Comparaison n’est pas toujours raison dans le sport !

mayweatherIl y a quatre ans, j’écrivais sur ce site « Marciano : le plus grand des poids lourds? Peut-être, sans doute… », et j’avoue que je n’imaginais pas que l’histoire se répèterait aussi vite avec un autre boxeur. Et pourtant c’est le cas, puisque un autre Américain, Floyd Mayweather, va (théoriquement) se retirer des rings, invaincu en 49 combats. En fait c’est la seule comparaison que nous puissions faire, parce que d’une part Rocky Marciano a réalisé cet immense exploit dans la catégorie reine de la boxe, les poids lourds, et surtout parce que Marciano a boxé à l’époque de l’âge d’or de la boxe, dans la première moitié des années 50 du siècle précédent. Si j’insiste là-dessus, c’est parce que de nos jours la boxe a énormément perdu de son intérêt aux yeux du grand public, y compris américain, ne serait-ce qu’avec toutes ces catégories recensées depuis quatre ou cinq décennies, et ses multiples fédérations. Peut-être que les frères Klitschko mériteraient de faire partie, avec leur palmarès, des plus grands champions que le « noble art » ait pu connaître, mais, à part les passionnés, qui a suivi ou suit leurs résultats ? Poser la question, c’est y répondre. Néanmoins pour ceux qui comme moi ont toujours apprécié ce sport, Wladimir et Vitali Klitschko ou Mayweather, ou encore Pacquiao, sont quand même de très grands champions, parce que toujours vainqueurs ou presque. En outre, ce n’est pas leur faute si la concurrence est très faible dans leurs catégories.

Autre comparaison, cette fois encore plus incongrue, celle concernant les titres du double en grand chelem. Pourquoi ? Parce que depuis le début des années 80, quasiment personne ne s’intéresse au double, au point que les frères Bryan sont considérés par certains comme la meilleure paire de double de l’histoire du tennis…ce qui est risible, malgré leurs 16 victoires en tournois du grand chelem. Oui, comment oser comparer les frères Bryan dans l’histoire du tennis, avec par exemple la paire australienne Hoad-Rosewall dans les années 50, Emerson-Stolle dans les années 60, Newcombe-Roche à la fin des années 60 et dans les années 70, ou même la paire américaine Fleming-Mac Enroe dans les années 80 ? Oh certes, ils n’ont pas gagné 16 victoires dans les tournois du grand chelem, mais s’ils ne les ont pas remportées c’est d’une part parce qu’ils allaient très loin en simple dans ces tournois (sauf Fleming), mais aussi parce que la concurrence était bien supérieure à l’époque de Rosewall et Hoad (voir mon article sur ce site « Hoad et Rosewall : la plus merveilleuse paire d’as du tennis »), notamment avec des équipes de double comme Sedgman-Mac Gregor ou Sedgman-Fraser. D’ailleurs, aux J.O. de 2008, la paire composée de Federer et Wawrinka a remis à leur vraie place en demi-finale les frères Bryan (7-6 et 6-4), les deux joueurs suisses ne jouant pourtant ensemble en double que les rencontres de Coupe Davis (quand ils y participent) en plus des Jeux Olympiques.

Si j’écris cela c’est parce qu’on a tendance à s’extasier sur la victoire d’une équipe française ( Mahut-Herbert) à l’US Open, qui s’est terminé hier avec la victoire de Djokovic sur Federer en simple messieurs, mais aussi avec une finale cent pour cent italienne en simple dames (Flavia Penetta- Roberta Vinci)…qui a privé Serena Williams d’un grand chelem tellement mérité après ses victoires à Melbourne, à Roland-Garros et à Wimbledon. Et oui, plusieurs grands champions, femmes ou hommes, ont trébuché sur le dernier obstacle pour l’octroi du grand chelem (en année pleine), notamment Lewis Hoad en 1956. J’aurais l’occasion d’évoquer cet échec de Serena Williams lors d’un prochain article, comme j’évoquerai aussi l’extraordinaire niveau de Federer à plus de 34 ans. Fermons la parenthèse, pour nous réjouir quand même de voir honorer le tennis français à travers la victoire en double de Mahut-Herbert à Flushing Meadow, petite consolation au fait que le tennis français ne produit plus de potentiels vainqueurs en tournoi du grand chelem, le dernier étant Yannick Noah en 1983 à Roland-Garros. Cela fait quand même 32 ans, et cette victoire succédait à celle remportée par Yvon Pétra…en 1946.

