Vélo (piste et route), football et Formule1 ont bien rempli ce week-end

pervis et baugéAvant de parler Formule 1, je voudrais souligner quelques faits d’armes ou péripéties ayant eu lieu au cours de la dernière semaine, à commencer par les championnats du monde de cyclisme sur piste où les Français ont brillé, comme d’habitude, ce qui a permis de mettre en valeur des noms comme ceux de F. Pervis (deux titres en kierin et au km), de Baugé qui a remporté son cinquième titre mondial en vitesse (évidemment je ne compte pas son déclassement en 2011 pour trois contrôles manqués), de Morice (médaille de bronze en poursuite), de Coquard et Kneisky (or dans l’américaine), et enfin de d’Almeida et Sireau qui ont conquis avec Baugé la médaille d’or de la vitesse par équipes. Voilà, c’est fait, en espérant que, comme c’est le cas pour les handballeurs, on parle d’eux à d’autres moments qu’aux championnats du monde. Et oui, la France c’est aussi ça : à part le football et quelques privilégiés emblématiques comme Tony Parker ou Renaud Lavillenie, on oublie vite les autres sportifs, même s’ils sont les meilleurs dans leur discipline. On ne parle d’eux que quand ils gagnent ou s’ils ont un problème personnel, par exemple lié au dopage.

La France c’est encore les remarques acerbes de quelques soi-disant amateurs de vélo, qui au lieu de se réjouir d’avoir assisté au commencement du duel Froome-Contador, ont profité du Tour d’Andalousie la semaine dernière pour évoquer…le dopage, sujet que les Français adorent. Lors de la première arrivée au sommet, c’était Contador qui était dans le collimateur parce qu’il avait remporté la première manche, devant Froome. Le lendemain, ce dernier battait à son tour Contador, et certains mettaient cela sur le compte de je ne sais quel produit. Bref, les soi-disant supporters du cyclisme s’en sont donné à cœur joie ! Encore heureux (pour eux) que Baugé ou Pervis soient français, parce sinon…

Autre remarques qui concernent le football, et qui m’attristent profondément, le PSG malgré les moyens quasi illimités de son actionnaire est toujours cruellement frappé par le fameux fair-play financier, invention de Michel Platini pour empêcher les riches investisseurs de chambouler la hiérarchie avec les clubs qu’ils achètent ou sont susceptibles d’acheter. Si j’écris cela une nouvelle fois (désolé si je me répète), c’est parce que je lis qu’Arsenal négocierait actuellement avec Palerme le transfert de Dybala, joueur argentin suivi depuis un certain temps par le PSG. Et le pire est que ce club pourrait emporter la mise pour 30 millions d’euros. Oui, j’ai bien lu quelque part pour 30 millions, somme dérisoire pour l’actionnaire qatari, mais considérable pour le PSG qui n’a pas le droit de dépenser plus de 65 millions pour l’année…alors qu’il n’a aucune dette et que son résultat est à l’équilibre dans les faits. J’ai dit dans les faits, parce que l’UEFA a divisé par deux l’apport de son principal sponsor qatari. Au fait pourquoi diviser par deux ? Pourquoi pas par trois ? Ou alors pourquoi se préoccuper de la qualité de ce contrat de sponsoring, à partir du moment où ce n’est pas de l’argent « sale » ? Décidément personne ne pourra reprocher à Michel Platini de favoriser le football français, et son club phare le PSG ! Tout le monde peut dépenser des dizaines, voire même des centaines de millions en transfert…sauf le PSG. Est-ce normal ?

Dernière remarque liée au football avant d’aborder le sujet de la Formule 1, le ridicule d’un certain Jean-Michel Aulas, lequel n’en finit plus de twitter depuis que l’Olympique Lyonnais est en tête de la Ligue 1, en arrivant à écrire des âneries sans nom, se moquant entre autres de ses voisins stéphanois (traités d’autistes !), quand il ne vilipende pas les arbitres pour avoir oublié un pénalty, omettant de dire qu’à la fin de la saison les erreurs d’arbitrage se compensent et ne faussent pas l’issue du championnat. Imagine-t-on Nasser Al-Khelaïfi ou Florentino Pérez se livrer à ce genre de facéties ? Rien que cela montre que l’Olympique Lyonnais ne tire pas dans la même catégorie que le Real Madrid ou le PSG, n’en déplaise aux supporters lyonnais, dont certains trouvent géniale la communication de J.M. Aulas . En tout cas, si cette année l’Olympique Lyonnais est champion de France, c’est tout simplement parce qu’il n’était pas européen (éliminé en phase préliminaire de la Ligue Europa), et sans doute aussi parce que les Rhodaniens furent sortis très tôt de la Coupe de la Ligue et de la Coupe de France, contrairement à l’AS Monaco ou le PSG, encore en course sur quatre compétitions, y compris en Ligue des Champions.

Et à propos de cette compétition, j’ai hâte de voir ce que vont faire les jeunes lyonnais l’an prochain face aux grands d’Europe, ce qui nous permettra de voir la réelle valeur du groupe lyonnais, vu que l’Olympique Lyonnais n’a pas d’argent pour recruter, comme en témoignent les résultats d’OL Groupe, dont le résultat net affiche un solde négatif de 9.4 millions d’euros, certes moins élevé que l’an passé (14,1 millions), mais quand même très important. Ce résultat est d’autant plus inquiétant qu’il est permis de se demander combien de temps il pourra garder des joueurs comme  Lacazette et Fekir, qui font l’objet d’attentions des plus grands clubs européens, prêts à leur donner beaucoup plus que ce que peut faire l’OL. Il paraît que le grand stade va résoudre tous les problèmes économiques de ce club, ce que je souhaite, même si j’ai du mal à voir l’avantage à court ou moyen terme de disposer de sa propre enceinte achetée à crédit, surtout si l’on en a une à disposition pour quelques millions d’euros annuels (pour le Parc des Princes, dont le PSG a la concession pour 30 ans, c’est environ 1,5 millions par an). N’oublions pas que ce stade va coûter plus de 400 millions d’euros, et qu’il faudra rembourser les dettes. Après on parle de 70 à 100 millions de revenus futurs supplémentaires grâce à ce nouveau stade et ses annexes (à voir!), à condition que l’Olympique Lyonnais fasse chaque année la Ligue des Champions…ce  qui est le cas par exemple du Bayern Munich, sauf que le Bayern aura toujours plus de moyens à sa disposition que l’OL, les charges en Allemagne, par exemple, étant nettement moindres qu’en France. On verra bien, même si je le répète, je souhaite le meilleur pour l’Olympique Lyonnais.

