Le bel exploit de Froome et la magnifique « retirada » de Contador

Résultat de recherche d'images pour "froom contador vuelta 2017" Alors que l’on apprend que le prochain Giro partira…d’Israel, revenons un peu sur une Vuelta qui vient de se terminer, comme prévu, sur la victoire de Christopher Froome. Un Froome qui n’a quand même pas laissé une impression énorme de supériorité, un peu comme dans le Tour de France. On a même l’impression qu’avec un peu plus d’adversité il aurait pu craquer en troisième semaine, là où généralement il apparaît moins fort. Cela étant il n’a jamais vraiment été menacé, parce que la menace n’en était pas réellement une, ses suivants au classement général étant à un niveau inexorablement inférieur…à l’exception d’Alberto Contador. Ce dernier en effet doit aujourd’hui, et peut-être encore plus demain, regretter amèrement son problème gastrique en Andorre qui l’a mis quasiment hors course dès le début de cette Vuelta.
Bien sûr, on va me dire que s’il avait été en course pour le classement général, il n’aurait pas eu la même liberté pour récupérer ça et là un peu de temps. Sans doute, à ceci près que finalement il n’a vraiment récupéré du temps que dans l’Angliru, où il a accompli un véritable exploit, après avoir fait beaucoup d’efforts plus ou moins inutiles les jours précédents. C’est pour cela que j’avoue bien volontiers m’être trompé à propos de la force du « Pistolero », en le soupçonnant de ne pas avoir tout donné lors de son dernier Tour de France pour mieux arriver en forme à la Vuelta, et terminer ainsi sa magnifique carrière sur une victoire dans le grand tour de son pays.

Cela dit, ce n’est qu’une supposition, mais vu comme il a terminé ce Tour d’Espagne, je me demande si à la fin de l’épreuve ce n’était pas lui le plus fort. En tout cas, ce fut le cas dans les derniers jours et plus particulièrement dans la montée de l’Angliru, où il a donné l’impression de redevenir (presque) le Pistolero du Tour 2009 ou celui du Giro 2011, qu’il avait écrasé de toute sa classe. En tout cas, sans peut-être aller jusque-là, je pense qu’il était presque aussi fort que lorsqu’il a dominé Froome en 2014 dans la Vuelta. Ce fut d’ailleurs à cette occasion la seule fois où l’on vit les deux meilleurs coureurs du siècle en cours s’affronter à armes égales et au meilleur de leur forme, même si Contador n’était plus tout à fait le Contador de 2009, et même si Froome n’avait pas encore atteint son niveau de 2015. Evidemment tout cela est très subjectif, mais je ne suis pas certain d’avoir tort sur ces affirmations.

En tout cas Contador se retire de la compétition en pleine gloire avec cette victoire dans l’Angliru, et Froome se retrouve aujourd’hui avec à son palmarès le doublé Tour-Vuelta que seuls Anquetil et Hinault ont réussi. La comparaison est d’autant plus frappante qu’à l’époque la Vuelta se déroulait en avril, soit quelques semaines avant le Tour de France. Néanmoins cette comparaison s’arrête là, car la participation de la Vuelta dans les années 60 ou 80 était loin d’être au niveau de celle de nos jours. Toutefois l’exploit que vient de réaliser le super champion britannique, démontre si besoin était ce que j’ai toujours prétendu, à savoir que ce type de doublé est réalisable, comme est réalisable le doublé Giro-Tour que Contador aurait pu réussir en 2011 ou 2012 sans ses ennuis avec le laboratoire de Cologne, pour la plus grande joie des détracteurs du vélo. Malgré tout, n’en déplaise à ces détracteurs et aux instances du cyclisme, pour tous les vrais amateurs de vélo Contador se situe au troisième rang des vainqueurs de grands tours dans l’histoire du cyclisme, juste derrière Merckx et Hinault.

Certes, il n’est pas question de comparer les palmarès globaux (avec les courses d’un jour) de Contador et de ses deux illustres prédécesseurs, mais sans l’acharnement de l’UCI et de l’AMA, il serait à coup sûr à leur niveau sur les grands tours : la preuve il est le seul avec trois victoires sur la route dans chacun d’eux, ce qui veut dire qu’il en aurait au moins deux autres…s’il avait pu y participer. Quant à Froome, le voilà nanti de cinq succès dans cette catégorie, avec ses quatre Tours de France et sa Vuelta, ce qui le situe dans cette catégorie au niveau de Bartali, Binda et Gimondi, ce qui n’est déjà pas mal, même si Bartali, comme Coppi, ont vu leur carrière s’interrompre pendant une bonne partie de la seconde guerre mondiale, ce dont il faut tenir compte quand on veut comparer les coureurs dans l’histoire du vélo. Rejoindra-t-il Contador et ses neuf victoires? Certainement pas, au vu de ce qui sera sa saison la plus aboutie, qui me fait penser à celle d’Hinault en 1985, après son second doublé Giro-Tour, ce doublé étant son chant du cygne.

Il est même vraisemblable qu’il ne rejoigne pas Coppi, Indurain, Armstrong avec leurs sept victoires et encore moins Anquetil qui en compte huit, surtout si Quintana reprend sa marche en avant, le coureur colombien ayant eu cette année un trou d’air dans sa carrière en terminant « seulement » second du Giro et douzième du Tour, un rang indigne de sa réputation. Si l’an prochain il se fixe comme principal ou unique objectif le Tour de France, je doute que Froome puisse le battre. Quintana ne serait pas le premier coureur à ressusciter après une mauvaise année. Qu’on se rappelle Jacques Anquetil en 1958 et 1959, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir un palmarès global extraordinaire à la fin de sa carrière, qui le met juste derrière Merckx et Hinault. En revanche je ne crois pas du tout en Nibali qui, malgré son très beau palmarès, n’est qu’un grand coureur et non un campionissimo, comme il l’a prouvé cette année en étant battu par Dumoulin et Quintana dans le Giro et par Froome dans la Vuelta, sans l’avoir réellement menacé.

Un dernier mot enfin, pour parler des Français qui n’ont pas existé dans cette Vuelta, et qui ont montré hélas que l’année prochaine ce ne sera pas eux qui feront tomber Froome de son piédestal. Je veux parler ici de Bardet et Barguil, mais aussi de Pinot…en espérant qu’il ne restent pas d’éternels espoirs. Combien de fois les Français amateurs de cyclisme ont été déçus par des espoirs qui n’en étaient pas vraiment! Inutile d’en faire la liste, elle serait trop longue. Et là où les Italiens ont un coureur comme Aru, malgré ses limites en contre-la-montre, là où les Espagnols ont Landa, là où les Colombiens ont en plus de Quintana et Uran, « Superman » López, vainqueur de deux étapes dans cette Vuelta, la France ne donne aucunement l’impression de posséder le successeur d’Hinault (Tour 1985), pas plus que celui de Fignon (Giro 1989), ni de Jalabert (Vuelta 1995).

Quelle tristesse d’écrire cela à chaque fois que je fais un article après un grand Tour, mais hélas c’est un constat et rien n’y peut changer. Heureusement, pour nous consoler nous avons un remarquable sprinter avec Arnaud Démare, vainqueur de Milan-San Remo l’année passée et cette année de la Brussels Cycling Classic qui s’appelait autrefois Paris-Bruxelles, même si cette dernière n’est plus considérée de nos jours comme une grande classique. On se réconforte comme on peut, mais réellement Démare est vraiment très bon, d’autant qu’il n’a que 26 ans. Dommage qu’il n’ait pas été élevé sur la piste, parce qu’il serait imbattable dans une arrivée au sprint.

Michel Escatafal


Palmarès des grandes courses depuis 1946 (mise à jour au 2 mai 2016)

merckxAnquetilCe tableau rassemble les victoires des meilleurs coureurs ayant couru après-guerre dans les grandes épreuves du cyclisme sur route. C’est un travail qui se veut le plus objectif possible, même si je suis bien conscient que l’on puisse discuter du barème des points attribués pour une victoire dans chacune des épreuves. Celles-ci ont été choisies en fonction de leur ancienneté et de leur permanence. Les plus récentes, l’ Amstel Gold Race et Tirreno-Adriatico, sont nées en 1966, mais toutes les autres ont été disputées pour la première fois avant 1948. Il y a 10 épreuves par étapes (Tour de France, Giro, Vuelta, Tour de Suisse, Dauphiné, Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, Tour de Romandie, Tour du Pays-Basque, Tour de Catalogne), plus 9 classiques (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Gand-Wevelgem, Paris-Roubaix, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, Amstel Gold Race, Paris-Tours, Tour de Lombardie), le championnat du monde sur route et le championnat du monde contre-la-montre. Concernant cette épreuve, créée en 1994, j’ai considéré que le Grand Prix des Nations, disputé pour la première fois en 1932, faisait office de championnat du monde avant sa création officielle.

Je précise de nouveau que je me refuse à tenir compte des changements dans les palmarès, pour les raisons que j’ai expliquées à plusieurs reprises, notamment celles liées au cas Armstrong. Pour moi, le palmarès ne doit changer que s’il y a dopage lourd et indiscutable, détecté immédiatement après une épreuve, par exemple Landis, positif à la testostérone dans le Tour 2006. Je rappelle au passage que Riis a été rétabli dans le palmarès du Tour, après en avoir été exclu, parce qu’il a fait des aveux publics, décision tout à fait normale puisque certains ayant avoué par le passé s’être dopé figurent toujours parmi les vainqueurs de l’épreuve. Quand à Héras, son quatrième succès dans la Vuelta lui a été rendu six ans après, suite à la mise en lumière d’irrégularités lors de l’examen des échantillons qui avait révélé des produits interdits…ce qui démontre la nécessité d’être très prudent lorsqu’on veut toucher aux palmarès déjà établis. Qui nous dit que dans 10 ou 15 ans, voire même avant, Armstrong ne figurera pas de nouveau au palmarès du Tour de France?

Pour voir le tableau cliquez →Palmarès vélo au 2 mai 2016


Pourquoi le cyclisme sur piste n’en finit plus de mourir?

vitesseL’une des plus belles spécialités du cyclisme, la piste, est en train de mourir de sa belle mort. Plusieurs raisons expliquent le phénomène : j’en retiens au moins trois, à savoir la mondialisation à marche forcée, la multiplication des épreuves, et l’évolution technologique…ce qui ne veut pas dire que ce sont les seules. En tout cas, ce ne sont pas les résultats des derniers championnats du monde qui diront le contraire. En effet, le bilan de cette petite semaine des mondiaux sur piste a donné une idée des forces en présence avec 9 médailles pour la Grande-Bretagne, 8 pour l’Allemagne, 5 pour l’Australie et 3 pour la Russie et la Chine. On observera au passage l’absence quasi totale dans ce classement des médailles des grands pays à tradition cycliste marquée au cours du vingtième siècle. Le premier d’entre eux, l’Espagne, se situe au huitième rang des récompenses avec deux médailles (dont une seule en or), tandis que l’Italie se trouve au onzième rang avec une seule médaille d’or, juste devant les Pays-Bas, qui ont obtenu certes quatre médailles, mais aucun titre.

Quant à la France et la Belgique, si puissantes autrefois dans les épreuves sur piste, elles se retrouvent respectivement aux quatorzième et dix-huitième rang. Cela étant, tout le monde semble content dans le petit monde des fédérations cyclistes, malgré l’indifférence à peu-près totale dans laquelle se sont déroulés ces championnats. Les plus anciens doivent se dire que le monde du vélo a bien changé…ce qui est vrai puisque 45 pays ont participé, dont 20 ont eu au moins une breloque. La mondialisation a bien marché, mais il semble patent que la qualité des participants s’est bien diluée, surtout si on la compare avec celle que l’on connaissait à l’âge d’or du vélo. Désolé, cela fait ancien combattant, mais c’est la colère d’un passionné de vélo qui regrette infiniment de n’avoir pas vraiment connu cet âge d’or, où le niveau des participants était extrêmement élevé, et où la piste faisait partie des grandes heures du sport en hiver, dans tous les vélodromes européens et américains. Sans parler du faste des six-jours un peu partout sur ces deux continents, qui réunissaient les meilleurs pistards et les routiers également spécialistes de la piste. Partout on faisait le plein, que ce soit pour les réunions où s’affrontaient les meilleurs sprinters, les meilleurs poursuiteurs, les spécialistes de l’américaine (souvent les mêmes), ou les six-jours dans des endroits aussi divers que Milan, Bruxelles, Gand, Anvers, Zurich, Copenhague, Arrhus et Odensee (Danemark), Amsterdam, Rotterdam, Berlin, Cologne, Munich, Hanovre, Paris, Madrid, Los Angeles, Buenos-Aires etc. Que reste-t-il de nos jours de ces réunions ? Rien, je dis bien rien, malgré la création d’une ridicule Coupe du Monde, qui comportait cette saison (entre le 31 octobre et le 17 janvier)…3 manches disputées à Cali, Cambridge et Hong-Kong.

Si j’ai parlé de mondialisation à marche forcée, c’est parce que nombre de gens se réjouissent de voir le vélo s’étendre sur tous les continents, ce qui est très bien. A ce propos, sur la piste la mondialisation existe depuis bien longtemps, à la fois en ce qui concerne les épreuves et les coureurs qui y participaient. Certains des plus grands pistards étaient britanniques à une époque où la Grande Bretagne était une nation très mineure dans le cyclisme, notamment Reginald Harris, champion du monde vitesse professionnel en 1951 et 1954, ou australiens, comme le poursuiteur Patterson, champion du monde de poursuite professionnel en 1952 et 1953. Et dans ces années-là, il fallait vraiment être très fort pour remporter le titre mondial, car la concurrence était infiniment plus rude que de nos jours où des inconnus s’emparent du titre. Qui connaissait Filippo Gana avant de remporter la médaille d’or de la poursuite cette année ? Personne. Certes c’est un très bon coureur (champion d’Italie). Certes cela fait plaisir de voir un Italien prendre le maillot arc-en-ciel dans une discipline majeure de la piste (voir mes articles Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 1 et Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 2), même si elle ne figure plus au programme des Jeux Olympiques…ce qui est scandaleux, et sans justification sérieuse.

