Merci aux joueurs du Sud pour le spectacle…et pour notre Top 14

nonucarterJe n’avais pas encore eu le temps de parler de la finale de la Coupe du Monde de rugby, mais ce n’était pas faute d’en avoir envie, tellement ce fut une belle finale. J’ajouterai aussi que les demi-finales furent également très excitantes, l’Afrique du Sud et l’Argentine étant loin d’être des faire-valoir. Cela me permet d’écrire, une nouvelle fois, qu’il ne faut surtout pas avoir de regrets pour le XV de France…parce qu’il était très loin du niveau requis pour briller dans cette Coupe du Monde 2015, les miracles ayant pour particularité de ne pas se renouveler. D’ailleurs au risque de me faire quelques ennemis franchouillards, je rappellerais qu’en 2011 notre équipe avait été battue à deux reprises en phase de poule, par la Nouvelle-Zélande, ce qui était logique, mais aussi par les Tonga, ce qui ne l’était pas du tout. Bref, ce fut un miracle de sortir d’une poule qui n’avait rien d’être celle de « la mort ». Et en demi-finale, les Français l’avaient emporté miraculeusement, grâce à trois pénalités contre un essai non transformé et une pénalité pour des Gallois qui ont joué plus d’une heure à 14.

Reste la finale que nos joueurs auraient pu gagner sans un arbitre plus ou moins aveugle sur les fautes néo-zélandaises, puisque le XV de France ne fut battu que d’un point par une Nouvelle-Zélande loin de pratiquer son meilleur rugby, et de surcroît handicapée par l’absence de Dan Carter. Cela étant, un grand XV de France, tel que nous en avons connu plusieurs par le passé, aurait fini par vaincre cette pâle équipe All Black…avec un jeu et un état d’esprit un peu plus ambitieux. Il fallait bien payer d’une façon ou d’une autre quatre années de difficultés avec le sélectionneur Marc Lièvremont, comme il fallait bien que l’on paie au prix fort quatre années d’errances avec l’ineffable Philippe Saint-André qui lui avait succédé en 2011. Cela ne m’empêche pas de dire, encore une fois, que la faillite de notre XV national n’est pas seulement due aux limites de nos deux derniers sélectionneurs, même si leur responsabilité est grande, car si le problème ne tenait qu’à cela, cela signifierait qu’avec Guy Novès à sa tête, le XV de France redeviendrait très vite la nation majeure de l’hémisphère Nord, et donc un candidat très crédible pour la victoire à la prochaine Coupe du Monde. Non, il y a énormément de problèmes à régler au niveau des instances dirigeantes, étant entendu qu’il y a au moins une chose dont on peut être sûr avec l’arrivée du grand technicien toulousain, c’est qu’il ne pourra pas faire plus mal que ses deux prédécesseurs.

Cela étant, force est de reconnaître que la Nouvelle-Zélande est bien le pays par excellence du rugby à XV (3 coupes du monde sur 8 éditions), comme l’Australie est la référence du rugby à XIII (9 coupes du monde sur 13), les Etats-Unis du basket (14 titres olympiques sur 17 possibles), le Brésil du football (5 coupes du monde sur 20) ou la France du handball (10 titres mondiaux ou continentaux en 25 ans). Cela situe la portée de l’exploit néo-zélandais avec ce troisième succès mondial, le deuxième consécutif, ce qui est inédit. Il est vrai que les All Blacks demeurent depuis les années 1920 au tout premier rang du rugby mondial, cette équipe étant déjà appelée « les Invincibles » en 1924, suite à une tournée victorieuse en Grande-Bretagne. Pour mémoire, il faut rappeler que la première victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande eut lieu seulement en 1954 à Colombes, avec une ossature lourdaise (Claverie, Martine, Maurice et Jean Prat, Domec), plus des joueurs emblématiques comme son inamovible demi de mêlée Gérard Dufau, mais aussi André Boniface qui avait 20 ans à l’époque, ou encore les deuxièmes lignes Chevalier et Lucien Mias. Ensuite il a fallu attendre 1979 pour voir le XV tricolore s’imposer en Nouvelle-Zélande, grâce là aussi à la présence dans ses rangs de joueurs aussi doués que l’arrière Aguirre, le centre Codorniou, la paire de demis Gallion-Caussade, les troisièmes lignes Joinel et Rives, et une première ligne composée de Dubroca, Dintrans et Paparemborde. On notera dans les deux cas que le XV de France disposait à ces époques de joueurs de très grande classe…qui ont fait tellement défaut à l’équipe qui vient de disputer la dernière Coupe du Monde, ce qui prouve que le mal est vraiment profond, surtout si en plus on pratique un rugby de tranchées face à des équipes qui ont adopté depuis longtemps un jeu complet…comme on savait le faire dans notre pays au siècle précédent.

