtant ne figure pas parmi ses détracteurs, l’a trouvé d’une incroyable lenteur, au point de reconnaître que Kockott en dix minutes a montré plus de choses que Parra en soixante-dix. Le site de rugby aurait même pu ajouter que Kockott est rentré au moment où le XV de France prenait l’eau de toutes parts, à commencer par notre paquet d’avants complètement à la rue.

Désolé de parler une fois encore de Parra…pour le critiquer, mais hélas, et je le regrette profondément, il n’a pas le niveau d’un grand demi de mêlée, alors que notre pays en a eu tellement avec ses Dufau, Danos, Lacroix, Astre, Barrau, Gallion, Berbizier, Galthier ou Elissalde. Problème, si on sélectionne Parra plus qu’on n’a jamais sélectionné les grands demi de mêlée du passé, c’est parce qu’on a oublié que notre pays est celui qui a toujours été capable jusqu’en 2007 de battre n’importe qui, parce qu’il avait dans ses rangs des joueurs hors-normes. Et nous n’en avons plus, du moins parmi les joueurs qui sont régulièrement appelés en Equipe de France. Cela signifie-t-il que le réservoir est tari ? Je ne crois pas, mais les joueurs opérant en Equipe de France semblent se comporter comme des robots, ne prenant aucun risque, se contentant de défendre et de pousser fort en mêlée pour les avants. Et cela, au moment où toutes les grandes équipes, jouent un rugby très ouvert, envoient du jeu comme on dit, dans le but de marquer plus d’essais que les autres, les buteurs servant surtout à transformer les essais, comme au rugby à XIII. Voilà le drame du XV de France, et voilà comment il a pris plus de 60 points contre les All Blacks, après avoir été battu 24-9 par les Irlandais, ce qui n’était pas cher payé, tellement le XV de France avait paru impuissant.

On comprend pourquoi, après quatre ans d’errements, le bilan de Philippe Saint-André est extrêmement négatif, avec 20 victoires, 2 nuls et 23 défaites, dont quelques grosses raclées, sans parler du classement de la France sur les quatre derniers Tournois des six Nations (4e, 6e, 4e et 4e). Cela d’ailleurs ne l’empêchait pas de proclamer haut et fort qu’on visait le titre mondial, surtout après trois mois de préparation qui devaient suffire à gommer les imperfections de son équipe. Problème, même en gravissant les cols les plus escarpés, même en soulevant des tonnes et des tonnes de fonte, cela ne compensera pas le manque de classe de nombreux joueurs de ce XV de France. Et puis, les Français ne sont pas les seuls à préparer le grand rendez-vous quadriennal de la Coupe du Monde! La preuve, mis à part l’Angleterre, qui figurait dans la poule de la mort avec l’Australie et le Pays de Galles, les autres nations britanniques ont fait beaucoup mieux que le XV de France face à leurs rivaux du Sud. Rappelons-nous quand même que les Ecossais, que les supporters franchouillards considèrent comme largement inférieurs aux Français, n’ont été battus que d’un point par l’Australie, sur une décision plus que douteuse de l’arbitre, Mr Joubert. Mais si les Ecossais ont été si près de réaliser l’exploit, tout comme les Gallois face aux Sud-Africains, c’est parce qu’ils n’ont pas peur de prendre des risques, et parce que dans leur équipe il y a plusieurs joueurs capables de « jouer du piano » comme disait Pierre Danos, merveilleux demi de mêlée lors de la tournée victorieuse en Afrique du Sud en 1958, alors que chez nous il y a surtout des déménageurs ou alors des non-déménageurs qui ne savent pas jouer du piano.