Si j’écris cela, c’est parce que lesdits championnats du monde sur piste ont tellement multiplié les épreuves que plus personne ne s’y retrouve, d’autant plus que ce ne sont pas les mêmes aux Jeux Olympiques. En outre, plus personne ne connaît les détenteurs du maillot arc-en-ciel, et si on les connaît c’est parce que dans une discipline comme l’américaine, le titre a été remporté par Cavendish et Wiggins, qui retrouvaient leurs premières amours avec la piste. Evidemment, les féminines qui détiennent les titres mondiaux sont tout aussi inconnues, ce qui n’est pas leur faute…puisqu’en dehors des championnats du monde et de la fantomatique Coupe du Monde, personne n’entend jamais parler d’elles. Mais l’Union Cycliste internationale est contente, car elle distribue au total 60 médailles, pas une de moins !!! Il y a vraiment de la quantité !!! En revanche les courbes d’audience à la télévision sont inversement proportionnelles à ce trop plein de médailles. Par ailleurs, mis à part quelques pistards britanniques et encore, quel coureur peut dire qu’il vit très bien de la piste de nos jours, alors que dans les années 1940, 1950 ou 1960, les vrais pistards gagnaient des petites fortunes? D’ailleurs, ce n’était pas pour rien si autant de routiers de renom (Van Steenbergen, Bevilacqua, Schulte, Coppi, Post, Anquetil, Rivière, Sercu, Merckx etc.) faisaient aussi de la piste, où leur talent était aussi reconnu que sur la route.

Aujourd’hui, avec l’évolution du cyclisme et du World Tour, la saison commence en janvier en Australie et en Argentine et s’achève au Japon en novembre. Très bien, mais il n’y a définitivement plus de place pour que les meilleurs coureurs participent à des réunions en hiver…qui n’existent quasiment plus. Qui pourrait citer le nom d’un seul six-jours en dehors de quelques dizaines ou centaines d’initiés de par le monde ? Et c’est là que les promoteurs de la mondialisation ont leur part de responsabilité, dans la mesure où le calendrier est très mal fait. Si l’on avait voulu essayer de développer la piste, et lui permettre de retrouver une seconde jeunesse, il fallait que les épreuves routières de l’hémisphère Sud se placent au mois d’octobre et novembre (donc au printemps dans ces pays), en faisant démarrer la saison sur route en mars, comme autrefois. Il fallait aussi que la semaine des championnats du monde devienne la quinzaine, afin que les meilleurs routiers puissent éventuellement briguer un titre. Et enfin, il n’était pas nécessaire d’avoir 10 épreuves au menu, puisque la piste ne devrait compter comme épreuve que la vitesse, la poursuite, la poursuite par équipes, le kilomètre, et  l’américaine. Ce serait bien suffisant, ces épreuves devant être aussi celles des Jeux Olympiques. Au moins il y aurait de la visibilité avec cette quinzaine mondiale.

Certains vont me faire remarquer que cela supprimerait les championnats espoirs ou juniors sur route, mais à cela je réponds que l’on pourrait toujours les organiser plus tôt dans la saison, ce qui ne serait pas préjudiciable car personne ne s’y intéresse…pas plus qu’on ne s’intéresse aux autres épreuves inscrites aux J.O. Le vélo a certes évolué, j’en conviens, mais à force de vouloir faire plaisir à toutes les fédérations de la terre en multipliant les disciplines, on en est arrivé à ce paradoxe que seule une victoire dans le Tour de France, et à la rigueur au Giro, à la Vuelta et à 4 ou 5 classiques, donne l’idée à quelques sponsors d’investir dans le vélo. Des sponsors qui n’investissent pas ou si peu pour la piste, ce qui explique que des champions du calibre de Baugé et Pervis (multiples champions du monde) puissent à peine survivre de leur sport, alors que s’ils étaient nés 50 ans plus tôt, ils auraient gagné beaucoup d’argent. Voilà la réalité du cyclisme d’aujourd’hui, un cyclisme gangréné par nombre d’affaires en tous genres, ou quelques traces d’anabolisant ou quelques anomalies dans le passeport biologique font perdre deux ans de leur carrière à des coureurs, alors que nombre de coureurs ayant pris de l’EPO n’ont jamais été inquiétés, sans parler de ceux qui ont couru avec des vélos électriques, puisque certains semblent dire que cela a existé bien avant la découverte d’un vélo avec un moteur dissimulé, comme ce fut le cas lors des championnats du monde de cyclo-cross en janvier dernier pour une concurrente belge.

Cela dit, et ce n’est pas fait pour nous consoler, petit à petit le vélo est moins seul à subir la traque du dopage, puisque Maria Sharapova, l’emblématique joueuse de tennis, vient d’être contrôlée positive à un produit qu’elle prend depuis dix ans, le meldonium…inscrit sur la liste des produits dopants depuis le 1er janvier, alors qu’il est utilisé depuis des années. Cela lui vaut d’être suspendue sine die, de recevoir des tombereaux d’injures chez nombre d’internautes, et même la vindicte de certaines de ses collègues (Capriati notamment qui veut qu’on lui enlève ses titres), de perdre des sponsors etc. J’ai l’impression que le tennis commence à être dans le collimateur de ceux qui veulent laver plus blanc que blanc. Comme si tous les sports n’étaient pas atteints par le dopage ! Et la créatine au fait, quand va-telle être inscrite sur la liste des produits interdits ?

Revenons au cyclisme, après avoir évoqué le vélo électrique, pour souligner que la technologie (normale a priori) a aussi contribué à tuer la piste, dans la mesure où les performances ne veulent plus rien dire. On était revenu en arrière à propos du record de l’heure après les performances ahurissantes de Moser, Obree, couché sur son vélo, d’Indurain, Rominger ou Boardman, dans les années 80 et 90, avant de retomber dans les travers de la technologie, au point d’avoir vu ce record battu 5 fois en un an (septembre 2014 et juin 2015). Certes le dernier détenteur, Wiggins, ne dépare pas au palmarès, même s’il souffre de la comparaison avec ces extraordinaires rouleurs qu’étaient Coppi, Anquetil, Baldini, Rivière ou Merckx, mais il y a quand même une gêne à voir les coureurs chevaucher des vélos de plus en plus chers et sophistiqués et atteindre des distances stupéfiantes (54.526 km). N’oublions pas qu’entre 1937 (Archambault) et 2000 (Boardman avec un vélo normal), ce record n’a augmenté que de 3.624 km, alors qu’entre 2000 et 2015 avec Wiggins, il a progressé de 5.085 km. Les temps en poursuite et en vitesse ont évidemment subi la même amélioration, même si en poursuite on s’en préoccupe moins…parce que quasiment personne ne sait que Ganna a été sacré champion du monde la semaine dernière en réalisant 4mn16s141. J’arrête là, car je pourrais écrire pendant des heures, sans que cela me console de voir ce qu’est devenu le cyclisme sur piste de nos jours, en espérant que le cyclisme sur route ne subisse pas un jour ou l’autre le même recul. Certes tant qu’il y aura le Tour de France et les quelques épreuves médiatisées, cela continuera (un peu) comme avant, mais le jour où les sponsors n’investiront plus que se passera-t-il ? Je n’ose pas y penser.

Michel Escatafal


Paris-Nice 1966 : un des plus émouvants affrontements de l’histoire du vélo

Anquetil

Paris-Nice débute demain, avec une participation beaucoup plus brillante que ces dernières années, comme en témoigne la présence d’Alberto Contador, Richie Porte, Geraint Thomas, Tom Dumoulin, Romain Bardet, Andrew Talansky, Rui Costa, Rafal Majka, Sergio Henao et Simon Spilak, tous capables de viser la victoire au classement général en raison d’un parcours au profil très montagneux. Mais il y a aussi nombre de sprinters figurant parmi les meilleurs du peloton, tels que Alexander Kristoff, Marcel Kittel, André Greipel, Michaël Matthews, Tom Boonen, et les Français Démare et Bouhanni, sans oublier un des rois des classiques, Philippe Gilbert. Bref, cette année Paris-Nice redevient la grande épreuve que l’on a connue par le passé, ce qui n’était plus le cas depuis quelque temps, où Tirreno-Adriatico l’avait nettement supplantée.

Si j’ai parlé du standing de Paris-Nice, c’est parce que cette épreuve est une des courses à étapes qui ont le plus contribué à l’histoire du vélo, en rappelant une nouvelle fois que les compétitions de cyclisme ont commencé dès le dix-neuvième siècle, ce que les internautes semblent parfois oublier. Fermons la parenthèse, pour évoquer une année où la confrontation fut réellement géniale aux yeux de tous les supporters du vélo, à savoir l’année 1966, marquée par l’affrontement Anquetil-Poulidor, avec accessoirement la présence d’Adorni (vainqueur du Giro 1965 et champion du monde en 1968), qui donna lieu à une énorme polémique, comme seul le sport peut en engendrer sans qu’on se fasse la guerre. Et puis cette guéguerre Anquetil-Poulidor était aussi celle des supporters. D’un côté ce que l’on appellera plus tard les « bobos » et les cadres, presque tous anquetilistes, et les paysans et ouvriers presque tous poulidoristes. Cela rappelait la rivalité entre Coppi et Bartali en Italie dans les années 40 et 50, avec toutefois une différence notable : Bartali était aussi un campionissimo, avec ce que cela suppose de science de la course et de « grinta », lesquelles faisaient cruellement défaut à Poulidor. Un Poulidor de surcroît souvent frappé de malchance…ce qui n’arrive que très rarement aux plus grands champions, ce qui explique les différences au niveau des palmarès.

A présent revenons 50 ans en arrière, avec ce Paris-Nice 1966 de légende. Rien de très notable à signaler jusqu’à la cinquième étape, sauf la joie pour les Français de voir un compatriote, Désiré Letord, porter la tunique de leader. La sixième étape, en revanche, était très attendue. Comme cela se faisait assez souvent à l’époque, elle était partagée en deux demi-étapes, la première autour de Bastia remportée par l’Italien Armani, et la seconde avec un contre-la-montre de 35 km entre Casta et l’Ile Rousse. Une étape qui aurait dû être décisive compte tenu du fait que les différences entre les meilleurs au classement général étaient extrêmement minimes. Evidemment, Jacques Anquetil était le grand favori de cette demi-étape, mais à la surprise générale ce fut Raymond Poulidor qui l’emporta. Enfin, quand je dis surprise, c’est un bien grand mot, car Poupou avait déjà souvent fait jeu égal avec Anquetil dans des étapes contre-la-montre, que ce soit dans le Tour de France ou dans des courses d’une semaine. En tout cas Poupou s’imposa dans cette demi-étape avec  36 secondes d’avance sur son rival normand, le troisième, Adorni étant relégué à 1mn17s, le quatrième, un certain Eddy Merckx, âgé de moins de 21 ans à ce moment, battu de 1mn31s, et le cinquième, Rudi Altig (champion du monde la même année) de presque 2mn. Comme on peut le voir, Poulidor avait fait fort, en dominant le gratin des meilleurs rouleurs de l’époque.

Du coup Poulidor revêtait le maillot de leader devant Jacques Anquetil à 36 secondes. A priori la messe était dite, même si nous n’étions pas au terme de l’épreuve, puisqu’il restait trois étapes à disputer. Pourtant un homme, en plus de Jacques Anquetil, croyait encore aux chances du Normand, son directeur sportif, Raphaël Geminiani, qui savait qu’Anquetil poussé dans son orgueil était capable de tout. Il l’avait prouvé l’année précédente en réalisant le doublé Dauphiné-Bordeaux-Paris dans la même semaine, sans doute son exploit le plus retentissant, comme il le prouvera quelques semaines après ce Paris-Nice, en écrasant de toute sa classe Liège-Bastogne-Liège. Mais Geminiani, ancien coureur ô combien avisé, savait mieux que quiconque arranger à sa convenance des faits de course parfois anodins, mais finalement très importants pour leur déroulement. Dit autrement, pour celui que l’on surnommait «le Grand fusil », la fin justifiait (presque) tous les moyens.

Et de fait tout allait être bon pour déstabiliser Poulidor. Tout commença par la venue de Geminiani tout près de Jacques Anquetil pour peaufiner les derniers détails de l’offensive à venir, une offensive dont on avait évidemment parlé la veille au soir et sans doute de nouveau avant le départ de l’étape. Offensive aussi qui allait consister à isoler le porteur du maillot de leader pour mieux le harceler, d’autant que son équipe était loin d’avoir la puissance de frappe de celle d’Anquetil, l’équipe Ford ayant dans ses rangs des coureurs comme Stablinski, Everaert, Annaert ou encore Leméteyer, équipiers à la fois fiables et expérimentés…et aux dires de certains sans scrupule pour  aider leur leader à s’imposer. Par exemple quand le Britannique de l’équipe Mercier (celle de Poulidor), Barry Hoban, se retrouva catapulté dans le fossé en essayant de répondre à un énième démarrage d’un coureur de l’équipe Ford.

De quoi saper encore un peu plus le moral de Poulidor de plus en plus seul contre l’armada de Geminiani ! Et ce qui devait arriver arriva : une attaque foudroyante de « Maître Jacques » à 35 km de l’arrivée laissa le champion limousin sans ressources. Et pour couronner le tout, il ne pouvait guère espérer le soutien des autres équipes, lesquelles ne voyaient aucun intérêt à aider ce pauvre Poupou qui, malgré son refus de rendre les armes, termina avec le groupe des battus à un peu plus de 1mn20s de Jacques Anquetil. Ce dernier avait donc réussi à inverser tous les pronostics, et s’adjugeait son cinquième Paris-Nice, le troisième consécutivement ce qui était inédit, Poulidor terminant second, une fois encore, à 48s de son rival. Plus terrible encore pour lui, il avait eu une nouvelle fois l’impression, comme lors du Tour 1964 avec la fameuse ascension du Puy-de-Dôme, qu’il était sans doute supérieur à son rival.

Déception aussi de tous les « poulidoristes », dégoûtés de voir leur héros à nouveau vaincu par ce monstre de sang-froid et de volonté qu’était Jacques Anquetil. Joie au contraire des partisans de ce dernier, qui remportera quelques semaines plus tard, comme je l’ai déjà écrit, la Doyenne (Liège-Bastogne-Liège), qui battra le record de l’heure (47,493km) à 32 ans, après une douzaine d’années de carrière au plus haut niveau, sans oublier sa neuvième victoire dans le Grand Prix des Nations, véritable championnat du monde contre-la-montre à ce moment. Une somme d’exploits qui lui permet de figurer au troisième rang des plus beaux palmarès du cyclisme depuis 1946. Un rang auquel ne peut aspirer Contador, compte tenu de son âge, même si une victoire cette semaine dans ce même Paris-Nice conforterait sa sixième place, derrière Merckx, Hinault, Anquetil, Coppi et Kelly et devant Bartali, Indurain, Armstrong et Gimondi.