Voilà le constat que l’on peut faire à la fin de la Coupe du Monde 2015, épreuve qui a eu le mérite de couronner la plus belle équipe, d’avoir en finale les deux meilleures, et en demi-finale les quatre qui le méritaient le plus…toutes appartenant à l’hémisphère Sud. Ce n’est pas une coïncidence, et cela aussi tord le cou aux remarques de ceux qui ne cessent de critiquer le Top 14 et ses étrangers, ces derniers ayant été parmi les meilleurs joueurs, qu’il s’agisse des ailiers Habana (Afrique du Sud), Mitchell (Australie) et Imhoff (Argentine) ou du centre Giteau (Australie), pour ne citer que des joueurs ayant participé aux demi-finales. Et pour ma part cela ne me dérange pas du tout, en tant que spectateur ou téléspectateur, que des stars étrangères comme Nonu, Carter, Slade, Kepu, Quade Cooper, Genia, Vermeulen, Adam Ashley-Cooper, O’Connell, Bismarck Du Plessis ou Conrad Smith débarquent en France ce mois-ci ou le mois prochain. Au contraire, même s’ils prennent la place, aux dires de certains, des joueurs français, ils peuvent donner à ceux-ci des leçons de professionnalisme, notamment aux plus jeunes. A ce propos je trouve débile d’entendre Pascal Papé, un des joueurs le plus souvent sélectionnés en équipe de France, estimer que « l’arrivée massive de joueurs étrangers majeurs dans le Top 14 est un frein au développement de l’équipe de France ». Débile pourquoi ? Parce que Papé n’a pas fait la démonstration de ses qualités pendant la Coupe du Monde, alors que ces nouveaux joueurs n’étaient pas encore arrivés. En outre, si Papé et ses copains de l’équipe de France, malgré leurs faibles performances, sont bien payés pour jouer au rugby en France, c’est aussi parce que le Top 14 génère pas mal d’argent grâce aux stars étrangères qui y jouent. Heureusement, tous les joueurs de l’équipe de France n’ont pas cette mentalité, puisque le talonneur toulonnais Guirado se réjouit de l’apport des joueurs du Sud, notamment à travers « leur conception du rugby ».

Fermons la parenthèse pour noter que parmi ces étrangers qui débarquent à Toulon, au Racing ou ailleurs, il y a déjà celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter, en espérant qu’il aura davantage de chance au Racing que lorsqu’il est arrivé à l’USA Perpignan, club dans lequel il a joué seulement cinq matches en 2009, à cause d’une grave blessure. Ah les blessures ! Là en revanche, il y a de quoi s’inquiéter, comme je l’avais écrit dans un article en avril 2013 (Les affres du rugby professionnel…), car les impacts physiques sont de plus en plus terribles, et font de plus en plus de dégâts. Il y a aussi la vidéo, que les gens du football réclament à cor et à cri, mais qui finit par hacher le jeu à force d’y avoir recours à tout propos. Elle ne devrait être utilisée que pour valider un essai ou, très ponctuellement (j’insiste) pour permettre à l’arbitre d’éviter de faire une grosse erreur. Il y a enfin, comme je l’ai déjà évoqué précédemment, la domination très nette de l’hémisphère sud, le Nord semblant perdre de plus en plus de terrain. Même les Argentins, qui ont intégré depuis peu les compétitions du Sud, sont aujourd’hui supérieurs aux Français et aux Britanniques. On notera au passage que lesdits Argentins opèrent pour une grande majorité dans les clubs européens, à commencer par le Top 14, et que cela ne les empêche pas de progresser. Au contraire, tous reconnaissent que leurs progrès sont dus au fait de se frotter chaque semaine aux meilleurs joueurs opérant en France ou dans les Iles britanniques. D’ailleurs, comment progresseraient-ils dans leur championnat argentin ? Papé devrait y penser, plutôt qu’aller dans le sens des supporters franchouillards qui veulent moins d’étrangers. Il est vrai qu’au royaume des aveugles…

