Les remontadas se font (presque) toujours au détriment des Français

Et oui, mercredi soir nous sommes des millions à avoir vécu un cauchemar avec le PSG, même si certains crétins sont heureux d’avoir vu « le QSG », comme ils disent avec des relents nauséabonds, éliminé de la plus prestigieuse des compétitions de club. Cauchemar en raison de l’ampleur de cette défaite horrible contre le FC Barcelone (6-1), ce qui ne nous empêche pas de saluer la victoire de Lyon, hier soir, après une belle remontée contre l’AS Roma en Ligue Europa. Evidemment on n’en parle pas autant que mérité, parce que la Ligue Europa n’intéresse pas grand monde et ne concerne que les clubs éliminés ou non qualifiés en Ligue des Champions. Fermons la parenthèse et revenons à cette défaite du PSG contre le Barça qui, aux yeux de nombreux observateurs, aura du mal à aller loin dans cette Ligue des Champions, ce qui ajoute encore plus d’amertume aux yeux des amateurs de football parisiens et français. Car ce n’est pas seulement une défaite, mais une véritable humiliation qui, malgré des décisions arbitrales très contestables (le penalty accordé à Suarez à la 87è minute, survenant après celui refusé à Di Maria* à la 84è minute beaucoup plus flagrant, comme l’a reconnu Mascherano un peu plus tard) qui vaudront à l’arbitre d’être reversé en Europa League ou d’être carrément mis à l’écart, laisse quand même penser à une grosse faute professionnelle collective, en raison de la faillite et de la pusillanimité de la formation parisienne pendant la quasi totalité de ce match.

Collective parce que c’est le job du staff technique et des joueurs qui a été mal fait, et certainement aussi celui du staff dirigeant si on regarde un peu en arrière, en faisant ici allusion au manque de patience des décideurs qataris, qui prennent des décisions surprenantes avec leurs directeurs de football ou sportifs (Kluivert et Leonardo), qui font que les entraîneurs s’en vont très vite (Ancelotti), faute d’attendre des jours meilleurs après quelques défaites, ou qui sont virés après une énorme déception, ce qui fut le cas de Laurent Blanc après trois années sur le banc…qui lui avaient permis de renouveler son contrat pour deux ans…juste avant d’être licencié. Ce sera sans doute aussi le cas avec Emery, surtout s’il ne gagne pas le championnat ou les coupes nationales. Comment pourrait-il rester en poste après une pareille déculottée, et surtout après avoir entrevu la qualification jusqu’à la 87è minute après le but de Cavani, qui obligeait le Barça a mettre trois buts sans en encaisser en moins de 7 ou 8 minutes.

C’est pour cela que l’on emploie partout dans la presse les mots de naufrage, cauchemar et je suis poli, même si l’arbitre, je le répète, a aussi beaucoup contribué à la qualification d’un FC Barcelone loin d’être aussi brillant qu’à ses plus belles heures, ce qui doit ajouter au courroux des patrons du PSG à Doha. C’est aussi pour cela que l’on attend avec impatience la réaction des décideurs qataris, dont l’équipe qui devait être le phare sportif du Qatar, aura réussi le tour de force d’être la première dans l’histoire de la Coupe d’Europe à avoir été éliminée après avoir gagné 4-0 le match aller. Quelle humiliation pour les dirigeants de l’émirat!

