Le tennis et ses reines…parfois exaspérantes

cris evertsharapovaPour être franc, je n’apprécie pas cette nouvelle mode de vouloir à tout prix que chaque sport ait une compétition identique chez les hommes et les femmes. C’en devient même ridicule ! Qui oserait dire qu’un combat de boxe entre deux femmes puisse atteindre la beauté d’un Hagler-Léonard, d’un Hagler-Hearns, d’un Leonard-Duran ou d’un Ali-Frazier ? Est-ce qu’une championne cycliste peut offrir en montagne, sur une pente à 9 ou 10%, le merveilleux spectacle d’une « giclette » de Contador ou d’un sprint échevelé sur 300 ou 400 mètres de Froome ? Idem sur la piste, où aucune femme n’égalera la beauté sauvage d’un sprint de Pervis sur 200 mètres. En revanche, nombre de sports méritent que l’on accorde la même considération à celles ou ceux qui le pratiquent au plus haut niveau. Je n’en citerais que quelques uns, à commencer par la gymnastique, le patinage artistique, l’athlétisme ou la natation, sans oublier évidemment le tennis. Certes en écrivant cela je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais, comme disait Boileau qui n’a pas eu la chance de connaître le sport tel qu’il est devenu depuis le début du vingtième siècle, « j’appelle un chat un chat ».

Fermons la parenthèse, et revenons justement au tennis féminin, lequel fut longtemps le symbole de ce mélange harmonieux de force et de beauté, ce qui n’est nullement incompatible, qui fut depuis bien longtemps la marque de fabrique des tenniswomen. J’ai bien écrit depuis bien longtemps, car malgré toute la sympathie que je porte au tennis féminin, je suis de plus en plus perplexe quant à la beauté du spectacle présenté. J’ai du mal à me faire à ce jeu  où les championnes cognent de toutes leurs forces,  alors que les hommes, et notamment Roger Federer, font  preuve d’une grâce que l’on qualifierait presque de féminine. En effet, entre les ahanements ô combien bruyants de nombre de joueuses, et les poings serrés des autres avec une poussée d’adrénaline toute masculine, je me dis que les amateurs de tennis de 40 ans et plus ont eu bien de la chance d’avoir pu voir  en action une Chris Evert, à l’allure merveilleuse, joliment vêtue, sans muscle saillant comme une athlète, bref tellement féminine, ce qui ne l’empêchait pas de frapper fort dans la balle quand les circonstances l’exigeaient. Son revers à deux mains notamment était meurtrier en passing-shot, et rien que d’y penser  je m’en régale encore. En plus cette merveilleuse féminité ne l’a pas empêchée de devenir l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, avec ses 18 victoires en simple dans les tournois du grand chelem.

Serena Williams, en valeur absolue (et de très loin) la meilleure des joueuses de ce temps (18 titres en simple dans les tournois comptant pour le Grand chelem plus un titre olympique, 13 en double avec sa sœur plus 3 titres olympiques, et 2 en double-mixte), est très différente : sa première vertu est d’être une terrible combattante, ou encore « une combattante de l’ultime » comme elle se qualifie elle-même. Et c’est vrai que cela lui va bien, comme elle l’a démontrée à de nombreuses reprises dans les finales des tournois majeurs, par exemple face à Justine Hénin qui, dans un autre style, était elle aussi une combattante de premier ordre. En tout cas, si une comparaison devait être faite entre Serena Williams et une autre joueuse américaine, ce serait avec Billie Jean King (12 tournois du grand chelem en simple dans les années 70). Billie Jean King avait un jeu complet, sans doute meilleure volleyeuse que Serena Williams, mais son jeu était quand même basé sur la puissance. Et pour ajouter à la comparaison, comme Serena Williams, la carrière de B.J. King fut émaillée d’ennuis physiques, plus particulièrement d’accidents musculaires. Enfin, comme Serena Williams, B.J. King fut aussi une grande joueuse de double (16 victoires en double dames en grand chelem et 11 en double mixte).

Et puisque nous sommes dans l’histoire, je voudrais rappeler que si B.J. King, Evonne Goolagong, Cris Evert, Monica Seles, Steffi Graf, ou les sœurs Williams, ont marqué l’histoire du tennis féminin, les deux meilleures joueuses, au moins depuis 1945, sont plutôt Margaret Court et Martina Navratilova. Et pas seulement parce qu’elles ont accumulé les victoires dans les plus grands tournois, mais en raison de la qualité de leur jeu qui n’avait aucune faille. Margaret Court totalise 24 victoires en simple dans les tournois du grand chelem, dont le grand chelem en 1970, plus 38 en double et double mixte. Très athlétique pour l’époque (1.75 m) elle savait tout faire, comme plus tard Martina Navratilova (18 titres en grands chelems, plus un grand chelem à cheval sur deux années, et 58 titres en tout) qui avait à peu près le même gabarit. Cela dit, la différence entre ces deux joueuses et Serena  Williams était que leur jeu était plus basé sur le service et la volée, et qu’il était plus beau à regarder pour l’amateur de tennis.

Cependant j’ai toujours bien aimé à titre personnel Justine Hénin, jeune retraitée ayant dû renoncer à la compétition début 2011, après avoir tenté un come back suite au premier arrêt de sa carrière  en 2008, sans doute parce qu’elle était exténuée, son jeu exigeant  une grosse dépense physique. C’est pour cela qu’elle mérite tous ses nombreux succès malgré son petit gabarit, d’autant qu’elle était sans doute  moins douée qu’une fille comme Amélie Mauresmo, une de ses plus grandes rivales, mais loin d’avoir son palmarès. Justine Hénin, en effet, a fait une très belle carrière avec 7 victoires en simple en grand chelem et une médaille d’or aux J.O. d’Athènes, battant en finale Amélie Mauresmo.

Personnellement cela me faisait plaisir de voir une jeune femme mesurant 1.67m et pesant 57 kg tenir la dragée haute à  d’autres infiniment plus puissantes qu’elle. C’est aussi  ce qu’avait réussi à faire pendant quelques temps au début des années 2000 la Suissesse Martina Hingis (5 victoires en simple en grand chelem), qui mesure à peine 1.70 et pèse moins de60 kg. Aujourd’hui c’est une Russe d’un tout autre gabarit (1.88m), Maria Sharapova, aussi belle que grande, qui est la plus dangereuse rivale de Serena Williams, du moins quand elle n’est pas blessée. Elle aussi a beaucoup de classe, jouant comme de nombreux joueurs dans les années 70, avec des attaques puissantes du fond du court. Mais elle est exaspérante pour le spectateur ou le téléspectateur, qui a l’impression de sortir du match aussi épuisé qu’elle à force d’entendre ses cris hallucinants chaque fois qu’elle frappe la balle. Néanmoins elle a remporté 5 tournois majeurs en simple dans sa carrière et a été à plusieurs reprises numéro une mondiale, la première fois en 2005, alors qu’elle avait 18 ans. Mais, à titre personnel, je préfère voir jouer Vénus Williams, même si elle n’est plus ce qu’elle était, qui aurait pu faire une carrière équivalente à celle de sa sœur sans ses problèmes de santé. Cela ne l’a pas empêché de compter 7 titres du grand chelem dont 5 à Wimbledon (45 en tout sur le circuit). En outre, parmi les  joueuses actuelles, elle est celle dont le jeu ressemble le plus à Margaret Court ou Martina Navratilova…quand elle est en forme.

Autre caractéristique du tennis féminin depuis le début du nouveau siècle, la hiérarchie fluctuante…quand Serena Williams est blessée, avec des joueuses qui accumulent les performances ponctuelles qui les font grimper au classement, au point d’avoir à la première place mondiale des  Caroline Wozniacki ou (un peu avant) Dinara Safina  n’ayant jamais gagné de tournoi du grand chelem, ce qui était impossible à l’époque de Margaret  Court , Billie Jean King, ou encore de l’Australienne aborigène Evonne Goolagong qui, a 19 ans, a réalisé le doublé Wimbledon-Roland-Garros (1971),  sans oublier  Chris Evert  et Martina Navratilova qui ont illuminé le jeu dans leurs duels des années 70 et 80, mais aussi Steffi Graf (années 80 et 90),  et Monica Selès au début des années 90, l’inventrice des cris sur le court, à l’imitation de joueurs comme Connors.

