France-Brésil, une union presque fusionnelle dans le sport

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thiago silvaEntre la France et le Brésil il y a une union presque fusionnelle en sport. Les deux pays ont souvent été confrontés, notamment dans deux sports hyper médiatisés, le football et la Formule 1. Il se trouve que la France et le Brésil sont deux nations parmi les plus fortes du football. Le Brésil a remporté 5 fois la Coupe du Monde, la première en 1958 en battant en demi-finale l’Equipe de France emmenée par Kopa, mais aussi Fontaine, Piantoni, Vincent, Kaelbel et Jonquet. C’est d’ailleurs lui qui fut le véritable héros (malheureux) de cette fameuse demi-finale qui opposait les deux meilleures équipes de la compétition.

En effet, et cela on l’oublie très souvent, au moment de la blessure de Jonquet son arrière central, victime d’un choc avec Vava l’avant-centre brésilien, le score était de 1 à 1. Cela voulait dire que rien n’était fait, et la manière dont Fontaine avait marqué son but à Gilmar, le gardien brésilien, laissait penser que les Français auraient pu en marquer d’autres si elle avait pu jouer à égalité de chances. N’oublions pas qu’à l’époque, il n’y avait pas de remplacement possible, ce qui signifie que la France a joué à 10 pendant une heure. Imaginons que ce soit l’inverse qui se soit produit et que dans le choc, ce soit Vava qui ait été blessé. On peut penser que les Brésiliens auraient été beaucoup moins dangereux, et que les Français déjà très forts en attaque auraient eu encore plus de facilité pour défier la défense brésilienne. La France aurait sans doute gagné la Coupe du Monde…même si cette affirmation repose sur des si. D’ailleurs si la Hongrie n’avait pas été envahie par les troupes soviétiques en 1956, provoquant l’exil de ses meilleurs attaquants, c’est elle qui aurait gagné la Coupe du Monde en Suède en 1958.

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet pour noter que depuis cette époque, il y a eu de nombreux France-Brésil et la France l’a parfois emporté. Par exemple lors de la Coupe du Monde 1986, que nous aurions pu et dû gagner si Platini avait été en forme, la France avait éliminé le Brésil aux tirs au but. Qui ne se souvient, parmi les plus de 40 ans, du dernier tir de Luis Fernandez prenant à contre-pied le gardien brésilien, et propulsant la France en demi-finale où elle se fera éliminer par l’Allemagne, pourtant beaucoup moins forte. Parions que si la France n’avait pas joué sa prolongation contre le Brésil, elle l’eut emporté.

Bien entendu, nous ne pouvons pas éviter de parler de cette fameuse finale du Stade de France en 1998, où les Français l’emportèrent (3 à 0) avec deux buts de la tête de Zidane. Cette victoire qui fit chavirer tout un peuple dans le bonheur, fut un des deux plus grands succès d’une équipe bâtie par Aimé Jacquet à partir de 1996. Il est même permis de dire que l’équipe qui remporta deux ans plus tard le championnat d’Europe des Nations (en 2000) fut peut-être, au même titre que la Hongrie des années 50 ou le Brésil de 1970, la plus grande équipe de tous les temps.

Il faut noter enfin qu’en 2006, c’est encore une fois l’équipe de France, emmenée par un Zidane des grands jours qui élimina le Brésil de la Coupe du Monde en ¼ de finale, alors que les Sud-américains étaient comme d’habitude les grands favoris de l’épreuve. Au total, si nous regardons bien, il y a bien longtemps que le Brésil ne bat plus la France en compétition officielle. J’ai bien écrit en compétition officielle, puisque les Brésiliens ont battu l’équipe de France 1-0 en 2011 et 3-0 en 2013, lors de matches amicaux. Cela dit, même si l’écart s’est resserré ces dernières années entre les deux nations, les joueurs brésiliens demeurent très prisés des recruteurs européens et français. Parmi ceux-ci on citera les anciens Marseillais Paolo Cesar et Jairzinho, ce dernier étant considéré dans les années 70 comme un des tous meilleurs attaquants du monde, mais aussi Carlos Mozer qui appartenait à la grande équipe de 1991 (finaliste de la C1), les anciens parisiens des années 90 Rai, Ricardo, Valdo, Leonardo, plus Ronaldinho (2001 à 2003), qui fut Ballon d’Or en 2005, ou encore les Lyonnais, dans les années 2000, Anderson, Cris et Juninho. Enfin, depuis l’avènement du Paris Saint-Germain parmi les grands clubs de la planète, le Brésil nous a donné quelques uns de ses plus beaux joyaux actuels, lesquels sont de nos jours défenseurs pour la plupart. N’oublions que la ligne de défense du PSG qui vient d’éliminer Chelsea de la Ligue des Champions était composée de quatre défenseurs de la Seleçao, à savoir Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos et Maxwell. A cette constellation on ajoutera Lucas, ailier virevoltant, sans doute un des plus grands espoirs du football mondial, qui fait penser à Garrincha par sa vitesse et ses dribbles déroutants, la finition en moins.