Voilà j’arrête là sur ce match qui a dû causer énormément d’insomnies chez les amateurs français de football, car évidemment tous les journaux et autres sites web de notre pays et d’Espagne ne parlent que de cela. Et certains de s’interroger sur la détermination de QSI à continuer à injecter des sommes très importantes, même pour un Etat, pour aboutir à être dans l’incapacité de dépasser les quarts de finale en Ligue des Champions ou les huitièmes cette année. Cela dit, après ce serait peut-être un mal pour un bien, puisque cela pourrait obliger le PSG a piocher dans son centre de formation, riche de quelques éléments prometteurs qui, sans cet accident industriel, n’auraient peut-être jamais eu leur chance. Or Rabiot, puis à présent Kimpembe et même N’Kunku, ont prouvé lors du match aller contre ce même Barça qu’ils avaient toutes les qualités pour s’imposer dans ce PSG. Et d’autres comme Callegari ou Georgen devraient aussi avoir leur chance plus tard, ce qui éviterait de dépenser des sommes très importantes pour des joueurs qui ne leur sont pas forcément supérieurs…ou qui ne jouent pas (Krychowiak, Jese etc.) N’oublions pas que le Barça a formé ou récupéré très tôt Messi, Piquet, Iniesta, Busquet, Xavi ou encore Puyol.

Si j’arrête là, c’est aussi parce que ce qui est arrivé au PSG, fut-il version qatari, s’est déjà souvent produit au détriment de nos clubs, coureurs, athlètes ou équipes de France. Il n’y a guère que le handball qui ait échappé à ce type de catastrophe, ce qui est l’exception qui confirme la règle. C’est la raison pour laquelle, sur ce site qui se veut consacré à l’histoire du sport, je veux évoquer quelques souvenirs personnels qui m’ont occasionné des nuits blanches, quand j’étais jeune et très sportif et après. Je vais en prendre quatre, parce que ce sont les plus douloureux avec celui d’hier soir, pour le pratiquant et ou supporter que j’étais. Je vais donc commencer par le plus ancien, qui date de 1964, et qui concerne un sport, l’athlétisme, que j’ai pratiqué très jeune et que j’ai toujours aimé jusqu’à aujourd’hui, mon blog en témoigne. C’était à l’occasion des Jeux Olympiques de 1964 et cela concernait, non pas un sprinter comme j’aurais aimé être, mais sans doute le plus grand miler français de l’histoire, en même temps que le premier sportif français capable de faire interrompre un journal télévisé (comme on disait à l’époque) pour retransmettre une de ses multiples tentatives de record du monde (1500m, mile, 2 miles, 3000m et 5000m), je veux parler de Michel Jazy. J’ai déjà évoqué son palmarès sur ce site, ce qui me permet de rappeler qu’il fut médaille d’argent du 1500m aux J.O. de Rome en 1960, double champion d’Europe du 1500 et du 5000m, et recordman du monde du mile et du 3000m. Il n’a pas été champion du monde, parce qu’à l’époque il n’y en avait pas et il n’a pas été champion olympique…parce qu’il a eu peur de l’être en 1964. Pourquoi j’écris cela? Parce que si Michel Jazy avait couru le 1500m, il l’aurait gagné sans problème pour la bonne raison qu’il n’avait jamais été aussi fort sur cette distance, et que le seul qui aurait pu le battre, le Néo-Zélandais Peter Snell, n’aurait pas participé au 1500m si Jazy avait choisi cette épreuve, se sachant a priori inférieur au Français. Mais celui-ci qui était « monté » sur 5000m l’année précédente, pensait que sa plus sûre chance de médaille d’or se situait sur cette distance que, pourtant, il ne maîtrisait pas complètement.