Michel Escatafal


Le championnat du monde sur route : que d’évolutions depuis 1921!

jajaBrochardCette semaine est une des plus importantes de la saison pour le cyclisme parce qu’elle est occupée par les championnats du monde sur route. Elle a même commencé avec le championnat du monde contre-la-montre par équipes de marques, récemment créé (2012), remporté de nouveau par BMC Racing, à ne pas confondre avec feu le championnat du monde par équipes nationales (1962 à 1994) réservé uniquement aux amateurs, ce qui n’a pas empêché l’Italie d’être la nation qui a remporté le plus de victoires (7), devant l’ex-Union Soviétique (5) et la Suède (4), dont la particularité était d’aligner les quatre frères Petterson lors de trois de ses quatre triomphes (1967, 1968 et 1969). J’en profite au passage pour noter que la France n’a gagné cette épreuve qu’une seule fois (en 1963 avec Bechet, Motte, Bidault et Chappe), ce qui montre le fossé existant avec nos voisins et amis italiens, fossé que l’on retrouve au nombre de victoires actuelles dans les grandes épreuves du calendrier, notamment les grands tours. Passons ! Cette semaine des championnats du monde a aussi commencé avec les épreuves féminines, mais comme mon blog se veut consacré en grande partie à l’histoire du sport, on me permettra de d’évoquer uniquement l’histoire des épreuves masculines…même s’il y eut effectivement de grands moments dans le cyclisme féminin, toutefois beaucoup moins médiatisés que ceux des hommes.

Cela dit, le cyclisme féminin a eu quelques très grandes championnes, comme la Luxembourgeoise Elsy Jacobs à la fin des années 50, la Britannique Beryl Burton et la Belge Yvonne Reynders dans les années 60, la Russe Ana Konkina au début des années 70, puis quelques années après les Françaises Geneviève Gambillon et Josiane Bost, avant l’avènement dans les années 80 de Catherine Marsal et surtout Jeannie Longo, sans doute la plus emblématique des championnes du sport cycliste féminin en raison de sa longévité et de son éclectisme, sans oublier la Néerlandaise Léontien Van Moorsel dans les années 90, la Suédoise Suzanne Ljungskog au début des années 2000, mais aussi la Néerlandaise Marianne Vos et l’Italienne Giorgia Bronzini, avant que n’arrive celle qui sera peut-être la plus grande de toutes par le palmarès, la Française Pauline Ferrand-Prévot, championne du monde en titre, mais aussi de cyclo-cross et de VTT, exploit unique dans les annales du vélo. Elle sera évidemment, cette année encore, la favorite de la course en ligne élite. Toutes ces femmes ont été championnes du monde une ou plusieurs fois, en réalisant parfois de grands exploits.

Revenons à présent sur l’histoire des championnats du monde sur route hommes, en regrettant une fois encore la date très tardive de ces championnats depuis 1995, qui nous prive souvent de la présence de plusieurs des principaux protagonistes de la saison. Quant aux autres, ils sont certes présents, mais dans quel état, après une saison qui commence désormais en janvier? C’est la raison pour laquelle nombreux sont ceux qui militent pour un nouveau changement de date, afin de redonner à ces championnats le lustre qu’ils méritent. Pourquoi pas en août, entre le Tour de France et la Vuelta ? Cela aurait le mérite d’avoir des coureurs encore en forme après le Tour, alors que d’autres se prépareraient spécialement pour ces championnats pendant le Tour de France. Cela étant, à partir du moment où on fait des J.O. un rendez-vous incontournable tous les quatre ans, quand organiser les championnats du monde chaque année bissextile? Pour ma part, la réponse est claire : la participation aux J.O. sur la route devrait se limiter aux « espoirs » (coureurs de moins de 23 ans), d’autant qu’aux J.O. le nombre de coureurs par nation est très limité (de un à cinq).

Une histoire très ancienne avec une domination belge et italienne

Pour ce qui concerne l’histoire de ces championnats, nous dirons qu’elle est déjà très ancienne, puisque le premier championnat du monde professionnel date de 1927, organisé par l’Union Cycliste Internationale à Adenau, sur le circuit du Nurburgring. Les amateurs pour leur part avaient déjà leur championnat depuis 1921, les deux premières éditions ayant été courues contre-la-montre. Ensuite les titres mondiaux se multiplieront avec le championnat du monde sur route féminin à partir de 1958, puis les championnats contre-la-montre (100 km) par équipes amateurs en 1962, avec un peu plus tard (en 1987) la même épreuve pour les féminines sur 50 km (une victoire pour la France en 1991), avant la création très attendue du championnat du monde contre-la-montre, rassemblant professionnels et amateurs, en 1994. Aujourd’hui, l’épreuve amateurs d’autrefois a été remplacée par l’épreuve espoirs, cette catégorie existant également pour le contre-la-montre, alors que chez les féminines il n’y a que l’épreuve en ligne et le contre-la-montre. Enfin, à cet historique quelque peu fastidieux, il faut ajouter que les courses en ligne ont la particularité de se disputer selon la formule des équipes nationales…sauf pour l’épreuve contre-la-montre par équipes, dont j’ai parlé au début de mon propos.

Le premier champion du monde professionnel fut un très grand champion, l’Italien Alfredo Binda, et son second ne l’était pas moins puisqu’il s’agissait de son compatriote Girardengo. Binda était le meilleur coureur de sa génération, capable de s’imposer sur tous les terrains, mais surtout redoutable au sprint, comme celui qui lui succéda en 1928 et 1929, le Belge Georges Ronsse.  Binda détient toujours le record des victoires (3) puisqu’il remporta de nouveau le titre en 1930 et 1932. Il est en bonne compagnie puisque les autres recordmen s’appellent Rik Van Steenbergen, l’inévitable Eddy Merckx et l’inattendu Oscar Freire. Ils ne sont guère plus nombreux avec 2 victoires, et là aussi on ne trouve que des grands champions puisqu’il y a, outre Ronsse, Schotte, Van Looy, Maertens, Le Mond, Bugno et Bettini. Enfin on notera que le plus jeune champion du monde sur route de l’histoire s’appelle Lance Armstrong (à peine 22 ans en 1993) à qui on n’a pas encore enlevé le titre (on a dû oublier !), et le plus âgé Joop Zoetemelk (presque 39 ans en 1985).

A noter également qu’en 1931 la victoire revint à un autre très grand coureur italien, Learco Guerra, sans doute un des plus grands rouleurs de tous les temps. Les Italiens apprécient d’ailleurs tout particulièrement l’épreuve arc-en-ciel, avec 19 victoires, à un niveau inférieur toutefois à celui des Belges qui ont remporté 26 titres. Et les Français ? Et bien, ils figurent à la troisième place parmi les nations victorieuses, mais avec seulement 8 titres, juste devant les Pays-Bas (7) et l’Espagne (5). Cela dit Belges et Italiens ont toujours eu une affection toute particulière pour les courses d’un jour, contrairement aux Français ou aux Espagnols traditionnellement plus redoutables dans les courses à étapes.

Huit victoires françaises seulement, mais quelques grands vainqueurs

Dans ces conditions les vainqueurs français ne pouvaient être que des champions affirmés, ayant pour nom Speicher (1933), Magne (1936), Louison Bobet (1954), Darrigade (1959), Stablinski (1962), Hinault (1980), Leblanc (1994 et Brochard (1997), certains d’entre eux comme Speicher, Magne, Bobet et Hinault figurant parmi les plus grands champions du vingtième siècle. En outre les victoires de Louison Bobet en 1954, et de Bernard Hinault en 1980, resteront à jamais parmi les plus belles courses de l’histoire de ces championnats du monde. Louison Bobet l’emporta à Solingen, malgré une crevaison à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée alors qu’il était échappé avec le Suisse Schaer. Pour tout autre que lui une telle malchance eut été catastrophique, mais ce jour-là Louison était le plus fort et, au prix d’un effort inouï, il revint sur le coureur Suisse, et le lâcha pour arriver seul avec 22 secondes d’avance. Cet exploit lui permettait de réaliser le doublé Tour de France-championnat du monde que seuls Speicher (1933), Merckx (1971 et 1974), Roche(1987) et Lemond (1989), ont accompli avec lui.

Quant à Bernard Hinault, ce titre mondial conquis de haute lutte en 1980 à Sallanches fut pour beaucoup son chef d’œuvre. Ce jour-là (31 août 1980), « le Blaireau » fut peut-être plus grand qu’il ne le fût jamais sur un circuit taillé sur mesure pour lui, avec la fameuse côte de Domancy qui allait s’avérer de plus en plus meurtrière au fil des vingt tours de circuit, d’autant que l’équipe de France avait décidé très tôt de durcir la course pour son leader. Et cela réussit tellement bien qu’après 180 km de course, Hinault n’avait plus avec lui que Pollentier, Millar, Marcusen et Baronchelli.  Se sentant très fort, notre champion plaça alors plusieurs démarrages qui firent exploser ce dernier carré, le laissant seul dans l’avant-dernier tour avec l’Italien Baronchelli, lequel se contenta le plus longtemps possible de s’accrocher à la roue du « Blaireau », jusqu’à ce qu’il se fasse irrémédiablement lâcher dans la dernière escalade de la côte. Baronchelli finira second à 1mn10s, et le troisième, Fernandez, à 4 mn25s. De la belle ouvrage qui permettait à Bernard Hinault de venger Jeannie Longo, battue la veille sur incident mécanique et qui devra attendre l’année suivante pour remporter le premier de ses 13 titres mondiaux, mais aussi de rejoindre les vainqueurs de légende.

Des courses de légende, mais aussi quelques épisodes moins glorieux

En fait, à Sallanches, Bernard Hinault réalisa quasiment la même course et le même exploit que Fausto Coppi en 1953 à Lugano, sur un parcours similaire avec, là aussi, une côte sévère (Crespera) qui ne pouvait que permettre le sacre du plus fort. Coppi eut lui aussi un dernier accompagnateur, Germain Derycke, qui refusa tout relais jusqu’à l’ultime démarrage du campionissimo dans l’avant dernier tour, ce qui lui permit de s’envoler seul vers ce maillot arc-en ciel qu’il avait conquis à deux reprises en poursuite (1947 et 1949), mais qu’il n’avait jamais porté sur la route. En revanche d’autres épisodes moins glorieux ont marqué l’histoire du championnat du monde, notamment les guerres fratricides entre Coppi et Bartali, avec la triste comédie de Valkenburg (Pays-Bas) en 1948, qui valut aux deux antagonistes une suspension par leur fédération pour avoir honteusement abandonné, après avoir pris un retard considérable à force de s’épier et de se marquer. Il y eut aussi l’arrivée houleuse de 1963 à Renaix (Belgique),  où Van Looy en plein sprint faillit renverser Beheyt, lequel n’eut d’autre recours que de s’appuyer sur l’épaule de son leader, ce qui lui permit de l’emporter…involontairement, ce que néanmoins Van Looy ne lui pardonna jamais. On n’oubliera pas non plus la stupide guéguerre entre Anquetil et Poulidor, plus particulièrement en 1966 au Nurburgring, où les deux hommes se neutralisèrent tellement qu’ils terminèrent deuxième et troisième, battus au sprint par Altig, alors que celui-ci avait été lâché auparavant.

La création du championnat contre-la-montre a permis à certains d’endosser un maillot arc-en-ciel

Résultat, mis à part Coppi, aucun de ces trois illustres champions que furent Bartali, Anquetil et Poulidor ne devint champion du monde. Et il n’y avait pas encore de championnat du monde contre-la-montre, créé je le rappelle en 1994, pour qu’ils puissent se vêtir du maillot irisé au moins une fois dans leur carrière. Le premier vainqueur de ce nouveau championnat du monde fut le Britannique Chris Boardman, à l’époque recordman du monde de l’heure, et le record de victoires (4) appartient au Suisse Fabian Cancellara,  un des meilleurs rouleurs toutes époques confondues, qui l’emporta en 2006, 2007, 2009 et 2010. Dans le palmarès de ce championnat du monde contre-la-montre, on trouve également Jan Ullrich en 1999 et 2001, Abraham Olano en 1998, le seul à avoir remporté également la course en ligne (1995), Laurent Jalabert qui l’emporta à la surprise générale en 1997, Miguel Indurain vainqueur en 1995, ou encore Bradley Wiggins l’an passé, sans oublier l’Allemand Tony Martin et l’Australien Michael Rogers qui l’emportèrent à trois reprises. On peut d’ailleurs imaginer que ce soir Tony Martin aura rejoint Cancellara au nombre de victoires, d’autant que le Néerlandais Tom Dumoulin, si brillant lors de la dernière Vuelta, semble avoir perdu de sa forme étincelante pendant trois semaines en Espagne.

De tous ces champions, seuls Indurain, Ullrich, Cancellara et Martin soutiennent réellement la comparaison avec les grands rouleurs d’antan. D’ailleurs si comparaison il doit y avoir, celle-ci doit se faire avec le Grand Prix des Nations d’autrefois (créé en 1932), cette épreuve étant considérée comme le véritable championnat du monde contre-la-montre jusqu’à l’existence de celui-ci. Sur ce plan Cancellara reste en très bon rang, puisqu’il se situe derrière Jacques Anquetil (9 victoires) et Bernard Hinault (5 victoires), et devant Charly Mottet, vainqueur à 3 reprises, en notant toutefois que les premiers Grand Prix des Nations (de 1932 à 1956) faisaient 140 km avant de descendre doucement à 90 km dans les années 70, 80 et 90, alors que le championnat du monde contre-la-montre se déroule sur une distance avoisinant les 50 km (53 km cette année).

