Kopa restera à jamais le Napoléon du football

kopaStanley Matthews en 2000, Di Stefano en 2014, George Best en 2005, Josef Masopust en 2015, Lev Yachine en 1990, Eusebio en 2014, Omar Sivori en 2005, Ferenc Puskas en 2006, Sandor Kocsis en 1979, Johan Cruyff en 2016, et Raymond Kopa en 2017. Voilà un bien beau panel d’immenses footballeurs, avec l’année de leur disparition, qui, en plus d’avoir accumulé les trophées nationaux, européens ou mondiaux, ont en commun d »avoir été Ballon d’Or, plus prestigieuse distinction personnelle pour un footballeur, sauf pour les deux Hongrois (Puskas et Kocsis), que j’ai tenu à inclure dans cette liste tellement ces deux joueurs auraient mérité d’y figurer. Donc si j’écris cela, c’est aussi et surtout parce que hier matin ils ont été rejoints au paradis des footballeurs par Raymond Kopa, un des plus grands joueurs de l’histoire du football mondial, mais aussi un précurseur dans ce monde du ballon rond par son sens des affaires. Kopa n’était pas qu’un génie du jeu qui l’a amené au firmament de son sport, c’était aussi un précurseur de ce qu’allait devenir le football des années 2000, où l’argent est devenu le symbole du sport le plus connu et pratiqué dans le monde. Et de l’argent il a su en gagner…et en gagnerait encore plus aujourd’hui s’il avait 25 ans.

Parlons donc aujourd’hui de Raymond Kopa footballeur, qui est considéré par tous ceux qui connaissent l’histoire du football comme un des trois plus grands joueurs français de tous les temps avec Platini et Zidane. Bien entendu je ne vais pas faire une hiérarchie entre les trois, parce que les plus jeunes diront que c’est Zidane qui fut le meilleur, les moins anciens voteront Platini, et les plus anciens Kopa. Cependant, à défaut de désigner le meilleur, chacun sait bien que ces trois joueurs représentent ce que notre football a produit de meilleur, chacun d’eux symbolisant aussi une des plus belles périodes de l’équipe de France.

Kopa, c’est l’équipe de 1958 qui termina troisième de la Coupe du Monde, avec le titre de meilleur joueur pour son meneur de jeu. Platini, c’est l’équipe de France qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant à la fois le meilleur joueur et le meilleur buteur de la compétition (9 buts en 5 matches). Quant à Zidane, c’est la France championne du Monde 1998 (avec ses deux buts en finale) et championne d’Europe 2000. Enfin pour bien montrer que le choix des amateurs de football n’est pas subjectif, il faut se rappeler, comme je l’ai dit précédemment, que Kopa fut avec Di Stefano le meilleur joueur du Real Madrid entre 1956 et 1959, qui dominait à cette époque le monde du football de club, que Platini a été élu meilleur joueur de la Juventus toutes époques confondues, en plus d’avoir obtenu trois fois consécutivement le Ballon d’Or, et que Zidane fut avec Ronaldo (le Brésilien) le joueur qui symbolisa le Real du début des années 2000.

La véritable carrière de Raymond Kopa, qui a démarré dans la vie comme mineur, commença en avril 1951, avec le match nul du SCO d’Angers (à l’époque en D2) dans un match amical contre le Stade de Reims, qui avait remporté la Coupe de France l’année précédente, et qui comptait dans ses rangs des joueurs comme le gardien Sinibaldi, ou encore Jonquet et Penverne qui seront de la campagne de Suède en 1958, sans oublier le Hollandais Appel. Peu importe le résultat (match nul 4-4), mais ce jour-là un homme allait éclabousser le match de tout son talent, notamment par ses dribbles extraordinaires, Raymond Kopazewski. Il était tellement doué ce jeune joueur de 20 ans, fils de Polonais, qu’Albert Batteux, l’entraîneur du club champenois, s’empressa de le faire signer au Stade de Reims. Voilà comment Raymond Kopa, comme on l’appellera désormais, s’est retrouvé propulsé dans un des meilleurs clubs européens, parce que le Stade de Reims dans les années 50, c’était au minimum le top 5 du foot mondial, comme nous dirions de nos jours, avec comme différence que les les plus grands clubs avaient une équipe comportant en majorité ou presque totalement des joueurs nationaux.

Fermons la parenthèse et revenons à Kopa pour dire qu’à partir de son arrivée à Reims, sa carrière va suivre une trajectoire rectiligne qui va le mener en équipe de France à l’âge de 21 ans, sitôt après qu’il fût naturalisé français. Il honorera la première de ses 45 sélections contre l’Allemagne, le 5 octobre 1952, à Colombes devant 56.000 spectateurs. C’était une équipe très jeune qui avait été composée à cette occasion, avec Roger Marche comme capitaine et doyen d’âge (28 ans). Parmi les jeunes de cette équipe figuraient Penverne, mais aussi Cisowski qui deviendra un des meilleurs buteurs de l’histoire de notre football, l’ex-Hongrois Joseph Ujlaki qui aura eu le malheur d’arriver au sommet en même temps que Kopa, ou encore le gardien Ruminski et le défenseur Gianessi. Cette équipe allait réussir une très belle performance en l’emportant par 3 buts à 1, avec des buts d’Ujlaki, Cisowski et Strappe.

Ensuite Kopa allait devenir très vite le patron sur le terrain du Stade de Reims, avec qui il deviendra à quatre reprises champion de France, et de l’équipe de France, au point d’être appelé le 17 mars 1955 le « Napoléon du football » par les Espagnols, à l’issue d’une victoire au stade Santiago Bernabeu (où jouait le Real Madrid), contre l’Espagne (2-1), avec un but de Kopa qui fut véritablement exceptionnel ce jour-là. Cette performance du meneur de jeu français allait donner évidemment des idées au Real qui le recrutera un an plus tard, en 1956. Auparavant Kopa et le Stade de Reims avaient remporté la Coupe Latine (1953), ancêtre de la Coupe d’Europe, en battant l’AC Milan à Lisbonne (3-0) avec des buts de Jonquet, Kopa et un remarquable jeune joueur, Francis Meano, qui hélas allait trouver la mort accidentellement quelques jours plus tard à l’âge de 22 ans.

Ensuite pour Kopa ce sera l’épopée européenne avec le Stade de Reims, qui arriva en finale de la première Coupe d’Europe contre le Real Madrid (1956), après avoir notamment éliminé en quart de finale le club hongrois de Voros Lobogo, où opéraient Hidegkuti, Sandor, Sipos ou Zakarias, tous membres de la grande équipe de Hongrie de Puskas et Kocsis. Le Real Madrid remportera cette finale sur le score de 4-3, à l’issue d’un match que les Rémois n’auraient jamais dû perdre, ayant mené 2-0 après dix minutes de jeu. Ce n’était que partie remise pour Kopa, puisqu’il allait remporter les trois Coupes d’Europe suivantes en 1957, 1958, et …contre le Stade de Reims en 1959, finale qu’il finit blessé suite à un choc avec Vincent, je devrais plutôt dire une agression. Cette blessure, à la cheville droite, n’allait pas être sans conséquence, puisque cette cheville ne le laissera plus jamais tranquille jusqu’à la fin de sa carrière, malgré plusieurs opérations.

En tout cas à cette époque Raymond Kopa était considéré comme le meilleur joueur de la planète avec Di Stefano, son coéquipier du Real, un peu comme de nos jours le duel Messi-Ronaldo, sauf que les deux joueurs opéraient dans la même équipe. Pendant sa période madrilène (1956-1959) où il conquit aussi le titre de champion d’Espagne à deux reprises (1957 et 1958), Raymond Kopa joua ailier droit la plupart du temps, le poste de meneur de jeu étant réservé à Di Stefano. Pour l’anecdote je rappellerais une phrase attribuée à Raimundo Saporta, véritable bras droit du président Santiago Bernabeu, répondant à Raymond Kopa qui regrettait de ne pas pouvoir s’exprimer à son meilleur poste : « Ecoute, tu es payé, et même très bien payé. Alors tu dois savoir qu’ici le numéro un c’est Di Stefano, et le numéro deux c’est toi ! ». Néanmoins, ce poste excentré ne l’empêchera pas de marquer 48 buts en 158 matches. En outre il remportera le ballon d’Or en 1958 (accompagné par Fontaine sur le podium) et sera deuxième en 1959, derrière Di Stefano. Kopa sera aussi sacré en 1958 meilleur joueur de la Coupe du monde, comme je l’ai écrit précédemment, devant des joueurs comme les Brésiliens Didi et Pelé, remportant la troisième place avec l’équipe de France, une performance qui aurait pu être plus belle encore sans la blessure de Jonquet contre le Brésil, alors que le score était nul (1-1). Kopa, meilleur joueur, et Fontaine, meilleur buteur (13 buts), étaient au firmament du football mondial, et allaient se retrouver au Stade de Reims au début de la saison 1959-1960.

Kopa en effet, ne pouvant être libéré à sa guise pour jouer avec la sélection nationale, décide de revenir à Reims pour une durée de six ans. Ce fut le premier joueur à disposer d’un contrat à temps, pour lequel il s’était beaucoup battu, et qui allait lentement devenir la règle pour tous les joueurs (1968) qui, auparavant, appartenaient à vie à leur club, au point d’être transférés dans un autre club sans être mis au courant du transfert (cas de Penverne transféré au Red Star en 1959). Il allait aussi être le premier à devenir une icône en termes de marques avec des chaussures, des vêtements ou encore des jus de fruits à son nom. Cela dit, et pour revenir au jeu proprement dit, Kopa et Fontaine n’auront pas, hélas, l’occasion de beaucoup jouer ensemble sous le maillot rouge (Reims) ou bleu (équipe de France), car Kopa n’en finissait plus d’avoir des problèmes à sa cheville, et Fontaine devant arrêter le football à 28 ans (1962), après avoir marqué 165 buts en 200 matches de championnat et 30 buts en 21 sélections (statistiques hallucinantes, supérieures à celles de Messi et Ronaldo), suite à deux fractures de la jambe (1960 et 1961).

Kopa, pour sa part, disputera son dernier match avec l’équipe de France le 11 novembre 1962 (défaite contre la Hongrie 3 buts à 2), avant de refuser toute sélection suite à un différend avec le sélectionneur de l’époque G. Verriest, qui s’obstinait à vouloir le faire jouer ailier droit. Malgré tout, l’empreinte que laisseront les duettistes Kopa et Fontaine restera indélébile dans l’histoire du football français, et ils symboliseront à jamais le jeu à la rémoise des années 50 avec Piantoni, au point qu’on parlait à l’époque du trio Fo-Ko-Pi comme on avait parlé quelques années auparavant du trio suédois du Milan AC Gre-No-Li qui voulait dire Gren-Nordhal-Liedholm. Voilà un tout petit résumé de la carrière de Raymond Kopa, qui restera à jamais le « Napoléon du football », excellente comparaison en faisant référence au génie militaire du vainqueur d’Austerlitz .