Tout cela appartient au passé, comme appartiennent au passé les succès de nos trois meilleures joueuses depuis les années 60, à savoir Françoise Durr, qui a remporté Roland-Garros en 1967, Mary Pierce qui a gagné à Melbourne (1995) et à Roland-Garros (2000), et Amélie Mauresmo, vainqueur à Melbourne et à Wimbledon en 2006, du Masters en 2005, autant d’ exploits lui ayant permis d’être à la première place mondiale pendant une partie de l’année 2006. Autre exploit français, beaucoup plus inattendu celui-là, la victoire à Wimbledon en 2013 de Marion Bartoli, jeune femme n’ayant jamais été mieux classée qu’à la septième place en 2010. Une victoire tellement improbable qu’elle décida d’arrêter sa carrière un mois et demi plus tard à l’âge de 28 ans, considérant sans doute qu’elle avait touché son Graal, laissant un grand vide dans notre tennis féminin. Qui sera la prochaine grande championne française ? Personne ne peut le dire, à supposer qu’elle soit née. Et sur le plan mondial, qui succèdera à Serena Williams ? Difficile de répondre, mais je mettrais bien une pièce sur la Tchèque Petra Kvitova (24 ans) qui vient de gagner cette année son deuxième le tournoi de Wimbledon, et qui fait beaucoup penser…à une ex-compatriote, Martina Navratilova. Toutefois il faudra qu’elle fasse preuve de plus de régularité dans les années à venir, si elle veut marquer à son tour l’histoire du tennis féminin.

Bonne et heureuse année 2015!

Michel Escatafal

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Serena Williams : la joueuse du vingt-et-unième siècle

serenaAvant d’évoquer l’US Open et la dix-huitième victoire en Grand chelem de Serena Williams à Flushing-Meadow contre Caroline Wozniacki (2 fois 6-3), je voudrais d’abord souligner mon étonnement devant la victoire de Cilic à ce même Us Open face au Japonais Nishikori (3 fois 6-3), et plus encore le fait que les vainqueurs des quatre tournois comptant pour le Grand chelem soient tous différents cette année ( Wawrinka, Nadal, Djokovic et Cilic). Cela démontre qu’en 2014 le tennis n’a pas eu de grand patron, entre les blessures de Nadal, toujours roi de Roland-Garros, le déclin inéluctable de Roger Federer, et l’irrégularité au plus haut niveau de Djokovic, lequel aurait dû profiter des difficultés de ses deux principaux concurrents pour s’imposer comme un vrai numéro un mondial. Autre évènement lors de cet US Open, la victoire en double des frères Bryan, malgré leurs 36 ans, ce qui leur a permis de conquérir leur seizième titre en Grand chelem, dont cinq conquis à l’US Open. Il ne leur manque plus qu’à réaliser le Grand chelem sur une année (ils l’ont fait sur deux années) pour être définitivement dans la légende, puisque seule la paire Sedgman-Mac Gregor a accompli cet exploit en 1951…à une époque où les meilleurs joueurs de simple jouaient aussi le double, ce qui relativise l’exploit des Bryan, loin, très loin d’être aussi forts que, outre Sedgman-Mac Gregor, la paire Hoad-Rosewall (la référence absolue) dans les années 50, Laver-Emerson et Newcombe-Roche dans les années 60-70,  ou Mac-Enroe-Fleming dans les années 70-80.

Mais avant de parler plus longuement de tennis, et plus encore de tennis féminin, je ne peux pas passer sous silence la magnifique victoire d’Alberto Contador lors de la seizième étape de la Vuelta, devant Chris Froome qui avait dynamité la course dans la dernière ascension, en plaçant une de ses terribles accélérations dont il a le secret. Quel dommage, et je le redis une nouvelle fois, que nous n’ayons pas eu cette explication suprême entre le Pistolero et Froomey lors du dernier Tour de France car, sans faire injure à Nibali, voir ces deux cracks s’affronter au meilleur de leur forme ( ce qui n’est le cas aujourd’hui ni pour l’un ni pour l’autre) aurait été un spectacle extraordinaire, sorte de remake des duels entre Coppi et Bartali ou Koblet dans les années 40 et 50. Cela dit, cette Vuelta nous a aussi offert au cours de cette grande étape de montagne un pugilat sur le vélo, pour une raison que l’on a du mal à expliquer en voyant les images à la télévision, qui a valu aux coureurs d’être mis hors course. Certains ont trouvé cela sévère, mais force est de reconnaître que c’est une image dont les amateurs de vélo se seraient bien passé, même si de telles confrontations musclées sont monnaie courante dans d’autres sports. Mais le vélo se veut tellement exemplaire, trop peut-être comme je l’ai souvent souligné surtout en regardant ce qui se passe dans d’autres sports, que les commissaires ont vite sévi contre Brambilla et Rovny. Tant pis pour  les deux belligérants !

Voyons à présent la place qu’aura dans l’histoire du tennis Serena Williams, vainqueur de son dix-huitième tournoi du Grand chelem et de son sixième US Open. Rien que cela nous indique qu’elle figure parmi les plus grandes championnes de l’histoire de ce jeu, et qu’elle est incontestablement la championne du vingt-et-unième siècle. Dotée d’un physique impressionnant, mais aussi d’un remarquable service et d’un revers qui ne l’est pas moins, elle est quasiment imbattable…quand elle n’est pas blessée, ce qui lui est arrivé très souvent au cours de sa déjà longue  carrière. Pour mémoire je rappellerais qu’elle a remporté son premier tournoi majeur en 1999, contre la reine de l’époque Martina Hingis, précisément à l’US Open. Certains, qui n’ont connu le tennis qu’à partir des années 2000, disent déjà que c’est la meilleure joueuse de l’histoire. Ils pourraient ajouter  que sans les blessures précédemment évoquées elle aurait déjà battu le record de Margaret Court en simple avec ses 24 victoires dans les tournois majeurs. Toutefois si Serena Williams a été et est aussi souvent blessée, c’est certainement parce qu’elle tire énormément sur son physique, son jeu n’ayant rien d’économique. C’est cela aussi la différence avec les grandes championnes du passé, moins fortes physiquement que nombre de joueuses de notre époque, même si Martina Hingis ou Justine Hénin ont montré qu’on pouvait être numéro un mondiale à la fin des années 90 ou au début des années 2000 avec des mensurations proches de celles d’Evonne Goolagong ou Chris Evert…ce qui est impensable chez les hommes. Qui pourrait imaginer qu’un Rosewall du vingt-et-unième siècle (1.70m et 66kg) ou même un Laver (1.72m et 70 kg) pourraient battre Nadal, Djokovic, Federer ou Cilic ?

