La classe de Nasser Al-Khelaïfi…

Nasser Al-KhelaifiAlors que le PSG se débat avec le fair-play financier…quand ses propriétaires pourraient s’offrir sans problème Ronaldo ou Messi, alors que ledit PSG va être bientôt le seul grand club européen candidat à la Ligue des Champions à ne pas pouvoir recruter…alors qu’il n’a pas de dettes, il y a des présidents de club en France qui ne cessent de lui chercher des poux dans le tête…parce qu’il est riche. Et il n’y a pas que l’ineffable J.M. Aulas, qui essaie par tous les moyens de se singulariser depuis que son club ne domine plus financièrement et sportivement le football de club français, car maintenant s’y ajoute le président du Stade de Reims, Jean-Pierre Caillot. Je rappelle au passage  que ce dernier a soutenu J.M. Aulas, quand ce dernier voulait annuler les résultats du RC Lens…pour récupérer les points perdus contre cette équipe en proie à d’inextricables difficultés financières !!!

Fermons la parenthèse pour dire que le président rémois n’est pas à une contradiction près vis-à-vis du PSG, qui ne lui procure pas un si grand plaisir, alors qu’en mars 2013 il avait tout fait pour récupérer un maillot de Beckham. Il devrait aussi se réjouir d’avoir dans notre championnat un club capable d’aligner autant de joueurs de classe mondiale. Par parenthèse, rien que pour la Copa America, le PSG aura une demi- douzaine de joueurs sélectionnés en équipe du Brésil, d’Argentine et d’Uruguay. Evidemment, ce n’est ni le cas de l’Olympique Lyonnais et encore moins de celui du Stade de Reims. Il est vrai que si Lyon est resté aujourd’hui, y compris cette année, à un niveau proche de ses meilleures années, entre 2000 et 2010, avec plusieurs jeunes issus du centre de formation, tel n’est pas le cas du Stade de Reims, dont on rappellera qu’il fut le club phare de ce que l’on n’appelait pas encore la Ligue1, en ayant été à six reprises champion de France entre 1949 et 1962. Rien que ça ! Et nous devons aussi ajouter que les Rémois ont remporté la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en 1953 et ont été deux fois finalistes (1956 et 1959) de la Coupe d’Europe des clubs champions (ancêtre de la Ligue des Champions).

A cette époque J.P. Caillot n’était pas né ou à peine, mais son père a dû lui dire que le Stade de Reims dans les années 50 était un club rassemblant la plupart des meilleurs joueurs français, certains étant même parmi les tous meilleurs européens à leur poste (Kopa, Fontaine, Piantoni, Vincent, Penverne, Jonquet). D’autre part il dominait largement le championnat de France quand il n’était pas engagé dans les joutes européennes. Enfin son budget était certainement le plus élevé avec, outre les joueurs cités précédemment, Colonna, Marche, Bliard, Rodzik, Muller, Wendling etc. Cela dit, contrairement au PSG de nos jours, même s’ils n’étaient  pas supporters du Stade de Reims, les gens respectaient ce club, notamment parce qu’il était le principal représentant de notre pays dans la Coupe d’Europe. Et puis Reims à l’époque n’était pas la propriété du Qatar, mais de la maison Pommery, Henri Germain, le président, ayant lui aussi sa marque de champagne. Bref tout cela sentait bon le terroir. Problème, parmi tous les grands clubs des années 1950, seul le Stade de Reims ne peut plus espérer jouer le moindre rôle en Europe…parce que manquant de moyens financiers comparé aux autres grands clubs historiques européens, lesquels finissent toujours par se relever des inévitables crises qui accompagnent leur histoire. La Juventus en a apporté une nouvelle preuve hier soir, en dominant le Real Madrid malgré ses stars achetées 50 ou 100 millions.