Michel Escatafal


Les grandes équipes de club du football français depuis 1950 (1)

reims 1959ASSEOM 1993Partie 1

Voilà le type de question qui a priori n’a pas grand intérêt, pour la simple raison qu’il est très difficile de comparer les époques entre elles. Le football change beaucoup d’une période à l’autre, et l’adversité n’est évidemment pas la même. Qui oserait dire qu’il est plus facile d’aller en finale de la Ligue des Champions de nos jours que dans les années 50 ou 60, quand cela s’appelait la Coupe d’Europe des clubs champions ? Déjà la compétition n’était pas la même. Il n’empêche, on peut quand même faire une comparaison…à travers les effectifs, seul critère réellement objectif. Je vais donc prendre quelques équipes qui ont réellement marqué le football français, à savoir le grand Stade de Reims des années 50, l’Olympique de Marseille du début des années70, l’AS Saint-Etienne du milieu de cette décennie 70, l’Olympique de Marseille de 1990 à 1993, le FC Nantes de 1995, le PSG du milieu des années 90, l’Olympique Lyonnais des années 2000 et le PSG de nos jours sur lequel je n’insisterai pas outre mesure, pour avoir souvent évoqué ce club sur ce site. Cela fait 8 équipes qui, à des titres divers ont comblé les supporters français du football, pour leurs résultats français ou européens.

Comme je l’ai expliqué dans un article écrit il y a deux ans, le Stade de Reims des années 50 a longtemps été la référence absolue du football français. Son palmarès en témoigne, puisqu’il est le plus brillant au niveau européen, même si le niveau des coupes européennes dans les années 50 était très en deçà de celui d’aujourd’hui, où des sommes folles sont dépensées pour remporter la Ligue des Champions, pour laquelle sont qualifiées plusieurs équipes issues des principaux championnats européens. Il n’empêche, dans la décennie 50, le Stade de Reims pouvait se flatter d’avoir une des deux ou trois meilleures équipes européennes. La preuve, il remporta la Coupe Latine (ancêtre de la C1) en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Mieux encore, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, le Stade de Reims passa très près de la victoire face au Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes, sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. Cette défaite était d’autant plus cruelle pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des meilleures équipes de club de tous les temps, avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Verrati, Di Maria et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective, ce qui leur permit de s’imposer cinq fois de suite dans cette Coupe d’Europe des clubs champions (son appellation à l’époque) entre 1956 et 1960. Ce rappel historique s’adresse aux amateurs de football, fils d’internet, lesquels ne réalisent pas que le football a existé avant l’an 2000.

Ils ne savent pas non plus que dans cette équipe rémoise, il y avait nombre de joueurs de classe internationale tels, dès 1953, les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui aurait pu être le Messi de cette époque, qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959 (défaite 2-0). Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait même tomber en deuxième division à la fin de la saison 1963-1964. En France, surtout dans le sport et plus particulièrement dans le football, il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Si j’écris cela c’est tout simplement parce que notre pays est le seul où les grands clubs peuvent devenir aussi moribonds qu’ils furent brillants dans le passé.

Je passerai beaucoup plus vite sur l’Olympique de Marseille du début des années 70, parce que sa domination fut exclusivement nationale, même si l’ équipe comptait dans ses rangs quelques très grands joueurs, comme les Français Carnus, Bosquier, Novi, Gress, Bonnel ou Loubet, tous internationaux, et surtout le Suédois Magnusson et plus encore le Zlatan de l’époque, le Yougoslave Croate Skoblar, qui est le recordman des buteurs de l’histoire de la Ligue 1 (ça s’appelait à ce moment la Division 1) avec 44 buts ! Hélas pour cet OM, il affronta en 1971 dès les huitièmes de finale de la Coupe d’Europe le grand Ajax d’Amsterdam de Cruyff, Keizer, Haan et Neeskens, quasiment imbattable à l’époque. L’année suivante, ce même OM fut éliminé dès les seizièmes de finale par la Juventus de Turin de Zoff (gardien), Capello, Bettega, Anastasi et Altafini, qui ne s’inclina qu’en finale face à l’Ajax. Là aussi, les pourfendeurs imbéciles du PSG de nos jours devraient réviser un peu leurs classiques, et cesser leurs stupides jugements péremptoires sur la valeur de l’équipe parisienne depuis 2013 sous le prétexte que sa carrière s’arrête aux quarts de finale de la Ligue des Champions, en rappelant que la chance au tirage aide parfois à réussir un magnifique parcours, en évitant par exemple de rencontrer le futur lauréat. Pour revenir à l’OM de Leclerc du début de la décennie 70, ils avaient largement les moyens d’atteindre les quarts ou même les demi-finales s’ils avaient rencontré des adversaires comme les Hongrois de Ujpest ou les Slovaques de Trnava, de même que le PSG aurait pu l’an passé réaliser le même parcours que la Juventus…avec le même tirage (Borussia Dortmund en 1/8è et Monaco en ¼ de finale).

Un peu plus tard, un autre club français allait dominer le football français et faire peur à toute l’Europe, l’AS Saint-Etienne. Voilà une histoire qui mérite d’être contée, avec cette phalange verte composée essentiellement de footballeurs formés au club tels que Janvion, Lopez, Farison Repellini, Bathenay, Synaeghel, Larqué, les frères Revelli, Sarramagna, Rocheteau et deux étrangers de grande classe, le gardien yougoslave Curkovic et l’arrière central argentin Piazza. Quelle magnifique équipe, qui, outre sa domination sur le plan national (triple champion de France en 1974-1975-1976 plus la Coupe de France en 1974-1975 et 1977), atteignit les demi-finale de la Coupe d’Europe en 1975, battue par le futur vainqueur, le Bayern Munich de Maier, Schwarzenbeck, Beckenbauer, Kappelmann, Roth, Hoeness et l’extraordinaire buteur que fut Muller, avant de s’incliner 1-0 contre ce même Bayern en finale à Glasgow en 1976, après avoir tiré sur la barre (histoire des poteaux carrés). Et comme si l’histoire n’était pas assez belle, les Stéphanois atteignirent les quarts de finale en 1977, après avoir perdu, bêtement, contre le futur champion d’Europe, le Liverpool de Clemence (gardien), Kennedy, Mac Dermott, Callghan et le meilleur joueur de l’époque, Kevin Keegan. Qui sait, peut-être qu’en se rappelant ces heures de gloires, les Verts iront très loin en Ligue Europa (C3) ce printemps?

Autre très grande équipe, sans doute la meilleure après le PSG version qatari en valeur absolue, l’Olympique de Marseille du début de la décennie 1990, dont le palmarès national s’orne d’un titre de champion de France en 1989 (doublé avec la Coupe de France), 1990, 1991 et 1992. Les Marseillais remporteront même un cinquième titre consécutif en 1993…qui leur sera retiré suite à l’affaire VA-OM de triste mémoire, épisode ô combien douloureux pour le football français. Néanmoins, l’OM de Bernard Tapie peut se flatter, hélas, d’être à ce jour le seul club français vainqueur de la C1. L’OM de 1993 est d’ailleurs doublement entré dans l’histoire des compétitions européennes, parce qu’en plus d’être le premier vainqueur français de la C1, il fut le premier à remporter la Ligue des Champions (avec deux phases de groupe mais, détail très important, un seul club qualifié par pays), celle-ci ayant pris la place de la Coupe d’Europe des clubs champions, dont l’OM fut finaliste en 1991, battu à la surprise générale aux tirs au but (0-0 et 5-3) par l’Etoile Rouge de Belgrade, club phare de l’ex-Yougoslavie, aujourd’hui la Serbie. Cette équipe de 1991 était peut-être supérieure à celle qui devint championne d’Europe en 1993, car elle avait dans ses rangs un buteur de très haut niveau, Jean-Pierre Papin, Ballon d’Or 1991. Elle aurait déjà dû aller en finale en 1990, éliminé injustement par Benfica, les Portugais n’ayant dû leur salut qu’à une grossière erreur d’arbitrage (but marqué de la main par Vata) dans les dernières minutes de la partie. Encore une fois, on notera que la chance n’était pas du côté des Marseillais, preuve que Di Maria (vainqueur de la C1 avec le Real en 2014) a bien raison quand il affirme qu’il faut un minimum de chance pour gagner une épreuve telle que la Ligue des Champions !

Un dernier mot enfin, pour cette première partie en notant que l’on a tort de comparer le PSG de nos jours avec ses Aurier, Thiago Silva, David Luiz, Maxwell, Marquinhos, Verrati, Motta, Matuidi, Pastore, Ibrahimovic, Cavani, Lucas ou Di Maria, avec l’Olympique Lyonnais des années 2000 dont je parlerai dans la deuxième partie de cet article. Pourquoi dis-je cela ? Parce que si l’on doit faire la comparaison, à part pour faire vendre du papier ou des clics sur les sites web, elle doit être faite avec l’OM de 1990 à 1993 ou avec le Stade de Reims des années 1950, ces équipes ayant un effectif qui tenait la route face à l’armada parisienne d’aujourd’hui. Ayant déjà évoqué le Stade de Reims, je vais quand même citer les noms des Marseillais de ces années bénies, à savoir les gardiens Olmeta et Barthez, les arrières Mozer, Casoni, Boli, Amoros, puis en 1993 Angloma, Desailly et Di Meco, les milieux Germain, Stojkovic et en 1993 Sauzée, Eydellie et Deschamps, et les attaquants en 1991 Wadell, Papin et Abedi Pelé, puis Boksic et Voller en 1993. Reconnaissons que c’était quand même du très haut niveau, même si les individualités de classe mondiale du PSG 2014-2015 ou 2016 sont plus nombreuses.

Michel Escatafal


France-Brésil, une union presque fusionnelle dans le sport

senna

thiago silvaEntre la France et le Brésil il y a une union presque fusionnelle en sport. Les deux pays ont souvent été confrontés, notamment dans deux sports hyper médiatisés, le football et la Formule 1. Il se trouve que la France et le Brésil sont deux nations parmi les plus fortes du football. Le Brésil a remporté 5 fois la Coupe du Monde, la première en 1958 en battant en demi-finale l’Equipe de France emmenée par Kopa, mais aussi Fontaine, Piantoni, Vincent, Kaelbel et Jonquet. C’est d’ailleurs lui qui fut le véritable héros (malheureux) de cette fameuse demi-finale qui opposait les deux meilleures équipes de la compétition.