Cela dit, dans le cyclisme sur route, les courses contre le chronomètre ont le mérite d’être celles où il y a le moins de surprises, parce que, fatalement, c’est le meilleur spécialiste qui l’emporte…si bien sûr celui-ci est en forme. En revanche ce n’est pas toujours le cas dans les courses en ligne, et le championnat du monde est plus d’une fois revenu à un inconnu, dont ce fut le seul titre de gloire, comme l’Allemand Heinz Muller, qui a bénéficié en 1952 d’un bris de selle de Magni pour s’imposer, le Néerlandais Ottenbros en 1969, ou encore le Belge Rudy Dhaenens en 1990. A l’inverse, malgré un magnifique palmarès, Koblet, Anquetil, Ocana, Fignon, Kelly ou Mottet, n’ont jamais porté de maillot arc-en-ciel dans toute leur carrière. Dommage pour tous ces champions, qui ont remporté le Grand Prix des Nations au moins une fois, que le championnat du monde contre-la-montre n’ait vu le jour qu’en 1994! Mais cela ne les a pas empêchés d’avoir leur place au panthéon du cyclisme. De nos jours, c’est aussi le cas de Contador de n’avoir jamais été champion du monde, et plus encore celui de Valverde, qui détient pourtant le record du nombre de médailles remportées dans l’épreuve élite en ligne des championnats du monde (deux médailles d’argent et quatre en bronze). L’emportera-t-il cette année ? Pourquoi pas, mais je miserais plutôt une pièce sur Philippe Gilbert (titré en 2012), le jeune Polonais Kwiatkowski (champion du monde en titre) et plus encore sur Nibali, qui a tellement raté sa saison qu’il arrivera motivé comme jamais sur le circuit de Richmond. Et comme l’équipe italienne est toujours très forte… Au fait quand aurons-nous un successeur à Laurent Brochard (route) et Laurent Jalabert(contre-la-montre) ? On l’attend depuis 18 ans. Les Français n’aiment pas les exploits trop rapprochés! Qu’ils me fassent mentir!

Michel Escatafal


Attention aux comparaisons dans le vélo !

AruDe la concurrence, dont je parlais dans un précédent article, il y en a beaucoup dans le cyclisme, et notamment dans les grands tours. Cette année les victoires ont été partagées entre Contador au Giro, Froome au Tour de France et Aru à la Vuelta qui vient de s’achever, avec un renversement de situation dans l’avant-dernière étape. Pour ma part je suis très heureux d’avoir vu Aru faire basculer la course sur une attaque lointaine, dans l’avant-dernier col, avec une stratégie parfaite de son équipe, Astana, laquelle avait déjà démontré sa force au Giro, donnant dans les derniers jours de la grande épreuve italienne du fil à retordre à Contador…qui lui en revanche n’avait qu’une équipe très moyenne à ses côtés. Contador l’avait certes emporté au final, devant Aru, mais il avait dû puiser dans ses réserves beaucoup plus que prévu au départ, et ce d’autant plus qu’il dut subir deux lourdes chutes handicapantes. Néanmoins, sur ce Giro, Aru avait déjà montré sa force, ce qui explique que je l’avais placé parmi mes favoris, même si j’avais plutôt misé sur Rodriguez, qui a fini à la deuxième place.

J’avoue que je suis très heureux du succès d’Aru, parce qu’il est un attaquant né. Si Quintana avait eu le tempérament d’attaquant d’Aru, il aurait peut-être gagné le Tour de France, car sur la fin du Tour Froome était vulnérable. Il a d’ailleurs reproduit la même erreur à la Vuelta attendant tranquillement les ultimes kilomètres du dernier col de l’avant-dernière étape pour essayer de renverser la situation, après avoir laissé Aru et ses équipiers faire tout le travail pour distancer le Néerlandais Dumoulin, grande confirmation de l’épreuve. Pour sa part Rodriguez n’a pas changé non plus ses habitudes, et a attendu les derniers hectomètres à plusieurs reprises pour grapiller du temps sur ses rivaux. Résultat, Rodriguez n’a toujours pas gagné de grand tour, et n’en gagnera sans doute jamais, parce qu’il a 36 ans. Quant à Quintana, s’il veut marquer l’histoire comme un Contador, et comme son talent devrait lui permettre, il lui faudra comprendre qu’on ne peut pas s’imposer dans un grand tour sans attaquer et sans prendre le moindre risque, chose que l’on ne pourra jamais reprocher à celui qui devrait être son grand rival dans les années à venir, Fabio Aru, qui présente à peu près les mêmes caractéristiques que lui.

Au passage on notera qu’après un Tour de France 2014 privé pour diverses raisons de Froome, Contador, Quintana et Aru, les Français n’ont guère brillé cette année dans les courses de trois semaines, retrouvant simplement leur vrai niveau. Quand aurons-nous de nouveau un vainqueur du Giro, du Tour ou de la Vuelta ? Rien qu’en posant la question on est découragé, surtout quand on sait que le dernier vainqueur français du Giro fut Laurent Fignon en 1989, que le dernier vainqueur français du Tour fut Bernard Hinault en 1985, et que le dernier vainqueur français de la Vuelta fut Laurent Jalabert en 1995. Heureux Britanniques (Froome), Espagnols (Contador), et plus encore Italiens (Nibali, Aru), qui possèdent des champions capables de s’imposer régulièrement sur ces grandes épreuves !

Pour terminer, je voudrais souligner que je reste perplexe quant à la possibilité de remporter deux grands tours en suivant dans la même année, même si je pense que ce n’est pas impossible…avec des circonstances favorables, comme je l’ai développé à plusieurs reprises à propos de Contador. Si je fais cette remarque, c’est parce que Quintana a plutôt bien fini cette Vuelta, après toutefois avoir été malade. Froome aurait pu faire mieux que ce qu’il a fait dans cette même Vuelta sans sa chute, même s’il semblait avoir perdu sa grande forme du Tour…après avoir participé à de nombreux critériums. Quant à Contador, il ne pouvait pas réaliser le doublé Giro-Tour sans avoir à sa disposition une grosse équipe, comme l’était l’équipe Astana au Giro et à la Vuelta. N’oublions pas, comme l’a affirmé Didier Rous, que « sportivement, au niveau du relief, c’est le Giro le plus dur ». Quant à la Vuelta,  elle a lieu à la fin de la saison, surtout qu’elle arrive un mois après l’arrivée finale du Tour de France, où généralement tous les meilleurs sont là. Disons que faire le doublé Giro-Tour ou Tour-Vuelta est extrêmement difficile à réaliser de nos jours, mais je reste persuadé que Contador aurait pu faire en  2012 le doublé Giro-Tour sans sa suspension et s’il en avait fait un objectif, et aurait aussi pu le faire en 2011 sans les problèmes extra-sportifs et les chutes qui l’ont handicapé en 2011, sans oublier l’extrême dureté du parcours du Giro cette année-là. Je pense aussi que Froome, s’il conserve son niveau actuel encore pendant trois ou quatre ans, peut aussi réussir un de ces doublés, à condition de le préparer minutieusement…et avec un peu de chance. Même si les époques sont différentes, même si les coureurs ne peuvent plus se soigner comme ils le désirent (je ne parle pas de dopage), je ne crois pas que nos champions actuels soient inférieurs à ceux du passé, en considérant que chaque époque a son ou ses phénomènes, comme Coppi et Bartali à la fin des années 40, Coppi, Koblet, Bobet dans les années 50, Anquetil dans les années 60, Merckx dans les années 70, Hinault, Fignon, Lemond dans les années 80, Indurain et Pantani dans les années 90, Armstrong dans les années 2000, puis Contador depuis 2007 et à présent Froome, en fait depuis 2012, année où il aurait dû gagner le Tour de France si son équipe ne l’avait pas obligé à l’offrir à Wiggins.

Michel Escatafal


L’escabécédaire du Tour de France

tour 2105Le Tour de France 2015 commence aujourd’hui et, évidemment, chacun y va de son pronostic quant au vainqueur de cette édition. Cela étant tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne peut pas échapper à un de ceux que l’on appelle les « quatre fantastiques », à savoir Contador,  Nibali, Froome et Quintana. Je les ai classés dans cet ordre non pas parce que c’est mon pronostic, mais plus simplement parce que j’ai tenu compte du nombre de grands tours qu’ils ont gagnés. En effet Contador a remporté sur la route 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne, ce qui fait de lui pour le moment le meilleur champion cycliste du nouveau siècle, en observant au passage qu’il n’est plus qu’à une victoire dans un grand tour de Bernard Hinault et à deux victoires d’Eddy Merckx ! Fermons la parenthèse pour noter que Nibali en est à 3 victoires (une victoire dans chacun des grands tours), que Froome n’a toujours remporté que le Tour de France 2013 et Quintana, le plus jeune de tous (25 ans), le Giro 2014.

Chacun de ces coureurs a eu une approche différente pour se préparer à l’évènement. Contador a couru et gagné son troisième Giro, ce qui lui fait un total de 44 jours de compétition. Froome a pris un chemin plus classique en courant et gagnant le Dauphiné pour évaluer sa forme avant le Tour de France, totalisant seulement 27 jours de compétition. Quant à Quintana (36 jours de compétition), brillant vainqueur en mars de Tirreno-Adriatico, il a couru au printemps les classiques ardennaises où il n’a guère brillé, plus le Tour du Pays Basque où il a fini à la quatrième place, avant de s’isoler chez lui dans les montagnes colombiennes, pour réapparaître à la Route du Sud où il a terminé à la seconde place derrière Contador. Reste Nibali qui a suivi exactement le même chemin que l’an passé, couronné de succès par la victoire dans le Tour, et qui semble arriver à point nommé en grande forme, comme en témoigne une nouvelle victoire dans le championnat d’Italie. Lui aussi totalise 36 jours de compétition.

Si l’on se base sur les succès remportés par les uns et les autres, le grand favori est évidemment Contador, devant Froome, Quintana et Nibali. Néamoins tout cela n’est pas si simple, car le Tour de France cette année est un peu particulier, dans la mesure où il n’y a qu’un tout petit contre-la-montre de 13.8 km le premier jour, exercice qui n’a rien de « ringard » pour parler comme le site web de L’Equipe, où le directeur du Tour n’hésite pas à dire qu’il s’agit d’une question « de clarté pour le public » parce que «le contre-la-montre, cela parle aux connaisseurs mais moins à la masse des spectateurs ». Donc  on se moque de ceux qui aiment le vélo toute l’année, de ceux qui aiment aussi la piste, bref de ceux qui s’intéressent à l’histoire des courses, au profit de ceux qui vont voir passer les coureurs sur les routes de France pendant le mois de juillet. Curieuse conception de son sport de la part de Christian Prudhomme ! Fermons cette parenthèse attristante, et revenons à la course pour évoquer cette étape redoutable (la quatrième) avec sept secteurs pavés répartis sur un peu plus de 13 km, laquelle, à mon humble avis qui est aussi celui de nombre de champions, n’a pas vraiment vocation à faire partie du parcours, en raison des dangers inhérents à ce type d’étape.

On ne gagnera peut-être pas le Tour dans cette étape, mais on peut aussi le perdre. Et dans cet exercice Nibali est, de loin, plus fort que les trois autres favoris, qui toutefois lui sont supérieurs en haute montagne. Il n’empêche, cette étape de pavés sera à n’en pas douter le premier vrai juge de paix, dans la mesure où elle peut créer de grosses différences. Rappelons-nous l’an passé, avec la chute de Froome et le débours de plus de 2mn30s de Contador par   rapport à Nibali. Raison de plus pour être extrêmement prudent dans les pronostics, même si à titre personnel, et je ne suis pas le seul, je souhaite la victoire de Contador, ce qui lui permettrait de réussir le doublé Giro-Tour, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme impossible à réaliser, entre les règles antidopage et la concurrence exacerbée sur le Tour. Une concurrence d’autant plus vive que ses trois rivaux ont tout misé sur le Tour de France. C’est aussi le cas des outsiders français Thibaut Pinot et Romain Bardet, alors que Valverde de son côté, autre possible outsider, après une magnifique campagne ardennaise, sera là pour aider Quintana.

Après cette longue introduction je vais me livrer de nouveau à l’abécédaire de ce Tour de France, comme je l’avais fait pour le Giro, pour le plus grand plaisir de ceux qui me lisent, en précisant que mes remarques sont quand même très personnelles et donc subjectives. Je vais donc commencer par la lettre A, comme Anquetil, premier coureur à avoir remporté 5 fois le Tour de France.  A comme Aimar, vainqueur surprise en 1966…par procuration de Jacques Anquetil, qui ne voulait surtout pas que ce soit  Poulidor qui gagne. Ce dernier ne finira d’ailleurs que troisième derrière  Janssen. A bien sûr comme Armstrong, sept fois vainqueur de la Grande Boucle, même si depuis on lui a retiré ses titres après qu’il eut avoué s’être dopé, en notant au passage qu’on n’a pas osé donner la victoire à ses seconds…qui n’ont pas été déclassés. Passons !

B comme Bottecchia, double vainqueur en 1924 et 1925, premier Italien à avoir gagné le Tour de France. B comme Bartali, 2 fois vainqueur à 10 ans d’intervalle (1938 et 1948), sans doute le plus grand champion italien de l’histoire après Coppi. B comme Bahamontes, le célèbre Aigle de Tolède, vainqueur en 1959, et 6 fois lauréat du grand prix de la Montagne, à une époque où cela voulait dire quelque chose. B comme Bobet, un des trois plus grands champions français de l’histoire avec Anquetil et Hinault, et trois fois vainqueur du Tour (1953-1954-1955) avec à chaque fois un grand exploit dans l’Izoard (1953-1954) ou le Ventoux (1955). B comme Bernard J.F., qui aurait dû gagner le Tour 1987, sans une malencontreuse crevaison alors qu’il avait course gagnée.

C comme Coppi, bien sûr, le célèbre campionissimo, dont certains considèrent qu’il est le meilleur coureur de tous les temps, plus encore que Merckx, ce qui reste à voir. Coppi a réalisé à deux reprises le doublé Giro-Tour (1949 et 1952) au moment où le cyclisme était à son apogée, et ses exploits ont largement rempli l’épopée du cyclisme sur route et sur piste. C comme Cornet, qui reste le plus jeune vainqueur d’un Tour de France (20 ans)…qu’il n’avait pas gagné sur la route, profitant du déclassement (4 mois après l’arrivée) des quatre coureurs qui l’avaient précédé au classement  (Maurice Garin, Pothier, César Garin, Aucouturier), dans un Tour où, entre autres péripéties, les partisans d’un certain Faure étaient armés de gourdins pour assaillir ses poursuivants dans le col de la République. Le cyclisme a toujours aimé les manipulations des palmarès !