Résultat, après avoir laissé le champ libre à Snell sur 1500m, qui pulvérisa ses adversaires, Jazy se présenta au départ du 5000m en favori, avec le recordman du monde de l’époque Ron Clarke, qu’il était certain de battre dans la dernière ligne droite. A priori, c’était un bon calcul…à condition de n’être pas paralysé par la peur, un peu comme le PSG hier soir. Pour cela il suffisait à Jazy de relayer Ron Clarke quand celui-ci accélérait , afin de se retrouver face à face dans le dernier tour. Au lieu de cela, Jazy s’est contenté de suivre Clarke comme son ombre emmenant avec lui le peloton quasiment jusqu’à la cloche. Théoriquement tout était encore jouable puique Jazy était de loin le meilleur de tous sur 1500m et même 800m. Mais c’était sans compter sur deux éléments imprévus avant la compétition : d’abord la pluie qui rendait la cendrée très lourde et une violente attaque de l’Américain Dellinger aux 450m, à laquelle Jazy eut le tort de répondre immédiatement, ce qui l’obligea à lancer le sprint aux 350m. Tout le monde fut instantanément décroché, à commencer par l’Allemand Norpoth, qui se retrouva à plus de 10m, l’autre Américain, Schul, étant plus loin encore. Pour tout le monde, la course était pliée à cet instant, sauf qu’à l’entrée du dernier virage Jazy commença à se crisper, en même temps que Schul commençait sa remontada. Et celle-ci fut d’autant plus efficace que Jazy commençait à payer sa terrible accélération de la ligne opposée, sur une cendrée détrempée. Schul le rejoignit à environ 60m de la ligne, et le passa sans coup férir, Jazy en perdition laissant passer Dellinger et Norpoth, pour finir à la quatrième place. Terrible désillusion pour un athlète qui moins d’un an plus tard battra tous ses adversaires à Helsinki, dont Schul et Clarke, et s’avèrera comme le nouveau crack de la distance. L’année suivante il sera champion d’Europe en battant nettement Norpoth qui avait pris la deuxième place à Tokyo.

Autre remontada de triste mémoire, celle des Gallois à Cardiff en 1966, pour ce qui était la finale du Tournoi des 5 Nations entre les deux meilleurs ennemis de l’époque, qui étaient aussi les deux meilleures équipes de rugby de l’hémisphère Nord. Si la Coupe du Monde avait existé à cette époque, sans doute les deux nations en auraient remporté une. Fermons la parenthèse et revenons à l’Arms Park de Cardiff, où un vent terrible soufflait en bourrasques sur le terrain. Les Français avec une équipe ultra offensive où l’on retrouvait à l’ouverture Gachassin et les frères Boniface au centre attaquaient ce match à fond sous l’impulsion de son capitaine Michel Crauste. Et ils prenaient très vite leur distance avec les Gallois, malgré le fait que les Gallois d’Alun Pask avaient choisi de jouer avec le vent dans le dos en première mi-temps. Essai de Duprat au bout de 2 minutes de jeu comme à la parade. Hélas, et c’est très important, faute de concentration sans doute, Lacaze manquait la transformation pour avoir négligé le vent et pris trop de recul pour ce coup de pied. Pas grave se disait-on, d’autant qu’à la treizième minute le troisième ligne Rupert interceptait et allait aplatir entre les poteaux après une course de 60 mètres. Cette fois Lacaze réussissait la transformation, et cela faisait 8-0 contrele  vent après moins d’un quart d’heure de jeu. Certes les Gallois réussissaient à passer deux pénalités au milieu de la première mi-temps, mais tout le monde se disait qu’en deuxième période, après les « citrons » comme on disait à l’époque, les Français n’allaient faire qu’une bouchée de ces Gallois avec l’appui du vent.

Hélas ce ne fut pas le cas, précisément à cause du vent. A 10 minutes du coup de sifflet final, Dauga prend la balle en touche dans les 22m gallois. La balle arrive à Gachassin qui perce et adresse une passe lobée, comme il en a fait des milliers à l’entraînement avec le FC Lourdes, à André Boniface. Et là c’est le drame, une rafale de vent empêche le ballon de tomber dans les mains d’André Boniface et atterrit dans les bras de l’ailier Stuart Watkins, tout surpris de pareille aubaine, lequel va marquer un essai de 90 m, presque sans opposition, la course de Claude Lacaze pour essayer de stopper l’ailier Gallois s’avérant vaine. Les Gallois venaient de prendre l’avantage contre toute attente (9-8), laissant les Français désemparés. Pourtant une ultime chance leur est offerte par l’arbitre à la dernière minute sous la forme d’une pénalité en moyenne position. Malgré un bon coup de pied, Lacaze ne convertira pas cette offrande, le ballon passant tout près des poteaux emporté par le vent. Tous ceux qui comme moi avaient le rugby dans le sang n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer, ce qui allait provoquer une véritable révolution de palais dans le petit monde du rugby français, et mettre fin définitivement à la carrière internationale des frères Boniface…qui n’étaient pour rien dans cette énorme désillusion. De quoi dire : ô rage, ô désespoir, ô tempête ennemie! N’ai-je donc tant vécu que pour vivre pareille infamie?