Certes on me dira que nos joueuses ont fait mieux que les hommes, avec les deux victoires dans les tournois majeurs remportées par Mary Pierce (Melbourne 1995, Roland-Garros 2000) et Amélie Mauresmo (Melbourne, Wimbledon 2006 et numéro une mondiale). Je n’oublie pas non plus la victoire surprise de Marion Bartoli à Wimbledon (2013), mais je ne mets pas cette championne sur le même plan que Mary Pierce et Amélie Mauresmo, parce que sa victoire fait partie des très grandes surprises de l’histoire du tennis en particulier et du sport en général, un peu comme celle Flavia Penetta à l’US Open cette année ou celles de Carlo Clerici lors du Giro 1954 et de Roger Walkowiak en 1956 dans le Tour de France, sans parler de Jose Cobo victorieux de la Vuelta 2011. A propos de Marion Bartoli et Flavia Penetta, on observera que l’une et l’autre ayant touché le Graal à leur grande surprise, n’ont pas eu le courage de poursuivre leur carrière, et se sont arrêtées sur ce succès.

Autre grande victoire marquante ce week-end, la victoire en Australie et le titre de champion du monde en rallyes WRC de Sébastien Ogier. C’est le troisième consécutif pour le pilote gapençais, suivant les traces de Sébastien Loeb, même s’il lui en reste encore six avant de rattraper son illustre aîné. Cela dit, certains ne manquent pas de faire la fine bouche sur ces titres, par manque de concurrence. Je ne suis qu’à moitié d’accord, car c’est tout le problème du sport automobile d’élite, y compris la Formule 1. Comme en Formule 1, où pour gagner il faut avoir une Mercedes ou à la rigueur une Ferrari, il y avait cette saison en WRC les Wolkswagen et à la rigueur les Citroën. Cela signifie qu’en début de saison, dans les deux disciplines, on savait que le champion du monde s’appellerait Hamilton ou Rosberg en Formule 1, et Ogier ou Latvala en WRC…ce qui n’est quand même pas souhaitable, surtout si cela dure depuis plusieurs années.

Michel Escatafal


Indigné par la manière dont on traite, en France, les équipes ou sportifs qui gagnent

ogieribrahimovicDans un article de l’Equipe rapporté hier sur le site web du journal, on y lit que Sébastien Ogier, le nouveau champion du monde des rallyes, successeur de Sébastien Loeb, considère qu’il « n’est pas arrogant »  bien qu’il admette ne pas avoir la langue dans sa poche. Pourquoi cette remarque? Parce que certains Français se disant amateurs de rallyes pensent qu’il « a le melon », pour parler comme eux. Ne le connaissant pas, ou plutôt ne le connaissant qu’à travers ses exploits (13 victoires en 68 rallyes WRC), je peux simplement affirmer que ce jeune homme m’a l’air d’être bien sous tous rapports, à la fois ambitieux et respectueux de ses adversaires, sachant en outre reconnaître ses erreurs quand il lui arrive d’en faire. Voilà pourquoi je fustige les gens qui le critiquent parce qu’il a refusé, dès ses débuts en WRC, de reconnaître la supériorité de Loeb, à l’époque où ils étaient tous deux chez Citroën. Personnellement je trouve cela admirable, ce qui en disait long sur son ambition. Et même après s’être « planté » à l’occasion en essayant de rivaliser avec « le maître », il ne s’en laissait pas décontenancer, se disant que son heure finirait par arriver, considérant que Loeb était le seul pilote capable de le battre à la régulière, mais qu’il n’était pas invincible, ce qui lui a valu d’être jugé « arrogant » par nombre de Français.

Non, pour ma part je ne considère pas Sébastien Ogier comme arrogant, chose que ses détracteurs semblent confondre avec le fait d’être ambitieux pour devenir le meilleur, un phénomène bien français. Si j’écris cela une nouvelle fois, c’est tout simplement parce que dans notre pays, les gens sont souvent très méchants vis-à-vis de leurs champions, comme en témoigne la manière dont on a traité Laurent Blanc à son arrivée à la tête du PSG. En revanche, en poursuivant dans le football, je dirais que je ne supporte pas l’attitude d’un Menez ou d’un Sakho, qui n’acceptent pas ou n’ont pas accepté la concurrence dans un club qui, aujourd’hui, figure parmi les plus grands d’Europe, ce qui lui vaut nombre de remarques désagréables…parce que ses capitaux ne sont pas français. A ce propos, j’ai été stupéfait de lire ce matin que Zlatan Ibrahimovic a été convoqué par la commission de discipline de la LFP, pour son geste envers les remplaçants toulousains au Parc des Princes, geste où il avait joué au pistolero. Comme tout cela est ridicule ! Décidément je redis une nouvelle fois que nous ne méritons pas les champions que nous avons, surtout quand on voit les tacles assassins de certains défenseurs, sans que cela ne prête à conséquence pour leurs auteurs à part peut-être un carton jaune.