Cependant pour de nombreux supporters le bouc-émissaire est tout trouvé : c’est le Top 14 et ses cadences infernales. Cela étant, est-ce la faute du Top 14 si un nombre infime de ballons d’attaque arrivent jusqu’à l’aile quand le XV de France rencontre une grande équipe. Non, si nous en sommes là, c’est parce qu’on se cantonne dans un jeu restrictif ou parce qu’on fait tomber ces ballons suite à de mauvaises passes. Est-ce la faute du Top 14 si Picamoles, pourtant un des rares à surnager samedi dernier, est l’élément qui amorce l’énorme déroute française en tombant dans le panneau de la provocation, comme un jeune de 15 ans, avec son petit coup de poing sur Mac Caw, qui empêche les Français de se rapprocher des Blacks, compte tenu de la facile pénalité à convertir, l’arbitre retournant la pénalité et infligeant un carton jaune justifié au Toulousain. Cela n’aurait rien changé sans doute, mais le constat est là. De plus des joueurs comme Gorgoze, Mafi, Sanchez et plus encore Habana, Giteau ou Mitchell, qui opèrent dans nos équipes du Top 14, ont été ou sont très bons avec leurs équipes respectives…bien meilleurs que nos « stars françaises », formées en France. Au passage, cela m’amène à dire qu’il est difficile de ne pas comprendre les présidents de clubs qui préfèrent acheter un joueur sud-africain, australien, néo-zélandais, argentin, fidjien ou samoan, presque toujours beaucoup moins cher que les joueurs français internationaux ou formés en France. Et j’ajouterai qu’on est bien content de regarder les matches en tribunes ou à la télévision avec les joueurs dont j’ai parlé, avec aussi il y a peu Wilkinson, Kelleher ou Sonny Bill Williams qui ont joué en France, et bientôt des Carter, Nonu, Vermeulen et sans doute Quade Cooper et James O’Connor, pour ne citer qu’eux. Certes certains d’entre eux ont plus de 30 ans, mais allez dire aux joueurs de l’Equipe de France que Nonu et Carter, par exemple, sont bons pour la retraite !

Ah les étrangers ! Voilà les grands mots ! En France on ne les aime pas, quels qu’ils soient, et même s’ils nous aident à avoir une très grosse équipe, comme le PSG en foot ou en handball. Cela dit, on notera que les migrants étrangers préfèrent les autres pays au nôtre. La preuve : ils veulent aller au Nord de l’Europe, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, plutôt que rester chez nous s’ils transitent par notre pays. Comme on les comprend ! Fermons la parenthèse et revenons au rugby, pour admettre que notre formation n’est plus au niveau requis pour briller à l’échelon international. Je suis persuadé qu’un Fofana, un Dulin ou un Maestri, pour citer des joueurs sélectionnés samedi dernier seraient bien meilleurs s’ils avaient toujours joué en Australie, en Afrique du Sud ou en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans les nations britanniques. Pourquoi ? Parce que dans notre pays, royaume de ce que les Britanniques appelaient autrefois le « french-flair », on privilégie la puissance à la technique. Rappelons-nous que nombreux furent ceux qui expliquaient il y a 60 ans, qu’une des grandes forces du FC Lourdes de l’époque était précisément de répéter pendant des heures à l’entraînement les gestes de base du rugby, la passe par exemple. Comment se fait-il que les All Blacks, qui attaquent tout le temps, ne font quasiment jamais tomber le ballon ? Parce qu’ils cherchent perpétuellement la perfection, comme les Lourdais dans les années 50 ou les Montois dans les années 60.

Evidemment évoquer ces deux époques fait peut-être ringard aux yeux de certains, sauf que les valeurs travail et technique sont indissociables. Et si j’écris cela, c’est parce que je suis tellement triste en lisant les commentaires affligeants de certains ridicules supporters cocoricos et chauvins, qui évoquent…le dopage, pour justifier la supériorité des Néo-Zélandais et le fameux 62-13. Voilà,  dans notre pays, quand on n’a plus d’arguments on finit par parler de dopage. Si Pinot ou Barguil ne battent pas dans le Tour, le Giro ou la Vuelta, Contador, Froome, Quintana, Aru ou Nibali, c’est parce que les autres, tous étrangers, se dopent. Ahurissant !!! Comme si les All Blacks n’avaient que leur puissance pour battre les Français ! En fait ces All Blacks ressemblent aux « bleus » d’antan, à base lourdaise, montoise ou toulousaine ces dernières années alors que nous…Un dernier mot enfin, pour parler des remarques presqu’aussi attristantes de certains consultants de radio ou télé qui jouaient la langue de bois après la déroute,  et n’osaient pas regarder la réalité en face. Cependant ceux-là avaient une bonne excuse, parce qu’ils sont toujours dans le milieu comme joueurs ou entraîneurs ou parce qu’ils espèrent l’être un jour sans doute. Néanmoins, et c’est peut-être le plus rassurant, tout le monde reconnaissait qu’il y a un immense chantier à exécuter pour redonner des couleurs au XV de France, avant de lui rendre son lustre d’autrefois. Ce sera sans doute le travail de Novès, en espérant qu’il saura profiter de ses multiples titres pour former une nouvelle équipe avec des jeunes, quitte à ne pas obtenir le succès tout de suite, et à faire patienter sa hiérarchie, laquelle a aussi une grande part de responsabilité dans ce Waterloo. De toute façon, en misant tout sur une trentaine de joueurs avec des jeunes talents de moins de 25 ou 26 ans, encadrés par quelques anciens pas trop éloignés de la classe internationale, et en faisant preuve de continuité, il ne pourra pas faire pire que Saint-André. Toutes les grandes équipes le sont devenues de cette manière, alors que Saint-André a utilisé en quatre ans plus de 80 joueurs, dont 34 pour le Tournoi 2014 ! N’en jetons plus, car tout est consommé !

