Les remontadas se font (presque) toujours au détriment des Français

Et oui, mercredi soir nous sommes des millions à avoir vécu un cauchemar avec le PSG, même si certains crétins sont heureux d’avoir vu « le QSG », comme ils disent avec des relents nauséabonds, éliminé de la plus prestigieuse des compétitions de club. Cauchemar en raison de l’ampleur de cette défaite horrible contre le FC Barcelone (6-1), ce qui ne nous empêche pas de saluer la victoire de Lyon, hier soir, après une belle remontée contre l’AS Roma en Ligue Europa. Evidemment on n’en parle pas autant que mérité, parce que la Ligue Europa n’intéresse pas grand monde et ne concerne que les clubs éliminés ou non qualifiés en Ligue des Champions. Fermons la parenthèse et revenons à cette défaite du PSG contre le Barça qui, aux yeux de nombreux observateurs, aura du mal à aller loin dans cette Ligue des Champions, ce qui ajoute encore plus d’amertume aux yeux des amateurs de football parisiens et français. Car ce n’est pas seulement une défaite, mais une véritable humiliation qui, malgré des décisions arbitrales très contestables (le penalty accordé à Suarez à la 87è minute, survenant après celui refusé à Di Maria* à la 84è minute beaucoup plus flagrant, comme l’a reconnu Mascherano un peu plus tard) qui vaudront à l’arbitre d’être reversé en Europa League ou d’être carrément mis à l’écart, laisse quand même penser à une grosse faute professionnelle collective, en raison de la faillite et de la pusillanimité de la formation parisienne pendant la quasi totalité de ce match.

Collective parce que c’est le job du staff technique et des joueurs qui a été mal fait, et certainement aussi celui du staff dirigeant si on regarde un peu en arrière, en faisant ici allusion au manque de patience des décideurs qataris, qui prennent des décisions surprenantes avec leurs directeurs de football ou sportifs (Kluivert et Leonardo), qui font que les entraîneurs s’en vont très vite (Ancelotti), faute d’attendre des jours meilleurs après quelques défaites, ou qui sont virés après une énorme déception, ce qui fut le cas de Laurent Blanc après trois années sur le banc…qui lui avaient permis de renouveler son contrat pour deux ans…juste avant d’être licencié. Ce sera sans doute aussi le cas avec Emery, surtout s’il ne gagne pas le championnat ou les coupes nationales. Comment pourrait-il rester en poste après une pareille déculottée, et surtout après avoir entrevu la qualification jusqu’à la 87è minute après le but de Cavani, qui obligeait le Barça a mettre trois buts sans en encaisser en moins de 7 ou 8 minutes.

C’est pour cela que l’on emploie partout dans la presse les mots de naufrage, cauchemar et je suis poli, même si l’arbitre, je le répète, a aussi beaucoup contribué à la qualification d’un FC Barcelone loin d’être aussi brillant qu’à ses plus belles heures, ce qui doit ajouter au courroux des patrons du PSG à Doha. C’est aussi pour cela que l’on attend avec impatience la réaction des décideurs qataris, dont l’équipe qui devait être le phare sportif du Qatar, aura réussi le tour de force d’être la première dans l’histoire de la Coupe d’Europe à avoir été éliminée après avoir gagné 4-0 le match aller. Quelle humiliation pour les dirigeants de l’émirat!

Voilà j’arrête là sur ce match qui a dû causer énormément d’insomnies chez les amateurs français de football, car évidemment tous les journaux et autres sites web de notre pays et d’Espagne ne parlent que de cela. Et certains de s’interroger sur la détermination de QSI à continuer à injecter des sommes très importantes, même pour un Etat, pour aboutir à être dans l’incapacité de dépasser les quarts de finale en Ligue des Champions ou les huitièmes cette année. Cela dit, après ce serait peut-être un mal pour un bien, puisque cela pourrait obliger le PSG a piocher dans son centre de formation, riche de quelques éléments prometteurs qui, sans cet accident industriel, n’auraient peut-être jamais eu leur chance. Or Rabiot, puis à présent Kimpembe et même N’Kunku, ont prouvé lors du match aller contre ce même Barça qu’ils avaient toutes les qualités pour s’imposer dans ce PSG. Et d’autres comme Callegari ou Georgen devraient aussi avoir leur chance plus tard, ce qui éviterait de dépenser des sommes très importantes pour des joueurs qui ne leur sont pas forcément supérieurs…ou qui ne jouent pas (Krychowiak, Jese etc.) N’oublions pas que le Barça a formé ou récupéré très tôt Messi, Piquet, Iniesta, Busquet, Xavi ou encore Puyol.

