Les J.O. doivent se recentrer sur leurs sports traditionnels

MekhissiBonjour à tous, après des vacances que je veux qualifier de méritées. Du coup cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit, mais je vais essayer de rectifier le tir au cours des prochaines semaines. Après ces palabres en forme d’excuses, je veux évoquer un problème qui nous intéresse tous, puisque nous sommes en plein dans les Jeux Olympiques 2016. Ceux-ci, d’ailleurs, ressemblent de plus en plus à du grand n’importe quoi, entre les épreuves qui concernent les grands sports professionnels et qui n’intéressent guère les habituels supporters, et l’arrivée de sports improbables, nouveaux pour l’essentiel, en attendant les matches entre ceux qui crachent le plus loin et ceux qui sont capables de manger dix kilos de carpaccio en moins de cinq minutes. J’exagère à peine. Pire encore, certains voudraient voir le sport automobile aux J.O. Pourquoi pas ? Ce serait sans doute amusant de voir Hamilton, Rosberg, Vettel, Raikkonen, Ricciardo, Verstappen, Bottas, Alonso, Button, Perez ou Grosjean s’affronter, par exemple sur 50 km, dans des voitures des années 1980 ou 1990. Idem pour le WRC.

Ceci dit redevenons sérieux : qui peut me raconter qu’il considère, en cyclisme, l’épreuve sur route des J.O. au même titre qu’un Paris-Roubaix ou un championnat du monde sur route ? Personne, qui aime tant soit peu le vélo. En plus cette course arrive après un Tour de France qui fut sans doute un des pires au niveau émotionnel que l’on ait connu depuis des décennies. Aucun suspens, avec un Quintana pas dans son assiette et un Contador blessé le premier jour et contraint à l’abandon un peu plus tard, les seuls qui auraient pu inquiéter Froome. Au passage j’en profite pour noter une nouvelle fois que le Pistolero a vu son palmarès officiel amputé de deux grands tours (Tour de France 2010 et Giro 2011), plus quelques autres victoires moindres, pour un contrôle antidopage qualifié d’anormal pour quelques poussières de clembutérol, que seul un ou deux laboratoires au monde pouvaient détecter, alors que plusieurs champions ou championnes et non des moindres, pris pour du bon gros dopage, sont devenus ou deviennent champion olympique sans que cela ne semble trop perturber les instances olympiques ou internationales. En fait les plus fâchés de cette situation sont les concurrents malheureux qui arrivent derrière ces ex-dopés, ou encore d’autres concurrents qui sont contraints d’affirmer haut et fort qu’ils ont gagné en étant propres. Tout cela confine un peu au délire !

Fermons la parenthèse et reprenons notre propos, à propos du cyclisme professionnel aux J.O., même si la course en ligne fut belle sur le plan du spectacle. Pour ma part, cette course n’a pas sa place aux J.O., surtout quand on voit que l’on a abandonné le kilomètre et la poursuite sur la piste….pour faire de la place. Je dirais la même chose pour le football, avec un règlement bancal puisque chaque équipe peut aligner seulement trois joueurs de plus de 23 ans. Ridicule, d’autant plus que nombre de clubs ont refusé à certains joueurs leur participation pour mieux préparer la saison. Et que dire du tennis, sport où les meilleurs mondiaux se font éliminer dès les premiers tours, comme ce fut le cas pour Djokovic ou pour les deux paires françaises de double. Apparemment tout le monde se moque de ces résultats, car dans moins d’un mois c’est l’US Open qui va commencer et là on ne rigolera plus. Je suis sûr que Djokovic ne sera pas éliminé au premier tour ! Et le rugby ? Là on se contente du rugby à 7, qui est un bon moyen pour nombre de joueurs de travailler leur technique, mais qui s’y intéresse?

En revanche je trouve normal que les autres grands sports d’équipe, moins médiatisés dans le monde, participent à la fête olympique, par exemple le basket ou le handball. A part les joueurs de NBA, personne ne connaît les meilleurs joueurs du sport le plus pratiqué dans le monde après le football. C’est la même chose pour le cyclisme sur piste qui, hélas, ne nous offre ses meilleures rencontres qu’une fois par an, lors des championnats du monde. Dommage quand même qu’un titre olympique en vitesse ne soit pas mieux valorisé, en terme de notoriété et aussi sur le plan pécuniaire pour celui qui remporte une des épreuves les plus anciennes de la tradition olympique. Bref, tout cela pour dire que cette fête olympique qui se veut de plus en plus gigantesque depuis les années 1990, qui coûte de plus en cher aux pays organisateurs, n’est plus la fête du sport qu’elle était autrefois. Et quand j’écris fête, cela signifie mettre en valeur des sportifs qui ne le sont pas habituellement, alors que leur sport figure au programme des J.O. depuis des décennies, voire même dès la fin du XIXè siécle.

