Les J.O. doivent se recentrer sur leurs sports traditionnels

MekhissiBonjour à tous, après des vacances que je veux qualifier de méritées. Du coup cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit, mais je vais essayer de rectifier le tir au cours des prochaines semaines. Après ces palabres en forme d’excuses, je veux évoquer un problème qui nous intéresse tous, puisque nous sommes en plein dans les Jeux Olympiques 2016. Ceux-ci, d’ailleurs, ressemblent de plus en plus à du grand n’importe quoi, entre les épreuves qui concernent les grands sports professionnels et qui n’intéressent guère les habituels supporters, et l’arrivée de sports improbables, nouveaux pour l’essentiel, en attendant les matches entre ceux qui crachent le plus loin et ceux qui sont capables de manger dix kilos de carpaccio en moins de cinq minutes. J’exagère à peine. Pire encore, certains voudraient voir le sport automobile aux J.O. Pourquoi pas ? Ce serait sans doute amusant de voir Hamilton, Rosberg, Vettel, Raikkonen, Ricciardo, Verstappen, Bottas, Alonso, Button, Perez ou Grosjean s’affronter, par exemple sur 50 km, dans des voitures des années 1980 ou 1990. Idem pour le WRC.

Ceci dit redevenons sérieux : qui peut me raconter qu’il considère, en cyclisme, l’épreuve sur route des J.O. au même titre qu’un Paris-Roubaix ou un championnat du monde sur route ? Personne, qui aime tant soit peu le vélo. En plus cette course arrive après un Tour de France qui fut sans doute un des pires au niveau émotionnel que l’on ait connu depuis des décennies. Aucun suspens, avec un Quintana pas dans son assiette et un Contador blessé le premier jour et contraint à l’abandon un peu plus tard, les seuls qui auraient pu inquiéter Froome. Au passage j’en profite pour noter une nouvelle fois que le Pistolero a vu son palmarès officiel amputé de deux grands tours (Tour de France 2010 et Giro 2011), plus quelques autres victoires moindres, pour un contrôle antidopage qualifié d’anormal pour quelques poussières de clembutérol, que seul un ou deux laboratoires au monde pouvaient détecter, alors que plusieurs champions ou championnes et non des moindres, pris pour du bon gros dopage, sont devenus ou deviennent champion olympique sans que cela ne semble trop perturber les instances olympiques ou internationales. En fait les plus fâchés de cette situation sont les concurrents malheureux qui arrivent derrière ces ex-dopés, ou encore d’autres concurrents qui sont contraints d’affirmer haut et fort qu’ils ont gagné en étant propres. Tout cela confine un peu au délire !

Fermons la parenthèse et reprenons notre propos, à propos du cyclisme professionnel aux J.O., même si la course en ligne fut belle sur le plan du spectacle. Pour ma part, cette course n’a pas sa place aux J.O., surtout quand on voit que l’on a abandonné le kilomètre et la poursuite sur la piste….pour faire de la place. Je dirais la même chose pour le football, avec un règlement bancal puisque chaque équipe peut aligner seulement trois joueurs de plus de 23 ans. Ridicule, d’autant plus que nombre de clubs ont refusé à certains joueurs leur participation pour mieux préparer la saison. Et que dire du tennis, sport où les meilleurs mondiaux se font éliminer dès les premiers tours, comme ce fut le cas pour Djokovic ou pour les deux paires françaises de double. Apparemment tout le monde se moque de ces résultats, car dans moins d’un mois c’est l’US Open qui va commencer et là on ne rigolera plus. Je suis sûr que Djokovic ne sera pas éliminé au premier tour ! Et le rugby ? Là on se contente du rugby à 7, qui est un bon moyen pour nombre de joueurs de travailler leur technique, mais qui s’y intéresse?

En revanche je trouve normal que les autres grands sports d’équipe, moins médiatisés dans le monde, participent à la fête olympique, par exemple le basket ou le handball. A part les joueurs de NBA, personne ne connaît les meilleurs joueurs du sport le plus pratiqué dans le monde après le football. C’est la même chose pour le cyclisme sur piste qui, hélas, ne nous offre ses meilleures rencontres qu’une fois par an, lors des championnats du monde. Dommage quand même qu’un titre olympique en vitesse ne soit pas mieux valorisé, en terme de notoriété et aussi sur le plan pécuniaire pour celui qui remporte une des épreuves les plus anciennes de la tradition olympique. Bref, tout cela pour dire que cette fête olympique qui se veut de plus en plus gigantesque depuis les années 1990, qui coûte de plus en cher aux pays organisateurs, n’est plus la fête du sport qu’elle était autrefois. Et quand j’écris fête, cela signifie mettre en valeur des sportifs qui ne le sont pas habituellement, alors que leur sport figure au programme des J.O. depuis des décennies, voire même dès la fin du XIXè siécle.

Certes on sera toujours plus nombreux à regarder la finale du 100m ou du 1500m en athlétisme que le tir à l’arc ou l’escrime, mais on sera content des médailles que notre pays a obtenu en natation, au judo, en canoë ou en aviron. Peut-être finalement que ce que l’on a tellement reproché à Avery Brundage dans les années 60 ou 70, de n’avoir pas voulu ouvrir les J.O. aux professionnels, n’était pas une si mauvaise chose, sauf évidemment le fait que les pays communistes de l’époque étaient nettement avantagés, puisqu’officiellement il n’y avait pas de professionnels chez eux, bien qu’ils le fussent en réalité, alors que les pays occidentaux ou libéraux ne pouvaient envoyer que leurs amateurs. Et je ne parle pas du dopage d’Etat qui était pratiqué dans certains pays sans la moindre pudeur, puisqu’il en allait de la « grandeur » du pays…ce qui ne signifie pas pour autant que l’on ne se dopait pas ailleurs!

En attendant les J.O. ne vont vraiment commencer pour la plupart de ceux qui aiment le sport sur la planète, qu’à partir de demain avec le début des épreuves d’athlétisme, sport roi de la quinzaine olympique. Là on va avoir des champions qui vont se battre pour les médailles devant des milliards de spectateurs. Ils voudront voir Bolt, Gatlin ou Allyson Félix et tous les autres, et j’ajoute que personne ne se préoccupera de savoir si untel est dopé, ou s’il a été convaincu de dopage, parce que le spectacle avec un grand S sera là. Au passage j’en profite pour espérer qu’un athlète français montera enfin sur le podium du 100m (Vicaut) derrière Bolt et Gatlin, même si j’ai bien peur que cela reste un rêve. Après tout ce n’est jamais arrivé, et si Vicaut réussissait cet exploit cela effacerait toutes les déconvenues qu’il a connues jusque-là dans les grands championnats, y compris la dernière en date où, malgré des temps très supérieurs en qualité par rapport à ses concurrents, il fut quand même battu lors de la faible finale des championnats d’Europe. Pour mémoire il a terminé troisième de la course avec un temps de 10s08, derrière le vainqueur (Churandy Martina) en 10s07, alors que le record d’Europe de Vicaut est de 9s86!