En effet, et cela on l’oublie très souvent, au moment de la blessure de Jonquet son arrière central, victime d’un choc avec Vava l’avant-centre brésilien, le score était de 1 à 1. Cela voulait dire que rien n’était fait, et la manière dont Fontaine avait marqué son but à Gilmar, le gardien brésilien, laissait penser que les Français auraient pu en marquer d’autres si elle avait pu jouer à égalité de chances. N’oublions pas qu’à l’époque, il n’y avait pas de remplacement possible, ce qui signifie que la France a joué à 10 pendant une heure. Imaginons que ce soit l’inverse qui se soit produit et que dans le choc, ce soit Vava qui ait été blessé. On peut penser que les Brésiliens auraient été beaucoup moins dangereux, et que les Français déjà très forts en attaque auraient eu encore plus de facilité pour défier la défense brésilienne. La France aurait sans doute gagné la Coupe du Monde…même si cette affirmation repose sur des si. D’ailleurs si la Hongrie n’avait pas été envahie par les troupes soviétiques en 1956, provoquant l’exil de ses meilleurs attaquants, c’est elle qui aurait gagné la Coupe du Monde en Suède en 1958.

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet pour noter que depuis cette époque, il y a eu de nombreux France-Brésil et la France l’a parfois emporté. Par exemple lors de la Coupe du Monde 1986, que nous aurions pu et dû gagner si Platini avait été en forme, la France avait éliminé le Brésil aux tirs au but. Qui ne se souvient, parmi les plus de 40 ans, du dernier tir de Luis Fernandez prenant à contre-pied le gardien brésilien, et propulsant la France en demi-finale où elle se fera éliminer par l’Allemagne, pourtant beaucoup moins forte. Parions que si la France n’avait pas joué sa prolongation contre le Brésil, elle l’eut emporté.

Bien entendu, nous ne pouvons pas éviter de parler de cette fameuse finale du Stade de France en 1998, où les Français l’emportèrent (3 à 0) avec deux buts de la tête de Zidane. Cette victoire qui fit chavirer tout un peuple dans le bonheur, fut un des deux plus grands succès d’une équipe bâtie par Aimé Jacquet à partir de 1996. Il est même permis de dire que l’équipe qui remporta deux ans plus tard le championnat d’Europe des Nations (en 2000) fut peut-être, au même titre que la Hongrie des années 50 ou le Brésil de 1970, la plus grande équipe de tous les temps.

Il faut noter enfin qu’en 2006, c’est encore une fois l’équipe de France, emmenée par un Zidane des grands jours qui élimina le Brésil de la Coupe du Monde en ¼ de finale, alors que les Sud-américains étaient comme d’habitude les grands favoris de l’épreuve. Au total, si nous regardons bien, il y a bien longtemps que le Brésil ne bat plus la France en compétition officielle. J’ai bien écrit en compétition officielle, puisque les Brésiliens ont battu l’équipe de France 1-0 en 2011 et 3-0 en 2013, lors de matches amicaux. Cela dit, même si l’écart s’est resserré ces dernières années entre les deux nations, les joueurs brésiliens demeurent très prisés des recruteurs européens et français. Parmi ceux-ci on citera les anciens Marseillais Paolo Cesar et Jairzinho, ce dernier étant considéré dans les années 70 comme un des tous meilleurs attaquants du monde, mais aussi Carlos Mozer qui appartenait à la grande équipe de 1991 (finaliste de la C1), les anciens parisiens des années 90 Rai, Ricardo, Valdo, Leonardo, plus Ronaldinho (2001 à 2003), qui fut Ballon d’Or en 2005, ou encore les Lyonnais, dans les années 2000, Anderson, Cris et Juninho. Enfin, depuis l’avènement du Paris Saint-Germain parmi les grands clubs de la planète, le Brésil nous a donné quelques uns de ses plus beaux joyaux actuels, lesquels sont de nos jours défenseurs pour la plupart. N’oublions que la ligne de défense du PSG qui vient d’éliminer Chelsea de la Ligue des Champions était composée de quatre défenseurs de la Seleçao, à savoir Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos et Maxwell. A cette constellation on ajoutera Lucas, ailier virevoltant, sans doute un des plus grands espoirs du football mondial, qui fait penser à Garrincha par sa vitesse et ses dribbles déroutants, la finition en moins.

Et en formule 1, est-ce que la France a souvent battu le Brésil ? En fait les seuls vrais duels entre Français et Brésiliens se résument surtout à ceux ayant opposé Prost à Senna entre 1988 et 1990, c’est-à-dire avec des machines identiques ou très proches. Il y a bien eu des duels entre Prost et Piquet au début des années 1980, mais quelle que soit la qualité du pilote brésilien, il se situait un ton en dessous d’Alain Prost, même s’il fut quand même triple champion du monde. D’ailleurs quand il eut à affronter Mansell chez Williams, puis ensuite Schumacher, il eut beaucoup de difficultés. Or Mansell chez Ferrari avec Prost n’exista pas, le Français se montrant nettement supérieur.

D’ailleurs aucun équipier ne résista à Prost durant sa carrière sauf un : Ayrton Senna. Là ce fut un duel atteignant des sommets extraordinaires entre deux des 5 ou 6 plus grands champions de tous les temps. Résultat ? Senna prit nettement le dessus en qualifications, preuve si besoin en était qu’il fut sans doute le pilote le plus rapide qui ait jamais existé (avec peut-être Jim Clark dans les années 60), mais en course en revanche de domination franche il n’y eut pas. Prost était en effet très rapide sur la durée d’une course, et l’écart avec Senna diminuait au fil des tours, sauf si la piste était mouillée. En tout cas, entre 1988 et 1990, Prost fut champion en 1989, Senna en 1988 et 1990, et chaque fois avec un écart de points très minime. Depuis cette époque bénie pour la Formule 1, en nette perte d’audience, nous n’avons jamais retrouvé de duels de cette intensité et de ce niveau, n’en déplaise à ceux qui, ignorant l’histoire, ont trouvé beaucoup de vertus au duel de l’an passé entre Hamilton et Rosberg.

Michel Escatafal


Platini trouvait normal d’avoir 3 fois de suite le Ballon d’Or…

ballon d'orDécidément le comportement de Michel Platini insupporte de plus en plus les amateurs « éclairés »de football. Après le fair-play financier qui aboutit à favoriser uniquement les clubs historiques, parfois lourdement surendettés au détriment de ceux qui appartiennent aux nouveaux riches sans dette, voilà qu’il se mêle de vouloir désigner le Ballon d’Or, récompense individuelle suprême du joueur de football. Au nom de quoi ? Parce qu’apparemment il a du mal à accepter que le Ballon d’Or revienne au meilleur joueur, reprochant à ceux qui votent pour cette distinction de choisir toujours les meilleurs, en l’occurrence depuis quelques années Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Cette préférence qu’il avait déjà manifestée par le passé, en criant haut et fort que Ribéry méritait davantage le Ballon d’Or que les deux autres nominés, finit par agacer tout le monde au point qu’Ancelotti a cru bon de dire que « Le poste de président de l’UEFA est important, je pense que prendre position sur le sujet du Ballon d’Or n’est pas correct ». Et c’est tout à fait vrai, même si Neuer, le gardien du Bayern Munich et de l’équipe d’Allemagne, ne déparerait pas au palmarès.

Cela étant, cette querelle n’existerait pas si la récompense qu’est le Ballon d’Or n’était pas devenue ce qu’elle est de nos jours, et était toujours décernée comme elle l’était auparavant, c’est-à-dire uniquement par des journalistes de France Football qui faisaient « le boulot » en leur âme et conscience, sans trop se soucier des désidératas des uns et des autres. Pour mémoire je rappellerais une fois encore que ce Ballon d’Or, a été créé il y a 57 ans par Gabriel Hanot, responsable à l’époque de la rubrique football de l’Equipe et de France-Football, pour récompenser le meilleur joueur européen de l’année. Gabriel Hanot qui avait beaucoup d’idées, puisque c’est aussi lui qui créa à peu près à la même époque la Coupe d’Europe des clubs champions, devenue aujourd’hui la Ligue des Champions. Hélas pour lui, qui aujourd’hui sait que cet ancien excellent footballeur au début du siècle précédent (12 fois international) est le créateur de deux évènements considérables du monde du football ? Plus personne ou presque, sauf ceux qui s’intéressent à l’histoire en général et à celle du sport en particulier.

Cela dit, même si beaucoup de choses ont changé, les idées sont restées, et c’est toujours la même ferveur qui entoure la remise du Ballon d’Or, évènement qui fait rêver tous les footballeurs, du plus grand au plus petit depuis 1956, année où Stanley Matthews obtint le tout premier trophée à l’âge de 41 ans devant les deux super cracks du Real Madrid à cette époque, Di Stefano et Kopa…qui lui étaient bien supérieurs. Cela dit Matthews était anglais, et Hanot avait un amour fou pour le football d’Outre-Manche, sans doute parce que les Anglais ont inventé ce jeu…ce qui montre qu’il est arrivé à certaines époques que le meilleur n’ait pas été couronné. C’est pour cela que nous sommes nombreux à dire que ce trophée, ô combien important pour un footballeur, l’est finalement beaucoup trop, parce qu’il dépend grandement de la qualité des équipiers qui sont autour de la « star ». L’an passé Ribéry avait bénéficié de l’exposition du Bayern Munich pour s’inscrire parmi les trois nominés, avec les éternels Messi et C. Ronaldo. Toutefois si Ribéry joue au Bayern, c’est parce que c’est un excellent  footballeur, remarque qui vaut pour tous les joueurs des grands clubs, y compris Neuer.

Alors qui emportera le Ballon d’Or cette année? Très certainement Cristiano Ronaldo, une troisième fois, comme Platini en son temps (qui n’avait pas protesté à l’époque !)…ce qui ne sera que justice, et je trouverais normal que Neuer soit son dauphin, d’autant qu’il est incontestablement le meilleur gardien actuel. Néanmoins les statistiques de C. Ronaldo sont toujours aussi hallucinantes, et malgré une Coupe du monde où lui et son équipe (Portugal) n’ont pas été souverains, son aura dans le monde du football est restée égale à celle des années précédentes, tout comme sa superbe sur un terrain. De plus, il reste la grande star du Real Madrid, et son apport dans le dixième titre européen (C1) du club madrilène fut constamment décisif tout au long de la campagne 2013-2014. En outre, et c’est la différence par rapport à Messi, joueur d’un seul club, il a aussi largement contribué à la victoire en Ligue des Champions de Manchester United en 2008, juste avant de rejoindre le Real Madrid.

Si je parle autant de la Ligue des Champions, c’est parce que cette récompense qu’est le Ballon d’Or désigne souvent un joueur qui a gagné une épreuve prestigieuse, même si le reste du temps il n’a pas fait des étincelles. Ce ne sera pas le cas cette année avec Ronaldo, s’il est le lauréat, malgré une Coupe du Monde décevante, comme en 2008, où il fut beaucoup moins brillant au Championnat d’Europe des Nations qu’en Champions League. Toutefois, il y a eu dans le palmarès des cas beaucoup plus choquants, outre celui de Stanley Matthews dont j’ai parlé précédemment.