Michel Escatafal


Michalak, encore un surdoué controversé…en France

MichalakEt si l’on continuait à parler rugby après la victoire de Toulon en Coupe d’Europe, après aussi une finale 100% française ! Aujourd’hui je voudrais évoquer le cas d’un joueur parmi les plus controversés de notre rugby national, Frédéric Michalak. Au fait, pourquoi est-il controversé ? Tout simplement parce qu’il a la grande classe, et dans notre pays un joueur de très grande classe, surtout s’il opère dans les lignes arrières fait rarement l’unanimité. Il suffit de se rappeler, pour les plus anciens, tout ce qu’ont enduré les frères Boniface en leur temps, puis Jean Gachassin quand il est passé à l’ouverture, mais aussi Jo Maso, ou encore Max Barrau, demi de mêlée qui fit l’admiration des All Blacks eux-mêmes, sans oublier Richard Astre, Jérôme Gallion, autre numéro 9 de grand talent qui fit partie de l’équipe qui triompha des Néo-Zélandais chez eux pour la première fois (14 juillet 1979) dans l’histoire du XV de France, ni Alain Caussade, demi d’ouverture de Lourdes et du XV de France, qui lui aussi appartint à l’équipe victorieuse des All Black en 1979, et tant d’autres encore, comme Didier Codorniou, Didier Camberabero, et plus près de nous Jean-Baptiste Elissalde, tous ces joueurs ayant pour particularité d’être des surdoués.

Bien entendu Frédéric Michalak, appartenant à cette catégorie de joueurs exceptionnels, eut droit lui aussi aux multiples controverses dont se gargarisent les Français, qu’ils soient dirigeants, sélectionneurs, journalistes et supporters. C’est la raison pour laquelle il m’arrive de dire que les Gallois Gareth Edwards et Barry John, ou encore Jonny Wilkinson, ont eu la chance de ne pas naître dans notre pays, car je suis persuadé qu’ils auraient souffert de cet ostracisme que l’on manifeste si facilement vis-à-vis des génies du jeu. Et si en plus ils sont aussi élégants que talentueux sur le terrain, alors là c’est la curée pour eux dès leur première faute, surtout si celle-ci coûte la victoire dans le Tournoi, comme en 1966 à Cardiff. Peu importe dans ces cas-là leur apport dans le jeu, ni la faculté qu’ils ont d’électriser le public par leur maestria. Non, on préfère et on préfèrera toujours dans notre pays de bons ouvriers à un magicien du jeu. D’ailleurs, quitte à me répéter, on remarquera que Morgan Parra, pour ne citer que lui, compte plus de 50 sélections à moins de 25 ans, alors qu’il est loin de faire l’unanimité à son poste de demi de mêlée. A ce propos, je ne voudrais qu’on imagine que je fais moi-même ce que je reproche à d’autres, à savoir faire une fixation sur ce joueur. Non, simplement je veux souligner que Parra est loin d’avoir la classe d’un Fred Michalak à la mêlée, et même sans doute d’un Doussain, lequel n’a été qu’une seule fois international à 22 ans, ce qui ne l’empêche pas d’avoir presque supplanté au Stade Toulousain l’Australien Burgess, qui compte 37 sélections avec l’équipe d’Australie.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à Frédéric Michalak, pour souligner que ce qui l’a desservi est d’abord sa polyvalence. Michalak est-il un demi d’ouverture ou un demi de mêlée ? Si l’on regarde sa carrière, on serait tenté de dire qu’il est d’abord un demi d’ouverture, sauf qu’à la base c’était plutôt un demi de mêlée. C’est Bernard Laporte qui en a fait un demi d’ouverture en le sélectionnant à l’ouverture du XV de France à l’âge de 20 ans. Il est vrai qu’à ce moment le titulaire du poste à la mêlée dans le XV de France s’appelait Fabien Galthié, et que ce dernier était indiscutable dans l’optique de la Coupe du Monde 2003. Et cette décision allait être très lourde de conséquences pour Michalak et le XV de France.

En effet, elle allait faire de Michalak un demi d’ouverture à la fois au stade Toulousain et dans le XV de France. Le plus amusant à propos du Stade Toulousain, est que l’on avait à l’époque (au milieu des années 2000) une paire de demis composée d’un demi de mêlée reconverti à l’ouverture, Frédéric Michalak, et d’un demi d’ouverture reconverti demi de mêlée, Jean-Baptiste Elissalde…qui par parenthèse redeviendra ouvreur après la signature de Byron Kelleher, le demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, ce dont fera les frais Frédéric Michalak, barré et par l’un et par l’autre. A cela s’ajoutent quelques blessures plus ou moins longues qui vont gâcher la vie de notre surdoué, chaque fois au moment où il retrouvait la grande forme. Décidément, on dirait que la vie n’est jamais facile quand on est un génie du jeu, comme s’il y avait une malédiction pour ce type de joueurs !