Seulement dans les pays voisins du nôtre, il y a une passion du football beaucoup plus saine que chez nous. Déjà les supporters respectent les joueurs, alors que chez nous des soi-disant supporters incultes en arrivent à interrompre l’entraînement d’une équipe, parce que celle-ci a des résultats insuffisants. Et ce n’est pas un conte puisque c’est arrivé ce matin à Nice. Et pourtant,  quand on regarde l’effectif niçois, qui peut imaginer que cette équipe puisse se mêler à la lutte pour les places européennes ? Au contraire, alors que l’on s’en prend à l’entraîneur (Claude Puel), on devrait le féliciter d’obtenir d’aussi bons résultats parce qu’il perd chaque année ses très bons joueurs. Voilà le problème du football français, et cela ne sert à rien de chercher des excuses aux difficultés de notre Ligue 1, et à son manque d’attractivité. En outre, si un investisseur reprend un club pour faire une belle équipe européenne, il sera vilipendé, dénigré par ces fameux pseudo-supporters qui n’accepteront pas cet investisseur s’il est par exemple qatari. Non, en France on veut être les meilleurs en étant des gagne-petit. Oui Ibrahimovic avait raison quand il disait que « la France ne mérite pas le PSG ».

Aujourd’hui, si le PSG est considéré comme un grand club et s’il donne de la visibilité à la Ligue 1, il le doit aux dirigeants qataris. Et si un club français doit remporter la Ligue des Champions dans les années qui viennent, ce sera le PSG. Nous sommes au XXIè siècle, et on n’y peut rien changer, en espérant que le fair-play-financier finisse par mourir de sa belle mort, du moins tel qu’il est, pour que cette victoire en Ligue des Champions ne tarde pas trop. Fermons la parenthèse pour noter, aussi, que 70% des Français souhaitaient la défaite du PSG contre le FC Barcelone en quart de finale de la Ligue des Champions! Imagine-t-on la même chose en Italie, Espagne, Allemagne ou Angleterre ?  Imagine-t-on aussi dans ces pays autant de soutiens à un dirigeant se permettant d’essayer de changer le résultat d’un championnat acquis sur le terrain, comme l’a fait J.M. Aulas, le président de l’OL ? Ah j’oubliais : Aulas est français, donc respectable même quand il manque de respect à son sport et à son championnat. Mais au fait, à qui appartient Chelsea ? A un Russe. A qui appartient Manchester United ? A une famille américaine. Et l’Inter de Milan etc. Autant de pays où cela ne gêne personne que le patron soit étranger. C’est ça la France, ou plutôt une certaine France parce que tout le monde n’a pas cette mentalité.

Et pourtant les Français vont devoir s’y faire, car aujourd’hui on annonce la possible vente des Girondins de Bordeaux à un Indien. J’en connais plus d’un qui avoir du mal à l’accepter ! Des Qataris, des Indiens…il ne manquerait plus que des Chinois, des Indonésiens ou des Emirati ! Que tout cela est ridicule ! Et bien moi, si ces gens veulent investir dans nos clubs de football, de basket ou de rugby, je dirais bravo…comme on le fait ailleurs. Pour ma part, je ne m’occupe pas de la nationalité des sportifs pour apprécier leurs performances. La preuve, mon sportif préféré s’appelle Contador, mon pilote de F1 préféré s’appelle Raikkonen, mon joueur de rugby préféré s’appelait Wilkinson, mais mon pilote de rallye préféré s’appelle Ogier, et mon athlète préféré s’appelle Mekhissi. Je suis très éclectique, et c’est valable aussi pour les sportives féminines, mon admiration sans borne allant à des jeunes femmes comme Kim Gevaert (Belgique), Christine Arron, Muriel Hurtis, Myriam Soumaré, Mary Pierce, Amélie Mauresmo, mais aussi auparavant à Chris Evert (Etats-Unis) ou Hanna Mandlikova (Tchéco-australienne).