Autre chose à prendre en compte en ce qui concerne la place parmi les meilleures joueuses de Serena Williams : la concurrence. On a beau dire, mais depuis quelques années la hiérarchie du tennis est quand même assez floue…derrière Serena Williams. Cette année par exemple, c’est la Chinoise Li Na qui a remporté l’Open d’Australie, ensuite c’est Maria Sharapova qui l’emporte à Roland-Garros, et, à Wimbledon, c’est la surdouée tchèque Petra Kvitova qui s’est imposée. Cela étant, si Serena Williams n’a pas remporté de tournoi majeur entre janvier et juillet, c’est tout simplement parce qu’entre un mal au dos, une blessure à la cuisse et un manque total de préparation, elle n’est jamais arrivée à Melbourne, Roland-Garros et Wimbledon en bonne santé. En revanche sa victoire au tournoi de Cincinatti laissait présager son succès de Flushing-Meadow, parce qu’elle avait pu se préparer correctement. Bref, Serena Williams est la meilleure joueuse de son époque depuis plusieurs années, et elle n’a pas face à elle une ou plusieurs joueuses susceptibles de la battre au meilleur de sa forme. Une Martina Navratilova avait en effet comme grande concurrente Chris Evert, tout comme Steffi Graf avec Monica Seles avant son agression sur le court en 1993, ce qui fait penser aux duels entre Federer et Nadal chez les hommes. Imaginons Federer sans Nadal ou l’inverse, à combien de tournois du grand chelem ils en seraient ! Federer sans Nadal aurait même réalisé en 2006 et 2007 le Grand Chelem. Mais imaginons aussi combien Martina Navratilova et Chris Evert auraient gagné de tournois majeurs sans la présence de l’autre : plus de 25 sans doute, voire même 30.

Tout cela pour dire que Serena Williams  peut encore battre le record de victoires individuelles de Margaret Court…à condition de rester en bonne santé dans les deux ou trois ans qui viennent. Elle peut aussi garder l’espoir de réaliser enfin ce Grand chelem que tout le monde attend depuis 1988, année où Steffi Graf remporta les quatre tournois majeurs (Australie, France, Grande-Bretagne et Etats-Unis). Certains ajoutent aujourd’hui la notion de Grand chelem doré avec la victoire aux Jeux Olympiques, mais l’histoire n’en veut pas réellement puisqu’à l’époque où  Maureen Connoly (1953) et Margaret Court (1970) réalisèrent le Grand chelem, le tennis n’était pas encore sport olympique. En revanche le Grand chelem de Steffi Graf a été réussi sur trois surfaces différentes (dur, herbe et terre-battue) contre deux seulement (herbe et terre) pour ceux de Maureen Connoly et Margaret Court. En tout cas, si Grand chelem il doit y avoir de nouveau dans le tennis féminin, la seule qui en soit capable en ce moment est certainement Serena Williams, compte tenu de sa supériorité intrinsèque sur ses rivales, y compris Petra Kvitova, sans doute la plus douée des jeunes joueuses actuelles, mais trop inconstante pour en faire une championne capable de gagner les quatre grands tournois. En plus, elle n’a pas le jeu pour s’imposer à Roland-Garros, où Serena Williams a triomphé deux fois.

Un dernier mot enfin pour dire que même si Serena Williams parvenait à battre le records de victoires en Majeurs et à réaliser le Grand chelem, cela ne voudrait nullement dire qu’elle serait la meilleure joueuse de l’histoire…parce que les conditions entre les époques sont trop différentes pour de pareilles affirmations. Cela étant, et je le répète, elle est à coup sûr la meilleure joueuse du nouveau siècle…ce qui n’est déjà pas mal. Une sorte de Suzanne Lenglen au début du siècle précédent, ce qui m’amène à regretter l’absence totale des joueuses françaises aux tous premiers rangs. Et oui, elle était belle l’époque d’Amélie Mauresmo et Marie Pierce qui, à elles deux, ont remporté quatre grands tournois du Grand chelem (deux chacune). Depuis c’est un peu le désert, malgré la victoire surprise de Marion Bartoli à Wimbledon en rappelant que son meilleur classement WTA fut une septième place (2012), et qu’elle battit en finale de Wimbledon l’Allemande Sabine Lisicki qui, elle aussi, n’a jamais figuré aux tous premiers rangs sur le circuit WTA (douzième en 2012).  En outre dans le cas de Marion Bartoli, on ne peut que regretter sa soudaine retraite à 28 ans. Cela dit, elle avait atteint son Graal, et sans doute estimait-elle qu’elle ne ferait jamais mieux qu’en cet été de grâce sur le gazon anglais…ce qui est très vraisemblable. En attendant elle nous avait quand même procuré un immense plaisir.

Michel Escatafal


Quel beau week-end pour le tennis français !!!

BartoliQuel beau week-end nous venons de vivre quand on est supporter de tennis français! D’abord parce qu’une victoire en grand chelem est suffisamment rare, quand on est français (7 depuis 1967 hommes et femmes confondus avec Françoise Durr, Noah, Mary Pierce, Amélie Mauresmo et Marion Bartoli), pour ne pas se réjouir. Ensuite parce qu’à cette magnifique victoire à Wimbledon de Marion Bartoli contre l’Allemande Lisicki (6-1 et 6-4), il faut ajouter le sacre en double-mixte de Kristina Mladenovic, une jeune femme de 20 ans qui a (peut-être) le potentiel pour remporter un jour un tournoi du grand chelem. Après tout peu de monde imaginait Marion Bartoli être capable de remporter un Wimbledon, même si les sceptiques auraient dû savoir qu’elle avait déjà été finaliste en 2007, battue par une super spécialiste du gazon, Vénus Williams. Et pour aller plus loin dans cette introduction, peu de monde aurait parié il y a quatre ou cinq ans qu’Andy Murray serait le successeur de Fred Perry, dernier britannique à avoir remporté le tournoi de Wimbledon en 1936. Pour ma part je le pressentais, mais quand j’ai écrit mon article « A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ? », en juin 2011, Murray figurait déjà parmi les meilleurs joueurs du monde, ce qu’il a confirmé l’an passé en s’imposant à Flushing-Meadow. Cela étant, deux ou trois ans auparavant, je n’aurais pas parié beaucoup d’euros sur le fait qu’il puisse devenir un jour le numéro un mondial, ce qu’il est presque aujourd’hui, puisqu’il est numéro deux derrière celui qu’il a exécuté dimanche, Novak Djokovic.

Après ce long préambule parlons aujourd’hui de Marion Bartoli qui, à ce jour, fait partie des femmes qui ont remporté un seul tournoi du grand chelem, mais à l’endroit le plus prestigieux qui existe, Wimbledon. C’est peut-être un paradoxe de parler de « l’endroit le plus prestigieux », dans la mesure où on ne joue sur gazon que quelques semaines dans l’année, mais Wimbledon est né en 1884 chez les dames (1877 chez les hommes), plus tôt et même beaucoup plus tôt que les autres tournois majeurs. Pour mémoire Roland-Garros date de 1925, avec la victoire de Lacoste chez les hommes et de Suzanne Lenglen chez les dames, les Internationaux des Etats-Unis datent eux de 1881 chez les hommes et 1887 chez les dames (joués en deux endroits différents respectivement Newport et Philadelphie), les Internationaux d’Australie ayant vu le jour pour leur part en 1905 (ils s’appelaient Internationaux d’Australasie) chez les hommes et en 1922 chez les dames. Et oui, comme nous pouvons le constater, il y a une tradition à Wimbledon que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, ce qui lui donne ce prestige inégalé. Marion Bartoli a bien fait de gagner le tournoi anglais, qui plus est l’année où un Britannique écrit l’histoire !

Et puisque nous sommes dans l’histoire, à qui peut-on comparer Marion Bartoli ? A peu de joueuses car son jeu est assez atypique, parfois même éloigné des canons du tennis moderne pour ne pas dire du tennis tout court. Déjà elle frappe ses coups à deux mains des deux côtés, ce qui me fait penser à un joueur qui fut parmi les meilleurs mondiaux (en simple comme en double) au début des années 80, l’Américain Gene Mayer, mais aussi à Monica Seles, sans doute une des plus grandes joueuses de l’histoire (9 titres en grand chelem à l’âge de 20 ans), et qui l’aurait été plus encore si un fou ne l’avait pas violemment agressée sur un court de Hambourg. Comme Monica Seles, Marion Bartoli est une cogneuse de fond du court, ce qui met ses adversaires très vite sur la défensive. Ensuite elle se positionne très haut pour recevoir le service adverse, ce qui lui donne une qualité de retour rare pour une joueuse. Et si j’allais plus loin, je dirais qu’elle a aussi des qualités que n’aurait pas désavoué la grande Billie Jean King (12 titres en simple en grand chelem), à savoir que c’est une battante, que sa volonté et sa hargne sont souvent comparées à celle d’un homme, et qu’elle se présente toujours au mieux de sa condition physique. Pour ceux qui aiment l’histoire, beaucoup, parmi les plus anciens, considèrent que B. J. King disputa le plus beau match de tous les temps pour une femme contre Margaret Court à Wimbledon, en 1970. Certes elle fut battue (14-12 et 11-9), mais, comme l’aurait fait Marion Bartoli, après un énorme combat où elle fut à deux doigts de l’emporter grâce à des retours miraculeux, en étant pourtant mené 7-6 et 30-0 dans le deuxième set.