Après deux séjours en Afrique du Sud, pays dont il est devenu une vedette incontestée, ce qui signifie quand même quelque chose dans cette nation ayant toujours figuré au sommet du rugby mondial, notamment grâce à ses deux titres mondiaux, il reviendra en France, la première fois avec un retour au Stade Toulousain…où on ne l’attendait pas nécessairement comme le messie, et la seconde fois avec une signature au RC Toulon, club dans lequel il a presque retrouvé ses couleurs d’antan, notamment parce qu’il y fut repositionné à la mêlée, en raison évidemment de la prééminence de Wilkinson à l’ouverture. Hélas pour lui, malgré d’excellentes prestations à la mêlée, il sera de nouveau sélectionné dans le XV de France à l’ouverture, le poste de demi de mêlée étant réservé en priorité…à Morgan Parra, même si ce dernier a dû subir la concurrence de Machenaud l’espace de quelques matches en novembre et au début du Tournoi de cette année.

Hélas pour Michalak, j’ai bien peur qu’il en sera ainsi tant que Saint-André sera sélectionneur, s’il est sélectionné (parce qu’il faut s’attendre à tout), Saint-André s’obstinant à ne voir Michalak qu’à l’ouverture, au moment où Laporte lui-même s’est aperçu que c’était avant tout un numéro 9 de grande classe. Résultat, le XV de France continuera ses tâtonnements au niveau de la charnière, ce qui mettra en fureur nombre de supporters de notre équipe nationale, et ce qui nous empêchera de remporter enfin cette Coupe du Monde que nous attendons depuis 1987, la France étant la seule des grandes nations de rugby à ne pas l’avoir gagnée.  Pour mémoire je rappelle que le prédécesseur de Saint-André, Marc Lièvremont, avait aligné en finale de la Coupe du Monde 2011 une paire de demis composée de Yachvilli à la mêlée et Parra à l’ouverture, Michalak n’ayant pas été sélectionné alors pourtant qu’il brillait avec les Sharks sud-africains, étant même le meilleur réalisateur de la Currie Cup. Résultat, victoire en finale de la Nouvelle-Zélande par le plus petit des scores (8-7), alors que les Français étaient les plus forts. A pleurer de rire !!!

Michel Escatafal


L’histoire nous prouve qu’il ne faut pas désespérer du XV de France

J’ai vu hier  matin le match du XV de France contre les Iles Tonga…et j’ai été déçu comme tout le monde par le triste spectacle que nous ont offert  les Bleus. Je n’arrive pas à comprendre qu’en  quatre ans le sélectionneur Marc Lièvremont n’ait pas réussi à dégager un noyau d’une vingtaine de joueurs indiscutables pour former une équipe. Je n’arrive pas non plus à accepter de voir des joueurs sur le terrain ayant l’air perdus, faute d’un véritable plan de jeu comme toute grande équipe se doit d’en développer. J’ai eu  mal aussi hier après-midi en voyant des joueurs toulousains, jouant chaque semaine en top 14, être extrêmement performants comparés à certains joueurs qui sont en Nouvelle-Zélande, même si au fond de moi je n’étais pas mécontent de voir le Stade Toulousain étriller Clermont grâce à la prestation des « oubliés » de la sélection.

Je ne suis d’ailleurs pas le seul à affirmer que si Jauzion, Poitrenaud ou autres David jouaient en équipe de France, le Stade Toulousain serait complètement décapité, malgré le talent de Mac Allister, Bézy, Nyanga et leurs copains restés au pays, mais cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de regrets, même si je sais bien que ces joueurs auraient du mal à être aussi performants dans le XV de France, parce que l’environnement dans leur club est beaucoup plus favorable à leur épanouissement. J’enrage enfin de voir à quel point Lièvremont se moque du monde en faisant venir Doussain, demi d’ouverture de formation, en Nouvelle-Zélande…pour ne pas le faire jouer, obligeant Elissalde à rechausser les crampons au risque d’y laisser sa santé, préférant mettre Parra à l’ouverture en remplacement de Skrela.

