Une raclée ? Oui, mais c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux

bleusComme l’a écrit Eurosport : «  Du mental, de la ressource et du talent, ces Bleus-là sont exceptionnels ». Ah, j’oubliais de préciser qu’on parlait des volleyeurs, champions d’Europe après avoir remporté la Ligue Mondiale il y a quelques mois, ce qu’on aurait aussi pu dire des handballeurs et même à un degré moindre des basketteurs. Et curieusement on parle beaucoup moins d’eux, que de nos rugbymen…qui ne sont même plus bleus, mais rouges de honte. Et pourtant, notamment pour les handballeurs et plus encore pour les basketteurs, ce sont des stars planétaires, ce que ne sont pas les joueurs de rugby français. Désolé, mais on connaît plus dans le monde Parker ou Diaw, ou encore Karabatic que Dusotoir ou l’inévitable Morgan Parra qui, tel que c’est parti, finira sa carrière avec 150 sélections. Les sélectionneurs passent, notre rugby est en train de trépasser, mais Parra survit à tout. Et comme il a à peine 27 ans, il faudra sans doute attendre 2023 pour le voir prendre sa retraite.

Pourquoi encore une fois évoquer le cas de Parra, me direz-vous ? Parce que c’est le symbole de notre rugby à l’échelle mondiale, à savoir un bon demi de mêlée, un très bon buteur, et c’est tout. Mais alors pourquoi Lièvrement et Saint-André ont toujours pensé à lui depuis 8 ans ? Parce qu’il représente l’archétype du joueur français, tel que le veulent les sélectionneurs. Il ne risque pas de sortir du lot par ses capacités physiques ou techniques, mais il est considéré comme très important pour ses avants qui voient en lui un petit chef à la fois filou et autoritaire. Une sorte de Fouroux, le charisme en moins. Problème, tout cela est très insuffisant pour le rugby d’aujourd’hui au plus haut niveau, où dominent la technique, mais aussi la puissance et la vitesse, deux atouts que Parra n’a pas et n’aura jamais. Et pourtant on le sélectionne qu’il soit bon ou mauvais, ce qui fait de lui un handicap pour tout autre demi de mêlée, fut-il meilleur que lui, parce que cet autre numéro 9 sait qu’à la moindre pénalité manquée ou à la moindre erreur il perdra sa place…au profit de Parra. Il suffit d’ailleurs de constater ce qui s’est passé après le match contre l’Irlande pour s’apercevoir que Parra est sans doute le joueur le plus incontournable aux yeux des sélectionneurs, mais aussi, plus curieusement, des journalistes. Contre l’Irlande, il y a dix jours, Tillous-Bordes (demi de mêlée de Toulon) a réalisé une partie indigne du haut niveau international, même avec l’excuse de jouer derrière un pack balloté.  Il a donc été remplacé bien avant l’heure de jeu par Parra, lequel a été encore plus mauvais, ratant quasiment tout ce qu’il entreprenait. On aurait dit un enfant perdu dans un jeu d’hommes.

Résultat, pour affronter les All Blacks surpuissants, au lieu de faire jouer Kockott, on sélectionne de nouveau Parra pour soi-disant améliorer le niveau de l’équipe et pour ses qualités de buteur, ce qui témoigne d’ailleurs de l’état d’esprit du sélectionneur. Il fallait défendre et mettre les pénalités qu’on ne manquerait pas d’avoir si les All Blacks étaient contrés. Cela a marché au début du match…sauf que Parra a manqué une pénalité facile d’entrée. Or si Parra n’est pas fiable comme buteur, il ne sert à rien. La preuve, même Rugbyrama, qui pourtant ne figure pas parmi ses détracteurs, l’a trouvé d’une incroyable lenteur, au point de reconnaître que Kockott en dix minutes a montré plus de choses que Parra en soixante-dix. Le site de rugby aurait même pu ajouter que Kockott est rentré au moment où le XV de France prenait l’eau de toutes parts, à commencer par notre paquet d’avants complètement à la rue.

Désolé de parler une fois encore de Parra…pour le critiquer, mais hélas, et je le regrette profondément, il n’a pas le niveau d’un grand demi de mêlée, alors que notre pays en a eu tellement avec ses Dufau, Danos, Lacroix, Astre, Barrau, Gallion, Berbizier, Galthier ou Elissalde. Problème, si on sélectionne Parra plus qu’on n’a jamais sélectionné les grands demi de mêlée du passé, c’est parce qu’on a oublié que notre pays est celui qui a toujours été capable jusqu’en 2007 de battre n’importe qui, parce qu’il avait dans ses rangs des joueurs hors-normes. Et nous n’en avons plus, du moins parmi les joueurs qui sont régulièrement appelés en Equipe de France. Cela signifie-t-il que le réservoir est tari ? Je ne crois pas, mais les joueurs opérant en Equipe de France semblent se comporter comme des robots, ne prenant aucun risque, se contentant de défendre et de pousser fort en mêlée pour les avants. Et cela, au moment où toutes les grandes équipes, jouent un rugby très ouvert, envoient du jeu comme on dit, dans le but de marquer plus d’essais que les autres, les buteurs servant surtout à transformer les essais, comme au rugby à XIII. Voilà le drame du XV de France, et voilà comment il a pris plus de 60 points contre les All Blacks, après avoir été battu 24-9 par les Irlandais, ce qui n’était pas cher payé, tellement le XV de France avait paru impuissant.

On comprend pourquoi, après quatre ans d’errements, le bilan de Philippe Saint-André est extrêmement négatif, avec 20 victoires, 2 nuls et 23 défaites, dont quelques grosses raclées, sans parler du classement de la France sur les quatre derniers Tournois des six Nations (4e, 6e, 4e et 4e). Cela d’ailleurs ne l’empêchait pas de proclamer haut et fort qu’on visait le titre mondial, surtout après trois mois de préparation qui devaient suffire à gommer les imperfections de son équipe. Problème, même en gravissant les cols les plus escarpés, même en soulevant des tonnes et des tonnes de fonte, cela ne compensera pas le manque de classe de nombreux joueurs de ce XV de France. Et puis, les Français ne sont pas les seuls à préparer le grand rendez-vous quadriennal de la Coupe du Monde! La preuve, mis à part l’Angleterre, qui figurait dans la poule de la mort avec l’Australie et le Pays de Galles, les autres nations britanniques ont fait beaucoup mieux que le XV de France face à leurs rivaux du Sud. Rappelons-nous quand même que les Ecossais, que les supporters franchouillards considèrent comme largement inférieurs aux Français, n’ont été battus que d’un point par l’Australie, sur une décision plus que douteuse de l’arbitre, Mr Joubert. Mais si les Ecossais ont été si près de réaliser l’exploit, tout comme les Gallois face aux Sud-Africains, c’est parce qu’ils n’ont pas peur de prendre des risques, et parce que dans leur équipe il y a plusieurs joueurs capables de « jouer du piano » comme disait Pierre Danos, merveilleux demi de mêlée lors de la tournée victorieuse en Afrique du Sud en 1958, alors que chez nous il y a surtout des déménageurs ou alors des non-déménageurs qui ne savent pas jouer du piano.

