En Formule 1, succéder à son père ne garantit pas le succès

verstappenIls sont nombreux les pilotes de Formule 1 à suivre la voie tracée par leur père, plus nombreux sans doute que dans nombre d’autres sports. Il est vrai que si l’on est né dans le milieu fermé de la discipline reine du sport auto, au demeurant une des plus suivies dans le monde, sur tous les continents, il est plus facile d’y avoir accès et de pouvoir espérer y atteindre le plus haut niveau… ce qui ne signifie pas pour autant que le succès soit immanquablement au rendez-vous, comme nous l’allons voir dans cet article.

Le premier dont je voudrais parler est le fils d’un triple champion du monde, Nelsinho Piquet, qui s’est surtout signalé en montrant qu’il avait la langue bien pendue, ce qui le conduit parfois à dire d’énormes bêtises, inversement proportionnelles au talent qu’il a montré sur la piste, bien loin des performances passées de son père Nelson (aujourd’hui âgé de 64 ans). Pour mémoire ce dernier fut triple champion du monde, comme je l’ai déjà dit, et compte à son palmarès 23 victoires, 24 poles en 207 grand prix dans les années 80, ce qui en fait un pilote de grande classe, juste derrière les plus grands de son époque (Prost, Senna notamment) et de l’histoire de la discipline. Si je parle de son fils Nelsinho, c’est parce que j’ai lu quelque part qu’en son temps il avait critiqué dans une interview Romain Grosjean, disant de lui qu’il avait eu beaucoup de chance (par rapport à lui) parce qu’il est arrivé chez Lotus au bon moment (2012), « avec un équipier (Kimi Raikkonen) plutôt faible et une très bonne voiture ».

Traiter Raikkonen de la sorte est une insulte faite à son père, pour la simple raison qu’Iceman, comme est surnommé le pilote finlandais, a des statistiques quasiment équivalentes à celle de Nelson Piquet, alors que lui, Nelsinho, n’a réussi comme performance notable au volant d’une voiture compétitive (Renault 2008 et 2009), qu’un seul podium. Et sa critique vis-à-vis de Romain Grosjean est aussi nulle, dans la mesure où Grosjean a toujours fait preuve de rapidité, malgré quelques grosses erreurs, ce qui lui a permis d’engranger une dizaine de podiums chez Lotus et de marquer 29 points au volant d’une Haas peu compétitive l’année passée. Mais comme si cela n’était pas suffisant, et c’est pour cela que j’évoque son nom, il a profité de cette interview pour s’attaquer à…Senna, une des deux ou trois icônes absolues de la F1 avec Fangio et peut-être Jim Clark ou Michael Schumacher pour ses 7 titres mondiaux et tous les records ou presque de l’histoire de la F1. Pour le jeune Piquet, en effet, « si Ayrton Senna avait commencé sa carrière dix ans plus tôt, il n’aurait probablement jamais gagné aucun championnat », précisant selon ses dires qu’il « était très rapide et commettait très peu d’erreurs, mais du point de vue de la compréhension de la mécanique de sa voiture, c’était un pilote très faible ».

Au passage on observera que Nelsinho Piquet aime employer le mot « faible », et surtout n’a pas peur du ridicule quand il l’emploie à propos de Senna et Raikkonen…infiniment supérieurs à lui, et intrinsèquement meilleurs que son père (surtout Senna). Comme je l’ai précisé antérieurement, Nelson Piquet ne sera jamais considéré comme une légende de la piste, parce qu’il bénéficia très longtemps de circonstances favorables dans sa carrière, à savoir l’extrême compétitivité des Brabham de Bernie Ecclestone à la fin des années 70 et, plus encore au début des années 80, avec le moteur turbo BMW. Mais quand il quitta cette équipe fin 1985 pour atterrir chez Williams, il montra ses limites face à Mansell, comme il les montrera plus tard chez Benetton face au jeune Michaël Schumacher (1991), qui précipita sa retraite.

Un peu plus tard, Nelsinho a quelque peu atténué ses propos, suite aux réactions indignés des amateurs de sport automobile, généralement très bien informés et très souvent bons connaisseurs de la F1, en affirmant que Senna « était un pilote très rapide et le meilleur en termes de vitesse pure », mais qu’ «il n’a pas eu le même répertoire pour la partie mécanique que la génération précédente ». Néanmoins le mal était fait, et il est passé aux yeux de tout le monde pour un charlot. Et si ce mot apparaît un peu fort, je rappellerais que Nelsinho Piquet restera pour l’éternité le seul pilote de F1, et sans doute du sport automobile, à avoir volontairement « crashé » sa voiture pour favoriser le résultat de son coéquipier Alonso lors du Grand Prix de Singapour en 2008, attitude totalement irresponsable qui ne sera pas suffisante pour lui permettre de conserver son volant.

Ces propos et le rappel de ce triste épisode de la carrière de Nelsinho Piquet m’ont fait réfléchir à un phénomène courant dans les milieux artistiques (cinéma, variétés…), mais finalement très rare dans le sport, à savoir les avantages de la filiation pour poursuivre sur les traces du père ou de la mère. Certes, il n’est pas rare voir le fils essayer de marcher sur les pas de son père, mais sans aucune garantie de succès. C’est le cas notamment en Formule 1, puisqu’on compte sur les doigts d’une seule main les pilotes qui ont été dignes du talent de leur père. En fait ils ne sont que quatre à ma connaissance : Alberto Ascari dans les années 50, et plus récemment Damon Hill, Jacques Villeneuve et Nico Rosberg. Reconnaissons que cela fait très peu, mais en sport, contrairement au cinéma ou dans les variétés, le talent se reconnaît à coup de secondes, de mètres ou de centimètres. Mieux même, en Formule 1 c’est plutôt en dixièmes ou en centièmes de seconde que se fait la différence entre les meilleurs et les autres. Parfois même, un ou deux millièmes conditionnent tout le déroulement d’une course, par exemple à Monaco ou Budapest, circuits où il est très difficile de doubler un concurrent, et où la place en qualification est primordiale pour l’emporter.

Fermons la parenthèse pour revenir aux fils qui ont essayé d’imiter leur père dans la discipline reine du sport automobile. Comme je l’ai dit précédemment, il y a eu beaucoup d’appelés mais très peu d’élus. Parmi les appelés je citerais Gary et David Brabham, ou encore Michaël Andretti, lequel a fait une magnifique carrière dans les formules américaines, mais qui n’a pu être réellement jugé sur sa valeur en F1 parce qu’il a été l’équipier d’Ayrton Senna, sans oublier Nelsinho Piquet. Bien d’autres ont fait leurs classes dans les formules inférieures ou en endurance, mais avec des performances insuffisantes pour leur valoir les honneurs de la F1, et parmi ceux-ci je citerais chez les Français les fils Tambay et Prost. En revanche les fils Ascari, Hill, Villeneuve et Rosberg, ont parfois dépassé les pères ou, à tout le moins, les ont égalés…en attendant, peut-être l’arrivée de Mick Schumacher.