On nous dit que Parra a démarré sa carrière chez les jeunes à l’ouverture, soit. Mais depuis qu’il opère en Top 14 il joue à la mêlée, poste où il est très bon sans être d’ailleurs exceptionnel. Cela étant, preuve que quelque chose ne va pas dans cette équipe de France, cette dernière ne dispose comme buteurs que des deux  demis de mêlée Parra et Yachvilli…ce qui signifie qu’on n’a pas pu essayer une charnière avec Trinh-Duc et Doussain à la mêlée, poste où il opère depuis ses débuts en équipe première au Stade Toulousain (l’an passé à la place de Kelleher), parce que Doussain  n’est pas un vrai buteur en club. Par parenthèse c’est un argument qui ne tient pas nécessairement, dans la mesure où Doussain sait aussi botter. En outre, quand on a confié le rôle de buteur à Parra en équipe de France, il n’était pas le buteur attitré de son club de Bourgoin. Cela dit, certains vont dire qu’avec Wisnieski, excellent buteur et véritable ouvreur, le problème serait  plus simple. Ouf, j’espère que vous avez suivi, car tous ces commentaires à l’emporte-pièce ne font que démontrer à quel point c’est le capharnaüm dans le XV de France !

Et pourtant je pense que le XV de France peut encore être sacré champion du monde dans trois semaines. Comment puis-je m’avancer à ce point ? D’abord parce que le rugby a moins de dix nations qui comptent dans le monde. Ensuite pour des raisons objectives tenant au tirage des phases finales et au déroulement de la compétition, avec d’un côté l’hémisphère Nord et de l’autre l’hémisphère Sud. Enfin parce que l’histoire du XV de France est suffisamment riche pour nous faire savoir que ce dernier n’est jamais aussi performant que lorsqu’on l’a enterré, comme s’il avait besoin d’être au fond du trou pour redevenir une équipe, voire même parfois une grande équipe, comme en témoigne la victoire sur le Pays de Galles lors du dernier Tournoi après la déroute contre l’Italie. Grande équipe, je ne sais pas si notre XV national actuel peut espérer mériter un jour ce qualificatif, car manifestement une grande équipe comporte en son sein de grands ou de très grands joueurs, figurant parmi les meilleurs du monde. C’était le cas de l’équipe de 58-59 avec les Lourdais et Lucien Mias, comme c’était le cas en 1966 avec notamment  Gachassin, les Boniface, Darrouy, Dauga, Spanghero emmenés par Crauste, ou comme en 1977 avec Aguirre, Bertranne, Sangali, et le meilleur pack que nous ayons peut-être jamais possédé (Skrela, Rives, Bastiat, Palmié, Imbernon, Paparembored, Paco, Cholley) sous les ordres de Fouroux.

En parlant de Fouroux, cela me permet de faire la liaison avec l’aventure de l’équipe de France en 1987, dont il était le sélectionneur, lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande et en Australie, en rappelant que c’était la première fois qu’était organisée cette compétition, ce qui m’autorise à rendre hommage à Albert Ferrasse, l’ancien président de la FFR, qui avait beaucoup œuvré pour sa naissance. Continuons dans l’histoire en rappelant que Jacques Fouroux avait déjà été un grand capitaine, à défaut d’être un grand joueur, et que son emprise sur les hommes était très importante. Sur le plan des résultats, quand l’équipe de France était arrivée à la Coupe du Monde, elle venait de réaliser le grand chelem, en faisant l’admiration des Britanniques, lesquels estimaient que « seuls les Français sont touchés par cette inspiration qui parfois confine au génie ». Evidemment on n’a jamais dit pareille chose à propos de l’équipe de Lièvremont. Dans son équipe, surtout celle du dernier Tournoi et celle qui opère actuellement en Nouvelle-Zélande, il n’y a pas l’équivalent derrière de Blanco, Sella, Charvet, Lagisquet, Mesnel ou Berbizier. En fait il n’y a qu’au niveau du pack, et encore, que l’on puisse espérer soutenir la comparaison. Ce n’est pas suffisant, on en conviendra.

Pour autant, le début de la Coupe du Monde en 1987 ne fut pas brillant, avec un match nul contre l’Ecosse, qui  permettait à notre équipe d’éviter la Nouvelle-Zélande en quart de finale. Néanmoins le XV de France n’avait dû son salut qu’à une transformation manquée de Gavin Hastings à la dernière minute, et au fait qu’il ait marqué trois essais contre deux aux Ecossais, pourtant loin d’être des foudres de guerre. Au match suivant, les Français n’avaient pas non plus fait grosse impression  en dominant la Roumanie  sur un score très lourd (55-12), des Roumains que les Irlandais avaient écrasée peu avant (60-0). Ce fut l’occasion pour Fouroux, qui n’était pas Lièvremont, de mettre dans le bain D. Camberabero, qui avait remplacé au pied levé Lafond blessé juste avant le départ. Ce même Camberabero, ouvreur de formation mais capable de jouer à l’arrière ou à l’aile, allait lors du match suivant remporté contre le Zimbawe (70-12) marquer 30 points, et battre le record de son père Guy (27) établi contre l’Italie vingt ans auparavant. Cela dit, cette victoire ne rassurait personne tellement les Français avaient gâché d’occasions.

