Paris-Roubaix : une course où l’enfer côtoie le paradis

 paris-roubaixQuand on évoque Paris-Roubaix, on parle immédiatement de l’Enfer du Nord, parce que cette épreuve est très particulière. En fait, elle l’est tellement, que désormais les meilleurs coureurs à étapes n’y participent pas, ce qui est bien dommage. Oh certes, ils ont une bonne excuse pour ne pas y participer, à savoir le risque de chute qui pourrait les empêcher de courir le Tour de France, excuse que les cracks d’autrefois ne se donnaient pas. D’ailleurs pourquoi l’auraient-ils prise en compte, dans la mesure où rares ont été les chutes irrémédiables empêchant les coureurs de poursuivre leur saison ? En tout cas, ni Coppi, ni Bobet, ni Anquetil, ni Merckx, ni Hinault, ni Laurent Fignon, pour ne citer qu’eux, n’ont souffert de leur participation  à Paris-Roubaix, avec des fortunes diverses pour ces coureurs. En effet, parmi les hommes que j’ai cités, deux d’entre eux,  Anquetil et Fignon, n’ont jamais gagné cette classique, en raison de la malchance ou d’un manque de réussite  à un moment ou un autre de la course ou de leur carrière.

La désillusion d’Anquetil (en 1958) lourde de conséquences

Toutefois c’est  Jacques Anquetil, en 1958, qui a nourri le plus de regrets, même si Fignon l’aurait emporté en 1988, s’il n’avait pas commis l’erreur de laisser partir ce jour-là Demol et Wegmuller, qui arrivèrent dans cet ordre au vélodrome. Pourquoi tant de regrets pour « Maître Jacques »? Parce que cette année-là, incontestablement, Anquetil était le plus fort du lot. L’année d’avant il avait remporté son premier Tour de France, et il avait fait de « la classique des pavés » un de ses objectifs majeurs de la saison. La preuve, il s’était présenté au départ en grande condition, signe évident de sa motivation, ce qu’il confirmera en roulant en tête toute la journée. Hélas pour lui, alors qu’il était en train de mettre à la torture ses derniers accompagnateurs, qu’il eut certainement lâchés avant l’arrivée, il fut victime d’une crevaison à douze kilomètres de l’arrivée. Résultat, la meute des poursuivants rattrape le petit groupe de tête à Hem, et la course se joue au sprint. A ce jeu c’est le très rapide Léon Van Daele qui l’emporte devant Miguel Poblet, Rik Van Looy, Rik Van Steenbergen et Fred De Bruyne. Un sprint royal, où l’on retrouvait dans un ordre différent le podium de l’année précédente, qui avait vu la victoire de Fred De Bruyne, devant Van Steenbergen et Van Daele.

Jacques Anquetil sortira profondément blessé (dans son cœur) de cette course, ce qui lui fera dire que Paris-Roubaix, et plus généralement les classiques d’un jour, c’est « une loterie ». C’est sans doute pour cela que le merveilleux rouleur normand achèvera sa carrière avec un palmarès assez mince dans les classiques, du moins pour lui, avec « seulement » Gand-Wevelgem, Liège-Bastogne-Liège et Bordeaux-Paris dans son escarcelle. Et nombreux sont ceux qui pensent aujourd’hui encore que s’il avait remporté Paris-Roubaix en 1958, il aurait sans doute un palmarès beaucoup plus fourni dans les courses d’un jour, à l’égal par exemple d’un Louison Bobet, vainqueur de Paris-Roubaix en 1956, mais aussi de Milan-San Remo, du Tour des Flandres et du Tour de Lombardie, sans oublier son titre de champion du monde en 1954.

Hinault a gagné Paris-Roubaix, mais il n’aimait pas cette course

En revanche Bernard Hinault aura davantage de réussite dans cette épreuve…qu’il n’aimait pas. D’ailleurs, la seule année où il a réellement préparé « la reine des classiques », en 1981, il feignait de montrer une certaine indifférence, en disant avec son langage imagé qui faisait le bonheur des commentateurs : « Ceux qui veulent que je gagne Paris-Roubaix à tout prix, ne sont pas ceux qui pédalent ! Je ne vais pas dans les bureaux dire aux gens de travailler plus, moi ! Je crois avoir déjà prouvé que j’étais le plus fort, et on me demande maintenant d’être aussi le meilleur sur les pavés ». Cependant, derrière cette façade, la détermination du « Blaireau » est totale, d’autant qu’il a sur le dos le maillot arc-en-ciel conquis quelques mois auparavant à Sallanches, dans la course que nombre de suiveurs ont considéré comme son chef d’œuvre.