Pour terminer je voudrais simplement faire remarquer à M. Caillot, que si le PSG est certes la meilleure équipe française, il n’écrase pas le championnat comme ce président rémois à l’air de le dire. J’ajoute même que le PSG souffre à présent, comme le Stade de Reims souffrait dans les années 50, de l’envie des équipes de faire le match de l’année contre eux. Et pour le PSG il y a, en plus, les soi-disant supporters qui en veulent terriblement à ce club…parce qu’il y a surtout des étrangers sur le terrain dans leur équipe (dans l’équipe type, il n’y a que Matuidi qui est français). Et alors, combien il y a d’Anglais à Arsenal ? Et l’attaque du FC Barcelone, n’est-elle pas composée de Messi (Argentine), Suarez (Uruguay) et Neymar (Brésil) ? Et hier soir, qui composait l’attaque de la Juventus ? Tevez (Argentine) et Morata (Espagne).

Tournons la page, et revenons à ce que j’écrivais auparavant pour signaler que si la victoire à trois points avait existé à cette époque, le Stade de Reims aurait été champion de France avec 2 points d’avance en 1949 (devant Lille), mais avec 8 points d’avance en 1953 (devant Sochaux), avec 8 points en 1955 (devant Toulouse), avec 13 points en 1958 (devant Nîmes), et avec 9 points en 1960 ( devant Nîmes) et grâce à la différence de buts en 1962 (devant le Racing de Paris). On le voit,  à part aux deux bouts de la période faste rémoise, il y avait une nette domination du Stade de Reims pendant une dizaine d’années. Cela M. Caillot doit le savoir ! En tout cas, si les succès du PSG ne le font pas « bander », moi je trouve particulièrement attristant sa prise de position vis-à-vis du RC Lens pour se maintenir en Ligue 1 avec plus de facilité. Et je ne crois pas que Mr Henri Germain aurait eu la même position que lui sur cette affaire. Cela m’amène à écrire, une nouvelle fois, combien j’apprécie la classe des dirigeants qataris face aux multiples attaques dont ils sont la cible. Messieurs Aulas et Caillot devraient s’inspirer de l’attitude de Nasser Al Khelaifi, ou de Roman Abramovitch (Chelsea) ou de Florentino Perez (Real Madrid), pour ne citer qu’eux. Ils ont de l’argent certes, mais ils ne s’occupent que de leur club !

Michel Escatafal


Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


L’impossible égalité entre les grands clubs et les plus petits

PSG logoLe mieux est parfois l’ennemi du bien. Si j’écris cela c’est parce que Michel Platini, le président de l’UEFA, a cru bon d’instaurer le fair-play financier, afin de faire en sorte que les clubs européens soient le plus possible sur un pied d’égalité. Cela part certes d’un bon sentiment, mais, franchement, qui peut considérer qu’il s’agit d’une mesure considérable qui va faire que les clubs les plus huppés soient moins avantagés qu’ils ne l’étaient auparavant ? Personne de censé, parce que lesdits clubs sont ceux qui génèrent le plus d’argent. Même si le Real ou Barcelone n’ont plus les mêmes moyens qu’avant, leurs ventes de maillots seront toujours supérieures à celles de l’Olympique Lyonnais ou de l’Olympique de Marseille. Un maillot sur lequel figure le nom de C. Ronaldo, Messi ou Iniesta portera toujours davantage qu’un autre sur lequel on peut lire le nom de Malbranque ou Gignac. C’est ainsi, de la même façon qu’on ne bâtit pas une grande équipe sans faire  venir de grands joueurs. Et pour les faire venir, il y a certains ingrédients indispensables en plus de l’argent, comme un entraîneur de grand renom, ce qui explique le remplacement l’an passé de Kombouaré par Ancelotti au PSG. Qui peut croire que sans Ancelotti sur le banc, le PSG aurait pu faire venir des Lavezzi, Ibrahimovic ou Thiago Silva ? Personne, à moins de ne rien connaître aux affaires du football, sport qui recèle le plus fort potentiel de rentrées économiques.