Comme mon blog évoque l’histoire du sport, je vais parler plus particulièrement d’Alberto Ascari, le plus ancien des quatre, qui fut avec Fangio le plus brillant pilote des années cinquante, en tout cas celui qui a le plus beau palmarès après l’Argentin, avec ses deux titres de champion du monde en 1952 et 1953 (sur Ferrari), ses 13 victoires et ses 14 pole position en 32 grand prix. Alberto était le fils du grand champion qu’était Antonio Ascari, mort sur le circuit de Montlhéry en 1925, alors qu’il était au sommet de son art. Alberto commencera sa vraie carrière en 1948 chez Alfa-Romeo, avant de passer très vite chez Ferrari, avec qui il obtiendra ses deux titres mondiaux au volant de la fabuleuse 500 F2 avec un moteur 2 litres.

En 1954 et 1955, Alberto Ascari signera chez Lancia, avec le fameux épisode de sa sortie de piste lors du Grand Prix de Monaco 1955, qui lui vaudra de plonger dans l’eau du port. Plus de peur que de mal, mais hélas le destin n’aura pas été clément bien longtemps avec lui, puisque après un séjour très court à l’hôpital de Monaco, il se rend à Monza le jeudi suivant (26 mai 1955) pour voir Castellotti essayer une Ferrari Sport. Bien qu’en tenue de ville, Ascari demande à essayer à son tour la voiture…ce qu’il fera sans être casqué. Il fera deux tours seulement avant d’être victime d’un accident fatal, mourant dans l’ambulance. Curieusement cet accident nous ramène à son père qui trouva la mort à Monthléry un 26 (26 juillet 1925), dans un accident, sans être casqué et au même âge (37 ans).

Enfin, je voudrais terminer en citant un ancien pilote de Formule 1 qui n’a pas connu un grand succès dans sa carrière ( 17 points marqués entre 1994 et 2003), malgré ses 107 grands prix disputés. Certes il n’a jamais eu de voiture réellement compétitive (Tyrrell, Arrows, Stewart, Minardi), mais s’il n’a jamais été appelé par une écurie plus huppée, c’est parce qu’il n’avait pas le talent suffisant pour conduire dans un top team. Néanmoins Jos Verstappen est en train de connaître une réussite qui sera exceptionnelle…avec son fils à peine âgé de 19 ans, devenu en 2016 un des tous meilleurs pilotes actuels, certains affirmant même qu’il est déjà le meilleur.

Cela demande confirmation, mais il pulvérise les records de précocité en carrière, avec à son compteur une victoire à Barcelone, où il résista comme un grand à Kimi Raikkonen sur Ferrari, mais aussi un meilleur tour en course au Brésil où, sous la pluie, il fit penser à un certain Ayrton Senna, la référence absolue dans les conditions les plus difficiles. Pour preuve de ses immenses qualités, contrairement à son père, il est déjà dans le baquet d’une des meilleures voitures de la grille, la Red Bull, après avoir fait ses classes dans une Toro Rosso. Autre preuve, il a au moins fait jeu égal avec un autre surdoué, l’Australien Ricciardo, en Formule 1 depuis 2014, le dominant même en fin de saison après avoir remplacé pour insuffisance de performances le Russe Kvyat, à partir du grand prix d’Espagne.

En tout cas, s’il y a bien un jeune pilote qui fait l’unanimité dans le paddock, c’est bien Max Verstappen, même si certains lui reprochent son arrogance et son extrême détermination (je suis très gentil!) pour empêcher un autre pilote de le dépasser. En revanche tout le monde souligne sa vitesse en qualifications où il fit jeu égal à la fin de la saison avec Ricciardo, un maître en la matière, et plus encore sa constance en termes de performance sur la durée d’un grand prix. Pour ma part, si je devais faire une comparaison avec d’autres cracks de la discipline je dirais qu’il ressemble à la fois à Prost et à Senna. Si je fais ce jugement, c’est parce que Coulthard (ancien excellent pilote chez Williams et Mac Laren) a dit à propos de Max Verstappen « qu’ au Brésil, sous la pluie, il a trouvé des trajectoires que l’on ne prend normalement jamais, et ça a fonctionné », ajoutant un peu plus tard que « Max est un pilote courageux et intelligent. Avec ces deux qualités, on a quelque chose de surhumain. »

Coulthard n’est évidemment pas le seul à avoir remarqué toutes les qualités de ce jeune homme, chevalier sans peur mais pas encore sans reproche, qui dispose évidemment d’une énorme marge de progression, ce qui me fait dire que le prochain champion du monde pourrait bien s’appeler Verstappen, malgré les inconnues de la nouvelle réglementation. Cela dit, compte tenue du savoir-faire de Red Bull en matière de châssis et de la nette progression du moteur Renault fin 2015 et au cours de l’année 2016, pareil pronostic n’a rien de farfelu, bien au contraire…même si à titre personnel je préférerais que le champion 2017 s’appelle Kimi Raikkonen. Mais pour cela il faudrait que la nouvelle Ferrari soit bien née, et convienne au style d’Iceman.

Michel Escatafal


Pour Ferrari, 2014 sera comme en 1953 ou 1954 ? (1)

alonso-raikkonen

Partie 1

Que sera la saison de Formule 1 en 2014 ? Voilà une bonne question à laquelle nous aurons un début de réponse dès dimanche prochain à Melbourne, premier grand prix des 19 que compte cette soixante cinquième édition du championnat du monde, créé en 1950. Une saison qui va être marquée par l’abandon du moteur V8 atmosphérique et l’arrivée d’un V6 turbocompressé. Une saison où d’autres changements interviendront, avec notamment l’attribution des points qui sera doublé lors du dernier grand prix…ce qui est franchement ridicule. Une saison aussi où les pilotes, comme en moto, garderont leur numéro à vie, sauf le champion du monde (Vettel) qui portera le numéro 1. Bref, énormément de changements par rapport à ces dernières années, même si la plus importante concerne évidemment le moteur, ce qui explique que les cartes pourraient être redistribuées en 2014, après la longue domination de Red Bull et Vettel, propulsés par le moteur Renault.

Cela dit, il y a déjà les essais qui ont eu lieu à Jerez et à Bahrein pour nous donner quelques indications, mais chacun semble jouer l’intox, à commencer par la plus prestigieuse des équipes, Ferrari. Si j’écris cela c’est parce que plusieurs anciens pilotes ont affirmé que la Scuderia avait caché son jeu, et n’avait pas cherché la performance pure, contrairement à Mercedes, Mac Laren ou Williams, ces deux équipes ayant pour propulseur un moteur Mercedes. En outre, quand on parle de performance pure, il faut faire très attention, parce que si l’an passé il fallait gérer les pneus, cette fois il faudra gérer l’essence… ce que regrettent les fans de F1 et même des patrons d’écurie comme Luca di Montezemolo (Ferrari), mais pas nécessairement les pilotes, à commencer par Kimi Raikkonen. Ce dernier en effet, a souligné très justement que depuis qu’il est en Formule 1 (2001), il lui a toujours fallu gérer quelque chose. On retrouve bien là le pilote finlandais !