D comme Defraye, Odile de son prénom, premier belge à avoir gagné le Tour de France (1912). D comme Delgado, vainqueur en 1988, et qui terminé 18 grands tours dans les dix premiers. Delgado est un grand chanceux, puisqu’il a été contrôlé positif à un produit interdit par le Comité olympique international…mais pas encore inscrit sur la liste UCI (Union Cycliste Internationale). D comme Darrigade, fidèle lieutenant de Jacques Anquetil à ses débuts, remarquable sprinter ce qui lui permit de gagner 22 étapes dans le Tour. E comme Elliot, premier champion irlandais, vainqueur d’une étape en 1963. E comme Esclassan, maillot vert du Tour de France 1977. E comme Everaert Pierre, surnommé « L’élégant », un des meilleurs équipiers de Jacques Anquetil. E comme Evans Cadel, vainqueur du Tour 2011, un des plus méconnus parmi les grands champions, alors que son palmarès est parmi les plus brillants.

F comme Fignon, que je ne présente pas, ayant beaucoup écrit sur lui, dont l’histoire retient surtout qu’il a perdu pour 8 secondes le Tour 1989, face à LeMond, qui utilisait pour les contre-la-montre un guidon de triathlète…équipement à cette époque interdit par l’UCI, ce que les commissaires ignoraient.  On en connaît à qui on a retiré des victoires pour beaucoup moins que ça! C’est une des caractéristiques du cyclisme !F comme Faber, surnommé « Le lion », premier luxembourgeois vainqueur de la Grande Boucle. F comme Frantz,  lui aussi luxembourgeois, double vainqueur en 1927 et aussi  en 1928,  se permettant même de perdre une demi-heure en achetant un vélo dans un magasin de cycle, parce que le sien s’était désintégré sur les pavés dans la traversée de Longuyon. F comme Froome, dont j’ai évoqué le nom en introduction, capable d’accélérations terribles en montagne, que seuls Contador et Quintana peuvent contrer.

G comme Garin, premier vainqueur du Tour en 1903. G comme Garrigou, vainqueur en 1911. G comme  Gaul, autre luxembourgeois, surnommé « L’ange de la montagne », un des plus extraordinaires grimpeurs de l’histoire, capable de tous les exploits dans la pluie et le froid, comme dans le Tour 1958 qu’il remporta, où il s’imposa à l’issue d’une étape dantesque entre Briançon et Aix-les-Bains, alors que tout le monde pensait que Geminiani, qui avait 15mn 12s d’avance sur lui allait s’imposer. G comme Gimondi, vainqueur en 1965 devant R. Poulidor, ce qui marqua le début d’une grande carrière qui lui vaut de figurer parmi les 10 plus beaux palmarès de l’histoire du cyclisme sur route.

H comme Herrera, prédécesseur de Quintana dans les années 80, 2 fois lauréat du grand prix de la Montagne (1985 et 1987).  H comme Hassenforder, un des plus merveilleux baroudeurs que le Tour de France ait connu, remportant 4 étapes en 1956, dont la dernière à Montluçon après une échappée solitaire de 180 km. A noter qu’à cette époque où il y avait encore des équipes nationales et régionales, on avait sélectionné l’Alsacien Hassenforder dans l’équipe…de l’Ouest. H aussi comme Hoban, un des premiers coureurs britanniques dans le Tour de France, connu également parce qu’il épousa la veuve de Tom Simpson quelques années après le décès de ce dernier. H comme Hinault, mais j’ai tellement parlé de lui sur ce blog que je n’insisterai pas. I comme Indurain, quintuple vainqueur du Tour, avec à la clé deux fois le doublé Giro-Tour (1992-1993). Cet Espagnol fut le premier gros rouleur capable de suivre ou de battre parfois les meilleurs en montagne.   J comme Jimenez, trois fois meilleur grimpeur du Tour entre 1965 et 1967. Cela dit, on se rappelle à peine que c’est lui qui remporta l’étape du Puy-de-Dôme lors de cette fameuse bataille entre Anquetil et Poulidor en 1964. J comme Janssen, un des plus méconnus vainqueurs du Tour de France (1968), après avoir remporté la Vuelta l’année précédente, considéré jusqu’alors comme un coureur de classiques. J comme Jalabert qui, comme Kelly, était assez bon grimpeur pour gagner une Vuelta (1995), mais pas suffisamment fort au-delà de 1500m d’altitude pour remporter un Tour de France (quatrième en 1995).

K comme Koblet et Kubler. Là aussi j’ai beaucoup écrit sur eux et je n’ajouterai pas grand-chose à mon propos, sauf à souligner que Koblet fut le seul coureur capable de battre le grand Coppi au meilleur de sa forme. Il a été le seul dans ce cas. K comme Kelly, un des plus beaux palmarès du cyclisme (cinquième derrière Merckx, Hinault, Anquetil et Coppi), qui n’a jamais réussi dans le Tour de France, faute d’aptitudes en montagne suffisantes. L comme LeMond dont j’ai déjà évoqué le nom, premier américain à avoir remporté le Tour de France ( 3 fois en 1986, 1989 et 1990). L comme Lapébie Roger, vainqueur surprise en 1937, profitant de la chute de Bartali entre Grenoble et Briançon. Il n’empêche, c’était un athlète du vélo, capable de tous les exploits. En outre, ce n’est pas de sa faute si Bartali avait chuté  du côté d’Embrun.  L comme Leducq, vainqueur en 1930. Grande star de l’époque, André Leducq profita pleinement pour sa notoriété et pour la postérité de l’apparition de la TSF sur le Tour. Et en plus c’était un « bon client » pour les médias, comme nous dirions aujourd’hui.

M comme Merckx, évidemment, qui a le plus beau palmarès de l’histoire et de très loin,  mais aussi M comme  Magne qui aura connu deux périodes de notoriété, d’abord comme coureur, deux fois vainqueur du Tour en 1931 et 1934, mais aussi et surtout parce qu’il fut le directeur sportif de Raymond Poulidor. M comme Maes Sylvère, maillot jaune à Paris en 1936 et 1939, et Maes Romain, qui porta le maillot jaune du début à la fin du Tour en 1935. N comme Nencini, champion italien qui fait penser à Nibali de nos jours. Très bon partout, sans être exceptionnel nulle part,  l’Italien était un coureur très dur à battre dans les grandes épreuves à étape. Il gagnera le Tour en 1960, après avoir gagné le Giro en 1957. N Comme Nibali, dont j’ai parlé au début de mon propos. N comme Nolten, excellent coureur néerlandais, vainqueur d’étape en 1952 et 1953. O comme Ocana, à qui j’ai consacré de nombreuses lignes sur ce site, qui a écrasé le tour 1973. Deux ans auparavant, seule une chute dans le col du Portillon l’a empêché de faire mordre la poussière à Eddy Merck en 1971, après avoir écrabouillé la concurrence dans la montée vers Orcières-Merlette.

P comme Poulidor, sur lequel je ne ferai pas de commentaires, tellement il fait partie de l’imagerie populaire de notre pays. P comme Pingeon, coureur fantasque à défaut d’être fantastique, vainqueur du Tour 1967 et deuxième derrière l’invincible Merckx en 1969. P comme Pollentier, excellent coureur belge, qui laissera malgré tout le souvenir d’une tricherie inoubliable à l’arrivée à l’Alpe d’Huez, où il tenta vainement de faire contrôler l’urine de quelqu’un d’autre à la place de la sienne. P comme Pantani, merveilleux grimpeur italien ayant été le dernier à réussir le doublé Giro-Tour. On n’insistera pas sur son histoire tragique (décès en 2004 dans des circonstances jamais vraiment élucidées). Il n’empêche, « Le Pirate », comme on l’appelait, était un sacré coureur ! P comme Pereiro, vainqueur du tour 2006 après déclassement de Landis, positif à la testostérone le jour de son exploit vers Morzine, où il avait assommé la course. C’était trop beau pour être vrai ! Q comme Maurice Quentin, vainqueur d’une étape du Tour en 1953. Q comme Queheille, vainqueur d’une étape au Tour 1959. Q comme le jeune Colombien Quintana, sans doute le vrai successeur de Contador dans les courses à étapes.

R comme Rivière, le plus grand rouleur de l’histoire du vélo, invincible sur des distances inférieures à 60 km. Même Anquetil n’a jamais pu le battre dans ces conditions. Il aurait sans doute connu une carrière fabuleuse sur la route comme sur la piste, sans sa chute dans la descente du col du Perjuret, lors de la quinzième étape du Tour de France 1960. R comme Robic, premier vainqueur de l’après-guerre, en prenant le maillot jaune à l’issue de la dernière étape Cette côte de Bon-Secours est à jamais dans l’histoire depuis 1947, avec à la fois le miracle pour Robic et une sorte d’agonie pour Pierre Brambilla. R comme Roche, l’Irlandais, qui l’emporta un peu in extrémis en 1987, en profitant de la malchance de J.F. Bernard. Cette année-là Roche réussira à gagner le Giro, le Tour et le championnat du monde, exploit que seul Merckx a réussi avant lui, et qui  n’a plus été réalisé. R comme Rominger, qui n’aura jamais gagné le Tour de France (deuxième en 1993). Il se consola en remportant 3 fois la Vuelta (1992-1993-1994) et le Giro 1995. R comme Riis, vainqueur du Tour 1996, qui a conservé son classement bien qu’il ait avoué s’être dopé…ce qui démontre le ridicule de cette manipulation des palmarès. On dirait que les instances de ce sport ne ressentent du plaisir qu’à travers la souffrance qu’elles lui imposent.

S comme Speicher, qui était tellement supérieur à la concurrence dans le Tour en 1933, qu’il choisit son second à l’arrivée au Parc des Princes, préférant avoir comme dauphin Guerra, champion du monde professionnel, plutôt que Martano, jeune débutant chez les pros après avoir conquis le titre mondial chez les amateurs l’année précédente. Du coup Speicher emmena le sprint pour Guerra, lequel grâce à la bonification de la victoire s’empara de la deuxième place. S comme Sercu, champion olympique du kilomètre  (1964),  champion du monde de vitesse amateur et professionnel, et maillot vert du Tour de France en 1974. S comme Sastre, vainqueur surprise du Tour 2008, un Tour privé de Contador, le vainqueur de l’année précédente, parce que son équipe (Astana) fut refusé par les organisateurs. S comme Schleck, Andy et Franck, les deux frères qui n’auront jamais gagné le Tour de France sur la route. Andy Schleck, sans doute un des coureurs les plus doués qu’ont ait connu, aurait pu et dû profiter des ennuis de Contador en 2011 pour s’imposer au moins une fois sur la route. En fait le plus jeune des Schleck n’avait pas le tempérament du grand champion qu’il aurait dû être. S comme Simpson, héros malheureux de la tragédie du Ventoux en 1967.

T comme Thys, coureur belge triple vainqueur du Tour en 1913-1914 et 1920. Il faudra attendre le triomphe de Louison Bobet en 1955, pour voir un autre coureur l’emporter à trois reprises. T comme Thévenet, l’homme qui mit fin à la suprématie de Merckx sur le Tour en 1975. Ah cette montée vers Pra-Loup, où Thévenet lâché dans la descente du col d’Allos par « Le cannibale », retrouva un élan extraordinaire dans la montée vers l’arrivée, au point d’avaler coup sur coup Gimondi et Merckx et de prendre le maillot jaune, qu’il confirmera le lendemain dans l’Izoard. Après avoir remporté ce Tour 1975, il récidivera en 1977. Thévenet appartient à la grande histoire du Tour de France. U comme Ugrumov, coureur letton et anciennement soviétique,  qui finit second du Tour 1994,  après avoir été second du Giro l’année précédente. U comme Ullrich, un des coureurs les plus doués que l’ont ait pu voir sur la route, vainqueur du Tour 1997 et 5 fois second. Il a eu simplement la malchance d’être de la même époque qu’Armstrong. V comme Vietto, que l’on a appelé le « roi sans royaume ». Comme Poulidor, il aurait mérité de s’imposer au moins une fois dans la Grande Boucle, mais ses talents de grimpeur n’ont jamais suffi à le propulser à la première place. Toutefois il aurait pu l’emporter en 1934, s’il ne s’était pas sacrifié à deux reprises en faisant don des pièces de son vélo au leader désigné de l’équipe de France, Antonin Magne, qui avait cassé sa monture dans les descentes du Puymorens et le lendemain du Portet d’Aspet. Petite consolation, ses malheurs lui vaudront le surnom de « Roi René ». V comme Virenque, coureur préféré des supporters franchouillards dans les années 1990, et cible désignée après l’affaire Festina (1998) de ceux qui ne s’intéressent pas au vélo. V comme Van Impe, petit grimpeur belge, qui s’imposa en 1976 dans la Grande Boucle devant Zoetelmelk et Poulidor.

W comme Walkoviak , le vainqueur le plus surprenant de l’histoire du Tour de France (1956). Certes cette année-là il n’y avait ni Bobet, ni Anquetil dans le Tour, mais la participation était quand même relevée avec Gaul, Bahamontes, Nencini, Debruyne ou Ockers, et il n’avait pas volé sa victoire, la seule significative de sa carrière. W comme Wiggins, l’ex pistard britannique, qui l’est redevenu en vue des J.O. de Rio, vainqueur du Tour 2012 devant Froome et Nibali. En fait, n’en déplaise à ses supporters, il mérite moins sa victoire que Walkowiak, parce que c’est Froome qui aurait dû l’emporter cette année-là, car beaucoup plus fort que lui en montagne, au point de l’attendre ostensiblement dans certaines ascensions. N’oublions pas non plus qu’en 2012, Contador fut encore une fois interdit de courir le Tour de France, ce qui eut à coup sûr changé les choses, car il était au sommet de sa carrière. Enfin Z comme Zoetemelk, vainqueur du Tour 1980 en bénéficiant de l’abandon de Bernard Hinault blessé au genou,  et 6 fois second. Comme quelques autres grands coureurs, il a eu la malchance que sa longue carrière s’étale pendant celles de Merckx et Hinault, ce qui ne l’a pas empêché de marquer l’histoire du vélo et d’avoir un palmarès que nombre de coureurs pourraient lui envier. Il se situe au 17è rang dans mon classement depuis 1946. Z comme Zabel, qui enleva à 6 reprises le maillot vert du Tour.