L’argent justement, qui est considéré comme une plaie de la société aux yeux de nombreux Français, ce qui n’empêche pas nos compatriotes d’essayer d’en gagner par tous les moyens, comme en témoignent leurs dépenses aux jeux. Mais comme les Français ne sont pas à une contradiction près, ils s’insurgent de tas de choses qui paraissent normales ailleurs. Personne ou presque en Espagne ne se préoccupe des salaires versés aux meilleurs joueurs de football. Et pourtant la crise qui sévit dans ce pays affecte durement  les gens qui vont au stade. Mais s’il ne leur reste que ce loisir, et bien ils feront les sacrifices pour qu’il dure le plus possible, sans vilipender leur club favori parce que le prix des places au stade est exorbitant. La remarque vaut aussi pour les Anglais, les Italiens, les Portugais, et même les Allemands. En France en revanche, on nous ressort sans cesse les mots d’éthique, valeurs ou âme, comme si nous étions le peuple élu !

Tout cela ne peut évidemment qu’être assimilé à des fariboles, et, parmi celles-ci, il en est une qui concerne le club à la fois le plus admiré et le plus honni dans notre pays, le PSG, parce qu’il a à sa disposition des moyens supérieurs à ceux des autres clubs français et même européens. Mais même s’il dispose, grâce aux fonds qataris, d’une manne financière incomparable, ce n’est pas une raison pour qu’il s’affranchisse des règles de la bonne gestion financière. Et en satisfaisant au mieux à ces règles, le PSG se met aussi en conformité avec le fair-play financier voulu par Michel Platini et l’UEFA. C’est la raison pour laquelle, le club parisien va sans doute changer le nom du stade dans lequel il évolue, ou à tout le moins l’élargir en y incluant celui d’un sponsor…comme cela se fait déjà en Angleterre, en Allemagne et même, à une dimension très inférieure, dans un ou deux clubs français. A noter que si cela se fait à Nice, cela ne gêne personne, mais à partir du moment où cela va se faire à Paris, les vociférateurs professionnels vont se manifester le plus bruyamment possible.

Pour ce qui me concerne, et vous l’avez compris depuis longtemps, cela ne me gêne absolument pas que le PSG suive l’exemple d’Arsenal ou Manchester City. Cela me gêne d’autant moins, que je suis heureux de voir le club de la capitale rivaliser avec les plus grands clubs européens, pour qu’enfin notre pays ne soit pas absent des phases finales et du palmarès de la Ligue des Champions, comme cela est quasiment toujours le cas. La preuve, en France on ne cesse d’évoquer le Stade de Reims (années 50), l’AS Saint-Etienne et le SC Bastia (années 70), l’Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain (années 90), l’AS Monaco (années 2000), pour parler des succès européens de nos clubs, alors que les Anglais, les Italiens ou les Espagnols seraient bien en peine de citer tous leurs vainqueurs de coupes européennes…tellement ils en ont eu. Le pire est que ces mêmes soi-disant supporters du football français ne cessaient de « râler », il y a seulement deux ans, quand les anciens propriétaires du PSG ne voulaient pas investir des sommes importantes pour faire franchir un palier à leur club. C’est aussi le cas aujourd’hui à Lyon et à Marseille. Alors où est la logique dans tout cela ?

Et bien il n’y en a pas, tout simplement. Nous en avons de nouveau la preuve en lisant ou écoutant les réactions à propos de la venue, possible ou probable, de stars comme C. Ronaldo ou Rooney au PSG. Les plus bêtes s’avançant à dire que ni l’un ni l’autre ne viendront au PSG, car le club de la capitale française n’est pas un vrai grand club, même en disposant d’un effectif peut-être déjà le meilleur au monde avec Ibrahimovic, Thiago Silva, Lavezzi, Pastore, Matuidi, Lucas, Thiago Motta ou Verrati, tous joueurs de classe mondiale, arrachés aux plus grands clubs européens. Les plus ignorants eux vont nous parler avec le changement de logo ou de nom du Parc des Princes de la perte d’identité du club francilien, les mêmes ne trouvant pas à redire si le stade d’Arsenal s’appelle l’Emirate Stadium…à moins qu’ils ne l’ignorent, ce qui est bien possible.