Et puisque je parle de Kimi Raikkonen, je voudrais m’empresser de dire que je fais de la Scuderia Ferrari la favorite pour le titre pilotes et constructeurs. Pourquoi ? D’abord parce que Ferrari n’a jamais connu trop de problèmes au cours des essais privés en ce début d’année, ensuite parce qu’effectivement la prestigieuse écurie italienne a sans doute quelque peu caché son jeu, et enfin parce qu’elle dispose avec Alonso et Raikkonen d’un tandem de pilotes comme on n’en a pas connu depuis bien longtemps en Formule 1. Oui, quel tandem sur le papier ! Quelle autre équipe pourrait se comparer à celle de la Scuderia en 2014 ? Aucune, à part peut-être celle de Mercedes avec Hamilton et Rosberg, mais l’addition du talent et de l’expérience d’Alonso et Raikkonen est supérieure à celle du tandem Mercedes. Une association qui réjouit tous les fans de Formule1, parce que d’abord elle concerne Ferrari, marque emblématique de la discipline comme je l’ai déjà souligné, et parce que pour nombre de fans le Taureau des Asturies et Iceman sont peut-être en valeur absolue les deux meilleurs pilotes du plateau. En tout cas ils sont sans doute les deux qui savent le mieux tirer partie de leur machine, y compris quand celle-ci n’est pas parfaite. On l’a vu depuis deux ans avec Ferrari pour Alonso, qui aurait pu et dû battre Vettel en 2012 sur une voiture bien moins performante, et avec Lotus pour Raikkonen, équipe qu’il a tenu à bout de bras depuis son retour en F1 en 2012. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir l’écart énorme que les deux hommes ont créé en 2012 et 2013 avec leurs deux coéquipiers (Massa et Grosjean).

Certains se demandent ce que donnera cette cohabitation entre l’eau et le feu, surtout si, comme cela est vraisemblable, il n’y aura pas de pilote privilégié, ce qui est une entorse à la politique de Ferrari depuis de nombreuses années, la Scuderia étant plutôt adepte d’une formule avec un pilote numéro un et un second pilote. Tel ne sera pas le cas au début de cette saison 2014, d’autant que Raikkonen et Alonso ont été l’un et l’autre champion du monde, Raikkonen étant même le dernier pilote Ferrari à l’avoir été. En outre, compte tenu des conditions du départ de Raikkonen en 2009 pour laisser la place à Alonso, cette fois les dès ne peuvent pas être pipés pour le pilote finlandais. En passant, ce dernier doit quand même savourer sa revanche, d’autant que chez Ferrari on a toujours marqué sa préférence pour Massa quand ils étaient équipiers avec Raikkonen, sans doute à cause du caractère latin du pilote brésilien. Mais chez Ferrari, en plus d’être une marque mythique, on sait reconnaître ses erreurs, et on a la reconnaissance des efforts faits pour l’équipe, les patrons de la Scuderia se rappelant que Kimi Raikkonen a accompli une fin d’année 2009 extraordinaire avec un matériel dépassé (dernière de ses neufs victoires chez Ferrari à Spa par exemple), après l’accident de Massa et alors…qu’on était en train de le virer.

Au passage, en parlant de Massa, on sera curieux de voir comment il va se comporter au volant d’une Williams qui semble bien née, après deux années décevantes où il n’était plus vraiment le même depuis son accident en Hongrie, ce qui avait entamé tout le crédit qu’il avait auparavant dans une équipe où on l’aimait beaucoup, comme en témoigne son traitement privilégié entre 2007 et 2009, un traitement qu’il ne pouvait revendiquer en aucun cas depuis l’arrivée d’Alonso. Et cela nous ramène à la cohabitation entre Alonso et Raikkonen qui suscite le doute chez beaucoup d’observateurs, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ou plutôt si, en mettant en avant l’égo des deux pilotes, oubliant que Raikkonen n’a jamais eu de problème avec aucun équipier depuis ses débuts en F1 en 2001. Pour ma part, je suis persuadé que le duel sera sévère, mais je ne doute pas qu’il soit loyal. N’oublions pas que jamais Alonso comme Raikkonen ne se sont comportés comme des voyous en course…ce que nombre d’observateurs ou de fans ne signalent pas.

En tout cas on ne pourra pas reprocher à Ferrari d’avoir fait le pari de réunir deux des trois ou quatre meilleurs pilotes actuels, afin de mettre fin à la domination de Red Bull et son pilote vedette Vettel, sans oublier la montée en puissance de l’équipe Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Cela dit, quelles que soient les qualités du tandem Alonso-Raikkonen, quel que soit le talent pur de ces deux cracks, il faut que les deux hommes disposent d’une bonne voiture pour qu’elle finisse enfin par remporter un nouveau titre mondial, pilote et constructeurs. Nombre de fans de F1 doutent que Vettel ait pu faire aussi bien qu’Alonso et Raikkonen s’il avait piloté une Ferrari ou plus encore une Lotus, qui pourtant a remarquablement réussi depuis deux ans, en dépit de moyens très inférieurs à Red Bull, Ferrari, Mercedes ou Mac Laren. A propos de Lotus, j’espère qu’ils continueront à aligner les bonnes performances en dépit des énormes difficultés qui sont les leurs depuis un an, ce qui leur a valu de perdre Raikkonen, mais aussi l’ingénieur Allison (parti chez Ferrari), sans oublier Bouiller le directeur. Ces trois départs pèseront hélas très lourd dans la balance, compte tenu de leur poids dans l’écurie d’Enstone. Cependant Lotus a gardé Grosjean, qui a prouvé en fin de saison dernière qu’il pouvait devenir un grand pilote, sur une voiture que Lotus a continué de développer jusqu’à son terme, contrairement à d’autres écuries qui ont préféré se concentrer sur l’année à venir.

Michel Escatafal


Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Quel est le problème de Romain Grosjean ?

grosjeanEn lisant ça et là les comptes rendus des grands prix de Formule 1, on s’aperçoit que dans notre pays on parle essentiellement de la course des quatre hommes qui dominent le championnat, à savoir Alonso, Raikkonen, Hamilton et Vettel (ordre du dernier grand prix)…et de Romain Grosjean. Ce dernier, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas tellement la cote auprès des fans de la F1 dans notre pays, certains de ceux-là allant jusqu’à dire qu’il est suisse, injure suprême des nationalistes trop chauvins. D’autres, nettement moins nombreux, prétendent qu’il faut lui laisser le temps de s’installer en Formule 1 avant de pouvoir rejoindre le clan des tops pilotes. Quelques uns enfin, vont jusqu’à affirmer qu’il n’a aucune chance de s’imposer pour le moment parce que Raikkonen est clairement le numéro un chez Lotus. Voilà un florilège des réactions que l’on trouve dans les divers articles spécialisés, ce qui résume parfaitement les sentiments qu’inspire le pilote franco-suisse.