Michel Escatafal


Un troisième Giro pour Contador, avant un doublé Giro-Tour inédit depuis 1998 ?

contador 3Avant de parler longuement du Giro, ce que je n’avais pas le temps de faire ces derniers jours, je voudrais d’abord souligner une victoire française qui ne va pas faire la une des journaux, à savoir celle remportée en Indycar à Détroit par un revenant de grand talent, Sébastien Bourdais. Qui se rappelle de Bourdais, pilote automobile qui aura tout simplement eu la malchance de débuter en F1 chez Toro Rosso…avec le futur quadruple champion du monde, Sebastian Vettel. Je ne vais pas développer le sujet, sauf à dire que l’Indycar offre des courses extraordinaires d’intensité, avec des renversements de situation incessants entre des pilotes disposant de voitures très proches les unes des autres. Je crois que la Formule 1 ferait bien de s’inspirer des règles de l’Indycar pour ne pas avoir des courses aussi aseptisées et inintéressantes que celles que nous offre la discipline depuis quelques années. Pas étonnant, au passage, que désormais ce soit les chaînes payantes qui retransmettent les grands prix, parce que les autres chaînes (tout public) trouvent que c’est trop cher pour le spectacle proposé, un spectacle où le public ne s’y retrouve pas.

Cela dit, il n’y a pas que la F1 qui se situe sur les chaînes payantes, puisque le cyclisme en fait partie, sauf que  nombre de grandes épreuves sont retransmises en direct sur les chaînes gratuites, et, pour ce qui concerne la France, il y a aussi beINSPORT qui se charge de retransmettre les images de la RAI, notamment le Tour d’Italie, pour un coût modique (13 euros par mois sans engagement). Et je me dis que nous avons vraiment beaucoup de chance avec cet abonnement, parce que nous avons vu un Giro remarquable, avec nombre de renversements de situation…pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.  Pour ce qui me concerne, le plaisir est d’autant plus grand que c’est Alberto Contador qui l’a emporté, ce qui le place au troisième rang du classement des vainqueurs de grands tours, derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi (7), Indurain (7), Bartali, Binda et Gimondi (5). Que du beau monde ! Et oui, Contador a gagné sur la route 3 Tours de France (2007, 2009 et 2010), 3 Tours d’Italie (2008, 2011 et 2015) et 3 Tours d’Espagne (2008, 2012 et 2014).

Pour bien mesurer l’exploit que constituent toutes ces victoires, il faut aussi ajouter qu’Alberto Contador n’a pas pu participer au Tour de France 2012 (vainqueur Wiggins) pour avoir été contrôlé positif avec une dose infinitésimale de clembutérol, indétectable dans la quasi-totalité des laboratoires du monde entier, et dont tous les sportifs positifs à ce produit ont été blanchis depuis cet épisode. Un épisode d’autant plus anormal que même Pat Mac Quaid (ancien président de l’UCI) a reconnu qu’il y avait sans doute eu une forme d’injustice à l’égard de Contador en 2010-2011, injustice qui a fait le bonheur des contempteurs du cyclisme, et de nombre de forumers sur les sites de sport, aussi ignares que malveillants. D’autant plus anormal aussi que selon J.P. de Mondenard (ancien médecin du Tour de France, spécialisé dans les questions de dopage),  « l’éventualité d’une contamination involontaire n’est pas à exclure et apparaît beaucoup plus crédible que beaucoup l’ont laissé entendre », ajoutant ensuite que le TAS (Tribunal arbitral du Sport) a peut-être subi des pressions de l’AMA (Agence mondiale antidopage) pour «sanctionner une star du peloton. Pour le symbole. Voir Contador échapper à toute sanction aurait été un nouveau camouflet pour elle et son action.» Et de conclure péremptoirement : «Le TAS a donc dû tordre les faits pour arriver à argumenter sur une « hypothèse ». Ceci n’est pas digne d’une instance de jugement internationale au plus haut niveau.» Pour clore le chapitre, il faut aussi souligner que le TAS avait retenu l’hypothèse d’un « supplément nutritif contaminé » pour les traces de clembutérol, rejetant toute intention de se doper, rejetant aussi aussi une transfusion sanguine effectuée avant le contrôle, dont certains pseudos chimistes se sont tellement gargarisés. A pleurer !

Et si j’écris cela, c’est parce que Bjarne Riis, qui avait avoué en 2007 s’être dopé durant sa victoire en 1996, est toujours sur la liste des vainqueurs du Tour, c’est aussi parce que cinq cas positifs de dopage lourd dans la galaxie Astana, ne l’ont pas privée de sa licence World Tour 2015…ce qui ne signifie pas pour autant que tous les coureurs d’Astana étaient dopés, loin de là mon idée. Bref, sans cette ridicule condamnation de Contador, il serait sans doute aujourd’hui au niveau de Bernard Hinault en ce qui concerne les victoires dans un grand tour, car j’ai du mal à imaginer Contador battu par Wiggins dans le Tour 2012, s’il n’avait couru que cette épreuve, ou par Hesjedal s’il avait choisi le Giro de cette même année. J’ajoute même que cette année-là, compte tenu de la concurrence, il aurait pu réaliser le doublé Giro-Tour…s’il avait eu le droit d’y participer, et dans ce cas il serait au niveau de Merckx. Certes ce ne sont que des spéculations, mais une chose est certaine : ce n’est pas Andy Schleck qui a gagné le Tour 2010 sur la route, et pas davantage Scarponi le Giro 2011, qu’il a terminé avec plus de 6 minutes de retard sur le Pistolero. Décidément, ceux qui dirigent le sport ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent ajouter de l’outrage aux terribles aléas de la compétition (chutes, maladies, crevaisons etc.).

Fermons cette page qui appartient au passé, tout en soulignant son importance pour les vrais amateurs de vélo, ceux qui jugent à leur juste valeur les exploits de Bartali, Coppi, Koblet, Van Looy, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, Fignon, Kelly, LeMond, Indurain, Pantani, pour ne pas parler que des champions du vingtième siècle. Oui, fermons cette page pour se projeter vers l’avenir, c’est-à-dire dans le cas de Contador sur le 4 juillet, date du départ du Tour de France. Peut-il réaliser le doublé, qu’il aurait pu réaliser en 2011 sans ses chutes au début et au milieu du Tour (il a terminé à la cinquième place), qu’il aurait pu réaliser facilement en 2012, comme je l’ai écrit précédemment, à supposer que cela fût dans ses objectifs, s’il n’avait pas été interdit de course jusqu’au départ de la Vuelta (qu’il a gagnée après être resté un an sans courir) en août 2012 ? Peut-être, même si je suis persuadé que le meilleur Contador se situait précisément entre 2009 et 2012. Oh certes, il est encore très fort, comme on a pu le constater tout au long de la saison 2014, notamment lors de la Vuelta où il a battu Froome et les autres en donnant une impression de plénitude qu’on ne lui avait plus connue depuis le Giro 2011. Comme on vient de le constater, aussi, lors du Giro qu’il vient d’enlever, sans une grande équipe pour l’épauler (Chiappucci a même dit qu’il avait gagné seul !) et sans être au même sommet de forme qu’il avait au départ du Tour 2014 ou lors de la dernière semaine de la Vuelta, quelques semaines plus tard.

Néanmoins je persiste et je signe, je pense que ce sera d’autant plus dur que Contador est un peu moins fort en montagne qu’il ne le fut lors du Giro 2011 ou rien ni personne (Scarponi, Nibali, Gadret, Rodriguez…) ne semblait lui résister. Connaissant l’admiration que je porte à ce super champion, je suis d’autant plus à l’aise pour le dire. En revanche, son niveau est toujours aussi élevé contre-la-montre, comme en témoignent ses résultats à la Vuelta 2014 (quatrième du c.l.m. à 39s de Martin) et au Giro de cette année, n’étant battu que de 14s sur les 60 km entre  Trévise et Valdobbiadene, par Kyrienka, un des tous meilleurs rouleurs du peloton. Hélas pour lui, les organisateurs du Tour ont décidé (pourquoi ?) d’oublier qu’un beau c.l.m. de 50 ou 60 km est une des plus belles traditions du Tour de France. Du coup, le seul c.l.m. individuel aura lieu le premier jour et sera considéré comme un long prologue (13.8 km). En revanche, et cela n’est pas pour aider le Pistolero, il y aura, comme en 2014, plusieurs portions pavées lors de la 4e étape entre Seraing et Cambrai, au total sept secteurs répartis sur 13,3 kilomètres. Certes deux de ses trois principaux rivaux (Froome, Quintana) sont loin d’être à l’aise sur les pavés, mais Nibali peut en revanche reprendre plusieurs minutes sur ces routes. Tout cela rend le pari 2015 de Contador très indécis, en espérant surtout qu’il aura une meilleure équipe que sur le dernier Giro, où force est de reconnaître qu’il a dû se débrouiller seul chaque fois que la route s’élevait, alors que l’équipe Astana disposait de quatre ou cinq coureurs pour accompagner Aru et Landa jusqu’aux derniers hectomètres des cols au programme des étapes de montagne. Cette fois, face aux armadas Sky, Movistar et Astana, il faudra que Contador soit entouré par du « solide »…ce qui devrait être le cas avec l’apport de coureurs aussi forts que Majka en montagne ou encore Sagan, lequel peut être très utile sur les pavés.

Tout cela pour dire que l’exploit peut-être réalisé si, d’abord, la malchance épargne le Pistolero. La chance fait aussi partie de la compétition. Globalement elle a accompagné Contador dans sa carrière, mais en 2011 lors du Tour de France et plus encore lors de ce même Tour en 2014, elle l’a abandonné. Ensuite il faudra qu’il ait récupéré de ses efforts du Giro, des efforts qu’il n’imaginait pas devoir faire en aussi grand nombre. En revanche, face à ses grands rivaux (Froome, Quintana et Nibali), il aura l’avantage d’avoir une pression moindre, car sa saison est déjà réussie, alors que lesdits rivaux ont tout misé sur le Tour. Enfin, Contador a l’avantage d’être un remarquable tacticien. S’il décèle une faiblesse chez ses rivaux, ils le paieront immédiatement en minutes. N’oublions pas son attaque de Fuente Dé lors de la Vuelta 2012 à 50 km de l’arrivée, sans doute un de ses plus grands exploits. Alors, pour être honnête, je dirais qu’il peut faire ce doublé, mais cela ne tombe pas sous le sens.

Cela étant, avec cet extraordinaire champion, tout est possible. Qui se serait relevé comme il l’a fait en 2011 dans le Giro, après son problème dans le Tour 2010 ? Un Giro 2011, qui reste à mon avis son chef d’œuvre, dans lequel il a subi tous les contrôles possibles, tous négatifs, ce qui explique qu’il ait montré au public et au monde entier à l’arrivée à Milan ce dimanche le chiffre TROIS avec sa main, pour bien indiquer que dans son esprit, comme dans celui de la quasi-totalité des amateurs de vélo, il avait bien remporté ce Giro 2011 et deux victoires d’étapes. Preuve qu’il n’a  jamais eu besoin de ces traces de clembutérol, qui en aucun cas ne pouvait améliorer son rendement, pour être l’immense champion qu’il est. Qui serait revenu aussi fort qu’avant, suite à pareille vilénie subie entre 2010 et 2012 ? Si, je connais au moins deux champions qui sont revenus à leur meilleur niveau après avoir subi une longue interruption dans leur carrière : Coppi, après sa chute au Giro 1950 qui lui avait occasionné une triple fracture du bassin, et Hinault, après son opération du genou en 1983. En écrivant ces mots je réalise que Contador est en bonne compagnie, puisque Coppi c’est le Campionissimo, et Hinault est le deuxième plus beau palmarès de l’histoire du vélo. Un classement où Contador se place aujourd’hui à la sixième place, derrière Merckx, Hinault, Anquetil, Coppi et Kelly, et devant Bartali, Indurain, Armstrong et Gimondi. Et cela personne ne peut le contester…à moins de ne rien connaître à l’histoire du cyclisme sur route !

Michel Escatafal


Le Tour d’Italie vu à travers l’alphabet

maillot roseCe samedi 9 mai 2015, va commencer la deuxième plus grande épreuve du calendrier cycliste international, le Tour d’Italie ou si l’on préfère le Giro. Un parcours long de 3486 kilomètres, un peu moins dur que certaines éditions, mais plus difficile que quelques autres, notamment à l’époque de Moser-Saronni, où les organisateurs escamotaient ce qui a fait la grande caractéristique de l’épreuve, la montagne. Cette année il y en aura encore pas mal, et, même si le parcours ne sera pas aussi difficile qu’en 2011 ou que dans certaines éditions des années 40 ou 50, il sera quand même exigeant avec 7 arrivées en altitude, l’ascension de cols mythiques comme le Mortirolo ou la Finestre, plus un contre-la-montre individuel de presque 60 kilomètres. Bref de quoi faire pour les coureurs, et de quoi aussi assurer un minimum de suspens pour la victoire finale, laquelle ne devrait pas échapper à Contador, sauf accident ou grosse défaillance. Néanmoins il devra faire attention à des coureurs comme Porte, devenu très bon en montagne et surtout très bien épaulé par son équipe Sky, ou comme Rigoberto Uran, sans oublier celui qui sera le favori des tifosi, Aru, révélation de l’an passé avec une troisième place au Giro et une cinquième à la Vuelta.

Voilà pour la présentation sommaire de cette course au maillot rose 2015, un maillot rose qui fait immédiatement penser aux Girardengo (2 fois vainqueur en 1919 et 1923), Binda (5 victoires dans les années 20 et 30), Bartali (3 fois vainqueur dans les années 30 et 40), Coppi (5 victoires entre 1940 et 1953), Magni ( 3 victoires entre 1948 et 1955), Koblet (premier étranger vainqueur en 1950), Gaul (2 victoires en 1956 et 1959), Anquetil (2 victoires en 1960 et 1964), Merckx ( 5 victoires entre 1968 et 1974), Hinault ( 3 fois vainqueur en 1980, 1982 et 1985), Fignon (premier en 1989), Indurain (vainqueur en 1992 et 1993) ou plus près de nous Contador qui l’emporta en 2008 et 2011. Encore une fois, je vais répéter que c’est Contador qui s’est imposé en 2011, même si le palmarès officiel (pour l’instant !) indique Scarponi.