Et en formule 1, est-ce que la France a souvent battu le Brésil ? En fait les seuls vrais duels entre Français et Brésiliens se résument surtout à ceux ayant opposé Prost à Senna entre 1988 et 1990, c’est-à-dire avec des machines identiques ou très proches. Il y a bien eu des duels entre Prost et Piquet au début des années 1980, mais quelle que soit la qualité du pilote brésilien, il se situait un ton en dessous d’Alain Prost, même s’il fut quand même triple champion du monde. D’ailleurs quand il eut à affronter Mansell chez Williams, puis ensuite Schumacher, il eut beaucoup de difficultés. Or Mansell chez Ferrari avec Prost n’exista pas, le Français se montrant nettement supérieur.

D’ailleurs aucun équipier ne résista à Prost durant sa carrière sauf un : Ayrton Senna. Là ce fut un duel atteignant des sommets extraordinaires entre deux des 5 ou 6 plus grands champions de tous les temps. Résultat ? Senna prit nettement le dessus en qualifications, preuve si besoin en était qu’il fut sans doute le pilote le plus rapide qui ait jamais existé (avec peut-être Jim Clark dans les années 60), mais en course en revanche de domination franche il n’y eut pas. Prost était en effet très rapide sur la durée d’une course, et l’écart avec Senna diminuait au fil des tours, sauf si la piste était mouillée. En tout cas, entre 1988 et 1990, Prost fut champion en 1989, Senna en 1988 et 1990, et chaque fois avec un écart de points très minime. Depuis cette époque bénie pour la Formule 1, en nette perte d’audience, nous n’avons jamais retrouvé de duels de cette intensité et de ce niveau, n’en déplaise à ceux qui, ignorant l’histoire, ont trouvé beaucoup de vertus au duel de l’an passé entre Hamilton et Rosberg.

Michel Escatafal


Avant Beckham, il y eut Jairzinho

JairzinhoBeckhamHier notre pays a connu une énorme effervescence à propos de la signature d’un footballeur exceptionnel, David Beckham, une de ces stars qu’on n’imaginait en aucun cas capable de signer dans un club du championnat de Ligue 1. Je ne vais évidemment pas rappeler en détail sa carrière, sauf pour noter qu’il a joué à Manchester United, le Real Madrid et l’AC Milan, autant de clubs où il a toujours figuré parmi les meilleurs joueurs, et avec lesquels il a remporté 7 titres nationaux et une Ligue des Champions. Je n’insisterais pas davantage sur le côté glamour du couple qu’il forme avec sa femme Victoria, tellement tout le monde évoque cette facette du personnage.

Cela étant j’ai appris qu’hier, lors de la conférence de presse donnée en l’honneur de Beckham dans les locaux du Parc des Princes, il y avait eu une question sur les bruits qui circulent à propos de la Coupe du Monde au Qatar! Mais à quoi pensons-nous en France? A croire que notre pays est le phare de l’humanité. Nous ne méritons pas d’avoir quelques grands champions, nous ne méritons pas nos rares succès dans le sport, nous ne méritons pas d’abriter la plus grande course cycliste du monde, nous ne méritons pas d’avoir un club comme le PSG qui sera, à n’en pas douter, la meilleure équipe du monde d’ici trois ou quatre ans. Bref, nous sommes un peuple d’aigris, toujours prêt à donner des leçons, notamment sur le sport et plus particulièrement sur le dopage, alors que nous sommes les plus gros consommateurs de médicaments.

Passons, et parlons de nouveau de Beckham, pour souligner que la presse étrangère fait de gros titres sur sa venue à Paris. Jamais la Ligue 1 n’avait été à pareille fête dans les médias étrangers, et le monde du football dit merci au PSG, y compris un supporter étonnant comme Samuel Eto’o, qui n’hésite pas à affirmer qu’il est « un supporter de Paris » et que « c’est bien pour nous ».  Evidemment, le président de la Ligue française de football, Frédéric Thiriez, est lui aussi aux anges, en raison de la visibilité que donne et va donner le Paris-Saint-Germain avec toutes ses stars, tant en France qu’à l’étranger. Enfin, j’ai l’impression que le maillot avec le numéro 32 va se vendre comme des petits pains…malgré son prix (110 euros). Cela dit, les autres maillots de joueurs se vendent déjà très bien, ce qui signifie que quand on aime on ne compte pas. Et ce nouveau PSG on l’aime, même si les supporters « aigris », dont je parle souvent sur ce site, trouvent à redire en raison des sommes investies par le club. Quel dur métier d’être un supporter borné et ignorant !