Cependant pour de nombreux supporters le bouc-émissaire est tout trouvé : c’est le Top 14 et ses cadences infernales. Cela étant, est-ce la faute du Top 14 si un nombre infime de ballons d’attaque arrivent jusqu’à l’aile quand le XV de France rencontre une grande équipe. Non, si nous en sommes là, c’est parce qu’on se cantonne dans un jeu restrictif ou parce qu’on fait tomber ces ballons suite à de mauvaises passes. Est-ce la faute du Top 14 si Picamoles, pourtant un des rares à surnager samedi dernier, est l’élément qui amorce l’énorme déroute française en tombant dans le panneau de la provocation, comme un jeune de 15 ans, avec son petit coup de poing sur Mac Caw, qui empêche les Français de se rapprocher des Blacks, compte tenu de la facile pénalité à convertir, l’arbitre retournant la pénalité et infligeant un carton jaune justifié au Toulousain. Cela n’aurait rien changé sans doute, mais le constat est là. De plus des joueurs comme Gorgoze, Mafi, Sanchez et plus encore Habana, Giteau ou Mitchell, qui opèrent dans nos équipes du Top 14, ont été ou sont très bons avec leurs équipes respectives…bien meilleurs que nos « stars françaises », formées en France. Au passage, cela m’amène à dire qu’il est difficile de ne pas comprendre les présidents de clubs qui préfèrent acheter un joueur sud-africain, australien, néo-zélandais, argentin, fidjien ou samoan, presque toujours beaucoup moins cher que les joueurs français internationaux ou formés en France. Et j’ajouterai qu’on est bien content de regarder les matches en tribunes ou à la télévision avec les joueurs dont j’ai parlé, avec aussi il y a peu Wilkinson, Kelleher ou Sonny Bill Williams qui ont joué en France, et bientôt des Carter, Nonu, Vermeulen et sans doute Quade Cooper et James O’Connor, pour ne citer qu’eux. Certes certains d’entre eux ont plus de 30 ans, mais allez dire aux joueurs de l’Equipe de France que Nonu et Carter, par exemple, sont bons pour la retraite !

Ah les étrangers ! Voilà les grands mots ! En France on ne les aime pas, quels qu’ils soient, et même s’ils nous aident à avoir une très grosse équipe, comme le PSG en foot ou en handball. Cela dit, on notera que les migrants étrangers préfèrent les autres pays au nôtre. La preuve : ils veulent aller au Nord de l’Europe, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, plutôt que rester chez nous s’ils transitent par notre pays. Comme on les comprend ! Fermons la parenthèse et revenons au rugby, pour admettre que notre formation n’est plus au niveau requis pour briller à l’échelon international. Je suis persuadé qu’un Fofana, un Dulin ou un Maestri, pour citer des joueurs sélectionnés samedi dernier seraient bien meilleurs s’ils avaient toujours joué en Australie, en Afrique du Sud ou en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans les nations britanniques. Pourquoi ? Parce que dans notre pays, royaume de ce que les Britanniques appelaient autrefois le « french-flair », on privilégie la puissance à la technique. Rappelons-nous que nombreux furent ceux qui expliquaient il y a 60 ans, qu’une des grandes forces du FC Lourdes de l’époque était précisément de répéter pendant des heures à l’entraînement les gestes de base du rugby, la passe par exemple. Comment se fait-il que les All Blacks, qui attaquent tout le temps, ne font quasiment jamais tomber le ballon ? Parce qu’ils cherchent perpétuellement la perfection, comme les Lourdais dans les années 50 ou les Montois dans les années 60.

Evidemment évoquer ces deux époques fait peut-être ringard aux yeux de certains, sauf que les valeurs travail et technique sont indissociables. Et si j’écris cela, c’est parce que je suis tellement triste en lisant les commentaires affligeants de certains ridicules supporters cocoricos et chauvins, qui évoquent…le dopage, pour justifier la supériorité des Néo-Zélandais et le fameux 62-13. Voilà,  dans notre pays, quand on n’a plus d’arguments on finit par parler de dopage. Si Pinot ou Barguil ne battent pas dans le Tour, le Giro ou la Vuelta, Contador, Froome, Quintana, Aru ou Nibali, c’est parce que les autres, tous étrangers, se dopent. Ahurissant !!! Comme si les All Blacks n’avaient que leur puissance pour battre les Français ! En fait ces All Blacks ressemblent aux « bleus » d’antan, à base lourdaise, montoise ou toulousaine ces dernières années alors que nous…Un dernier mot enfin, pour parler des remarques presqu’aussi attristantes de certains consultants de radio ou télé qui jouaient la langue de bois après la déroute,  et n’osaient pas regarder la réalité en face. Cependant ceux-là avaient une bonne excuse, parce qu’ils sont toujours dans le milieu comme joueurs ou entraîneurs ou parce qu’ils espèrent l’être un jour sans doute. Néanmoins, et c’est peut-être le plus rassurant, tout le monde reconnaissait qu’il y a un immense chantier à exécuter pour redonner des couleurs au XV de France, avant de lui rendre son lustre d’autrefois. Ce sera sans doute le travail de Novès, en espérant qu’il saura profiter de ses multiples titres pour former une nouvelle équipe avec des jeunes, quitte à ne pas obtenir le succès tout de suite, et à faire patienter sa hiérarchie, laquelle a aussi une grande part de responsabilité dans ce Waterloo. De toute façon, en misant tout sur une trentaine de joueurs avec des jeunes talents de moins de 25 ou 26 ans, encadrés par quelques anciens pas trop éloignés de la classe internationale, et en faisant preuve de continuité, il ne pourra pas faire pire que Saint-André. Toutes les grandes équipes le sont devenues de cette manière, alors que Saint-André a utilisé en quatre ans plus de 80 joueurs, dont 34 pour le Tournoi 2014 ! N’en jetons plus, car tout est consommé !

Michel Escatafal


Et ça continue encore et encore…un match ?

XV de FranceVoilà, nous venons d’avoir la composition de l’équipe qui va devoir faire en sorte que nous sortions de la Coupe du Monde avec un minimum de dignité, ou, si l’on est optimiste, pour réussir les mêmes exploits que les équipes de 1999 et 2007, à savoir battre les Néo-Zélandais. Tout d’abord disons que l’on ne change pas grand-chose finalement par rapport à l’équipe qui a fait faillite contre l’Irlande, pour la bonne raison qu’il faut faire avec les joueurs que l’on a emmené en Angleterre. On ne pouvait guère changer 7 ou 8 joueurs comme on peut le faire dans le Tournoi des 6 Nations. Donc on va jouer sur la fierté, sur l’impossible exploit, étant entendu « qu’impossible n’est pas français », comme l’aurait dit Napoléon, lequel a pu s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner, même si l’on est dirigé par un génie, lui-même aidé par de grands soldats, si tous les ingrédients pour la victoire ne sont pas rassemblés.

Or, justement celui qui dirige la manœuvre de cette équipe de France n’a rien d’un génial sélectionneur, pas plus que ses lieutenants. Et pourtant tous furent de grands soldats du XV de France à des époques différentes, à commencer par le sélectionneur qui, ne l’oublions pas, marqua un des essais du dernier siécle en 1991 (contre l’Angleterre à Twickenham), son acolyte, Lagisquet, participant activement à un autre des plus merveilleux essais construits par le XV de France dans sa longue histoire, en demi-finale de la Coupe du Monde 1987. Si je fais ce rappel historique, c’est d’abord pour montrer que, malheureusement, ces deux XV de France que j’ai évoqués à travers ces essais d’un autre monde, avaient dans leurs rangs des joueurs infiniment meilleurs que ceux dont dispose de nos jours le rugby français.