Si j’arrête là, c’est aussi parce que ce qui est arrivé au PSG, fut-il version qatari, s’est déjà souvent produit au détriment de nos clubs, coureurs, athlètes ou équipes de France. Il n’y a guère que le handball qui ait échappé à ce type de catastrophe, ce qui est l’exception qui confirme la règle. C’est la raison pour laquelle, sur ce site qui se veut consacré à l’histoire du sport, je veux évoquer quelques souvenirs personnels qui m’ont occasionné des nuits blanches, quand j’étais jeune et très sportif et après. Je vais en prendre quatre, parce que ce sont les plus douloureux avec celui d’hier soir, pour le pratiquant et ou supporter que j’étais. Je vais donc commencer par le plus ancien, qui date de 1964, et qui concerne un sport, l’athlétisme, que j’ai pratiqué très jeune et que j’ai toujours aimé jusqu’à aujourd’hui, mon blog en témoigne. C’était à l’occasion des Jeux Olympiques de 1964 et cela concernait, non pas un sprinter comme j’aurais aimé être, mais sans doute le plus grand miler français de l’histoire, en même temps que le premier sportif français capable de faire interrompre un journal télévisé (comme on disait à l’époque) pour retransmettre une de ses multiples tentatives de record du monde (1500m, mile, 2 miles, 3000m et 5000m), je veux parler de Michel Jazy. J’ai déjà évoqué son palmarès sur ce site, ce qui me permet de rappeler qu’il fut médaille d’argent du 1500m aux J.O. de Rome en 1960, double champion d’Europe du 1500 et du 5000m, et recordman du monde du mile et du 3000m. Il n’a pas été champion du monde, parce qu’à l’époque il n’y en avait pas et il n’a pas été champion olympique…parce qu’il a eu peur de l’être en 1964. Pourquoi j’écris cela? Parce que si Michel Jazy avait couru le 1500m, il l’aurait gagné sans problème pour la bonne raison qu’il n’avait jamais été aussi fort sur cette distance, et que le seul qui aurait pu le battre, le Néo-Zélandais Peter Snell, n’aurait pas participé au 1500m si Jazy avait choisi cette épreuve, se sachant a priori inférieur au Français. Mais celui-ci qui était « monté » sur 5000m l’année précédente, pensait que sa plus sûre chance de médaille d’or se situait sur cette distance que, pourtant, il ne maîtrisait pas complètement.

Résultat, après avoir laissé le champ libre à Snell sur 1500m, qui pulvérisa ses adversaires, Jazy se présenta au départ du 5000m en favori, avec le recordman du monde de l’époque Ron Clarke, qu’il était certain de battre dans la dernière ligne droite. A priori, c’était un bon calcul…à condition de n’être pas paralysé par la peur, un peu comme le PSG hier soir. Pour cela il suffisait à Jazy de relayer Ron Clarke quand celui-ci accélérait , afin de se retrouver face à face dans le dernier tour. Au lieu de cela, Jazy s’est contenté de suivre Clarke comme son ombre emmenant avec lui le peloton quasiment jusqu’à la cloche. Théoriquement tout était encore jouable puique Jazy était de loin le meilleur de tous sur 1500m et même 800m. Mais c’était sans compter sur deux éléments imprévus avant la compétition : d’abord la pluie qui rendait la cendrée très lourde et une violente attaque de l’Américain Dellinger aux 450m, à laquelle Jazy eut le tort de répondre immédiatement, ce qui l’obligea à lancer le sprint aux 350m. Tout le monde fut instantanément décroché, à commencer par l’Allemand Norpoth, qui se retrouva à plus de 10m, l’autre Américain, Schul, étant plus loin encore. Pour tout le monde, la course était pliée à cet instant, sauf qu’à l’entrée du dernier virage Jazy commença à se crisper, en même temps que Schul commençait sa remontada. Et celle-ci fut d’autant plus efficace que Jazy commençait à payer sa terrible accélération de la ligne opposée, sur une cendrée détrempée. Schul le rejoignit à environ 60m de la ligne, et le passa sans coup férir, Jazy en perdition laissant passer Dellinger et Norpoth, pour finir à la quatrième place. Terrible désillusion pour un athlète qui moins d’un an plus tard battra tous ses adversaires à Helsinki, dont Schul et Clarke, et s’avèrera comme le nouveau crack de la distance. L’année suivante il sera champion d’Europe en battant nettement Norpoth qui avait pris la deuxième place à Tokyo.

Autre remontada de triste mémoire, celle des Gallois à Cardiff en 1966, pour ce qui était la finale du Tournoi des 5 Nations entre les deux meilleurs ennemis de l’époque, qui étaient aussi les deux meilleures équipes de rugby de l’hémisphère Nord. Si la Coupe du Monde avait existé à cette époque, sans doute les deux nations en auraient remporté une. Fermons la parenthèse et revenons à l’Arms Park de Cardiff, où un vent terrible soufflait en bourrasques sur le terrain. Les Français avec une équipe ultra offensive où l’on retrouvait à l’ouverture Gachassin et les frères Boniface au centre attaquaient ce match à fond sous l’impulsion de son capitaine Michel Crauste. Et ils prenaient très vite leur distance avec les Gallois, malgré le fait que les Gallois d’Alun Pask avaient choisi de jouer avec le vent dans le dos en première mi-temps. Essai de Duprat au bout de 2 minutes de jeu comme à la parade. Hélas, et c’est très important, faute de concentration sans doute, Lacaze manquait la transformation pour avoir négligé le vent et pris trop de recul pour ce coup de pied. Pas grave se disait-on, d’autant qu’à la treizième minute le troisième ligne Rupert interceptait et allait aplatir entre les poteaux après une course de 60 mètres. Cette fois Lacaze réussissait la transformation, et cela faisait 8-0 contrele  vent après moins d’un quart d’heure de jeu. Certes les Gallois réussissaient à passer deux pénalités au milieu de la première mi-temps, mais tout le monde se disait qu’en deuxième période, après les « citrons » comme on disait à l’époque, les Français n’allaient faire qu’une bouchée de ces Gallois avec l’appui du vent.