kimi et sebastianCette fois j’arrête mes réflexions sur les autres sports, pour enfin aborder le sujet de la Formule1 et les essais de pré-saison qui se sont déroulés ces dernières semaines, notamment ceux de Barcelone ce dernier week-end. Mais avant toutes choses  je voudrais évoquer brièvement le décès (hier) de Gérard Ducarouge, qui fut un très grand ingénieur, que ce soit chez Ligier, Alfa-Romeo et Lotus, où il côtoya avec bonheur le jeune Ayrton Senna. Fermons cette triste parenthèse, car la vie continue, et posons une première question sur la saison à venir de Formule 1 (premier G.P. en Australie le 14 mars) : le team Mercedes a-t-il été rattrapé partiellement ou totalement ? Réponse : non, comme en témoignent les performances de Rosberg le week-end dernier à Barcelone…avec des pneus médium. Rien à voir donc avec les super tendres utilisés par Lotus, qui ont permis à Grosjean et Maldonado de se situer aux premier et troisième rangs de la hiérarchie. Derrière les Lotus et la Mercedes on notera la bonne performance de Ricciardo au volant de la Red Bull, mais aussi celle de Kimi Raikkonen sur la nouvelle Ferrari, sans utiliser des pneus super tendres. Enfin, juste derrière Raikkonen, on aperçoit déjà une Williams-Mercedes (Massa) qui n’a jamais réellement cherché la performance.

Bien évidemment, lesdites performances sont à prendre avec des pincettes, mais elles signifient quand même quelque chose. Apparemment la Lotus est bien née et elle va disposer du moteur Mercedes, le même que celui de Rosberg et Hamilton, moteur dont disposeront aussi les pilotes Williams (Massa et Bottas) qui ont brillé l’an passé. Le moteur Renault semble lui aussi s’être amélioré cette année, ce dont va bénéficier Ricciardo et son coéquipier Kvyat, mais aussi Toro-Rosso, qui avec le très jeune Vestappen au volant a obtenu un prometteur huitième temps à Barcelone. Cela dit, l’écurie qui semble avoir le plus progressé semble être Ferrari, à la fois au niveau du moteur, constat confirmé par Nasr qui avait déjà utilisé le précédent, mais aussi au niveau du châssis. Néanmoins, aux yeux de tous les observateurs, Mercedes et son carburant miracle fourni par Petronas restent quand même devant. Si je parle de miracle à propos de l’essence fourni par la pétrolier malaisien, c’est parce que des experts affirment que cela offre une quarantaine de CV supplémentaires au moteur Mercedes, qui plus est grâce à un procédé parfaitement légal. Pas comme en 1983, où Alain Prost et Renault furent privés d’un titre mondial à cause d’une essence non conforme qui aidait grandement le moteur BMW de la Brabham de Piquet.

Au cours de ces essais hivernaux, la SF15-T a fait montre de qualités que Raikkonen a pu exploiter, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire avec la voiture de l’an passé…ce qui a fait considérablement baisser sa côte, au point d’être considéré par ceux qui ne connaissent la F1 que depuis trois ans comme un has-been. Il l’était d’autant plus devenu à leurs yeux que son coéquipier s’appelait  Fernando Alonso, lequel avait l’énorme avantage d’être chez Ferrari depuis cinq ans, et d’en être le leader incontesté, comme il l’était quand il avait pour coéquipier Massa, lequel a retrouvé le goût de piloter chez Williams après avoir été dans les faits un numéro 2 triste au sein de la Scuderia . En outre, alors qu’en début de saison Raikkonen accumulait les pépins y compris des accrochages où il n’était nullement impliqué, par exemple à Monaco alors que le podium s’offrait à lui, Alonso de son côté ne souffrait d’aucun problème. Enfin, chacun affirme que sur le plan « politique » Alonso est sans doute le meilleur. Quand j’écris « politique », cela signifie qu’il s’est toujours arrangé pour avoir l’équipe à son entière disposition. A ce propos, et cela n’est jamais souligné, on notera que l’écart entre les deux pilotes s’est considérablement réduit en fin de saison au point de faire quasiment jeu égal lors des derniers grands prix, Raikkonen bénéficiant de toutes les attentions de l’équipe technique de la Scuderia.

Cependant, loin de moi l’idée d’écrire qu’Alonso n’a pas été meilleur que Raikkonen en cette année 2014, Alonso ayant réussi à mieux tirer son épingle du jeu que son coéquipier finlandais, dont tout le monde sait qu’il lui faut une voiture réglée pour lui pour en tirer la quintessence. Dans ce cas, c’est un des tous meilleurs, peut-être même le meilleur. En revanche, il y a un problème récurrent chez lui, lié au réglage du train avant, qui doit absolument lui convenir. Néanmoins si Alonso et Raikkonen avaient disposé d’une Mercedes, ils auraient eux aussi fait un et deux au championnat du monde. Pour en revenir à ce fameux train avant, Kimi avait d’ailleurs connu un peu le même problème chez Mac Laren, avant sa première arrivée chez Ferrari, puisque d’après Pat Fry, quand  il avait pour coéquipier Montoya, « ils ont consommé sept suspensions avant différentes tout au long de la saison », ce qui a fait dire à l’ingénieur britannique que « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire » (toile F1.com).