Bref, tout était réuni pour que Bernard Hinault s’imposât sur le vélodrome de Roubaix. Il avait survécu aux crevaisons ou chutes inhérentes à la course, y compris quant à onze kilomètres de l’arrivée un petit chien traversa la route et le fit tomber, heureusement sans gravité. Sa lucidité à ce moment était telle que, pour éviter la pagaille qui régnait sur la chaussée, il contourna la haie de spectateurs pour reprendre presqu’aussitôt la route et rattraper le groupe de tête auquel il appartenait. C’était un signe supplémentaire que son jour était arrivé, et dès lors il n’eut plus aucun doute quant à la victoire. En outre il savait que dans un sprint, à l’issue d’une course très dure, il n’avait rien à craindre de Roger De Vlaeminck qu’il avait largement dominé dix  jours auparavant dans l’Amstel, ni de Moser, Van Calster ou encore De Meyer.  Et de fait, il confirma sa supériorité sur le vélodrome face à deux coureurs, De Vlaeminck et Moser, comptant sept victoires à eux, en se portant en tête à la cloche, et résistant au retour de De Vlaeminck qui sera battu d’une roue, Moser finissant pour sa part à deux longueurs. Du grand art ! A noter aussi la très belle course de Duclos-Lassalle qui préfigurait ses deux victoires de 1992 et 1993.

Le campionissimo hors concours

Cela dit, comment ne pas évoquer le Paris-Roubaix de 1950, remporté par Fausto Coppi, sans doute le plus grand coureur de l’histoire du cyclisme. Cette année-là ne fut pas la plus brillante de sa carrière, puisqu’il fut victime d’une insigne malchance qui contraria toute sa saison. Certains disaient qu’il payait son extraordinaire saison passée, où il réalisa le doublé Giro-Tour, un exploit inédit jusque-là, sans oublier ses victoires dans Milan-San Remo et le Tour de Lombardie, plus le titre de champion du monde de poursuite, le tout dans un contexte de concurrence exacerbée. Toutefois la presse italienne, assez versatile, aurait aimé qu’il ne se contentât pas de remporter les deux grands tours (Giro et Tour de France) et les épreuves italiennes. Elle était d’autant plus encline à la critique que Coppi n’avait pas gagné Milan-San Remo, laissant la victoire à son meilleur ennemi, Gino Bartali, chouchou de la péninsule.

Tout cela mit en fureur le campionissimo, et afin de confondre ses détracteurs, il se fixa pour objectif de gagner Paris-Roubaix. Il aimait d’autant plus cette course que, l’année précédente, il avait assisté à la victoire de son frère Serse, lequel fera partie de l’équipe (avec Conte, Carrea, Milano) chargée de l’aider dans son entreprise. En plus, conformément à ses souhaits, le temps (pluie et vent) s’était mis de la partie, ce qui ne pouvait que favoriser les hommes forts. Enfin c’était son jour de chance, car il réussit par miracle à échapper à une chute qui mit à terre un grand nombre de coureurs dont Kubler. Arrivé au premier point névralgique de la course, la côte de Doullens, Coppi était déjà dans le groupe de tête avec Magni, qui venait de remporter son deuxième Tour des Flandres, et André Mahé, le vainqueur de l’année précédente ex aequo avec Serse Coppi (en raison d’une erreur d’aiguillage les deux hommes furent classés tous deux à la première place).