Acceptons l’augure qu’il concrétisera enfin ses possibilités dans cette finale olympique, tout comme il faut espérer que Lavillenie soit à son meilleur niveau à la perche pour conserver son titre de 2012, que Mekhissi ait retrouvé toutes ses sensations au 3000m steeple après sa grave blessure de l’an dernier et ses belles médailles d’argent de 2008 et 2012, qu’un Bascou (110m haies) ou un Bosse (800m) sortent la course de leur vie pour faire un coup à la Colette Besson en 1968 (sur 400m) et remporter l’or. Cela nous rendrait heureux comme nous le fumes avec le doublé 200-400m de Marie-Jo Pérec en 1996, après son titre sur 400m en 1992, avec la victoire de Galfione à la perche en 1996, la médaille d’argent de Joseph Mamhoud en 1984 au 3000m steeple, l’argent en 1992 et l’or de Drut en 1976 sur 110m haies, qui avait réussi l’exploit d’être le premier à avoir mis fin à la supériorité américaine sur la distance depuis 1928, sans oublier la médaille d’argent de Maryvonne Dupureur sur 800m à Tokyo en 1964, ni bien évidemment celle de Jazy en 1960 (voir mes articles (Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2) et Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 1) ou encore Les grands milers : partie 1), qui avait terminé deuxième d’un des plus grands 1500m de l’histoire olympique, avec comme vainqueur le plus grand miler de l’histoire tout court, l’Australien Herb Elliott, en rappelant qu’il s’est retiré de l’athlétisme en étant invaincu sur sa distance. Voilà je m’arrête à 1960 et aux médailles d’or et d’argent, avec toutefois une pensée pour Alain Mimoun, médaille d’or du marathon en 1956 et triple médaillé d’argent entre 1948 et 1952 (sur 5000 et 10000m) derrière Zatopek. Allez Vicaut, Bascou, Mekhissi, Bosse et Lavillenie, faites-vous plaisir et vous nous en ferez presque autant !

Michel Escatafal

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Des records stupéfiants et d’autres qui ne le sont pas…

séoul 1988Alors qu’on ne sait pas si Christophe Lemaitre sera ou non forfait pour les prochains championnats du monde d’athlétisme, ce qui ne ferait qu’un athlète français de plus incapable de participer à cette épreuve, avec Tamgho, champion du monde du triple saut en 2013, mais aussi le multiple médaillé d’or européen et médaillé d’argent olympique et mondial, Mahiedine Mekhissi, ou encore Yohann Diniz, triple champion d’Europe, tous blessés, ce sport est en train de subir un véritable cataclysme…lié à de supposées affaires de dopage. Décidément on n’en sortira pas ! Au passage on est en train de s’apercevoir qu’il n’y a pas que dans le cyclisme que sévit le dopage, ce dont nous sommes très nombreux à être persuadés. ..le sport engendrant fatalement la tentation du dopage chez certains compétiteurs. Cela dit, doit-on nécessairement remuer de la boue pour des résultats entérinés entre 2001 et 2012, soit pour certains depuis bientôt 15 ans ? Réponse non, car dans ce cas il faudrait remonter des années et des années en arrière, notamment à la « belle » époque du dopage organisé dans les années 70 ou 80, voire même avant, et cela ne servirait à rien.

Je souhaite aussi qu’on ne se ridiculise pas comme on le fait régulièrement dans le cyclisme, où l’on manipule à loisir les palmarès, pour donner parfois des titres à des gens loin d’être insoupçonnables sur le plan du dopage. Parfois même le ridicule tue froidement puisqu’on raye un vainqueur des palmarès, sans attribuer le titre…mais en gardant le reste du podium pour des coureurs suspendus par la suite. Bref, du grand n’importe quoi, ce qu’on a osé faire aussi en athlétisme, mais à une échelle beaucoup moins grande. En fait les seuls champions privés de leur titre l’ont été suite à un contrôle positif ou anormal, ce qui peut s’expliquer même si ces contrôles ne prouvent pas nécessairement qu’il y a eu prise de produit incriminé volontaire, ou suite à des aveux faits par les champions…ce qui signifie qu’ils auraient gardé leur titre s’ils n’avaient rien dit.

Mais comme rien n’est simple dans ce domaine, notamment dans le cyclisme, on peut quand même figurer dans les palmarès si on a avoué s’être dopé…après prescription des faits par le règlement. Qui peut comprendre ça ? Résultat, on a des gens dont est certain qu’ils se sont dopés figurant dans les palmarès…et des gens dont n’a jamais pu prouver qu’ils s’étaient dopés à qui on a retiré leurs titres, y compris ceux pour lesquels ils étaient régulièrement inscrits sur la liste des participants. Là ça devient carrément loufoque ! Mais on oublie aussi les cas où un champion ayant subi un contrôle positif indiscutable garde son ou ses titres, parce qu’il y a eu vice de forme dans la procédure. Là on est carrément dans le déni de justice par rapport aux autres.

Néanmoins tout cela n’est finalement que broutille dans l’histoire du sport, surtout dans un monde où tout va tellement vite que plus personne ne se souvient des résultats vingt ans auparavant. Il n’y a qu’à lire les commentaires des supporters forumers pour s’en rendre compte, certains faisant par exemple de Froome le plus grand coureur cycliste de tous les temps, la remarque valant aussi pour Messi en football ou pour Usain Bolt en athlétisme, sans parler de Federer ou Serena Williams pour le tennis, alors qu’il est déjà très difficile de déterminer le meilleur depuis le nouveau siècle. En fait, seuls les palmarès sont crédibles pour essayer de désigner les meilleurs…à condition qu’ils n’aient pas été manipulés, ou qu’on garde en mémoire le fait qu’il y ait eu jusqu’au début des années 1990 une distinction entre amateurs et professionnels (cyclisme sur piste ou tennis).

Décidément on n’en sort pas, d’autant que personne n’a songé à revenir en arrière, à partir de 1946 ou même avant, pour vérifier si tel coureur, athlète ou tennisman n’ avait pas des qualités supérieures aux stars d’aujourd’hui, en tenant compte aussi de la morphologie moyenne des sportifs, des conditions dans lesquelles on évoluait il y a 50 ou 100 ans, des progrès de la médecine, des progrès technologiques etc. En outre, qu’est-ce qu’on entend par produits dopants, certains se trouvant dans des médicaments utiles à la santé, d’autres dans la nourriture. La créatine par exemple, est-elle un produit dopant ? Non, répondent les spécialistes, même si le docteur Gérard Dine, spécialiste du dopage, a affirmé que « la créatine a des effets bénéfiques minimes mais réels ». D’ailleurs aucune autorisation d’emploi de ce produit en France n’a été accordée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ce qui n’empêche pas que de nombreux sportifs ont admis l’avoir utilisée, le dernier en date étant le nageur vedette en France,  Florent Manaudou.

En tout cas, si l’on en croit les révélations faites par une chaîne de télévision allemande (ARD) et un quotidien britannique (Sunday Times) sur un fichier secret de la Fédération Internationale d’Athlétisme, « au moins un médaillé sur six dans les épreuves d’athlétisme des JO ou des Mondiaux (hors sprint), entre 2001 et 2012, présentait des résultats suspects ». En outre deux pays, le Kenya et la Russie, sont fortement montrés du doigt. Comme si le dopage ne sévissait que dans ces pays ! Accusations qualifiées de « sentationnalistes et trompeuses«  par l’IAAF (Fédération internationale d’Athlétisme), ce qui signifie qu’on n’y voit guère plus clair sur toutes ces affaires, et sur la réalité du dopage en athlétisme. Et là aussi, je pourrais écrire : Comme si le vélo et l’athlétisme étaient les deux seuls sports touchés par le dopage !