Certes on sera toujours plus nombreux à regarder la finale du 100m ou du 1500m en athlétisme que le tir à l’arc ou l’escrime, mais on sera content des médailles que notre pays a obtenu en natation, au judo, en canoë ou en aviron. Peut-être finalement que ce que l’on a tellement reproché à Avery Brundage dans les années 60 ou 70, de n’avoir pas voulu ouvrir les J.O. aux professionnels, n’était pas une si mauvaise chose, sauf évidemment le fait que les pays communistes de l’époque étaient nettement avantagés, puisqu’officiellement il n’y avait pas de professionnels chez eux, bien qu’ils le fussent en réalité, alors que les pays occidentaux ou libéraux ne pouvaient envoyer que leurs amateurs. Et je ne parle pas du dopage d’Etat qui était pratiqué dans certains pays sans la moindre pudeur, puisqu’il en allait de la « grandeur » du pays…ce qui ne signifie pas pour autant que l’on ne se dopait pas ailleurs!

En attendant les J.O. ne vont vraiment commencer pour la plupart de ceux qui aiment le sport sur la planète, qu’à partir de demain avec le début des épreuves d’athlétisme, sport roi de la quinzaine olympique. Là on va avoir des champions qui vont se battre pour les médailles devant des milliards de spectateurs. Ils voudront voir Bolt, Gatlin ou Allyson Félix et tous les autres, et j’ajoute que personne ne se préoccupera de savoir si untel est dopé, ou s’il a été convaincu de dopage, parce que le spectacle avec un grand S sera là. Au passage j’en profite pour espérer qu’un athlète français montera enfin sur le podium du 100m (Vicaut) derrière Bolt et Gatlin, même si j’ai bien peur que cela reste un rêve. Après tout ce n’est jamais arrivé, et si Vicaut réussissait cet exploit cela effacerait toutes les déconvenues qu’il a connues jusque-là dans les grands championnats, y compris la dernière en date où, malgré des temps très supérieurs en qualité par rapport à ses concurrents, il fut quand même battu lors de la faible finale des championnats d’Europe. Pour mémoire il a terminé troisième de la course avec un temps de 10s08, derrière le vainqueur (Churandy Martina) en 10s07, alors que le record d’Europe de Vicaut est de 9s86!

Acceptons l’augure qu’il concrétisera enfin ses possibilités dans cette finale olympique, tout comme il faut espérer que Lavillenie soit à son meilleur niveau à la perche pour conserver son titre de 2012, que Mekhissi ait retrouvé toutes ses sensations au 3000m steeple après sa grave blessure de l’an dernier et ses belles médailles d’argent de 2008 et 2012, qu’un Bascou (110m haies) ou un Bosse (800m) sortent la course de leur vie pour faire un coup à la Colette Besson en 1968 (sur 400m) et remporter l’or. Cela nous rendrait heureux comme nous le fumes avec le doublé 200-400m de Marie-Jo Pérec en 1996, après son titre sur 400m en 1992, avec la victoire de Galfione à la perche en 1996, la médaille d’argent de Joseph Mamhoud en 1984 au 3000m steeple, l’argent en 1992 et l’or de Drut en 1976 sur 110m haies, qui avait réussi l’exploit d’être le premier à avoir mis fin à la supériorité américaine sur la distance depuis 1928, sans oublier la médaille d’argent de Maryvonne Dupureur sur 800m à Tokyo en 1964, ni bien évidemment celle de Jazy en 1960 (voir mes articles (Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2) et Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 1) ou encore Les grands milers : partie 1), qui avait terminé deuxième d’un des plus grands 1500m de l’histoire olympique, avec comme vainqueur le plus grand miler de l’histoire tout court, l’Australien Herb Elliott, en rappelant qu’il s’est retiré de l’athlétisme en étant invaincu sur sa distance. Voilà je m’arrête à 1960 et aux médailles d’or et d’argent, avec toutefois une pensée pour Alain Mimoun, médaille d’or du marathon en 1956 et triple médaillé d’argent entre 1948 et 1952 (sur 5000 et 10000m) derrière Zatopek. Allez Vicaut, Bascou, Mekhissi, Bosse et Lavillenie, faites-vous plaisir et vous nous en ferez presque autant !

Michel Escatafal

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Une soirée d’athlétisme à la fois gaie, triste…et honteuse

mekhissi

Pour les amateurs d’athlétisme français  ce fut hier soir une bien triste soirée, même si nous avons eu le plaisir de voir nos athlètes remplir leur panier de médailles, avec notamment l’or pour Compaoré, qui a parfaitement suppléé l’absence du champion du monde Tamgho, mais aussi pour Kowal au 3000m steeple…bien qu’il ait terminé second de la finale. Et oui, il peut arriver dans le sport au plus haut niveau que le premier ne le soit pas réellement, pour des raisons que la raison ignore. Je ne parle évidemment pas des cas de dopage où, selon les sports, on fait tout et parfois n’importe quoi. Kreuziger, par exemple dans le cyclisme, n’a pas été contrôlé positif, mais il est quand même suspendu…à cause de son passeport biologique. Fermons la parenthèse, et revenons à la soirée d’hier soir aux championnats d’Europe d’athlétisme où l’on a assisté à la disqualification…de deux athlètes français, qui ne recevront pas leur médaille. Ces deux athlètes s’appellent Bascou et Mekhissi, le premier ayant remporté la médaille de bronze sur 110m haies, et le second ayant gagné l’or en se promenant sur 3000m steeple, réussissant un exploit inédit sur la distance en l’emportant pour la troisième fois consécutive, et en étant, pendant quelques heures, le seul Français ayant été titré à trois reprises aux « Europe ». En parlant d’exploit,  certains vont trouver que j’exagère,  parce que Mekhissi est tellement au-dessus de tout le monde en Europe sur le 3000m steeple, que cela n’est pas vraiment une performance exceptionnelle pour lui, qui a déjà été deux  fois médaillé d’argent aux Jeux Olympiques (2008 et 2012),  mais aussi deux fois médaillé de bronze aux championnats du monde (2011 et 2013), chaque fois derrière un ou deux Kenyans.