Au ravitaillement Coppi, avec son maillot vert-blanc-rouge de champion d’Italie, ne prend pas sa musette, et place une attaque qui va le propulser une centaine de mètres devant un petit groupe comprenant Magni, Van Steenbergen et Bobet. Pour l’anecdote, si Coppi n’a pas pris la peine de prendre son ravitaillement, c’est tout simplement parce que ses coéquipiers lui ont permis de remplir ses poches auparavant. Fermons la parenthèse, pour souligner que Coppi rattrape très vite Diot et Sciardis échappés depuis longtemps, avant de lâcher d’abord Sciardis, puis Maurice Diot. Le campionissimo se retrouve donc seul, alors qu’il reste 45 kilomètres à parcourir. Personne ne le rattrapera et il arrivera à Roubaix, au vélodrome, avec trois minutes d’avance sur Diot, et presque six minutes sur Fiorenzo Magni. A la fin de la course, Diot fera rire tous les suiveurs en disant sa joie d’avoir gagné Paris Roubaix… parce que Coppi était « hors concours ». A noter que sur des routes à la limite du praticable, sur les pavés ou les trottoirs des bas-côtés, le recordman du monde de l’heure avait parcouru un peu plus de 41 kilomètres dans la dernière heure de course. Un exploit vraiment phénoménal, même s’il bénéficia de l’aide du vent ! Mais tel était le campionissimo, champion incontesté de l’âge d’or du cyclisme, qui a vu s’affronter Coppi, Bartali, Koblet, Kubler, Bobet, Magni, Van Steenbergen, De Bruyne, Schotte et Ockers.

Un dernier mot enfin, pour revenir à notre époque : qui va s’imposer sur le vélodrome de Roubaix dimanche prochain ? En fait, personne ne doute que ce sera Cancellara, pour la bonne raison que c’est le meilleur coureur du moment sur ce type de course, sans doute aussi fort qu’en 2010 quand il réalisa le doublé Tour des Flandres-Paris-Roubaix. C’est le pronostic le plus facile pour tous ceux qui se livrent à ce jeu, d’autant plus qu’il a remporté dimanche dernier le Tour des Flandres sans la moindre contestation possible. Toutefois les exemples sont nombreux où les outsiders s’imposèrent sur la « Reine des classiques. Parmi ceux-ci on citera les noms de Dirk Demol, déjà cité, en 1988, Jean-Marie Wampers l’année suivante, Frédéric Guesdon en 1997, Servais Knaven en 2001, Magnus Backstedt en 2004 ou encore Johan Vansummeren en 2011…devant Cancellara. Cela dit, avec deux victoires et deux deuxièmes places depuis 2008, et compte tenu de l’absence de Tom Boonen, vainqueur en 2005, 2008, 2009 et 2012, qui peut ambitionner de battre le coureur suisse…sauf accident et si ses blessures, en apparence mineures suite à sa chute aujourd’hui lors du Grand Prix de l’Escault, ne le font pas trop souffrir ? Personne en vérité, à moins qu’un Français ne se découvre des dispositions exceptionnelles pour cette épreuve, comme Marc Madiot, vainqueur en 1985 et 1991 ou encore Gilbert Duclos-Lassalle qui fit le doublé en 1992 et 1993 à presque 40 ans.

Michel Escatafal


Paris-Roubaix : l’enfer côtoie toujours le paradis

Tom Boonen réussira-t-il dimanche prochain le doublé Tour des Flandres-Paris-Roubaix, que seuls neufs coureurs à ce jour ont réalisé, à savoir Suter en 1923, Gijssels en 1932, Rebry en 1934, Impanis en 1954, De Bruyne en 1957, Van Looy en 1962, De Vlaeminck en 1977, Van Petegem en 2003 et ce même Boonen en 2005 ? Vu la forme qu’il a manifestée dans « le Ronde », c’est une hypothèse tout à fait plausible. En tout cas ce doublé le ferait entrer encore davantage dans l’histoire, car il consacrerait un coureur de très grande classe, sans doute le meilleur de sa génération dans les épreuves d’un jour. S’il remportait Paris-Roubaix une nouvelle fois après ses victoires en 2005, 2008 et 2009, le coureur flamand dépasserait au nombre de victoires ses prestigieux compatriotes Rik Van Looy et Eddy Merckx, trois fois vainqueurs, et égalerait celui du record de victoires détenu par un autre de ses compatriotes, Roger De Vlaeminck avec quatre succès. L’enjeu n’est donc  pas mince pour un coureur qui avait subi ces dernières années un passage à vide interminable, ce qui provoquait l’inquiétude de ses supporters et, plus généralement, des amateurs de vélo.