Hélas ce ne fut pas le cas, précisément à cause du vent. A 10 minutes du coup de sifflet final, Dauga prend la balle en touche dans les 22m gallois. La balle arrive à Gachassin qui perce et adresse une passe lobée, comme il en a fait des milliers à l’entraînement avec le FC Lourdes, à André Boniface. Et là c’est le drame, une rafale de vent empêche le ballon de tomber dans les mains d’André Boniface et atterrit dans les bras de l’ailier Stuart Watkins, tout surpris de pareille aubaine, lequel va marquer un essai de 90 m, presque sans opposition, la course de Claude Lacaze pour essayer de stopper l’ailier Gallois s’avérant vaine. Les Gallois venaient de prendre l’avantage contre toute attente (9-8), laissant les Français désemparés. Pourtant une ultime chance leur est offerte par l’arbitre à la dernière minute sous la forme d’une pénalité en moyenne position. Malgré un bon coup de pied, Lacaze ne convertira pas cette offrande, le ballon passant tout près des poteaux emporté par le vent. Tous ceux qui comme moi avaient le rugby dans le sang n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer, ce qui allait provoquer une véritable révolution de palais dans le petit monde du rugby français, et mettre fin définitivement à la carrière internationale des frères Boniface…qui n’étaient pour rien dans cette énorme désillusion. De quoi dire : ô rage, ô désespoir, ô tempête ennemie! N’ai-je donc tant vécu que pour vivre pareille infamie?

Mais le plus dur restait encore à venir, presque 16 ans plus tard, le 18 juillet 1982, avec le célèbre France-Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde de football 1982. Ce soir-là rien ne nous fut épargné, à commencer par l’agression de Schumacher, le gardien allemand, sur Battiston pendant la deuxième mi-temps de la rencontre, alors qu’il venait juste de rentrer, sans que l’arbitre ne bronche, n’accordant même pas un carton jaune pour un geste qui eut mérité l’expulsion immédiate (sortie les pieds en avant alors que Battiston n’avait plus le ballon qui valut au joueur français trois dents cassées et surtout une vertèbre endommagée). Ensuite ce fut le tir sur la barre d’Amoros à la toute fin du temps réglementaire qui s’écrasa sur la barre transversale, et qui amena les deux équipes en prolongations (1-1 à la fin du match). Et là, alors que les Français menaient 3-1 grâce à deux buts de Trésor et Giresse, alors qu’il restait 20 minutes à jouer, les Bleus se firent remonter en encaissant deux buts allemands à la 104è et la 110è minute, ce qui obligea les deux équipes à se départager aux tirs au but, les Allemands en convertissant 5 contre 4 aux Français, Bossis manquant son tir, trop mou, facilement arrêté par Schumacher…qui n’aurait pas dû être là depuis bien longtemps. Bien que n’ayant jamais joué au football, j’ai toujours été intéressé par ce sport, et ce fut pour moi une terrible déception, qui m’obligea à l’époque à prendre ma voiture et à faire au moins 50 kilomètres pour me remettre (un peu) de mes émotions.

Enfin dernière remontada que je voudrais évoquer, qui concerne un sport que j’ai adoré et pratiqué très longtemps, celle de Greg LeMond, lors de la dernière étape du Tour de France 1989, au détriment de Laurent Fignon. En ce dernier jour de Tour, personne n’imagine que LeMond puisse reprendre plus de 50s à Laurent Fignon, contre la montre entre Versailles et Paris, sur une distance de 24,500 km, d’autant que si LeMond est un excellent rouleur, Fignon n’était pas manchot dans l’exercice. La preuve, il remporta le Grand Prix Nations cette même année 1989, en rappelant une fois encore que cette épreuve était considérée comme le véritable championnat du monde c.l.m., jusqu’à la création officielle de ce titre (1994). Néanmoins Laurent le Magnifique, comme certains l’appelaient, souffrait de deux handicap au départ de cette étape, l’un était technique parce qu’il ne disposait pas comme LeMond d’un vélo doté d’un guidon à double géométrie, et l’autre, médical, parce qu’il avait une induration à la selle qui le tenaillait depuis quelques jours. Malgré tout, presque une minute à reprendre pour le champion américain, c’était quand même beaucoup. Et pourtant, juché sur son vélo supersonique pour l’époque, avec son énorme braquet (54×12 soit 9m30 de développement), LeMond allait réussir l’impossible exploit, au prix d’un départ de fou, qui lui permit de refaire une grande partie de son handicap dès les premiers kilomètres, avant de porter l’estocade dans les dernières encablures du parcours entre la place de la Concorde et l’arrivée sur les Champs. LeMond l’emportait pour 8 secondes, à la moyenne de 54.545 kmh, soit un écart de 120 mètres pour une course de 3285 km! Quelle remontada pour LeMond, mais quelle tristesse pour Fignon et tous ses nombreux supporters, dont je faisais partie. J’ai fini ma soirée hébété, abattu, errant comme une âme en peine au bord de la plage à Agde, en ayant cette vision apocalyptique de Fignon écroulé et battu sitôt la ligne d’arrivée franchie. Espérons simplement que le PSG se relève de cette tragédie pour le club, comme Fignon s’était relevé de celle du Tour 1989 avec sa victoire dans le GP des Nations deux mois plus tard, et comme il s’est relevé l’an passé de sa triste défaite contre Manchester City en réalisant le triplé une nouvelle fois (champion de France et vainqueur des deux coupes).*