Mais quel péché a donc commis Mekhissi pour qu’on prenne la très lourde décision de lui enlever son titre gagné sur la piste ? Il a enlevé son maillot à la sortie du dernier virage, pour le porter à la main jusqu’à l’arrivée…ce qui est interdit par le règlement. Dans un premier temps les juges ont pris la même décision qu’au football quand un joueur enlève son maillot pour célébrer un but, à savoir un carton jaune. C’était une décision intelligente, qui montrait à Mekhissi qu’on ne peut pas faire n’importe quoi sur une piste, y compris pour exprimer sa joie. En fait ces juges ont surtout noté que Mekhissi s’était promené dans la dernière ligne  droite avec 20 ou 25 mètres d’avance, et que notre champion n’avait en rien gêné le bon déroulement de la course. Jusque-là rien à dire. Comme d’ailleurs il n’y a rien à dire sur la disqualification de Bascou au profit de Pascal Martinot-Lagarde, par ailleurs très décevant, car Bascou avait mordu sa ligne voire même un peu plus, ce qu’il a reconnu volontiers. Cela étant, dans une compétition plus importante encore, les championnats du monde, on se rappelle qu’en 1999, à Séville, Stéphane Diagana termina deuxième du 400m haies derrière l’Italien Mori, qui ne fut pas disqualifié alors qu’en demi-finale il avait couru un instant dans le couloir de Diagana, récidivant en finale en mordant la ligne. Malgré deux réclamations françaises le titre fut quand même attribué au hurdler italien. Cette décision avait d’ailleurs choqué beaucoup de monde, y compris en Italie, puisque Dionisi, l’ancien grand champion italien, avait encouragé les responsables français à porter réclamation après la finale.

Hier soir pour Mekhissi le contexte était très différent, même si, comme tout le monde, je me suis dit que Mahiédine Mekhissi ne savait pas quoi trouver pour se faire remarquer, sachant qu’il n’y avait aucune arrogance de la part de notre athlète. Simplement il savait qu’il entrait dans l’histoire, même si les championnats d’Europe ont lieu à présent tous les deux ans contre quatre à l’époque de Chromik (années 50) Roelants (années 60) ou Malinowski (années 70), ce dernier étant avec Mekhissi le seul à avoir remporté deux titres européens sur le steeple. Il n’empêche, notre Français, par ailleurs recordman d’Europe et le seul qui puisse parler d’égal à égal avec les Kenyans, ne méritait en aucun cas la disqualification qui l’attendait. Cela dit, ce que je trouve le plus affligeant c’est à la fois la réaction de nombre de Français sur les forums (ah les forums !!!), et bien sûr la réclamation de la délégation espagnole, espérant profiter de cette bourde de Mekhissi pour récupérer une breloque…en bronze. Minable, pour ne pas dire misérable attitude des responsables espagnols sur place à Zurich ! Tout ce déshonneur pour récupérer une place de troisième. Que vaut réellement de nos jours  une médaille de bronze européenne ? Cela vaut-il la peine de se ridiculiser à ce point ? Et si j’emploie le mot « ridiculiser » c’est parce qu’en lisant le site de Marca, je constate que nombre d’amateurs d’athlétisme espagnols sont eux-mêmes choqués par cette réclamation, un forumer intelligent (il y en a !) affirmant que ce qui arrive à Mekhissi est injuste, et que l’attitude de Mullera (celui qui a récupéré le bronze) est triste et fait de la peine, parce qu’il sait que cette médaille il ne l’a pas gagnée, et, pire encore, cela pourrait le poursuivre pour toujours.

On peut aussi se demander, et cela s’adresse aux juges, dans quel état sera Kowal (le nouveau champion d’Europe)  sur le podium, sachant qu’il était le plus heureux des hommes avec sa médaille d’argent conquise sur la piste, au point d’avoir fait profiter de son bonheur à tous les téléspectateurs en demandant en mariage sa compagne ? Oui, parfois le sport est cruel, avec les chutes (Contador au Tour de France), ou les blessures. En écrivant cela, je pense à Tamgho, à Compaoré qui a remporté le titre européen hier soir après avoir subi tant de galères à cause de nombreux ennuis de santé, à Diniz qui est à présent le seul Français titré aux championnats d’Europe à trois reprises (50km marche) ou Jimmy Vicaut, qui aurait survolé le 100m à ces championnats d’Europe, sans cette blessure à la cuisse qui l’a privé d’un titre aussi certain que celui de Mekhissi sur 3000m steeple, Vicaut étant le seul sprinter européen capable de rivaliser avec les Jamaïcains et les Américains. Raison de plus pour ne pas priver ces sportifs méritants de titres gagnés sur la piste, après tant de sacrifices pour atteindre leur Graal. Cela étant, pour de nombreux juges tout cela ne compte pas, car le règlement c’est le règlement…ce qui ne fut pas et n’est pas toujours le cas partout. Néanmoins, avant de conclure, qu’on se rassure, j’aime toujours beaucoup l’Espagne, même si quelques dirigeants de ce pays se sont déshonorés hier soir avec cette stupide réclamation.