Le premier exemple qui me vient à l’esprit est celui de l’année 1982, quand Paolo Rossi remporta le trophée…parce qu’il avait marqué 6 buts lors de la Coupe du Monde en Espagne entre les quarts de finale et la finale, que l’Italie avait remportée. Le reste du temps, il a quasiment été aux abonnés absents. Il faut reconnaître que ses dauphins de l’époque, Giresse et Boniek méritaient le Ballon d’Or beaucoup plus que lui. Mais il peut arriver que gagner un grand trophée (Coupe du Monde, championnat d’Europe des Nations) en étant  le meilleur joueur du tournoi, ne suffise pas pour emporter l’adhésion.

Cet exemple concerne plus particulièrement un Français, Thierry Henry. Cette année là, en 2000, la France avait été sacrée championne d’Europe des Nations, en grande partie grâce à Thierry Henry. Et pourtant ce fut Figo qui fut désigné, sans doute parce qu’il jouait au Real Madrid et, nous avait-on dit, parce qu’Henry n’avait pas marqué en finale du championnat d’Europe. C’était quand même tiré par les cheveux, et à partir de là je n’ai plus considéré la remise du Ballon d’Or de la même manière. Pas parce que c’était un Français qui aurait dû avoir la récompense, la preuve puisque je suis de ceux qui pensaient l’an passé que Ribéry était loin du niveau de Ronaldo, Messi ou même Ibrahimovic, mais parce que je considérais qu’il y avait trop d’éléments qui échappaient à la logique des amateurs de football que nous sommes.

D’ailleurs Thierry Henry, bien qu’il ait figuré pendant 5 ou 6 ans parmi les tout meilleurs joueurs du monde, n’a jamais remporté le Ballon d’Or, ce qui est une profonde injustice. En 2003 on lui a préféré Nedved, probablement parce qu’il jouait à la Juventus de Turin. En dehors de cela je ne vois pas la raison d’avoir placé Nedved devant Henry, parce qu’en plus le buteur français avait survolé de toute sa classe la Coupe des Confédérations, sans compter qu’il avait gagné la Cup (avec Arsenal) et avait été sacré meilleur buteur mondial de l’année. Néanmoins il n’est pas le seul grand footballeur à n’avoir jamais gagné le Ballon d’Or, alors que beaucoup d’autres ayant moins de classe et au palmarès nettement moins fourni l’ont remporté.

Simonsen (1977) ou Belanov (1986) étaient d’excellents joueurs, mais franchement que leur nom figure parmi les lauréats et pas Ferenc Puskas et Sandor Kocsis (Hongrie), Mazzola et Riva (Italie), Schuster (Allemagne), Giresse, Tigana, Henry ou Iniesta a quelque chose de choquant. Et puisque je parle de Français, ils sont quand même 4 à avoir été élus Ballon d’Or, à savoir Raymond Kopa en 1958, Michel Platini à 3 reprises en 1983, 84 et 85 (le seul avant Messi à l’avoir eu trois fois de suite), Zinedine Zidane en 1998 et, plus surprenant, Jean-Pierre Papin (en 1991)  à l’époque où il jouait à l’Olympique de Marseille. La France figure ainsi en bonne place  parmi les pays ayant eu des lauréats (6 fois) juste derrière les Pays-Bas et l’Allemagne (7 fois)  et devant l’Angleterre, l’Italie et le Brésil (5 fois),  puisque depuis 1995 les non –européens jouant en Europe peuvent postuler.

D’ailleurs Georges Weah, l’ancien joueur du PSG, a été élu en 1995, et je regrette que Drogba ou Eto’o ne figurent pas au palmarès, car eux aussi l’auraient mérité. En revanche, coté club, la France est très loin (seulement l’OM avec Papin), ce qui veut dire que pour avoir le Ballon d’Or il fallait  ou il faut jouer en Italie, plus particulièrement à la Juventus et au Milan AC (16 trophées), en Espagne, au Real et au Barça (17 aussi), en Allemagne au Bayern ( 5 ) et en Angleterre à Manchester (4). Normal, c’est dans ces clubs et ces pays que l’on recrutait  les meilleurs joueurs…jusqu’à l’arrivée de nouveaux riches (comme on dit) russes (Chelsea), émiratis (Manchester City) ou qataris (PSG). Enfin, il vaut mieux être attaquant ou milieu de terrain (53 Ballons d’Or) que défenseur (4 Ballons d’Or) ou gardien de but (1 Ballon d’Or). Cela peut paraître injuste car à l’image de Yachine en 1963, un gardien comme Banks dans les années 60 (Angleterre), ou plus près de nous Barthez, Buffon (Italie) ou Casillas (Espagne) auraient mérité eux aussi le trophée. Et cette année ce ne serait pas un scandale si Neuer l’emportait…même si l’on sait qu’il terminera second ou troisième ce qui serait anormal, car Messi ne le mérite pas cette année autant que C. Ronaldo ou Neuer.

Un dernier mot enfin, si je devais choisir le triplé le plus prestigieux ce serait celui de 1959 avec Di Stefano comme Ballon d’Or suivi de Kopa et John Charles (Gallois de la Juventus de Turin). Celui de 1974 avec Cruyff (Pays-Bas), Beckenbauer (Allemagne) et Deyna (Pologne) n’était pas mal non plus, tout comme celui de 1989 avec Van Basten, Baresi et Rijkaard, sans oublier ceux de 2009 et 2011 avec Messi, C. Ronaldo et Xavi, ou celui de 2012  avec Messi, Ronaldo et Iniesta. Cela dit un trio Ronaldo, Neuer, Messi a aussi beaucoup d’allure, ne serait-ce qu’en plaçant un gardien à un niveau inédit depuis 2006 avec l’Italien Buffon. Ce serait aussi le deuxième gardien allemand à être sur le podium après Oliver Kahn en 2001 et 2002. Ce dernier succédait sur ce podium au gardien tchèque Viktor en 1976, lequel fut en quelque sorte le successeur de Yachine, seul gardien, je le répète, à avoir été Ballon d’Or (1963).

Michel Escatafal


Parker et Diaw, ces merveilleux ambassadeurs du sport français!!!

parker et diawEn pleine Coupe du Monde de football il faut un certain courage pour parler d’autre chose que football, mais c’est cela l’avantage d’avoir un site puisqu’on peut y écrire ce que l’on veut. Je vais toutefois dire deux mots de cette Equipe de France de football qui réalise un début de Coupe du Monde ébouriffant. Pour les plus anciens, cela leur rappelle le début de la Coupe du Monde en Suède (1958) avec beaucoup de buts marqués sous l’impulsion du duo Kopa-Fontaine. Certes nous n’avons pas dans cette équipe un pareil duo, mais notre équipe nationale dispose d’un collectif comme elle en a rarement eu, au point que le sélectionneur suisse et ancien entraîneur du Bayern, Hitzfeld, estime que la France est « l’une des équipes qui peuvent aller très loin dans ce tournoi », les Français étant pour lui « supérieurs à des équipes comme l’Angleterre et l’Italie ».

Il aurait pu ajouter qu’en fait notre équipe a été supérieure à toutes les autres à ce jour, sauf peut-être l’Allemagne, ce que confirme David Trezeguet en affirmant que « la France a été l’équipe la plus forte » jusque-là. On notera au passage que Benzema aurait pu être l’incontestable héros de la soirée s’il avait converti le pénalty accordé par l’arbitre en première mi-temps, et si ce même arbitre avait validé son but inscrit à la dernière seconde du match. Cela me fait penser au but refusé à Cisowski en 1956 contre la grande Hongrie de Puskas, Kocsis et Csibor, l’arbitre ayant sifflé la fin du match au moment où le ballon allait franchir la ligne de but. Dommage au passage qu’il n’y ait pas eu la Goal-Line Technology, parce que certains témoins pensaient que le but était valable ! Voilà pour la partie football, à la fois très actuelle et historique.

Et pour bien montrer qu’il n’y a pas que le football, je vais aussi écrire quelques mots sur le vélo, la saison de cyclisme battant son plein à l’approche du Tour de France. Un Tour de France où cette année on pourrait peut-être avoir un scénario très différent de celui de l’an passé, tant Alberto Contador semble avoir retrouvé de sa superbe. Le Pistolero est de retour, et c’est tant mieux pour le spectacle ! Cela dit, outre cette confirmation, il y a quand même eu les problèmes d’allergie de Froome qui ont fait couler beaucoup d’encre, parce que ce problème de santé au Tour de Romandie (qu’il a gagné) a été réglé avec diligence grâce à une Autorisation à usage thérapeutique (AUT) délivrée avec l’aval de l’UCI, et par la suite de l’AMA, sans que les règles écrites par l’UCI aient été vraiment respectées. C’est du moins ce que j’ai cru lire un peu partout.

Et cela me gêne énormément, parce qu’un coureur comme Franck Bouyer a été interdit de course pendant plus de deux ans, faute d’obtenir une AUT pour traiter la narcolepsie dont il souffre, le traitement figurant sur la liste des produits interdits. Comprenne qui pourra ! Je pourrais dire la même chose du contrôle positif de Contador pendant le Tour de France 2010, où l’on avait découvert une quantité infime de clembutérol dans ses urines le second jour de repos, tellement infime que les coureurs ou sportifs assurant avoir mangé de la viande contaminée après cet incident ont été blanchis. Contador lui a été suspendu deux ans suite à la demande de l’UCI et de l’AMA, et privé (sur les tablettes de l’UCI) de ses victoires notamment au Giro 2011, malgré aucun contrôle positif dans l’épreuve, et au Tour de France 2010. Comprenne qui pourra, là aussi ! Cela étant, pour les aficionados du vélo, Contador a remporté sept grands tours dont les deux épreuves que l’UCI et l’AMA lui ont retirés, alors que Riis, par exemple, a conservé le bénéfice de sa victoire dans le Tour de France 1996…malgré ses aveux de dopage. Comprenne qui pourra !

Comprenne qui pourra aussi, que les médias et ceux qui disent aimer le sport de compétition dans notre pays ne considèrent pas Tony Parker comme le sportif français numéro un. Que faut-il de plus pour admettre que ce qu’a fait Tony Parker, depuis bientôt 15 ans, est tout simplement extraordinaire? Et en plus c’est un fanatique du maillot bleu frappé du coq, allant même jusqu’à payer pour jouer dans notre équipe nationale. Qui peut en dire autant à part deux ou trois basketteurs comme Nicolas Batum ou Boris Diaw, ce dernier étant le complice de TP depuis 1998 ? Ce n’est pas la peine de donner la réponse, tellement nous la connaissons, sauf évidemment pour des sports peu ou pas du tout médiatisés, donc pour des champions totalement inconnus. Au passage, j’en profite pour souligner le remarquable état d’esprit de nos basketteurs vedettes, parce que même s’ils gagnent beaucoup d’argent rien ne les oblige à porter le maillot de l’Equipe de France, surtout au sortir d’une saison harassante dans un des championnats les plus importants du monde, tous sports collectifs confondus, plus particulièrement si leur franchise NBA est allée loin dans la course aux playoffs.

