Un troisième Giro pour Contador, avant un doublé Giro-Tour inédit depuis 1998 ?

contador 3Avant de parler longuement du Giro, ce que je n’avais pas le temps de faire ces derniers jours, je voudrais d’abord souligner une victoire française qui ne va pas faire la une des journaux, à savoir celle remportée en Indycar à Détroit par un revenant de grand talent, Sébastien Bourdais. Qui se rappelle de Bourdais, pilote automobile qui aura tout simplement eu la malchance de débuter en F1 chez Toro Rosso…avec le futur quadruple champion du monde, Sebastian Vettel. Je ne vais pas développer le sujet, sauf à dire que l’Indycar offre des courses extraordinaires d’intensité, avec des renversements de situation incessants entre des pilotes disposant de voitures très proches les unes des autres. Je crois que la Formule 1 ferait bien de s’inspirer des règles de l’Indycar pour ne pas avoir des courses aussi aseptisées et inintéressantes que celles que nous offre la discipline depuis quelques années. Pas étonnant, au passage, que désormais ce soit les chaînes payantes qui retransmettent les grands prix, parce que les autres chaînes (tout public) trouvent que c’est trop cher pour le spectacle proposé, un spectacle où le public ne s’y retrouve pas.

Cela dit, il n’y a pas que la F1 qui se situe sur les chaînes payantes, puisque le cyclisme en fait partie, sauf que  nombre de grandes épreuves sont retransmises en direct sur les chaînes gratuites, et, pour ce qui concerne la France, il y a aussi beINSPORT qui se charge de retransmettre les images de la RAI, notamment le Tour d’Italie, pour un coût modique (13 euros par mois sans engagement). Et je me dis que nous avons vraiment beaucoup de chance avec cet abonnement, parce que nous avons vu un Giro remarquable, avec nombre de renversements de situation…pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.  Pour ce qui me concerne, le plaisir est d’autant plus grand que c’est Alberto Contador qui l’a emporté, ce qui le place au troisième rang du classement des vainqueurs de grands tours, derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi (7), Indurain (7), Bartali, Binda et Gimondi (5). Que du beau monde ! Et oui, Contador a gagné sur la route 3 Tours de France (2007, 2009 et 2010), 3 Tours d’Italie (2008, 2011 et 2015) et 3 Tours d’Espagne (2008, 2012 et 2014).

Pour bien mesurer l’exploit que constituent toutes ces victoires, il faut aussi ajouter qu’Alberto Contador n’a pas pu participer au Tour de France 2012 (vainqueur Wiggins) pour avoir été contrôlé positif avec une dose infinitésimale de clembutérol, indétectable dans la quasi-totalité des laboratoires du monde entier, et dont tous les sportifs positifs à ce produit ont été blanchis depuis cet épisode. Un épisode d’autant plus anormal que même Pat Mac Quaid (ancien président de l’UCI) a reconnu qu’il y avait sans doute eu une forme d’injustice à l’égard de Contador en 2010-2011, injustice qui a fait le bonheur des contempteurs du cyclisme, et de nombre de forumers sur les sites de sport, aussi ignares que malveillants. D’autant plus anormal aussi que selon J.P. de Mondenard (ancien médecin du Tour de France, spécialisé dans les questions de dopage),  « l’éventualité d’une contamination involontaire n’est pas à exclure et apparaît beaucoup plus crédible que beaucoup l’ont laissé entendre », ajoutant ensuite que le TAS (Tribunal arbitral du Sport) a peut-être subi des pressions de l’AMA (Agence mondiale antidopage) pour «sanctionner une star du peloton. Pour le symbole. Voir Contador échapper à toute sanction aurait été un nouveau camouflet pour elle et son action.» Et de conclure péremptoirement : «Le TAS a donc dû tordre les faits pour arriver à argumenter sur une « hypothèse ». Ceci n’est pas digne d’une instance de jugement internationale au plus haut niveau.» Pour clore le chapitre, il faut aussi souligner que le TAS avait retenu l’hypothèse d’un « supplément nutritif contaminé » pour les traces de clembutérol, rejetant toute intention de se doper, rejetant aussi aussi une transfusion sanguine effectuée avant le contrôle, dont certains pseudos chimistes se sont tellement gargarisés. A pleurer !