Michel Escatafal


Jonny Wilkinson au Panthéon du rugby et des numéros 10

barry johnwilkinson2Partie 2

Avant de parler de ces monstres sacrés que furent Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp et Barry John, prédécesseurs de Jonny Wilkinson au Panthéon des demis d’ouverture, revenons d’abord en quelques lignes sur la finale du Top 14, samedi soir, qui a permis au RC Toulon de réaliser un fantastique doublé, premier club français à réaliser cet exploit avec des équipes anglaises participant à la compétition. Au passage, on observera que les Toulonnais ont fait beaucoup mieux que l’autre finaliste de la Coupe d’Europe, les Saracens, ceux-ci ayant été battus par Northampton après prolongations, à l’issue d’une finale extrêmement disputée (24-20). Fermons la parenthèse pour noter que Jonny Wilkinson aura eu la fin de carrière qu’il méritait, en soulevant avec ses copains toulonnais le fameux Bouclier de Brennus, au terme d’un match où il aura réussi à titre personnel un sans-faute, tant au pied (15 points) qu’à la main. Que rêver de plus pour l’artiste anglais, symbole d’une équipe cosmopolite, où brillent de mille feux les internationaux français, anglais, italiens, argentins, sud-africains, australiens et néo-zélandais (en tout une demi-douzaine de champions du monde) ?

A ce propos j’en profite pour dire que ce qu’a construit Mourad Boudjellal depuis son arrivée au club il y a moins de dix ans est tout à fait admirable, ce qui donne à notre Top 14 une visibilité que les gens de la Fédération sont bien incapbles d’offrir à notre rugby. En écrivant cela je pense aussi à ceux qui ont un siècle de retard, et qui discutent sur le fait de savoir si le RC Toulon est encore une équipe française, un peu comme en football le Paris Saint-Germain. Quel débat ridicule, comme celui à propos des soi-disant « valeurs » qui s’attachent à des clubs qui ont dans leur effectif nombre de grands joueurs internationaux…appelés mercenaires par ces censeurs de pacotille. En tout cas, quand on a vu la rage de vaincre d’un Umaga, d’un Gregan, d’un Mehrtens, d’un Oliver ou d’un SB Williams, et de nos jours d’un Wilkinson, d’un Hayman, d’un Botha, d’un Ali Williams, d’un Giteau ou des frères Armitage, on se dit que le rugby français a bien de la chance d’avoir un président de club qui a su trouver les ressources pour faire venir des joueurs de ce calibre, suffisamment motivés pour remonter de Pro D2 en Top 14, et ensuite remporter des titres.

On comprend aisément la fierté de ce président de club atypique, quand il racontait après la remise du Bouclier de Brennus : « En deux ans, on a gagné trois titres, soit autant que le club en 100 ans. C’est magnifique pour la ville et magnifique pour le club ».Bravo aussi à Bernard Laporte, tellement décrié quand il était sélectionneur du XV de France, malgré des résultats à faire pâlir d’envie ses successeurs (Lièvremont et Saint-André), et qui a su fédérer, avec ses adjoints (Mignoni et Delmas) toutes ces stars et en faire une équipe très soudée, comme l’a si bien noté Alexandre Menini, joker médical (pilier gauche) qui était totalement inconnu il y a trois mois, et qui se retrouve aujourd’hui champion d’Europe, champion de France et sélectionné dans le XV de France… à 30 ans. Mieux qu’Alfred Roques au même âge ! Reste quand même à égaler l’extraordinaire pilier cadurcien des années 1950 et 1960.