Cela étant, quand on repense à l’affaire Leonardo, on ne s’étonne plus de rien dans le petit monde de notre Ligue1. Une Ligue 1 dont les clubs, à part le PSG évidemment, ne cessent de se ridiculiser dans les compétitions européennes, à commencer par l’Olympique Lyonnais et les Girondins de Bordeaux, tenus en échec ou battus respectivement hier soir par un club de milieu de tableau portugais et un club israélien, aux moyens nettement inférieurs aux leurs. Plutôt que gémir continuellement contre l’Etat, plutôt que réclamer des droits télés supérieurs, plutôt qu’essayer de faire délocaliser fiscalement l’AS Monaco, bref, plutôt que chercher des poux dans la tête de Monaco ou d’Ibrahimovic, les dirigeants de notre Ligue professionnelle feraient mieux de se réjouir d’avoir dans ses rangs deux équipes comme le PSG et l’AS Monaco, avec toutes leurs stars internationales. Ce ne sera pas avec l’OL, les Girondins, l’OGC Nice, l’AS Saint-Etienne, ni même l’OM que notre indice UEFA remontera, tous ces clubs étant déjà quasiment éliminés dans leur compétition européenne. Ce n’est pas non plus avec les clubs que j’ai cités que les droits télés vont augmenter, ou que les images de notre Ligue 1 vont s’exporter à l’étranger. Vraiment nous sommes un drôle de pays, avec des habitants jamais contents de leur sort, et toujours envieux du sort des autres…même si ces autres sont plus malheureux que nous.

En tout cas, pour ma part, je dis qu’en tant qu’amateur de football, je suis heureux de voir le PSG s’installer sur le toit de l’Europe, comme à l’époque bénie du Stade de Reims de Kopa, de l’AS Saint-Etienne de Rocheteau ou de l’OM de Papin, la différence se situant dans le fait que le PSG de nos jours est infiniment plus riche que les trois clubs que je viens de citer, et donc qu’il peut s’offrir à peu près qui il veut sur la planète football…ce qui ne l’empêche pas d’investir sur l’avenir avec ses Verratti, Marquinhos, Lucas, Rabiot ou Ongenda, tous âgés de 20 ans et moins, ce que les Rémois, les Stéphanois et les Marseillais de la grande époque n’avaient pas su faire une fois arrivés au sommet. Ce qui explique aussi, que toutes ces belles aventures dans les années 50 (Reims), 70 (Saint-Etienne) ou 90 (Marseille) aient duré ce que durent les roses, l’espace de quelques saisons.

Alors de grâce, que la Ligue de Football Professionnelle fasse de son mieux pour que nos arbitres soient plus performants, ce qui leur évitera de se mettre une pression telle qu’un des leurs expulse un Thiago Silva, modèle d’exemplarité sur un terrain, pour une simple demande d’explication. Qu’elle supprime cette ridicule Coupe de la Ligue, qui n’intéresse personne, plutôt que vouloir diminuer le nombre d’équipes de Ligue 1 dans le championnat. Qu’elle fasse entrer les clubs de Ligue 1 directement en seizièmes de finale de la Coupe de France pour les clubs encore qualifiés dans les compétitions européennes, si elle veut alléger le calendrier, et tout sera plus simple pour nos clubs professionnels. En somme, que les dirigeants de la LFP fassent en sorte que notre Ligue1 soit plus attractive pour que des investisseurs arrivent plus nombreux dans nos clubs, d’autant que ces clubs vont disposer de très beaux outils de travail avec des stades neufs ou remis à neuf (dans la perspective de l’Euro 2016), dont certains, si cela continue, ne serviront que pour des concerts de chanteurs de variétés.  Et oui, on a l’impression que dans notre petit monde du football professionnel, la devise est : Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ! Au fait, je voulais parler aujourd’hui d’Alberto Contador, mais je suis tellement ulcéré par certaines décisions ou réactions dans notre beau pays, que j’évoquerai le Pistolero la prochaine fois.