Tout cela pour dire que j’ai regardé les finales NBA, et que je me suis régalé, même si je ne connais pas ce sport sur le plan technique. J’ai notamment regardé les tous derniers matches sur beIN Sport en différé, parce que Parker et Diaw figuraient dans l’équipe, qui plus est en étant titulaires. A ce propos j’en profite pour écrire que, parmi la douzaine de Français en NBA, il y en a quatre ( Parker, Diaw, Noah, Batum) qui ont un temps de jeu important et sont de vrais stars, et un cinquième, Fournier, qui commence à se faire une place de choix dans son équipe (Nuggets de Dever). Pas mal pour un sport qui, en France, fait figure de parent pauvre dans les médias ! En tout cas, quelle magnifique Equipe de France si ces joueurs décident de jouer le prochain championnat d’Europe, peut-être en France, et ensuite les Jeux Olympiques à Rio de Janeiro ! Cependant il faut déjà savoir si Noah consentira à porter de nouveau le maillot bleu, comme en 2011, ce qui n’est pas sûr du tout, le fils de Yannick étant loin de faire de l’Equipe de France une priorité. Comme disent certains : « Plus américain que lui, tu meurs » ! Heureusement que les quatre autres ne sont pas comme lui, Parker, Diaw et Batum ayant été de toutes les dernières batailles de notre équipe nationale, laquelle, rappelons-le, sera en lice pour une médaille à Rio en 2016, au complet ou pas. Après tout elle a bien remporté le titre européen sans Noah, et Fournier cette année a semble-t-il franchi un cap avec les Nuggets en ayant marqué à deux reprises plus de 25 points…ce qui ne nous empêche pas de souhaiter que Joakim Noah participe aux Jeux Olympiques dans deux ans.

Cette projection sur l’avenir me permet de faire la transition avec ce que je voulais écrire à propos de Parker et Diaw. D’abord si, comme c’est vraisemblable, la France se qualifie pour les J.O. de 2016, elle sera très forte, je le répète, avec une motivation encore exacerbée de la part de Tony Parker et Boris Diaw, pour qui ce sera sans doute la fin de leur carrière internationale. Ensuite Batum et Fournier auront deux ans de plus et donc plus d’expérience. Donc on peut imaginer, sans trop rêver, que la France 2016 égale au moins celle de 2000 avec ses Rigaudeau, Sciarra, Sonko, Foirest, Bilba, Weis ou Julian. Notre équipe, en effet, surtout avec Noah, sera meilleure sur le papier que celle de 2000, alors que rien ne dit que les Américains de 2016 seront aussi forts que ceux de 2000. N’oublions pas qu’à un peu plus de 4 minutes de la fin de la finale des J.O. en 2000, les Français n’étaient menés que de 4 points, avant de s’incliner finalement de 10 points (85-75) ! N’oublions pas aussi que les Argentins, avec Ginobili (coéquipier aux Spurs de San Antonio de Parker et Diaw), ont été champions olympiques, les Américains terminant troisièmes après avoir été battus en demi-finale par les Argentins (89-81). N’oublions pas non plus que les Espagnols, en 2012 aux J.O. de Londres, ont fait mieux que résister (100-107) aux cracks américains que sont LeBron James, Kobe Bryant, Carmelo Anthony, Chris Paul ou Kevin Durant, après avoir perdu de 11 points en 2008. Bref, l’armada française à Rio sera très forte et qui sait ?

Justement, si Parker et Diaw pouvaient être médaillés d’or aux J.O., ou au minimum médaillés, quel extraordinaire parcours pour les deux complices de l’INSEP en 1998! Eux qui ont été ensemble champions d’Europe junior en 2000, puis médaillés de bronze aux championnat d’Europe en 2005, puis médaillés d’argent à ces mêmes championnats d’Europe en 2011 et enfin champions d’Europe en 2013. A cela s’ajoutent pour Parker quatre bagues de champion NBA (2003-2005-2007-2014) et une bague pour Diaw cette année avec les Spurs de San Antonio. Fantastique carrière pour l’un, devenu huitième passeur de l’histoire des playoffs NBA devant M. Jordan et douzième scoreur devant Magic Johnson et Pippen, et magnifique pour l’autre. Et ce n’est pas fini, car ils n’ont que 32 ans ! A ce propos, je suis très heureux que Parker fasse l’impasse cette année pour le championnat du monde, car son corps a grand besoin de repos, à force d’aligner les doubles saisons NBA et Equipe de France, surtout en jouant minimum 25 à 30 mn à chaque match en NBA et un peu plus en Equipe de France. Comment a-t-il pu tenir autant de saisons avec un tel régime de stakhanoviste ! Qu’il se repose cette année, en attendant les deux grosses échéances qui l’attendent en 2015 et 2016.

En évoquant les J.O. de 2016, j’espère que ce sera lui le porte-drapeau de la délégation française, et qu’on lui offrira cet ultime témoignage de reconnaissance, témoignage qu’on lui a refusé injustement en 2012. Quel autre star de notre pays passe sa vie à crier sa fierté d’être français, capable de faire des heures d’avion pour aller encourager ses copains de l’Equipe de France, comme il a annoncé qu’il le ferait au mois de septembre prochain lors de la Coupe du Monde en Espagne ? Certes en écrivant ces lignes je sais bien que je suis à contre-courant de tout ce qui s’écrit en ce moment sur le sport, puisqu’il n’y a que le football qui compte dans notre pays, mais je trouve injuste qu’on ne parle pas suffisamment des exploits de nos basketteurs, comme j’avais trouvé injuste que personne ou presque ne s’intéresse à la victoire d’Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006…en pleine Coupe du Monde de football, où la France fut finaliste contre l’Italie, Zidane terminant sa carrière sur un coup de tête aussi inutile que dévastateur pour l’équipe dont il était le capitaine et la figure emblématique. Ah ce « coup de boule » ! Combien de fois l’a-t-on passé et repassé sur les chaînes de télévision ? Triste constat des aberrations de notre système médiatique ! J’arrête là mon propos, car certains de mes lecteurs vont trouver que l’âge me rend aigri, ce qui n’est pas vrai. Cela dit, personne ne m’empêchera d’affirmer que Tony Parker et Boris Diaw sont les deux sportifs français qui méritent le plus d’être cités en exemple aux yeux de la jeunesse de notre pays, pour l’ensemble de l’œuvre qu’ils accomplissent depuis 2002. Et en plus, ils ont trouvé un successeur en la personne de Nicolas Batum !

Michel Escatafal


C’était il y a bientôt 56 ans…et il n’en reste plus beaucoup

Brésil 1958Alors que tout le monde en France et en Europe ne parle que du tirage au sort de la Ligue des Champions, et plus particulièrement chez nous de celui du Paris Saint-Germain qui sera opposé à Chelsea, tirage a priori très difficile pour le club parisien, alors aussi que l’on vient d’apprendre le décès, à l’âge de 100 ans, de l’ancien gardien de but René Llense, doyen des joueurs internationaux français, qui a participé aux Coupes du mondes 1934 et 1938, je voudrais évoquer aujourd’hui l’équipe nationale du Brésil 1958, une des quatre ou cinq plus fortes de l’histoire du football, qui vient de voir disparaître son capitaine lors de la Coupe du monde 1958, Bellini. Evidemment, pour nombre d’internautes dont l’histoire commence à l’an 2000, cette équipe ne présente plus guère d’intérêt, mais dans cette équipe il y avait quand même des joueurs qui s’appellent ou s’appelaient Pelé, que tout le monde ou presque considère comme le meilleur footballeur de tous les temps, mais aussi Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Orlando, Zito, Didi, Garrincha, Vava, Zagalo, sans oublier De Sordi, Altafini, Mauro, Zozimo et Pepe. Que des noms de joueurs qui étaient tous les meilleurs ou parmi les meilleurs à leur poste. Bref, une constellation d’étoiles qui valait bien celle de l’équipe d’Espagne 2008-2010, qui fait référence de nos jours. En fait, pour nombre d’amateurs de football, il n’y a guère que la Hongrie de période 1952-1956 ou le Brésil 1970, qui puisse soutenir réellement la comparaison avec les champions du monde 1958.

Si j’évoque cette équipe aujourd’hui, c’est parce que la « grande faucheuse », comme on disait à l’époque du Moyen Âge ou de la Renaissance, continue son œuvre macabre et envoie au paradis des footballeurs les derniers rescapés de cette formation qui avait enfin délivré tout un peuple, surtout après la terrible déconvenue du Maracana contre l’Uruguay en 1950. Elle aurait pu attendre quand même un peu plus longtemps, car trois d’entre eux étaient décédés entre les mois de juillet et août dernier, à savoir Djalma Santos (23 juillet), De Sordi (24 août) et Gilmar (25 aout). Elle avait d’ailleurs opéré de la même manière en 2002, avec les décès de Mauro, Vava et Dida. Au total, ils ne sont plus que sept encore en vie (Zito, Pepe, Zagallo, Pelé, Dino Santi, Moacir et Altafini qui était surnommé à l’époque Mazzola (en souvenir de Valentino Mazzola, père de Sandro, super joueur décédé en 1949 dans un accident d’avion à Superga avec l’équipe du Torino), ce qui signifie que quinze footballeurs sur les vingt-deux qui ont remporté la Coupe du Monde 1958 ont disparu, dont huit qui ont disputé la finale le 29 juin 1958 à Stockholm contre l’équipe de Suède qui, elle, compte cinq rescapés parmi ceux qui disputèrent cette finale (Parling, Gustavsson, Borjesson, Hamrin, Simonsson), les six autres (Svensson, Bergmark, Axbom, Liedholm, Gren et Skoglund) ayant eux aussi rejoint leur paradis.

Reprenons à présent un à un les joueurs qui nous ont quittés depuis 1958, en commençant par le gardien remplaçant Castilho, décédé en 1987. Autre remplaçant, l’arrière gauche Oreco, mort en 1985, alors que le défenseur central, Zozimo, remplaçant en 1958 mais titulaire lors de la finale en 1962, est décédé en 1977. Un autre champion du monde remplaçant en 1958, titulaire en défense centrale en 1962 en étant devenu le capitaine de l’équipe, Mauro, est mort en 2002. Un an plus tard ce sera au tour de Martins, demi remplaçant en 1958, de disparaître. Par parenthèse, ce joueur a fait partie des rares joueurs brésiliens qui s’expatriaient à l’époque en jouant au Valence FC de 1958 à 1961. Enfin, dernier remplaçant à décéder (en 2002), l’attaquant Dida (6 sélections et 4 buts), qui aurait eu sa place partout ailleurs, mais barré par meilleur que lui à l’époque, notamment un certain Garrincha.