Qu’en est-il objectivement ? Je ne suis pas un connaisseur assez avisé pour délivrer une opinion définitive, malgré l’amour que je porte à cette discipline depuis de nombreuses années, mais en revanche je sais lire le français ou l’espagnol, voire même l’anglais et l’italien, ce qui me permet de me faire une opinion à travers les réactions des vrais connaisseurs, à commencer par les anciens pilotes. Et tous sont unanimes pour dire que si Grosjean est un pilote rapide, certains disent même « un avion de chasse », c’est aussi un compétiteur friable sur le plan mental, Prost affirmant que le problème de Grosjean est d’ordre « psychologique », ce qui apparaît évident, même si cela n’explique pas la différence de résultats entre le pilote franco-suisse et le champion du monde 2007. Et oui, avant d’être chez Lotus, avant les deux années qu’il a consacrées au WRC, Raikkonen a été champion du monde, et aurait même dû l’être au moins deux autres fois s’il n’avait pas été trahi par son matériel, à l’époque où il était chez Mac Laren.

Tout cela pour dire que Romain Grosjean n’a pas à rougir d’être dominé par Raikkonen, son prestigieux coéquipier, à la fois rapide en qualifications, mais aussi et surtout en course. Et s’il en fallait une nouvelle démonstration, nous l’avons eu dimanche en Chine, où malgré un museau amoché par une manœuvre hasardeuse de Perez, Kimi Raikkonen continuait à accumuler les tours rapides…pendant que Grosjean avait du mal à se détacher des voitures œuvrant dans le ventre mou du peloton. Cela dit, je me demande si la vraie difficulté de Romain Grosjean ne se situe pas plutôt au niveau de son ego, ce qui d’une certaine façon rejoint le côté psychologique évoqué par Alain Prost. Pour parler clairement, Grosjean n’accepte pas la supériorité de Raikkonen…ce qui est bien dommage pour lui. Et ce serait la même chose s’il était chez Ferrari, Red Bull ou Mercedes, car les premiers pilotes de ces écuries sont au-dessus des autres. Mais la différence entre Grosjean et Massa, Rosberg ou Webber, réside dans le fait que la domination du pilote numéro un les pousse parfois à se surpasser, alors que dans le cas de Grosjean cela semble lui fait faire perdre ses moyens.

En fait, comme je l’ai dit dans un article précédent, Grosjean a fait illusion l’an passé lors des premiers grands prix parce que Raikkonen, malgré son immense talent, devait se réhabituer à la conduite d’une F1, et il lui a fallu quelques grands prix et un minimum de temps pour être au maximum de ses possibilités. Oh certes pas beaucoup, parce qu’il a été performant presqu’immédiatement, mais suffisamment pour donner à penser à Grosjean qu’il pouvait « taper » Raikkonen. Lui donner aussi l’illusion qu’il était meilleur qu’il ne l’est réellement. Lui laisser croire qu’il était capable de rivaliser avec les plus grands, pour peu qu’on lui donne le même matériel. Je pense même qu’il en était arrivé à se convaincre qu’à l’époque où il était chez Renault (2009), il aurait pu faire jeu égal avec Alonso si ce dernier n’avait pas eu le statut de premier pilote que personne ne pouvait lui contester.

Problème pour Grosjean, dès que Raikkonen est redevenu complètement « Iceman », il a pu s’apercevoir que Raikkonen, comme Alonso, faisait partie des plus grands pilotes de l’histoire de la Formule 1, appartenant à la quinzaine d’entre eux ayant remporté 20 grands prix et plus*. Rien qu’en évoquant cette statistique, on s’aperçoit que Romain Grosjean a eu grand tort de se surestimer, ce qui l’a conduit aux errements que l’on connaît, sans parler de ses incessantes jérémiades sur le matériel qui lui est fourni, allant même jusqu’à suspecter un problème sur le châssis de sa Lotus. Et je reste persuadé que s’il avait eu l’humilité d’apprendre son métier tranquillement auprès d’un top pilote, il serait déjà devenu un champion comme l’ont été, pour ne citer que des Français, Trintignant, Beltoise, Cevert, Pironi, Arnoux, Laffite, Depailler, Jabouille, Tambay, Alesi ou Panis, tous vainqueurs d’un ou plusieurs grands prix.

Or, s’il continue sur cette voie, il ne deviendra même pas un « malchanceux magnifique » comme l’ont été en leur temps Behra (années 50) et Jean-Pierre Jarier (années 70-80), surnommé « Godasse de plomb ». Espérons que cette funeste prophétie ne se réalisera pas, et que Romain Grosjean se mettra sérieusement au travail, quitte à rester dans l’ombre de son coéquipier. Après tout c’est un statut qui n’a pas mal réussi à des pilotes comme Moss (qui a remporté 16 victoires dans toute sa carrière) à l’époque où il courait avec Fangio chez Mercedes, Coulthard (13 victoires) notamment avec Hakkinen chez Mac Laren, Massa et Barrichello chez Ferrari (11 victoires en tout pour chacun), Patrese (avec Piquet et Mansell chez Williams) qui a remporté 6 victoires, une de plus que Regazzoni et Watson (avec Lauda chez Ferrari pour l’un et Mac Laren pour l’autre), sans oublier Webber qui en est à ce jour à 9 victoires, bien qu’il soit dans l’ombre de Vettel depuis que ce dernier appartient à l’écurie Red Bull. C’est tout le mal que je souhaite à Grosjean…qui toutefois ne sera jamais au niveau des plus grands.

Michel Escatafal

• Ces 15 pilotes sont dans l’ordre Schumacher (91), Prost (51), Senna (41), Mansell (31), Alonso (31), Stewart (27), Vettel (27), Clark (25), Lauda (25), Fangio (24), Piquet (23), Damon Hill (22), Hamilton (21), Hakkinen (20) et Raikkonen (20).


Une saison 2012 de F1 qui restera dans l’histoire (Partie 1)

vettelLa saison 2012 de Formule 1 s’étant terminée de la même façon que l’an passé, avec le titre de champion du monde de Sebastian Vettel, on pourrait penser que la discipline reine du sport automobile n’a guère évolué d’une année à l’autre. C’est vrai d’une certaine manière, mais c’est faux sur le plan des résultats et de l’intérêt suscité par les 20 grands prix. Vrai, parce qu’il n’y a pas eu de réelle révélation de pilotes au cours de la saison, à part peut-être la confirmation du talent d’Hulkenberg, voire de Maldonado et Perez,  mais faux parce que sur 20 courses nous avons eu huit vainqueurs différents (Vettel et Webber sur Red-Bull, Alonso sur Ferrari, Hamilton et Button sur Mac Laren, Raikkonen sur Lotus, Maldonado sur Williams, Rosberg sur Mercedes), ce qui suffit à démontrer que la hiérarchie a quand même été fluctuante au cours de la saison. Cependant, et on ne le dira jamais assez, les meilleurs pilotes sont finalement devant tous les autres. La preuve, les quatre premiers du championnat sont ou ont été champions du monde, à savoir Vettel, Alonso, Raikkonen, Hamilton, tout comme le cinquième, Button. Tout sauf un hasard !