En tout cas la voiture de cette année, dessinée par son ancien ingénieur chez Lotus, Allison, lui convient beaucoup mieux,  et je suis persuadé que cette saison on retrouvera le vrai Kimi, avec comme nouveau coéquipier Vettel, dont le style de pilotage se rapproche du sien, et qui est aussi son ami. La preuve il vient de s’acheter une maison…en Finlande! Un Vettel qui n’a guère fait mieux qu’Iceman l’an passé, puisque tout quadruple champion du monde qu’il était, il fut lui aussi dominé par le presque débutant Ricciardo, qui avait eu beaucoup de mal en course face à J.E. Vergne chez Toro Rosso. Et oui, c’est ça la Formule 1, et ceux qui écrivent sur les forums feraient bien d’acquérir cette culture historique sans laquelle il est impossible de tirer des conclusions. Qui se rappelle que Sébastien Bourdais tenait la dragée haute à Vettel à ses débuts chez Toro-Rosso en 2008? Personne, parce qu’à partir du moment où les deux hommes ont eu la nouvelle voiture, Vettel a su en tirer profit immédiatement, contrairement à Bourdais qui à partir de mai est devenu « un tocard », ce qu’il n’était pas évidemment.

Mais si l’on remonte quelques années auparavant, qui aurait imaginé que Mansell puisse devenir champion du monde après avoir raté le titre en 1986 avec la Williams-Honda, battu par Prost qui disposait d’une Mac-Laren inférieure, ce même Prost qui fut son équipier et le domina copieusement chez Ferrari en 1990 (71 points contre 37). Mansell ratera encore le titre en 1987, toujours sur Williams-Honda, battu par son équipier Nelson Piquet, pourtant moins rapide que lui. Cela ne l’empêcha pas de devenir champion du monde en 1992, en écrasant la concurrence avec sa Williams-Renault, comme rarement un pilote ne le fit, battant son coéquipier (Patrese) de plus de 50 points (52) et Schumacher sur Benetton-Ford, troisième du championnat du monde, de 55 points. Cette année-là le binôme Mansell- Williams-Renault était absolument imbattable, remportant 8 des 10 premiers grands prix, ce qui lui permit d’assurer son titre mondial alors qu’il restait 5 grands prix à courir. Lui qu’on avait tellement moqué pour ses fautes grossières, pour ses manques en termes de réglage, venait d’administrer la preuve qu’avec une voiture qui lui convenait, il était presque invincible.

Voilà quelques considérations qui demanderaient de plus amples développements, mais ce sera pour une prochaine fois. Cela dit, j’en profite pour noter qu’hier Alain Prost  a eu 60 ans. Que le temps passe vite, surtout quand on pense qu’Ayrton Senna est mort depuis bientôt 21 ans! Prost-Senna, Senna-Prost, peu importe qui était le meilleur, mais ce que je sais c’est que ce fut l’un des plus beaux duels que le sport automobile et le sport tout court nous ait offert.  Une sorte de Coppi-Koblet ou Coppi-Bartali en cyclisme ou pourquoi pas, et sans chauvinisme, un duel du type de celui que vont nous offrir cette année, si la malchance ne s’en mêle pas, Contador et Froome, séparés de deux secondes à la fin du Tour d’Andalousie, le troisième étant à plus de 2mn30s après 5 étapes.  Pardon pour cet article fourre-tout, mais j’ai pris plaisir à l’écrire, et j’espère que vous éprouverez le même plaisir à le lire.

Michel Escatafal


Pour Ferrari, 2014 sera comme en 1953 ou 1954 ? (1)

alonso-raikkonen

Partie 1

Que sera la saison de Formule 1 en 2014 ? Voilà une bonne question à laquelle nous aurons un début de réponse dès dimanche prochain à Melbourne, premier grand prix des 19 que compte cette soixante cinquième édition du championnat du monde, créé en 1950. Une saison qui va être marquée par l’abandon du moteur V8 atmosphérique et l’arrivée d’un V6 turbocompressé. Une saison où d’autres changements interviendront, avec notamment l’attribution des points qui sera doublé lors du dernier grand prix…ce qui est franchement ridicule. Une saison aussi où les pilotes, comme en moto, garderont leur numéro à vie, sauf le champion du monde (Vettel) qui portera le numéro 1. Bref, énormément de changements par rapport à ces dernières années, même si la plus importante concerne évidemment le moteur, ce qui explique que les cartes pourraient être redistribuées en 2014, après la longue domination de Red Bull et Vettel, propulsés par le moteur Renault.

Cela dit, il y a déjà les essais qui ont eu lieu à Jerez et à Bahrein pour nous donner quelques indications, mais chacun semble jouer l’intox, à commencer par la plus prestigieuse des équipes, Ferrari. Si j’écris cela c’est parce que plusieurs anciens pilotes ont affirmé que la Scuderia avait caché son jeu, et n’avait pas cherché la performance pure, contrairement à Mercedes, Mac Laren ou Williams, ces deux équipes ayant pour propulseur un moteur Mercedes. En outre, quand on parle de performance pure, il faut faire très attention, parce que si l’an passé il fallait gérer les pneus, cette fois il faudra gérer l’essence… ce que regrettent les fans de F1 et même des patrons d’écurie comme Luca di Montezemolo (Ferrari), mais pas nécessairement les pilotes, à commencer par Kimi Raikkonen. Ce dernier en effet, a souligné très justement que depuis qu’il est en Formule 1 (2001), il lui a toujours fallu gérer quelque chose. On retrouve bien là le pilote finlandais !