Michel Escatafal
* Sans parler du penalty imaginaire contre Marquinhos à la 91è minute, il y a d’abord une énorme faute d’arbitrage sur une main de Mascherano dans la surface à la 11è minute de jeu, et plus encore le penalty non sifflé sur Di Maria à la 85eme minute sur une grosse faute de Mascherano qui fauche le joueur parisien en pleine surface de réparation alors que ce dernier va au but. Sentence normale : penalty et carton rouge. Que fait l’arbitre de surface, qui n’avait pas hésité pas à faire revenir l’arbitre sur sa décision sur le penalty sifflé contre Meunier, qui n’est en rien scandaleux même si c’est très sévère, quand il faut prendre cette décision ? Paris serait revenu à 3-2, à 11 contre 10 et je vous fais grâce de la suite…ce qui n’enlève rien au match médiocre du PSG, sauf qu’il serait qualifié.

Michel Escatafal

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Un Giro 2016 à surprises…comme en 1991?

Coppino

Pourquoi ce titre ? Tout simplement parce que le Giro 2016, qui va commencer demain, a un parcours un peu ressemblant avec celui de 1991, avec un peu moins de montagne que l’an passé, même s’il est loin d’en être dénué, et aussi parce que tout semble réuni pour qu’un outsider puisse gagner. Quand je parle d’outsider, je pense évidemment à Mikel Landa, même si ce coureur a terminé troisième l’an passé (il aurait dû terminer second sans les consignes de son équipe Astana en faveur d’Aru), et même si ce coureur vient de remporter avec brio le toujours difficile Tour du Trentin. En outre, il aura aussi l’avantage d’être le leader désigné de l’équipe Sky, avec notamment Nieve pour l’accompagner en montagne. Bref, s’il est aussi fort que l’an passé, où il a causé quelques frayeurs à Contador, notamment lors de la dernière étape de montagne vers Sestrières, il pourrait rafler la mise au nez et à la barbe de celui que tout le monde désigne comme le super favori de ce Tour d’Italie, Vincenzo Nibali, qu’on ne présente plus puisqu’il a déjà gagné une fois les trois grands tours, ou encore Valverde, Uran, voire Majka.

Seul problème pour Landa, il y aura trois étapes c.l.m., même si l’une d’entre elles sera en côte entre Castelrotto et Alpe di Siusi (10,850 km). Il n’empêche, il y aura une étape très dangereuse pour lui le 15 mai, autour de Chinati, d’une longueur de 40,5 km, où il pourrait laisser beaucoup de plumes face à Nibali ou Valverde, pour ne citer qu’eux. Néanmoins, il sera quand même moins exposé dans cette étape que l’an passé dans une étape similaire face à Contador, ou qu’il aurait pu l’être si Froome était au départ de ce Giro. Cela étant, j’en ferais au moins mon favori bis, ce qui était impensable il y a à peine un an, avant précisément de se révéler dans ce Giro 2015. Et s’il l’emportait, ce serait quand même une surprise comme le Giro sait si bien nous en offrir de temps en temps, par exemple Hesjedal en 2012, ou encore Gotti en 1997 et 1999, sans remonter trop loin. Ce fut le cas aussi en 1991, avec la victoire de Franco Chioccioli devant Claudio Chiapucci (deuxième du Tour en 1990) à 3mn 48s, Lelli et Gianni Bugno, le vainqueur l’année précédente et qui sera sacré champion du monde en 1991 et 1992. Reconnaissons que Chioccioli avait fait fort pendant ce Giro, surtout si l’on pense qu’il porta le maillot rose de leader pendant 19 étapes sur 21, les deux autres leaders ayant été les Français Cassado (1ère étape) et Boyer (4è étape).