En écrivant cela, j’ai l’impression que tout est dit, même si pour moi ce n’est pas tout-à-fait le cas, car je n’irais pas jusqu’à écrire qu’il s’agit des cinq meilleurs pilotes en valeur absolue. Je vais même en étonner quelques uns en disant que si je suis d’accord pour les quatre premiers, dans l’ordre ou le désordre, je placerais pour ma part à la cinquième place Felipe Massa, qui pourtant termine à la septième place, derrière Mark Webber (sixième), et loin derrière Button en nombre de points (122 contre 188). Pourquoi ai-je choisi Massa comme cinquième homme dans cette hiérarchie ? Tout simplement  parce que Massa court sur Ferrari, et que son équipier s’appelle Alonso. Certes, on me fera remarquer qu’Alonso a marqué 278 points dans la saison, soit plus du double de son équipier, mais cette énorme différence s’est faite dans la première partie de la saison, où Massa n’était pas encore redevenu le Massa des années 2006 à 2009 (année de son très grave accident). Non seulement cette difficulté à retrouver son vrai niveau avait altéré sa confiance, mais en plus il a vécu cette année avec au-dessus de sa tête le risque de perdre son volant chez Ferrari…qui ne l’a pas ménagé, et qui par conséquent ne l’a pas aidé à se reconstruire complètement et rapidement. En revanche, depuis Monza, ou si l’on préfère depuis que son contrat a été prolongé d’une saison, Massa est clairement au même niveau qu’Alonso, pour ne pas dire plus.

Voilà pourquoi je classe Massa devant Button et Webber, lesquels ont surtout pour eux de disposer d’une machine très performante. D’ailleurs on a  beau regarder les statistiques et les performances, on a beau évaluer la part de malchance de chacun dans son équipe, il ressort clairement que Button est loin de Lewis Hamilton, un peu comme Webber vis-à-vis de Vettel. Ces deux pilotes, même s’ils n’en avaient pas le statut, ont plutôt été des seconds rôles dans leur équipe, en raison de la domination exercée par leur leader. Etait-ce une question de pneus, notamment du côté de Button, comme il semble le prétendre? Je ne crois pas, même si les commentateurs de TF1 ne cessaient de nous vanter Button sur ce plan-là. Non, tout simplement Hamilton est un pilote hyper vite, en qualifications comme en course, comme du reste Vettel, et il est tout à fait normal que l’un et l’autre soient devant leur coéquipier.

En fait, seuls Alonso et Raikkonen ont rivalisé sur l’ensemble de la saison avec Vettel et Hamilton, d’autant que la Ferrari F2012 comme la Lotus E20 n’étaient pas au niveau de la Red Bull RB8 et de la Mac Laren MP4-27. Et si Alonso comme Raikkonen ont été candidats au titre jusqu’à la fin de la saison, ils le doivent essentiellement à leur régularité dans la haute performance. Certes Iceman, comme on appelle le Finlandais, avait une voiture à la fois fiable et rapide, mais la Lotus n’était pas tout-à-fait au niveau de ses rivales. Cela dit, elle a permis à Raikkonen de se retrouver à une inespérée troisième place au championnat du monde, parfaitement méritée au demeurant quand on sait que Raikkonen a franchi 20 fois sur 20 le drapeau à damiers, et chaque fois (sauf une) dans les points. A comparer avec Romain Grosjean !

En disant cela, je veux évoquer les pilotes français, à commencer par Sébastien Grosjean, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Pour moi, il a été le moins bon des trois sur l’ensemble de la saison, même s’il est sans doute le plus doué. Rapide, voire même très rapide, Grosjean l’est, au point d’avoir fait jeu égal avec Raikkonen sur l’ensemble de la saison en qualifications, même si Raikkonen a inversé la tendance du début de saison, où il a souffert de son absence des circuits pendant deux ans. Mais reconnaissons que sur un tour, le samedi, Grosjean est capable d’aller très vite. Hélas, en course c’est souvent très différent, et je préfère ne pas parler de ses départs où il a clairement un problème. Certains diront qu’il n’est pas le seul jeune pilote à faire des bêtises, ce qui est vrai, mais ce n’est pas une excuse. Résultat, à matériel égal, Raikkonen a marqué deux fois plus de points que Grosjean. A méditer pour lui si, comme c’est vraisemblable, il continue à faire équipe avec le pilote finlandais, dont il devrait s’inspirer plutôt qu’essayer coûte que coûte de le battre, et dont il devrait aussi adopter le comportement avant un grand prix, en évitant par exemple d’évoquer un podium ou la victoire, ce qui a pour seul effet de lui mettre un peu plus de pression.

Vergne aurait-il fait mieux chez Lotus ? J’aurais tendance à répondre par l’affirmative, étant persuadé qu’il aurait fini davantage de grands prix. Cependant la vraie comparaison ne peut se faire qu’avec son équipier, en l’occurrence Ricciardo, qui est lui aussi très jeune dans le métier. En termes de résultats sur la saison, les deux hommes ont quasiment fait jeu égal, Ricciardo se montrant légèrement supérieur en qualifications, mais Vergne rétablissant l’équilibre en course. En tout cas, ces deux jeunes pilotes ont la chance de pouvoir continuer leur apprentissage dans une écurie de moindre notoriété l’année prochaine (Toro Rosso), avant éventuellement de faire le grand saut l’année suivante. Pour me faire une véritable idée de Vergne je préfère attendre la fin 2013, d’autant qu’au moins un des pilotes Toro Rosso aura la possibilité d’intégrer la grande équipe Red Bull (maison mère) en cas de résultats probants, ce qui leur mettra une pression supplémentaire. Cela dit Vergne, comme Grosjean, semble satisfait de lui-même, même s’il estime qu’il doit mieux faire l’an prochain.

Et Charles Pic, desservi par son matériel, la modeste Marussia, que vaut-il exactement ? Là aussi il faut patienter jusqu’à la fin de la prochaine saison. Il faut noter à son propos que ses références avant de disposer d’un volant en Formule1 n’étaient pas extraordinaires. Et pourtant il s’est très bien comporté cette année en dominant souvent son équipier, l’expérimenté pilote allemand Timo Glock. Est-ce suffisant pour en faire un grand espoir ? Difficile à dire, dans la mesure où Glock n’est quand même pas un des tous meilleurs pilotes du plateau. En tout cas Pic, jeune homme de 22 ans, est considéré par nombre d’anciens pilotes comme un sérieux espoir pour les années à venir. C’est aussi le cas des dirigeants de sa nouvelle équipe (Caterham) qui lui ont fait signer un contrat de longue durée (deux ans plus une autre en option), ce qui signifie qu’ils pensent que Charles Pic deviendra vite suffisamment fort pour qu’ils puissent monnayer son départ vers une écurie plus prestigieuse. Il faudra pour cela qu’il commence par être meilleur que son équipier, dont on ne connaît toujours pas le nom.