Mais est-ce que le marketing a tellement changé depuis des décennies ? Pas vraiment, dans la mesure où si le Real Madrid pouvait se payer et garder des Di Stefano, Kopa, Puskas, Santamaria ou Gento dans les années 50, c’était parce qu’il disposait de ressources financières importantes, lesquelles lui permettaient d’attirer les meilleurs joueurs, ce qui leur donnait la possibilité de remporter chaque année la Coupe d’Europe, ancêtre de la Ligue des Champions. Et le Real, plus de 50 ans après, figure toujours parmi les plus grands clubs européens, comme le Barça, Manchester United, le Bayern, la Juventus ou les deux Milan, autant d’équipes qui doivent leur longévité au plus haut niveau à de l’argent, beaucoup d’argent venant de recettes extra-sportives.

En revanche, que sont devenus les clubs français qui ont brillé à un certain moment sur la scène européenne ? Voilà toute la différence entre le football français de club et celui des pays voisins ! Voilà aussi pourquoi après  57 ans de compétitions européennes, nous n’en avons remporté que deux. Oui j’ai bien dit deux, la Ligue des Champions en 1993 avec l’Olympique de Marseille, et feu la Coupe des Coupes avec le PSG en 1996. Quelle différence avec l’Espagne (33), l’Angleterre (30), l’Italie (29), l’Allemagne (17), la Hollande (11) et le Portugal (7)! Même la Belgique (4), l’Ecosse et l’Ukraine (3) sont devant nous. Sans commentaire !

Michel Escatafal


De Di Stefano (Real Madrid) à Messi (F.C. Barcelone)

Nombre d’amateurs de football ne cessent de parler de meilleure équipe de club de l’histoire en évoquant les exploits du F.C. de Barcelone et de Messi. Pour eux, l’histoire se résume évidemment à ces dix dernières années, et encore. Tout le reste n’existe plus ! Et pourtant il faut être présomptueux pour affirmer que telle équipe ou tel joueur est le meilleur, comme on a tendance à le faire pour tous les sports. En outre, dans les sports collectifs il y a aussi l’environnement qui joue énormément. Même si un joueur est le meilleur du monde, si son club n’a que lui il ne pourra pas gagner grand-chose. Bref, tout dépend avec qui il évolue, ce qui peut faire de lui un héros ou un joueur surcoté, et ce même s’il a prouvé précédemment qu’il pouvait être le meilleur ou un des tous meilleurs.

Pour moi, le meilleur de ces exemples fut le Brésilien Didi, qui n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû faire au Real Madrid à la fin des années 50, alors qu’il était le meneur de jeu d’une des deux meilleures équipes brésiliennes de l’histoire, celle de Gilmar, Nilton Santos, Zito, Garrincha, Vava et Pelé. Certes son bilan au Real a été correct, si l’on considère qu’il disputa 19 matches en marquant 6 buts, mais en fait il était remplaçant, car si Kopa pouvait jouer avec Di Stefano en occupant le poste d’ailier droit où il était très à son aise, Didi ne pouvait pas jouer avec Di Stefano qui était le joueur numéro un du Real…et de la planète foot. Et pourtant Didi a sa place parmi les meilleurs joueurs de l’histoire, comme il l’a prouvé en retournant dans son pays en 1960 après son expérience ratée au Real, en redevenant le génial meneur de jeu de l’équipe du Brésil vainqueur de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Au total il aura marqué 20 buts en 68 matches avec l’équipe du Brésil, ce qui est très convenable pour un joueur qui n’évoluait pas en pointe.