Michel Escatafal


Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2)

jazybaalaAyant déjà parlé de Michel Jazy, je vais à présent évoquer brièvement sa carrière, en notant d’abord qu’il eut la chance d’être choyé par le directeur de l’Equipe, lui-même ancien athlète, Gaston Meyer. Celui-ci en effet le fera engager par Jacques Goddet, patron du journal, comme typographe, avec des horaires aménagés pour qu’il puisse s’entraîner autant qu’il le fallait pour devenir le crack que l’on pressentait. Et de fait, on n’allait pas être déçu, même si sa carrière aurait dû être encore plus brillante. Certes brillante elle le fut, mais on aura toujours trois regrets au sujet de Jazy, à savoir son échec à Tokyo en finale d’un 5000m olympique où il était de très loin le plus fort, son refus de courir le 1500m à ces mêmes J.O. de Tokyo en 1964, alors qu’il l’aurait emporté à coup sûr, et son absence sur les tablettes du record du monde sur les distances olympiques. Certains vont me trouver bien exigeant avec un des plus grands milers de l’histoire, mais c’est normal compte tenu des qualités de ce surdoué.

Néanmoins il aura laissé une belle trace dans le gotha de l’athlétisme en ayant été deux fois champion d’Europe (1500m en 1962 et 5000m en 1966), médaille d’argent sur 1500m aux J.O. de Rome, recordman d’Europe du 1500m à trois reprises, recordman d’Europe du 5000m à trois reprises également, mais aussi recordman du monde du mile, du 2000m (premier et dernier records qu’il a battus en 1962 et en 1966) , du 3000m, des 2 miles et du relais 4x1500m. C’est magnifique, mais cet athlète racé et élégant, aurait pu et dû faire mieux encore. D’ailleurs si Jazy avait 25 ou 28 ans aujourd’hui, il serait ou aurait déjà été à coup sûr champion olympique, car à cette époque il était un des très rares sportifs français à être le meilleur dans sa discipline. Hélas, à Tokyo, il n’a pas su résister à la pression qui l’entourait, d’où son obstination à ne pas vouloir courir le 1500m par peur de la défaite, alors que celui qui fut champion olympique, le Néo-Zélandais Peter Snell, déjà vainqueur du 800m, a toujours affirmé qu’il n’y aurait pas participé si Jazy avait choisi cette distance, d’autant que ce dernier venait de réussir à l’entraînement des temps largement supérieurs sur 1200m à ceux qu’il avait fait auparavant.

En fait à ce moment Jazy bénéficiait pleinement de son entraînement sur 5000m, tout en ayant conservé sa vitesse de base (il était aussi un des meilleurs sur 800m) et son fameux finish dans les 300 derniers mètres. A propos de Snell, c’est lui qui détenait le record du monde du mile quand Jazy le battit en juin 1965 à un niveau quasiment équivalent aux 3mn35s6 d’Elliot sur 1500m. A cette occasion Michel Jazy  réussit, en battant ce record mythique, sans doute son plus grand exploit, bien aidé il est vrai par ses lièvres, Kervéadou et deux autres de grand luxe, Jean Wadoux et Michel Bernard. Résultat le record de Snell (3mn54s1) fut battu de 5/10 de seconde.

Passons à présent à Mehdi Baala, qui fut le vrai successeur de Jazy dans le cœur des Français. Déjà il y a toujours eu une similitude dans l’allure entre les deux champions. Mais la comparaison ne s’arrête pas là, car Baala comme Jazy était aussi un remarquable coureur de 800m. La preuve, il a porté très haut le record de France du kilomètre (en 2003) avec un temps de 2mn13s93, mais aussi celui du 800m en 1mn43s15 (à Rieti en 2002). Il a d’ailleurs réussi son premier exploit en 2000, quelques semaines avant les Jeux Olympiques de Sydney, en réalisant le doublé en Coupe d’Europe 800-1500m, alors qu’il n’avait pas encore 22 ans. A cette occasion Jazy avait dit qu’il « semble paré de tous les dons » et on en aura la confirmation en août, quand il réalisa 3mn32s02 à Zurich sur 1500m, ce qui en faisait un outsider pour les J.O. Et même s’il ne termina qu’à la quatrième place, il n’aura surtout pas à rougir de cette performance dans la mesure où il aura joué sa chance jusqu’au bout, laissant les médailles au Kenyan Ngeny, qui avait battu le super favori El Guerrouj (Maroc), la médaille de bronze revenant à un autre Kenyan devenu ensuite américain, Lagat. Dans cette épreuve où le vainqueur réalisa 3mn32s07, Baala termina au pied du podium (3mn34s14) après avoir suivi le trio de tête jusqu’au milieu de la ligne droite.