Le moins que l’on puisse dire est que nos Bleus n’avaient pas vraiment convaincu jusque là, mais ils étaient qualifiés  pour les quarts de finale où ils allaient affronter  les Fidji, équipe qui comportait dans ses rangs quelques bons joueurs, notamment l’ailier Damu et surtout l’ouvreur Koraduadua. Match a priori facile, un peu comme les Tonga hier, que les Français remportèrent, mais au prix de quelques souffrances dues à de nombreuses errances en défense, notamment la paire de centre Mesnel-Sella qui n’avait jamais joué ensemble à ce poste. Comme quoi, même avec un grand talent, il faut quand même avoir joué ensemble un minimum, et mieux vaut jouer à son poste. Or Mesnel était d’abord un ouvreur…mais n’était pas botteur, ce qui avait incité Fouroux à faire jouer Laporte à l’ouverture. Finalement le XV de France battit les Fidji (31-16) en ayant marqué quatre essais, mais notre équipe n’avait absolument pas rassuré les supporters, lesquels se demandaient à quelle sauce allaient être mangé nos Tricolores contre l’Australie en demi-finale. Ils se trompaient lourdement !

Cette fois Fouroux avait retrouvé tous ses joueurs, et alignait sa meilleure équipe* avec Mesnel à l’ouverture et Didier Camberabero à l’aile, avec la charge de buteur. Je ne vais pas décrire cette rencontre dont j’ai déjà parlé dans un précédent article, sauf pour souligner que ce fut un match exceptionnel, que nombre d’observateurs ont qualifié de « match du siècle ». Une rencontre indécise jusqu’au bout, puisque le score était de  21-21 à la soixante quatrième minute, puis 24-24 à l’issue de la première minute des arrêts de jeu, avec une égalisation pleine de sang-froid de Camberabero. Mais ce n’était pas fini car les Français, sur une relance depuis leurs quarante mètres, allaient marquer un essai ou la presque totalité de l’équipe avait touché le ballon, Blanco finissant le travail en plongeant tout près du drapeau de touche, ce qui n’empêcha pas Camberabero de transformer cet essai extraordinaire. La France était en finale contre la Nouvelle-Zélande en ayant battu à Sydney l’Australie chez elle, une équipe d’Australie avec ses Campese, Herbert, Lynagh, Farr-Jones, Poidevin, Campbell et Lawton, une équipe qui allait remporter la Coupe du Monde quatre ans plus tard. Quel exploit monumental !

Il l’était tellement que les Français de Fouroux et du capitaine Dubroca avaient déjà disputé leur finale avant la vraie contre les Néo-Zélandais. Les deux équipes se présentaient en ce 20 juin 1987 avec leur équipe type.  Les All Blacks qui jouaient chez eux, avaient un profond désir de revanche après avoir été nettement battus (16-3) à Nantes en novembre de l’année précédente. En fait  on y a cru jusqu’à la mi-temps atteinte sur le score de 9 points à 3, les Français marquant sur la seule pénalité tentée par Camberabero juste avant la mi-temps. Des Français qui avaient souffert d’un arbitrage pour le moins très sévère en deux occasions, ce qui permit à Fox,  le buteur néo-zélandais, de réussir deux pénalités très importantes. En revanche en deuxième mi-temps, les All Blacks ont fait parler leur classe avec des joueurs comme Kirwan, Fox, Kirk, Michael Jones, Shelford, les deux Whetton ou le talonneur Fitzpatrick,, mais aussi leur cohésion, et leur condition physique. Ils marquèrent trois essais contre un aux Français, lesquels allaient en outre se faire pénaliser pour de trop nombreuses fautes. Les Néo-Zélandais qui n’avaient pas beaucoup souffert pour battre les Gallois, étaient beaucoup plus frais que les Français qui avaient bataillé jusqu’à la dernière minute contre les Australiens, et aussi sans doute un peu plus forts.