Et si j’écris cela, c’est parce que Bjarne Riis, qui avait avoué en 2007 s’être dopé durant sa victoire en 1996, est toujours sur la liste des vainqueurs du Tour, c’est aussi parce que cinq cas positifs de dopage lourd dans la galaxie Astana, ne l’ont pas privée de sa licence World Tour 2015…ce qui ne signifie pas pour autant que tous les coureurs d’Astana étaient dopés, loin de là mon idée. Bref, sans cette ridicule condamnation de Contador, il serait sans doute aujourd’hui au niveau de Bernard Hinault en ce qui concerne les victoires dans un grand tour, car j’ai du mal à imaginer Contador battu par Wiggins dans le Tour 2012, s’il n’avait couru que cette épreuve, ou par Hesjedal s’il avait choisi le Giro de cette même année. J’ajoute même que cette année-là, compte tenu de la concurrence, il aurait pu réaliser le doublé Giro-Tour…s’il avait eu le droit d’y participer, et dans ce cas il serait au niveau de Merckx. Certes ce ne sont que des spéculations, mais une chose est certaine : ce n’est pas Andy Schleck qui a gagné le Tour 2010 sur la route, et pas davantage Scarponi le Giro 2011, qu’il a terminé avec plus de 6 minutes de retard sur le Pistolero. Décidément, ceux qui dirigent le sport ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent ajouter de l’outrage aux terribles aléas de la compétition (chutes, maladies, crevaisons etc.).

Fermons cette page qui appartient au passé, tout en soulignant son importance pour les vrais amateurs de vélo, ceux qui jugent à leur juste valeur les exploits de Bartali, Coppi, Koblet, Van Looy, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, Fignon, Kelly, LeMond, Indurain, Pantani, pour ne pas parler que des champions du vingtième siècle. Oui, fermons cette page pour se projeter vers l’avenir, c’est-à-dire dans le cas de Contador sur le 4 juillet, date du départ du Tour de France. Peut-il réaliser le doublé, qu’il aurait pu réaliser en 2011 sans ses chutes au début et au milieu du Tour (il a terminé à la cinquième place), qu’il aurait pu réaliser facilement en 2012, comme je l’ai écrit précédemment, à supposer que cela fût dans ses objectifs, s’il n’avait pas été interdit de course jusqu’au départ de la Vuelta (qu’il a gagnée après être resté un an sans courir) en août 2012 ? Peut-être, même si je suis persuadé que le meilleur Contador se situait précisément entre 2009 et 2012. Oh certes, il est encore très fort, comme on a pu le constater tout au long de la saison 2014, notamment lors de la Vuelta où il a battu Froome et les autres en donnant une impression de plénitude qu’on ne lui avait plus connue depuis le Giro 2011. Comme on vient de le constater, aussi, lors du Giro qu’il vient d’enlever, sans une grande équipe pour l’épauler (Chiappucci a même dit qu’il avait gagné seul !) et sans être au même sommet de forme qu’il avait au départ du Tour 2014 ou lors de la dernière semaine de la Vuelta, quelques semaines plus tard.

Néanmoins je persiste et je signe, je pense que ce sera d’autant plus dur que Contador est un peu moins fort en montagne qu’il ne le fut lors du Giro 2011 ou rien ni personne (Scarponi, Nibali, Gadret, Rodriguez…) ne semblait lui résister. Connaissant l’admiration que je porte à ce super champion, je suis d’autant plus à l’aise pour le dire. En revanche, son niveau est toujours aussi élevé contre-la-montre, comme en témoignent ses résultats à la Vuelta 2014 (quatrième du c.l.m. à 39s de Martin) et au Giro de cette année, n’étant battu que de 14s sur les 60 km entre  Trévise et Valdobbiadene, par Kyrienka, un des tous meilleurs rouleurs du peloton. Hélas pour lui, les organisateurs du Tour ont décidé (pourquoi ?) d’oublier qu’un beau c.l.m. de 50 ou 60 km est une des plus belles traditions du Tour de France. Du coup, le seul c.l.m. individuel aura lieu le premier jour et sera considéré comme un long prologue (13.8 km). En revanche, et cela n’est pas pour aider le Pistolero, il y aura, comme en 2014, plusieurs portions pavées lors de la 4e étape entre Seraing et Cambrai, au total sept secteurs répartis sur 13,3 kilomètres. Certes deux de ses trois principaux rivaux (Froome, Quintana) sont loin d’être à l’aise sur les pavés, mais Nibali peut en revanche reprendre plusieurs minutes sur ces routes. Tout cela rend le pari 2015 de Contador très indécis, en espérant surtout qu’il aura une meilleure équipe que sur le dernier Giro, où force est de reconnaître qu’il a dû se débrouiller seul chaque fois que la route s’élevait, alors que l’équipe Astana disposait de quatre ou cinq coureurs pour accompagner Aru et Landa jusqu’aux derniers hectomètres des cols au programme des étapes de montagne. Cette fois, face aux armadas Sky, Movistar et Astana, il faudra que Contador soit entouré par du « solide »…ce qui devrait être le cas avec l’apport de coureurs aussi forts que Majka en montagne ou encore Sagan, lequel peut être très utile sur les pavés.