Au passage, on notait qu’il était déjà le meilleur européen, ce qu’il allait confirmer aux championnats d’Europe en 2002, où il s’empara de son premier titre international. Mais la grosse confirmation, on l’aura l’année suivante, en 2003, où lors des championnats du monde au Stade de France il s’empara de la médaille d’argent, après avoir résisté jusqu’au bout au maître El Guerrouj (4 fois champion du monde du 1500m, champion olympique du 1500 et du 5000m, en plus d’avoir battu les records du monde du 1500m, du mile et du 2000m). Tout cela nous laissait espérer des lendemains qui chantent, mais, comme pour les hurdlers Caristan, Diagana et Doucouré, Baala devra composer avec les blessures tout le reste de sa carrière. Cela ne l’empêchera pas de devenir champion d’Europe pour la deuxième fois en 2006 et de récupérer la médaille de bronze du 1500m aux J.O. de Pékin (2008), suite au déclassement pour dopage de Ramzi.

Ce sera son chant du cygne, mais sa carrière s’honore aussi d’un record de France du 1500m (3mn28s98 en septembre 2003) à trois centièmes du record d’Europe de Cacho, le champion olympique du 1500m à Barcelone. Il arrêtera sa carrière en 2011, et, entre autres activités, conseillera d’autres athlètes, par exemple Tamgho, et fera profiter les amateurs d’athlétisme de ses compétences sur la chaine beIN SPORTS. Qui sait, il aura peut-être le plaisir de commenter la victoire de Mekhissi sur 1500m, si par bonheur ce dernier fait le doublé avec le 3000m steeple, épreuve que sauf accident il remportera pour la deuxième fois, ce qui serait une performance inédite sur la distance.

Michel Escatafal


Mekhissi et Lavillenie ne se lassent pas d’être des héros (1)

MekhissiPartie 1

Le week-end dernier, lors des championnats d’Europe en salle à Goeteborg,  l’athlétisme français a fait la preuve qu’il figure bien parmi les tous meilleurs en Europe. Plus que les quatre titres décrochés et les neuf médailles récoltées, il a surtout la chance d’avoir deux individualités exceptionnelles, Lavillenie et Mekhissi, plus quelques valeurs sûres qui ne peuvent que progresser comme Myriam Soumaré, Antoinette Nana Djimou ou Eloyse Lesueur, et évidemment Vicaut et Lemaitre. A cela s’ajoute un réservoir de jeunes qui n’a pas été aussi fourni depuis des décennies, et qui seront parmi les meilleurs européens et mondiaux dans les cinq à dix ans à venir. Je pense en particulier au décathlonien Kevin Mayer et aux lanceuses de marteau Alexandra Tavernier et Alexia Sedykh (voir mon article : Alexandra Tavernier, championne olympique du marteau à Rio?).

Bref, l’athlétisme français retrouve des couleurs qu’il semblait avoir perdu avec l’arrêt ou le vieillissement inexorable d’athlètes, qui nous ont comblé dans les années 90 jusqu’au milieu de la décennie 2000-2010 (Marie-Jo Pérec, Christine Arron, Eunice Barber, Stéphane Diagana, Medhi Baala, Marc Raquil).  C’est la raison pour laquelle je vais parler de nos deux porte-drapeaux sur le plan international, le double médaillé d’argent sur 3000 m steeple, Mahiédine Mekhissi et le champion olympique du saut à la perche, Renaud Lavillenie, ce dernier étant de surcroît le maître incontesté de sa spécialité, autant que le fut Bubka à son époque, les records du monde en moins.

Commençons par Mahiédine Mekhissi, double champion d’Europe du 3000m steeple et donc vice-champion olympique à Pékin en 2008 et à Londres en 2012. Il mérite d’autant plus cet hommage qu’il a obtenu un titre européen en salle sur 1500m, devant des coureurs qui sont avant tout des milers. C’est d’ailleurs une performance qui pourrait lui donner des idées pour l’été, dans la mesure où sa classe est telle qu’il pourrait bien descendre sous les 3mn30s, ce qui serait suffisant pour briller sur la distance. Il le pourrait d’autant plus qu’il est doté naturellement d’un très bon finish, et que celui-ci pourrait être encore meilleur en le travaillant un peu plus. Et comme il est très résistant naturellement…

Sa démarche mérite d’être soulignée aussi, parce que généralement les grands coureurs de steeple sont soit d’anciens milers ou coureurs de 5000m barrés par d’autres coureurs, soit des champions qui excellent sur le franchissement des obstacles. Avec Mekhissi, nous pensions avoir à faire essentiellement au second  type évoqué, étant très à l’aise sur l’obstacle. Oh certes, il fallait obligatoirement qu’il soit doué sur le plat pour réussir les performances qu’il a réalisées, surtout face aux Kenyans qui sont eux aussi d’excellents coureurs de plat, mais personne n’aurait imaginé qu’il remporte un titre européen sur 1500m, fut-il en salle, et fut-ce face à une concurrence assez moyenne. Néanmoins, la manière dont il a mené sa course en dit long sur sa capacité à devenir un excellent miler s’il le désire. D’autres diront qu’il pourrait aussi briller sur 3000m, voire 5000m, mais c’est sur le 1500 qu’il semble avoir le plus de marge de progrès. Poussera-t-il l’expérience jusqu’à se reconvertir à l’avenir, ou du moins jusqu’à essayer de pratiquer les deux spécialités ? Je ne sais pas, mais pourquoi pas ? En tout cas lui semble tenté…mais pas son entraîneur, qui, pour le moment et fort logiquement, veut d’abord qu’il se consacre à remporter enfin un titre planétaire qui lui a échappé de peu jusqu’à présent.