Après ce long préambule, je vais évoquer aujourd’hui cinq équipes qui ont marqué l’histoire du football depuis le début des années 50, et qui avaient la particularité d’avoir dans leurs rangs le meilleur joueur de l’époque. Il est même arrivé qu’un club ait dans ses rangs les deux, voire même les trois meilleurs, luxe que pouvait se payer le grand Real Madrid des années 50. Cela est arrivé en 1958 quand le Real, qui avait déjà dans ses rangs Di Stefano et Kopa, qui ont monopolisé les Ballons d’Or entre 1957 et 1959, a ajouté un autre immense joueur à son extraordinaire équipe, en la personne du Hongrois Puskas. Evidemment cette équipe-là était tout simplement irrésistible, et capable de tous les exploits si le besoin s’en faisait sentir. En tout cas le Real de Di Stefano, car c’était lui le patron sur le terrain, a réussi l’exploit inégalé à ce jour de remporter cinq Coupes d’Europe (ancêtre de la Ligue des Champions) consécutivement, entre 1956 et 1960, plus cette même année la première Coupe Intercontinentale contre le club uruguayen de Penarol.  

Pour autant, peut-on dire que le Real Madrid, qui avait aussi dans ses rangs des joueurs comme Marquitos, Santamaria, Munoz, Zarraga, Rial et Gento, qui pratiquait un football très ouvert, a été la plus grande équipe de tous les temps ? Peut-être sur le plan du palmarès, mais la concurrence était-elle la même que de nos jours ? Pas sûr, même si en Espagne le Real était confronté à son éternel rival, le F.C. Barcelone de Ramallets, Garay, Gensana, Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez et Czibor, qui formaient une équipe redoutable. Et en Europe, il y avait aussi les équipes italiennes comme la Fiorentina de Sarti, Cervato, Segato, Gratton, Virgili et Montuori, ou le Milan AC de Fontana, Cesare Maldini, Liedholm, Schiaffino et Grillo, sans oublier le Stade de Reims de Fontaine, Piantoni, Vincent, Penverne et Jonquet.

A la fin de la période hégémonique du Real, la meilleure équipe de club était brésilienne, ce qui se concevait parfaitement dans la mesure où c’était l’équipe brésilienne de Santos, laquelle comptait dans ses rangs celui qui est considéré par tout le monde comme le plus grand joueur que le football ait produit, Pelé. Et Pelé, en plus, était entouré par plusieurs champions du monde brésiliens comme le gardien Gilmar, sans doute un des deux ou trois meilleurs de l’époque, plus l’arrière central Mauro, le demi Zito, l’avant-centre Coutinho et l’ailier gauche Pepe, un fantastique tireur de coup-francs. Cette équipe de Santos, qui faisait nombre de tournées à travers le monde, pratiquait un football offensif à la brésilienne. Elle a remporté en plus de la Copa Libertadores (équivalent en Amérique du Sud de la Coupe d’Europe), deux Coupes Intercontinentales en 1962, d’abord contre Benfica, l’équipe d’Humberto, Cavem, Coluna, Augusto et Eusebio qui venait de gagner deux Coupes d’Europe consécutives, puis l’année suivante contre le Milan AC où opéraient entre autres deux joueurs brésiliens, Altafini et Amarildo, ce dernier ayant parfaitement remplacé Pelé quand ce dernier fut blessé pendant la Coupe du Monde 1962. Cela signifie que Santos était bien la meilleure équipe de club de l’époque, avec comme figure de proue le roi Pelé, comme on l’avait surnommé en raison du nombre hallucinant de buts qu’il marqua au cours de sa carrière (680 en 720 matches officiel et 77 en 92 matches avec la Seleçao)..