Tout cela pour dire que l’exploit peut-être réalisé si, d’abord, la malchance épargne le Pistolero. La chance fait aussi partie de la compétition. Globalement elle a accompagné Contador dans sa carrière, mais en 2011 lors du Tour de France et plus encore lors de ce même Tour en 2014, elle l’a abandonné. Ensuite il faudra qu’il ait récupéré de ses efforts du Giro, des efforts qu’il n’imaginait pas devoir faire en aussi grand nombre. En revanche, face à ses grands rivaux (Froome, Quintana et Nibali), il aura l’avantage d’avoir une pression moindre, car sa saison est déjà réussie, alors que lesdits rivaux ont tout misé sur le Tour. Enfin, Contador a l’avantage d’être un remarquable tacticien. S’il décèle une faiblesse chez ses rivaux, ils le paieront immédiatement en minutes. N’oublions pas son attaque de Fuente Dé lors de la Vuelta 2012 à 50 km de l’arrivée, sans doute un de ses plus grands exploits. Alors, pour être honnête, je dirais qu’il peut faire ce doublé, mais cela ne tombe pas sous le sens.

Cela étant, avec cet extraordinaire champion, tout est possible. Qui se serait relevé comme il l’a fait en 2011 dans le Giro, après son problème dans le Tour 2010 ? Un Giro 2011, qui reste à mon avis son chef d’œuvre, dans lequel il a subi tous les contrôles possibles, tous négatifs, ce qui explique qu’il ait montré au public et au monde entier à l’arrivée à Milan ce dimanche le chiffre TROIS avec sa main, pour bien indiquer que dans son esprit, comme dans celui de la quasi-totalité des amateurs de vélo, il avait bien remporté ce Giro 2011 et deux victoires d’étapes. Preuve qu’il n’a  jamais eu besoin de ces traces de clembutérol, qui en aucun cas ne pouvait améliorer son rendement, pour être l’immense champion qu’il est. Qui serait revenu aussi fort qu’avant, suite à pareille vilénie subie entre 2010 et 2012 ? Si, je connais au moins deux champions qui sont revenus à leur meilleur niveau après avoir subi une longue interruption dans leur carrière : Coppi, après sa chute au Giro 1950 qui lui avait occasionné une triple fracture du bassin, et Hinault, après son opération du genou en 1983. En écrivant ces mots je réalise que Contador est en bonne compagnie, puisque Coppi c’est le Campionissimo, et Hinault est le deuxième plus beau palmarès de l’histoire du vélo. Un classement où Contador se place aujourd’hui à la sixième place, derrière Merckx, Hinault, Anquetil, Coppi et Kelly, et devant Bartali, Indurain, Armstrong et Gimondi. Et cela personne ne peut le contester…à moins de ne rien connaître à l’histoire du cyclisme sur route !

Michel Escatafal


Avec Quintana, Uran et Betancur, l’Eldorado retrouve ses racines colombiennes

herreraquintanaAprès la victoire du Canadien Ryder Hesjedal il y a deux ans, cette année le Tour d’Italie a été remporté par un Colombien, Nairo Quintana, devant un de ses compatriotes Rigoberto Uran, ce qui tend à démontrer, si besoin en était, que le cyclisme est désormais un sport planétaire, ce qui fut loin d’être le cas auparavant. On pourrait aussi ajouter la victoire dans les deux derniers Tours de France des Britanniques Wiggins et Froome, ce qui n’était jamais arrivé jusqu’en 2012. Et cette domination britannique dans la Grande Boucle pourrait se poursuivre encore cette année, Froome étant le grand favori de la prochaine édition, même s’il semble avoir moins de marge cette année avec le retour au sommet de Contador. Quel changement par rapport à ce qui se passait dans le monde du vélo jusqu’au début des années 80.

En effet, jusqu’à cette époque, les palmarès du cyclisme étaient composés uniquement de coureurs issus de quelques pays d’Europe Occidentale, à savoir la France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, puis les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg, et un peu plus tard l’Allemagne. Il faut dire que jusqu’à ce moment le monde était divisé en deux parties bien distinctes, l’Est sous domination soviétique et l’Ouest sous domination américaine et européenne (Europe occidentale). Et entre ces deux parties, il y avait dans le sport et le cyclisme une différence majeure : l’une (l’Occident) avait adopté depuis très longtemps le professionnalisme pour ses grands sports, et l’autre (pays sous influence soviétique) avait maintenu un strict amateurisme…de façade, puisque ces sportifs appartenaient pour la plupart à l’armée ou à un service de l’Etat, et qu’à ce titre ils passaient leur temps à s’entraîner, avec de multiples avantages pour les meilleurs d’entre eux (appartement, voiture, voyages etc.).