Chioccioli avait deux particularités, la première d’ordre physique pour sa ressemblance avec le grand Coppi, la deuxième étant qu’il n’avait rien gagné jusqu’à ses presque 32 ans au moment de sa victoire en rose. D’ailleurs, ses seuls résultats notables furent une Copa Sabatini en 1991, la Bicicleta vasca et une étape du Tour de France en 1992. C’est la raison pour laquelle certains dirent qu’il y avait du Walkowiak (Tour de France 1956) ou du Carlo Clerici (Giro 1954) dans ce succès…ce qui ne voulait pas dire que, comme pour ses deux compères, il ne l’avait pas mérité. La preuve, ses trois victoires d’étape à l’Aprica, au Pordoï et contre-la-montre entre Broni et Casreggio sur 68 km, où il laissa Bugno à presque une minute, ce que ni Walkowiak, ni Clerici, n’avaient fait lors de leur seule victoire majeure, où tous les augures furent pris en défaut. Sa domination fut d’ailleurs tellement évidente que nombre d’Italiens n’hésitèrent pas à le trouver encore plus ressemblant avec le Campionissimo…ce qui était quand même très exagéré, car seuls les traits du visage pouvaient susciter la comparaison. En tout cas, après cette victoire en rose acquise avec brio, on l’appela « Coppino », ce qu’on n’osait pas faire quand il était simple gregario de Saronni.

Si j’avais écrit cet article juste après ce Giro 1991 victorieux, j’aurais peut-être pu dire que seul un manque de confiance en lui l’avait empêché d’obtenir de meilleurs résultats jusque-là, et l’avait condamné à devenir un équipier fidèle, dans l’équipe Del Tongo, dont Saronni (vainqueur du Giro 1983 et champion du monde 1981) était la figure de proue. Hélas pour Chioccioli, son maigre palmarès après ce Giro victorieux nous laisse penser qu’il n’avait pas l’étoffe d’un crack. En revanche on l’a toujours bien aimé dans le milieu du vélo. Ce fils de paysan, membre d’une famille nombreuse, fut d’abord jugé trop chétif pour pratiquer un sport aussi dur que le vélo, quand il commença à s’y intéresser à l’adolescence, au point qu’on le retarda d’un an pour obtenir sa première licence. Ensuite il fut sérieusement malade et, comble de malheur, son père perdit la vie dans un accident de la circulation, en se rendant au départ d’une course. Bref, Chioccioli connut toutes les épreuves possibles et imaginables dans sa jeunesse, et sans doute en conserva-t-il des séquelles plus tard. Enfin pour couronner le tout, une fois professionnel, les Tours d’Italie de l’époque Moser-Saronni étaient surtout faits pour eux…qui n’ont jamais été des grimpeurs. En revanche en 1991 la montagne était bien présente, comme en témoigne le classement final de ce Giro avec Chioccioli, devant Chiappucci et Lelli, tous remarquables grimpeurs, sans oublier Gianni Bugno qui était un fuoriclasse.

En tout cas, Chioccioli avait vécu une bien belle aventure dans ce Giro 1991, contrairement à Claudio Chiappucci, héros du précédent Tour de France (deuxième derrière Lemond), qui était parti dans ce Tour d’Italie pour battre Lemond, Fignon, tous deux peu en forme ou malade, mais aussi Delgado et surtout Bugno, qui était devenu son ennemi intime. Problème, battre Bugno était loin d’être suffisant, et force est de reconnaître que Chiappucci, malgré ses talents d’escaladeur, n’était pas au niveau de « Coppino ». Il provoqua même la polémique, surtout chez les suiveurs français, en s’en prenant véhémentement à Eric Boyer dans la 17è étape, auquel il reprochait de ne pas le relayer dans sa chasse à Chioccioli, qui avait attaqué dans le Pordoi…alors que Boyer était bien incapable de relayer tellement il était à bout de forces. Chiappucci finit par le comprendre, mais le mal était fait pour lui, alors qu’il voulait passer auprès de tous, coureurs, suiveurs et spectateurs, pour un gentil bonhomme. Néanmoins, sans vouloir le défendre, force est de reconnaître que Chiappucci était en train de vivre une des plus grandes désillusions de sa carrière. De quoi être nerveux!

En plus cette algarade avec Boyer se situa après un premier épisode où Chiappucci passa déjà pour un coureur à qui on ne pouvait pas faire confiance. Ledit épisode se situa dans la 6è étape, où les organisateurs firent passer les coureurs dans un tunnel mal éclairé, ce qui entraîna une chute collective, laquelle déclencha le courroux des coureurs. Du coup, ces derniers décidèrent de neutraliser la course jusqu’à l’arrivée. Mais la tentation d’attaquer dans le Terminillo était trop grande pour certains, dont Chiappucci, ce qui mit très en colère nombre de coureurs dont Bugno et Delgado, ce dernier affirmant que Chiapucci n’était pas « un coureur fréquentable ». Chiapucci répliqua à Delgado en lui disant que si lui et Bugno n’ont pas répliqué à l’attaque du Colombien Cuspoca dans le Terminillo, c’était parce qu’ils n’en avaient pas les moyens, et que « s’ils voulaient la guerre, ils l’auraient et la perdraient ». En fait tous l’ont perdu, sauf Chioccioli.