L’histoire peut-elle se répéter au moins jusqu’au 23 octobre ? Difficile à envisager a priori, mais pas impossible, car les adversaires du XV de France  ne sont pas non plus d’une grande sérénité, y compris les All Blacks. Ces derniers vont devoir se passer jusqu’à la finale de Carter, et sans doute en quart de finale de leur emblématique capitaine Mac Caw. Or, sans ces deux joueurs, les Blacks ne sont plus tout à fait les Blacks. Ensuite l’Australie a paru très poussive et sans solution contre l’Irlande en match de poule.  Enfin si les Français battent les Anglais, ils rencontreront en demi-finale  le vainqueur du match entre l’Irlande et le Pays de Galles. Angleterre, Irlande, Galles, aucun adversaire n’ayant de quoi effrayer des Français habitués à les rencontrer et même à les battre le plus souvent, sauf peut-être les Anglais. Quant aux Sud-Africains et autres Argentins, eux non plus n’ont pas paru irrésistibles en phase de poule. Bref, c’est un tableau très ouvert pour la France, et ce ne serait pas une grande surprise de les retrouver en finale. N’oublions pas que notre pack est très fort en mêlée, et que nos adversaires concèdent beaucoup de pénalités dans ce secteur. Et si Parra et Yachvilli sont loin d’être les meilleurs demis de la planète rugby, ils ont un pourcentage de réussite excellent dans les tirs au but. Alors, qui sait ? Après tout il n’est pas interdit de rêver.

Michel Escatafal

*Equipe de France 1987 en demi-finale et en finale de la Coupe du Monde : Blanco ; D. Camberabero, Sella, Charvet, Lagisquet ; Mesnel, Berbizier ; Erbani, Rodriguez, Champ ; Condom, Lorieux ; Garuet, Dubroca, Ondarts.


Où va le XV de France?

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs. C’est toujours la même chose chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Lièvremont on sait déjà qu’il partira après la Coupe du Monde. Et puis, il est quand même plus valorisant d’être à la tête d’une équipe qui gagne !

Bientôt la Coupe du Monde va commencer,  et le sélectionneur et ses adjoints viennent de faire leurs derniers choix avant la grande aventure, et le moins que l’on puisse dire est que ces choix ont été loin de faire l’unanimité. Quels sont les critères qui ont guidé Lièvremont, que certains n’hésitent pas à comparer à Domenech, ce qui est loin d’être flatteur ? A priori il a essayé de marier des joueurs expérimentés et d’autres qui le sont beaucoup moins, comme s’il voulait en même temps préparer  la Coupe du Monde de 2015. J’en profite pour dire que la France, qui pourtant dispose d’un gros réservoir de joueurs de talent, est la seule des grandes nations du rugby à n’avoir jamais gagné la Coupe du Monde, au contraire de l’Afrique du Sud et l’Australie qui l’ont gagné deux fois, et de la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre qui l’ont emporté une fois. Donc il faudra bien que la France finisse par la gagner à son tour, si elle veut toujours figurer parmi les nations qui comptent dans le rugby international, ce qui toutefois apparaît extrêmement problématique pour la prochaine édition en Nouvelle-Zélande, en septembre et octobre.

A ce propos, Marc Lièvremont se sait attendu au tournant pour cette Coupe du monde, d’autant qu’il a commis la même erreur que Laporte avant la précédente (en 2007), en multipliant les essais pendant quatre ans (81 joueurs utilisés tout au long de son mandat dont 37 nouveaux internationaux), pour arriver à composer une équipe dont les éléments ont finalement peu joué ensemble. Par exemple sous l’ère Laporte, qui a duré huit ans, on a composé une quarantaine de charnières différentes, alors qu’au Stade Toulousain opérait une paire de demis que le monde entier nous enviait avec Elissalde et Michalak. On avait fait le même reproche à Laporte pour les trois-quarts centres ou pour la troisième ligne. Bref, aucune ligne vraiment directrice, alors que l’Angleterre par exemple avait été championne du Monde en 2003, en utilisant quasiment la même équipe et le même système de jeu pendant quatre ans.

D’ailleurs toutes les grandes équipes du passé reposaient sur une base de ce type, soit parce que les joueurs opéraient dans le même club (cas des Lourdais dans les années 50), ou parce que l’équipe était composée majoritairement des mêmes joueurs pendant plusieurs années, cas de l’équipe de Fouroux en 1977, qui avait remporté le Tournoi des Cinq Nations avec les mêmes quinze joueurs. Il n’y a pas de secret dans le rugby : on a beau avoir les meilleurs joueurs du monde, il faut de la cohésion sinon les résultats ne seront pas au rendez-vous. Il est quand même frustrant de n’avoir pas remporté « notre Coupe du Monde » en 2007, alors que le Quinze de France valait bien l’Afrique du Sud, et surtout alors qu’il avait disposé de presque dix semaines de préparation.