Mais le plus dur restait encore à venir, presque 16 ans plus tard, le 18 juillet 1982, avec le célèbre France-Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde de football 1982. Ce soir-là rien ne nous fut épargné, à commencer par l’agression de Schumacher, le gardien allemand, sur Battiston pendant la deuxième mi-temps de la rencontre, alors qu’il venait juste de rentrer, sans que l’arbitre ne bronche, n’accordant même pas un carton jaune pour un geste qui eut mérité l’expulsion immédiate (sortie les pieds en avant alors que Battiston n’avait plus le ballon qui valut au joueur français trois dents cassées et surtout une vertèbre endommagée). Ensuite ce fut le tir sur la barre d’Amoros à la toute fin du temps réglementaire qui s’écrasa sur la barre transversale, et qui amena les deux équipes en prolongations (1-1 à la fin du match). Et là, alors que les Français menaient 3-1 grâce à deux buts de Trésor et Giresse, alors qu’il restait 20 minutes à jouer, les Bleus se firent remonter en encaissant deux buts allemands à la 104è et la 110è minute, ce qui obligea les deux équipes à se départager aux tirs au but, les Allemands en convertissant 5 contre 4 aux Français, Bossis manquant son tir, trop mou, facilement arrêté par Schumacher…qui n’aurait pas dû être là depuis bien longtemps. Bien que n’ayant jamais joué au football, j’ai toujours été intéressé par ce sport, et ce fut pour moi une terrible déception, qui m’obligea à l’époque à prendre ma voiture et à faire au moins 50 kilomètres pour me remettre (un peu) de mes émotions.

Enfin dernière remontada que je voudrais évoquer, qui concerne un sport que j’ai adoré et pratiqué très longtemps, celle de Greg LeMond, lors de la dernière étape du Tour de France 1989, au détriment de Laurent Fignon. En ce dernier jour de Tour, personne n’imagine que LeMond puisse reprendre plus de 50s à Laurent Fignon, contre la montre entre Versailles et Paris, sur une distance de 24,500 km, d’autant que si LeMond est un excellent rouleur, Fignon n’était pas manchot dans l’exercice. La preuve, il remporta le Grand Prix Nations cette même année 1989, en rappelant une fois encore que cette épreuve était considérée comme le véritable championnat du monde c.l.m., jusqu’à la création officielle de ce titre (1994). Néanmoins Laurent le Magnifique, comme certains l’appelaient, souffrait de deux handicap au départ de cette étape, l’un était technique parce qu’il ne disposait pas comme LeMond d’un vélo doté d’un guidon à double géométrie, et l’autre, médical, parce qu’il avait une induration à la selle qui le tenaillait depuis quelques jours. Malgré tout, presque une minute à reprendre pour le champion américain, c’était quand même beaucoup. Et pourtant, juché sur son vélo supersonique pour l’époque, avec son énorme braquet (54×12 soit 9m30 de développement), LeMond allait réussir l’impossible exploit, au prix d’un départ de fou, qui lui permit de refaire une grande partie de son handicap dès les premiers kilomètres, avant de porter l’estocade dans les dernières encablures du parcours entre la place de la Concorde et l’arrivée sur les Champs. LeMond l’emportait pour 8 secondes, à la moyenne de 54.545 kmh, soit un écart de 120 mètres pour une course de 3285 km! Quelle remontada pour LeMond, mais quelle tristesse pour Fignon et tous ses nombreux supporters, dont je faisais partie. J’ai fini ma soirée hébété, abattu, errant comme une âme en peine au bord de la plage à Agde, en ayant cette vision apocalyptique de Fignon écroulé et battu sitôt la ligne d’arrivée franchie. Espérons simplement que le PSG se relève de cette tragédie pour le club, comme Fignon s’était relevé de celle du Tour 1989 avec sa victoire dans le GP des Nations deux mois plus tard, et comme il s’est relevé l’an passé de sa triste défaite contre Manchester City en réalisant le triplé une nouvelle fois (champion de France et vainqueur des deux coupes).*