L’évocation de ce nom, ô combien prestigieux, me permet de faire la transition toute trouvée avec les joueurs décédés qui ont le plus largement participé à remporter la Coupe du Monde en 1958, en commençant par Bellini, décédé la semaine dernière, qui était un excellent arrière central dans le système en 4-4-2 du Brésil. Ce n’était pas le meilleur joueur de cette équipe mythique, mais comme ce sera le cas pour Didier Deschamps quarante ans plus tard pour la France, il restera à jamais dans l’histoire comme le premier footballeur brésilien à avoir brandi le trophée récompensant l’équipe vainqueur d’une Coupe du Monde, mais aussi comme un de ceux qui ont largement participé à la victoire en se comportant avec calme et précision au moment où l’équipe en avait besoin. Bellini gagnera aussi la Coupe du Monde suivante au Chili, mais, en 1962, il n’était plus titulaire. Autre défenseur emblématique de cette fameuse équipe du Brésil 1958, Nilton Santos, arrière gauche de grand talent, peut-être le meilleur à son poste à l’époque, décédé le 27 novembre dernier.

Cela étant, pour ceux qui ont lu l’épopée brésilienne de 1958, il y avait deux grandes vedettes, comme on disait à l’époque, Didi le meneur de jeu et Garrincha. Ce dernier fut peut-être le meilleur ailier que le football ait connu jusqu’à son époque, voire après. Avec ses jambes torses, son dribble, toujours le même, était irrésistible. Rares, très rares furent les défenseurs à savoir le contenir, au point pour certains de devenir fous à force de voir ce diable de joueur leur échapper, malgré leur attention à surveiller le côté où il enclenchait son dribble. Il fut sélectionné à 50 reprises dans la Seleçao, marquant 12 buts dont 4 pendant la Coupe du Monde 1962, où il remplaça plus qu’avantageusement Pelé blessé, marquant 2 buts très importants contre l’Angleterre en poules éliminatoires et 2 en demi-finale contre le Chili, pays organisateur. C’était d’ailleurs un excellent buteur malgré son poste excentré, puisqu’il marqua 232 buts en 531 matches avec Botafogo, où il fit l’essentiel de sa carrière avant de se perdre dans l’alcool et les déboires conjugaux, finissant sa vie sportive complètement ruiné. Il mourra en 1983 à l’âge de 50 ans.

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Didi, pour souligner qu’il nous a quittés en 2001, après avoir été deux fois champion du monde pendant ses 68 sélections dans l’équipe du Brésil. En revanche je n’ai jamais évoqué le nom de De Sordi, mort le 24 août 2013. De Sordi était arrière droit et a compté 22 sélections pour la Seleçao, et son rôle ne fut pas négligeable dans la Coupe du Monde 1958. Rappelons que c’était lui l’arrière droit lors du fameux match contre la France, où il était chargé de marquer un autre grand joueur disparu quelques jours auparavant (le 13 août), Jean Vincent.

Un autre défenseur, arrière central titulaire aux côtés de Bellini pendant la Coupe du Monde en Suède, est mort en 2010. Il s’agit d’Orlando (30 sélections), qui a longtemps joué à Vasco de Gama où il a fini sa carrière, après avoir aussi opéré en Argentine (Boca Junior) de 1961 à 1965, et au F.C. Santos jusqu’en 1969. A propos de Santos, c’est le moment de parler du plus grand gardien brésilien de l’histoire de la Seleçao, Gilmar, lequel a joué pendant sept ans (1962-1969) dans ce club que Pelé a rendu célèbre, après avoir opéré aux Corinthians entre 1951 et 1961. Gilmar, qui est mort le 25 août 2013, était un très grand gardien, calme, brillant sur sa ligne, qui a maintes fois sauvé son équipe.

On n’oubliera pas que le premier à lui avoir inscrit un but dans la Coupe du Monde 1958 était…Just Fontaine, meilleur buteur de cette Coupe du monde avec l’invraisemblable total de 13 buts, sur une magistrale ouverture de Kopa. Gilmar sera tout aussi brillant lors de la Coupe du Monde 1962, participant lui aussi largement à la deuxième victoire consécutive du Brésil, comme Djalma Santos (aucun lien de parenté avec Nilton), disparu le 23 juillet dernier, remarquable arrière droit, sélectionné à 98 reprises dans l’équipe du Brésil. Enfin, parmi ces champions du monde 1958, il y a un joueur qui mérite à lui seul, surtout pour nous Français, un chapitre à part, l’avant-centre Vava, mort en 2002.

Certes ce n’est pas un des joueurs qui ont le plus porté le maillot du Brésil, car il ne compte qu’une vingtaine de sélections, ce n’était pas non plus un technicien comme les Brésiliens en découvrent des dizaines chaque année, mais c’était un redoutable buteur, puisqu’il a marqué 15 buts dans sa carrière internationale, dont 9 en Coupe du Monde (5 en 1958 et 4 en 1962). Sur bien des plans Vava aura été un joueur très particulier. En effet, cet ancien demi ou comme nous disons aujourd’hui milieu de terrain, est devenu avant-centre lors de son arrivée à Vasco de Gama. Il ne fut sélectionné la première fois qu’en 1958, juste avant la Coupe du Monde, commençant l’épreuve comme remplaçant d’Altafini avant de prendre sa place. Il sera deux fois champion du monde en 1958 et en 1962, marquant le premier but en demi-finale contre la France en 1958, puis deux buts en finale. Quatre ans plus tard, il scellera la victoire en finale contre la Tchécoslovaquie. Autre particularité, il jouera avec succès en Espagne, précisément à l’Altlético de Madrid entre 1958 et 1961.

Cela dit, pour nous Français, ce qu’on retient d’abord de Vava, c’est d’avoir blessé Robert Jonquet (décédé en 2008), notre arrière central en demi-finale de la Coupe du Monde 1958, alors que les deux équipes étaient à égalité. Que se serait-il passé si Vava n’avait pas blessé Jonquet ? Nul ne peut le dire, car contrairement à tout ce qu’on peut lire un peu partout, nos Français avaient fait jusque-là jeu égal avec les Brésiliens, et si ces derniers l’emportèrent finalement (5-2), c’était parce que notre équipe a joué à 10 la totalité de la deuxième mi-temps, le remplacement d’un joueur blessé étant interdit à cette époque. Je ne sais pas si au paradis des footballeurs Vava a retrouvé Jonquet, mais sûrement que si l’un prétend que sans cette blessure du défenseur français le sort du match n’en aurait pas été changé, l’autre répliquera que sans ce fait de jeu le nom du vainqueur aurait pu être différent. C’était il y a presque 56 ans, mais pour nombre d’amateurs de football en France nés dans l’immédiat après-guerre, la question reste posée.

Michel Escatafal


Le Ballon d’Or 2013 : une injustice…surtout pour les Français

ballon d'orPour clore définitivement ce chapitre ô combien longuet et fastidieux sur l’attribution à Cristiano Ronaldo du Ballon d’Or 2013, je voudrais rappeler simplement quelques évidences de bon sens. Tout d’abord, même si le Ballon d’Or doit récompenser les résultats de l’année sur le plan de la performance individuelle et en club ou en équipe nationale, il est d’abord une distinction personnelle. Or, sur ce critère strict, il est normal de privilégier en premier le talent pur si, bien évidemment, les statistiques individuelles sont en conformité avec ledit talent. Ainsi cette année il est tout à fait normal que le Ballon d’Or soit attribué à Cristiano Ronaldo aux dépens de Messi, lequel a été victime de trop nombreuses blessures pour espérer concurrencer son rival. A la limite même, Ibrahimovic aurait dû être mieux placé que Messi, car ses statistiques sont affolantes, tant en club qu’en équipe nationale, et il n’est jamais blessé.

Et Ribéry me direz-vous ? Et bien justement je n’en dis pas grand-chose, et j’en arrive à ce que l’on appelle la récompense au nom de l’équipe ayant remporté le plus grand nombre de trophées dans l’année, mais dans ce cas pourquoi privilégier un joueur plutôt qu’un autre. Oui pourquoi, d’autant que cela peut-être trois, quatre ou cinq joueurs qu’il faudrait récompenser et non un seul. Dans le cas du Bayern en 2013, le gardien Neuer, les arrières  Lahm et Alaba, le milieu Schweinsteiger ou Robben méritaient tout autant que Ribéry la distinction, en notant au passage que le collectif du Bayern en est tellement un, qu’aucun joueur ne se dégage réellement de cette équipe. C’est d’ailleurs ce qui différencie le Barça des années précédentes avec le Bayern 2013, car le Barça entre 2009 et 2012 comptait dans ses rangs le meilleur joueur du monde en valeur absolue, en tout cas un des deux meilleurs avec Cristiano Ronaldo, les deux étant très au-dessus de Ribéry. Il faut parfois être sérieux, même si nous parlons de sport !

J’observe à ce propos que l’histoire est là pour nous rappeler que, quel que soit le mode de désignation, ce n’est pas la première fois que pareille situation se produit. Je rappellerais par exemple qu’entre 1956 et 1959, si l’on fait exception de la désignation pour l’ensemble de son œuvre de Stanley Matthews (il avait alors 41 ans) en 1956, lors de l’attribution du premier Ballon d’Or, deux hommes se sont partagés le trophée chacun à tour de rôle, Di Stefano et Kopa, pour la simple raison que c’étaient les deux meilleurs joueurs du monde. Et si en 1958 ce fut Kopa qui gagna le Ballon d’Or sans que Di Stefano ne se place sur le podium, c’est tout simplement parce que Di Stefano jouait pour l’équipe d’Espagne…qui fut incapable de se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde (éliminée par l’Ecosse). Il était donc logique que malgré la victoire du Real en Coupe d’Europe, et malgré le but marqué par Di Stefano lors de la finale contre l’AC Milan (victoire 3-2), Di Stefano ne figure pas parmi les lauréats du Ballon d’Or. Cela étant, entre 1956 et 1959, Di Stefano et Kopa ont totalisé sept podiums dans ce classement.

Platini, qui regrettait lundi soir que depuis 2011 il y ait toujours un duel Messi-Ronaldo, aurait dû se rappeler des années 1956 à 1959 au lieu de considérer le duel Messi-Ronaldo comme une anomalie…parce que Ribéry n’avait pas été choisi malgré tous ses titres avec le Bayern Munich.  Et si j’écris cela c’est pour poser la question suivante : qu’avait gagné Platini quand il remporta le premier de ses trois Ballons d’Or en 1983 ? Tout juste une Coupe d’Italie,  Avait-il été choqué d’avoir la distinction ? Je n’en ai pas le souvenir, et pourtant si on avait dû accorder le Ballon d’Or en 1983 en fonction des résultats, cela aurait été Félix Maggath qui l’aurait eu avec la victoire en C1 de son club, le Hambourg SV, en marquant le but de la victoire en finale,  ainsi que son titre de champion d’Allemagne. Autre chose, je ne me souviens pas avoir entendu Platini s’offusquer quand, en 2003, Thierry Henry fut devancé par Nedved (qui jouait à la Juventus comme autrefois Platini), alors qu’Henry avait remporté la Cup, mais aussi la Coupe des Confédérations et avait été meilleur buteur mondial de l’année.  Cela dit, la virulence de Platini ne s’explique-t-elle pas aussi par son désir de se démarquer de Sepp Blatter, le président de la FIFA ?