Mais revenons au présent, et celui-ci fait plus en plus peur aux nombreux supporters du XV de France. Pourquoi cette peur ? Tout simplement parce qu’il semble que Lièvremont ait voulu continuer dans ses errements, en bricolant une sélection plutôt qu’en la composant, dans la droite ligne de ce qu’il a fait lors de la dernière tournée d’automne et dans le dernier Tournoi, lors duquel nous avons reçu une mémorable déconvenue contre …l’Italie. En effet, après s’être passé des Toulousains au cours des tests d’automne, avec les résultats que l’on connaît, notamment une défaite historique contre l’Australie qui, pourtant, n’est sans doute pas la meilleure équipe de l’hémisphère Sud, il a semblé faire machine arrière, en annonçant la sélection de sept joueurs toulousains parmi les trente sélectionnés pour débuter le tournoi contre l’Ecosse. Et puis, au moment de composer la sélection qui allait jouer contre le XV du Chardon le samedi, il n’y avait plus que trois titulaires parmi les joueurs du Stade Toulousain, le sélectionneur se privant même dans son équipe de départ d’un des meilleurs centres de l’histoire du rugby français, Yannick Jauzion, même si ce dernier n’est plus tout à fait le même qu’il y a trois ou quatre ans. Cela étant l’Irlandais O’Driscoll, autre fameux trois-quart centre, a lui aussi vieilli, et il reste un indiscutable titulaire de l’équipe d’Irlande.

Pourquoi une telle décision de la part de Lièvremont à l’époque ? La réponse la voici : «Je ne veux pas faire un copier-coller du jeu toulousain. Je ne suis pas sûr qu’au niveau international, ce soit un gage de réussite ». Voilà une belle sentence, sauf que le Stade Toulousain vient de remporter le titre de champion de France, dont il était l’indiscutable leader (Top 14) au début du Tournoi des Six Nations, et qu’il s’est qualifié pour les demi-finales de la Coupe d’Europe, qu’il aurait dû gagner comme l’année précédente. Ajoutons aussi que le Stade Toulousain est entraîné par un certain Guy Novès, dont le palmarès d’entraîneur s’orne de neuf titres de champion de France et quatre titres européens, avec comme adjoint pour les avants Yannick Bru, et pour les lignes arrière J.B. Elissalde, ancien capitaine et maître à jouer du Stade Toulousain et du XV de France, et jugé par ses pairs comme un grand technicien du jeu. Autant de références que ne peut pas vraiment revendiquer Marc Lièvremont !

Tout cela doit bien faire rire la presse étrangère, d’autant que celle-ci connaît la valeur du Stade Toulousain, meilleure équipe de club de l’histoire de notre rugby avec le F.C. Lourdes des années 50, qui lui-même n’a pas toujours eu les faveurs des sélectionneurs de l’époque. En tout cas, en prévision de cette Coupe du monde, Lièvremont n’a pas construit une équipe, et surtout n’a pas donné à l’Equipe de France une vraie ligne directrice dans le jeu. Pire même, je ne vois toujours pas ce qu’on pourrait mettre à son crédit, contrairement à son prédécesseur Bernard Laporte, lequel avait réussi à faire en sorte que le rugby français ne subisse plus les foudres des arbitres à cause de son indiscipline.

En fait ce qu’on entend sans cesse dans la bouche du sélectionneur et des joueurs, ce sont des mots tels que : « Il va falloir relever la tête et essayer de travailler », comme l’a dit Morgan Parra après la déroute contre l’Australie en novembre dernier. L’ennui c’est que même en essayant de travailler, cela ne fera pas courir plus vite Parra, lequel n’a pas confirmé cette saison les espoirs placés en lui, au point que nombre de connaisseurs auraient préféré voir le jeune numéro 9 de Toulouse, Doussain (élève d’Elissalde), à sa place ou à tout le moins être sélectionné. Tout cela pour dire que depuis quatre ans Lièvremont a eu tout le temps de former une équipe, quitte à rajouter à doses homéopathiques des joueurs qui se révèlent, et de rester sur une ligne directrice bien définie, en s’inspirant de ce qui se fait de mieux en club dans notre pays. C’est le rôle premier du sélectionneur. Cela dit, en tant que supporter du XV de France, j’espère que malgré les absences de joueurs comme Poitrenaud, Jauzion, Fritz, mais aussi Bastareaud, Thion ou Malzieu, les Français se comporteront mieux que dans le dernier Tournoi, et au moins aussi bien lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande qu’à celles de 1987 (finalistes, après un match d’anthologie contre l’Australie), et de 1999 après une victoire en demi-finale contre les All Blacks. On peut toujours rêver !

Michel Escatafal