Et maintenant, après avoir souligné encore une fois la classe sur et hors du terrain de Jonny Wilkinson, son humilité, sa retenue dans le succès comme dans la défaite, l’admiration qu’il suscite chez ses partenaires…et ses adversaires, comme en témoigne l’attitude des joueurs castrais après la finale, tellement dignes dans la défaite en participant à leur manière à l’hommage rendu à Wilkinson, je vais à présent évoquer les monstres sacrés auquel je compare le merveilleux ouvreur anglais. Des monstres sacrés qui ont marqué à leur manière leur époque, celle-ci étant évidemment très différente de celle d’aujourd’hui, faute d’avoir eu la chance de connaître le professionnalisme, ce qui a parfois privé très tôt le rugby de leur immense talent, leur carrière s’arrêtant alors qu’ils étaient encore très jeunes, sauf pour Jack Kyle.

En parlant de cet ouvreur irlandais, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer la figure de Jack Kyle, dont certains disaient à son époque qu’il était peut-être le meilleur joueur irlandais de l’histoire, grande vedette (on ne disait pas star chez nous à ce moment) de l’équipe d’Irlande qui remporta le grand chelem en 1948. C’était un ancien élève d’un lycée protestant, opérant au North of Ireland F.C., avant de devenir plus tard le docteur Kyle.  Il savait tout faire avec un ballon de rugby dans les mains, y compris buter  s’il le fallait. Si je dis cela c’est parce qu’il ne fut jamais le buteur attitré de l’équipe d’Irlande pendant les onze années que dura sa carrière internationale, entre 1947 et 1958. Celle-ci démarra dans le Tournoi contre l’équipe de France, qu’il avait affrontée l’année précédente à une époque où notre équipe n’avait pas encore réintégré le concert international, suite à sa rupture avec les Britanniques en 1931, ces derniers accusant le championnat de France d’être trop violent et de faits de professionnalisme. Jack Kyle, aux dires de Jean Prat qui l’avait bien connu, était à la fois un remarquable meneur de jeu, sachant surtout créer des occasions pour ses partenaires, et un joueur au pied de grand talent. Il fut un des premiers à utiliser avec efficacité les chandelles pour mettre le feu dans les défenses adverses, chose aujourd’hui banale dans le rugby professionnel, mais Kyle fut une sorte de précurseur à son époque. C’était aussi un excellent défenseur, ce qui prouve qu’il était un ouvreur très complet.

Autre remarquable demi d’ouverture dans les années 50, le Gallois Cliff Morgan. Il entra dans l’équipe du Pays de Galles un peu plus tard, très exactement en 1951 dans un match du Tournoi…contre l’Irlande de Jack Kyle.  Très vite Morgan s’imposa comme un très grand demi d’ouverture, dans un style différent de celui de Kyle. Ses crochets étaient déroutants, et il en usait tellement que parfois il en abusait. En fait son seul défaut était de vouloir trop en faire. Il n’empêche,  dans ses grands jours l’ouvreur gallois était diabolique. Les Français s’en aperçurent à plusieurs reprises, plus particulièrement en 1957, dans un match où nos tricolores furent héroïques mais où ils durent s’incliner contre des Gallois supérieurement emmenés par un Cliff Morgan superbe. Il arrêtera sa carrière très tôt, à l’âge de 28 ans (en 1958), alors que son talent était intact. En tout cas ces deux joueurs ont largement dominé la décennie 1950 à leur poste. La preuve, on parle encore d’eux à l’occasion. En fait le seul concurrent qu’ils auraient pu avoir à cette époque…jouait au centre la quasi totalité du temps, n’opérant à l’ouverture qu’à l’occasion : il s’appelait Roger Martine. Il suffit de lire le compte rendu du match opposant la France à l’Irlande en 1955, pour en être convaincu. Ce jour-là en effet, Roger Martine soutint largement la comparaison avec Jack Kyle, du moins jusqu’à sa blessure à l’épaule au début de la deuxième mi-temps…qui allait sans doute coûter à la France le grand chelem dans son match contre Galles, Martine ayant joué le match contre les Gallois en étant insuffisamment remis de cette blessure.