Michel Escatafal


Le championnat du monde sur route : que d’évolutions depuis 1921!

jajaBrochardCette semaine est une des plus importantes de la saison pour le cyclisme parce qu’elle est occupée par les championnats du monde sur route. Elle a même commencé avec le championnat du monde contre-la-montre par équipes de marques, récemment créé (2012), remporté de nouveau par BMC Racing, à ne pas confondre avec feu le championnat du monde par équipes nationales (1962 à 1994) réservé uniquement aux amateurs, ce qui n’a pas empêché l’Italie d’être la nation qui a remporté le plus de victoires (7), devant l’ex-Union Soviétique (5) et la Suède (4), dont la particularité était d’aligner les quatre frères Petterson lors de trois de ses quatre triomphes (1967, 1968 et 1969). J’en profite au passage pour noter que la France n’a gagné cette épreuve qu’une seule fois (en 1963 avec Bechet, Motte, Bidault et Chappe), ce qui montre le fossé existant avec nos voisins et amis italiens, fossé que l’on retrouve au nombre de victoires actuelles dans les grandes épreuves du calendrier, notamment les grands tours. Passons ! Cette semaine des championnats du monde a aussi commencé avec les épreuves féminines, mais comme mon blog se veut consacré en grande partie à l’histoire du sport, on me permettra de d’évoquer uniquement l’histoire des épreuves masculines…même s’il y eut effectivement de grands moments dans le cyclisme féminin, toutefois beaucoup moins médiatisés que ceux des hommes.

Cela dit, le cyclisme féminin a eu quelques très grandes championnes, comme la Luxembourgeoise Elsy Jacobs à la fin des années 50, la Britannique Beryl Burton et la Belge Yvonne Reynders dans les années 60, la Russe Ana Konkina au début des années 70, puis quelques années après les Françaises Geneviève Gambillon et Josiane Bost, avant l’avènement dans les années 80 de Catherine Marsal et surtout Jeannie Longo, sans doute la plus emblématique des championnes du sport cycliste féminin en raison de sa longévité et de son éclectisme, sans oublier la Néerlandaise Léontien Van Moorsel dans les années 90, la Suédoise Suzanne Ljungskog au début des années 2000, mais aussi la Néerlandaise Marianne Vos et l’Italienne Giorgia Bronzini, avant que n’arrive celle qui sera peut-être la plus grande de toutes par le palmarès, la Française Pauline Ferrand-Prévot, championne du monde en titre, mais aussi de cyclo-cross et de VTT, exploit unique dans les annales du vélo. Elle sera évidemment, cette année encore, la favorite de la course en ligne élite. Toutes ces femmes ont été championnes du monde une ou plusieurs fois, en réalisant parfois de grands exploits.

Revenons à présent sur l’histoire des championnats du monde sur route hommes, en regrettant une fois encore la date très tardive de ces championnats depuis 1995, qui nous prive souvent de la présence de plusieurs des principaux protagonistes de la saison. Quant aux autres, ils sont certes présents, mais dans quel état, après une saison qui commence désormais en janvier? C’est la raison pour laquelle nombreux sont ceux qui militent pour un nouveau changement de date, afin de redonner à ces championnats le lustre qu’ils méritent. Pourquoi pas en août, entre le Tour de France et la Vuelta ? Cela aurait le mérite d’avoir des coureurs encore en forme après le Tour, alors que d’autres se prépareraient spécialement pour ces championnats pendant le Tour de France. Cela étant, à partir du moment où on fait des J.O. un rendez-vous incontournable tous les quatre ans, quand organiser les championnats du monde chaque année bissextile? Pour ma part, la réponse est claire : la participation aux J.O. sur la route devrait se limiter aux « espoirs » (coureurs de moins de 23 ans), d’autant qu’aux J.O. le nombre de coureurs par nation est très limité (de un à cinq).

Une histoire très ancienne avec une domination belge et italienne

Pour ce qui concerne l’histoire de ces championnats, nous dirons qu’elle est déjà très ancienne, puisque le premier championnat du monde professionnel date de 1927, organisé par l’Union Cycliste Internationale à Adenau, sur le circuit du Nurburgring. Les amateurs pour leur part avaient déjà leur championnat depuis 1921, les deux premières éditions ayant été courues contre-la-montre. Ensuite les titres mondiaux se multiplieront avec le championnat du monde sur route féminin à partir de 1958, puis les championnats contre-la-montre (100 km) par équipes amateurs en 1962, avec un peu plus tard (en 1987) la même épreuve pour les féminines sur 50 km (une victoire pour la France en 1991), avant la création très attendue du championnat du monde contre-la-montre, rassemblant professionnels et amateurs, en 1994. Aujourd’hui, l’épreuve amateurs d’autrefois a été remplacée par l’épreuve espoirs, cette catégorie existant également pour le contre-la-montre, alors que chez les féminines il n’y a que l’épreuve en ligne et le contre-la-montre. Enfin, à cet historique quelque peu fastidieux, il faut ajouter que les courses en ligne ont la particularité de se disputer selon la formule des équipes nationales…sauf pour l’épreuve contre-la-montre par équipes, dont j’ai parlé au début de mon propos.