Du coup l’amateur d’athlétisme que je suis depuis mon plus jeune âge, devrait cesser de rêver en voyant les exploits réalisés par les cracks d’autrefois et d’aujourd’hui, même si quelques performances me laissent de très gros doutes…parce que jamais approchées depuis leur réalisation. Je donnerai plus loin quelques exemples pour illustrer mon propos, en notant aussi que certains exploits me paraissent tout à fait humains (El Guerrouj et ses 3mn26s au 1500m en 1998 ou les 18m29 d’Edwards au triple saut en 1995, pour ne citer qu’eux). En revanche, pour avoir vu la course à la télévision, je n’ai jamais cru à la véracité de l’exploit accompli en son temps par le Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques. Vraiment trop beau pour être vrai!

Cela montre, comme je l’ai souvent écrit, que l’on a fait des progrès dans la lutte contre le dopage, mais pas suffisamment pour que ceux qui ont recours à la pharmacopée pour réussir des performances hallucinantes soient attrapés au moment de leurs exploits. En effet, avant de l’être ils ont pu accumuler les performances stupéfiantes…sans que les contrôles permettent de savoir si ces performances étaient normales ou pas. C’est là tout le problème du dopage dans le sport, et pas que dans le cyclisme ou l’athlétisme, puisque des champions peuvent très bien faire toute leur carrière sans jamais se faire prendre, alors que d’autres sont pris pour des traces insignifiantes de produits qui, en aucun cas, ne pouvaient améliorer leurs performances.

Puisque je parle de l’année olympique 1988, ô combien riche en exploits renversants notamment en athlétisme, qui pourrait affirmer avec certitude que Florence Griffth-Joyner a réalisé « proprement » ses 10s49 au 100m en juillet 1998 à Indianapolis, et ses 21s34 en finale des J.O. sur 200m, des temps qui n’ont jamais été approchés depuis cette date ? Pour mémoire, sur 200m la meilleure performance d’une femme après celle Flo-Jo Griffth-Joyner est détenue par…Marion Jones avec 21s62, la suivante immédiate étant Merlène Ottey avec 21s64, elle aussi ayant eu des problèmes de dopage.   Sur 100m, la femme la plus rapide est Carmelita Jeter avec 10s 64, temps réalisé en septembre 2009, donc tout à fait en fin de saison, ce qui avait aussi suscité des interrogations. Pour revenir à Flo-Jo Griffith-Joyner, on rappellera qu’elle n’a jamais confirmé ses performances de 1988, puisqu’elle a annoncé sa retraite en février 1989. Elle est décédée d’une rupture d’anévrisme quasiment 10 ans jour pour jour (21 septembre 1998) après son fabuleux record du monde du 200m (29 septembre 1998). Au fait quand ses records seront-ils battus ? Peut-être, pour ne pas dire sans doute, jamais.

Il y a aussi des  records qui tiennent depuis 25 ans et plus, et qui pourraient tenir encore un  certain temps. Citons simplement  ceux  détenus chez les hommes par l’Allemand de l’Est Schult au disque avec 74.08m   (1986), par l’Ukrainien  Sedhyk ( père de notre grand espoir Alexia) au   marteau avec 86.66m en 1986, et chez les femmes par l’Allemande de l’Est   Marita Koch sur 400m avec 47s60 (1985),    la Tchèque  Jarmila   Kratochvilova sur 800m avec un temps de 1mn53s28 (1983),  la lanceuse de poids russe (aujourd’hui   française) Natalya Lisovkaya qui a effectué un jet de 22.63m en 1987, la   lanceuse de disque est-allemande Gabriele Reinsch qui a lancé son engin à  76.50m, la sauteuse en hauteur bulgare Stefka Kostadinova dont le saut de 2.09m à Rome aux championnats du monde 1987 n’a jamais été égalé ou battu,   même si la Croate Blanka Vlasic a flirté plus d’une fois avec cette   barre ces dernières années,  sans oublier les 12s21 au 100m  haies de la Bulgare Yordanka Donkova et les 7m52 en longueur de l’Ukrainienne Galina Chistyakova en 1988 (décidément l’année des J.O. de Séoul était propice aux exploits!). Cette même année il y eut l’énorme record du 4x400m féminin de l’ex-Union   Soviétique avec un temps de 3mn15s17c, mais aussi les 7291 points à l’heptathlon de Jackie Joyner, sœur de Al Joyner (champion olympique du triple saut   en 1984 à los Angeles), lui-même époux de Florence Griffith-Joyner. Et oui, le monde de l’athlétisme est petit, et le nom de Joyner n’est pas prêt de   disparaître des annales de l’athlétisme, pas plus que celui de la Chinoise Wang Junxia, double recordwoman du monde des 3000m (8mn06s11) et du 10.000 m (29mn31s78), records battus entre les 8 et 13 septembre 1993. D’après son entraîneur, obligé de répondre à certaines interrogations des observateurs et amateurs d’athlétisme, les exploits de Wang Junxia étaient dus à son entraînement et, plus encore sans doute, au fait qu’il lui administrait comme potion magique de la soupe au sang de tortue!

Arrêtons-là et espérons, sans réellement  y croire, que le dopage disparaîtra dans l’avenir des  pistes, des routes ou vélodromes, des bassins de natation, et plus généralement de tous les autres terrains de sport. Après tout, je suis sûr et certain que les records d’Europe de Christine Arron (100m en 10s73) en 1998 ou de Stéphane Diagana (400m haies en 47s37) en 1995, pourtant très haut perchés, ont été réalisés sans le moindre doute quant à la valeur réelle de la performance. Je pourrais évidemment citer bien d’autres exemples, plus récents, par exemple les 6m16 de Renaud Lavillenie à la perche l’an passé, qui prouvent que j’ai raison de garder mes illusions et pas seulement grâce aux seuls athlètes français.

Michel Escatafal


Pauvre France, tu ne mérites pas tes champions !

RinerCette fois c’est fait : en 2024 la France ou plutôt Paris organisera les Jeux Olympiques, cent ans après les avoir organisés. Cela étant, l’organisation des J.O. n’a aujourd’hui rien à voir avec celle de 1924. D’abord parce qu’il y a beaucoup plus de sports concernés, ce qui implique que les Jeux se déroulent à travers tout le pays ou presque (on parle du Havre pour la voile en 2024). A ce propos on peut quand même s’interroger sur l’utilité de la présence de certains sports (on évoque le bridge en hiver, le bowling…) alors que le kilomètre ou la poursuite dans le vélo ont été rayés du programme. Passons. Ensuite les sommes mises en jeu sont de nos jours incomparablement supérieures à celles d’il y a cent ans, en euros constants. Rien que le montant de la campagne de candidature s’élèvera à 60 millions d’euros, nous dit le site Sport 24, et si le budget prévu ne devrait pas dépasser 6 milliards contre 12 milliards pour les J.O. de Londres en 2012, il reste quand même conséquent. Sur ce plan toutefois, soyons prudents, car chacun sait qu’il est très difficile de rester « dans les clous prévus » pour une telle manifestation, même si Paris dispose déjà de l’essentiel des installations sportives ou infrastructures pour recevoir les sportifs du monde entier en août, raison de plus pour approuver ce projet. D’ailleurs la quasi totalité de la classe politique est pour l’obtention de ces Jeux Olympiques, à l’exception notable de J.L. Mélenchon. Mais Mélenchon, combien de divisions ?