Michel Escatafal


Romain Grosjean, victime expiatoire des errements du passé ?

La sanction est lourde, très lourde pour Romain Grosjean après le terrible carambolage qu’il a provoqué dimanche au départ du Grand  Prix de Belgique à Spa. En effet, le pilote français ne disputera pas le prochain Grand Prix d’Italie à Monza, ce qui est pour lui la pire des nouvelles, dans la mesure où son employeur commence à se fatiguer des bourdes du Franco-Suisse, déjà impliqué dans sept accrochages depuis le début de la saison, même s’ils ne sont pas tous de son fait. En revanche celui-là est tout à fait de sa faute, ce qui fait dire à son directeur d’écurie (Eric Bouiller) que « désormais le seuil de tolérance est dépassé ». Heureusement que Grosjean a réussi quelques belles performances en qualifications, plus deux podiums, sinon il pourrait craindre pour sa place chez Lotus, en espérant que d’ici la fin de l’année il ne fasse plus d’erreurs de ce type…et termine ses courses.

Mais pourquoi Grosjean a-t-il un comportement aussi agressif, surtout au départ des grands prix ? Autre question, pour parler comme Eric Bouiller, « pourquoi Grosjean n’arrive pas à mieux gérer ses émotions » ? Et oui, pourquoi, pourquoi…En fait, il ne faut pas être grand clerc pour donner un diagnostic a minima, à savoir l’impatience qu’a Grosjean à s’imposer en Formule1, et à gagner une course. Impatience due sans doute au fait qu’en tout début de saison, il a fait illusion face à l’un des deux ou trois meilleurs pilotes du moment, oubliant simplement que ce dernier n’était plus monté dans une Formule 1 depuis deux ans. Or, après avoir cru pouvoir faire jeu égal avec Kimi Raikkonen voire le dominer, Romain Grosjean s’est aperçu petit à petit ce que c’était qu’avoir en face de lui un champion du monde (2007) fort de 18 victoires, 16 pole position et 37 meilleurs tours en course. Un pilote qui très vite a retrouvé ses sensations, au point d’être en lutte pour le titre mondial…et qui compte à peu près le double de points par rapport à son équipier au classement du championnat du monde.

Pour ma part, en espérant me tromper, je pense que là est le problème de Romain Grosjean, lequel a eu vis-à-vis de Raikkonen la même attitude que Sébastien Ogier vis-à-vis de Sébastien Loeb l’an passé chez Citroën…ce qui l’a conduit à faire de grosses erreurs, et à se retrouver loin au championnat de son coéquipier. Cela fait dire aux vieux habitués de la Formule1 (ou des rallyes) qu’un jeune pilote, aussi doué soit-il, doit avoir la sagesse de comprendre que c’est une chance d’avoir à ses côtés un pilote de haut vol, seule manière non seulement de s’étalonner mais de progresser en apprenant son métier, car même les meilleurs sont passés par-là. Schumacher à ses débuts a certainement appris de Nelson Piquet et de Martin Brundle même si l’un n’était plus lui-même et l’autre simplement un très bon pilote, comme Senna a bénéficié à ses débuts chez Mac Laren de la science des réglages de Prost, ce dernier ayant sans doute aussi beaucoup appris de sa cohabitation avec Lauda.

Et si l’on remonte à des temps plus lointains, nul doute que François Cevert a beaucoup appris de Jackie Stewart en 1971 et 1972, avant de pleinement s’affirmer en 1973, l’année de sa mort aux essais de Watkins-Glen. Et que dire de Stirling Moss qui eut la chance d’être l’équipier du « maestro » Fangio, ce qui lui permit de devenir à son tour une légende après la retraite du quintuple champion du monde argentin, ou encore de Damon Hill qui eut pour équipier ses deux premières années chez Williams Prost et Senna, et qui ne se considéra jamais comme un prétendant au titre, y compris au début de l’année 1994, bien qu’étant dans une écurie de pointe, alors que sa saison 1993 l’avait  vu batailler jusqu’à la fin avec Prost pour le titre mondial. Mais comme il le disait lui-même à l’orée de 1994, il voulait « encore apprendre aux côtés de Senna ». Classe et modestie!

Cela n’a pas empêché ces jeunes loups, parfois débutants comme ce fut le cas pour Schumacher chez Benetton, après un court passage chez Jordan, de finir parfois la saison devant leurs aînés, voire même largement devant, mais cela s’est fait naturellement au fil de la saison, sans se mettre une pression exagérée. Et si celle-ci les a amenés parfois à faire une ou deux erreurs, elles sont ensuite devenues rarissimes. D’ailleurs un pilote au top n’en fait quasiment pas. Combien de fautes ont fait cette année Alonso, Vettel ou Raikkonen ? Réponse : aucune, chacun ayant tiré le maximum de la machine à sa disposition, ce qui est l’apanage des grands pilotes et qui fait la différence avec les autres. Combien d’erreurs Senna a-t-il fait après sa bourde lors du Grand Prix de Monaco 1988, où fort d’une avance de presque une minute sur Prost, il a sans doute commis le péché d’orgueil de vouloir reprendre le record du tour à son coéquipier, ce qui lui a valu à 12 tours de la fin d’érafler les barrières juste avant le tunnel…et d’abandonner piteusement? Très, très peu, parce qu’il a compris qu’il lui suffisait d’être lui-même pour parvenir à s’imposer à son prestigieux rival. Et comme Grosjean n’est pas et ne sera jamais au niveau de Senna ou de Prost, il aurait dû se contenter d’avoir vis-à-vis de Raikkonen la même attitude que Damon Hill vis-à-vis de Prost et Senna, ce qui lui aurait permis de profiter pleinement de cette saison d’apprentissage auprès d’un top pilote, sans avoir l’obsession de le « taper »…ce qu’en aucun cas il ne pouvait faire.

En disant cela certains vont me trouver sévère, mais je suis persuadé qu’il y a une part de vrai dans ce que j’écris. Pour moi, et je le répète, un jeune pilote aussi doué soit-il, doit nécessairement faire un minimum ses classes, et cela passe par savoir gérer ses émotions et son ambition. C’est bien d’être ambitieux, mais cela ne doit pas conduire à faire n’importe quoi pour s’affirmer, et mettre en danger la vie de ses collègues. Et en disant cela je n’exagère pas, dans la mesure où tout le monde a eu très peur pour Fernando Alonso, lequel a vu la voiture de Grosjean passer tout près de sa tête…ce qui l’a éliminé de la course avant le premier virage. A ce propos, on peut  être surpris qu’un des motifs de la sanction infligée à Grosjean soit  son « erreur de jugement » qui a éliminé «  deux des principaux animateurs du championnat ». Cela signifie-t-il que s’il s’était agi de pilotes moins bien placés au championnat qu’Alonso et Hamilton, il n’y aurait pas eu de sanction ? Ridicule, d’autant que tout le monde, y compris dans son équipe, estimait parfaitement juste que Grosjean soit sévèrement sanctionné.