Et toujours dans le cadre de l’histoire du tennis féminin, il y a au moins quatre joueuses qui font penser à Marion Bartoli, parce qu’elles ont remporté leur seul titre en grand chelem à Wimbledon. La première de ces quatre femmes s’appelle Karen Hantze Susman, qui remporta Wimbledon, en 1962, en battant la Tchécoslovaque Vera Sukova (6-4 et 6-4). C’était une excellent joueuse de surface rapide, qui figura parmi les toutes meilleures à son époque, avec en outre trois victoires en double à Wimbledon en 1961 et 1962, année où elle fit le doublé, et à Forest-Hills (Etats-Unis) en 1964, chaque fois associée à…B.J. King. La deuxième est Conchita Martinez, plutôt spécialiste de la terre battue, mais qui s’imposa à Wimbledon en 1994 face à Martina Navratilova, la meilleure joueuse de tous les temps, qui n’était certes plus au top niveau à ce moment (elle avait 38 ans), mais qui avait encore de beaux restes. La troisième est la Tchèque Novotna, une remarquable joueuse de surface rapide, adepte du service-volée, qui, en plus de son titre en simple à Wimbledon en 1998 (contre Nathalie Tauziat), fut aussi une excellente joueuse de double avec des titres (12 en double dames) dans tous les tournois du grand chelem. Enfin, pour les citer toutes, il y a la Tchèque Petra Kvitova qui, comme Marion Bartoli, a remporté Wimbledon en 2011, mais qui tarde à confirmer cette victoire.

Cela étant Petra Kvitova, qui n’a que 23 ans, peut encore, comme Marion Bartoli, gagner d’autres titres du grand chelem, même si pour ma part je pense que Marion Bartoli a plus de chances de renouveler ce type de performances en raison, notamment, de sa combativité et de la solidité de ses nerfs. Je suis même persuadé que la joueuse française peut de nouveau s’imposer à Wimbledon, et s’octroyer un autre titre en grand chelem, qui s’ajouterait à ses huit titres en simple (à ce jour) sur le circuit WTA. Cela ferait taire définitivement les grincheux qui s’échinent à dire que Marion Bartoli a certes remporté le tournoi londonien, mais en ayant battu des joueuses classées loin des premières places mondiales. C’est vrai, mais Serena Williams, Maria Sharapova, Victoria Azarenka, Agnieszka Radwanska ou Petra Kvitova étaient bien engagées dans le tournoi, mais pour des raisons diverses elles n’ont pas pu aller jusqu’au bout…ce qui n’est pas la faute de Marion Bartoli qui, en outre, n’a pas perdu un seul set.

Michel Escatafal


Hoad et Rosewall : la plus merveilleuse paire d’as du tennis

Ceux qui aiment le tennis et qui sont nés à la fin des années quarante, ont le souvenir de deux joueurs exceptionnels, véritables phénomènes de leur époque, issus de la même école, qui ont commencé à gagner très tôt, tout en ayant exactement le même âge puis qu’ils sont nés à 21 jours d’écart en novembre 1934. Ces deux joueurs avaient pour nom Ken Rosewall , l’aîné, et Lewis Hoad, et s’ils ne figurent pas plus haut dans la hiérarchie des vainqueurs de tournois du grand chelem, c’est uniquement parce qu’ils se sont entrebattus entre 1955 et 1956, et ensuite parce qu’ils sont passés professionnels très jeunes, ce qui les a privés de nombreux titres. Cela est surtout valable pour Ken Rosewall, dans la mesure où Lewis Hoad a été rapidement victime d’une blessure récurrente au dos qui l’a fortement handicapée dès l’année 1958.

Il n’empêche, s’ils n’étaient pas passés professionnels à l’âge de 22 ou 23 ans, comme ce fut le cas aussi pour Pancho Gonzales (20 ans), ils auraient un palmarès beaucoup plus étoffé, surtout en songeant qu’un Roy Emerson, moins doué et moins fort que les joueurs que je viens de citer, comptabilise douze victoires dans les tournois majeurs, soit quatre de plus que Rosewal et huit de plus que Lewis Hoad. Fermons la parenthèse pour en ouvrir une autre en notant que Rosewall et Hoad, surnommés  les « wonder kids », appartenaient à cette fameuse école australienne dirigée par Hopman, qui organisa la formation au plus haut niveau des plus grands champions australiens, insistant notamment sur l’acquis d’une technique sans faille et le développement des qualités physiques et morales…ce qui lui sera reproché plus tard, dans la mesure où la plupart de ces joueurs avaient un jeu monocorde qui finissait par les rendre peu spectaculaires, ce qui toutefois ne fut pas le cas de Rosewall.

Harry Hopman, qui sera ensuite le capitaine de l’équipe d’Australie en Coupe Davis, avait en effet réussi à mettre sur pied une vaste entreprise, certains diront une « usine à joueurs » où, entre autres avantages, on donnait des leçons gratuites, ce qui lui permettait de déceler les jeunes talents, avant d’obtenir pour eux des bourses, des voyages leur permettant de compléter leur formation et de s’aguerrir pour la haute compétition. Harry Hopman peut s’enorgueillir d’avoir aidé à l’épanouissement ou formé au tennis, en plus d’Hoad et Rosewall, des joueurs jouant aussi bien en simple qu’en double, ayant tous gagné au moins une fois un tournoi de grand chelem, sans oublier la victoire en Coupe Davis très importante à l’époque. Il faut citer  par ordre d’ancienneté, Mac Gregor qui était un extraordinaire joueur de double (1 victoire en simple en grand chelem), Sedgman (7 victoires) souvent associé en double avec Mac Gregor, puis Neale Fraser (3 victoires), Mervyn Rose (2 victoires), Ashley Cooper (4 victoires), Mal Anderson (1 victoire), l’immense Rod Laver qui a réalisé deux fois le grand chelem, Emerson (12 victoires), Fred Stolle (2 victoires), puis un peu plus tard Roche (1 victoire) et Newcombe (7 victoires). Quelle école et quel bilan !

Après ce long préambule, étudions à présent la carrière de ces deux inséparables champions pour la postérité que furent Rosewall et Hoad, qui, en plus d’avoir exactement le même âge, ont débuté dans le même club, ont mené une carrière parallèle, ont joué le double ensemble et sont passés professionnels à quelques mois d’écart. Déjà la question qui peut se poser fut de savoir lequel fut le meilleur des deux, question d’autant plus difficile que ces deux « jumeaux » étaient très dissemblables physiquement et dans leur jeu. L’un, Hoad, était grand pour son époque (presque 1.80m), très costaud, blond, et pour tout dire beau comme un dieu, le tout étant couronné par une personnalité avenante qui ne pouvait faire de lui qu’une immense vedette. Si je devais faire la comparaison avec un autre sportif de cette époque, ce pourrait être avec le coureur cycliste Hugo Koblet qui, lui aussi, fera une carrière météorique au plus haut niveau. Le mimétisme entre ces deux champions de sports très différents était même total en ce qui concerne leur amour exacerbé de la vie, de la belle vie, chacun étant adulé des femmes, chacun aussi étant amateur de plaisirs comme le bon vin, la boxe ou le jazz. S’ils vivaient à notre époque ce seraient des stars planétaires comme disent les commentateurs des émissions ou des revues people. L’autre en revanche, Rosewall, était beaucoup plus près de l’homme ordinaire,  avec des mensurations très inférieures à celle de Lewis Hoad, puisqu’il mesurait à peine 1m70 et ne pesait guère plus de 60 kg. Bref, un homme qu’on ne remarque jamais, sauf que lui avait son coup de raquette…ce qui est quand même un fameux avantage pour un joueur de tennis.