Dans les années 70, la meilleure équipe, du moins celle qui a le plus marqué l’histoire à la fois par son palmarès et par le jeu qu’elle pratiquait, s’appelait l’Ajax d’Amsterdam, le « Grand Ajax » comme on dit. Cette équipe entraînée par Rinus Michels, puis par le futur sélectionneur de l’équipe de France, le Roumain Stefan Kovacs, pratiquait ce que l’on appelle un football total, tout le monde défendant et tout le monde attaquant. Mais sans la présence dans ses rangs du meilleur joueur de la planète du moment, Johann Cruyff, elle n’aurait pas remporté trois Coupes d’Europe en suivant (1971, 1972, 1973), ni la Coupe Intercontinentale en 1972, même si Cruyff (trois Ballons d’Or entre 1971 et 1974) était entouré par des joueurs aussi talentueux que Suurbier, Krol, Neeskens, Haan, Rep ou Keizer. Cependant cette équipe était quand même très tributaire de l’extraordinaire talent de Cruyff, la meilleure preuve en étant qu’elle ne se remit pas vraiment de son départ en fin de saison 1973 vers le F.C. Barcelone, où il allait faire une belle carrière, même si elle fut moins fructueuse en titres qu’à l’Ajax, preuve si besoin en était qu’un joueur est tributaire de son entourage sur le terrain. Fermons la parenthèse pour noter aussi que Cruyff fut aussi brillant en sélection qu’il le fut en club, emmenant l’équipe des Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde 1974, et marquant 33 buts en 48 sélections.

En fait il ne manqua à Cruyff qu’une victoire en Coupe du Monde, et cette remarque vaut aussi pour celui qui allait marquer son époque au début des années 80, notre Michel Platini,  premier joueur à avoir remporté le Ballon d’Or trois fois consécutivement entre 1983 et 1985. Après avoir débuté à l’AS Nancy-Lorraine, puis être passé par l’AS Saint-Etienne (entre 1979 et 1982), meilleur club français de la fin des années 70, Platini signa à la Juventus de Turin, un des clubs les plus prestigieux d’Europe, où il allait démontrer un talent extraordinaire, multipliant trophées et récompenses, au point d’avoir été désigné comme meilleur « Bianconero » de tous les temps. Avec Platini, la Juve va remporter deux titres de champion d’Italie, une Coupe d’Italie, une Coupe des vainqueurs de Coupe, la Coupe d’Europe des clubs champions et la Coupe Intercontinentale.

A cette époque la Juventus de Turin était bel et bien la meilleure équipe du monde, et Platini le meilleur joueur, à la fois remarquable organisateur et buteur exceptionnel. En effet, bien qu’étant milieu de terrain, Platini fut trois fois meilleur buteur du championnat d’Italie entre 1983 et 1985, performance tout à fait inouïe. Certes il y avait dans son équipe de très grands joueurs comme les arrières Scirea et Cabrini, les milieux Tardelli et le Polonais Boniek, ou encore les attaquants Bettega et Paolo Rossi, mais celui qui tirait l’équipe vers le haut était incontestablement Michel Platini. Ce dernier sera aussi le meneur de jeu et capitaine de l’Equipe de France, remportant le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant de surcroît meilleur buteur de la phase finale (9 buts en 5 matches). Enfin, s’il ne parvint pas à remporter la Coupe du Monde (demi-finaliste en 1982 et 1986), il fut longtemps le meilleur buteur des Bleus avec 41 buts en 72 sélections.

La dernière équipe dont je voudrais parler est celle du F.C. Barcelone, le fameux Barça, incontestablement la meilleure équipe du nouveau siècle avec ses victoires en Ligue des Champions en 2006, 2009 et 2011, mais aussi sa victoire en Coupe Intercontinentale en 2004 et ses deux Coupes du Monde des clubs (qui a remplacé la Coupe Intercontinentale) en 2009 et 2011. Un palmarès extraordinaire en six ans, avec comme figure de proue un joueur fantastique, Lionel Messi. Là aussi, les qualificatifs ne suffisent pas, les jeunes considérant que Messi est le meilleur de tous les meilleurs. Est-ce exagéré ? Sans doute, en tout cas prématuré. Il faudra déjà attendre la fin de sa carrière pour se faire une idée plus précise, car même si Messi multiplie les trophées avec le Barça, même si les distinctions à titre individuel prouvent qu’il est incontestablement le meilleur joueur actuel, il lui restera à faire preuve de la même régularité dans ses performances avec l’équipe d’Argentine, que celle dont ont fait preuve Pelé avec le Brésil , Cruyff avec les Pays-Bas, Platini avec l’équipe de France ou Di Stefano (29 buts en 37 matches internationaux avec l’Argentine et l’Espagne). Pour l’instant Messi affiche des statistiques incroyables avec le Barça (241 buts en 320 matches), mais est beaucoup moins prolifique avec l’équipe d’Argentine (22 buts en 67 matches), ce qui le place très loin de ses glorieux prédécesseurs.