Le premier champion du monde professionnel fut un très grand champion, l’Italien Alfredo Binda, et son second ne l’était pas moins puisqu’il s’agissait de son compatriote Girardengo. Binda était le meilleur coureur de sa génération, capable de s’imposer sur tous les terrains, mais surtout redoutable au sprint, comme celui qui lui succéda en 1928 et 1929, le Belge Georges Ronsse.  Binda détient toujours le record des victoires (3) puisqu’il remporta de nouveau le titre en 1930 et 1932. Il est en bonne compagnie puisque les autres recordmen s’appellent Rik Van Steenbergen, l’inévitable Eddy Merckx et l’inattendu Oscar Freire. Ils ne sont guère plus nombreux avec 2 victoires, et là aussi on ne trouve que des grands champions puisqu’il y a, outre Ronsse, Schotte, Van Looy, Maertens, Le Mond, Bugno et Bettini. Enfin on notera que le plus jeune champion du monde sur route de l’histoire s’appelle Lance Armstrong (à peine 22 ans en 1993) à qui on n’a pas encore enlevé le titre (on a dû oublier !), et le plus âgé Joop Zoetemelk (presque 39 ans en 1985).

A noter également qu’en 1931 la victoire revint à un autre très grand coureur italien, Learco Guerra, sans doute un des plus grands rouleurs de tous les temps. Les Italiens apprécient d’ailleurs tout particulièrement l’épreuve arc-en-ciel, avec 19 victoires, à un niveau inférieur toutefois à celui des Belges qui ont remporté 26 titres. Et les Français ? Et bien, ils figurent à la troisième place parmi les nations victorieuses, mais avec seulement 8 titres, juste devant les Pays-Bas (7) et l’Espagne (5). Cela dit Belges et Italiens ont toujours eu une affection toute particulière pour les courses d’un jour, contrairement aux Français ou aux Espagnols traditionnellement plus redoutables dans les courses à étapes.

Huit victoires françaises seulement, mais quelques grands vainqueurs

Dans ces conditions les vainqueurs français ne pouvaient être que des champions affirmés, ayant pour nom Speicher (1933), Magne (1936), Louison Bobet (1954), Darrigade (1959), Stablinski (1962), Hinault (1980), Leblanc (1994 et Brochard (1997), certains d’entre eux comme Speicher, Magne, Bobet et Hinault figurant parmi les plus grands champions du vingtième siècle. En outre les victoires de Louison Bobet en 1954, et de Bernard Hinault en 1980, resteront à jamais parmi les plus belles courses de l’histoire de ces championnats du monde. Louison Bobet l’emporta à Solingen, malgré une crevaison à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée alors qu’il était échappé avec le Suisse Schaer. Pour tout autre que lui une telle malchance eut été catastrophique, mais ce jour-là Louison était le plus fort et, au prix d’un effort inouï, il revint sur le coureur Suisse, et le lâcha pour arriver seul avec 22 secondes d’avance. Cet exploit lui permettait de réaliser le doublé Tour de France-championnat du monde que seuls Speicher (1933), Merckx (1971 et 1974), Roche(1987) et Lemond (1989), ont accompli avec lui.

Quant à Bernard Hinault, ce titre mondial conquis de haute lutte en 1980 à Sallanches fut pour beaucoup son chef d’œuvre. Ce jour-là (31 août 1980), « le Blaireau » fut peut-être plus grand qu’il ne le fût jamais sur un circuit taillé sur mesure pour lui, avec la fameuse côte de Domancy qui allait s’avérer de plus en plus meurtrière au fil des vingt tours de circuit, d’autant que l’équipe de France avait décidé très tôt de durcir la course pour son leader. Et cela réussit tellement bien qu’après 180 km de course, Hinault n’avait plus avec lui que Pollentier, Millar, Marcusen et Baronchelli.  Se sentant très fort, notre champion plaça alors plusieurs démarrages qui firent exploser ce dernier carré, le laissant seul dans l’avant-dernier tour avec l’Italien Baronchelli, lequel se contenta le plus longtemps possible de s’accrocher à la roue du « Blaireau », jusqu’à ce qu’il se fasse irrémédiablement lâcher dans la dernière escalade de la côte. Baronchelli finira second à 1mn10s, et le troisième, Fernandez, à 4 mn25s. De la belle ouvrage qui permettait à Bernard Hinault de venger Jeannie Longo, battue la veille sur incident mécanique et qui devra attendre l’année suivante pour remporter le premier de ses 13 titres mondiaux, mais aussi de rejoindre les vainqueurs de légende.

Des courses de légende, mais aussi quelques épisodes moins glorieux

En fait, à Sallanches, Bernard Hinault réalisa quasiment la même course et le même exploit que Fausto Coppi en 1953 à Lugano, sur un parcours similaire avec, là aussi, une côte sévère (Crespera) qui ne pouvait que permettre le sacre du plus fort. Coppi eut lui aussi un dernier accompagnateur, Germain Derycke, qui refusa tout relais jusqu’à l’ultime démarrage du campionissimo dans l’avant dernier tour, ce qui lui permit de s’envoler seul vers ce maillot arc-en ciel qu’il avait conquis à deux reprises en poursuite (1947 et 1949), mais qu’il n’avait jamais porté sur la route. En revanche d’autres épisodes moins glorieux ont marqué l’histoire du championnat du monde, notamment les guerres fratricides entre Coppi et Bartali, avec la triste comédie de Valkenburg (Pays-Bas) en 1948, qui valut aux deux antagonistes une suspension par leur fédération pour avoir honteusement abandonné, après avoir pris un retard considérable à force de s’épier et de se marquer. Il y eut aussi l’arrivée houleuse de 1963 à Renaix (Belgique),  où Van Looy en plein sprint faillit renverser Beheyt, lequel n’eut d’autre recours que de s’appuyer sur l’épaule de son leader, ce qui lui permit de l’emporter…involontairement, ce que néanmoins Van Looy ne lui pardonna jamais. On n’oubliera pas non plus la stupide guéguerre entre Anquetil et Poulidor, plus particulièrement en 1966 au Nurburgring, où les deux hommes se neutralisèrent tellement qu’ils terminèrent deuxième et troisième, battus au sprint par Altig, alors que celui-ci avait été lâché auparavant.