Michel Escatafal
* Sans parler du penalty imaginaire contre Marquinhos à la 91è minute, il y a d’abord une énorme faute d’arbitrage sur une main de Mascherano dans la surface à la 11è minute de jeu, et plus encore le penalty non sifflé sur Di Maria à la 85eme minute sur une grosse faute de Mascherano qui fauche le joueur parisien en pleine surface de réparation alors que ce dernier va au but. Sentence normale : penalty et carton rouge. Que fait l’arbitre de surface, qui n’avait pas hésité pas à faire revenir l’arbitre sur sa décision sur le penalty sifflé contre Meunier, qui n’est en rien scandaleux même si c’est très sévère, quand il faut prendre cette décision ? Paris serait revenu à 3-2, à 11 contre 10 et je vous fais grâce de la suite…ce qui n’enlève rien au match médiocre du PSG, sauf qu’il serait qualifié.

Michel Escatafal


Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2)

jazybaalaAyant déjà parlé de Michel Jazy, je vais à présent évoquer brièvement sa carrière, en notant d’abord qu’il eut la chance d’être choyé par le directeur de l’Equipe, lui-même ancien athlète, Gaston Meyer. Celui-ci en effet le fera engager par Jacques Goddet, patron du journal, comme typographe, avec des horaires aménagés pour qu’il puisse s’entraîner autant qu’il le fallait pour devenir le crack que l’on pressentait. Et de fait, on n’allait pas être déçu, même si sa carrière aurait dû être encore plus brillante. Certes brillante elle le fut, mais on aura toujours trois regrets au sujet de Jazy, à savoir son échec à Tokyo en finale d’un 5000m olympique où il était de très loin le plus fort, son refus de courir le 1500m à ces mêmes J.O. de Tokyo en 1964, alors qu’il l’aurait emporté à coup sûr, et son absence sur les tablettes du record du monde sur les distances olympiques. Certains vont me trouver bien exigeant avec un des plus grands milers de l’histoire, mais c’est normal compte tenu des qualités de ce surdoué.

Néanmoins il aura laissé une belle trace dans le gotha de l’athlétisme en ayant été deux fois champion d’Europe (1500m en 1962 et 5000m en 1966), médaille d’argent sur 1500m aux J.O. de Rome, recordman d’Europe du 1500m à trois reprises, recordman d’Europe du 5000m à trois reprises également, mais aussi recordman du monde du mile, du 2000m (premier et dernier records qu’il a battus en 1962 et en 1966) , du 3000m, des 2 miles et du relais 4x1500m. C’est magnifique, mais cet athlète racé et élégant, aurait pu et dû faire mieux encore. D’ailleurs si Jazy avait 25 ou 28 ans aujourd’hui, il serait ou aurait déjà été à coup sûr champion olympique, car à cette époque il était un des très rares sportifs français à être le meilleur dans sa discipline. Hélas, à Tokyo, il n’a pas su résister à la pression qui l’entourait, d’où son obstination à ne pas vouloir courir le 1500m par peur de la défaite, alors que celui qui fut champion olympique, le Néo-Zélandais Peter Snell, déjà vainqueur du 800m, a toujours affirmé qu’il n’y aurait pas participé si Jazy avait choisi cette distance, d’autant que ce dernier venait de réussir à l’entraînement des temps largement supérieurs sur 1200m à ceux qu’il avait fait auparavant.