A ce propos nombreux sont ceux qui se posent la question de savoir pourquoi il y a une telle différence entre le rendement de Messi, irrésistible avec son club, et celui qu’il a avec l’équipe d’Argentine. Peut-être, tout simplement, que dans la sélection argentine il n’a pas les mêmes affinités avec ses coéquipiers, fussent-ils très brillants (Samuel, Di Maria, Mascherano, Higuain, Aguerro, Tevez etc.), qu’avec l’équipe du F.C. Barcelone où tout tourne autour de lui, avec des coéquipiers de grand talent pour l’entourer, comme Puyol, Abidal, Busquet, Piqué, Xavi, Iniesta, ou précédemment E’too et Henry ? En tout cas, s’il veut rejoindre les plus grands joueurs du passé, il devra amener l’équipe d’Argentine a un niveau qu’elle n’a plus atteint depuis l’époque de Maradona.

Maradona justement, qui est avec le Brésilien Ronaldo (deux fois Ballon d’Or en 1997 et 20002), un des deux plus grands joueurs de l’histoire, a n’avoir pas gagné la Coupe d’Europe (C1) ou la Ligue des Champions. En revanche, l’un et l’autre remportèrent la Coupe du Monde, pour Maradona en 1986 (finaliste en 1990), et pour Ronaldo en 1994 (sans jouer), et en 2002, plus une finale (contre la France) en 1998, ce dernier ayant des statistiques excellentes en équipe du Brésil (62 buts en 97 sélections). Il a aussi le meilleur total pour un joueur dans les différentes Coupes du Monde avec 15 buts marqués, après avoir été meilleur buteur de la compétition en 2002 avec 8 buts.

Dommage qu’il n’ait jamais gagné la Ligue des Champions avec ses différents clubs, mais il a quand même à son palmarès une Coupe des Coupes (1997 avec le Barça), une Coupe de l’UEFA (1998 avec l’Inter), et une Coupe Intercontinentale (en 2002 avec le Real), en plus de titres nationaux. En revanche pour Maradona, la liste des trophées internationaux se résume à une Coupe de l’UEFA en 1989 avec Naples, et ce bien qu’il ait opéré pendant deux ans au Barça. Ses statistiques en sélection sont également relativement faibles par rapport à Platini, avec qui il a partagé le leadership mondial dans les années 80.  En effet, comme Messi il a été beaucoup plus efficace en club qu’en équipe nationale. Pour mémoire, il a marqué 35 buts en 91 sélections avec l’équipe d’Argentine, alors qu’en club son ratio est nettement meilleur avec 311 buts pour 589 matches.

Cela dit, il ne faut tirer aucune conclusion de toutes ces statistiques pour savoir quelle fut la meilleure équipe de club, et quel fut le meilleur joueur de l’histoire, en mettant à part Pelé qui fait l’unanimité de tous les techniciens. Sinon, je dirais que Di Stefano fut le meilleur dans les années 50, Pelé dans les années 60, Cruyff dans les années 70, Platini dans les années 80, Maradona à la fin des années 80 et au début des années 90, Ronaldo pendant la période à cheval sur la fin du siècle passé et le début du nouveau, et Lionel Messi de nos jours. En disant cela je ne prends aucun risque, et je suis certain de ne pas me tromper.

Michel Escatafal