Cela étant, la sanction n’est-elle pas trop dure, comme le font plus ou moins bruyamment remarquer les supporters de Grosjean ? Pourquoi une telle sévérité avec le pilote franco-suisse, alors que dans le passé on a presque fermé les yeux sur des actions elles aussi gravissimes ? L’histoire de la Formule 1 est pleine de ce type d’injustices, et je n’en citerais que trois dont deux concernent Michaël Schumacher…ce qui en dit long sur l’état d’esprit du champion allemand. Mais parlons d’abord de ce qui s’est passé en 1978, au Grand Prix d’Italie à Monza, où un terrible accident coûta la vie au pilote suédois Ronnie Peterson. Il faut dire que tout avait concouru dès le départ pour que la situation soit très confuse, à commencer par un départ donné alors que seules les voitures des trois premières lignes étaient immobilisées sur la grille, ce qui ne pourrait plus être le cas de nos jours. Résultat, Andretti et Villeneuve partirent comme des fusées vers la première chicane, alors que Peterson manqua complètement son envol, ce qui obligea Scheckter à changer de file en enjambant la ligne blanche de la piste pour éviter Peterson suivi en cela par l’Arrows de Patrese et l’Ensign de Daly.

Jusque-là tout se passait normalement ou à peu près, sauf que Patrese qui venait de doubler la Mac Laren de Hunt serra ce dernier qui était en train de dépasser Peterson. Ce fut le début d’un carambolage monstre au milieu du peloton qui affecta dix pilotes au total, dont Brambilla qui souffrait d’une fracture du crâne et surtout Peterson qui resta prisonnier dans sa Lotus en feu, avec les jambes brisées (il mourra le lendemain matin). Cet accident aurait dû valoir à Patrese une sanction très dure…qui vint des pilotes eux-mêmes, le Comité des Grands Prix regroupant Andretti, Fittipaldi, Hunt, Lauda et Scheckter,  ayant demandé aux organisateurs du Grand Prix suivant, à Montreal, de ne pas accepter la participation de Patrese pour conduite dangereuse, ce qui fut fait.

Les deux autres accidents eurent heureusement des conséquences moins dramatiques, mais auraient mérité là aussi des sanctions autrement plus exemplaires que celles qui frappèrent Michaël Schumacher. Le premier, le plus grave, eut lieu à Adelaïde, lors du Grand Prix d’Australie 1994. Avant cette épreuve la situation était extrêmement serrée entre Schumacher et Damon Hill, puisque les deux pilotes n’étaient séparés que par un point, suite à la victoire sous la pluie de Damon Hill au Japon devant son rival. A Adelaïde, les deux poursuivirent leur mano a mano, avec jusqu’à mi-course Schumacher en tête devant Damon Hill. Le pilote allemand avait manifestement des difficultés à résister à son rival, celui-ci attendant son heure…ou une faute de son rival pour le déborder imparablement. Et cette faute Schumacher la fit, sortant de la piste en touchant le mur. Hill plongea aussitôt dans l’intervalle laissé au tournant suivant, mais l’Allemand, sachant que sa voiture était endommagée, n’hésita pas une seconde et percuta volontairement Hill pour ne pas lui laisser le titre de champion du monde, au risque d’avoir lui-même un accident grave puisque sa voiture se souleva sur le côté avant de s’écraser contre la rangée de pneus,  les deux hommes étant éliminés de la course. Un scandale sans précédent dans l’histoire de la F1…qui n’eut quasiment aucune conséquence pour Schumacher, alors qu’il aurait été facile de le punir d’une manière ou d’une autre, pour l’empêcher d’obtenir le titre mondial dans ces conditions, à la fois pour conduite dangereuse et manque de fair-play, un fair-play dont Damon Hill était le champion, comme en témoigne ce qu’il a dit à la fin de la course : « J’ai poussé Schumacher à la faute, j’ai vu l’opportunité de m’engouffrer et j’ai foncé ». Chapeau Monsieur Hill, pilote trop méconnu compte tenu de son grand talent ! En revanche on ne put que ressentir un gros malaise à la vue des congratulations jubilatoires des membres de l’équipe technique de Benetton après l’abandon définitif de Damon Hill.

Le pire est que Schumacher allait recommencer à peu près la même manœuvre avec Jacques Villeneuve en 1997, sauf que cette fois cela se terminera mal pour lui, puisque Villeneuve pourra continuer sa course, alors que lui sera éliminé. Cette fois la morale était sauve, mais là aussi quasiment aucune sanction pour l’Allemand alors qu’il y avait récidive. Voilà pourquoi certains s’indignent, à tort, en voyant Grosjean privé de Grand Prix d’Italie, alors que le crash qu’il a provoqué n’avait absolument rien de prémédité et de volontaire. Qu’est-ce qui est le plus grave, entre commettre une énorme erreur, comme ce fut le cas pour Patrese et Grosjean, et provoquer délibérément un accident…pour conserver ou conquérir un titre mondial ? Poser la question, c’est y répondre, tellement la différence est flagrante sur le plan de l’éthique. Hélas, pour un gentleman comme Damon Hill, combien de Schumacher prêts à tout pour un titre mondial ou une victoire ? D’ailleurs il suffit de constater la différence d’admiration que les gens ont pour l’un par rapport à l’autre. Pour ma part, mon choix est fait depuis très longtemps : j’étais et je reste un fan de Damon Hill, et si je reconnais la classe de Schumacher, je n’ai jamais été un de ses admirateurs.

Michel Escatafal


Grosjean en 2012 fait penser à Cevert en 1971

Quel suspens et que de rebondissements hier, dans ce Grand Prix d’Europe à Valence remporté par Fernando Alonso! J’écrivais il y a quelques jours un article sur l’Espagne, et je disais qu’Alonso figurait parmi les deux ou trois meilleurs pilotes de Formule1. Et bien, je crois que je vais finir par affiner mon jugement en considérant que c’est tout simplement le meilleur. Pas nécessairement le plus rapide, même s’il reste à démontrer qu’il existe un pilote plus véloce que lui en course, mais en tout cas certainement le plus complet, ce qui signifie qu’il est celui qui tire le mieux la quintessence de la machine qu’il a dans les mains. D’ailleurs qui oserait prétendre que cette année Ferrari a la meilleure voiture du plateau ? Personne.

Et pourtant Alonso est le seul pilote en 2012 à avoir remporté deux grands prix, ce qui lui permet d’être en tête du championnat du monde. Hier encore, il a gagné le Grand Prix d’Europe à Valence en partant de la sixième ligne, sur un circuit où il est très difficile de doubler. Il fut d’ailleurs quasiment le seul à ne pas avoir eu de problème, et à profiter pleinement des circonstances de course, avec d’une part l’arrivée de la voiture de sécurité à une trentaine de tours de la fin, et de la malchance de Vettel et Grosjean, tous deux victimes d’une stupide panne électrique. Cela veut dire qu’il y a eu une part de chance dans cette victoire, mais la chance ne fait-elle pas partie de la compétition…et de la panoplie des plus grands champions ?