Et puisque je parle de Kimi Raikkonen, je voudrais m’empresser de dire que je fais de la Scuderia Ferrari la favorite pour le titre pilotes et constructeurs. Pourquoi ? D’abord parce que Ferrari n’a jamais connu trop de problèmes au cours des essais privés en ce début d’année, ensuite parce qu’effectivement la prestigieuse écurie italienne a sans doute quelque peu caché son jeu, et enfin parce qu’elle dispose avec Alonso et Raikkonen d’un tandem de pilotes comme on n’en a pas connu depuis bien longtemps en Formule 1. Oui, quel tandem sur le papier ! Quelle autre équipe pourrait se comparer à celle de la Scuderia en 2014 ? Aucune, à part peut-être celle de Mercedes avec Hamilton et Rosberg, mais l’addition du talent et de l’expérience d’Alonso et Raikkonen est supérieure à celle du tandem Mercedes. Une association qui réjouit tous les fans de Formule1, parce que d’abord elle concerne Ferrari, marque emblématique de la discipline comme je l’ai déjà souligné, et parce que pour nombre de fans le Taureau des Asturies et Iceman sont peut-être en valeur absolue les deux meilleurs pilotes du plateau. En tout cas ils sont sans doute les deux qui savent le mieux tirer partie de leur machine, y compris quand celle-ci n’est pas parfaite. On l’a vu depuis deux ans avec Ferrari pour Alonso, qui aurait pu et dû battre Vettel en 2012 sur une voiture bien moins performante, et avec Lotus pour Raikkonen, équipe qu’il a tenu à bout de bras depuis son retour en F1 en 2012. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir l’écart énorme que les deux hommes ont créé en 2012 et 2013 avec leurs deux coéquipiers (Massa et Grosjean).

Certains se demandent ce que donnera cette cohabitation entre l’eau et le feu, surtout si, comme cela est vraisemblable, il n’y aura pas de pilote privilégié, ce qui est une entorse à la politique de Ferrari depuis de nombreuses années, la Scuderia étant plutôt adepte d’une formule avec un pilote numéro un et un second pilote. Tel ne sera pas le cas au début de cette saison 2014, d’autant que Raikkonen et Alonso ont été l’un et l’autre champion du monde, Raikkonen étant même le dernier pilote Ferrari à l’avoir été. En outre, compte tenu des conditions du départ de Raikkonen en 2009 pour laisser la place à Alonso, cette fois les dès ne peuvent pas être pipés pour le pilote finlandais. En passant, ce dernier doit quand même savourer sa revanche, d’autant que chez Ferrari on a toujours marqué sa préférence pour Massa quand ils étaient équipiers avec Raikkonen, sans doute à cause du caractère latin du pilote brésilien. Mais chez Ferrari, en plus d’être une marque mythique, on sait reconnaître ses erreurs, et on a la reconnaissance des efforts faits pour l’équipe, les patrons de la Scuderia se rappelant que Kimi Raikkonen a accompli une fin d’année 2009 extraordinaire avec un matériel dépassé (dernière de ses neufs victoires chez Ferrari à Spa par exemple), après l’accident de Massa et alors…qu’on était en train de le virer.

Au passage, en parlant de Massa, on sera curieux de voir comment il va se comporter au volant d’une Williams qui semble bien née, après deux années décevantes où il n’était plus vraiment le même depuis son accident en Hongrie, ce qui avait entamé tout le crédit qu’il avait auparavant dans une équipe où on l’aimait beaucoup, comme en témoigne son traitement privilégié entre 2007 et 2009, un traitement qu’il ne pouvait revendiquer en aucun cas depuis l’arrivée d’Alonso. Et cela nous ramène à la cohabitation entre Alonso et Raikkonen qui suscite le doute chez beaucoup d’observateurs, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ou plutôt si, en mettant en avant l’égo des deux pilotes, oubliant que Raikkonen n’a jamais eu de problème avec aucun équipier depuis ses débuts en F1 en 2001. Pour ma part, je suis persuadé que le duel sera sévère, mais je ne doute pas qu’il soit loyal. N’oublions pas que jamais Alonso comme Raikkonen ne se sont comportés comme des voyous en course…ce que nombre d’observateurs ou de fans ne signalent pas.

En tout cas on ne pourra pas reprocher à Ferrari d’avoir fait le pari de réunir deux des trois ou quatre meilleurs pilotes actuels, afin de mettre fin à la domination de Red Bull et son pilote vedette Vettel, sans oublier la montée en puissance de l’équipe Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Cela dit, quelles que soient les qualités du tandem Alonso-Raikkonen, quel que soit le talent pur de ces deux cracks, il faut que les deux hommes disposent d’une bonne voiture pour qu’elle finisse enfin par remporter un nouveau titre mondial, pilote et constructeurs. Nombre de fans de F1 doutent que Vettel ait pu faire aussi bien qu’Alonso et Raikkonen s’il avait piloté une Ferrari ou plus encore une Lotus, qui pourtant a remarquablement réussi depuis deux ans, en dépit de moyens très inférieurs à Red Bull, Ferrari, Mercedes ou Mac Laren. A propos de Lotus, j’espère qu’ils continueront à aligner les bonnes performances en dépit des énormes difficultés qui sont les leurs depuis un an, ce qui leur a valu de perdre Raikkonen, mais aussi l’ingénieur Allison (parti chez Ferrari), sans oublier Bouiller le directeur. Ces trois départs pèseront hélas très lourd dans la balance, compte tenu de leur poids dans l’écurie d’Enstone. Cependant Lotus a gardé Grosjean, qui a prouvé en fin de saison dernière qu’il pouvait devenir un grand pilote, sur une voiture que Lotus a continué de développer jusqu’à son terme, contrairement à d’autres écuries qui ont préféré se concentrer sur l’année à venir.