Comme j’ai déjà beaucoup écrit sur le Giro, je vais me livrer à un petit jeu que l’on retrouve dans les journaux spécialisés avec pour chaque lettre de l’alphabet un coureur qui a marqué l’histoire du Giro et quelques autres que j’aurais pu inscrire sur le même plan. Je ne sais pas si toutes les lettres seront utilisées, mais je vais quand même essayer, en commençant par A comme Adorni, vainqueur en 1965. Vittorio Adorni fut un des champions italiens dans les années 60, remportant, outre le Giro, le Tour de Romandie (1965), le Tour de Belgique (1966), le championnat d’Italie en 1969, et le championnat du monde sur route en 1968. Un joli palmarès pour un coureur dont peu de monde se souvient en dehors de l’Italie, mais qui était un de ceux que craignait le plus Jacques Anquetil. A aussi comme Alavoine, qui fut le premier français à s’illustrer dans l’épreuve italienne, en terminant troisième en 1920.  A aussi comme Anquetil, mais l’extraordinaire rouleur normand a tellement fait parler de lui qu’il n’est pas la peine d’insister. A comme Armstrong qui ne courut le Giro qu’une fois (en 1969), et ne le gagna jamais.

B comme Bobet, qui n’a jamais gagné le Giro, mais qui aurait dû le gagner en 1957. Tous les ingrédients étaient réunis pour qu’il l’emporte, malgré un début de saison quelque peu laborieux. A la tête d’une forte équipe avec Geminiani, son fidèle Barbotin, Antonin Rolland et son frère Jean, on imaginait mal que le triple vainqueur du Tour soit battu. Il le fut pourtant, à la fois à cause de sa témérité, attaquant dès la première étape, prenant le maillot rose dès le début de la course, même si son but était de distancer Charly Gaul, vainqueur l’année précédente, avant la montagne. Cela pouvait très bien s’expliquer, mais un évènement aller déclencher la colère du grimpeur luxembourgeois qui avait le maillot rose sur les épaules. Bobet voulant à tout prix faire la peau de Gaul lança une bordure avec ses coéquipiers. Résultat, Gaul perdit 10 minutes, mais se promit de se venger. Il le fit un peu plus tard en soutenant à fond Nencini, suite à une crevaison de ce dernier immédiatement exploité par Bobet et Baldini. Mais comme Baldini était italien, il refusa de relayer Bobet, lequel finit par être rejoint par Nencini et Gaul juste avant l’arrivée. Sans les relais de Gaul, Nencini ne serait jamais rentré et aurait perdu 10 minutes, si l’on en croit Geminiani. Finalement Bobet perdra ce Giro pour…19 secondes. J’aurais pu aussi écrire B, comme Binda, comme Baldini, maillot rose en 1958, Balmanion, deux fois vainqueur en 1962 et 1963, Battaglin, vainqueur en 1981, un des rares coureurs à avoir fait le doublé Giro-Vuelta, Bitossi, l’homme au cœur fou, plusieurs fois meilleur grimpeur du Giro. Bien sûr, j’aurais aussi pu écrire B comme Bartali, dont j’ai très souvent évoqué le nom sur ce site.

C comme Coppi, comme Contador, ce qui est trop facile, mais plutôt C comme Clerici, cet inconnu suisse qui ne gagna pratiquement que le Giro en 1954, grâce à la bienveillance de son ami Koblet, qui, en grand seigneur qu’il était, se mit entièrement à la disposition de son compatriote, et termina à la deuxième place. C quand même comme Cippolini et ses quarante-deux victoires d’étapes.

D comme Di Luca, qui remporta le Giro en 2007, battant le jeune Andy Schleck, dont le jeune âge (22 ans à l’époque) laissait prévoir une grande carrière, qu’il ne fit pas malgré sa grande classe, se contentant d’une victoire dans Liège-Bastogne-Liège. C’est un petit palmarès pour un coureur de cette classe,alors que celui de Di Luca est beaucoup plus fourni, mais trop de zones d’ombre planent sur ses victoires au Giro et dans plusieurs grandes classiques pour qu’on insiste sur ces performances.

E comme Enrici, vainqueur du Giro en 1924, après avoir pris la troisième place en 1922. Ensuite il termina cinquième en 1926.

F comme Fuente, le remarquable grimpeur espagnol, vainqueur de deux Tours d’Espagne en 1972 et 1974. Il gagnera en tout neuf étapes dans le Giro, dont cinq lors du Giro 1974, qu’il terminera à la cinquième place à 3mn22s de Merckx, qui remportait son cinquième Tour d’Italie, après avoir subi une défaillance dans une étape de plaine qui lui coûta une perte de temps de six minutes sur le super champion belge. Il termina aussi second en 1972, laissant le maillot rose à Merckx. F aussi comme Fornara, remarquable rouleur italien qui termina sur le podium, comme nous dirions de nos jours, en 1953, ce qui signifie qu’il fut le meilleur derrière les deux supers cracks qu’étaient Coppi et Koblet. La preuve, si Coppi l’emporta avec 1mn29s sur Koblet, Fornara termina troisième à 6mn55s de Coppi, Bartali prenant la quatrième place à plus de 14mn du campionissimo. F comme Fignon évidemment, second en 1984, mais vainqueur en 1989.

G comme Girardengo, considéré comme le premier campionissimo de l’histoire du cyclisme italien. Il gagna deux Tours d’Italie en 1919 et 1923, remportant dans cette même épreuve 30 victoires d’étapes. Il fut neuf fois champion d’Italie, et s’imposa six fois dans Milan-San Remo entre 1919 et 1928, sans oublier ses trois victoires dans le Tour de Lombardie (1919, 1921 et 1922). A noter que, comme Coppi, il était né à Novi Ligure (1893). Il fut à son époque une véritable idole en Italie, et son palmarès serait beaucoup plus fourni sans la guerre de 1914-1918. J’aurais aussi pu citer Luiggi Ganna, premier vainqueur du Giro (1909), Charly Gaul et son fabuleux exploit dans l’étape du Monte Bondone en 1956, où il écrabouilla tous ses adversaires dans la pluie, la neige et le froid, bénéficiant aussi de l’astuce de l’ancien champion Learco Guerra (vainqueur du Giro 1934) qui lui fit prendre un bain chaud dans une auberge au pied du col. G encore comme Gimondi (triple vainqueur) qui, sans Merckx, aurait un palmarès extraordinaire. Cela dit, on n’oubliera pas qu’il récupéra injustement une victoire dans ce Giro en 1969, Merckx étant déclassé pour dopage…sans que personne n’ait pu démontrer sa culpabilité. Curieux que ce genre de choses arrive très souvent aux plus grands !

H comme Hampsten qui s’imposa en 1988, et devint le premier Américain à s’imposer dans le Giro. Sa victoire restera à jamais dans toutes les mémoires en raison des conditions dantesques qui régnèrent sur l’étape Valmalenco-Bormio avec un passage au sommet du fameux Gavia, col mythique s’il en est avec ses 17 kilomètres de montée à presque 8% de moyenne. Si Hampsten s’imposa dans ce Tour d’Italie, c’est parce qu’il sut mieux que les autres se protéger du froid intense (-5 °) qui régnait sur la région. Mais aussi grâce à une paire de lunettes de skieur pour y voir plus clair, ce qui lui permit de suivre le Néerlandais Erik Breukink, qui remporta l’étape, mais qui avait trop de retard au classement général pour s’emparer du maillot rose, lequel échut à l’Américain, au grand dam des Italiens qui voyaient déjà Chioccioli en vainqueur. J’aurais évidemment pu écrire H comme Hinault, mais ceux qui me lisent savent que j’ai souvent parlé du « Blaireau » sur ce site, lui qui figure juste derrière Merckx au classement des plus beaux palmarès. H aussi comme Hesjedal, premier Canadien vainqueur d’un grand tour, qui s’imposa dans le Giro 2012.

I comme Indurain, deux fois triomphateur de la grande épreuve italienne en 1992 et 1993, faisant aussi le doublé Giro-Tour au cours de ces deux années. Indurain figure parmi les plus grands champions de l’histoire du cyclisme, à la fois grand rouleur et grimpeur puissant, le meilleur de sa génération au début des années 90. C’est pour cela qu’on peut dire qu’il a gagné ses deux Tours d’Italie comme ses cinq Tours de France à la manière de Jacques Anquetil autrefois.

J comme Jalabert, qui aurait pu gagner le Giro 1999 si …Pantani avait été banni de la course pour un taux hématocrite trop élevé un jour plus tôt. Si j’écris cela, ce qu’on ne trouve nulle part ailleurs, c’est parce que Jalabert était le plus fort cette année-là, derrière le surpuissant Pantani, qu’il essaya en vain de suivre lors de l’étape qui arrivait à Madonna di Campiglio. Il y réussit pendant la plus grande partie de l’étape, mais il paya les efforts faits pour suivre « le Pirate » vers la fin de l’étape. Il avait remporté trois étapes, plus le classement par points et avait été maillot rose pendant six jours. Le vainqueur final sera le pâle Ivan Gotti (déjà vainqueur en 1997), de quoi donner des regrets à notre « Jaja » national.

K comme Koblet, premier étranger, comme je l’ai déjà écrit à remporter le Giro (1950). J’ai beaucoup écrit sur le Suisse, sans doute le seul coureur de son époque, dans ses meilleurs jours, capable de suivre le grand Coppi dans un grand tour. Qu’on se rappelle le Giro 1953, sans doute un des plus beaux duels que le cyclisme nous ait offert. Dommage que sa carrière ait été aussi courte, mais le bel Hugo, si bien gâté par la nature, ne savait pas résister aux tentations de la vie facile, difficilement compatible avec les exigences de la haute compétition. K comme Kubler, autre star suisse de l’époque, qui ne peut s’enorgueillir que d’une troisième place en 1951 et 1952.

L comme Le Mond, qui termina troisième du Giro en 1985, derrière Hinault et Moser, ce que nombre d’amateurs de vélo ont oublié. Cette place sur le podium préfigurait sa victoire dans le Tour de France 1986. Le Mond, dans le sillage de Bernanrd Hinault montait en puissance, comme on dit, mais dans ce Giro Hinault était encore le plus fort.

M comme Massignan, merveille de petit grimpeur italien, comme il le prouvera aussi dans le Tour de France en étant le lauréat du grand prix de la Montagne en 1960 et 1961. Il finira à la troisième place du Giro 1962, après avoir été quatrième en 1960 à l’âge de 23 ans. Hélas pour lui, il ne confirmera jamais les espoirs placés en lui, et son palmarès sera finalement très maigre. Evidemment j’aurais aussi pu écrire M comme Merckx, comme Motta, vainqueur du Giro 1966 (en montant « les cols en roue libre..quand Anquetil devait pédaler » aux dires de Geminiani), grand rival à l’époque de Gimondi, même si son palmarès ne le confirme pas malgré une victoire dans le Tour de Lombardie en 1964, le Tour de Suisse en 1967 et le Tour de Romandie 1971. M comme Mottet aussi, qui termina deuxième en 1990 derrière Gianni Bugno. M comme Moser évidemment, qui s’imposa dans la controverse face à Laurent Fignon en 1984, ce dernier s’estimant volé entre les changements de parcours et les poussettes non sanctionnées. Cela étant Moser figure parmi les grands du cyclisme pour l’éternité. M comme Magni aussi, surnommé « le lion des Flandres » pour ses trois victoires au Tour des Flandres entre 1949 et 1951, et vainqueur de trois Tours d’Italie en 1948, 1951 et 1955. (J’ai consacré deux articles sur lui sur ce site en 2012).

N comme Nencini, dont j’ai déjà parlé avec Louison Bobet, mais plutôt N comme Nibali, qui remporta son unique Giro à ce jour en 2013, dans une épreuve marquée par le mauvais temps. Nibali est aussi un coureur qui figure parmi les rares vainqueurs des trois grands tours avec Anquetil, Gimondi, Merckx, Hinault et Contador, même si son palmarès est encore très loin de celui de ses prédécesseurs.

O comme Oriani, vainqueur en 1913. C’était un excellent coureur avant la première guerre mondiale, puisqu’il inscrivit aussi à son palmarès  le Tour de Lombardie en 1912. Mais je préfère O comme Olmo, grand poursuiteur dans les années 30 et 40, recordman de l’heure en 1935 (45.090 km), champion d’Italie sur route en 1936, vainqueur de Milan-San Remo en 1938. Après sa carrière cycliste il créa une usine de bicyclettes à Celle-Ligure, devenu une des références dans le monde des cyclistes, notamment avec la gamme « Biciclissima ». O comme Ortelli qui finit à la troisième place en 1946, après avoir remporté une étape et porté le maillot rose six jours durant. Il est connu aussi pour avoir été un redoutable rival pour le grand Fausto Coppi en poursuite, puisqu’il l’a battu à deux reprises en 1945 et 1946.

P comme Petterson, Gosta de son prénom, vainqueur du Giro 1971, après avoir gagné le Tour de Romandie en 1970. Avec ses trois frères, il fut à trois reprises champion du monde amateurs du contre-la-montre par équipes pour le compte de l’équipe de Suède. Nul doute que s’il était passé professionnel plus tôt, son palmarès serait beaucoup plus étoffé.  P aussi comme un autre Suédois, Prim, qui eut la malchance en 1982 d’avoir à affronter Bernard Hinault, terminant second cette année-là comme la précédente. Evidemment j’aurais pu écrire P comme Pantani, qui réalisa le doublé Giro-Tour en 1998, et dont le nom résonne toujours aussi fort dans le cœur des tifosi, sans doute un des plus grands grimpeurs de l’histoire du vélo. P comme Panizza, qui courut dix-huit fois le Giro, ne l’abandonnant que deux fois, qui donna du fil à retordre à Hinault en 1980, le champion breton ne prenant le maillot que l’avant-veille de l’arrivée. P comme Pambianco, qui l’emporta en 1961 devant Jacques Anquetil, P comme Petacchi et ses vingt-deux victoires d’étapes.

Q comme Quintana. Le symbole du renouveau du cyclisme colombien a remporté l’an passé le Giro, première victoire pour lui dans un grand tour à l’âge de 24 ans, devant un autre colombien Rigoberto Uran. Quintana est pour beaucoup le futur grand crack du vélo sur route, parce qu’il est déjà au niveau de Contador ou Froome, beaucoup plus âgés que lui. Ce sera un des grands favoris du Tour de France, après avoir remporté cette année Tirreno-Adriatico.