Au passage vous remarquerez que je considère comme acquis l’organisation de cette manifestation planétaire ayant lieu tous les quatre ans, car évidemment je n’imagine pas qu’une autre ville puisse nous priver de Jeux chez nous, après trois échecs presque consécutifs en 1992, 2008 et 2012. Ce serait un non-sens de ne pas accorder à la France ces Jeux qu’elle n’a pas organisés, je le répète, depuis cent ans, alors que par exemple l’Allemagne (Hambourg est candidate) les a organisés deux fois entre 1936 et 1972, sans parler des Etats-Unis (Boston est candidate) qui y ont droit régulièrement (quatre fois depuis 1904 et trois fois depuis 1932).

Et puisque nous parlons des J.O., je voudrais en profiter pour noter encore une fois les réactions démagogiques de nombre de personnes de notre pays, relativement aux sommes que perçoit le judoka Teddy Riner de la part du club de judo de la ville de Levallois (24.000 euros par mois). Voilà un phénomène bien français à propos d’un de nos deux ou trois plus grands champions, tous sports olympiques confondus. Un sportif connu planétairement pour ses performances, parce que le judo est un sport très important en Asie, en Europe, et même en Amérique. Un sportif qui a remporté à 26 ans un titre olympique, 7 titres de champion du monde, et 4 titres européens en individuel. Qui dit mieux ? Pas grand monde à la vérité, et rien que cela justifie ses émoluments, surtout si nous faisons la comparaison avec ce que touchent les footballeurs, y compris pour nombre d’entre eux en Ligue 2. Que veulent les censeurs au petit pied, toujours prêts à reprocher aux sportifs, aux hommes d’affaires, aux artistes etc. de gagner trop d’argent ? Mais cet argent ils ne le volent pas ! En outre dans le cas de Teddy Riner, même si la commune de Levallois est la plus endettée de France (11500 euros par habitant), ce n’est quand même pas son salaire, payé par son club de Levallois, qui est la cause de la dette de la ville qui dépasse 750 millions d’euros. Pourquoi stigmatiser un de nos plus brillants représentants au niveau du sport, qui s’entraîne régulièrement dans son club pour le plus grand bonheur des autres licenciés du judo levalloisien ?

Tout cela est vraiment écœurant, et suffit à démontrer que nombre d’habitants de notre pays marchent sur la tête. Il paraît que le Français déteste l’argent, mais si j’en crois un article fait sur le sujet l’an passé, les ménages français avaient parié 46.2 milliards d’euros en 2012 sur les jeux d’argent, soit une progression de 76% par rapport à l’an 2000. Pour des gens qui soi-disant n’aiment pas l’argent, l’attitude de nos compatriotes est plutôt étonnante. Bien sûr certains vont nous dire que c’est la misère qui les fait jouer, mais c’est aller un peu vite en besogne. En fait les Français sont comme les autres habitants de la planète, à savoir qu’ils aiment eux aussi avoir de l’argent. Problème, comparés à d’autres, ils semblent être surtout envieux et jaloux de ce qu’ils ne possèdent pas et que d’autres ont. C’est pour cela qu’ils n’aiment pas les footballeurs du PSG, alors que les Anglais, les Italiens ou les Espagnols sont beaucoup moins préoccupés par les salaires des joueurs de leurs grands clubs, à qui ils demandent simplement de remporter des titres.

Triste constat sur les habitants de mon pays, mais c’est hélas la réalité…ce qui explique nos échecs dans le sport et ailleurs. Ce n’est quand même pas un hasard si les affluences dans nos stades ou nos salles sont nettement inférieures en moyenne à celles de nos voisins européens ou amis américains. Et ce n’est pas non plus un hasard si notre pays n’a remporté qu’une seule C1 en football (OM en 1993), si un coureur de notre pays n’a pas gagné le Tour de France depuis 1985 (Hinault) et aucun grand tour depuis 1995 (Jalabert à la Vuelta), si la France n’a été qu’une seule fois championne d’Europe de basket (2013), si la France n’a jamais été championne du monde rugby, alors que ce sport n’est pratiqué au très haut niveau que par une dizaine de nations en étant généreux (en fait dans les Iles britanniques, en France, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et depuis peu en Argentine et en Italie), si la France n’a eu que huit athlètes champions olympiques depuis 1948 (Micheline Ostermeyer en 1948, Alain Mimoun en 1956, Colette Besson en 1968, Guy Drut en 1976, Pierre Quinon en 1984, Marie-Jo Pérec en 1992 et 1996, Jean Galfione en 1996 et Renaud Lavillenie en 2012), si etc., etc.

Et le pire est que si nos clubs enlèvent des titres continentaux ou planétaires, on les critique. Par exemple le RC Toulon que j’évoquais hier, parce que son équipe serait soi-disant composée de mercenaires ! Ridicule, stupide, idiot, imbécile, grotesque, insensé, dérisoire, minable ! Heureusement, comme disait Talleyrand, que « tout ce qui est excessif est insignifiant ». En attendant, je souhaite que le RC Toulon soit de nouveau champion d’Europe la saison prochaine, que le PSG gagne la Ligue des Champions en 2016, que Teddy Riner soit de nouveau champion olympique à Rio, que Renaud Lavillenie soit enfin champion du monde à la perche en août prochain, qu’Eloyse Lesueur retrouve tous ses moyens l’année prochaine et devienne championne olympique à la longueur à Rio…et que Contador, que nombre de Français ont tellement voué aux gémonies, réalise en juillet le fameux doublé Giro-Tour, qui lui permettrait de rejoindre Bernard Hinault au classement des victoires en grands tours (10), avec la possibilité de battre le record de Merckx (11) au cours de sa dernière saison l’année prochaine.

Michel Escatafal


Ah, si le sport français n’avait que des Lavillenie ou des Zlatan…

lavillenieAujourd’hui je voulais parler uniquement de Renaud Lavillenie, mais j’observe que depuis son exploit mon blog recense un nombre de visites élevés à propos de l’article intitulé Mekhissi et Lavillenie ne se lassent pas d’être des héros (2) et d’un autre que j’avais écrit au moment de la mort de Pierre Quinon, Le saut à la perche a perdu un de ses plus beaux champions. Je n’ai pas grand-chose à rajouter de plus par rapport à ces deux articles, sauf que notre merveilleux perchiste, champion olympique en 2012 à Londres, est aujourd’hui recordman du monde en salle avec 6,16m, donc recordman du monde tout court puisque ce record vaut aussi pour le plein air. Un record qui était détenu, depuis février 1993, par le plus grand perchiste de l’histoire, l’Ukrainien Sergueï Bubka. Un record aussi qui avait déjà été battu à Donetsk (6.15m), et qui n’avait jamais été approché depuis cette date (on n’avait jamais fait mieux que 6.05m avant Lavillenie).

Néanmoins si l’on mesure encore un peu plus la portée de l’exploit réalisé par Renaud Lavillenie à travers ce record, il est encore loin d’avoir réellement dépassé le maître Bubka, du moins pour la trace que ce dernier a laissé dans l’histoire. En effet, à ce jour notre perchiste a franchi à 7 reprises plus de 6m (comme Tarasov, Hartwig et Gatauline), alors que Bubka s’est élevé 44 fois au dessus de cette barre mythique, qui fait irrésistiblement penser aux 4mn sur le mile (dans les années 50) ou aux 10s au chronométrage électrique sur 100m (1968). Depuis ces époques on a certes fait beaucoup mieux, mais Bannister ou Jim Hines resteront à jamais les premiers hommes à avoir franchi ces limites à priori jugées infranchissables il y a quelques décennies. Cela dit, je suis persuadé pour avoir vu à de multiples reprises le saut de Lavillenie, qu’il peut passer dès cet été 6.20m ou un peu plus si les conditions météo sont favorables.