A cette époque, il n’y avait dans le XV de France pratiquement que des joueurs figurant parmi les meilleurs du monde, notamment dans les lignes arrières. Qu’on en juge : cinq figuraient déjà dans l’équipe vainqueur de l’Australie en demi-finale de la Coupe du Monde 1987, et ils s’appelaient Blanco, Sella, Mesnel, Didier Camberabero et Berbizier. Ensuite, les départs de Lagisquet et Charvet furent compensés par l’arrivée de Lafond et…Saint-André, qui récupéra lors de ce fameux Angleterre-France de 1991 un merveilleux coup de pied de recentrage de Didier Camberabero, ce qui ponctuait une relance de la ligne de but ou presque initiée par Blanco, lui-même aujourd’hui dans le staff de l’équipe de France. Tout cela pour dire que je n’aurai pas la cruauté de comparer les joueurs poste pour poste tellement il y a une différence de classe entre eux. Aucun joueur des lignes arrières de l’actuel XV de France n’aurait sa place dans les équipes dont je viens de parler, pas même le plus doué de tous en classe intrinsèque, Michalak, en raison de ses 33 ans. Je vais être méchant, mais qui oserait comparer Spedding à Blanco, ou pire Sella à Dumoulin ou encore plus pire si c’est possible, Parra à Berbizier. N’en jetons plus !

Et dire que c’est beaucoup sur les quatre joueurs que je viens de citer que Saint-André, ailier très supérieur en son temps à Nakaitaci ou Dulin, mise pour redonner des couleurs à l’attaque française. On comprend aisément que ceux qui connaissent un minimum le rugby, pour avoir eu un ballon dans les mains pendant quelques années, se demandent à quelle sauce notre équipe va être mangée. Je précise au passage que si je n’ai parlé que des lignes arrières, c’est parce que notre pack, s’il a récupéré de ses efforts contre l’Irlande, peut peut-être surprendre celui des All Blacks, en tout cas ne pas être outrageusement dominé. Et si c’était le cas, qui sait ce qui peut se passer, d’autant qu’un match de rugby reste un match à jouer et à gagner ?

Cela dit, reconnaissons que Saint-André aurait pu jouer son va-tout d’une autre manière en faisant rentrer des joueurs frais, mais cet homme ne veut jamais prendre le moindre risque. En écrivant cela je veux souligner le manque de logique du sélectionneur, qui n’a pas l’air de réaliser que les Néo-Zélandais sont quand même plus forts que les Irlandais. Dans ce cas, pour gagner ce match, il fallait peut-être introduire un peu de folie, et ne pas hésiter à lancer d’entrée Grosso à l’aile, Kockott à la mêlée ou Nyanga en troisième ligne. A ce propos on peut se demander pourquoi on a fait venir Grosso et ce même Kockott…pour ne pas les faire jouer. Et pourtant le match contre l’Irlande, premier match vraiment dur pour le XV de France dans cette Coupe du Monde, nous avait démontré que  Tillous-Bordes n’était pas un grand demi de mêlée, et que celui qui l’a remplacé, Parra, avait été fantomatique. Et ce n’est pas le remplacement de Bastareaud par Dumoulin qui va nous rassurer. En fait, le seul changement intéressant se situe devant, avec l’arrivée dans le XV de départ de Le Roux en troisième ligne. Au moins avec lui, comme cela aurait été le cas avec Kockott, on aura un joueur qui n’a peur de rien ni personne. La preuve, il veut « défoncer »Mac Caw. Certes ce n’est pas comme si c’était fait, mais au moins on a un guerrier dans cette équipe.

Néanmoins ces propos belliqueux, dans le bon sens du terme, ne nous empêchent pas d’être très inquiet sur le résultat, car il va falloir défendre pendant 80 minutes face à des All Blacks qui, soyons-en sûrs, vont attaquer ce match à fond, ce qui va exiger de nos joueurs une énorme dépense physique…qui pourrait nous coûter cher en fin de match, comme ce fut le cas contre les Irlandais. En outre, cette fois les Blacks ne commettront pas l’erreur de sous-estimer les Français, parce que ceux-ci ont la réputation de n’être jamais aussi dangereux que lorsqu’on ne les attend pas. Il n’empêche, même si l’on fait preuve d’un optimisme forcené, même si ceux qui croient au ciel vont faire brûler des cierges, on ne voit pas comment cette équipe pourrait battre les Néo-Zélandais.

Toutefois c’est ce que nous disions et écrivions il y a quatre ans, et la France perdit d’un point (8-7) une finale de Coupe du Monde qu’elle n’aurait jamais dû perdre…face à ces mêmes Néo-Zélandais, lesquels furent avantagés par des décisions arbitrales souvent très contestables. Ah cette fin de match haletante, avec un Trinh-Duc ébourrifant, qui avait remplacé Parra blessé par un coup de genou de Mac Caw! Au fait, il est où Trinh Duc ? A Montpellier, tandis que Parra est toujours là, même s’il a réussi l’exploit samedi dernier d’être encore plus nul que Tillous-Bordes quand il est rentré, peu après la mi-temps. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Saint-André, qui a toujours privilégié la densité physique, n’a pas utilisé davantage Kockott ? J’arrête là, car certains vont trouver que je fais une fixation sur Parra. Ils ont tort si c’est le cas, parce que je souhaite de tout cœur la victoire du XV de France, et je maintiens que Kockott et même Machenaud sont meilleurs joueurs que Parra, et en plus eux aussi savent buter.

Michel Escatafal


Quand la France remportera-telle la Coupe du Monde de rugby ?

CdM2015Jusqu’à ces dernières années le XV de France avait toujours eu des joueurs qui figuraient parmi les meilleurs à leur poste, au point d’être surnommés par les Britanniques Monsieur Rugby (J. Prat) ou Docteur Pack (Mias). Il arrivait aussi que certains se révèlent lors d’une Coupe du Monde, et deviennent ensuite des éléments de base de notre équipe, alors qu’on ne comptait pas sur eux auparavant. Si je ne devais citer qu’un exemple, je prendrais celui de Didier Camberabero, lors de la Coupe du Monde 1987, passé en quelques semaines du statut d’éternel espoir à celui de grand joueur…en ayant pourtant opéré lors de cette Coupe du Monde à plusieurs places (arrière, ailier) qui n’étaient pas la sienne. Mieux même, au départ pour la Nouvelle-Zélande où se disputait l’épreuve, il n’était pas dans l’avion parce que remplaçant de remplaçants, mais il sut saisir sa chance quand on la lui donna et monta en puissance jusqu’à la finale, opérant à l’aile, poste où seul son immense talent lui permit de tenir son rôle contre l’Australie (face à Burke) en demi-finale et contre la Nouvelle-Zélande en finale (face à Green). Pour mémoire je rappellerais que Didier Camberabero est toujours le meilleur marqueur français en équipe de France sur un seul match (30 points contre le Zimbabwe en 1987).