Cela dit, sur le plan des compétitions, les amateurs n’avaient pas le droit de rencontrer les professionnels jusque dans les années 70. C’est ce qui explique qu’on n’ait eu au palmarès des grandes épreuves du cyclisme que des représentants des pays d’Europe de l’Ouest. D’ailleurs à l’âge d’or du cyclisme (fin des années 40 et décennie 50), les langues du peloton étaient essentiellement l’italien et le français. Coppi, pour ne citer que lui, savait très bien parler français. En outre, compte tenu du fait que les coureurs couraient pour la plupart dans des équipes de marques françaises ou italiennes, ils apprenaient nécessairement la langue d’un de ces deux pays. Tout cela pour dire que même si on parle d’âge d’or pour le cyclisme dans l’immédiate après-guerre, parce qu’il y avait plusieurs très grands champions qui se sont affrontés en même temps (Bartali, Coppi, Bobet, Koblet, Kubler, Magni, Van Steenbergen, De Bruyne…), il manquait quand même au cyclisme sur route une dimension universelle qu’il n’a acquis qu’à partir des années 80, avec l’avènement des coureurs du continent américain et après la chute du communisme. Je dis au cyclisme sur route, parce que sur piste il y avait davantage d’universalité, même si cela ne concernait que quelques coureurs, par exemple les Britanniques Harris et Peacock, l’Australien Patterson ou l’Argentin Batiz.

Cette mondialisation du cyclisme fut en fait très rapide, comme s’il avait suffi d’enclencher le mouvement pour que ce sport s’universalise à grande vitesse. D’abord il y a eu l’impact de la télévision qui a permis au Tour de France de s’imposer comme un des plus grands évènements sportifs chaque année. En termes d’audience, sur le plan mondial, le Tour se situe juste derrière les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football…à la différence que le Tour de France a lieu chaque année en juillet et non tous les quatre ans. Même s’il n’a pas la même audience, le Giro est aussi retransmis par nombre de grandes chaînes dans le monde, et c’est à présent aussi le cas pour la Vuelta, à un degré encore inférieur. Ensuite, comme je l’ai dit précédemment, il y a eu la chute de l’Union Soviétique, qui a permis à la Russie et aux pays qui étaient sous influence soviétique d’adopter la démarche du sport professionnel, et donc d’exporter ses champions sur les épreuves emblématiques du cyclisme, évolution déjà amorcée dans les années 70 et 80.

Dès les années 70, très exactement en 1973 lors du Tour du Luxembourg, puis en 1974 à Paris-Nice, quelques amateurs des pays de l’Est sont venus se frotter aux meilleurs professionnels. Et ceux qui s’intéressaient au vélo à l’époque se rappellent comment en 1974 le Polonais Szurkowski, champion du monde amateur, tint tête à Eddy Merckx lui-même, notamment dans l’étape Toulon-Draguignan, où il termina devant le crack belge. On se souvient aussi que dans la quatrième étape (Saint-Etienne-Orange), il termina troisième au sprint derrière les très rapides Leman et Van Linden. Dans l’étape Seillans-Nice, il fit encore mieux, battu au sprint par le seul Van Linden, Merckx arrivant cinquième. Au classement général enlevé par Zoetemelk devant Santy et Merckx, il termina à une honorable vingt-huitième place à 13 mn 18s, un rang derrière son équipier Janusz Kowalski, les deux Polonais devançant des coureurs aussi connus que Raymond Delisle, Gerben Karstens ou J.M. Fuente.

Certes on me dira que les Polonais s’étaient particulièrement préparés pour cette épreuve, qui marquait en revanche le tout début de saison pour les pros, mais force fut de constater que les meilleurs amateurs avaient le potentiel pour rivaliser avec les meilleurs professionnels occidentaux. Certains allèrent même jusqu’à prétendre qu’il faudrait peu de temps pour que les meilleurs amateurs soient les meilleurs tout court. En réalité ceux-là faisaient preuve d’un optimisme exagéré, car ce ne fut pas le cas, même si le Tchécoslovaque Jiri Skoda, qui avait été autorisé à quitter son pays pour rejoindre les rangs professionnels, obtint la deuxième place au Tour de l’Avenir derrière Charly Mottet en 1984, et se classa à plusieurs reprises à des places honorables au Grand Prix des Nations. Même si le Soviétique Soukoroutchenko remporta deux Tours de l’Avenir, en 1978 et 1979, devant les meilleurs amateurs occidentaux. Même si l’Allemand de l’Est Olaw Ludwig, longtemps le meilleur coureur amateur, vainqueur du Tour de l’Avenir 1983, fera plus tard une belle carrière professionnelle (vainqueur notamment de l’Amstel). Même si le Polonais Lech Piasecki, champion du monde amateur en 1985, devint un des meilleurs rouleurs du peloton (remportant aussi le titre mondial en poursuite chez les professionnels).