Michel Escatafal


Formule 1 : 2013-1973. Et si l’histoire se répétait…

podium melbourneFinalement je suis assez content de moi à la lumière des résultats du Grand Prix d’Australie, puisque j’avais vu juste quant aux performances des uns et des autres, en y incluant les voitures. D’abord à tout seigneur tout honneur, Kimi Raikkonen a prouvé ce que je pense depuis longtemps, à savoir qu’il est peut-être pour ne pas dire sans doute le meilleur pilote actuel en Formule1. D’ailleurs Alonso lui-même a dit qu’il était intouchable dimanche. Et effectivement il l’était, si on considère qu’il en avait sous le pied avec sa Lotus, au demeurant excellente. Plus que sa légendaire vitesse en course, il a surtout prouvé, à la manière d’un Prost, qu’aucun autre pilote n’est capable de le surpasser quand il s’agit de tirer la quintessence de sa machine. Même Alonso a souffert de la comparaison dimanche dernier, en attaquant comme un forcené pour rattraper Vettel, ce qui évidemment ne pouvait qu’endommager ses pneus. Le constat est d’ailleurs identique pour Massa. En revanche, quand Kimi Raikkonen était derrière ces trois concurrents, il a gentiment attendu son heure…pour ne pas dégrader ses pneus, et faire un changement de moins que ses rivaux, ce qui lui assurait la victoire.

Mais il y a aussi du Prost dans sa manière de faire, notamment la faculté qu’il a de régler sa voiture pour la course, ce qu’il n’a cessé de prouver l’an passé. A ce propos, il est impensable de laisser dire ou écrire que Kimi est ou était un pilote moins concerné que d’autres sur le plan technique. Combien de fois s’est-il trompé dans ses réglages pour la course depuis son retour en F1 ? Jamais, et c’est la raison pour laquelle je renouvelle ce que j’ai dit à propos de Grosjean,  à savoir qu’au lieu de vouloir à tout prix « taper » son équipier, il ferait mieux de profiter de l’expérience d’Iceman…pour son plus grand bénéfice. Car il y a effectivement beaucoup à apprendre auprès de Raikkonen, y compris en qualifications. Certes il est, comme Prost autrefois, moins impressionnant en « qualifs » qu’un Vettel ou un Hamilton, mais lorsqu’il faut « claquer » un temps, Raikkonen sait aussi le faire, comme il l’a prouvé à plusieurs reprises dans sa carrière. Rappelons-nous sa pole-position de Monaco en 2005, au volant d’une Mac Laren- Mercedes,  où il avait laissé Alonso et sa Renault à près d’une demi-seconde, lui-même écrasant le troisième, Webber (Williams-BMW), dans les mêmes proportions.

Voilà pour Kimi Raikkonen, à présent passons à Massa, pour qui j’ai toujours gardé une grande considération, parce qu’il est très rapide quand toutes les conditions sont réunies pour qu’il le soit…ce qui le met un peu en retrait des tous meilleurs qui finissent toujours par se débrouiller, même avec une machine rétive. C’est aussi cela la grande force de Raikkonen et Alonso, voire Hamilton, plus peut-être encore que Vettel, irrésistible avec une machine parfaite. Massa est aussi dans ce cas de figure, et cette année il semble de nouveau être redevenu le Massa bien dans sa peau des années 2006 à 2008, c’est-à-dire avant son terrible accident de 2009 en Hongrie, que l’on oublie trop souvent. En outre, comme le Brésilien n’est pas un monstre de solidité quand tout n’est pas parfait autour de lui, on se doute bien qu’avec la Ferrari de l’an passé, loin d’être aussi bonne (surtout en début de saison) que celle de cette année, plus les bruits incessants de son remplacement en cours de saison, il était dans la pire des configurations pour briller. En revanche depuis le mois de septembre et le renouvellement de son contrat avec Ferrari, et bien il est quasiment au niveau d’Alonso en qualifications et parfois même en course.

Certes Alonso est plus fiable que lui, mais à Melbourne Massa a pleinement confirmé sa fin de saison 2012. En fait, tout s’est joué dans les stands pour lui, en raison d’une stratégie différente de celle d’Alonso, celui-ci étant difficilement battable sur ce plan. Certains ont suggéré une manœuvre de la Scuderia pour faire en sorte que le pilote espagnol passe devant, ce qui apparaissait vraisemblable en voyant le déroulement de la course. Pour ma part, n’étant pas germanophone (je regardais le grand prix sur RTL Television en Allemagne), j’ai eu un peu la même impression à la seule vision des images sur mon écran. Plus tard j’ai appris qu’en fait, ce sont les pilotes qui ont choisi le moment où ils sont rentrés au stand. Tant mieux si c’est ainsi, car cela signifierait que c’est dans les voitures et non dans les stands que s’est décidée la deuxième place de cette première course de la saison 2013.

Un dernier mot pour terminer, en rappelant qu’il y a 40 ans, en 1973, une Lotus s’était imposée lors du premier grand prix de l’année en Argentine, patrie de J.M. Fangio. Le 28 janvier 1973, à Buenos Aires, c’était en effet Emerson Fittipaldi qui s’était imposé…sur Lotus, avec presque 5 secondes d’avance sur le regretté François Cevert, lui-même précédant plus largement Jackie Stewart, tous deux sur Tyrell. En outre, comme dimanche dernier, l’auteur de la pole position, Regazzoni (BRM), mena pendant 28 tours avant d’être obligé de ralentir en raison de la dégradation de ses pneus…comme Sebastian Vettel cette année. Résultat, Fittipaldi s’imposa un peu à la manière de Raikkonen, parce qu’il avait su préserver ses pneus mieux que les autres. Et pour pousser un peu plus loin le mimétisme entre ces deux premiers grands prix de la saison à 40 ans d’intervalle, c’est Fittipaldi qui réalisa le meilleur tour en 1973…comme Raikkonen cette année. Est-ce un signe pour Raikkonen ? Pourquoi pas, En tout cas, à la fin de la saison 1973, Emerson Fittipaldi remporta son deuxième titre de champion du monde sur Lotus. Reconnaissons que pour Raikkonen et ses supporters, une telle issue à la fin de cette année serait tout simplement magnifique. Pour ma part, j’y crois…et je ne suis pas le seul. Déjà, je suis persuadé qu’il est capable de gagner de nouveau dimanche prochain en Malaisie, circuit sur lequel il a remporté sa première victoire. Allez Kimi !