Voilà pour ce petit rappel historique, mais je pourrais en trouver bien d’autres qui témoignaient de la richesse de notre rugby. Je parle évidemment à l’imparfait, parce que la France aujourd’hui n’a plus de grands joueurs, c’est-à-dire de joueurs capables de figurer dans n’importe quelle équipe de l’hémisphère Sud et à certains postes de l’hémisphère Nord. Voilà pourquoi je ne ferais pas comme tout le monde en critiquant tant et plus le sélectionneur, Philippe Saint-André, même si j’ai des doutes sur sa capacité à être un coach de très haut niveau, et même si sa manière de communiquer est ahurissante de niaiserie. Sur ce plan comme sur les autres, Bernard Laporte, l’actuel entraîneur du RC Toulon, lui a toujours été supérieur. Pour autant, à l’époque où il était sélectionneur, Laporte disposait de joueurs beaucoup plus forts qu’aujourd’hui, et ce dans toutes les lignes. La preuve on compte encore beaucoup sur Michalak, grande vedette du XV de France…en 2003, qui formera la charnière avec Tillous-Borde et l’éternel Parra, deux demis de mêlée loin du niveau d’Elissalde en 2007 ou de Galthier en 1999 et 2003, ou encore de Berbizier en 1987, pour ne citer qu’eux. La remarque vaut aussi pour les autres postes, et en disant cela je pense à celui de trois-quart centre, où Jauzion n’a jamais été remplacé, malgré les qualités intrinsèques de Fofana.

Tout cela signifie que Saint-André, Lagisquet et Bru, aidés par Blanco, tous grands anciens du XV de France n’ont pas à leur disposition un réservoir de joueurs de valeur internationale, sans lequel les espoirs de remporter une épreuve comme la Coupe du Monde est presque illusoire. Au passage, je rappellerais une énième fois que la France est la seule des grandes nations du rugby, notamment quant au nombre de licenciés, à ne pas avoir gagné la Coupe du Monde. Certes on me dira qu’elle est allée trois fois en finale, dont la dernière de façon miraculeuse, une finale qu’elle aurait d’ailleurs dû remporter. Et peut-être que cette fois ce sera la même chose, même si je n’y crois pas, parce que personne ne voit la France triompher, un contexte que le XV de France adore. Il ne gagne jamais quand il est favori, mais il est toujours capable de créer la surprise quand il est un simple outsider. En fait, le XV de France se comporte comme les équipes amateurs dans la Coupe de France de football…ce qui a ses limites, dans la mesure où je ne me souviens pas avoir vu une équipe amateur remporter la Coupe de France. Je pourrais faire la même comparaison avec le tennis féminin, où la semaine dernière on a vu l’Italienne Roberta Vinci (43è mondiale) s’imposer à 32 ans contre Serena Williams (21 victoires en grand chelem) en demi-finale de l’US Open, puis se faire battre par Flavia Pennetta qui n’avait jamais fait mieux auparavant qu’un ¼ de finale à Roland-Garros. De la même manière, nos rugbymen n’ont jamais réussi à confirmer en Coupe du Monde leurs exploits contre l’Australie en 1987 (battus en finale par la Nouvelle-Zélande), contre la Nouvelle-Zélande en 1999 (battus en finale par l’Australie) ou contre cette même Nouvelle-Zélande en 1/4 de finale en 2007 (battus par l’Angleterre en demi-finale).

Fermons la parenthèse, et revenons au manque de richesse du XV de France, en évacuant immédiatement la question des étrangers opérant dans notre championnat. Certes parmi ces derniers tous ne sont pas meilleurs que certains Français à leur poste, mais d’autres peuvent permettre d’élever le niveau de certains de nos joueurs. En plus, si ces étrangers sont bons, ils peuvent jouer au bout de trois ans en équipe de France s’ils n’ont pas été sélectionnés dans leur pays. Parmi les joueurs sélectionnés pour la Coupe du Monde il y en a plusieurs, qui s’appellent Atonio le pilier (Nouvelle-Zélande), LeRoux (Afrique du Sud) et Kockott (Afrique du Sud). On observera au passage qu’aucun de ces joueurs ne figure dans l’équipe de départ contre l’Italie samedi prochain, Kockott n’étant même pas sur la feuille de match…alors que nous sommes nombreux à penser que c’est notre meilleur demi de mêlée, en tout cas celui qui a le plus de potentiel avec sa vitesse et sa puissance, sans oublier ses qualités de buteur. Ce n’est sans doute pas le meilleur numéro 9 du monde, mais il a des qualités qui ne s’acquièrent pas uniquement avec le travail.

Ah le mot « travail », combien de fois l’avons-nous entendu pendant le reste de la saison, dans la bouche de Saint-André et des joueurs. Mais, comme je l’ai dit et répété plusieurs fois, le travail ne fera pas courir plus vite Parra, ni ne donnera à Bastareaud l’aisance technique attendu d’un grand centre. Le travail permet de progresser, de s’améliorer dans des domaines tels que le jeu au pied ou la précision dans les tirs au but, permet aussi de gagner en cohésion sur les phases statiques, pour ne citer que cela, mais le travail ne sera pas suffisant pour donner au XV de France au moins une dizaine de joueurs de niveau international, si nous ne les avons pas…ce qui est hallucinant quand on a 262.000 licenciés, soit presque trois fois moins que l’Angleterre (716.000), presque deux fois moins que l’Afrique du Sud (464.000), mais presque deux fois plus que la Nouvelle-Zélande (142.000) et beaucoup plus que l’Australie (190.000), cette dernière nation fortement concurrencée par le rugby à 13, qui a pourtant remporté deux Coupes du Monde (1991 et 1999).

Evidemment je ne vais pas dire ce qu’il faudrait faire pour que notre équipe nationale retrouve des avants comme elle en a eu tellement par le passé de l’époque de J. Prat-Mias à celle plus récente du début des années 2000 avec Califano, Ibanez, Pelous, Benazzi, ou pour retrouver des lignes arrières comme celles de Lourdes dans les années 50, ou des attaquants comme Boniface, Maso, Trillo, Sella ou Charvet, Blanco ou Lagisquet, voire Saint-André qui était un excellent ailier, en passant par N’Tamack, Dominici et un peu plus tard Jauzion, Clerc, Rougerie etc. Si je ne donne pas de conseils, c’est d’abord parce que je ne suis pas éducateur de rugby, mais aussi parce que notre pays regorge de coachs anciens grands joueurs…ce qui ne se voit pas. Pourquoi ? Parce que nos structures ne sont pas à la hauteur du professionnalisme exacerbé que l’on essaie d’imposer au rugby depuis 20 ou 25 ans.

En disant cela je pense à notre Top 14, pas du tout adapté à ce professionnalisme. Imagine-t-on voir le championnat de Ligue 1 continuer à se dérouler pendant la Coupe du Monde de football ? Certainement pas. Et ceci n’est qu’un aspect de la question qui permettra à notre rugby national de se comporter comme un sport authentiquement professionnel, ce que certains dirigeants comme Mourad Boudjellal ont parfaitement compris. Mais il est bien seul, et sans doute trop seul…ce qui lui vaut de multiples critiques de toutes sortes qui prouvent que ceux qui aiment le rugby dans notre pays sont, en grand nombre, profondément passéistes. En attendant combien de temps faudra-t-il pour que le XV de France gagne la Coupe Du Monde ? 20 ans, 30 ans ? Les Français mettent toujours beaucoup de temps à remporter les grandes épreuves, et pas que dans le rugby. Il n’y a qu’à regarder les palmarès du football, du tennis, de la Formule 1, du cyclisme, bref de la quasi-totalité des sports médiatisés.