Une classique qui se nourrit d’histoire

Mais revenons à Paris-Roubaix, considérée comme la « reine des classiques », créée le 19 avril 1896 par deux filateurs du Nord et directeurs du vélodrome du Parc Barbieux à Roubaix, Messieurs Vienne et Pérez, avec le concours de Louis Minard, rédacteur en chef de Paris-Vélo. Jusqu’en 1909, l’épreuve s’est courue derrière entraîneur (à bicyclette ou en voiture automobile). Tout ceci pour l’histoire, parce que cette course appartient à l’histoire du Nord de la France, au point que certains secteurs pavés sont classés monuments historiques, ce qui confère à cette course une dimension locale et régionale au moins égale à celle du Tour des Flandres. Certes les secteurs pavés de Paris-Roubaix (tranchée d’Arenberg, Mons-en-Pévèle, Carrefour de l’Arbre où eut lieu la bataille de Bouvines en 1214) sont plus difficiles à franchir que les monts flandriens pavés du Tour des Flandres, mais ce sont très souvent les mêmes coureurs qui brillent dans les deux épreuves. Dans les deux cas il faut être « costaud » pour espérer l’emporter, et à ce jeu les Belges (54 victoires) sont largement supérieurs aux Français, ces derniers ne l’ayant emporté qu’à trente reprises dont vingt avant 1945. A ces succès, il faut en ajouter un autre qui est resté dans l’histoire, puisque Roger Lapébie fut destitué de sa première place en 1934 pour avoir emprunté sur les derniers kilomètres le vélo…d’une spectatrice, le sien étant inutilisable.

Le palmarès démontre que cette épreuve n’est pas une loterie

Cet épisode montre qu’il faut aussi avoir ce soupçon de réussite sans lequel la victoire est impossible. Bien sûr, une chute ou une ou plusieurs crevaisons n’empêchent pas un coureur de gagner, mais il faut absolument que ces incidents n’interviennent pas en pleine bagarre, ou dans des secteurs stratégiques, ce qui malheureusement arrive assez souvent. Dans ce cas cela peut priver de la victoire le meilleur coureur du peloton, par exemple en 1958 quand Jacques Anquetil subit une crevaison à une douzaine de kilomètres de l’arrivée, alors qu’il était manifestement le plus fort ce jour-là, ce qui lui fit dire que cette course était « une loterie ». Un peu plus tard Bernard Hinault nourrira la même aversion pour cette classique tellement spéciale, ce qui ne l’empêchera pas d’inscrire son nom au palmarès en 1981, avec le maillot de champion du monde sur le dos comme un certain Eddy Merckx en 1968 (vainqueur aussi en 1970 avec 5mn21s d’avance sur De Vlaeminck, et en 1973), en battant sur la piste de Roubaix Roger De Vlaeminck, le recordman des victoires (quatre en 1972, 1974, 1975 et 1977), et Francesco Moser, qui l’emporta trois fois de suite entre 1978 et 1980. Et pourtant, outre les inévitables crevaisons, « le Blaireau » chuta à quelques kilomètres de l’arrivée…à cause d’un chien égaré au milieu des coureurs. Comme quoi, quand un coureur est au-dessus du lot, il lui est possible de contourner de multiples obstacles, y compris quand on n’est « pas doué pour les pavés », pour parler comme De Vlaeminck ou Jan Raas, autre grand chasseur de classiques, vainqueur à Roubaix en 1982, à propos d’Hinault.

Avec le temps, Bernard Hinault changera un peu d’avis, affirmant que c’est « une course de spécialistes », et excusant les coureurs qui refusent d’y participer par peur de la chute, notamment ceux qui ont pour ambition première de gagner le Tour de France. Voilà pourquoi Lemond, Indurain, Armstrong ou Contador, pour ne citer qu’eux, ont refusé ou refusent de se risquer à courir la « reine des classiques ». En outre, au moins pour Contador, quelle que soit l’admiration que nous puissions lui porter, il est difficile de l’imaginer à son aise sur les pavés, lui le grimpeur ailé pesant 62 ou 63 kg, même s’il a prouvé lors du Tour de France 2010 qu’il était capable de très bien se débrouiller sur ce type de routes. Cela étant, on ne trouve pas trace d’un vrai grimpeur vainqueur de Paris-Roubaix, mis à part évidemment Fausto Coppi qui l’emporta en 1950, après avoir parcouru les 45 derniers kilomètres en solitaire, devant le Français Maurice Diot, lequel à sa descente de vélo exprimait son énorme satisfaction en disant : « J’ai gagné Paris-Roubaix », ajoutant à propos de Coppi : « Il est hors concours ; je considère que j’ai gagné ! »

Les coureurs français savent aussi passer les pavés

Cela dit, parlons un peu des Français vainqueurs de Paris-Roubaix après-guerre, et tout d’abord de Paul Maye en 1945, coureur peu connu mais de grande qualité, comme en témoignent ses deux titres de champion de France (1938 et 1943) et ses trois Paris-Tours (1941, 1942 et 1945). Il termina premier devant deux autres Français, Lucien Teisseire et Kléber Piot. Ensuite il y eut la victoire d’André Mahé en 1949, déclassé dans un premier temps suite à une erreur de parcours par la faute du service d’ordre, puis reclassé premier ex aequo avec Serse Coppi, frère du « campionissimo ».