En tout cas, à cette hauteur, il planera encore davantage sur le saut à la perche qu’il ne l’a fait par le passé, même si depuis 2007 il est incontestablement le meilleur perchiste de la planète, ayant tout gagné ou presque à une ou plusieurs reprises. En fait il ne lui manque qu’un titre mondial en plein air que, curieusement, il n’est pas arrivé à décrocher, le laissant à des adversaires très loin de le valoir, le Polonais Pawel Wojciechowski dont c’est le seul titre de gloire, qui avait battu Lavillenie d’un petit centimètre en 2011 ou l’Allemand Raphael Holzdeppe qui l’emporta sur Lavillenie au nombre d’essais (5.89m pour les deux hommes) lors des derniers championnats du monde, et dont le record personnel est de 5.91m.

C’est d’ailleurs une autre comparaison que l’on peut faire entre Bubka et Lavillenie, le génial perchiste ukrainien n’ayant remporté qu’un seul titre olympique dans toute sa carrière malgré une domination sans partage sur la discipline entre 1984 et 1997, ponctué par 35 records du monde, 6 titres de champion du monde, mais aussi un seul titre européen (1985) et un seul titre olympique, obtenu à Séoul en 1988. Evidemment, comme son prédécesseur sur les tablettes du record du monde, il finira par obtenir ce titre mondial qui le fuit, mais cela démontre que la perche est une discipline technique, donc soumise à nombre d’aléas qui n’existent pas dans les courses.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’exploit de Lavillenie, en sachant que nous aurons souvent l’occasion d’évoquer ce champion très, très ambitieux, qui n’a pas hésité après son titre olympique à se remettre en question en changeant d’entraîneur, et qui va faire partie, comme Mimoun ou Marie-José Pérec, et pourquoi pas bientôt Teddy Thamgo, des plus grands athlètes de l’histoire de notre athlétisme national. Cela nous consolera des déboires de nos skieurs aux J.O. d’hiver, même si ce matin nous avons récolté deux médailles en slalom géant (l’argent Missilier et le bronze pour Pinturault), les premières depuis 8 ans, ou plus encore de nos patineurs. Heureusement il y a le biathlon (Fourcade)  et des disciplines dont on ne parle que tous les quatre ans, mais c’est insuffisant pour nous donner la passion que nous pouvons avoir lors des J.O. d’été. En disant cela j’ai bien conscience que je suis un peu injuste pour tous ces compétiteurs qui se préparent avec la même foi et les mêmes ferveurs que les participants aux J.O. d’été, mais je n’arrive pas à me passionner pour toutes ces nouvelles disciplines à consonance anglaise, même si nous avons un champion olympique en snow-board (Vaultier).

Il est vrai que ces J.O. tombent mal en termes de calendrier, car nous sommes en plein dans la saison de football. Hier soir les amateurs de sport en France ont été beaucoup plus nombreux à regarder ou écouter la Ligue des Champions, qu’ils ne le sont ou le seront à regarder le half-pipe, d’autant que le PSG est en lice dans cette compétition pour la remporter. Et oui, hier soir Ibrahimovic et ses copains du PSG ont « zlataner » le Bayer Leverkusen et, par voie de conséquences, tous les autres résultats sportifs. C’est ainsi, même si c’est dommage, alors qu’à la fin des années 60 tout le monde se passionnait en France pour les exploits de Killy, Périllat, Bonlieu, ou des sœurs Goitschlel et d’Annie Famose. Il est vrai qu’à l’époque, notre football était bien malade, qu’il s’agisse de l’équipe de France ou de nos clubs. Aujourd’hui, grâce aux Qataris, nous avons une équipe de club qui figure parmi les toutes meilleures en Europe, et notre équipe nationale est susceptible de nous procurer une belle surprise lors de la prochaine Coupe du Monde au Brésil.

En revanche il m’étonnerait que l’OIympique Lyonnais aille loin en Europa Ligue, puisque l’entraîneur de ce club, Rémy Garde, a décidé d’envoyer son équipe réserve pour son match aller de seizième de finale à Odessa. Certes ces Russes sont loin d’être des foudres de guerre, mais quand même ! C’est à se demander pourquoi nos clubs se battent autant pour être « européen » à la fin de la saison ! Triste, très triste, sans parler de l’image déplorable pour notre Ligue 1, et du coefficient UEFA qui est décisif pour avoir le droit de participer à la Ligue des Champions. Résultat,  dans les années à venir il y aura le PSG et l’AS Monaco qualifiés d’office, et les autres qui seront obligés de passer trois tours pour avoir le droit de disputer la phase de poules…et ce sera tant pis pour eux !

Michel Escatafal


Mekhissi et Lavillenie ne se lassent pas d’être des héros (2)

lavilleniePartie 2

Parlons à présent de Renaud Lavillenie et de son extraordinaire domination sur la perche mondiale, que l’on peut comparer à celle exercée par Bubka à partir de 1985. Certes, il n’a pas encore battu le record du monde (6.14m) très haut perché, mais il s’en rapproche, comme en témoigne son saut victorieux à 6.07m, non homologué en raison d’un règlement assez stupide. Et surtout il n’a que 26 ans, ce qui lui laisse beaucoup d’espoir pour l’avenir, surtout si sa longévité est égale à celle de Bubka, lequel battit son dernier record du monde à l’âge de 31 ans, et remporta son sixième et dernier titre mondial à 34 ans. Mais la comparaison avec Bubka s’arrête là pour le moment, dans la mesure où les deux sauteurs n’ont pas du tout le même gabarit. Bubka mesurait 1.84m et pesait 80 kg, alors que Lavillenie mesure à peine 1.77m et pèse 69 kg. Point n’est besoin d’être un grand spécialiste pour comprendre que les deux perchistes sont nécessairement très différents sur le plan technique, Lavillenie faisant l’admiration de ses pairs et des anciens par son extraordinaire vitesse de course d’élan, déterminante pour la flexion de la perche, alliée à une technique sans faille. En somme tous les ingrédients qui font que, comme Bubka, il ne déçoit quasiment jamais. La preuve, il collectionne les titres continentaux et planétaires, puisque seul manque à son palmarès le titre de champion du monde en plein air. Cela explique aussi qu’il ait gagné la Ligue de Diamant chaque année depuis 2011.

Mais au fait, à qui comparer Lavillenie parmi les grands sauteurs du passé ? Déjà, on n’est pas obligé avec la perche de remonter très loin dans l’histoire en raison de l’introduction de la perche en fibre en 1962. Personne en effet ne songerait à comparer le matériel actuel avec la perche en métal de Don Bragg, champion olympique en 1960 à Rome et recordman du monde avec 4.80m, une hauteur qui ne lui permettrait pas de battre les meilleures athlètes féminines aujourd’hui (5.06m en plein air pour la Russe Yelena Isinbayeva, et  5.02m en salle pour l’Américaine Jennifer Suhr). Bragg a certes essayé de s’adapter à la perche en fibre de verre, mais il était trop lourd pour que ces perches, infiniment plus molles que celles en métal, puissent le propulser assez haut pour rivaliser avec ses adversaires plus jeunes et physiquement mieux adaptés à ces nouveaux matériels. Des perches qui n’avaient pas les mêmes qualités à l’époque que celles de nos jours, surtout au niveau de la solidité. Bragg par exemple, faillit être victime d’un très grave accident alors qu’il tentait de passer 4.70m.