Autre grand ouvreur britannique, l’Anglais Richard Sharp. Un surdoué parmi les surdoués, capable de démanteler n’importe quelle défense sur une de ses percées dont il avait le secret.  Ce fut le cas en 1960, lors d’un match à Colombes, où les Anglais obtinrent le match nul contre l’équipe de France, sans doute plus forte que sa rivale anglaise, sur un coup de génie de son ouvreur.  Celui-ci en effet réussit une magistrale percée, suite à une balle perdue en mêlée par les Français, donnant à son centre Weston l’essai du match nul…empêchant la France de réaliser le grand chelem. Sharp  ne comptera que 14 sélections internationales dans sa carrière, mais il laissera le souvenir d’un très grand joueur. En tout cas il m’a beaucoup marqué, puisqu’après Roger Martine ce fut ma seconde idole dans le rugby, celui pour qui je me prenais à cette époque avec un ballon ovale dans les mains.

Un peu plus tard, j’ai eu une profonde admiration pour un autre ouvreur gallois, Barry John, un des plus grands talents que le rugby ait connus,  un demi d’ouverture  qui forma avec l’immortel Gareth Edwards la plus emblématique des paires de demis de l’histoire du rugby. C’est peut-être à lui que je comparerais Wilkinson, si justement je devais faire une comparaison. Barry John fut surnommé The King lors de la tournée des Lions britanniques en 1971 en Nouvelle-Zélande, tellement il fut brillant dans le jeu et au pied. Il a largement contribué à faire de l’équipe galloise du début des années 70 une des équipes du vingtième siècle, au même titre que les équipes de France entre 1958 et 1960, ou encore que celle des  All Blacks en 1987. Barry John avait tout pour lui, et savait absolument tout faire avec un ballon de rugby. Remarquable buteur, il était aussi un génial inspirateur des lignes arrière galloises. Il le démontra par exemple dans les matches contre l’équipe de France en 1971 et 1972.

Dans le Tournoi 1971, à Colombes, c’est Barry John qui réussit à marquer un essai qui devait tout à sa classe, après que son pack eut réussi à ravir la balle sur introduction de Max Barrau, notre demi de mêlée. Avec Barry John à la baguette, accompagné de Gareth Edwards, les Gallois faisaient preuve d’une sérénité, d’un sang-froid et d’une maturité exceptionnelles. La classe de sa paire de demis donnait aux Gallois l’illusion qu’ils étaient imbattables. Et ils l’étaient effectivement,  puisqu’ils remportèrent tous leurs matches du Tournoi des Cinq Nations en 1971 et 1972. Ils l’étaient aussi avec  les Lions, équipe dont l’ossature était entièrement galloise, puisqu’ils remportèrent  en 1971 leur série de tests en Nouvelle-Zélande, développant un jeu qui enchanta tous les observateurs de cette nation phare du rugby mondial.

En 1972, Barry John crucifia de nouveau  les Français en marquant quatre pénalités, mais aussi en déployant une maîtrise sans pareille dans tous les compartiments du jeu. Edwards-John : fera-t-on mieux un jour ? Peut-être pas. En tout cas, s’il y avait eu une Coupe du Monde à cette époque, le Pays de Galles l’aurait à coup sûr emporté au moins une fois. Barry John n’aura jamais été champion du monde, contrairement à Jonny Wilkinson, mais son nom restera à jamais gravé dans la légende du rugby, un sport qu’il a abandonné très tôt (à 27 ans en 1972) alors qu’il était au sommet de son art. Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp, Barry John : voilà une belle galerie de portraits de demis d’ouverture britanniques qui ont brillamment marqué leur époque. Je crois être assez objectif pour affirmer que Jonny Wilkinson a toute sa place dans cette galerie, qui le met en bonne compagnie dans la mémoire des amoureux du rugby, y compris des Français. Et pourtant jamais notre équipe de France n’avait connu pareil bourreau, tant en Coupe du Monde que dans le Tournoi. Nous lui pardonnerons d’autant plus volontiers qu’il est devenu le plus français des joueurs anglais, et qu’il nous aura fait profiter de son talent dans le Top 14 pendant cinq ans. Merci et bravo à Mourad Boudjellal (président du RCT) d’avoir cru en lui en 2009, alors que certains pensaient que sa carrière était finie !

Michel Escatafal