Michel Escatafal


Les critères sportifs…et affectifs

zidanerodriguezAujourd’hui nous allons évoquer les critères de toutes sortes dans le sport, et si j’en parle c’est parce que j’ai lu ce matin dans la presse deux informations qui m’interpellent. La première, de loin la plus importante, concerne l’admission des équipes cyclistes dans le World Tour, et la deuxième, beaucoup plus anecdotique, est relative à la cote de popularité des sportifs français auprès de leurs compatriotes. Commençons d’abord par l’admission des équipes dans le World Tour, avec une énorme satisfaction et une énorme surprise. Enorme satisfaction, parce que Saxo-Tinkoff, l’équipe de Contador, reste dans cette première division, ce qui veut dire, pour la première fois depuis bien longtemps, qu’Alberto Contador va pouvoir préparer son programme en toute sérénité, pour arriver au sommet de sa forme en juillet, auquel cas il sera imbattable dans le Tour de France. Enorme surprise aussi, parce que l’équipe Katusha est exclue de cette première division, en rappelant que Katusha a pour leader un des tous meilleurs coureurs du peloton, Rodriguez, numéro un l’an passé du classement World Tour, vainqueur de deux des plus belles classiques du calendrier (Flèche Wallonne et Tour de Lombardie), et respectivement deuxième et troisième du Giro et de la Vuelta.

A première vue on pourrait vraiment se dire que les instances dirigeantes du cyclisme marchent sur la tête, mais cette fois je ne le ferai pas dans la mesure où on n’a pas les éléments pour analyser la décision de la Commission des licences. Je pense qu’il faut attendre les motifs de cette décision avant de vociférer contre l’UCI, comme le font allégrement nombre de forumers sur les sites de cyclisme, notamment en France, lesquels plus stupides les uns que les autres se livrent à des analyses loufoques sans connaître les raisons de cette exclusion de Katusha du World Tour. Il faudra d’ailleurs patienter encore quelques jours, dans la mesure où rien n’oblige l’Union Cycliste Internationale (UCI) à rendre publiques les raisons de sa décision. En tout cas, on est au moins sûr que ce n’est pas sur des critères sportifs que cette sanction a été prise, Katusha étant un des poids lourds du cyclisme mondial, surtout en comparaison avec certaines équipes ayant obtenu la licence pour quatre ans, comme Ag2r ou Argos Shimano.

En outre, il y a aussi le cas d’Euskaltel-Euskadi, qui a également obtenu la licence jusqu’en 2016, alors que les coureurs n’ont pas reçu leurs salaires de novembre et que ses dirigeants envisagent de vendre leurs autobus pour se remettre à flot d’ici la fin de l’année. Cela dit, il faudra en racheter d’autres pour l’année prochaine. Espérons que ces difficultés soient passagères…Tout cela pour dire que le cyclisme est une nouvelle fois embarqué dans une affaire à laquelle personne ne comprend rien, et qui n’est pas faite pour redorer l’image de ce sport. Il reste à espérer que l’on n’attendra pas trop avant d’avoir des éclaircissements sur la rétrogradation de Katusha. Vivement le mois de janvier, qu’on recommence à parler vélo avec le Tour Down Under et le Tour de San Luis !

Le deuxième sujet que je voudrais aborder aujourd’hui tourne aussi autour de critères, mais très différents de ceux dont j’ai parlé précédemment. Il s’agit de la perception qu’ont les Français de leurs sportifs, à travers un sondage réalisé récemment. Et là, j’avoue qu’il y a de quoi se demander si les Français s’intéressent réellement au sport. En fait, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, mes compatriotes ne connaissent rien au sport, contrairement aux habitants des pays voisins. C’est d’ailleurs tout à fait curieux, au moment où il n’y a jamais eu autant de sport à la télévision, en clair comme en codé. Peut-être que pour les Français, trop de sport à la télévision tue le sport ! Non je crois tout simplement que le sport ne fait pas partie de leurs préoccupations, et qu’ils se contentent de raccourcis. Nombre de personnes pensent, par exemple, que si les Français se déplacent très nombreux sur le Tour de France, c’est d’abord pour la caravane publicitaire, vénérable institution datant de 1930, et non pour les giclettes de Contador en montagne ou les sprints de Cavendish à l’arrivée des étapes plates. Hélas, c’est en partie vrai, comme il est vrai que la France est le pays où on commente le plus les affaires de dopage. Pas étonnant dans ces conditions, que leurs favoris soient pour la plupart des sportifs à la retraite depuis longtemps, voire disparus, et quasiment que des hommes…parce qu’ils ne connaissent qu’eux. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille négliger le passé, au contraire et je le démontre sur ce site, mais  il faut connaître l’histoire du sport et cela n’est pas le fort des habitants de notre pays !