En 1955 ce fut l’heure de gloire de Jean Forestier, champion qui s’ignorait, l’emportant après s’être évadé de l’enfer de Mons-en-Pévèle, et résistant à ses poursuivants (Coppi et Bobet) pendant 30 kilomètres malgré une roue voilée. Et pour bien montrer que ce n’était pas un accident et qu’il était un peu « flahute », il remporta l’année suivante le Tour des Flandres. Six jours plus tard, il terminera aussi à la troisième place de Paris-Roubaix, dont le vainqueur s’appelait Louison Bobet, celui-ci ayant battu au sprint De Bruyne, Forestier et Van Steenbergen, surpris par le démarrage de Bobet dans la ligne opposée.

Nous avons déjà parlé de Bernard Hinault, mais pas de Marc Madiot qui fut son équipier de luxe chez Renault-Gitane. Marc Madiot l’emporta deux fois, en 1985 et 1991, les deux fois en attaquant au Carrefour de l’Arbre. Puis vint l’heure ou plutôt les heures de Gilbert Duclos-Lassalle, lequel après avoir été abonné aux places d’honneur l’emporta enfin deux fois consécutivement en 1992 et 1993, où il devança de quelques millimètres le regretté Franco Ballerini, qui s’imposera en 1995 et 1998. Enfin la dernière victoire française fut l’œuvre de Frédéric Guesdon, en 1997, qui conquit son plus beau succès en battant au sprint Planckaert, Museeuw (triple vainqueur de l’épreuve en 1996, 2000 et 2002) et Tchmil (vainqueur en 1994).

Beaucoup de coureurs peuvent gagner Paris-Roubaix

Bien entendu « la reine des classiques » avec ses pavés fut le théâtre de bien d’autres exploits que ceux que nous avons cités, à commencer par le triplé réalisé par Rik Van Looy en 1961, 1962 et 1965, chaque fois en se jouant de la concurrence. En 1966, Paris-Roubaix consacra définitivement un jeune Italien, Felice Gimondi, vainqueur du Tour à la surprise générale l’année précédente et présumé successeur de Bartali et Coppi. Après avoir attaqué en compagnie de son compatriote Dancelli sur les pavés de Moncheaux, il se retrouva seul pour l’emporter avec plus de quatre minutes d’avance sur le Néerlandais Jan Janssen, vainqueur l’année suivante. Un dernier mot enfin, pour montrer qu’avec de la chance et de la volonté beaucoup de coureurs peuvent triompher sur le vélodrome de Roubaix. En disant cela je pense tout particulièrement au Néerlandais Peter Post, qui l’emporta, en 1964 à la moyenne extraordinaire de 45,129 km/h en battant au sprint le très rapide Beheyt, champion du monde l’année précédente. Cela étant, il faut rappeler que Peter Post fut un très grand pistard, recordman du monde des cinq kilomètres sur piste couverte, et vainqueur de 65 courses de six-jours entre 1959 et 1971. De quoi donner des idées à Théo Bos, autre Néerlandais, ancien champion du monde de vitesse, du kilomètre et du keirin, qui essaie depuis trois ans de se faire une place sur la route! Dans un autre ordre d’idées, si l’Espagne et l’Allemagne attendent toujours le coureur qui l’emportera sur le vélodrome de Roubaix, d’autres pays beaucoup moins connus pour leur tradition dans le cyclisme ont vu un de leurs routiers y remporter leur plus grande victoire, ou une des plus belles. L’Irlande avec Sean Kelly, coureur au remarquable palmarès, l’a emporté deux fois en 1984 et 1986. Ensuite ce sera la Russie avec Tchmil en 1994 (avant sa naturalisation belge), puis la Suède avec Backstedt en 2004, et enfin l’Australie avec O’Grady en 2007.

Michel Escatafal