Les exemples de coureurs capables de briller sur le plat et sur le steeple sont ou ont été très peu nombreux. Quand je dis briller, c’est être capable de remporter des titres ou battre des records. Il y eut par exemple le Polonais Krzyszkowiak qui fut double champion d’Europe du 5000 et 10000m en 1958 et champion olympique du 3000m steeple en 1960, spécialité dans laquelle il avait commencé la compétition dix ans plus tôt. C’était à la fois un très bon coureur au train, mais son finish n’était pas négligeable. En fait, il devint irrésistible sur le steeple en devenant techniquement très bon sur l’obstacle, ce qui lui permettra de détenir le record du monde en 1960 et 1961.

Autre athlète qui fut excellent à la fois sur le plat et sur les obstacles, le Kényan Kip Keino, sans doute un des plus grands coureurs de demi-fond de l’histoire. Tout le monde connaît son passé sur 1500m et 5000m, champion olympique du 1500m à Mexico en 1968 (en altitude) et médaillé d’argent sur 5000m, puis de nouveau médaillé d’argent, mais cette fois sur 1500m à Munich en 1972, et champion olympique du 3000m steeple à ces mêmes Jeux Olympiques. Cela dit, il eut quand même la chance, en 1968 comme en 1972, d’avoir à ses côtés son compatriote Jipcho, à qui il doit ses deux titres olympiques.

Jipcho en effet avait mené grand train lors de la finale du 1500m à Mexico au bénéfice de Keino, ce qui avait permis à ce dernier de se débarrasser avant le dernier tour de Jim Ryun, intrinsèquement le plus fort au niveau de la mer mais peu habitué à l’effort à plus de 2000m. Mais Jipcho fera aussi avec son « vieux maître », en finale du 3000m steeple à Munich, ce que Froome fit avec Wiggins lors du dernier Tour de France. Il respecta la consigne d’équipe à la lettre, alors qu’il était incontestablement le meilleur, faisant écran notamment devant le Finlandais Kantanen, quand celui-ci se lança à la poursuite de Keino qui venait de démarrer juste avant la cloche.

Jipcho avait eu tort, car cet excès d’allégeance vis-à-vis de son glorieux aîné lui coûta le titre olympique, un titre qu’il n’obtiendra jamais. Et comme pour prouver que c’était bien lui le roi du steeple, il allait à plusieurs reprises battre le record du monde, le faisant passer au cours de l’été 1973 de 8mn19s8 à 8mn14s, un temps qui fait encore référence sur le plan international. Quelques semaines plus tard, il remportera un mile d’anthologie contre le meilleur miler de l’époque, Bayi, en réalisant 3mn52s, soit l’équivalent de 3mn33s5 au 1500m. S’étant arrêté très jeune (30 ans) pour monnayer son talent (à l’époque sévissait l’amateurisme pour les athlètes), nul ne saura jamais quelles étaient ses limites. La preuve, Garderud, qui lui était inférieur, portera le record du monde à 8mn8s en 1976.

Autre athlète dont je voudrais évoquer le nom, lui aussi kenyan, Henry Rono. Il était excellent sur le plat, du 1500m jusqu’au 10000m. N’oublions pas qu’il a détenu les records du monde du 3000m (7mn32s1) et du 5000m (13mn8s4 en étant seul depuis le premier tour), et il détiendra aussi celui du 3000m steeple (8mn 5s4), le prenant au Suédois Garderud (8mn8s). Et sans doute aurait-il pu faire mieux encore, d’autant qu’il avait une aisance naturelle sur l’obstacle. En effet, un coureur de steeple capable de courir en 7mn32 le 3000m devrait pouvoir réaliser sans problème un peu moins de 8 mn. La preuve, un autre spécialiste kényan, Kiptanui, qui battit le record du monde du 3000m en 1992 avec un temps de 7mn27s18, réalisa 7mn56s16 sur le 3000m steeple quand il battit son record du monde.

Au fait combien vaut Mekhissi sur 3000m ? Sans doute au minimum 7mn30s, ce qui signifie que cette année il devrait pouvoir améliorer nettement son meilleur temps (8mn02s09), et battre à la fois le record d’Europe détenu par un autre Français, Bob Tahri (8mn1s18) et la barrière des 8mn qu’il a incontestablement dans les jambes.  Et puisque je parle Tahri, je voudrais aussi adresser un coup de chapeau à un autre coureur de steeple, Joseph Mahmoud,qui après avoir terminé quatrième des championnats du monde en 193, enleva la médaille d’argent aux J.O. de Los Angeles en 1984, avant de battre le record d’Europe avec un temps de 8mn7s62. Décidément, en ajoutant le titre de champion d’Europe, en 1971 à Helsinki, de Jean-Paul Villain, coureur redoutable dans les derniers trois cents mètres si le train n’était pas trop soutenu, on s’aperçoit que le 3000m steeple est une spécialité bien française. Cela dit, jamais depuis bien longtemps notre demi-fond, en y incluant le 3000m steeple, n’avait possédé un compétiteur du calibre deMekhissi, avec un mental de battant qui lui a permis d’être le seul véritable interlocuteur des Kenyans sur les obstacles, ce qui est sans doute sa meilleure référence. D’ailleurs il suffit de voir le respect qu’il inspire à ces mêmes Kenyans, à commencer par Ezéquiel Kemboi qui l’a devancé deux fois pour l’or olympique, pour comprendre à quel point Mahiédine Mekhissi-Benabbad est un immense champion, comme l’est aussi Lavillenie à qui je consacrerai la deuxième partie de cet article.