Oui, malgré tout cela, et en dépit d’un mode de détection très poussé qui favorisait l’éclosion des meilleurs coureurs, aucun coureur originaire de l’Est européen, autrefois communiste, ne figure parmi les plus grands champions de l’histoire à part Ullrich. Toutefois, quand on regarde les palmarès des grands tours depuis cette époque, on s’aperçoit que les Russes ont gagné trois fois le Giro ( Berzin en 1994, Tonkov en 1996 et Menchov en 2009), et une fois la Vuelta ( Menchov encore en 2007), sans oublier la victoire du Kazhak Vinokourov dans cette même Vuelta en 2006.  La remarque vaut aussi pour les classiques avec notamment Eric Zabel, autre natif de l’Allemagne de l’Est, vainqueur de quatre Milan-San Remo, trois Paris-Tours et de l’Amstel Gold Race,  Des performances de loin supérieures à celles de…la France dont la dernière victoire dans le Tour remonte à 1985 (Hinault), dans le Giro à 1989 (Fignon) et à la Vuelta en 1995 (Jalabert).

Un peu plus tôt, ce furent les Colombiens qui débarquèrent sur le Tour de France. Les Colombiens, habitués aux longues montées dans leur pays montagneux ne pouvaient qu’être d’excellents grimpeurs, mais certains n’étaient pas que cela. Ainsi Cochise Rodriguez battit le record de l’heure amateur en 1970 avec 47,553 kilomètres. Rodriguez signa son premier contrat pro en 1973 dans l’équipe Bianchi, célèbre pour avoir eu dans ses rangs un certain Fausto Coppi. Contrairement à ce que beaucoup s’imaginent la Colombie a toujours été un pays de cyclisme, tant au niveau du cyclisme sur route (les célèbres Clasicas) que sur piste, où de nombreuses réunions ont été et sont organisées à Bogota, Cali ou Medellin. La Colombie se passionnait depuis longtemps pour les courses européennes, grâce aux journaux sportifs du pays et aux chaînes de radio, au point qu’en 1983 on prétendit que la quasi totalité de la population détenant un transistor était à l’écoute de la retransmission d’une étape de montagne dans les Pyrénées, un des terrains de chasse favoris des Colombiens. Et l’année suivante la ferveur sera encore plus grande avec l’arrivée sur le Tour de l’inamovible vainqueur du Clasico RCN, la plus grande épreuve par étapes de Colombie, Lucho Herrera, le meilleur coureur colombien de l’histoire jusqu’en 2014, et le premier amateur à  remporter une étape du Tour de France.

Herrera, né à Fusagasuga, ville située à 1600m d’altitude, avait passé sa jeunesse entre la culture des fleurs (on l’appelait le « petit jardinier ») et le vélo, sport pour lequel il était éminemment doué. La preuve, en 1982, pour sa première apparition en Europe, il finira le Tour de l’Avenir à la quatrième place, remportant l’étape de Morzine. Ensuite il s’illustrera dans cette même épreuve en 1984, avec son équipe colombienne Café de Colombie-Varta, s’imposant dans l’étape de l’Alpe d’Huez. Un grand grimpeur était né, digne des meilleurs escaladeurs du passé. Il remportera même le Tour d’Espagne, en 1987, puis le Dauphiné Libéré en 1988 et 1991, A ces performances il faut ajouter une cinquième place dans le Tour de France en 1987.

Bref un très beau palmarès, qui complétait celui des Colombiens à cette époque, avec notamment la victoire dans le Dauphiné en 1984 de Martin Ramirez devant….Hinault. Et puis tout le monde se souvient du doublé historique à Lans-en-Vercors pour Parra et Herrera dans le Tour de France 1985. Fabio Parra finira deuxième du Tour d’Espagne en 1989, derrière Delgado, et troisième du Tour de France en 1988. Hélas pour les Colombiens, ils ont longtemps végété depuis cette époque, avec la disparition de l’équipe Café de Colombia, mais aujourd’hui une génération extrêmement brillante avec l’avènement de Rigoberto Uran (deux fois second du Giro en 2013 et 2014), de Carlos Betancur (dernier vainqueur de Paris-Nice) et surtout de Nairo Quintana qui, à 24 ans, vient de gagner son premier grand tour avec le Giro qui vient de s’achever, cet exploit faisant suite à sa seconde place lors du dernier Tour de France, ce qui laisse présager sa domination quand Contador et Froome auront deux ou trois ans de plus.

En revanche les Américains n’ont pas cessé d’être des acteurs majeurs du cyclisme international depuis une trentaine d’années, au point que dans le peloton la langue la plus utilisée est l’anglais. L’aventure commença avec Jonathan Boyer, qui fit réellement connaître le cyclisme sur route professionnel aux Etats-Unis, et qui montra la voie à ses prestigieux successeurs, Greg Le Mond, double champion du monde (1983 et 1989) et triple vainqueur du Tour (1986 ,1989, 1990), puis Andy Hampsten, vainqueur du Giro en 1988 et du Tour de Suisse en 1986 et 1987, et enfin Lance Armstrong, champion du monde en 1993 et septuple vainqueur du Tour de France (1999 à 2005), un record qui n’est pas prêt d’être battu. Ces trois coureurs sont évidemment les meilleurs, mais, contrairement aux Colombiens, les Américains vont devenir des acteurs incontournables du paysage cycliste sur route.