 Tout cela pour dire que ces polémiques sur le Ballon d’Or sont à la fois dérisoires et ridicules, surtout dans notre pays…parce qu’un Français, fut-il impopulaire chez lui, était concerné. Gageons que si à la place de Ribéry, Lahm, Neuer ou un autre  avaient été en course pour une des trois premières places, cela n’aurait guère fait que quelques lignes dans les médias français. Au fait, plutôt que parler de Ribéry, ne ferait-on pas mieux d’évoquer aussi le fait qu’un seul gardien (Yachine) et seulement trois défenseurs (Beckenbauer deux fois, Sammer, Cannavaro) en aient été lauréats ? Est-ce qu’un Thiago Silva, pour ne citer que lui, ne l’aurait pas mérité aussi cette année ne serait-ce que sur les critères du palmarès? Après tout le capitaine du PSG et de la sélection brésilienne a enrichi le sien en 2013 d’un titre de champion de France et d’une victoire en Coupe des Confédérations, le Brésil battant en finale l’Espagne (championne du Monde), les deux pays ayant éliminé en demi-finales respectivement l’Uruguay (championne d’Amérique du Sud) et l’Italie (finaliste du dernier championnat d’Europe). Certes la Coupe des Confédérations n’est qu’une petite Coupe du Monde, mais vu le calibre des demi-finalistes (12 victoires en Coupe du Monde à eux quatre), on peut considérer qu’il s’agit d’un très beau trophée.

En conclusion, j’en profiterais pour rappeler une nouvelle fois que notre pays est décidément plein de contradictions…ce qui peut-être fait son charme. Nous aimons beaucoup donner des leçons à la terre entière, fustigeant très souvent le chauvinisme des autres, fustigeant aussi l’arbitrage qui nous serait très souvent défavorable, fustigeant encore le fait que les Français sont en quelque sorte mal-aimés, mais oubliant que nous sommes assommants à force de toujours nous plaindre, y compris quand nous avons de la chance. Il suffit de lire à ce propos les remarques acerbes sur le Paris Saint-Germain, parce que son actionnaire est le Qatar, alors que pour la première fois depuis des lustres nous avons une équipe capable de battre n’importe qui en Europe, alors que ce club repose sur des bases solides avec un projet à long terme, ce qui est une première dans notre pays, alors que ce club apporte enfin à la Ligue 1 la visibilité que mérite notre football avec plus de 2 millions de licenciés chez les hommes (un peu moins de 100.000 chez les femmes). Et oui, nous sommes ainsi, et c’est pour cela que nous attendons depuis si longtemps un titre mondial en F1 (depuis 1994), un vainqueur du Tour de France (depuis 1985), un vainqueur homme d’un tournoi du grand chelem en tennis (depuis 1983)…et une victoire en Ligue des Champions en football (depuis 1993). Peut-être le PSG, dès cette année, comblera-t-il une partie de ces perpétuelles déceptions, et là, du moins je l’espère, plus personne ne se souciera du nom de l’actionnaire du club, sinon ce serait à désespérer de notre pays et de ses valeurs.

Michel Escatafal


Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


Briser la malédiction de la Coupe du Monde en Amérique du Sud !

bulgarie-france-1961Nous étions en septembre 1960, et l’Equipe de France, encore auréolée de sa troisième place à la dernière Coupe du Monde en 1958, commençait un exercice dans lequel elle n’a jamais brillé, à savoir la qualification à la phase finale de la Coupe du Monde, en l’occurrence à celle qui devait avoir lieu au Chili en 1962. Voilà déjà une première similitude avec l’évènement qui passionne tellement les Français aujourd’hui, puisque, si la France se qualifie, elle se rendra l’été prochain en Amérique du Sud (Brésil) pour y disputer la Coupe du Monde. Fermons cette première parenthèse, et revenons aux rencontres de qualification pour la Coupe du Monde 1962, où notre équipe nationale rencontrait lors de son premier match la Finlande à Helsinki.

Premier match et première victoire dans la douleur, puisque après avoir vu les modestes Finlandais ouvrir le score sur pénalty à la 36è minute par Palhman, nos Français égalisèrent seulement à la 63è minute par Wisnieski, avant de s’imposer à la 83è minute grâce à un but d’Ujlaki. Ouf, nous avions battu la plus faible équipe du groupe, mais cette Equipe de France, qui ne comprenait que trois titulaires de la Coupe du Monde 1958 (Kaelbel, Wisnieski et Vincent), n’avait rassuré personne, d’autant qu’à part le Toulousain Rytkonen, il n’y avait que des joueurs inconnus dans cette équipe finlandaise.

Les trois matches amicaux suivants, à l’extérieur, match nul contre la Pologne (2-2), et défaites contre la Suisse (6-2) et la Suède (1-0), confirmaient que notre équipe était loin d’être irrésistible, bien au contraire. Les Suisses, notamment, avec 5 buts de leur avant-centre Hugi, avaient perforé la défense française avec une dérisoire facilité, ce qui nous laissait beaucoup d’inquiétudes face aux Bulgares et ses Naidenov, Illiev, Yakimov et leur grande star, l’ailier gauche Kolev, pour le prochain match de qualification au Chili, prévu en décembre à Colombes.

Et bien on avait tort, comme toujours avec l’Equipe de France (c’est la même chose au rugby !), puisque contre toute attente la France s’imposa (3-0) avec des buts de Wisnieski, J.J. Marcel et Cossou en deuxième mi-temps. A ce propos,  je parierais bien sur un même résultat ce soir, surtout après les critiques du match-aller en Ukraine, d’autant que si celle-ci a de très bons joueurs, elle n’en a aucun qui a un niveau exceptionnel. Fermons la parenthèse, et revenons à la suite de cette saison 1960-61, pour noter qu’après son exploit à Colombes, la France a obtenu un pénible match nul (1-1) en ce même lieu contre la Belgique d’Heylens, Hanon et Jurion dans un match amical en mars 1961, qui ne l’était pas complètement dans la mesure où la France avait toujours du mal à battre nos amis belges. Un match où pourtant les Français avaient ouvert le score dès la troisième minute par Piantoni, ce qui ne les avait pas libérés pour autant. Espérons que ce soir, si les Français ouvrent très rapidement le score, ce sera différent !

Un peu plus tard, le 2 avril à Madrid, l’Espagne s’imposera très facilement face à nos Tricolores, grâce à deux buts du joueur du F.C. Barcelone, Gensana, et de l’ailier du Real, Gento. Etait-ce une contre-performance d’avoir perdu en Espagne ? Sans doute pas, car nos voisins espagnols disposaient dans leur équipe nationale de très grands joueurs comme l’arrière droit du Barça Rivilla, l’arrière central du Real Santamaria, l’équivalent à l’époque de Thiago Silva, et d’une attaque extraordinaire avec Tejada, Kubala, Di Stefano, Del Sol et Gento. En face, la France avait dans ses rangs un Kopa vieillissant, qui n’a d’ailleurs pas fini la partie, les héros de Suède qu’étaient Douis et Marcel, plus Muller (qui jouera au Real et à Barcelone) et Rodzik, mais c’était insuffisant face aux cracks espagnols issus presque tous de leurs deux clubs phares, le Real et le Barça, sans doute les deux meilleurs clubs européens du moment. Cela dit, de là à penser que la France n’irait pas au Chili, il y avait un pas que personne n’osait franchir. La preuve, au match retour au Parc des Princes fin septembre, l’Equipe de France écrasait les modestes Finlandais (5-1), ce qui ne faisait que conforter les certitudes des supporters français.

En revanche le match amical suivant ne laissait présager rien de bon, car les Belges battaient nettement les Français au Heysel (3-0). Une sorte de douche froide, mais aussi pour d’autres un avertissement avant d’aller en Bulgarie à Sofia affronter les coéquipiers de Kolev devant 60.000 spectateurs déchaînés. Un match nul suffisait aux Français pour se qualifier,  et ils le tinrent ce résultat nul jusqu’à la 89è minute (but d’Illiev). A une minute près la France était qualifiée…mais elle ne l’était pas encore, même si elle n’était pas éliminée puisqu’il y avait un match d’appui à disputer sur terrain neutre. Avant ce match d’appui, comme pour se rassurer, notre équipe obtenait un très bon match nul contre l’Espagne et ses vedettes (1-1), moins d’une semaine avant de se rendre à Milan disputer ce fameux match d’appui qui devait en toute logique (française) amener notre équipe au Chili en juin 1962.

Milan, stade de San Siro qui sonnait creux (34.000 spectateurs pour une capacité maximale de 80.000), le 16 décembre 1961, pour ce match d’appui entre la France et la Bulgarie. Tel était le décor de cette rencontre arbitrée par un arbitre italien, Lo Bello, dont le fils sera lui aussi arbitre international. Il n’influencera pas vraiment l’issue du match, puisque le but bulgare sera inscrit par…l’arrière central français et capitaine André Lerond, par ailleurs excellent, qui dévia un tir de Yakimov à la 47è minute de la partie, rendant impuissant notre gardien, Pierre Bernard. Un but que les Français ne purent jamais remonter malgré les assauts, plus ou moins désordonnés, des attaquants qui s’appelaient Wisnieski, Muller, Skiba, Heutte et Van Sam. Un but qui empêchait l’Equipe de France de participer à la Coupe du Monde au Chili, comme ce fut le cas en 1950 pour la Coupe du Monde au Brésil.

A croire que la Coupe du Monde en Amérique du Sud  est interdite aux Français…depuis 1930, date de la première Coupe du Monde, voire même en Amérique tout court, en pensant au triste résultat de 1993 où, il y a presque 20 ans jour pour jour (17 novembre), la France avec ses Lama, Desailly, Blanc, Petit, Deschamps (tous futurs champions du monde en 1998), plus Papin, Cantona et Ginola, fut aussi éliminée par la Bulgarie de Stoitchkov, au Parc des Princes, dans les derniers instants du match sur un but de Kostadinov. Est-ce un mauvais présage ? Réponse, ce soir. Mais si les Français se qualifient, non seulement ils auront mis fin à cette malédiction, mais surtout ils auront réussi un fameux exploit, puisqu’aucune équipe ne s’est qualifiée en barrages en ayant été battu…sur le score d’Ukraine-France. Cela dit, les Français, je le répète encore une fois, ne sont jamais aussi forts que quand on les donne perdants. Là, au fond, personne ne croit vraiment à une qualification contre l’Ukraine…et c’est pour cela que notre équipe ira au Brésil.