Comme il était le plus âgé de la « fratrie », si j’ose ainsi m’exprimer, je vais commencer par parler de lui, en précisant que si j’ai employé le mot fratrie, c’est parce qu’ils furent jumeaux sur le court pendant de longues années, fréquentant tout jeunes le même club de tennis. Avant même d’évoquer le jeu de Ken Rosewall, il faut d’abord souligner qu’il était…gaucher.  Mais comme c’était le cas autrefois, certains parents refusant ce qu’ils considéraient comme une « anomalie » de la nature, Monsieur Rosewall père le contraignit à jouer de la main droite. Il le fit d’autant plus facilement qu’il fut son premier professeur. A-t-il eu raison ? Nombre de techniciens affirment que non, car son geste au service ne fut jamais satisfaisant faute d’être naturel, ce qui s’exprimait par un geste restreint qu’il ne réussit jamais à corriger malgré tous ses efforts. En revanche il avait vraiment tous les autres coups du tennis, à commencer par un revers qui coulait comme de la crème lui permettant de poser la balle là où il le voulait, bref un coup qui reste, peut-être encore de nos jours, le plus bel exemple de revers à une main. Ce revers était vraiment un prodige d’efficacité en retour de service ou en passing-shot le long de la ligne !

Mais Rosewall c’était aussi une remarquable intelligence du jeu, une condition physique irréprochable, et une grande économie de gestes. Il compensait son manque de puissance par une précision, un jeu de jambes et un sens tactique exceptionnels. Je serais d’ailleurs curieux de voir ce qu’il ferait de nos jours dans le circuit international, avec le matériel moderne à disposition des joueurs. Cela étant, on ne peut pas comparer, pour la simple raison qu’au vingt et unième siècle les jeunes garçons sont plus grands, plus puissants, en un mot plus fort qu’il y a soixante ans. En tout cas, je suis persuadé qu’il serait certainement très fort, à l’image d’un Federer qui sans être doté de moyens physiques exceptionnels est encore à ce jour le tennisman qui aura le plus marqué le nouveau siècle.

Pour revenir à Kenneth Rosewall, appelé le « Petit maître de Sydney », il faut noter que toutes les qualités décrites auparavant lui auront permis de faire une carrière au plus haut niveau d’une durée…de vingt six ans, ce qui est tout simplement fabuleux. Ainsi il s’écoulera dix neuf ans entre sa première victoire en Coupe Davis avec l’équipe d’Australie et son premier titre du grand chelem en Australie en 1953, et sa dernière apparition en finale d’un tournoi majeur à l’âge de 40 ans, à Wimbledon, en 1974 (défaite devant Connors). Oui, dix neuf ans pendant lesquels, hélas pour son palmarès, il sera  écarté des compétitions organisées par la Fédération Internationale parce qu’il était professionnel. Il passa professionnel en effet en 1957, juste après une victoire à Forest-Hills (ancêtre de Flushing Meadow) sur herbe qui lui permit de négocier un très beau contrat, empêchant au passage Lewis Hoad de réaliser le grand chelem en 1956, et il ne put disputer les compétitions que nous connaissons tous de nos jours qu’avec l’apparition de l’open  en 1968. Ce fut d’ailleurs lui qui remporta le premier tournoi de l’ère « open » à Roland-Garros en battant en finale Rod Laver, preuve si besoin en était que les professionnels étaient supérieurs aux amateurs, même si pour la plupart d’entre eux ils étaient vieillissants (Rosewall avait 34 ans, Laver 30 et Gonzales 40).

Au passage cela relativise ce que l’on entend constamment à propos d’un Federer ou d’un Sampras, en disant qu’ils furent les meilleurs joueurs de tous les temps. Mais combien de tournois du grand chelem, Gonzales, Rosewall ou Laver auraient-ils remporté, s’ils avaient pu participer pendant la presque totalité de leur carrière professionnelle aux quatre tournois majeurs ? Pour mémoire je rappellerai que Laver a gagné onze tournois majeurs, réalisant deux fois le grand chelem en 1962 et 1969, c’est-à-dire entre la dernière année de sa carrière amateur et la deuxième de sa carrière open. Mais revenons à Rosewall, pour noter que malgré cette longue parenthèse, qui correspond à celle de sa plénitude physique, la carrière de Ken Rosewall s’orne de huit titres en grand chelem (4 à Melbourne, 2 à Roland-Garros, et 2 à Forest-Hills), plus quatre victoires en Coupe Davis, mais aussi six titres en double dans les grands tournois dont quatre avec Lewis Hoad, avec qui il forma sans doute la meilleure équipe de l’histoire de ce sport, comme en témoignent leurs victoires en double en 1953 (à peine âgés de 19 ans) dans trois tournois du grand chelem (Roland-Garros, Wimbledon,  et Melbourne).

Lewis Hoad, justement de qui je vais parler à présent, qui est le précurseur du tennis d’aujourd’hui par la violence de ses coups (d’où son surnom de la « Tornade blonde »), et qui est en lice pour le titre de meilleur joueur officieux en valeur absolue de l’histoire du tennis. Même le grand, l’immense Pancho Gonzales, qui lui aussi revendique ce titre, affirmait à l’époque où ils se rencontraient régulièrement chez les professionnels qu’Hoad était « le seul gars qui, si je jouais mon meilleur tennis, pouvait me battre quand même ». Il est vrai qu’à sa meilleure époque (entre 1956 et 1960), il avait tous les atouts qu’un joueur de tennis puisse espérer posséder, à savoir la puissance athlétique, la vitesse, et un avant-bras très fort, comme on disait à l’époque. D’ailleurs il n’avait pas de points faibles. Au contraire il n’avait que des points forts dans son jeu, notamment un service surpuissant du moins tant que son dos le laissa en paix, mais aussi une belle volée tant en coup droit qu’en revers. En revanche sur le plan mental, il était loin d’être aussi invulnérable, surtout si tout ce ne passait pas aussi bien qu’il l’aurait voulu dans un match.

Ce fut caractéristique en finale de Forest-Hills en 1956, où la pression le fit déjouer contre Ken Rosewall, alors qu’il ne lui manquait que cette victoire pour réaliser le grand chelem. Et pour couronner le tout, il y avait un vent très fort qui balayait le court, un vent qu’il ne réussit jamais à dompter en arrivant même à commettre un nombre invraisemblable de fautes directes, après un premier set parfaitement maîtrisé (6-4). Tout cela pour dire que si Lewis Hoad méritait pleinement son surnom de « Tornade blonde » quand tout allait bien, il était loin d’en être de même dès que les circonstances lui étaient moins favorables, comme je l’ai dit précédemment. Dans ce cas, non seulement il ne jouait plus aussi bien, mais il devenait colérique, s’en prenant à l’arbitre, aux juges, voire au public. En outre, contrairement à Rosewall, il n’était pas toujours un modèle de professionnalisme, alors que son jeu exigeait au contraire une préparation optimale. En fait, Hoad était simplement humain, ce qu’il parvenait à faire oublier quand il jouait au maximum de ses possibilités.