Aujourd’hui les coureurs américains sont partout, et figurent parmi les meilleurs coureurs de classiques (Tyler Farrar), de courses à étapes (Van Garderen) et contre-la-montre avec Taylor Phynney. Ce dernier, surdoué de la piste (double champion du monde de poursuite en 2009 et 2010 et médaillé d’argent du km), est devenu un grand espoir de la route (médaillé d’argent du championnat du monde c.l.m.), et ne manquera pas de collectionner les victoires dans les années à venir. Et si l’on ajoute à ces Américains des Etats-Unis, les voisins canadiens, comme Steve Bauer à la fin des années 80 et à présent Ryder Hesjedal, on comprend pourquoi le vélo est devenu un sport dont on parle à présent en Amérique du Nord, même si tous ces coureurs, sauf Le Mond et Armstrong, sont plus connus en Europe qu’en Amérique. En tout cas, que de progrès accomplis par l’Amérique du Nord depuis le voyage de Cyrille Guimard avec Bernard Hinault pendant l’hiver 1980-81, chez Greg Le Mond au Nevada, celui-ci signant son premier contrat pro en présence de ses parents alors qu’il n’avait pas 20 ans.

Reste maintenant pour le vélo à s’exporter en Asie et en Afrique, et la boucle sera bouclée, puisqu’il y a longtemps qu’il s’est imposé en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’Australie nous a même envoyé des coureurs comme Cadel Evans, champion du monde (2009) et vainqueur du Tour de France (2011), mais aussi Matthew Goss et Simon Gerrans, vainqueurs de Milan-San Remo et Liège-Bastogne-Liège cette année pour Gerrans, ces coureurs ayant été les successeurs notamment de Phil Anderson, qui fut en 1981, le premier Australien à porter le maillot jaune du Tour de France, et qui a notamment remporté le Dauphiné Libéré et le Tour de Suisse en 1985, plus l’Amstel en 1983 et Créteil Chaville (Paris-Tours) en 1986. Espérons qu’en Asie, avec la récente création d’épreuves World Tour, les Chinois connaîtront le même succès qu’en athlétisme, même si cela n’a pas été le cas pour le moment, pas plus qu’au Japon ou en Afrique. Il n’empêche, personne n’oserait dire aujourd’hui que le vainqueur du Tour ou du Giro en 2025 ne sera pas un Japonais, un Chinois ou un Sénégalais. Qui aurait parié sur une victoire américaine dans le Tour de France en 1981 quand Boyer devint le premier Américain à prendre le départ de la Grande Boucle ? Personne, et pourtant depuis 1986 l’hymne américain a retenti dix fois sur les Champs-Elysées, contrairement à la Marseillaise qu’on n’a plus entendu depuis 1985, comme je l’ai souligné précédemment.

Michel Escatafal


Laurent Fignon appartient à la grande histoire du Giro (Partie 2)

FignonLe duel Moser-Fignon

Aujourd’hui je voudrais commencer cet article sur le Giro en parlant du duel entre Fignon et Moser en 1984, en notant que ce dernier a souvent été au point de rupture, et qu’il fut sauvé par l’organisation de la course. D’abord celle-ci décida de laisser faire lors d’une grève décidée par les coureurs italiens dans la septième étape, sous prétexte d’une chute collective dans un tunnel mal éclairé, juste avant la très dure côte de Pisticci, un endroit très favorable pour une attaque de Laurent Fignon. Ensuite, et c’est là sans doute le fait le plus grave, la direction de course décida purement et simplement d’annuler l’ascension du célèbre Stelvio, prévu dans le parcours de la dix-huitième étape, sous le fallacieux prétexte que la route était impraticable en raison de la neige. Or de neige, il n’y avait point. Mais pire encore si c’était possible, l’itinéraire de remplacement fut amputée de l’Aprica et c’est Leali, plutôt un sprinter, qui remporta ce qui était considéré comme la grande étape des Dolomites !

Devant des faits aussi graves, Cyrille Guimard voulait quitter la course, mais pas son sponsor, d’autant qu’il restait encore une étape de montagne, entre Selva di Gardena et Arraba. Fignon, comme à son habitude, attaqua son rival et lâcha tous ses adversaires pour finir détaché après une échappée solitaire de 50 kilomètres, prenant plus de deux minutes à Moser et le maillot rose. En fait Moser fut en perdition une bonne partie de la journée, et s’il limita son déficit à seulement 2mn 19s c’est tout simplement parce qu’il bénéficia de multiples poussettes dans les montées, ses supporters se relayant en chaîne pour l’aider à grimper vers le sommet, et de la collaboration des coureurs italiens qui l’accompagnaient, lesquels récitaient encore sans sourciller la partition de Fiorenzo Magni (triple vainqueur du Giro entre 1948 et 1955), exhortant les coureurs italiens à s’entendre pour qu’un des leurs l’emporte.