R comme Rodriguez, deuxième du Giro 2012, qui court toujours après un succès dans un des trois grands tours nationaux. Comment a-t-il pu s’y prendre pour perdre le Giro 2012 ? J’aurais aussi pu écrire R comme Rominger, le meilleur coureur de sa génération derrière Indurain, vainqueur du Giro 1995 et de trois Vueltas. Mais surtout R comme Roche, le remarquable coureur irlandais, qui réussit la même année un exploit que seul Merckx réussit à accomplir, à savoir remporter le Giro, le Tour de France et le championnat du monde sur route. Dans le Giro 1987, il dut affronter dans sa propre équipe Carrera, l’Italien Visentini, chouchou des tifosi, fils d’un riche industriel, vainqueur du Giro 1986 devant Saronni et Moser. En fait, malgré un succès juste avant le Giro dans le Tour de Romandie, Roche devait aider Visentini à gagner son second Giro. C’était du moins l’intention de ses employeurs…qu’il contraria jusqu’au bout au point de s’imposer, malgré les demandes réitérées de respecter les consignes d’équipe.

S comme Saronni, vainqueur du Giro en 1979 et 1983. Grand rival de Moser à cette époque, il bénéficia de l’aide des organisateurs qui avaient tendance à faire des parcours sur mesure pour les deux champions italiens. Et comme ils n’avaient rien de grimpeurs ailés, on se retrouva avec des parcours que nombre d’observateurs jugeaient indignes du Giro, la montagne faisant partie intégrante de sa légende. S aussi comme Simoni et Savoldelli qui s’imposèrent tous deux à deux reprises entre 2001 et 2005.

T comme Tonkov, deuxième coureur russe, après Berzin (1994), à remporter le Giro. Il s’imposa en battant l’Italien Zaina et Abraham Olano, lequel portait le maillot de champion du monde sur les épaules. Tonkov, qui fit la totalité de sa carrière en Italie, se classera neuf fois dans les dix premiers entre 1992 et 2002. Il aimait manifestement le Giro, plus que le Tour de France qu’il ne termina jamais les trois fois qu’il le courut. T comme Taccone aussi, petit grimpeur italien de grand talent, surnommé « le grimpeur des Abbruzes », qui remporta le grand prix de la Montagne en 1963. T aussi comme Vincenzo Torriani, inamovible directeur du Giro entre 1948 et 1993, au chauvinisme exacerbé aux yeux de certains, comme on a pu le constater à travers l’absence de sanctions pour les coureurs bénéficiant de poussettes, ou, comme je l’ai indiqué, pour faire des parcours sur mesure au profit des coureurs italiens.

U comme Ugrumov, coureur anciennement soviétique originaire de la Lettonie dont il porta les couleurs à partir de 1991. Il termina à la seconde place du Giro 1993 derrière l’intouchable Indurain, et finit troisième en 1995 derrière Rominger et Berzin.

V comme Valetti, vainqueur en 1938 et 1939, en devançant cette année-là Gino Bartali. V comme Van den Bossche, un des meilleurs lieutenants d’Eddy Merckx, qui accompagna tellement bien son leader dans les cols italiens en 1970, qu’il s’offrit le prix du meilleur grimpeur, et termina à la troisième place derrière Gimondi et Merckx. V aussi comme Van Steenbergen, un des meilleurs routiers-sprinters de l’histoire, triple champion du monde sur route, remarquable pistard, qui termina à la deuxième place du Giro 1951, derrière Magni (à 1mn46s) et devant Kubler. Un coureur beaucoup plus complet que ce que l’on peut imaginer.

W comme Weylandt, qui hélas mourra des suites d’une chute terrible, dans une descente à 25 km de l’arrivée, lors de la troisième étape de l’édition 2011. Un drame du vélo qui rappelle à ceux qui ne parlent de ce sport qu’à travers les affaires de dopage, que le cyclisme de haute compétition est à la fois très dur et très dangereux, et que, rien que pour cela, il mérite infiniment plus de respect que ne lui en accordent généralement les pourfendeurs du vélo n’ayant jamais pu monter la côte de l’église de leur village.

Y comme Yates. Cet ancien bon coureur britannique, qui a longtemps été directeur sportif de l’équipe Sky (Wiggins, Froome), a participé à trois Tours d’Italie (1987, 1989 et 1992), mais ne termina que l’édition 1992 à une modeste 87ème place. Cela dit, il est quand même resté un personnage important du vélo puisqu’il est aujourd’hui dans l’encadrement de l’équipe Tinfoff-Saxo d’Alberto Contador,  Ivan Basso (double vainqueur en 2006 et 2010), Roman Kreuziger et Michael Rodgers, qui accompagneront leur leader sur le Giro qui commence aujourd’hui.

 Z comme  Zilioli, qui termina à trois reprises second du Giro, dont une fois (1964) derrière Jacques Anquetil à seulement 1mn22s du Normand, la différence se faisant sur les 50 km de l’étape c.l.m. entre Parme et Busseto. Il sera deuxième aussi en 1965 et 1966, mais aussi troisième en 1969. C’était aussi un excellent coureur dans les courses d’un jour, ayant remporté entre 1963 et 1973, la quasi-totalité des semis-classiques italiennes.

Voilà un petit résumé de l’histoire du Giro à travers les noms de coureurs plus ou moins inconnus de nos jours, de champions qui ont brillé sur l’épreuve phare italienne, de grands champions qui l’ont emporté une ou plusieurs fois, et de superchampions qui se sont adjugé la victoire dans plusieurs grands tours pour ne pas dire les trois.

Michel Escatafal


2015 ne sera pas du même cru que 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995 pour le cyclisme français

PoulidorJajaEnfin un Poulidor qui gagne ! C’est ce que semblent affirmer ceux qui ne connaissent pas la carrière de celui qui fut le meilleur coureur français, et même mondial, des années 60 (après Jacques Anquetil)  jusqu’au début des années 70, à savoir Raymond Poulidor. Car, contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, Poulidor a beaucoup gagné dans sa carrière professionnelle, avec notamment une Vuelta (1964), Milan- San Remo (1961), la Flèche Wallonne (1963), le Dauphiné Libéré (1966 et 1969), , le Grand Prix des Nations qui était à l’époque le véritable championnat du monde contre-la-montre (1963), Paris-Nice (1972 et 1973), la Semaine Catalane (1971) et un titre de champion de France (1961). Rien que ça ! Combien de coureurs d’aujourd’hui peuvent se prévaloir d’un pareil palmarès ? Très peu. En fait seuls Contador, Cancellara, Gilbert et Valverde peuvent s’enorgueillir d’une pareille collection de grandes victoires, avec une diversité que seul Valverde peut revendiquer.

Cela signifie que le petit-fils de Poulidor a de qui tenir d’autant que son papa, Adrie Van der Poel, fut lui-même un beau champion, remportant notamment un Tour des Flandres (1986), Créteil-Chaville appellation à l’époque de Paris-Tours (1987), Liège-Bastogne-Liège (1988) et l’Amstel Gold Race (1990), sans oublier un titre mondial en cyclo-cross (1996). Or, justement, c’est dans cette discipline que Mathieu Van der Poel vient d’être sacré champion des Pays-Bas à l’âge de 20 ans dans la catégorie Elite. Et comme le jeune homme  a déjà remporté le titre de champion du monde sur route juniors en 2013, on voit que son avenir apparaît doré, au point que beaucoup d’observateurs avisés du vélo pensent que c’est peut-être lui le futur crack de la fin des années 2010 et du début des années 2020. Dommage qu’il ait opté pour la nationalité néerlandaise diront les amateurs de vélo franchouillards, mais que les mêmes se consolent en se disant que s’il devient ce qu’il pourrait être, on se chargera de souligner à l’envie qu’il est d’abord le petit-fils de notre Poupou national.

Fermons la parenthèse pour évoquer ce que pourrait être l’année cycliste 2015, qui sera fatalement moins glorieuse pour le cyclisme français que les années 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995. Si j’évoque ces années se terminant par 5, c’est parce que nous sommes en janvier et que les pronostics commencent à fleurir sur la saison à venir, où l’on verra Contador tenter le doublé Giro-Tour, Wiggins et Martin faire une tentative sur l’heure, et Froome et Quintana tenter un doublé inédit, Tour-Vuelta, depuis Bernard Hinault en 1978, à une époque où le Tour d’Espagne se déroulait au printemps. Pour mémoire, l’année 1955 avait été marqué par le troisième succès de Louison Bobet dans le Tour de France, prouvant qu’il était bien le meilleur coureur de son temps, d’autant que cette même année il avait remporté le Tour des Flandres avec le maillot de champion du monde sur le dos. En 1965, l’exploit de la saison aura été le fabuleux doublé Dauphiné Libéré- Bordeaux-Paris de Jacques Anquetil, sept heures séparant l’arrivée de la course à étapes du départ de ce qu’on appelait le « Derby de la route » dont la distance était de 572 kilomètres. Une victoire hallucinante si l’on songe que Jacques Anquetil avait dormi seulement une heure avant de prendre le départ, en pleine nuit,  de la plus longue classique du calendrier. Evidemment les contempteurs du vélo ne manqueront pas de souligner qu’Anquetil n’avait pas avalé que du sucre pendant la course, mais le résultat était là : le coureur normand avait accompli un exploit insensé.

En 1975, c’est Bernard Thevenet qui allait se couvrir de gloire en faisant mordre la poussière au grand Eddy Merckx. Après une victoire au Dauphiné Libéré, Thevenet se sentait prêt pour frapper un grand coup lors du Tour de France et priver ainsi Merckx du record de victoires dans le Tour de France (5 à l’époque). La victoire du coureur bourguignon paraissait à première vue quelque peu utopique, car jusque-là seul Ocana avait vraiment battu le fantastique coureur belge à la régulière. Et pourtant, malgré un début de Tour un peu poussif, avec une perte de 52 secondes sur 16 km c.l.m. à Merlin-Plage (sixième étape), Thévenet ne perdait pas espoir, parce qu’il ne concédait que 9 secondes au « Cannibale » entre Fleurance et Auch sur une distance de 37 kilomètres (neuvième étape), preuve que la marge de Merckx n’était pas si importante. La confirmation viendra un peu plus tard sur les pentes du Puy-de-Dôme (quatorzième étape), où Van Impe s’imposait au sommet devant Thévenet, avec l’épisode imbécile d’un « beauf » sur le bord de la route, celui-ci donnant un coup de poing au foie à Merckx, lequel fut handicapé sur la fin de la montée. Mais ce coup de bêtise du spectateur n’expliquait pas tout, puisque lors de la première étape alpestre Thévenet allait reléguer Merck à près de 2 minutes, ce dernier s’effondrant après une descente du col d’Allos à tombeau ouvert, où il avait pris pratiquement une minute à Thevenet. Le lendemain Bernard Thévenet, revêtu de jaune, allait porter l’estocade définitive dans l’Izoard, là où tellement de grands champions (Bobet, Coppi…) ont écrit quelques unes de leur plus belles pages d’histoire.

En 1985, c’est Bernard Hinault qui réalisera de nouveau le doublé Giro-Tour, après avoir été dominé l’année précédente par Laurent Fignon dans le Tour de France. Cela étant, en 1984, malgré toute sa bravoure, Hinault ne pouvait rien contre le meilleur Laurent Fignon que l’on ait connu, en raison aussi des suites de son opération un an auparavant. L’année suivante en revanche Hinault retrouvera toute sa verve et s’imposera devant son équipier Greg Le Mond, malgré une chute à Saint-Etienne où il eut le nez cassé, et grâce aussi, il faut bien le dire, à la bienveillance de son directeur sportif, Paul Koechli, qui avait interdit à l’Américain d’attaquer son adversaire blessé. Cela permettait à Hinault de rentrer dans le club très fermé des quintuples vainqueurs du Tour  avec Anquetil, Merckx, et dix ans plus tard Indurain, lesquels seront dépassés dans les années 2000 par Armstrong, qui l’emportera à 7 reprises…même s’il ne figure plus au palmarès, contrairement à d’autres coureurs ayant avoué s’être dopés. Comprenne qui pourra !  Trente ans après, Hinault est toujours le dernier vainqueur français du Tour de France, et ce n’est pas en 2015 qu’il aura un successeur, même si cette année deux Français (Péraud et Pinot) sont montés sur le podium…en l’absence pour raison diverses de Froome, Contador et Quintana.

Enfin il faut ajouter la formidable saison réalisée par Laurent Jalabert en 1995, avec au printemps ses victoires dans Paris-Nice, Milan-San Remo, la Flèche Wallonne, le Tour de Catalogne, le Critérium International et à la fin de l’été la Vuelta. Ouf, n’en jetons plus ! Laurent Jalabert était bien à ce moment le meilleur coureur du monde, même si Indurain pouvait lui contester cette suprématie en ayant gagné cette même année 1995, le Dauphiné Libéré, le Tour de France et le championnat du monde contre-la-montre. Il n’empêche, en 1995, comme en 1996, 1997 et 1999, Jalabert terminera premier au classement UCI. Personnellement, si je devais souligner une victoire plus qu’une autre en cette année 1995 bénie pour lui, ce serait Milan-San Remo, où il fut le seul à résister à la terrible attaque de Fondriest, champion du monde en 1988 et vainqueur en 1993 de la Primavera, dans la montée du Poggio. A cette occasion Jalabert fit preuve, dans la descente qui menait à l’arrivée, d’un sang-froid extraordinaire, en roulant avec son adversaire pour conserver les 8 secondes d’avance qu’ils avaient au sommet, tout en ne se découvrant pas trop pour l’emporter au sprint , ce qu’il fit à l’issue d’un mano a mano d’anthologie, les deux hommes terminant aux deux premières places avec quelques mètres d’avance sur leurs poursuivants. Magnifique succès de « Jaja », d’autant  qu’il était le super favori des suiveurs, preuve qu’il était bien considéré comme le meilleur. Quand un autre Français remportera-t-il la magnifique classique italienne ? Je ne sais pas, même si nos deux jeunes sprinters, Bouhanni et Démare, sont en grands progrès depuis deux ans. Mais sera-ce suffisant pour vaincre sur la Via Roma ? Je le souhaite très fort, sans trop y croire cependant. Peut-être un jour Bryan Coquard, coureur très véloce et remarquable pistard, capable en outre de passer de courtes bosses ?

Meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2015.

Michel Escatafal