Michel Escatafal


Souvenirs olympiques de Londres…et d’ailleurs

Ce matin en me levant je me disais que la fête était finie et que les Jeux Olympiques de Londres sont à remiser dans l’armoire aux souvenirs, en attendant de se retrouver dans quatre ans au Brésil, à Rio de Janeiro. Au passage ce sera la première fois que les J.O. auront lieu dans un pays d’Amérique du Sud, continent en plein développement économique avec pour figure de proue précisément le Brésil. Celui-ci, en 2016, aura largement dépassé notre pays en termes de PIB, et sera sur le point de rattraper l’Allemagne, pour se classer en cinquième position dans le monde pour ce qui concerne les richesses nationales produites. Cela pourrait signifier que dans les années à venir, seuls les pays émergents pourront organiser les grandes compétitions mondiales, ce qui est déjà une réalité puisque la Coupe du Monde de football aura lieu en Russie en 2018 et au Qatar en 2022, après avoir eu lieu en Afrique du Sud en 2010. Quant aux J.O., il se pourrait qu’ils aient lieu en Turquie en 2020, même si Tokyo et Madrid sont en lice.

Fermons la parenthèse pour voir ce que l’on retiendra de ces Jeux de Londres, en notant d’abord que les Britanniques ont fait preuve d’un chauvinisme exacerbé, comme on en avait rarement vu depuis bien des années. Il est vrai que la Grande-Bretagne n’est plus depuis bien longtemps la première puissance mondiale, puisqu’en termes  de produit intérieur brut, elle se situait fin 2011 au septième rang mondial. Quelle déchéance en comparant à la situation de ce pays au début du siècle précédent.  Cela dit, pour être honnête, c’est aussi un peu le cas de France, même si notre pays a un peu mieux résisté que nos voisins d’outre Manche. C’est peut-être pour cela que l’on a senti  un tel chauvinisme chez les Britanniques, plus particulièrement les Anglais, comme si ces Jeux étaient pour eux la dernière manifestation d’une puissance perdue, au point qu’on les sentait prêts à tout pour récolter des médailles, comme en témoigne la tricherie de leurs pistards dans la vitesse par équipes. Aurions-nous eu pareille attitude si les Jeux s’étaient déroulés à Paris ? Sans doute pas, les Français ayant moins l’esprit de compétition que les Britanniques.

Cela ne veut pas dire pour autant que les Français ne soient pas touchés par cette déviation, souvent engendrée par le sport, qu’est le chauvinisme ou si l’on préfère le nationalisme. En tout cas on sentait chez nos voisins britanniques une réelle obsession pour que ces J.O. fussent réussis, et ils le furent notamment sur le plan sportif,  puisque la Grande Bretagne se classe au troisième  rang des médailles derrière les Etats-Unis et la Chine avec 29 médailles d’or, ce qui montre au passage les bienfaits d’être le pays organisateur.  Si je fais cette remarque, c’est parce qu’en lisant El País ce matin, j’ai découvert que l’Espagne avait pulvérisé son record lors des J.O. de Barcelone en 1992 avec 13 médailles d’or et 22 au total, alors que depuis cette époque jamais nos amis espagnols n’ont comptabilisé plus de 5 médailles d’or, comme à Atlanta et Pékin, et 3 seulement cette année.

Quant à la France, elle se situe au septième rang de ces J.O. de Londres ce qui est tout à fait honorable, en rappelant que cette comptabilisation est basée sur le nombre de médailles d’or (11). Toutefois en comptabilisant toutes les médailles, la Grande-Bretagne (65 médailles) est quatrième, devancée par la Russie (82) qui a conservé une partie des structures de l’ex-URSS, alors que la France (34 médailles) est dixième, devancée par le Japon (38) et l’Australie (35). A ce propos, il est curieux de noter que cette année on parle essentiellement chez nous des médailles d’or récoltées par la France…parce que cela améliore son rang. Cela prouve que nous aussi savons  être chauvins à l’occasion. Et l’on me permettra de l’être en disant que parmi tous les titres attribués, un des plus beaux restera celui du handball, la France réalisant un exploit presqu’unique dans l’histoire (depuis 1972) en conservant le titre gagné aux jeux précédents (seule l’ex-URSS unifiée l’avait fait en 1992).