En fait à ce moment Jazy bénéficiait pleinement de son entraînement sur 5000m, tout en ayant conservé sa vitesse de base (il était aussi un des meilleurs sur 800m) et son fameux finish dans les 300 derniers mètres. A propos de Snell, c’est lui qui détenait le record du monde du mile quand Jazy le battit en juin 1965 à un niveau quasiment équivalent aux 3mn35s6 d’Elliot sur 1500m. A cette occasion Michel Jazy  réussit, en battant ce record mythique, sans doute son plus grand exploit, bien aidé il est vrai par ses lièvres, Kervéadou et deux autres de grand luxe, Jean Wadoux et Michel Bernard. Résultat le record de Snell (3mn54s1) fut battu de 5/10 de seconde.

Passons à présent à Mehdi Baala, qui fut le vrai successeur de Jazy dans le cœur des Français. Déjà il y a toujours eu une similitude dans l’allure entre les deux champions. Mais la comparaison ne s’arrête pas là, car Baala comme Jazy était aussi un remarquable coureur de 800m. La preuve, il a porté très haut le record de France du kilomètre (en 2003) avec un temps de 2mn13s93, mais aussi celui du 800m en 1mn43s15 (à Rieti en 2002). Il a d’ailleurs réussi son premier exploit en 2000, quelques semaines avant les Jeux Olympiques de Sydney, en réalisant le doublé en Coupe d’Europe 800-1500m, alors qu’il n’avait pas encore 22 ans. A cette occasion Jazy avait dit qu’il « semble paré de tous les dons » et on en aura la confirmation en août, quand il réalisa 3mn32s02 à Zurich sur 1500m, ce qui en faisait un outsider pour les J.O. Et même s’il ne termina qu’à la quatrième place, il n’aura surtout pas à rougir de cette performance dans la mesure où il aura joué sa chance jusqu’au bout, laissant les médailles au Kenyan Ngeny, qui avait battu le super favori El Guerrouj (Maroc), la médaille de bronze revenant à un autre Kenyan devenu ensuite américain, Lagat. Dans cette épreuve où le vainqueur réalisa 3mn32s07, Baala termina au pied du podium (3mn34s14) après avoir suivi le trio de tête jusqu’au milieu de la ligne droite.

Au passage, on notait qu’il était déjà le meilleur européen, ce qu’il allait confirmer aux championnats d’Europe en 2002, où il s’empara de son premier titre international. Mais la grosse confirmation, on l’aura l’année suivante, en 2003, où lors des championnats du monde au Stade de France il s’empara de la médaille d’argent, après avoir résisté jusqu’au bout au maître El Guerrouj (4 fois champion du monde du 1500m, champion olympique du 1500 et du 5000m, en plus d’avoir battu les records du monde du 1500m, du mile et du 2000m). Tout cela nous laissait espérer des lendemains qui chantent, mais, comme pour les hurdlers Caristan, Diagana et Doucouré, Baala devra composer avec les blessures tout le reste de sa carrière. Cela ne l’empêchera pas de devenir champion d’Europe pour la deuxième fois en 2006 et de récupérer la médaille de bronze du 1500m aux J.O. de Pékin (2008), suite au déclassement pour dopage de Ramzi.

Ce sera son chant du cygne, mais sa carrière s’honore aussi d’un record de France du 1500m (3mn28s98 en septembre 2003) à trois centièmes du record d’Europe de Cacho, le champion olympique du 1500m à Barcelone. Il arrêtera sa carrière en 2011, et, entre autres activités, conseillera d’autres athlètes, par exemple Tamgho, et fera profiter les amateurs d’athlétisme de ses compétences sur la chaine beIN SPORTS. Qui sait, il aura peut-être le plaisir de commenter la victoire de Mekhissi sur 1500m, si par bonheur ce dernier fait le doublé avec le 3000m steeple, épreuve que sauf accident il remportera pour la deuxième fois, ce qui serait une performance inédite sur la distance.

Michel Escatafal