Michel Escatafal


La théâtralisation des difficultés du PSG, un phénomène bien français

psgJ’ai souvent dit sur ce site que le Français n’est pas sportif. J’ai aussi ajouté que le Français avait aussi l’énorme défaut d’être un perpétuel donneur de leçons. Si les Français gagnent, ce qui peut arriver, c’est parce que ce sont les plus forts. S’ils perdent, c’est parce que les autres trichent. Autant de sentiments de gens frustrés de n’être pas au niveau des gagnants. Mais les Français font-ils tout ce qu’il faut pour que leurs champions gagnent ? Certainement pas ! Voilà le constat que l’on peut faire quand on suit le sport depuis des années, ce qui est mon cas.

A ce propos je voudrais commencer par une anecdote, que j’ai peut-être déjà racontée, mais qui est édifiante de l’état d’esprit qui est celui des clubs français et de certains clubs étrangers. Nous étions à la fin des années 50, et j’étais très jeune, ce qui ne m’empêchait pas déjà d’aimer le sport, et de nombreux sports. Bien qu’étant originaire d’une région (Sud-Ouest) où le rugby est roi, ce qui explique que j’ai commencé la pratique sportive par le ballon ovale, cela ne m’empêchait pas d’aimer voir jouer au football, et de m’y intéresser. De m’y intéresser tellement que, début 1959, j’ai écrit, sans rien demander à personne, au Real Madrid où jouait à l’époque Raymond Kopa.

Bien entendu, à ce moment de ma vie je n’étais pas hispanophone. J’ai donc écrit en français au grand club madrilène (en mettant comme adresse le stade de Chamartin), lui expliquant que j’étais un jeune garçon, qui serait très heureux de recevoir un fanion du club et une photo dédicacée des joueurs. En fait, j’avais le secret espoir d’avoir un autographe de Raymond Kopa, en rappelant que ce dernier était à l’époque un des deux meilleurs joueurs du monde avec son coéquipier du Real, Di Stefano. Fermons la parenthèse, pour dire que quelques semaines après ma demande, j’eus la merveilleuse surprise de recevoir une lettre en provenance de Madrid, où était écrit sur l’enveloppe : Señor Don Michel Escatafal et mon adresse.

Au comble de ma joie de recevoir ce courrier, j’ouvris fiévreusement l’enveloppe pour voir ce qu’elle contenait, sachant au toucher qu’il n’y avait pas que du papier. Et que vois-je ? Une longue lettre me remerciant pour mon attachement au club (je l’ai traduite plus tard, car personne dans mon entourage ne parlait espagnol), et surtout un fanion du club et la photo dédicacée par tous les joueurs, notamment Kopa, Di Stefano, Santamaria, Puskas, Gento, Santisteban, Zarraga et le gardien Dominguez. J’étais vraiment très heureux, pas suffisamment pour me faire abandonner le ballon ovale, mais assez pour que je m’intéresse désormais autant aux résultats du football qu’à ceux du rugby ou de la Formule1.

Et cela me donna l’idée de demander la même chose au Stade de Reims, pour la simple raison que le club rémois, avec ses Fontaine, Piantoni, Jonquet, Vincent, Penverne, Rodzik et le gardien Colonna, allait disputer la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions…contre le Real Madrid. En effet, malgré l’immense joie que m’avait procurée le courrier du Real, j’étais quand même un peu chauvin et, au fond de moi, j’espérais que le Stade de Reims batte le grand club madrilène, et se venge de la finale perdue en 1956, une finale que les Rémois ne méritaient pas de perdre, menant 2-0 après 10 minutes de jeu avant de s’incliner 4-3. J’écrivis donc au siège du club champenois, un ami de mon père m’ayant procuré l’adresse, en espérant recevoir le fanion rouge et blanc du meilleur club français des années 50, et peut-être même de l’histoire (double finaliste de la C1 et vainqueur de la Coupe Latine, ancêtre de la Coupe d’Europe).

Je n’eus pas longtemps à attendre, mais quelle déception en ouvrant la lettre ! Pourquoi ? Tout simplement, parce que le Stade de Reims me demandait d’envoyer la somme de 10 francs, pour pouvoir obtenir un fanion du club. Quant à la photo des joueurs on n’en parlait même pas. Jamais peut-être dans ma jeune vie, je ne fus autant déçu que ce jour-la. Quelle différence dans l’attitude des deux clubs ! Inutile de dire qu’à partir de ce jour, je ne fus plus supporter du Stade de Reims, au point que je refusais l’offre de mon père me proposant d’envoyer un billet de 10 francs pour obtenir le fanion que j’avais sollicité. Le ressort fut tellement cassé dans mon esprit que je me pris d’une affection indélébile pour le Real Madrid, y compris quand Kopa quitta le club pour retourner à Reims. Et c’est sans doute cet épisode qui me poussa à vouloir coûte que coûte apprendre le castillan, au point d’étudier avec frénésie la littérature espagnole et d’en faire profiter nombre de personnes.

Mais au fait pourquoi je raconte tout cela ? Tout bonnement parce que les Français passent leur temps à s’inventer des psychodrames, où la méchanceté n’a d’égale que leur frustration. J’ai souvent parlé sur ce site de l’attitude haineuse des amateurs de vélo vis-à-vis de Contador, une attitude que je ne supporte pas, tellement le Pistolero reste un animateur hors-pair des épreuves auxquelles il participe. Mais les Français sont aussi malveillants vis-à-vis de leurs champions et de leurs clubs, pour peu qu’ils ne fassent pas tout comme ils le souhaiteraient. Que n’a-t-on pas entendu sur nos sportifs qui vivent en Suisse, au point d’oublier que ce sont parfois ceux qui portent le plus haut nos couleurs. En écrivant cela je pense notamment à celui qui est sans doute le plus grand sportif français en activité, le pilote de rallye Sébastien Loeb, dont on va mesurer dès l’année prochaine le vide qu’il va laisser dans le monde des rallyes.

Mais il y a aussi le Paris Saint-Germain et les sarcasmes que ce club attire en ce moment, parce qu’il n’est que quatrième du championnat de Ligue 1, même s’il est qualifié pour les 1/8è de finale de la Ligue des Champions. Quand je lis ce qui s’écrit sur ce club par nombre de forumers, je suis rien moins qu’atterré. Je le suis d’autant plus que ces forumers représentent ce que pensent la majorité de mes compatriotes. D’abord ils reprochent au PSG d’avoir de l’argent. Ah, le rapport des Français à l’argent ! Tous voudraient en avoir, mais ils n’osent pas le dire. Et surtout ils en veulent beaucoup à ceux qui en ont un peu, et plus encore bien sûr à ceux qui en ont beaucoup. Et pour revenir au PSG, ces apprentis-sorciers fielleux reprochent au club parisien de disposer de très gros moyens…en provenance du Qatar.

Jamais contents ces pseudo-supporters, qui fustigeaient la précédente direction du PSG parce qu’elle n’investissait pas assez, et qui, maintenant, sont mécontents de voir arriver de très grands joueurs à Paris avec de l’argent en provenance de l’étranger. Qui sont mécontents aussi qu’on n’aligne pas une majorité de joueurs français dans leur équipe, qui sont mécontents enfin que ce soit un entraîneur italien qui dirige l’équipe à la place d’un Français. Mais ce que ces supporters à courte-vue ne comprennent pas, c’est qu’avec Antoine Kombouaré, au demeurant excellent entraîneur, jamais le PSG n’aurait sans doute pu faire venir des stars comme Ibrahimovic ou Thiago Silva. Il n’y avait qu’un technicien au palmarès énorme, cas d’Ancelotti, pour convaincre des joueurs de cet acabit de venir jouer en Ligue1. Une Ligue 1, dont ses représentants n’ont gagné en 56 ans de Coupes d’Europe que deux trophées, et sur les deux un a été remporté (par le PSG) dans une compétition qui n’existe plus (Coupe des Coupes).

Alors, pourquoi toutes ces critiques débiles sur le PSG, version qatarie ? Pourquoi ne pas se réjouir plutôt d’avoir une équipe figurant déjà parmi les 15 ou 20 meilleures en Europe ? Pourquoi ne pas se féliciter de voir le PSG et ses stars remplir systématiquement les stades chaque fois qu’il se déplace, et faire de grosses audiences télévisées quand le spectacle est au programme d’une chaîne non payante ? Pourquoi se réjouir des malheurs d’une équipe fatalement en construction, en rappelant que le PSG nouvelle version est né il y a moins d’un an et demi. Comme s’il suffisait de cent cinquante ou deux cents millions  d’euros pour construire une formation capable de dominer son championnat domestique et de briller en Europe ! Et si j’écris pareille chose, c’est pour noter qu’en France, et c’est normal, toutes les équipes affrontant le PSG ont une motivation décuplée…au point d’être méconnaissable lors du match suivant. Comment le Stade Rennais a-t-il pu dominer le PSG au Parc des Princes, en finissant le match à neuf, et ensuite être battu chez lui par Evian-TG au match suivant ?

Résultat, le PSG brille et brillera sans doute davantage en Ligue des Champions, du moins dans un premier temps, qu’en championnat, où cette équipe est l’équipe à battre, avec tout ce que cela comporte comme agressivité et détermination de la part des adversaires, sans parler des vociférations du public. Oui, le PSG doit attendre encore deux ou trois ans pour faire suffisamment peur à ses adversaires, comme l’a souligné son capitaine Thiago Silva, et s’imposer dans son championnat, à l’image de la Juve et des deux Milan en Italie, de Manchester en Angleterre, de Porto au Portugal, du Bayern en Allemagne ou du Real et du Barça en Espagne. Et plutôt que de se réjouir des malheurs du PSG, les soi-disant amateurs de football de notre pays devraient au contraire se réjouir que l’on parle enfin de la Ligue 1 chez nos voisins européens, alors qu’auparavant on n’en parlait jamais.

En outre cette publicité faite à la Ligue 1, rejaillira nécessairement un jour ou l’autre sur l’ensemble du football français, en attirant d’autres investisseurs fortunés, ce qui nous permettra de garder au pays nos meilleurs joueurs…comme les Anglais, les Espagnols ou les Allemands. Et oui, tout cela est l’évidence même, mais pour la comprendre il faut réfléchir avant d’agir, ce qui hélas n’est pas dans les habitudes de mes compatriotes, du moins ceux qui écrivent sur les forums ou ceux qui vont au stade…ce qui fait beaucoup de monde. Ce qui fait aussi notre singularité par rapport aux pays qui nous entourent, lesquels remportent des succès qui semblent pour nous chimériques.

Michel Escatafal