Michel Escatafal


Une saison 2012 de F1 qui restera dans l’histoire (Partie 1)

vettelLa saison 2012 de Formule 1 s’étant terminée de la même façon que l’an passé, avec le titre de champion du monde de Sebastian Vettel, on pourrait penser que la discipline reine du sport automobile n’a guère évolué d’une année à l’autre. C’est vrai d’une certaine manière, mais c’est faux sur le plan des résultats et de l’intérêt suscité par les 20 grands prix. Vrai, parce qu’il n’y a pas eu de réelle révélation de pilotes au cours de la saison, à part peut-être la confirmation du talent d’Hulkenberg, voire de Maldonado et Perez,  mais faux parce que sur 20 courses nous avons eu huit vainqueurs différents (Vettel et Webber sur Red-Bull, Alonso sur Ferrari, Hamilton et Button sur Mac Laren, Raikkonen sur Lotus, Maldonado sur Williams, Rosberg sur Mercedes), ce qui suffit à démontrer que la hiérarchie a quand même été fluctuante au cours de la saison. Cependant, et on ne le dira jamais assez, les meilleurs pilotes sont finalement devant tous les autres. La preuve, les quatre premiers du championnat sont ou ont été champions du monde, à savoir Vettel, Alonso, Raikkonen, Hamilton, tout comme le cinquième, Button. Tout sauf un hasard !

En écrivant cela, j’ai l’impression que tout est dit, même si pour moi ce n’est pas tout-à-fait le cas, car je n’irais pas jusqu’à écrire qu’il s’agit des cinq meilleurs pilotes en valeur absolue. Je vais même en étonner quelques uns en disant que si je suis d’accord pour les quatre premiers, dans l’ordre ou le désordre, je placerais pour ma part à la cinquième place Felipe Massa, qui pourtant termine à la septième place, derrière Mark Webber (sixième), et loin derrière Button en nombre de points (122 contre 188). Pourquoi ai-je choisi Massa comme cinquième homme dans cette hiérarchie ? Tout simplement  parce que Massa court sur Ferrari, et que son équipier s’appelle Alonso. Certes, on me fera remarquer qu’Alonso a marqué 278 points dans la saison, soit plus du double de son équipier, mais cette énorme différence s’est faite dans la première partie de la saison, où Massa n’était pas encore redevenu le Massa des années 2006 à 2009 (année de son très grave accident). Non seulement cette difficulté à retrouver son vrai niveau avait altéré sa confiance, mais en plus il a vécu cette année avec au-dessus de sa tête le risque de perdre son volant chez Ferrari…qui ne l’a pas ménagé, et qui par conséquent ne l’a pas aidé à se reconstruire complètement et rapidement. En revanche, depuis Monza, ou si l’on préfère depuis que son contrat a été prolongé d’une saison, Massa est clairement au même niveau qu’Alonso, pour ne pas dire plus.

Voilà pourquoi je classe Massa devant Button et Webber, lesquels ont surtout pour eux de disposer d’une machine très performante. D’ailleurs on a  beau regarder les statistiques et les performances, on a beau évaluer la part de malchance de chacun dans son équipe, il ressort clairement que Button est loin de Lewis Hamilton, un peu comme Webber vis-à-vis de Vettel. Ces deux pilotes, même s’ils n’en avaient pas le statut, ont plutôt été des seconds rôles dans leur équipe, en raison de la domination exercée par leur leader. Etait-ce une question de pneus, notamment du côté de Button, comme il semble le prétendre? Je ne crois pas, même si les commentateurs de TF1 ne cessaient de nous vanter Button sur ce plan-là. Non, tout simplement Hamilton est un pilote hyper vite, en qualifications comme en course, comme du reste Vettel, et il est tout à fait normal que l’un et l’autre soient devant leur coéquipier.

En fait, seuls Alonso et Raikkonen ont rivalisé sur l’ensemble de la saison avec Vettel et Hamilton, d’autant que la Ferrari F2012 comme la Lotus E20 n’étaient pas au niveau de la Red Bull RB8 et de la Mac Laren MP4-27. Et si Alonso comme Raikkonen ont été candidats au titre jusqu’à la fin de la saison, ils le doivent essentiellement à leur régularité dans la haute performance. Certes Iceman, comme on appelle le Finlandais, avait une voiture à la fois fiable et rapide, mais la Lotus n’était pas tout-à-fait au niveau de ses rivales. Cela dit, elle a permis à Raikkonen de se retrouver à une inespérée troisième place au championnat du monde, parfaitement méritée au demeurant quand on sait que Raikkonen a franchi 20 fois sur 20 le drapeau à damiers, et chaque fois (sauf une) dans les points. A comparer avec Romain Grosjean !