Donc si la comparaison est impossible avant les années 60, il faut la faire avec des sauteurs d’abord très rapides comme Sternberg, qui fut le premier sauteur à passer 5m en 1963. Ainsi en 50 ans on a gagné pratiquement un mètre, puisque 6m reste une hauteur inaccessible de nos jours à tous les perchistes sauf Lavillennie et Otto. On pourrait y ajouter Hooker, mais il semble n’avoir plus le feu sacré depuis deux ans, Hooker qui par parenthèse a quasiment les mêmes mensurations que Sternberg. En revanche Otto ne répond pas vraiment aux canons de la perche synthétique, et il est vraisemblable qu’il aurait sans doute été un des rois de la perche en métal si elle existait toujours. Une exception qui confirme la règle d’une certaine manière.

Mais revenons aux comparaisons des champions du passé avec Lavillenie. Il y en a quelques unes de pertinentes qui, en outre, ont le mérite de nous faire revisiter l’histoire de cette discipline si particulière. Je pense en particulier au Grec Christos Papanicolaou qui, après avoir été un excellent gymnaste, est devenu recordman du monde en 1970 avec un bond de 5.49m. Ce n’était pas un colosse avec 1.82m pour 72 kg, mais il était moins rapide que Lavillenie, et son palmarès est famélique à côté de celui de notre champion, puisqu’il n’a jamais remporté de titre européen ou olympique, se contentant de places d’honneur.

Un autre perchiste fit la une des journaux de sport en 1972, le Suédois Isaksson. Son gabarit était assez proche de celui de Lavillenie avec 1.74m et 67 kg. Sa progression fut extraordinaire entre les J.O. de Mexico (1968) où il termina à la dizième place avec un bond de 5.15m et  l’année 1972, où il sauta 5.51m puis 5.54m en avril pour s’emparer et ensuite améliorer le record du monde. En juin, il sautera 5.55m chez lui en Suède. En revanche il sera incapable de se qualifier pour la finale aux J.O. de Munich et de Montreal. Il se contentera de 4 médailles d’argent européennes en plein air et en salle. A peu près avec les mêmes mensurations (1.77m et 70 kg), et lui aussi très dynamique dans ses sauts, nous ne pouvons pas oublier le Polonais Slusarski, décédé en 1998 d’un accident de la route, qui remporta le titre olympique en 1976, et la médaille d’argent en 1980 aux J.O. de Moscou derrière son compatriote Kozakiewicz, l’homme qui fit un bras d’honneur au public de Moscou qui l’insultait à chaque saut…ce qui le motivait encore plus.

Plusieurs des meilleurs Français avant Lavillenie n’étaient pas eux non plus des colosses, que ce soit Pierre Quinon (1.81m et 75 kg) (voir mon article sur lui en août) ou encore Thierry Vigneron (1.82m et 74 kg), respectivement médaille d’or et médaille de bronze aux J.O. de 1984, et qui furent l’un et l’autre recordman du monde. Tout cela pour dire que ceux qui s’extasient sur les performances de Renaud Lavillenie depuis trois ans, en rappelant sans cesse sa petite taille ont tort, puisque dans la perche moderne on peut réussir quelles que soient les mensurations des sauteurs. En fait, Lavillenie est un athlète taillé pour la perche telle qu’elle est devenue depuis le début des années 60, mais c’est surtout un athlète très complet, qui aurait pu briller ailleurs qu’à la perche. Cela étant il a bien fait de choisir cette spécialité, dans la mesure où celle-ci semble être faite pour lui…et pour son petit frère Valentin (1.70m) aussi, lequel sera un concurrent pour lui le jour où il acquerra la régularité qui est la marque des grands champions. N’oublions pas qu’à 20 ans, Valentin Lavillenie a franchi le mois dernier 5.70m, ce qui en dit long sur ses possibilités dans les années à venir. En attendant Renaud Lavillenie sera peut-être devenu recordman du monde. Qui sait, en comptant son saut à 6.07m, il n’aurait « plus que » sept centimètres pour égaler Bubka. Beaucoup certes, mais pas impossible pour ce merveilleux champion !

Michel Escatafal


Souvenirs olympiques de Londres…et d’ailleurs

Ce matin en me levant je me disais que la fête était finie et que les Jeux Olympiques de Londres sont à remiser dans l’armoire aux souvenirs, en attendant de se retrouver dans quatre ans au Brésil, à Rio de Janeiro. Au passage ce sera la première fois que les J.O. auront lieu dans un pays d’Amérique du Sud, continent en plein développement économique avec pour figure de proue précisément le Brésil. Celui-ci, en 2016, aura largement dépassé notre pays en termes de PIB, et sera sur le point de rattraper l’Allemagne, pour se classer en cinquième position dans le monde pour ce qui concerne les richesses nationales produites. Cela pourrait signifier que dans les années à venir, seuls les pays émergents pourront organiser les grandes compétitions mondiales, ce qui est déjà une réalité puisque la Coupe du Monde de football aura lieu en Russie en 2018 et au Qatar en 2022, après avoir eu lieu en Afrique du Sud en 2010. Quant aux J.O., il se pourrait qu’ils aient lieu en Turquie en 2020, même si Tokyo et Madrid sont en lice.

Fermons la parenthèse pour voir ce que l’on retiendra de ces Jeux de Londres, en notant d’abord que les Britanniques ont fait preuve d’un chauvinisme exacerbé, comme on en avait rarement vu depuis bien des années. Il est vrai que la Grande-Bretagne n’est plus depuis bien longtemps la première puissance mondiale, puisqu’en termes  de produit intérieur brut, elle se situait fin 2011 au septième rang mondial. Quelle déchéance en comparant à la situation de ce pays au début du siècle précédent.  Cela dit, pour être honnête, c’est aussi un peu le cas de France, même si notre pays a un peu mieux résisté que nos voisins d’outre Manche. C’est peut-être pour cela que l’on a senti  un tel chauvinisme chez les Britanniques, plus particulièrement les Anglais, comme si ces Jeux étaient pour eux la dernière manifestation d’une puissance perdue, au point qu’on les sentait prêts à tout pour récolter des médailles, comme en témoigne la tricherie de leurs pistards dans la vitesse par équipes. Aurions-nous eu pareille attitude si les Jeux s’étaient déroulés à Paris ? Sans doute pas, les Français ayant moins l’esprit de compétition que les Britanniques.

Cela ne veut pas dire pour autant que les Français ne soient pas touchés par cette déviation, souvent engendrée par le sport, qu’est le chauvinisme ou si l’on préfère le nationalisme. En tout cas on sentait chez nos voisins britanniques une réelle obsession pour que ces J.O. fussent réussis, et ils le furent notamment sur le plan sportif,  puisque la Grande Bretagne se classe au troisième  rang des médailles derrière les Etats-Unis et la Chine avec 29 médailles d’or, ce qui montre au passage les bienfaits d’être le pays organisateur.  Si je fais cette remarque, c’est parce qu’en lisant El País ce matin, j’ai découvert que l’Espagne avait pulvérisé son record lors des J.O. de Barcelone en 1992 avec 13 médailles d’or et 22 au total, alors que depuis cette époque jamais nos amis espagnols n’ont comptabilisé plus de 5 médailles d’or, comme à Atlanta et Pékin, et 3 seulement cette année.