En évoquant le nom de Grosjean, je veux en profiter pour affirmer que la France détient avec lui un pilote de premier plan, comme nous n’en avons pas eu depuis très longtemps. Certains vont me reprocher de m’emballer un peu vite, mais j’observe d’abord que Romain Grosjean est un pilote très rapide, et cela personne ne le conteste. La preuve, il domine régulièrement Kimi Raikkonen en qualifications, même si ce dernier n’a jamais été un monstre le samedi malgré ses 16 poles position. Mais Grosjean fait aussi quasiment jeu égal avec son coéquipier en course, ce qui est une sacrée référence car Raikkonen compte 36 meilleurs tours en course à son compteur (troisième meilleur total de l’histoire). Et si ce dernier a vingt points de plus que Grosjean au classement du championnat du monde, c’est tout simplement parce que le pilote finlandais finit toutes ses courses (contrairement à son passé en WRC), et sait jusqu’où on peut aller trop loin pour éviter toute erreur redhibitoire. Il sait aussi qu’en ne prenant pas de risque inutile, il finira avec de gros points compte tenu de la qualité de sa voiture, la Lotus étant une des meilleures du plateau.

Avant d’intégrer le team Lotus, Romain Grosjean avait  déjà fait la preuve de sa rapidité en GP2, discipline dans laquelle il a enlevé le titre en 2011, après en avoir perdu un qui lui tendait les bras trois ans auparavant par la faute d’erreurs…qu’il ne commet plus aujourd’hui. Même dans les quelques grands prix qu’il a disputés chez Renault en 2009, il avait été loin d’être ridicule face à Alonso, sur qui tous les efforts de l’équipe étaient concentrés, ce qui n’avait pas empêché Renault  et Briatore de le renvoyer à ses chères études à la fin de la saison. Ils avaient bien fait, même si la décision était beaucoup trop sévère, car cela à permis à Grosjean de se remettre en question, de revenir en GP2 et d’emmagasiner de la confiance pour  pouvoir enfin faire ses preuves en F1. Il lui reste simplement à acquérir de l’expérience aux côtés de Raikkonen et dans son excellente équipe Lotus, mais d’ores et déjà il est considéré comme une valeur sûre de la Formule 1, alors que les doutes assaillaient nombre d’observateurs et de supporteurs de la discipline il y a seulement trois mois.

Un dernier mot enfin sur ce Grand Prix d’Europe, pour souligner la beauté et l’intensité de cette épreuve, avec un vainqueur double champion du monde, Alonso, qui l’emporte devant le champion du monde 2007, Raikkonen, à 6 secondes, le troisième étant le septuple champion du monde, Michael Schumacher, ce qui nous offrait un podium avec 10 titres mondiaux. Du jamais vu en F1 ! Par ailleurs, on notera que 8 pilotes ont terminé la course en moins de 25 secondes, même si l’intervention de la voiture de sécurité peu avant la mi-course a facilité ce resserrement. Il n’empêche, cette saison les performances sont très proches entre les voitures, comme en témoignent les résultats des qualifications de samedi où il y avait encore 12 pilotes en deux dixièmes de secondes juste avant la fin de la Q2 !

Cela me fait penser au résultat du Grand Prix d’Italie, le 3 septembre 1971 à Monza. Ce jour-là, les cinq premiers ont franchi la ligne d’arrivée séparés dans un mouchoir de poche, et l’expression n’est pas galvaudée. En effet le vainqueur, le Britannique Peter Gethin (BRM), est entré dans l’histoire en remportant son unique victoire, après avoir été remercié par l’équipe Mac Laren en cours de saison pour manque de résultats, mais aussi et surtout en devançant son suivant, le Suédois Petterson (March) de 1/100 de seconde, le Français François Cevert (Tyrrell) de 9/100, le Britannique Hailwood (Surtees) de 18/100 et le Néo-Zélandais Ganley (BRM) de 61/100. Cinq pilotes à l’arrivée d’un grand prix se tenant en six dixièmes de secondes ! Extraordinaire !

Ce grand prix à Monza, resté célèbre à jamais par son final, me fait penser que cette année-là François Cevert accumulait les bonnes performances…comme Romain Grosjean cette saison, avant de s’imposer en octobre au Grand Prix des Etats-Unis (Watkins-Glens) avec plus de 40 secondes sur son suivant, le Suisse Siffert. Cette victoire, la seule de sa carrière (il est mort très tôt, en 1973, lors des essais du GP des Etats-Unis), l’avait véritablement consacré parmi les tous meilleurs pilotes, puisqu’il termina à la troisième place du championnat du monde, remporté par son équipier Jackie Stewart. Mais avant d’en arriver là, François Cevert avait quelque peu galéré, malgré un talent incontestable découvert très tôt.

En 1967, après avoir remporté le volant Shell et la monoplace Alpine qui allait avec, François Cevert fut loin d’obtenir les résultats qu’il attendait en Formule 3, au point que l’année suivante il fut obligé d’acheter une Techno grâce à l’aide d’un sponsor qui connaissait ses qualités, et qui sans doute comptait bien exploiter un peu l’image de ce jeune homme beau comme un dieu. Cette fois la réussite fut au rendez-vous, puisqu’il fut sacré champion de France de Formule 3 en 1968. Ce titre lui permit d’accéder à la Formule 2 l’année suivante, où il eut l’occasion de se frotter avec succès aux meilleurs pilotes, notamment celui qui allait devenir plus tard son coéquipier, Jacky Stewart. Et c’est tout naturellement qu’en 1970 il accéda à la F1 au volant d’une March-Ford, se classant sixième à Monza devant le rapide Chris Amon, lui aussi sur March-Ford. Enfin, en 1971, il entrait de plein pied dans la discipline avec une des meilleures voitures, la Tyrrell-Ford, ce qui lui permettra de concrétiser le renouveau du sport automobile français, amorcé quelques années auparavant par son beau-frère J.P. Beltoise, mais pas encore matérialisé par une victoire dans un grand prix du championnat du monde de F1.

François Cevert combla donc ce vide grâce à sa victoire au Grand Prix des Etats-Unis 1971,  victoire qui avait d’autant plus réjoui le cœur des Français que cela faisait treize ans qu’un pilote français n’avait pas gagné un grand prix. Le dernier était Maurice Trintignant qui l’avait emporté à Monaco sur Ferrari (comme en 1955). Or si l’on fait les bons calculs, cela fait seize ans qu’Olivier Panis s’est imposé à Monaco sur sa Ligier à moteur Mugen Honda, dernière victoire française en Formule1. Oui, il est vraiment temps que Grosjean reprenne le flambeau, et pour ma part, je le verrais bien s’imposer en Hongrie, fin juillet, sur un circuit qui devrait convenir à sa Lotus. Cela étant, peu importe l’endroit pourvu que Grosjean gagne !

Michel Escatafal