C’est ainsi que les sportifs préférés des Français sont Zinedine Zidane, Yannick Noah et Michel Platini, la quatrième dans ce classement étant Laure Manaudou…qui est sur le point de prendre sa retraite. Certes, à des titres divers, tous ont porté haut les couleurs de notre pays, mais c’était il y une ou plusieurs décennies. Nostalgie quand tu nous tiens! A moins, comme je l’écrivais précédemment, que ce classement ne reflète tout simplement le manque de culture des Français pour le sport, ce qui voudrait dire qu’ils ne connaissent pas les sportifs en activité, se rappelant simplement du nom de quelqu’un faisant de la publicité. C’est le cas du cinquième de ce classement, J.W. Tsonga, lequel n’a toujours pas remporté de Tournoi du Grand Chelem, ni gagné la Coupe Davis. En fait, il faut arriver à la sixième place pour trouver quelqu’un qui domine sa spécialité (le rallye), comme aucun autre ne l’a dominée jusque-là, Sébastien Loeb. Pour ce qui me concerne, c’est lui que j’aurais placé en premier parmi les sportifs en activité, si j’avais été interrogé. Un autre pilote automobile (Formule 1) est septième, Alain Prost, ce qui nous fait revenir aux années 80, comme pour Noah et Platini. Quant au huitième, pour aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Raymond Poulidor (merveilleux second ou troisième du Tour dans les années 60 et 70), lequel précède David Douillet (aujourd’hui député !), et Bernard Hinault, autre icône des années 80, qui fut mon idole absolue à cette époque et que j’aurais placé beaucoup plus haut dans les légendes.

Je ne vais pas vous infliger le classement jusqu’au cinquantième, car ce serait trop fastidieux, mais je suis quand même surpris de voir que ni Nikola Karabatic, leader de la plus belle équipe de France de l’histoire dans les sports collectifs, ni Tony Parker, ne figurent dans le top 20 des « Légendes ». Et puisqu’on évoque un basketteur, j’observe que si tout le monde connaît Yannick Noah, quasiment personne dans notre pays ne sait que son fils, Joakim Noah, joue en équipe de France, et est devenu un sportif très connu aux Etats-Unis, ce qui paraît normal puisque il est en passe d’être All Star NBA cette année, au même titre que Parker. Problème, les Français ne s’intéressent pas à la NBA, car la NBA c’est le championnat des Etats-Unis, et peu importe que le monde entier ou presque s’y intéresse !

Autre chose, si Laure Manaudou est quatrième, ni Alain Bernard, ni Camille Muffat, ni Yannick Agnel, ni Florent Manaudou, pourtant champions olympique de natation ne figurent dans les vingt premiers du classement, et ne sont même pas dans le Top 10 des sportifs en activité. En revanche, Anquetil est quatorzième, très loin de Poulidor, ce qui montre bien que l’on préfère les brillants seconds aux grands vainqueurs. La preuve, Voeckler qui n’a toujours pas remporté de grandes courses, se situe à peine deux places derrière Anquetil, mais Rousseau, Tournant, Gané et Baugé sont absents. Baugé n’est même pas dans le Top 10 des sportifs actuels, alors qu’il est quadruple champion du monde de vitesse . Le rugby connaît aussi ses paradoxes, avec Michalak à la onzième place, ce qui se justifie tellement son talent est évident, juste devant Teddy Riner, mais l’autre rugbyman figurant dans ce palmarès s’appelle…Chabal. Certes l’homme a un look, mais côté sportif il est loin d’un Dusautoir, d’un Jauzion ou plus loin de nous d’un Jean Prat, Lucien Mias, Martine, Crauste, André Boniface, J.P. Rives, Philippe Sella ou Blanco.