Michel Escatafal


Nos rugbymen pourraient devenir des héros en 2015, y compris ceux qui sont nés à l’étranger

K et SAvant de parler rugby, je voudrais souligner une fois encore combien le monde du sport est plein de contradictions. Si j’écris cela c’est parce que je viens de lire sur différents sites que si Angel Di Maria n’a pas signé cet été au Paris Saint-Germain, c’est tout simplement parce qu’il lui était interdit de recruter un autre joueur après l’achat de David Luiz. C’est donc bien ce fameux et ridicule fair-play financier qui a empêché le PSG de se renforcer comme il l’aurait souhaité, pendant que le Real Madrid, le FC Barcelone ou plus encore Manchester United dépensaient des sommes folles pour se renforcer…malgré un niveau de dettes considérable, alors que le PSG n’en a pas. Et après certains nous expliqueront que le fair-play financier est une bonne chose, ce qui est vrai…pour empêcher les clubs ayant des actionnaires richissimes de concurrencer les clubs historiques, lesquels ne veulent pas partager le gâteau qui est le leur depuis des décennies. Il sera amusant de voir le résultat de la plainte formulée par certaines associations auprès du tribunal de première instance de Bruxelles, dont on ne voit pas comment il pourrait entériner ce fair-play financier tel qu’il est. Après tout, comment empêcher des gens qui ont de l’argent de l’investir dans le football…comme d’autres l’ont fait quelques années auparavant ? Ce serait d’autant plus curieux qu’en Europe on ne parle que de concurrence en matière économique. Pourquoi ce qui est valable partout, y compris pour le rail, l’eau ou l’énergie, ne le serait pas pour le football ?

Fermons cette introduction sur l’économie du sport pour parler à présent de rugby, ce que je n’avais pas fait depuis un certain temps. Il est vrai que depuis plusieurs années notre équipe de France n’avait pas de quoi enthousiasmer les foules tant au niveau des résultats que de la manière dont elle s’y prenait pour essayer de gagner ses matches, ce qui n’arrivait que très rarement face aux grandes nations du rugby. Or hier soir le XV de France a battu un des ténors du rugby mondial, deux fois vainqueur de la Coupe du Monde (1991 et 1999) et finaliste en 2003. Cette performance est d’autant plus méritoire que les joueurs français ont non seulement gagné, mais aussi réussi des actions offensives auxquelles nous n’étions plus habitués, ce qui a cloué le bec de ceux qui prétendaient que la victoire contre les Fidji (40-15) ne signifie rien, alors que les Fidjiens ont superbement résisté aux Gallois samedi après-midi (13-17). Une victoire aussi qui n’est pas dû à l’arbitrage « maison » de Monsieur Owens, lequel, malgré un match globalement correct, a fait preuve d’une certaine mansuétude vis-à-vis des Australiens, notamment sur certains placages litigieux, alors qu’il n’a pas hésité à sortir un carton jaune pour Talès, au demeurant mérité si l’on applique le règlement avec toute sa rigueur, alors que ce dernier venait à peine de rentrer en jeu.

Mais me direz-vous, comment le staff de l’équipe de France a-t-il pu rétablir aussi vite une situation que d’aucuns jugeaient désespérée il y a quelques jours, surtout en vue de la prochaine Coupe du Monde dans moins d’un an, après trois ans de tâtonnements ? Est-ce déjà l’effet Blanco, qui est venu apporter sa touche personnelle à notre équipe nationale, ce qui fait dire à certains que c’est lui le vrai sélectionneur du XV de France ? Peut-être, pourquoi pas ? En tout cas, on a l’impression que les joueurs français sont plus libérés qu’avant, et qu’ils n’ont plus peur de prendre certains risques comme ces dernières saisons, sans parler aussi de leurs progrès dans le domaine de la conquête. Autant de questions, auxquelles on aura la réponse dans le prochain Tournoi des 6 nations.

En revanche il semble certain que les sélectionneurs ont enfin trouvé les hommes qu’il fallait à certains postes, et notamment au niveau de la charnière. Il aura fallu en essayer une bonne quinzaine avant, enfin, d’en avoir une ou deux qui tiennent la route au niveau international. Certes là aussi il ne faut pas s’emballer trop vite, mais à la mêlée Tillous-Bordes et plus encore Kockott apportent ce qu’un Parra par exemple, malgré ses  plus de 50 sélections, n’a jamais pu amener au XV de France, notamment cette capacité à accélérer le jeu afin de mettre ses partenaires dans les meilleures conditions. Comme je l’ai écrit dans un article sur lui il y a presque deux ans (Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur), le demi de mêlée clermontois est d’abord et avant tout un excellent buteur, mais cela ne suffit pas au niveau international, surtout face aux numéros 9 des grandes nations du rugby. En tout cas, en deux matches contre les Fidji et l’Australie, Tillous-Bordes et plus encore Kockott ont démontré des qualités que l’on n’a jamais connues chez Parra. Doté d’un très bon jeu au pied, Kockott est rapide, puissant, et en plus c’est un gagneur dans tous les sens du terme, un de ces demis de mêlée capable de galvaniser son paquet d’avants, surtout quand le jus commence à faire défaut. Avant-hier soir, par exemple, il a remarquablement géré la fin de match, à un moment où les Français à 14, avec Atonio blessé, étaient sur le point de craquer. En outre son pied n’a pas tremblé quand il s’agissait de passer, à plus de 40 m, la pénalité de « la gagne » à 8 minutes de la fin du match

Oui, je pense que le XV de France a peut-être trouvé ses deux charnières pour la Coupe du Monde avec Tillous-Bordes et Lopez et celle qui aurait ma préférence composée de Kockott et Trinh-Duc. Là on a l’impression que c’est du solide, avec en outre dans les deux cas un buteur aussi prolifique et régulier que Parra. Mais notre XV national a sans doute aussi retrouvé un pack qui avance, comme en témoignent ses prestations contre les Fidgi et surtout contre l’Australie. Contre les Wallabies, les Français ont été dominés au début du match en mêlée, mais ils ont vite rectifié le tir et ont fini par être dominateurs, sauf tout à fait en fin de match. Ils disposent aussi d’un alignement qui leur a permis de récupérer bon nombre de lancers en touche. Et surtout, à côté des valeurs sûres que sont Dusotoir, Papé, Maestri ou Guirado, il a su trouver des joueurs comme les Toulonnais Menini et Chiocci, sans oublier le surpuissant pilier Atonio et le troisième ligne sud-africain Le Roux, qui a fait un match énorme samedi soir. Tout ce joli monde pouvant être accompagné à la Coupe du Monde par Picamoles, Nyanga ou même Haridornoquy qui, à Toulouse, retrouve une nouvelle jeunesse. Et derrière il y a aussi du beau monde, avec les révélations de Thomas et  Dumoulin, mais aussi Lamerat, plus des joueurs confirmés comme Fofana, Fritz, Huget ou Bastareaud, sans oublier Dulin et Spedding, pour ne citer qu’eux.

Au fait, j’observe que j’ai beaucoup parlé de joueurs étrangers ou d’origine étrangère, attribut qui semble beaucoup gêner nombre de Français qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de Kockott, Le Roux, Atonio, Spedding, ou encore Claessen, tous nés hors de notre pays. Ah les Français, ils ont quand même du mal avec les étrangers, même si leur nom se termine par a, i ou o, ce qui signifie qu’eux-mêmes sont nés de parents ou grands-parents issus de l’immigration, pour notre plus grand bonheur. Et oui, nombre de Français sont vraiment incorrigibles, alors qu’ailleurs ça ne choque pas grand-monde d’avoir dans son équipe nationale des joueurs étrangers, y compris en Nouvelle-Zélande alors que ce pays a une pépinière très riche en joueurs de talent. Certains s’en sont émus, mais les supporters des All Blacks se sont plutôt réjouis que l’on ait sélectionné le remarquable centre tongien Malakai Fekitoa.