En disant cela, je veux évoquer les pilotes français, à commencer par Sébastien Grosjean, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Pour moi, il a été le moins bon des trois sur l’ensemble de la saison, même s’il est sans doute le plus doué. Rapide, voire même très rapide, Grosjean l’est, au point d’avoir fait jeu égal avec Raikkonen sur l’ensemble de la saison en qualifications, même si Raikkonen a inversé la tendance du début de saison, où il a souffert de son absence des circuits pendant deux ans. Mais reconnaissons que sur un tour, le samedi, Grosjean est capable d’aller très vite. Hélas, en course c’est souvent très différent, et je préfère ne pas parler de ses départs où il a clairement un problème. Certains diront qu’il n’est pas le seul jeune pilote à faire des bêtises, ce qui est vrai, mais ce n’est pas une excuse. Résultat, à matériel égal, Raikkonen a marqué deux fois plus de points que Grosjean. A méditer pour lui si, comme c’est vraisemblable, il continue à faire équipe avec le pilote finlandais, dont il devrait s’inspirer plutôt qu’essayer coûte que coûte de le battre, et dont il devrait aussi adopter le comportement avant un grand prix, en évitant par exemple d’évoquer un podium ou la victoire, ce qui a pour seul effet de lui mettre un peu plus de pression.

Vergne aurait-il fait mieux chez Lotus ? J’aurais tendance à répondre par l’affirmative, étant persuadé qu’il aurait fini davantage de grands prix. Cependant la vraie comparaison ne peut se faire qu’avec son équipier, en l’occurrence Ricciardo, qui est lui aussi très jeune dans le métier. En termes de résultats sur la saison, les deux hommes ont quasiment fait jeu égal, Ricciardo se montrant légèrement supérieur en qualifications, mais Vergne rétablissant l’équilibre en course. En tout cas, ces deux jeunes pilotes ont la chance de pouvoir continuer leur apprentissage dans une écurie de moindre notoriété l’année prochaine (Toro Rosso), avant éventuellement de faire le grand saut l’année suivante. Pour me faire une véritable idée de Vergne je préfère attendre la fin 2013, d’autant qu’au moins un des pilotes Toro Rosso aura la possibilité d’intégrer la grande équipe Red Bull (maison mère) en cas de résultats probants, ce qui leur mettra une pression supplémentaire. Cela dit Vergne, comme Grosjean, semble satisfait de lui-même, même s’il estime qu’il doit mieux faire l’an prochain.

Et Charles Pic, desservi par son matériel, la modeste Marussia, que vaut-il exactement ? Là aussi il faut patienter jusqu’à la fin de la prochaine saison. Il faut noter à son propos que ses références avant de disposer d’un volant en Formule1 n’étaient pas extraordinaires. Et pourtant il s’est très bien comporté cette année en dominant souvent son équipier, l’expérimenté pilote allemand Timo Glock. Est-ce suffisant pour en faire un grand espoir ? Difficile à dire, dans la mesure où Glock n’est quand même pas un des tous meilleurs pilotes du plateau. En tout cas Pic, jeune homme de 22 ans, est considéré par nombre d’anciens pilotes comme un sérieux espoir pour les années à venir. C’est aussi le cas des dirigeants de sa nouvelle équipe (Caterham) qui lui ont fait signer un contrat de longue durée (deux ans plus une autre en option), ce qui signifie qu’ils pensent que Charles Pic deviendra vite suffisamment fort pour qu’ils puissent monnayer son départ vers une écurie plus prestigieuse. Il faudra pour cela qu’il commence par être meilleur que son équipier, dont on ne connaît toujours pas le nom.

Michel Escatafal


Raikkonen chez Ferrari ou chez Lotus en 2013?

Le sport automobile, plus particulièrement sa discipline reine la Formule 1, est un monde impitoyable où règnent  à la fois la valeur sportive et l’argent. On a beau dire, mais dans une équipe de Formule 1 il y a toujours une hiérarchie qui finit par s’installer chez les pilotes, et s’il n’y en a pas une qui se dégage réellement,  les choses finissent souvent par  provoquer le départ d’un de ces deux pilotes. Ce fut le cas notamment de Piquet fin 1987, qui ne supportant plus la cohabitation avec Mansell chez Williams préféra partir chez Lotus, ou encore de Prost qui fin 1989 choisit de courir pour Ferrari plutôt que continuer son extraordinaire duel avec Senna chez Mac Laren.

Evidemment dans ce cas on pense toujours aux grosses écuries, parce que pour les plus petites  le fait pour un pilote d’apporter de l’argent peut jouer son rôle. Tel n’est pas le cas chez Ferrari par exemple, même si un gros sponsor est le bienvenu, mais celui-ci ne se fait généralement pas trop prier pour que son nom apparaisse en grand sur la voiture. Ensuite il y a aussi dans les grosses équipes la manière de se comporter du pilote, non seulement sur la piste, mais aussi à l’extérieur. Et puis dans une écurie comme Ferrari, il y a le côté latin qui peut jouer. Bref, devenir  pilote d’un top team relève d’une alchimie bien particulière où de multiples paramètres entrent en jeu.

Mais parmi ceux-ci le plus important reste l’argent, et s’il en fallait une preuve supplémentaire, nous la trouvons dans le fait que Ferrari cherche à récupérer un pilote qu’elle a payé très cher…pour laisser son baquet à Fernando Alonso, double champion du monde,  en 2010. Et aujourd’hui la scuderia Ferrari est en train de s’apercevoir qu’elle a fait une  énorme erreur, fin  2009, en choisissant de garder Felipe Massa au détriment de Kimi Raikkonen, bien que celui-ci ait remporté un titre de champion du monde en 2007, et surtout bien que le pilote finlandais ait tenu à bout de bras son équipe en fin d’année 2009, après le grave accident de Massa aux essais du Grand Prix de Hongrie, dont il se pourrait bien qu’il ne se soit jamais remis. En fait, Ferrari a congédié Raikkonen au moment où celui-ci n’avait sans doute jamais été aussi fort depuis ses débuts. Et pourquoi était-il aussi performant, comparativement à la période où il cohabitait avec Massa ? Tout simplement parce que Raikkonen n’est jamais aussi bon que quand on lui fait totalement confiance, et je ne suis pas le seul à penser que chez Ferrari on préférait Massa, brésilien chaud et même parfois bouillant, à Raikkonen, finlandais  froid (en apparence) d’où son surnom de « Iceman ».