Il abandonnera hélas le tennis très tôt en 1964, à moins de 30 ans, non seulement en raison de sa blessure récurrente au dos, mais aussi certainement par lassitude. Finalement il aura joué comme il a vécu, à cent à l’heure. Il mourra d’ailleurs assez jeune (à peine âgé de 60 ans). Sa carrière aura certes été belle, avec deux victoires à Wimbledon, plus une à Roland-Garros et Forest-Hills en amateur, et nombre de victoires chez les professionnels où il démontra tout son talent, mais on ne peut que regretter qu’il n’ait pas vécu à la manière de son immortel complice, Rosewall, car il aurait pu laisser une trace encore plus marquante que celle qu’on lui accorde. Néanmoins ces deux joueurs resteront dans l’histoire comme deux des plus beaux champions que le tennis ait produits. C’est pour cela que je n’ai pas hésité à donner comme titre à cet article : « Hoad et Rosewall : la plus merveilleuse paire d’as du tennis ».

Michel Escatafal


Les arbitres de rugby m’ont rendu parfois bien malheureux…mais aussi très heureux !

Et bien non, le XV de France n’a toujours pas remporté un titre mondial. Troisième finale, et troisième finale perdue, mais force est de reconnaître que ça se rapproche. Il ne manquait qu’un point. Certes un point c’est beaucoup, mais c’est quand même très peu, si l’on considère que l’arbitrage a quand même beaucoup aidé les Néo-Zélandais…qui toutefois méritaient le titre pour l’ensemble de leur œuvre pendant cette Coupe du Monde. Voilà je n’en dirai pas plus sur cette finale que la France méritait cent fois de gagner, et qui n’a pas donné une bonne image du rugby néo-zélandais que, pourtant, j’ai toujours apprécié. Mais là c’était trop de pression, presque malsaine, à l’image du traitement infligé à Parra par McCaw. Et quand je lis sur le site web de l’Equipe, que le New Zealand Herald évoque sur son  site une possible fourchette de Dussautoir sur McCaw pendant la finale, je suis carrément écoeuré par cette presse néo-zélandaise qui confond presque le rugby avec la guerre. Non, il faut savoir raison garder, le rugby doit rester un sport, et si possible un sport de gentlemen, fut-il joué par des voyous.

Revenons à présent sur cette Coupe du Monde 2011 pour noter, comme l’a dit A. Penaud dans l’Equipe, que le point qui a manqué au XV de France « symbolise sûrement tout ce qui n’a pas été construit durant quatre ans ». Je suis évidemment d’accord avec cet ancien grand joueur, mais j’ajouterais que le dernier avatar de l’ère Lièvremont fut de refuser encore une fois de faire jouer Parra à son vrai poste…pour ne pas vouloir choisir entre lui et Yachvilli. Quelle constance dans l’incompréhensible, d’autant qu’en tant qu’ancien international, Lièvremont savait bien que Parra n’était pas à sa place à l’ouverture, alors qu’on avait dans l’effectif un vrai, un grand demi d’ouverture, Trinh-Duc, et qu’il y avait même comme remplaçant éventuel Doussain, demi d’ouverture de formation, installé à la mêlée par Elissalde au Stade Toulousain depuis l’année passée.  Cela prouve quand même un certain empirisme de la part de Lièvremont et ce, jusqu’au dernier match de la Coupe du Monde. Certes aujourd’hui, suite à cette finale, il est encensé par tous ceux qui le clouaient au pilori après le match contre les Tonga, mais il y a quand même eu pendant ces quatre ans des manques criants dans cette équipe, sans parler de cette manie de faire opérer les joueurs à un autre poste que celui qu’ils occupent habituellement. 

Les All Blacks, par exemple, ont remplacé, ou plutôt essayé de remplacer Carter par un vrai demi d’ouverture, ce qui était logique. Certes il peut y avoir des circonstances qui font qu’on peut utiliser un joueur à un poste plutôt qu’un autre, mais cela ne peut être que ponctuel. Il peut aussi arriver qu’un sélectionneur ait à se disposition deux supers joueurs à un même poste, auquel cas il est tentant pour lui de faire jouer les deux à des postes où l’adaptation sera facile, comme centre et ouvreur, ou encore arrière et ailier. A ce propos, je me rappelle quand j’étais très jeune avoir vu les Anglais aligner en même temps deux ouvreurs au talent exceptionnel, Richard Sharp et B. Risman, ce dernier placé au centre. Cela dit, cette association ne dura que le temps d’un tournoi (1961), Sharp finissant par s’imposer, et devenir un des plus grands numéros 10 de l’histoire.  J’ai aussi en mémoire le positionnement au poste de centre de Tony O’Reilly, l’Irlandais, un ailier comme le rugby en a peu connu, avec un succès très mitigé. Cela étant, il peut aussi y avoir des joueurs capables d’opérer à divers postes sans que cela n’affecte leur rendement. Parmi eux je citerais Martine, Gachassin, Maso, Aguirre, Blanco, et plus près de nous Michalak et Elissalde, pour ne citer que des joueurs des lignes arrière, ce qui n’empêche pas qu’ils ne furent jamais aussi bons qu’installés à leur poste de prédilection.

Fermons la parenthèse, pour se rappeler un évènement qui fut jugé considérable à l’époque, et qui n’est pas sans rappeler l’aventure que vient de vivre le XV de France, à savoir le premier grand chelem de l’équipe de France dans le Tournoi des 5 Nations en 1968. Curieusement, jamais la France n’avait réussi à réaliser le grand chelem jusque-là, même si elle passa très près en 1955. Cette année-là en effet, le XV de France avait remporté trois victoires successives dans le Tournoi, et rencontrait le Pays de Galles à Colombes pour ce qui était attendu comme la consécration d’une saison exceptionnelle où la France, après avoir nettement battu l’Ecosse à Colombes (15-0), puis l’Irlande (5-3) et l’Angleterre (16-9) chez elles, n’avait plus qu’à dominer les Gallois pour remporter seule le Tournoi pour la première fois, et réaliser du même coup le grand chelem. Hélas, contre toute attente, notre équipe commandée par Jean Prat fut battue par Galles (16-11), après toutefois avoir joué toute la seconde mi-temps à 14, suite à une blessure au genou du troisième ligne aile Domec. Et on allait attendre l’année 1968 pour remporter enfin quatre victoires, ce que même la super équipe de Mias en 1959 ou celle de Moncla en 1960, ou encore celle de Crauste en 1966, n’avait pas réussi à faire.

En 1968 donc, nous étions en pleine  guerre  picrocholine entre tenants d’une équipe offensive avec Gachassin à l’ouverture, et les autres préférant la sécurité avec les frères Camberabero à la charnière, Guy étant aussi un buteur exceptionnel. Tout cela laissant penser à certains, qu’avec les Camberabero on pouvait mettre n’importe qui dans la ligne de  trois-quarts. On commença donc le 13 janvier par un match à Murrayfield contre l’Ecosse, que la France remporta (8-6) grâce à une transformation du bord de la touche de Guy Camberabero dans un vent tourbillonant…et à la maladresse des buteurs Ecossais. Cela nous fait beaucoup penser à la demi-finale du XV de France face aux Gallois à la Coupe du monde  cette année. Ensuite, sous la pression de l’opinion, les sélectionneurs changèrent de charnière pour jouer contre l’Irlande à Colombes, en sélectionnant à la place des Camberabero, la paire improvisée Maso en 10 et Fouroux en 9. Mais une blessure de Maso dans la semaine précédant le match, obligea les sélectionneurs à rappeler Gachassin, et pour garder de l’homogénéité à la charnière on décida de titulariser J.H. Mir à la mêlée, pour reconstituer la paire de demis du F.C. Lourdes, en lieu et place de Fouroux. Quel tact de la part des sélectionneurs ! Surtout si l’on songe que  sans la blessure de Maso, on allait avoir comme demis deux joueurs qui n’avaient jamais joué ensemble. Comprenne qui pourra !