Mais au fait, n’y a-t-il pas déjà eu des stars de l’envergure d’Ibrahimovic ou Beckham dans notre championnat ? Je réponds oui parce que, si certains l’ont oublié, il y a eu en 1974-1975 deux joueurs appartenant à la grande équipe du Brésil 1970, dont beaucoup affirment qu’elle est la plus grande équipe de l’histoire, avec des joueurs comme Carlos Alberto, Clodoaldo, Gerson, Tostao, Rivelino, Pelé, Jairzinho et Paulo Cesar. Pour mémoire, en finale de la Coupe du Monde au Mexique, cette équipe avait pulvérisé l’Italie en l’emportant sur le score de 4-1, avec des buts de Pelé, Gerson, Jairzinho et Carlos Alberto. Comme nous pouvons le constater, si Paulo Cesar ne disputa pas la finale, il en alla tout autrement de Jair, comme on l’appelait. Jairzinho fut en effet un élément incontournable de ce fameux Brésil, puisqu’il termina à la deuxième place au classement des buteurs de cette Coupe du Monde (derrière Gerd Muller 10 buts) en marquant au moins un but lors de chacune des 7 rencontres (8 buts au total), exploit unique dans les annales. Tout cela lui valut d’être considéré pour la postérité comme le véritable successeur de Garrincha, le célèbre ailier droit aux jambes torses des années 58-62, auquel il succéda en 1964, pour sa première sélection contre le Portugal.

Né en 1944 à Caixas, Jairzinho, de son vrai nom Jair Ventura Filho, connut 82 sélections avec l’équipe du Brésil marquant 34 buts, ce qui signifie qu’il appartient à la grande histoire du pays-roi pour ce qui concerne le ballon rond. Au passage, pour beaucoup de Brésiliens, son successeur s’appelle Lucas Moura, dernier arrivé parmi les stars du Paris-Saint-Germain avant Beckham, ce qui démontre l’estime dans laquelle on le tient dans son pays. Fermons la parenthèse, pour noter que Jair a fait ses débuts professionnels à l’âge de 15 ans au célèbre club brésilien de Botafogo, dans lequel il joua entre 1962 et 1974…avant d’atterrir à l’Olympique de Marseille en compagnie de Paulo Cesar (57 sélections dans la Seleçao). Et si nombre d’amateurs de football ne s’en rappellent pas, c’est tout simplement parce que les Français ne connaissent pas plus l’histoire du sport que l’histoire politique et économique, et aussi parce qu’à l’époque il n’y avait ni internet ni les chaînes continues d’informations, ce qui limitait « le buzz » comme on dit de nos jours.

Bien proportionné (1m73 pour 76 kg), il avait surtout une qualité technique rare avec des feintes déconcertantes, d’où la comparaison avec Garrincha, et plus encore il était doué d’une vitesse stupéfiante, autant de qualités qui ne pouvaient que donner le tournis à ses adversaires. Et ses adversaires du championnat de France éprouvèrent aussi ce sentiment, même s’il n’évolua qu’un an à l’OM, marquant 13 buts en 25 matches, chiffres qui relativisent le supposé échec du crack brésilien à Marseille. Si j’écris cela, c’est parce que ceux qui se souviennent de Jair à l’OM, ne cessent de parler de déception à son propos, ce qui est injuste, la remarque valant aussi pour Paulo Cesar (16 buts pour 31 matches). On a quand même connu de plus décevantes statistiques, même s’il faut considérer que ces joueurs faisaient partie de l’élite mondiale, et qu’ils pouvaient donner davantage encore.

En fait, dans le cas de Jairzinho, c’est surtout une malencontreuse et grossière erreur d’un juge de touche qui l’empêcha de poursuivre sa carrière à l’Olympique de Marseille, puisqu’il fut reconnu coupable à tort d’avoir agressé ce juge de touche, erreur qui lui vaudra un an de suspension. Dégoûté, et ayant du coup encore davantage le mal du pays, il repartit au Brésil (à Cruzeiro), où il enleva une fois encore le titre de champion plus une Copa Libertadores (1976), son compère Paulo Cesar l’accompagnant vers Fluminense. Une fois sa carrière de joueur terminé, Jairzinho devint entraîneur, comme la plupart de ses collègues, entraînant notamment l’équipe du Gabon. Mais sa plus grande réussite fut sans doute d’avoir découvert, alors qu’il entraînait l’équipe de Cristovao, un des plus grands attaquants que le football ait connus, Ronaldo, qu’il recommanda à son ancien club de Cruzeiro. Rien que pour cela, les amateurs de football lui doivent un grand merci !

Michel Escatafal