Cela étant, rassurons-nous, car si d’aventure les Français remportaient la finale de la Coupe du Monde en 2015 grâce à un essai en dernière minute de Spedding, transformé par Kockott, les supporters du XV de France seraient les premiers à oublier que ni l’un ni l’autre ne sont nés à Mirande ou à Bayonne. En revanche, malheur à eux si la France était éliminée en demi-finale par la faute d’un coup de pied contré. Je vois d’ici les forumers s’insurger sur le fait  d’avoir sélectionné ces joueurs formés à l’étranger, au détriment de joueurs nés à Lavelanet ou Castelnaudary. Que tout cela est triste ! C’en serait même risible, si cela n’avait pas des relents de chauvinisme exacerbé. Heureusement mes parents ne m’ont pas élevé de cette manière, ce qui fait que mon rugbyman préféré s’appelle S.B. Williams suite à la retraite de Wilkinson, mon coureur cycliste préféré est Alberto Contador, mon pilote de Formule 1 favori est Kimi Raikkonen malgré son problème de train avant cette année sur sa Ferrari et pour le football c’est Pastore. Ah j’oubliais, même si je ne connais rien au basket, j’ai une énorme admiration pour Tony Parker, notre emblématique basketteur NBA, né à Bruges (Belgique), fils d’une mère néerlandaise, d’un père américain et marié à une française. En somme un vrai représentant d’une grande partie de la population de notre pays. J’espère qu’à Rio de Janeiro, aux J.O. 2016, ce sera notre porte-drapeau, car nul n’a davantage l’amour du maillot bleu frappé du coq que lui.

Michel Escatafal


Doussain et Picamoles : ça ressemble un peu à Gachassin et les Boni en 1966

DoussainPicamolesAvant de parler rugby, je voudrais dire deux mots à propos de deux informations récentes qui m’ont interpellé, à savoir le fait que le xénon (gaz rare) soit un produit dopant efficace et indécelable…depuis plus de dix ans, et la victoire de Pervis aux championnats du monde de cyclisme sur piste qui se déroulent en ce moment à Cali. Parlons d’abord de ce fameux xénon qui fait la une de l’actualité sportive depuis la fin des J.O. de Sotchi, en notant qu’après dix ans d’applications plus ou moins prouvées, l’Agence mondiale antidopage (AMA) commence (enfin !) à s’y intéresser de près. Cette même AMA qui fut si prompte à condamner Contador à deux ans de suspension pour quelques traces de clembutérol dans ses urines, alors que le xénon est infiniment plus puissant comme dopant, sans le moindre risque d’être pris par la patrouille antidopage.

Certes, je suis supporter de Contador, mais qui peut croire que le Pistolero aurait été assez naïf pour prendre sciemment un produit interdit et très facilement détectable, alors qu’il avait à sa disposition le xénon qui est indécelable. A moins qu’il n’ait pas eu connaissance du xénon…qui doit toutefois ne pas être un produit inconnu dans le peloton, même si son application doit être extrêmement pointue à mettre en œuvre, sauf à prendre de gros risques pour la santé des coureurs. En tout cas, voilà une preuve de plus que dans le sport les contrôles ont toujours un train de retard sur les nouveaux produits, ce qui n’empêche pas le cyclisme (seul sport à agir ainsi) de changer constamment les palmarès des courses et de jeter l’opprobre sur ses champions.

Pour quel bénéfice ? Aucun, si j’en crois le nombre de réactions chez nous  suite à la victoire cette nuit de Pervis, pourtant un de nos plus grands champions, tous sports confondus. Pauvre vélo, qui ne cesse de s’infliger des blessures d’autant plus mortelles que cela ne fait que le discréditer un peu plus aux yeux des instances sportives, au point de voir le CIO en faire une variable d’ajustement pour son programme olympique, alors que le vélo est une discipline historique des Jeux Olympiques. Cela dit, passons à autre chose et parlons rugby, autre sport où son fonctionnement depuis l’apparition du professionnalisme est presque aussi attristant que celui du cyclisme.

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs pour ce qui concerne le XV de France, ce qui est valable aussi pour d’autres sports, notamment le football. C’est toujours la même chose, chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Saint-André on a du mal à imaginer que son bail aille au-delà de la prochaine Coupe du Monde…à moins de la gagner, ce qui paraît inconcevable aujourd’hui.

Or la Coupe du Monde c’est l’année prochaine, et le moins que l’on puisse dire est que nous ne la préparons pas comme nous devrions le faire en tant que grande nation de rugby. Oui, j’ai bien dit grande nation de rugby, parce que la France compte un nombre considérable de joueurs licenciés (un peu moins de 300.000), en comparaison avec la Nouvelle-Zélande (145.000) ou l’Australie (200.000). Certes nous sommes loin de l’Angleterre (plus de 700.000), ou de l’Afrique du Sud (plus de 450.000), mais nous nous situons à la troisième place dans le (petit) monde du rugby, ce qui n’est pas rien.

Cela dit, parmi les cinq pays que je viens de citer, la France est la seule nation à ne pas avoir remporté la Coupe du Monde, ce qui démontre que quelque chose ne tourne pas rond dans notre rugby national. Et ce n’est pas nouveau, car à part quelques périodes fastes comme le sport français en général sait en avoir de temps en temps, le XV de France a rarement été au rang où il devrait être compte tenu du nombre de joueurs opérant dans notre pays. Compte tenu aussi du fait que le Top 14 est sans doute le meilleur championnat au monde, réflexion qui va peut-être en agacer certains, les mêmes affirmant que cela peut-être un handicap pour l’équipe de France en raison du nombre considérable de joueurs étrangers opérant dans notre pays, et pas seulement dans le Top 14.

Mais il n’y a pas que cela, à commencer par la très mauvaise gestion de ce Top 14. Sur ce plan le rugby français est resté très amateur, et pas du tout professionnel. La preuve, un club comme le Stade Toulousain, plus grand club français de l’histoire de notre rugby, au-dessus du FC Lourdes, de l’AS Béziers ou du SU Agenais, pourrait très bien se voir écarter des demi-finales du Top 14 parce que ses effectifs sont décimés par l’Equipe de France, en raison des nombreux doublons générés par les matches internationaux. Voilà un problème complètement abracadabrantesque que notre rugby professionnel est incapable de résoudre, parce qu’on ne veut pas réduire le nombre de matches joués par les clubs de l’élite. Pourquoi, en effet, ne pas créer deux poules de dix franchises, avec, pour conclure le championnat, deux demis finales et la finale, les deux premiers de chaque poule étant qualifiés pour les demi-finales.