 Cela dit, la France remporta ce match (16-6) grâce à deux essais magnifiques marqués par Campaes et Dauga. En revanche la prestation du pack fut plutôt quelconque, comme contre l’Ecosse, malgré quelques grands noms dans ses rangs comme Christian Carrère le capitaine, mais aussi Dauga, Spanghero, Cester ou Gruarin. Allait-on malgré tout faire confiance à cette équipe qui venait de remporter deux victoires de suite pour jouer à Colombes contre l’Angleterre ? Et bien non, parce qu’entre temps il y avait eu un match où le XV de France était opposé à une sélection du Sud-Est, lors d’une rencontre à Grenoble disputée dans le cadre des festivités des Jeux Olympiques. Et le XV de France fut battu 11-9, ce qui amena les sélectionneurs à modifier la moitié de l’équipe pour le match contre l’Angleterre. On rappela les frères Camberabero, en plaçant Gachassin…au centre à la place de Trillo, et en remplaçant toute la première ligne, avec comme talonneur un certain Yachvilli (père de Dimitri), Dauga faisant aussi les frais de ce bouleversement remplacé par Plantefol.

Ce fut un match bizzare que les Français remportèrent avec beaucoup de chance, après avoir été menés 6-3 à la pause. Heureusement les Français savaient encore attaquer, et après une attaque classique avec l’arrière Claude Lacaze  intercalé qui alla jusqu’à l’aile de Campaes, celui-ci décocha un coup de pied de recentrage que Gachassin récupéra dans l’en-but.  Avec la transformation de Guy Camberabero, et deux drops de Lacaze et Lilian Camberabero, les Français remportèrent ce match (14-9). Mais les Anglais pouvaient être frustrés…par l’arbitrage, M. Laidlaw (Ecossais) ayant refusé deux essais aux Anglais, l’un pour un en-avant qu’il fut sans doute le seul à voir, et l’autre qui aurait dû être accordé, l’ailier anglais ayant glissé jusque dans l’en but. Comme quoi, il est arrivé que l’arbitre soit de notre côté, comme du reste lors du match France-Nlle Zélande en 2007. Cela dit, revenons au Tournoi 1968 pour constater que le XV de France, après cette troisième journée, était seul en tête avec trois victoires. Plus qu’une et c’était le grand chelem !

Allait-on de nouveau bouleverser l’équipe pour ce dernier match ou garder la même ? En fait, il y aura trois changements, avec d’abord l’arrivée de Greffe au poste de troisième ligne centre ce qui eut pour effet de déplacer  W. Spanghero comme flanker. Ce changement était dicté par les circonstances, puisque Salut était blessé. En revanche on décida de changer la paire de centres du match contre l’Angleterre, Gachassin-Lux, pour la remplacer par une association Maso-Dourthe. Les Français n’étaient pas favoris face à une équipe galloise où l’on découvrait une paire de demis, Edwards-Barry John, dont beaucoup disent qu’elle fut la meilleure de l’histoire du rugby. Certes ces deux pépites n’étaient pas encore au niveau auquel elles allaient évoluer les années suivantes, certes aussi l’équipe galloise était loin d’être au niveau de certaines de ses devancières, mais le match se jouait à Cardiff où il était toujours difficile de gagner. En outre, ce jour-là le terrain était boueux et le vent était de la partie, et chacun savait que les Français n’aimaient guère ce type de conditions pour pouvoir s’exprimer. D’ailleurs à la mi-temps les Gallois menaient 9-3, grace à un essai (qui valait trois points à l’époque) de leur ailier Ken Jones, et à deux pénalités. Mais ce jour-là les dieux du rugby étaient avec nous, les Gallois manquant deux pénalités faciles face au vent, alors que les Français réussissaient à marquer deux essais par Carrère, suite à un drop contré de Lilian Camberabero, et par ce même Lilian Camberabero, les deux étant toutefois entachés de hors-jeu des avants français. Guy Camberabero complétant le score par un drop et une pénalité. C’était quasiment du 100% pour les Camberabero !

Malgré tout les Français avaient eu beaucoup de réussite, et pouvaient dire une nouvelle fois merci à l’arbitre, le même que contre l’Angleterre.  Mais le grand chelem était enfin réalisé, une première depuis 1906 pour le XV de France. C’est pour cela qu’il ne faut pas désespérer pour le titre de champion du monde, parce qu’un jour ou l’autre la France enlèvera la Coupe du Monde, et comblera ce vide dans son palmarès. Le plus étonnant est que ce premier grand chelem fut réalisé avec une équipe somme toute moins forte que celles que j’ai évoqué précédemment, celles de 1955, 1959, 1960 ou encore celle de 1966, avec l’épisode de la fameuse passe de Gachassin à Darrouy rabattu par le vent sur Stuart Watkins, qui permit aux Gallois de l’emporter sur le score de 9 à 8…comme cette année en demi-finale de la Coupe du Monde, mais cette fois avec un résultat inversé. Et pour compléter la comparaison entre l’équipe vainqueur du grand chelem en 1968, et l’équipe battue dimanche en finale de la Coupe du Monde, on dira aussi que le XV de France finaliste de 2011 était sans doute moins fort que celui de 1987, ou encore que celui qui s’inclina en 1995 sur des décisions arbitrales très controversées en demi-finale  contre le vainqueur, l’Afrique du Sud, pays organisateur. Finalement l’arbitre c’est une fois d’un côté et une fois de l’autre ! C’est pour cela que je n’aurais pas dû me mettre en colère contre M. Joubert,

Michel Escatafal


Federer dans la grande histoire du tennis

Roger Federer éliminé en quart de finale à Wimbledon, mais battu en finale à Roland-Garros. Voilà le type de nouvelle presque banale cette année, alors que quelque temps auparavant cela aurait fait les gros titres, parce qu’il était parvenu à 23 reprises consécutivement en demi-finale des tournois du grand chelem. Il est vrai que si l’on ne compte plus le nombre de défaites de l’encore numéro trois mondial depuis le début 2011, auparavant on les comptait sur les doigts de la main ou presque (entre 4 et 7 par saison), ce qui était normal pour un joueur qui faisait régulièrement le petit chelem,  et à qui il manquait simplement Roland-Garros pour réaliser  le grand. D’ailleurs il fut tout près de le réaliser (à cheval sur deux ans en 2009-2010) après avoir enfin remporté Roland-Garros, pour une balle comptée faute à l’US Open en septembre 2009 à la fin du second set,  ce qui enraya tellement sa belle mécanique qu’il fut battu par Del Potro en cinq sets.

Désormais cela appartient à l’histoire, celle-ci ayant commencé en 2004, année de la confirmation du grand talent qu’il avait démontré notamment à Wimbledon,  où il avait ouvert sa série de victoires dans les tournois majeurs (16 en tout). Rappelons  qu’il précède au nombre de victoires en grand chelem des joueurs comme Sampras (14),  Roy Emerson (12), joueur australien des années 60, Laver et Borg (11). Et c’est pour cela que nous aurions le droit de dire : « plus dure est la chute ». D’ailleurs son attitude après chaque revers indique bien son agacement de ne pouvoir changer le cours des choses lui qui, pendant si longtemps, remportait ses victoires grâce à la confiance inébranlable qui l’habitait. Combien de tie-break a-t-il perdu durant toutes ces années de 2003 à 2007 ? Très peu, parce que se sentant le plus fort il arrivait toujours à s’en sortir grâce, le plus souvent, à des coups venus d’ailleurs. C’était cela Roger Federer.

Certains vont me reprocher de parler déjà au passé, alors qu’il va peut-être remporter l’US Open en septembre prochain. Il faut aussi se rappeler qu’en 2009, alors que certains parlaient de déclin, Federer fit une de ses meilleures années, profitant il est vrai des ennuis physiques de Nadal qui avait largement dominé l’année 2008, remportant même le titre olympique après son doublé Roland-Garros-Wimbledon. Cependant, et je ne suis pas le seul, je n’y crois guère. Non pas que ce soit le déclin qui ait frappé ce merveilleux joueur, mais de la même manière que Borg après sa défaite en 1981 à Wimbledon contre Mac Enroe, il semble qu’aujourd’hui un Nadal, et plus encore un Djokovic, soient plus forts que lui. Pour revenir à Borg, il suffit de se rappeler qu’en 1980 déjà, sur les mêmes courts de Wimbledon,  il aurait très bien pu être battu par ce même Mac Enroe qui l’avait poussé à jouer cinq sets (8-6 au 5è set), après un tie-break d’anthologie au quatrième remporté 18-16. Ce fut en quelque sorte son chant du cygne, même s’il gagna une dernière fois Roland-Garros en 1981, puisque Borg fut battu ensuite par ce même Mac Enroe à l’US Open, encore en cinq sets.