Quant à la France, elle se situe au septième rang de ces J.O. de Londres ce qui est tout à fait honorable, en rappelant que cette comptabilisation est basée sur le nombre de médailles d’or (11). Toutefois en comptabilisant toutes les médailles, la Grande-Bretagne (65 médailles) est quatrième, devancée par la Russie (82) qui a conservé une partie des structures de l’ex-URSS, alors que la France (34 médailles) est dixième, devancée par le Japon (38) et l’Australie (35). A ce propos, il est curieux de noter que cette année on parle essentiellement chez nous des médailles d’or récoltées par la France…parce que cela améliore son rang. Cela prouve que nous aussi savons  être chauvins à l’occasion. Et l’on me permettra de l’être en disant que parmi tous les titres attribués, un des plus beaux restera celui du handball, la France réalisant un exploit presqu’unique dans l’histoire (depuis 1972) en conservant le titre gagné aux jeux précédents (seule l’ex-URSS unifiée l’avait fait en 1992).

Cependant il y a une statistique indiscutable qui concerne notre pays, à savoir l’extraordinaire évolution du nombre de médailles enregistré par le passé avec celui des temps modernes. En disant cela je me base évidemment sur les Jeux Olympiques depuis 1952, date qui correspond à la première participation de l’Union Soviétique, celle-ci s’étant classée première au classement des médailles à sept reprises en neuf participations. Voilà pourquoi cette date n’est pas prise au hasard, et force est de constater que jusqu’à la disparition de l’Union Soviétique (1991), notre pays n’avait jamais dépassé le chiffre de 18 médailles (1952), sauf en 1984 à Los Angeles (28)… année du boycott d’une bonne partie des pays communistes, ces derniers suivant l’exemple de l’ex-URSS.

Parfois même, ce fut une horreur pour  nos couleurs, comme à Rome en 1960 où notre délégation recueillit 5 breloques, dont 2 en argent  avec Jazy sur 1500m et le quatre de pointe en aviron,  et 3 en bronze pour Abdou Seye sur 200m, une en lutte et une  en équitation. En employant le mot horreur j’exagère un peu pour ce qui me concerne car, même si j’étais très jeune à l’époque, j’avais été fou de joie avec les médailles de Jazy et de Seye. Nous n’avions guère fait mieux à Montréal en 1976 avec 9 médailles dont 2 en or (Drut au 110m haies et une en saut d’obstacles), 3 en argent (Morelon en vitesse, plus une en escrime et une en haltérophilie) et  4 en bronze (deux en escrime, une en gymnastique artistique et une en judo). Là au contraire, j’avais été très déçu en constatant l’impuissance de Morelon à remonter le Tchécoslovaque Tkac dans la manche décisive de la finale de la vitesse. En revanche, depuis 1992, nous ne sommes  jamais descendus en dessous de 29 médailles (1992) et de 7 médailles d’or (2008).

Cette année notre total de médailles aurait dû être encore meilleur, s’il n’y avait pas eu la défaillance complète de l’escrime, sport  qui reste à ce jour notre plus grand pourvoyeur de médailles (115) aux Jeux Olympiques. Pour mémoire l’escrime est un des rares sports ayant toujours figuré au programme des J.O. d’été, avec l’athlétisme, la gymnastique et la natation. Je n’ai pas de grandes connaissances sur l’escrime, mais ce que je sais c’est que notre pays a toujours eu jusqu’à ces dernières années des  grands champions, de Christian d’Oriola (2 fois champion olympique au fleuret individuel) dans les années 50 à un autre fleurétiste, Brice Guyart, dernier champion olympique individuel (Athènes en 2004), en passant par Laura Flessel (médaille d’or à l’épée en 1996 à Alanta). Le bilan de ces Jeux 2012 en escrime est affligeant, puisque  nous n’avons pas récolté la moindre médaille, ce qui n’était jamais arrivé depuis 1960. Quel gâchis, et ce n’est pas fini si les règlements de compte au niveau fédéral ne font pas place immédiatement à l’union sacrée, pour redresser la spirale négative dans laquelle se trouve ce sport depuis quelques temps.

Cela étant, globalement, ces Jeux auront été assez réussis pour notre pays, car chacun sait bien qu’il ne sert à rien de se lamenter sur la perte de médailles quasiment acquises. La chute, par exemple, fait partie de la nature du sport, et elle touche les meilleurs comme les autres. Qui aurait imaginé qu’Absalon puisse tomber dans l’épreuve de VTT, dont il était le grand favori ? A ce sujet, on observera que le cyclisme reste un sport sur lequel on peut compter encore aujourd’hui, ce qui me réjouit à titre personnel, même si j’ai du mal à accepter la défaite de nos sprinters sur la piste. On peut se réjouir aussi des progrès de la natation, la France devenant une place forte sur le plan mondial contrairement hélas à l’athlétisme, qui ne survit dans notre pays que par deux ou trois champions exceptionnels.

Problème, l’athlétisme est le sport olympique numéro un, et nous sommes toujours aussi faibles sur le stade olympique, malgré notre médaille d’or (Lavillenie à la perche) et notre médaille d’argent (Mekhissi au 3000m steeple). Mais derrière il n’y a pas grand monde à part quelques juniors prometteurs et surtout Lemaitre sur 100 et 200m, en espérant qu’il évite à l’avenir de se prendre pour ce qu’il n’est pas encore.  En écrivant cela je fais allusion à ce qu’il disait à propos de Bolt, affirmant que personne n’était imbattable. Plus inquiétant encore, j’ai l’impression que Lemaitre ne progresse plus…en souhaitant qu’il me démente d’ici la fin de la saison et les années suivantes. Cela dit, son évolution n’est pas comparable à celle de Renaud Lavillenie dans sa discipline du saut à la perche.

Ce dernier en effet  maîtrise de mieux en mieux son sujet, au point d’être capable de sortir à chaque grande occasion le saut qui lui permet de battre ses adversaires. En revanche Christophe Lemaitre semble avoir besoin de donner une orientation différente à sa préparation. On a déjà vu aux championnats d’Europe en juin qu’il n’était pas aussi souverain qu’en 2010 ou en 2011. A Londres cela s’est confirmé,  et pourtant s’il veut être un jour champion olympique il lui faudra battre des coureurs comme Blake ou Weir qui ont à peu près le même âge que lui, sans parler de Bolt qui n’a que 26 ans. Dur programme qui exige beaucoup, beaucoup de travail…ce dont Lemaitre est sans doute convaincu !

Michel Escatafal


Le saut à la perche a perdu un de ses plus beaux champions

Ces derniers jours je préparais un petit billet sur la perche, parce que cette discipline est une des plus prolifiques de l’athlétisme français en termes de médailles dans les grands championnats. Et j’avais titré ce billet sur Renaud Lavillenie, qui est notre plus grande chance de médaille d’or aux prochains championnats du monde de Daegu, après sa médaille d’or aux championnats d’Europe en salle en mars dernier, cette victoire faisant suite à un été extraordinaire où il avait quasiment gagné tout ce qui était possible de l’être, et notamment le titre de champion d’Europe et la Ligue de Diamant. J’ajoutais qu’en fait, malgré la valeur de Romain Mesnil ou du Polonais Wojciechowski, il n’aura qu’un seul rival, l’Australien Hooker, champion du monde et champion olympique, en précisant qu’avec ces deux perchistes il n’y a pas à trembler, car l’un comme l’autre sont extrêmement réguliers jusqu’aux hauteurs les plus importantes, ce qui est le cas généralement des plus grands sauteurs.