Cela ferait au total un maximum de vingt matches de championnat dans la saison contre vingt huit aujourd’hui, ce qui fait une énorme différence. Et même avec les coupes européennes en supplément (ce qui ne change rien puisqu’elles existent déjà), on ne serait plus dans les mêmes cadences infernales. Enfin, cela permettrait de faire reposer les joueurs les jours de matches internationaux, mis à part évidemment les sélectionnés. Certains vont me dire que cette solution apparaît trop simpliste, parce que nos clubs veulent jouer un maximum de matches pour pouvoir payer les charges de plus en plus lourdes auxquelles ils sont confrontés. C’est une hérésie d’affirmer pareille chose, dans la mesure où nombre de clubs sont contraints d’avoir un effectif plus important pour couvrir la saison et les doublons, sans oublier les jokers médicaux de plus en plus nombreux en raison des cadences infernales évoquées précédemment (voir mon article  Les affres du rugby professionnel…)

Mais tous ces problèmes relevant du plus pur amateurisme sont aggravés par l’incompétence des décideurs de la Fédération, lesquels semblent incapables en plus de s’offrir un sélectionneur au top. Qu’avait fait Saint-André à Toulon avant d’intégrer le XV de France, alors qu’il avait à sa disposition un matériel humain incomparable ou presque ? Poser la question c’est y répondre, et force est de reconnaître qu’un de ses prédécesseurs à la tête du XV de France, B. Laporte, a beaucoup mieux réussi que lui dans ses fonctions d’entraîneur du RC Toulon, comme il avait obtenu de bien meilleurs résultats à la tête de l’équipe de France. En fait, Laporte a surtout manqué sa Coupe du Monde en France (en 2007), même si la victoire finale s’est peut-être jouée dans les dernières minutes de la demi-finale contre l’Angleterre, sur une cuillère miraculeuse et désespérée d’un Anglais sur Vincent Clerc filant à l’essai, à quelques mètres de la ligne d’en-but.

En outre, sans être doté d’un jeu vraiment emballant, le XV de France sous l’ère Laporte avait beaucoup progressé en discipline, ce qui était une nouveauté pour le rugby français. Enfin, ce même Laporte avait su donner ou redonner au XV tricolore une culture de la mêlée aujourd’hui perdue…ce qui est une nouveauté pour le rugby français au niveau international, après de nombreuses années où les Français étaient intraitables dans ce secteur de jeu. Ce l’était tellement que Marc Lièvremont, l’ancien sélectionneur, en avait presque fait une manière de jouer, misant tout sur la puissance de sa mêlée pour offrir des pénalités à ses buteurs. Aujourd’hui le XV de France n’a plus cette arme, ce qui le rend extrêmement vulnérable, vu que Saint-André a été incapable d’offrir à son équipe un schéma de jeu cohérent.

Saint-André a aussi un autre défaut extrêmement ennuyeux pour un manager, à savoir ne pas reconnaître ses responsabilités dans les manques actuels du XV de France. J’ai été outré de la manière dont on a condamné Doussain et Picamoles à l’issue du match contre le Pays de Galles. Comme si ces deux joueurs portaient sur leurs seules épaules les insuffisances de notre rugby professionnel! Certes Picamoles n’a pas été aussi important et fringant que d’habitude. Certes Doussain a été loin d’évoluer au niveau d’excellence qui est le sien depuis le début de la saison avec le Stade Toulousain, et même avec l’équipe de France contre l’Angleterre et l’Italie. Peut-être tout simplement était-il fatigué par les deux matches du Tournoi, plus celui disputé la semaine avant avec son club, ce quatrième gros match étant au-dessus de ses forces ?

En outre, comme je ne cesse de le répéter, si par malheur un demi de mêlée manque son match, il est immédiatement remplacé par…Parra. Et oui, le revoilà le numéro 9 de Clermont-Ferrand, avec son pied gauche qui, il faut le reconnaître, est incontestablement le plus sûr des sélectionnés du XV de France, en attendant que Kockott soit sélectionnable, ce qui règlerait le problème dans la mesure où Kockott est aussi précis que Parra sur les coups-de-pied placés, et bien supérieur comme joueur de rugby. Cependant pour marquer des points avec les pieds, il faut avoir la possibilité de pouvoir passer des pénalités, ce qui veut dire aussi dominer son adversaire en jouant dans son camp et en dominant son sujet à commencer par la mêlée, comme je le disais précédemment. De plus, comme Saint-André le savait ou aurait dû le savoir, Parra n’est pas sélectionnable, malgré la mansuétude de la Commission de discipline à son égard, à la suite de sa deuxième expulsion en moins de quatre mois en championnat dimanche dernier.

Pourquoi dans ces conditions l’avoir sélectionné, sachant que la Commission ne pouvait en aucun cas ne pas sanctionner Parra puisqu’il y avait récidive ? Pourquoi aussi l’avoir sélectionné et enfoncer un peu plus Doussain, alors que Saint-André a pris pour prétexte les mots de Picamoles avec l’arbitre pour le sanctionner pour un comportement  irrespectueux, disant que « le respect est le socle de nos valeurs » et « qu’il est important d’envoyer un signal à tous les joueurs et de rappeler qu’avoir le privilège de porter le maillot orné du coq leur impose des devoirs et des obligations ». Très bien, mais alors pourquoi sélectionner un joueur sorti pour brutalité à deux reprises en moins de quatre mois, qui plus est un joueur comptant plus de 50 sélections ? Et que dire du comportement de Papé, le capitaine, qui fustige son jeune équipier Bonneval, pour ne pas avoir récupéré une passe qu’il lui avait adressé, alors que cette passe était irrattrapable. Voilà ce que je voulais dire aujourd’hui à propos de Saint-André, qui n’est vraiment pas l’homme de la situation pour le XV de France. Quel dommage que Guy Novès, le manager toulousain, qui au passage a vigoureusement défendu Doussain après son match contre les Gallois, ne veuille pas de la place occupée par Saint-André ! Cela étant Novès est trop professionnel, et connaît trop bien son sujet…et le fonctionnement des instances de notre rugby pour se lancer dans pareille aventure.

Michel Escatafal


Kockott-Talès : une charnière pour le XV de France en 2015?

C.O.Avant de parler du match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande, je voudrais simplement souligner le classement des buteurs du championnat de France de Ligue 1. Pourquoi ? Tout simplement parce que les trois premiers de ce classement sont trois des tous meilleurs attaquants de la planète football, à savoir Cavani, Falcao et Ibrahimovic. Qui a dit que la Ligue 1 n’est pas attractive ? Certes, pour le moment il n’y a que de deux clubs qui peuvent se payer de telles vedettes, le PSG et l’AS Monaco, mais est-ce très différent dans les autres pays ? Combien de clubs en Espagne peuvent rivaliser avec le Real et le Barça ? Un seul, et encore à certains moments : l’Atlético de Madrid. Idem pour l’Allemagne, où le Bayern écrase tout. Seule l’Angleterre a un petit cercle d’équipes, mais au classement final on retrouve toujours les deux Manchester, Chelsea, et ensuite Arsenal, voire Liverpool cette année. Reste le cas de l’Italie…qui n’a plus les moyens de faire venir de grandes stars, et où s’opère un nivellement par le bas, derrière la Juventus.

Un dernier mot sur le sujet, pour noter qu’il ne faut jamais juger un joueur arrivant dans un nouveau championnat sur ses premières prestations. On s’était enflammé à propos des débuts de Pastore au PSG il y a deux ans, avant de l’enterrer sans doute beaucoup trop vite. La preuve, pour sa vraie rentrée hier contre l’OGCN, après presque un mois et demi sans jouer, il a été très bon. Quant à son équipier Van der Wiel, international néerlandais et finaliste de la dernière Coupe du Monde, tout le monde parlait d’un flop terrible, avant de s’apercevoir que cette année il flambe dans l’équipe du PSG version Blanc, comme en témoignent ses six passes décisives cette saison, des passes décisives qui font le bonheur de Cavani et Ibrahimovic. Conclusion, mieux vaut éviter les jugements hâtifs sur les nouveaux arrivants dans un club…ce que les médias ont du mal à comprendre.