La création du championnat contre-la-montre a permis à certains d’endosser un maillot arc-en-ciel

Résultat, mis à part Coppi, aucun de ces trois illustres champions que furent Bartali, Anquetil et Poulidor ne devint champion du monde. Et il n’y avait pas encore de championnat du monde contre-la-montre, créé je le rappelle en 1994, pour qu’ils puissent se vêtir du maillot irisé au moins une fois dans leur carrière. Le premier vainqueur de ce nouveau championnat du monde fut le Britannique Chris Boardman, à l’époque recordman du monde de l’heure, et le record de victoires (4) appartient au Suisse Fabian Cancellara,  un des meilleurs rouleurs toutes époques confondues, qui l’emporta en 2006, 2007, 2009 et 2010. Dans le palmarès de ce championnat du monde contre-la-montre, on trouve également Jan Ullrich en 1999 et 2001, Abraham Olano en 1998, le seul à avoir remporté également la course en ligne (1995), Laurent Jalabert qui l’emporta à la surprise générale en 1997, Miguel Indurain vainqueur en 1995, ou encore Bradley Wiggins l’an passé, sans oublier l’Allemand Tony Martin et l’Australien Michael Rogers qui l’emportèrent à trois reprises. On peut d’ailleurs imaginer que ce soir Tony Martin aura rejoint Cancellara au nombre de victoires, d’autant que le Néerlandais Tom Dumoulin, si brillant lors de la dernière Vuelta, semble avoir perdu de sa forme étincelante pendant trois semaines en Espagne.

De tous ces champions, seuls Indurain, Ullrich, Cancellara et Martin soutiennent réellement la comparaison avec les grands rouleurs d’antan. D’ailleurs si comparaison il doit y avoir, celle-ci doit se faire avec le Grand Prix des Nations d’autrefois (créé en 1932), cette épreuve étant considérée comme le véritable championnat du monde contre-la-montre jusqu’à l’existence de celui-ci. Sur ce plan Cancellara reste en très bon rang, puisqu’il se situe derrière Jacques Anquetil (9 victoires) et Bernard Hinault (5 victoires), et devant Charly Mottet, vainqueur à 3 reprises, en notant toutefois que les premiers Grand Prix des Nations (de 1932 à 1956) faisaient 140 km avant de descendre doucement à 90 km dans les années 70, 80 et 90, alors que le championnat du monde contre-la-montre se déroule sur une distance avoisinant les 50 km (53 km cette année).

Cela dit, dans le cyclisme sur route, les courses contre le chronomètre ont le mérite d’être celles où il y a le moins de surprises, parce que, fatalement, c’est le meilleur spécialiste qui l’emporte…si bien sûr celui-ci est en forme. En revanche ce n’est pas toujours le cas dans les courses en ligne, et le championnat du monde est plus d’une fois revenu à un inconnu, dont ce fut le seul titre de gloire, comme l’Allemand Heinz Muller, qui a bénéficié en 1952 d’un bris de selle de Magni pour s’imposer, le Néerlandais Ottenbros en 1969, ou encore le Belge Rudy Dhaenens en 1990. A l’inverse, malgré un magnifique palmarès, Koblet, Anquetil, Ocana, Fignon, Kelly ou Mottet, n’ont jamais porté de maillot arc-en-ciel dans toute leur carrière. Dommage pour tous ces champions, qui ont remporté le Grand Prix des Nations au moins une fois, que le championnat du monde contre-la-montre n’ait vu le jour qu’en 1994! Mais cela ne les a pas empêchés d’avoir leur place au panthéon du cyclisme. De nos jours, c’est aussi le cas de Contador de n’avoir jamais été champion du monde, et plus encore celui de Valverde, qui détient pourtant le record du nombre de médailles remportées dans l’épreuve élite en ligne des championnats du monde (deux médailles d’argent et quatre en bronze). L’emportera-t-il cette année ? Pourquoi pas, mais je miserais plutôt une pièce sur Philippe Gilbert (titré en 2012), le jeune Polonais Kwiatkowski (champion du monde en titre) et plus encore sur Nibali, qui a tellement raté sa saison qu’il arrivera motivé comme jamais sur le circuit de Richmond. Et comme l’équipe italienne est toujours très forte… Au fait quand aurons-nous un successeur à Laurent Brochard (route) et Laurent Jalabert(contre-la-montre) ? On l’attend depuis 18 ans. Les Français n’aiment pas les exploits trop rapprochés! Qu’ils me fassent mentir!

Michel Escatafal