On notera aussi qu’en dehors de Zidane et Platini dans cette liste des 20 premiers parmi les légendes, il n’y a d’autre footballeur  que Ribéry. Désolé, mais Fontaine, Kopa et plus près de nous Thierry Henry ont quand même un autre palmarès et une autre aura. Thierry Henry a en outre le défaut d’être aujourd’hui aux Etats-Unis, et cet éloignement le plonge dans l’oubli. Autre incongruité, Mimoun figure à la treizième place, mais c’est le seul athlète, ce qui signifie que personne ne se rappelle de Michel Jazy, Guy Drut, Colette Besson, Marie-Jo Pérec, Christine Arron, Pierre Quinon, Stéphane Diagana, Jean Galfione, et pas davantage de Renaud Lavillenie ou Mahiedine Mekhissi qui viennent pourtant de remporter des médailles aux J.O. de Londres. D’ailleurs l’athlète français actuel le plus connu est C. Lemaître qui est loin d’avoir leur palmarès au niveau mondial.

Enfin, dernière surprise, parmi les légendes, oui les légendes, on trouve Romain Grosjean à la dix-septième place, loin pourtant d’être arrivé en Formule 1 au niveau de pilotes comme Jacques Laffite ou René Arnoux. Qu’a fait Grosjean pour être dans le Top 20 des légendes, en devançant J. C. Killy, alors que Marielle Goistchel ou Guy Périllat ne figurent pas dans ce classement, pas plus que les patineurs Alain Giletti, Alain Calmat et Brian Joubert? Tout cela pour dire que j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps en commentant ces classements, sauf à démontrer une fois encore ce que je ne cesse de dire, à savoir que le Français ne s’intéresse guère au sport. Après tout, nous avons le sport que nous méritons, ou plutôt nos sportifs méritent mieux que les supporters qu’ils sont censés avoir. En revanche, lesdits supporters sont champions du monde de la critique et de la méchanceté vis-à-vis des sportifs étrangers.

Michel Escatafal


Loeb est le meilleur, mais il est trop seul aujourd’hui

Si  l’on demande au premier venu quel est le sportif français le plus brillant, je ne suis pas certain que tout le monde réponde Sébastien Loeb. Et pourtant, qui oserait prétendre que ce n’est pas lui le champion des champions français du nouveau siècle. N’oublions pas d’abord qu’il est incontestablement le meilleur pilote de rallye de l’histoire. Rien que sur le plan du palmarès, combien de pilotes ont fait preuve d’une telle constance et d’une telle longévité au plus haut niveau ? Aucun, et si besoin en était, il suffit de se rappeler que le fantastique pilote alsacien (38 ans) a remporté 71 rallyes et a obtenu 8 titres de champion du monde consécutifs depuis 2004. Et encore, il aurait dû en remporter un autre en 2003, sans le choix de son équipe de toujours, Citroën, de privilégier le titre marques au détriment de celui des pilotes, ce qui a profité à Solberg qui pilotait à l’époque pour Subaru.

Par ailleurs Loeb détient tous les records possibles et imaginables dans la discipline, un peu comme Michael Schumacher en Formule 1, à cette différence près que Sébastien Loeb a été confronté au début de sa carrière à des équipiers de haut calibre, Sainz et Mac Rae, et qu’il les a toujours dominés. En outre, Sébastien Loeb est le pilote de rallye le plus complet qui ait jamais existé, imbattable sur asphalte sa surface de prédilection, quasiment impossible à battre sur terre, et parmi les meilleurs sur la neige. Aucun autre pilote à ce jour n’a rassemblé une telle palette d’atouts, ce qui explique sa domination depuis des années, et son extraordinaire ratio de 0.45 victoires par rapport au nombre de rallye disputés (71/157). Si l’on regarde son palmarès on s’aperçoit qu’il a remporté 28 victoires sur asphalte et 34 sur terre, plus 2 sur la neige, les autres succès ayant été acquis sur des surfaces mixtes.  Voilà pour un résumé succinct  de sa carrière en championnat du monde des rallyes WRC, sans oublier de noter que le pilote alsacien a aussi terminé à la deuxième place des 24 heures du Mans, ce qui témoigne de son éclectisme.