Tout cela ressemble beaucoup à ce qui se passe avec le duel que se livrent Federer et Nadal  depuis 2005. Jusqu’en 2008 le joueur suisse avait toujours pris le dessus, sauf sur terre battue, mais même si Nadal était le plus fort sur cette surface, il est arrivé que ce dernier soit poussé dans ses derniers retranchements, voire même battu comme à Hambourg en 2007. En revanche sur herbe ou sur dur, Federer semblait intouchable. Ce n’est plus le cas depuis trois ans. En fait, l’ascension de Nadal a coïncidé avec les meilleures années de Federer, un peu comme à l’époque Mac Enroe – Borg. Sur ce plan la comparaison pourrait s’arrêtera  là car,  du temps de Borg,  il y avait un troisième larron qui venait se mêler à la lutte, Jimmy Connors, celui-ci ayant battu Borg deux fois  en 1976 et 78 à Flushing Meadow, sur une surface qui convenait parfaitement à son jeu. J’ai employé le conditionnel, car le troisième larron s’appelle à présent Djokovic, vainqueur de deux des trois grands tournois cette année, avec un seule défaite à son compteur…contre Federer, en demi-finale de Roland-Garros, ce qui lui vaut d’être premier au classement mondial.

Cette évocation qui nous ramène presque trente ans en arrière tout en étant d’une brûlante actualité, nous permet de dire que faute de parler de déclin, la chute est plus rapide pour  les grands dominateurs que pour les autres. Je m’explique : qu’il s’agisse de Newcombe, Connors, Lendl, Mac Enroe, Wilander, Edberg, Becker, Sampras  ou Agassi, tous ont eu des périodes de domination plus ou moins marquées entrecoupées  aussi de périodes un peu plus difficiles. En revanche, Borg comme Federer et même Laver, ont archi dominé leur époque en ne laissant que des miettes aux autres pendant une période donnée, assez longue (quatre ou cinq ans) pour Borg et Federer,  plus courte pour Laver mais pour d’autres raisons. Et chaque fois la chute fut sans retour…face à des adversaires plus jeunes.

A noter que celui qui est considéré, au même titre que Federer, comme un des plus grands joueurs de tous les temps, n’a pas pu jouer de tournoi entre 1962 et 1967, parce qu’il était professionnel. Et en  1968, au début de l’ère du tennis open, il avait déjà 30 ans, ce qui ne l’empêcha pas de réaliser en 1969 son second grand chelem. Mais une fois cet exploit réalisé, il ne remportera plus un seul tournoi majeur. Alors pour revenir à mon propos initial, est-ce que 2011 sera pour Federer  l’inexorable fin de sa domination ? Sans doute, même si j’aimerais bien me tromper, car j’aime beaucoup le jeu de ce joueur, mais Djokovic semble de nos jours tellement fort…comme Federer en 2005, ou Borg en 1976, ou Laver en 1962, qu’il semble parti pour dominer le tennis mondial dans les quatre ou cinq années à venir si, toutefois, il confirme dans les prochains mois ses énormes progrès. Sinon Nadal reprendra son leadership pour peu que son corps le laisse en paix, tellement il met d’intensité dans son jeu. A cet égard l’année 2012 sera vraiment intéressante.

Un dernier mot enfin, pour dire qu’il est absolument impossible, comme dans d’autres sports de parler du meilleur joueur de l’histoire, car ce serait faire fi de trop de joueurs qui ont marqué leur époque. En outre, il y a aussi ceux qui dans les années 40 passèrent très tôt professionnels, donc furent interdits de tournois du grand chelem alors qu’ils étaient très jeunes. Parmi ceux-ci il faut citer Jack Kramer (Etats-Unis) qui quittera les rangs des amateurs à peine un an après avoir réellement commencé sa carrière, ce qui ne l’empêchera pas pendant ce laps de temps de remporter deux Forest-Hills (Internationaux des Etats-Unis à l’époque) en 1946 et 1947, plus un Wimbledon en 1947. Peu après il deviendra le patron de la ligue professionnelle qui, après quelques années difficiles, deviendra un circuit où évolueront tous les meilleurs joueurs amateurs passant professionnels.

Ainsi il fera évoluer dans ses circuits des joueurs comme l’Américain Riggs, et surtout son compatriote Pancho Gonzales, de la fin des années 40 jusqu’à l’ère open (1969), dont certains ont dit (Tilden, Kramer et Laver) que ce fut lui le plus grand joueur de tous les temps, parce qu’il domina tout le monde dans le circuit professionnel y compris Laver. A ces deux joueurs il faut ajouter Lewis Hoad et Ken Rosewall au milieu des années 50, les célèbres « wonder kids » australiens nés à quelques jours d’intervalle,  aussi bons en simple qu’en double, ou encore Frank Sedgman qui est passé pro juste avant eux en 1953, sans oublier un autre Américain Tony Trabert en 1955.

Michel Escatafal


A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ?

Alors que les Français sont déçus de n’avoir pas vu leur meilleur joueur, Jo Wilfried Tsonga, remporter le tournoi du Queen’s, les Britanniques comme chaque année se remettent à espérer voir un des leurs, Andy Murray, remporter enfin le plus prestigieux des tournois du grand chelem, Wimbledon. Ils l’espèrent d’autant plus que, même si les Anglais ou disons les Britanniques sont les inventeurs du tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. En tout cas depuis quelques années (2008), avec Andy Murray, ils ont un des tous meilleurs joueurs du monde, puisqu’il se situe au quatrième rang mondial derrière Nadal, Djokovic et Federer, et qu’il a déjà remporté (24 ans) 17 titres, mais aucun dans un tournoi majeur.

D’ailleurs les Britanniques n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur,  qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry, et il a été le premier Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais de tennis d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.

Revenons au palmarès de F. Perry, pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi, Federer et Nadal. Ce club est quand  même très fermé, ce qui situe la valeur de Perry d’autant qu’il a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines, qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale, au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit.

Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert en 2005 un joueur qui a les moyens de figurer tout en haut de la hiérarchie, après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctuée par une place en finale de l’US Open (battu par Federer), par une demi-finale à Wimbledon en 2009 (battu par Roddick), et par une autre finale en grand chelem en 2010 en Australie (battu encore par Federer). Certes depuis cette finale, les résultats sont un peu moins brillants, mais cela ne semble pas trop inquiéter Murray, celui-ci assurant se sentir très bien après une bonne préparation, ce qui le rend très confiant pour la quinzaine de Wimbledon. Il l’est d’autant plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros il y a quelques jours (battu par Nadal), sur une surface qui n’est pas sa meilleure. Tout cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver d’une victoire d’un des leurs à Wimbledon.

J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a eu à une certaine époque des t-shirts à Wimbledon sur lesquels était écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique, et le revendique sans ambages.  Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la Coupe du Monde de football en 2006: « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.

Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner un jour Wimbledon, ce qui explique les efforts qu’il a fait en termes de communication depuis un peu plus de trois ans. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouvait en finale contre lui, ou face à Nadal et Djokovic, qui sont bien vus des publics qui suivent les tournois de tennis ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».

En tout cas cette année avec le retour aux affaires de Rafa Nadal, qui a conservé la première place mondiale avec sa victoire à Roland-Garros, malgré la montée en puissance de Djokovic (une seule défaite en 2011), le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin.  Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !

Michel Escatafal