Après cet exploit, Laurent Fignon prenait le maillot rose, et se retrouvait nanti d’un capital assez confortable (1mn 21s) avant la dernière étape contre-la-montre de 42 km entre Soave et Vérone, bien qu’il eût été pénalisé de dix secondes pour un ravitaillement illicite, alors que Moser n’avait encouru que cinq secondes de pénalité pour les multiples poussettes dont il avait bénéficiées. Cela n’allait pas être suffisant, en raison d’une part de la différence de matériel entre les deux hommes, Fignon utilisant un vélo normal alors que Moser disposait d’un vélo révolutionnaire pour l’époque avec un cadre plongeant et deux roues lenticulaires, mais aussi sans doute de l’aide de l’hélicoptère, dont les mauvaises langues dirent qu’elles avaient propulsé le coureur transalpin à une vitesse qu’il n’aurait jamais atteinte sans ce concours. Résultat, Moser remporta le Giro avec 1mn 03s d’avance sur Fignon…ce qui relevait de la plus cruelle injustice, même si la vraie différence s’était faite dans la montée du Blockhaus où Fignon avait été victime de sa fringale.

Le maillot rose en 1989

Cette défaite, pour douloureuse qu’elle fût, n’allait pas toutefois empêcher Fignon de revenir sur le Giro. Ce fut le cas en 1989, sa deuxième grande année sur le plan du palmarès. Entre temps il avait connu des hauts et des bas dans sa carrière, alternant les blessures et méformes et les coups d’éclat. Ainsi, après une année 1985 gâchée par une opération à la cheville, il avait remporté l’année suivante la Flèche Wallonne après s’être fracturé la clavicule en janvier, puis Milan-San Remo en 1988, pour ne retenir que ses grandes victoires. Il récidivera en 1989 dans la Primavera, réussissant un doublé rare dans la grande classique italienne, où il fit étalage de sa remarquable science de la course, ce qui lui valut le surnom de « professore » par les Italiens. Mais pour d’autres il devint aussi « Laurent le Magnifique », en référence à Laurent de Médicis, un des hommes les plus brillants de son siècle, mort jeune comme lui, mais qui laissa un souvenir impérissable comme homme d’Etat florentin.

En 1989 précisément, Laurent Fignon était presque redevenu le coureur qu’il fut en 1984, comme en témoigne sa deuxième place dans le Tour de France, battu par Greg Le Mond de huit secondes, lequel avait disposé pour les étapes contre-la-montre d’un guidon de triathlète, qui allait lui faire gagner beaucoup plus que les huit secondes qui avaient manqué à Fignon sur les Champs Elysées. Fignon allait aussi gagner cette année-là le Grand Prix des Nations, dont on rappellera une fois encore qu’il était considéré jusqu’en 1994, comme l’officieux championnat du monde contre-la-montre. Bref, ce n’était pas un hasard si Fignon était devenu cette année-là le numéro un du cyclisme international.

Il le prouva dans ce Giro 1989, où il ne fut jamais réellement inquiété, y compris par Lucho Herrera le coureur colombien, remarquable grimpeur, qui s’imposa sur les pentes de l’Etna dès le second jour de course, une journée ou Le Mond allait perdre toutes ses illusions en terminant à plus de huit minutes d’Herrera. Un peu plus tard c’est un autre rival de Fignon, Andy Hampsten, vainqueur l’année précédente, qui allait perdre beaucoup de temps lors de l’étape c.l.m. par équipes à cause d’une chute collective. Tout cela, il faut le reconnaître, arrangeait bien les affaires de notre champion, lequel attendait patiemment la montagne. Entre temps, il y avait eu l’étape contre-la-montre disputée à Riccione sur la côte Adriatique, où Fignon avait prouvé sa grande forme en terminant tout près de Stephen Roche, remarquable rouleur, auteur du célèbre triplé de 1987 en gagnant le Giro, le Tour et le championnat du monde.

En fait le seul rival de Fignon semblait être le Néerlandais Breukink, les deux hommes s’étant livrés une furieuse bataille juste derrière Herrera sur les pentes sévères des Trois Cimes du Lavaredo lors de la treizième étape. La situation pour Fignon devenait de plus en plus intéressante, d’autant que Roche n’avait pu résister à l’attaque de Breukink contrée par Fignon, et surtout parce que ce Giro avait renoué avec sa légende en offrant un parcours très montagneux. Ainsi, entre Misurana et Corvara Alta Badia, en passant par la fameuse Marmolada, Fignon allait lancer une première offensive qui allait mettre hors-jeu définitivement Roche et Fondriest, mais aussi Breukink, victime d’une terrible défaillance à 13 kilomètres de l’arrivée, ayant commis l’erreur de ne pas se ravitailler suffisamment, sans doute en raison du faible kilométrage de l’étape (130 km). Un adversaire de moins pour « Laurent le Magnifique » ! Restait maintenant à résister au grimpeur italien Flavio Guipponi, qui avait remporté cette étape, profitant de l’énorme travail de Fignon cherchant à distancer ses adversaires les plus dangereux.