Cependant il y a une statistique indiscutable qui concerne notre pays, à savoir l’extraordinaire évolution du nombre de médailles enregistré par le passé avec celui des temps modernes. En disant cela je me base évidemment sur les Jeux Olympiques depuis 1952, date qui correspond à la première participation de l’Union Soviétique, celle-ci s’étant classée première au classement des médailles à sept reprises en neuf participations. Voilà pourquoi cette date n’est pas prise au hasard, et force est de constater que jusqu’à la disparition de l’Union Soviétique (1991), notre pays n’avait jamais dépassé le chiffre de 18 médailles (1952), sauf en 1984 à Los Angeles (28)… année du boycott d’une bonne partie des pays communistes, ces derniers suivant l’exemple de l’ex-URSS.

Parfois même, ce fut une horreur pour  nos couleurs, comme à Rome en 1960 où notre délégation recueillit 5 breloques, dont 2 en argent  avec Jazy sur 1500m et le quatre de pointe en aviron,  et 3 en bronze pour Abdou Seye sur 200m, une en lutte et une  en équitation. En employant le mot horreur j’exagère un peu pour ce qui me concerne car, même si j’étais très jeune à l’époque, j’avais été fou de joie avec les médailles de Jazy et de Seye. Nous n’avions guère fait mieux à Montréal en 1976 avec 9 médailles dont 2 en or (Drut au 110m haies et une en saut d’obstacles), 3 en argent (Morelon en vitesse, plus une en escrime et une en haltérophilie) et  4 en bronze (deux en escrime, une en gymnastique artistique et une en judo). Là au contraire, j’avais été très déçu en constatant l’impuissance de Morelon à remonter le Tchécoslovaque Tkac dans la manche décisive de la finale de la vitesse. En revanche, depuis 1992, nous ne sommes  jamais descendus en dessous de 29 médailles (1992) et de 7 médailles d’or (2008).

Cette année notre total de médailles aurait dû être encore meilleur, s’il n’y avait pas eu la défaillance complète de l’escrime, sport  qui reste à ce jour notre plus grand pourvoyeur de médailles (115) aux Jeux Olympiques. Pour mémoire l’escrime est un des rares sports ayant toujours figuré au programme des J.O. d’été, avec l’athlétisme, la gymnastique et la natation. Je n’ai pas de grandes connaissances sur l’escrime, mais ce que je sais c’est que notre pays a toujours eu jusqu’à ces dernières années des  grands champions, de Christian d’Oriola (2 fois champion olympique au fleuret individuel) dans les années 50 à un autre fleurétiste, Brice Guyart, dernier champion olympique individuel (Athènes en 2004), en passant par Laura Flessel (médaille d’or à l’épée en 1996 à Alanta). Le bilan de ces Jeux 2012 en escrime est affligeant, puisque  nous n’avons pas récolté la moindre médaille, ce qui n’était jamais arrivé depuis 1960. Quel gâchis, et ce n’est pas fini si les règlements de compte au niveau fédéral ne font pas place immédiatement à l’union sacrée, pour redresser la spirale négative dans laquelle se trouve ce sport depuis quelques temps.

Cela étant, globalement, ces Jeux auront été assez réussis pour notre pays, car chacun sait bien qu’il ne sert à rien de se lamenter sur la perte de médailles quasiment acquises. La chute, par exemple, fait partie de la nature du sport, et elle touche les meilleurs comme les autres. Qui aurait imaginé qu’Absalon puisse tomber dans l’épreuve de VTT, dont il était le grand favori ? A ce sujet, on observera que le cyclisme reste un sport sur lequel on peut compter encore aujourd’hui, ce qui me réjouit à titre personnel, même si j’ai du mal à accepter la défaite de nos sprinters sur la piste. On peut se réjouir aussi des progrès de la natation, la France devenant une place forte sur le plan mondial contrairement hélas à l’athlétisme, qui ne survit dans notre pays que par deux ou trois champions exceptionnels.

Problème, l’athlétisme est le sport olympique numéro un, et nous sommes toujours aussi faibles sur le stade olympique, malgré notre médaille d’or (Lavillenie à la perche) et notre médaille d’argent (Mekhissi au 3000m steeple). Mais derrière il n’y a pas grand monde à part quelques juniors prometteurs et surtout Lemaitre sur 100 et 200m, en espérant qu’il évite à l’avenir de se prendre pour ce qu’il n’est pas encore.  En écrivant cela je fais allusion à ce qu’il disait à propos de Bolt, affirmant que personne n’était imbattable. Plus inquiétant encore, j’ai l’impression que Lemaitre ne progresse plus…en souhaitant qu’il me démente d’ici la fin de la saison et les années suivantes. Cela dit, son évolution n’est pas comparable à celle de Renaud Lavillenie dans sa discipline du saut à la perche.

Ce dernier en effet  maîtrise de mieux en mieux son sujet, au point d’être capable de sortir à chaque grande occasion le saut qui lui permet de battre ses adversaires. En revanche Christophe Lemaitre semble avoir besoin de donner une orientation différente à sa préparation. On a déjà vu aux championnats d’Europe en juin qu’il n’était pas aussi souverain qu’en 2010 ou en 2011. A Londres cela s’est confirmé,  et pourtant s’il veut être un jour champion olympique il lui faudra battre des coureurs comme Blake ou Weir qui ont à peu près le même âge que lui, sans parler de Bolt qui n’a que 26 ans. Dur programme qui exige beaucoup, beaucoup de travail…ce dont Lemaitre est sans doute convaincu !

Michel Escatafal