Evidemment, il n’est pas question de retracer sa carrière depuis ses débuts, car ce serait presque fastidieux tellement les exploits réalisés sont nombreux. Aussi, comme je l’ai fait pour un Coppi, un Merckx ou un Hinault, je vais me commenter de citer quelques uns de ses plus haut faits d’armes. Le premier qui me vient à l’esprit,  est celui réalisé en Suède en février 2004 quand il remporta ce rallye mythique qui, jusque-là, n’avait jamais été enlevé par un pilote non nordique. Carlos Sainz (26 victoires en championnat du monde des rallyes et double champion du monde en 1990 et 1992) par exemple, avait terminé quatre fois à la deuxième place entre 1996 et 1999, tout comme Colin Mac Rae en 1992 ou encore Michèle Mouton en 1984, dont on ne soulignera jamais assez à quel point fut grand son talent. Pour mémoire, il faut rappeler que Michèle Mouton fut la seule femme à s’être imposée en championnat du monde des rallyes, au début des années 1980 à une époque où les voitures étaient les monstrueuses « Groupe B », notamment les célèbres Audi Quattro. Et pour finir la digression, j’en profite pour rendre hommage à celui qui allait succéder à Michèle Mouton, à savoir Didier Auriol, l’ancien ambulancier de Millau, qui remporta 20 victoires en championnat du monde et surtout obtint le premier titre de champion du monde (en 1994) conquis par un pilote français, titre qui avait échappé de peu à Michelle Mouton en 1982.

Fermons la parenthèse pour revenir sur  la portée de l’exploit qu’avait réalisé Sébastien Loeb à cette époque, en remportant le rallye de Suède devant le Finlandais Gronholm et le Norvégien Petter Solberg, pour sa troisième participation à ce rallye. Et il l’avait emporté avec une avance très significative, reléguant Gronholm à 46 secondes et Peter Solberg à 1mn 21s, sans parler de la pression qu’il avait mise sur Märtin, le pilote estonien, l’obligeant à partir à la faute. En fait, le seul qui n’avait fait aucune erreur tout en allant très vite s’appelait…Loeb. Et pourtant, chacun peut imaginer ce que représente le fait de  rouler parfois à 200 km/h sur des chemins à peine plus larges que la voiture,  en s’appuyant sur le mur de neige et sans se faire mal ! Au niveau des difficultés, au cours de cette même année 2004, la victoire de Loeb en Allemagne, devant de très nombreux supporters, figure aussi parmi ses plus belles prouesses parce que cette victoire fut obtenue dans des conditions météo dantesques.

En 2005, les amateurs d’histoire retiendront surtout ses 6 victoires consécutives, ce qui jusque-là était inédit. Quelle extraordinaire performance entre sa victoire en Nouvelle-Zélande et celle remportée en Argentine, en passant par la Sardaigne, Chypre, la Turquie et la Grèce. Fantastique bilan que cette série de résultats sur des routes cassantes où il est si facile de faire une erreur. A cette époque, je me souviens avoir lu que Loeb n’avait pas fait plus de trois fautes de pilotage en plus de cinquante rallyes ! Toujours en 2005, on se rappellera son exploit du Tour de Corse où, non content d’empocher la victoire, il signa les douze temps scratch. Du jamais-vu en rallye du championnat du monde. A ce moment on en était encore à s’enthousiasmer pour ce type de performances, qu’il a presque réussi à banaliser. En tout cas, de son propre aveu, ce fut sans doute son « rallye le plus abouti », parce qu’il ne fit pas la plus petite erreur malgré une grosse attaque, notamment le premier jour. Il est vrai, comme le dit Sébastien Loeb, que lorsqu’on est sur un rythme d’attaque, il est dangereux de se relâcher car, souvent, c’est là que l’on fait une faute. Rappelons-nous en Formule 1 la faute d’Ayrton Senna à Monaco en 1988, alors qu’il avait presque une minute d’avance sur Prost.

En 2006, je me souviens tout particulièrement de la victoire de Loeb au Japon, où la aussi il ne fit aucune erreur malgré la menace représentée par le pilote qui lui a sans doute donné le plus de fil à retordre, Marcus Gronholm. Ce fut une course époustouflante que les deux hommes offrirent aux amateurs de rallyes, terminant séparés par un écart de 5s6/10, le troisième (Hirvonen) finissant à 2mn46s ! En fait cette course fut un bras de fer terrible entre deux pilotes qui planaient très au-dessus de la concurrence. C’était la vingt-septième victoire de Loeb. En 2007, la bagarre entre Loeb et Gronholm sera encore plus intense, l’écart au championnat étant de quatre points à l’issue des 304 spéciales du championnat. Mais plus exceptionnel encore, lors du rallye de Nouvelle-Zélande,  ces deux monstres sacrés de la discipline finirent à trois dixièmes l’un de l’autre, à l’avantage de Gronholm.  Oui, je dis bien trois dixièmes de seconde au bout des 18 spéciales du rallye ! Mais ce qui fit la différence au championnat et démontra que Loeb était le plus fort, ce furent les deux sorties de route consécutives de Gronholm  au Japon et en Irlande. Est-ce cela qui décida le pilote finlandais à arrêter sa carrière ? Je ne sais pas, mais sans doute devait-il être quelque peu découragé d’avoir sur sa route un pilote comme Loeb.