Peut-être aussi, au fond d’eux-mêmes, les patrons italiens de la Scuderia se disaient que Massa serait une proie plus facile à avaler pour Alonso que Raikkonen. Les dirigeants de Ferrari ont bien vu effectivement la manière dont Raikkonen s’est comporté dans la deuxième partie de la saison 2009, une manière qui ressemble à celle d’Alonso aujourd’hui, avec cette énorme différence que la voiture d’Alonso en 2012 est autrement meilleure que la Ferrari de Raikkonen en 2009, ce qui ne l’a pas empêché d’être un des pilotes ayant  marqué le plus de points dans la deuxième partie de la saison, et plus encore d’avoir remporté le Grand Prix de Belgique sur le circuit de Spa-Francorchamps, s’y imposant pour la quatrième fois. Or gagner à Spa quatre fois ne peut être l’œuvre que d’un très grand pilote, car même si le circuit de Spa-Francorchamps  en 2012 ne ressemble plus trop  à celui des années 50 ou 60, long de presque 15 km, c’est sans doute encore le  plus significatif pour juger de la valeur réelle d’un pilote. D’ailleurs, c’est loin d’être toujours la meilleure voiture qui s’impose sur ce circuit contrairement à bien d’autres.

Fermons la parenthèse, et revenons sur le Raikkonen que l’on a connu chez Ferrari entre 2007 et 2009, pour noter qu’en fait on ne lui reprochait pas grand-chose, pas même d’avoir été quelque peu malmené par Massa en 2008…à supposer que les deux hommes aient été traités de la même façon . En fait, c’est surtout en qualifications que Raikkonen était un peu moins rapide que son coéquipier, mais « Iceman » est toujours meilleur en course et cela a toujours été le cas depuis ses débuts en Formule 1. Ses statistiques en 167 grands prix font en effet apparaître un nombre de victoires (18) supérieur au nombre de ses pole positions (16). De plus, il se situe à la troisième place dans l’histoire de la F1, derrière Schumacher et Prost,  pour le nombre de meilleurs tours en course (37). Sur ce plan personne ne le concurrence de nos jours, puisqu’en dehors de Schumacher, son suivant immédiat parmi les pilotes 2012 est Alonso avec 19 meilleurs tours. En cela il fait penser à Alain Prost à son époque (51 victoires en grand prix,  33 pole  positions et 41 meilleurs tours). Raikkonen comme Prost n’est pas un phénomène  en qualifications, comme ont  pu l’être par exemple Clark et Senna ou aujourd’hui Vettel, mais en course il est à  fois très rapide et très sûr.

Et puisque j’ai cité le nom de Schumacher, quel contraste entre son retour en F1 qui cette saison encore fait jaser, et celui de Raikkonen qui, après deux ans d’absence, est revenu à sa place (une des toutes premières) comme s’il ne s’était jamais arrêté, à la manière d’un Lauda qui avait stoppé sa carrière en 1980 et 1981, avant de revenir pour remporter de nouveau le titre de champion du monde en 1984, devant Alain Prost. Qui sait si Raikkonen, allant chez Ferrari, ne pourrait pas réaliser pareil exploit ? Ou bien en restant chez Lotus, en rappelant que s’il n’a pas encore gagné avec cette équipe,  il a déjà réalisé cinq podiums en onze courses dont deux secondes places, ce qui lui permet de pouvoir encore rêver à un titre de champion du monde cette année, même si Alonso a une petite cinquantaine de points d’avance sur ses principaux concurrents, Webber, Vettel, Hamilton et Raikkonen, qui se tiennent en huit points. Et de tous ces candidats, Raikkonen est le seul à ne pas conduire pour un top team, même si Lotus est appelé à le devenir …si cette équipe réussit à le garder.

Pour ma part, malheureusement pour Lotus, je vois bien le pilote finlandais rejoindre la Scuderia malgré sa brouille avec  le patron de Ferrari, Luca di Montezemolo, problème qui peut s’aplanir très vite si on y met le prix.  C’est un beau challenge qui serait proposé à Raikkonen, en ayant la possibilité de se mesurer avec  Alonso, en supposant que ce soit à armes égales, et à la Scuderia en faisant cohabiter deux top pilotes, ce dont elle n’est pas coutumière. Mais avec la crise, l’argent est plus que jamais un facteur déterminant, et plutôt que dépenser de l’énergie pour trouver un second pilote susceptible d’apporter un complément de budget, il vaut mieux avoir un pilote qui flirte constamment avec le podium et  la victoire, tout cela permettant de rapporter  de gros points au championnat des constructeurs, lequel  détermine la distribution de revenus à la fin de la saison.

Or cette année, malgré les 164 points marqués par Alonso en onze courses, Ferrari est seulement quatrième au championnat constructeurs derrière  Red Bull, Mac Laren et Lotus, Massa n’ayant marqué que 25 points à ce championnat contre 116 à Raikkonen. On comprend dans ces conditions que ce n’est pas le salaire que réclamerait Raikkonen (on parle de 10 millions d’euros) qui entre en ligne de compte pour son recrutement éventuel chez Ferrari. Raikkonen est d’abord, comme Alonso ou Vettel, une sorte d’assurance tous risques pour une écurie, avec un capital points important garanti dans une saison. Et en plus il connaît la maison ! Alors, Raikkonen chez Ferrari ou chez Lotus en 2013 ? Les paris sont ouverts.   Personnellement, je préfèrerais qu’il reste chez Lotus, ce qui permettrait à cette écurie de continuer à grandir sans changer son tandem de pilotes, ce qui serait aussi profitable à Romain Grosjean

Michel Escatafal