Je disais aussi que ces performances à répétition de Lavillenie nous rappelaient  en même temps de bons souvenirs, puisque nous avons eu deux champions olympiques, avec Quinon (à gauche sur la photo) en 1984 et Galfione en 1996, sans oublier les records du monde battus au début des années 80, c’est-à-dire entre 1980 et 1984. Ce fut Vigneron (à droite sur la photo) qui battit ce record du monde le premier, le 1er juin 1980 à Colombes lors des championnats interclubs. Il passa ce jour-là 5,75m, et redonna à la France le record du monde du saut à la perche qu’elle n’avait plus détenu…depuis 1905. A l’époque c’était Fernand Gonder, qui avait pour surnom « le casse-cou », qui avait sauté d’abord 3,69 m en 1904 …avec une perche en bambou et l’année suivante 3,74 m. Peu après l’exploit de Vigneron,  Philippe Houvion portera ce record à 5,77m.

Philippe Houvion était le fils de son père, excellent perchiste des années 60, et entraîneur de Jean Galfione plus tard, qui avait été le pionnier de la perche en fibre de verre en France ce qui lui permit de franchir 4,87 m en 1963, alors qu’il plafonnait à 4,40m deux ans plus tôt avec la perche en métal. Cette révolution, qui permettait de pulvériser les records presque à chaque meeting, va faire passer le record du monde, entre 1961 et 1994, de 4,83m (Georges Davis) à 6,14m (Bubka) soit une différence de 1,31m, alors qu’entre 1898 et 1960 on est passé de 3,61m (Clapp) à 4,82m (Gutowski) soit 1,11m de plus.

Pour revenir aux Français recordmen du monde, il y eut de nouveau Vigneron en 1981 avec 5,80m, puis en 1983 Quinon, qui l’amènera en août à 5,82m, puis encore  Vigneron qui passera 5,83m trois jours après. Ensuite, en 1984, commencera le règne du plus grand perchiste de tous les temps, du moins avec la fibre de verre, l’Ukrainien ex-Soviétique Bubka. Il battra son premier record du monde en mai 1984 avec 5,85m, et l’améliorera sans discontinuer jusqu’en 1994 avec 6,14m à Sestrières. Il franchira même 6,15m en salle en 1993. Cela dit, il y a quand même un sauteur qui a réussi à prendre le record du monde à Bubka pendant son règne, Thierry Vigneron encore lui.

Oh certes, il ne redevint recordman du monde qu’une dizaine de minutes le 31 août 1984 à Rome, mais c’est quand même à signaler. En fait, si Vigneron reprit le record du monde, c’est parce qu’il tenta et passa 5,91m à son second essai, soit un centimètre de mieux que le record mondial de Bubka, alors que ce dernier a préféré garder ses deux derniers essais pour tenter 5,94m, hauteur qu’il franchit à sa première tentative. Plus personne à l’avenir ne réussira à s’élever aussi haut que Sergueï Bubka, qui aura battu en tout 35 fois le record du monde entre la salle et le plein air. Aujourd’hui encore, le meilleur saut derrière Bubka se situe à 6,06m (Hooker), et il a été réalisé en salle.

Voilà un résumé de ce que j’avais écrit sur la perche, et je ne pensais pas que nous apprendrions une si triste nouvelle aujourd’hui avec la mort de Pierre Quinon, qui s’est suicidé hier à Hyères à l’âge de 49 ans. Pierre Quinon était vraiment un très grand champion, et nombre de spécialistes prétendent qu’il était le seul perchiste de sa génération à avoir les capacités de rivaliser avec le maître absolu de la discipline, Sergeï Bubka. En fait on aurait dû l’avoir ce duel en 1984 aux Jeux Olympiques de Los Angeles…si ceux-ci n’avaient pas été boycottés par la quasi totalité des pays du bloc  communiste. Du coup c’est à un match France-Etats-Unis que l’on allait assister, avec pour favori un Français, Thierry Vigneron. Mais c’est son cadet de deux ans, Pierre Quinon qui allait se révéler le plus fort et le plus maître de ses nerfs, facteur tellement important en athlétisme en général et à la perche en particulier.

Quinon n’était pas un inconnu en arrivant à Los Angeles pour les J.O., car outre son record du monde en 1983, il avait aussi remporté une médaille d’argent aux championnats d’Europe en salle derrière Vigneron, plus à l’aise en indoor qu’en plein air. Cependant pour l’ensemble de son œuvre Vigneron était le favori, plutôt que Quinon qui était sur le circuit depuis moins longtemps. Seulement voilà, Quinon était en très grande forme, et dans ses grands jours c’était un compétiteur hors pair avec beaucoup de culot quand les circonstances l’exigeaient. Ainsi il n’hésita pas à tenter le tout pour le tout le jour de la finale de ces J.O., en faisant une impasse colossale entre 5m45 et 5m70, simplement entrecoupé par un essai manqué à 5m65, sur lequel il a ressenti une petite douleur à la cuisse.

La fin du concours mérite d’être contée dans les détails, avec une tension à son comble quand l’Américain Tully réussit à franchir 5m65 à son troisième essai, ce qui obligeait Quinon à franchir 5m70 dans un des deux essais qu’il lui restait, ce qu’il fit à sa première tentative. Et comme il avait des réserves physiques malgré sa petite blessure, il franchit ensuite 5m75 au premier essai. A cette hauteur il se doutait qu’il ne pouvait pas perdre, d’autant que Vigneron et Bell avaient calé à 5m60. Mais avec un compétiteur comme Tully, de surcroit tout près de chez lui (originaire de Long Beach), il y avait encore une possibilité que l’or se transformât en argent s’il passait 5m80, même si ce n’était pas l’hypothèse la plus vraisemblable compte tenu de la longueur du concours.

Combien de milliers de Français, n’ayant pas hésité à veiller jusqu’à trois heures du matin, ont souhaité au moment où Tully s’élançait pour ses trois essais qu’il fasse chuter la barre ? Tous sans doute, sinon ils n’auraient pas veillé aussi tard pour assister à la fin du concours. Certes, certains diront que ce n’est pas très sportif, mais je reconnais que j’étais très heureux quand Tully faisait tomber la barre, ce qui en fait n’arriva qu’une fois, puisque lors de ses deux autres essais Tully ne put finir son saut. Cette fois c’était fait, Quinon était champion olympique, quel que soit le résultat de sa troisième tentative (manquée) à 5m80.

Il avait 22 ans et demi, et il s’annonçait comme l’autre crack de la discipline avec Bubka. Hélas une vilaine blessure à la cheville (distension des ligaments) allait le couper dans son élan, et l’éloigner des sautoirs pendant longtemps. Pire même, plus jamais il ne retrouva l’intégralité de ses énormes moyens…et finit par arrêter la compétition en 1993 après avoir compris que le plus haut niveau était fini pour lui. Il n’empêche, entre 1982 et 1984, il avait prouvé que l’école de perche française était sans doute la meilleure au monde avec celle des Soviétiques, et que lui-même était bien le surdoué qu’avaient discerné ses différents entraîneurs, dont J.C. Perrin. Dommage quand même cette blessure, car sans cela il aurait franchi à coup sûr une barre à 6m et nous aurait offert, avec Bubka, un de ces duels qui font la grandeur du sport.

Michel Escatafal