Voilà pour cette introduction sur le football, certes un peu longue, mais nécessaire quand on lit ce qui se dit un peu partout dans les journaux sportifs, avec en plus les commentaires de forumers souvent incultes sur le sport qu’ils commentent ce qui, toutefois, n’est pas toujours le cas, notamment sur le rugby. Et cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande. Un match que les Français ont perdu, sans avoir été dominés. Un match qu’ils auraient pu gagner avec sans doute un peu plus d’ambition au départ, comme je le soulignais récemment. Un match qui montre à quel point les Français forment une équipe dangereuse…quand on ne les attend pas, et contre les meilleurs. Un match aussi, qui a clairement souligné les forces et les faiblesses de notre équipe en vue de la Coupe du Monde dans deux ans. Au fait, serons-nous prêts pour cette compétition à laquelle les Néo-Zélandais, mais aussi les Sud-Africains, les Australiens et les Anglais se préparent dans le calme, comme seules savent le faire les grandes nations, à l’exception de la France, seule grande nation de rugby à n’avoir pas gagné la plus prestigieuse des compétitions, dont elle fut pourtant à l’origine de sa création (Président Ferrasse).

En écrivant ces lignes j’ai l’impression d’avoir tout dit ou presque sur la rencontre d’hier soir, ce que certains trouveront un peu réducteur, mais qui est certainement très pertinent. Oui, le XV de France pouvait gagner ce match. Oui, les Néo-Zélandais n’ont jamais été très sereins dans cette rencontre. Oui, les Français ont été battus sur deux ou trois actions qu’ils n’ont pas su convertir en points au tableau d’affichage, contrairement aux All Blacks qui n’ont pas besoin de beaucoup d’occasions pour y parvenir, à commencer par leur magnifique buteur, Dan Carter, lequel d’ailleurs est aussi et surtout un merveilleux joueur de rugby. Voilà où se situe la différence entre les All Blacks et les Bleus, les All Blacks n’étant pas les seuls à les battre dans les matches à gros enjeu. Et quand le XV de France bat la Nouvelle-Zélande, il est généralement défait par la suite, comme si en franchissant cet Everest, on avait l’impression qu’il ne savait pas en redescendre. Rappelons-nous la Coupe du Monde 2007, mais aussi celle de 1999 !

Sur le plan des joueurs, qu’ai-je retenu de cette soirée au Stade de France ? D’abord que nous avons toujours une mêlée très solide. Les années passent, mais c’est une constante pour le XV de France de mettre en difficulté tous ses adversaires sur cette phase de jeu…où il marque l’essentiel de ses points grâce aux pénalités qu’il récolte. Preuve au passage, que ceux qui critiquent l’apport des étrangers dans nos clubs de Top 14 on tort, puisque, arrivée de grands joueurs de l’hémisphère Sud ou pas, notre mêlée est dominatrice, y compris avec des piliers qui ne jouent pas nécessairement tous les matches du Top 14. Ensuite j’ai beaucoup aimé la partie de l’arrière Brice Dulin , sorte de feu-follet surdoué, qui adore relancer à la main comme le font ou l’ont fait les meilleurs à son poste. Autre surdoué, le centre Fofana, que je comparerais un peu à Jacky Bouquet, un nom qui parlera à ceux qui ont appris à jouer au rugby dans les années 50 ou 60. Pourquoi cette comparaison avec le fameux ouvreur ou trois-quart centre du CS Vienne ? Parce qu’outre ses dons d’attaquant, il a aussi comme seul défaut de « vouloir y aller seul » et d’oublier ceux qui sont auprès de lui. Cela étant, Fofana a seulement 25 ans, et donc tout l’avenir devant lui. En outre, tel qu’il est aujourd’hui, cela reste un « monstre » à son poste, car il défend aussi très bien, ce qui fait qu’il n’a guère d’équivalent dans le monde. Et comme Fritz a lui aussi fait un très bon match, notamment en défense, voilà le XV de France paré au centre jusqu’à la Coupe du Monde. N’oublions pas que Fritz (30 ans en janvier) forma avec Jauzion une paire de trois-quarts centre digne des meilleures de l’histoire de notre rugby.

J’ai aimé aussi la prestation du troisième ligne Lauret, jeune joueur hyper actif opérant au Racing-Métro, club qui, par parenthèse, recrute de nombreuses stars étrangères. Lauret a fait un gros match, la seule restriction à son encontre étant qu’il lui faut canaliser son énergie pour éviter des fautes coûteuses en points. Mais il n’a que 24 ans, ce qui autorise tous les espoirs. Rémi Talès en revanche n’est plus un espoir, mais c’est un ouvreur qui m’a étonné hier par sa solidité et par sa manière d’attaquer la défense all black. On voit qu’il a commencé sa carrière au Stade Montois, sorte de temple du rugby offensif. Il avait déjà été très bon en finale du championnat de France contre le RC Toulon en juin dernier, passant deux drops dans les dix dernières minutes. En outre son entente avec le demi de mêlée Kockott est excellente. Et si c’était ça l’avenir du XV de France avec la charnière castraise, d’autant que Kockott est un excellent buteur ? A condition cependant que Kockott opte pour l’équipe de France en 2014, et surtout à condition qu’il soit sélectionné par Philippe Saint-André, ce qui voudrait dire se passer de l’inévitable Morgan Parra.

Morgan Parra, parlons-en justement. Je ne voudrais surtout pas que l’on croit que je fais une fixation sur ce demi de mêlée, d’autant que je ne le connais que comme spectateur ou téléspectateur de rugby. Cela dit, soyons sérieux, sa prestation hier encore n’était pas du niveau d’un numéro neuf international. Qu’on le veuille ou non, Parra ne sera jamais un grand demi de mêlée, ralentissant tous les ballons d’attaque, faisant toujours le pas de trop, et extrayant les ballons avec une désespérante lenteur. Il n’a, me dira-t-on, pas encore 25 ans, mais il est ainsi depuis ses débuts en Equipe de France, et même s’il est très courageux en défense, même s’il a un tempérament batailleur (parfois trop !), même s’il est « malin » comme le souligne souvent le commentateur de France 2, c’est quand même insuffisant pour ne pas trouver meilleur que lui dans le pays. En fait, comme je ne cesse de le préciser, son seul véritable atout est sa fiabilité comme buteur jusqu’à 45 m des poteaux. C’est la raison pour laquelle je ne lui en veux nullement d’avoir manqué une pénalité aussi facile que cruciale hier soir, juste avant la mi-temps. Après tout, cela ne lui arrive quasiment jamais, et tous ceux qui ont buté dans leur vie de rugbyman réagiront comme moi.

Malheureusement il n’a pas manqué que ce coup de pied, à commencer par ceux qu’il a délivrés derrière sa mêlée, toujours trop longs. Il y a aussi cette mêlée à cinq qu’il a provoquée en première mi-temps où sa légendaire lenteur est apparue de manière criante, comme elle est apparue en deuxième mi-temps où il se fait reprendre dans la course par un joueur adverse dans ses vingt deux mètres. Bref, Parra n’est pas l’homme qu’il faut au XV de France pour la prochaine Coupe du Monde. Un dernier mot enfin à ce sujet : pourquoi, hier soir, Saint-André a-t-il fait rentrer Doussain à deux ou trois minutes de la fin ? Encore un mystère du sélectionneur, à moins de se dire qu’il espérait un improbable coup de folie du Toulousain, preuve qu’il savait bien que c’était impossible avec Parra. Folie, un mot totalement incompatible avec le jeu du joueur clermontois, mais un mot qui a caractérisé les plus belles heures du XV de France…et la peur qu’il a toujours inspiré à ses adversaires, y compris aux plus forts.

Michel Escatafal