En 2008, ce que tout le monde retiendra de l’histoire de Loeb fut sa victoire dans le rallye de Finlande qu’il n’avait jamais pu obtenir. Cela lui avait valu le surnom de « Loebinen », comme l’avait appelé le pilote de F1 Kovalainen. Sinon, privé de son meilleur ennemi, Gronholm, Loeb s’imposa sans trembler dans le championnat du monde devant son actuel coéquipier chez Citroën, le Finlandais Mirko Hirvonen, pilote de talent, très régulier, mais loin d’avoir la classe de Marcus Gronholm, à qui il succéda comme premier pilote Ford. Néanmoins Sébastien Loeb sera davantage inquiété en 2009 au terme d’une saison où il dut attendre l’avant-dernière spéciale du dernier rallye (en Grande-Bretagne) pour obtenir son sixième titre de rang. En effet, rien ne dit que si Hirvonen n’avait pas vu se décrocher le capot de sa Focus à la réception d’une bosse, Loeb l’eut emporté. Comme l’a dit le pilote finlandais : « Cela s’est joué sur un coup de dès, et j’avoue que c’est frustrant de perdre pour si peu », ajoutant qu’il était très heureux d’avoir pu contester le titre de Loeb jusqu’au bout. Il n’empêche, c’était quand même le plus fort qui avait gagné…une fois encore.

Enfin, on n’oubliera pas dans la liste des prouesses de l’octuple champion du monde, sa troisième place dans le rallye de Nouvelle-Zélande en 2010, au cours duquel après avoir perdu 1mn20s pour avoir frôlé de trop près le rail d’un pont, il en fit tant et plus qu’il vint mourir à quelques secondes d’une nouvelle victoire. Jamais aux dires de ceux qui connaissent bien Loeb, il ne fut peut-être aussi grand que dans sa folle course-poursuite. Même Malcolm Wilson, le patron de l’écurie Ford, avouera qu’il n’avait jamais vu piloter comme Loeb dans ce rallye, ajoutant que « c’est un privilège d’y avoir assisté ». Tout est dit dans cette formule ! Loeb est bien le plus grand pilote de rallye de tous les temps, même s’il faut peut-être regretter un manque de concurrence depuis l’arrêt de Gronholm, comme l’affirme Didier Auriol. Et son règne n’est pas fini, puisqu’il est en tête du championnat du monde 2012.

A propos de concurrence, c’est vrai qu’elle est moins dense qu’au début des années 80, où plusieurs pilotes étaient capables de se battre pour la victoire et de devenir champion du monde. Personne n’a oublié Alen, Munari et notre Bernard Darniche, avec leurs Lancia Stratos, mais aussi Waldegard et Vatanen sur leurs Ford Escort, Vatanen devenant ensuite le pilote Peugeot de référence avec la fameuse 205 turbo 16 qui remportera les titres constructeurs et pilotes avec Salonen et Kankkunen (1985-1986), sans oublier  Rohrl, Mikkola, Blomquist au volant des fameuses Audi Quattro ou encore un peu plus tard Massimo Biason avec sa Lancia Delta, et l’extraordinaire pilote finlandais Tommi Makinen, quatre fois de suite champion du monde entre 1996 et 1999 avec sa Mitsubishi Lancer, le seul qui puisse être comparé à Loeb quant au palmarès. Mais cette concurrence était aussi due au fait que plusieurs grands constructeurs étaient très impliqués dans le championnat du monde des rallyes, constructeurs et pilotes…ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, où seuls Citroën et Ford ont des chances de victoires. Cela étant, est-ce la faute de Loeb si les constructeurs sont peu nombreux, et surtout est-ce sa faute si la concurrence n’est plus ce qu’elle était côté pilotes, notamment à ses débuts? Et s’il y était pour quelque chose en raison de son outrageante domination?

Michel Escatafal