A priori Guipponi n’était pas un adversaire trop redoutable, mais il était italien, et sait-on jamais, même avec 1mn 50s d’avance ? Pour autant, personne ne doutait déjà de la victoire du coureur français. Il allait pourtant faire une frayeur à ses supporters dans le contre-la-montre en côte du Monte Generoso (Suisse), en terminant dix-septième de l’étape à 1mn 45s d’Herrera, ce qui faisait beaucoup pour un parcours de moins de 11 km. Allait-il fléchir si près de l’arrivée ? Non, car le surlendemain il l’emporta au sprint à La Spezia devant ses principaux adversaires, prouvant qu’il était en forme et qu’il était un champion à panache. Combien de coureurs dans sa situation auraient osé se lancer à fond dans la dernière descente avant l’arrivée, alors que la raison aurait dû lui recommander de rester tranquillement dans les roues de ses adversaires. On comprend pourquoi, dans ses dernières interventions télévisées, il piaffait d’impatience en voyant certains coureurs refuser d’attaquer de peur de se faire contrer !

Fignon se fit pourtant encore plus peur dans l’avant-dernière étape, chutant dans la descente du Prunetta, ce qui lui valut en outre de subir l’attaque de Guipponi. Au passage, cela nous permet de dire que ceux qui se sont offusqués de l’attitude de Contador dans l’étape de Port-de-Balès en 2010, profitant du problème mécanique d’Andy Schleck, ne connaissent pas l’histoire du vélo, qui regorge d’évènements de cet ordre. Fermons la parenthèse pour dire que cette attaque de Guipponi fut vite réprimée, Roche s’associant à Fignon pour revenir sur le coureur italien. Le Giro était bel et bien terminé, et comme si le résultat était connu d’avance, l’organisateur Torriani aidé de Moser décidèrent d’annuler la dernière étape de montagne devant emprunter le Gavia en raison de la neige…bien réelle cette fois. Fignon avait gagné son Giro, et cela lui faisait définitivement oublier sa frustration de 1984.

Laurent Fignon était (presque) redevenu Fignon, manquant de quelques secondes le doublé Giro-Tour quelques semaines plus tard. Curieusement cette année 1989, tellement brillante, allait être son chant du cygne malgré une victoire dans le Critérium International en 1990. Il faut dire qu’une chute dans le Giro allait ruiner en grande partie sa saison, alors que tout le monde attendait qu’il prît sa revanche sur Le Mond dans le Tour 1990. L’année 1991 ne lui sera pas davantage favorable, en raison là-aussi d’une chute avec déplacement du bassin, de nouveau au Tour d’Italie, ce qui ne l’empêchera pas de terminer sixième du Tour de France, prouvant au passage qu’il avait de beaux restes. Il n’est donc pas étonnant que Laurent Fignon ait un palmarès qui le place parmi les vingt cinq plus beaux depuis 1945, et le quatrième sur le plan français après Bernard Hinault, Jacques Anquetil et Louison Bobet. A ce propos, on notera avec une certaine tristesse qu’il est le dernier vainqueur français du Giro. Nous sommes certains qu’il devait lui aussi regretter de n’avoir pas de successeur français depuis son succès de 1989. En tout cas, ce merveilleux coureur, au tempérament tellement généreux, nous aura offert quelques unes de nos plus belles joies de supporter du cyclisme sur route, et servira longtemps d’exemple pour nombre de jeunes coureurs. Il a rejoint hélas, en août 2010, le paradis des coureurs, très tôt, trop tôt, car il avait encore beaucoup à offrir aux amateurs de vélo. Mais n’est-ce pas le lot de tous les héros ?

Un dernier mot enfin pour parler du Giro qui va commencer, avec pour figures de proue le vainqueur du dernier Tour de France, ancien pistard devenu grand routier et presque grimpeur, le Britannique Wiggins, mais aussi le vainqueur du Giro l’an passé, le Canadien Hesjedal, Cadel Evans, qui est toutefois sur la pente descendante, Samuel Sanchez, toujours placé dans les grands tours mais jamais gagnant, Michele Scarponi, qui a hérité de la victoire dans le Giro 2011 au détriment de Contador, qui ne fut jamais aussi brillant dans sa carrière qu’à ce moment, les deux équipiers colombiens de Wiggins, Henao et Uran, lesquels sont sans doute plus forts que Wiggins sur un tel parcours mais qui seront d’abord des équipiers, et évidemment celui qui sera mon favori, Vincenzo Nibali, qui a l’air à la fois très affûté et déterminé…et dont le tempérament se rapproche beaucoup de celui de Laurent Fignon.

Michel Escatafal