Un mois de janvier très maussade pour qui aime le rugby

Cette fois le XV de France, c’est sûr, va gagner le Tournoi des 6 Nations, sorte de mini championnat d’Europe pour le rugby. Mini parce qu’il concerne non pas six nations mais quatre en réalité, à savoir la Grande-Bretagne, l’Irlande, la France et l’Italie. Et pourtant dans ces pays le rugby est considéré comme le deuxième sport collectif, après le football, avec une forte propension à ressembler à ce dernier, avec toujours plus de compétitions destinées à alimenter les caisses des fédérations et des clubs, les tournées d’automne et d’été étant désormais immuables dans un calendrier beaucoup trop surchargé, notamment en Europe, avec les dégâts sur la santé des joueurs que j’ai déjà évoqués sur ce site. Je n’y reviens pas, même si on a eu très peur il y a deux semaines avec le terrible K.O. subi par le jeune Ezeala, suite à une charge dévastatrice (régulière) du racingman Vakatawa. Quand va-t-on comprendre que le rugby, tel que nous l’avons pratiqué dès notre plus jeune âge, est devenu depuis l’avènement du professionnalisme, un sport où seules la force et la puissance prédominent, au point de se demander si l’on ne va pas faire comme les Américains avec leur rugby-football, à savoir jouer avec des casques?

Où sont nos M. Prat, Martine, les Boniface, Maso, Trillo, Sangalli, Codorniou ou encore Blanco, Charvet et Sella, pour ne citer qu’eux en France, qui misaient essentiellement sur la technique et la vitesse pour déposer le ballon derrière la ligne des poteaux adverses? Et pour enfoncer le clou, je dirais que c’était beau, que c’était même magnifique de voir des joueurs de cet acabit à la manoeuvre, alors qu’aujourd’hui le rugby à XV est devenu une sorte de mauvais rugby à XIII, où un joueur de plus de 90-100 kg arrive lancé à fond, percutant avec toute sa force le défenseur en face de lui pour lui faire mal et le laisser passer la ligne d’avantage. Pire encore, on en arrive à trouver (presque) génial dans notre pays un numéro 9 comme Parra, qui donne l’impression de courir le 100m en 14s, alors que Serin que le nouveau sélectionneur, Brunel, s’est empressé d’éjecter du XV de France avant de le rappeler précipitamment suite au forfait de ce même Parra, est déjà presque considéré comme has been. Certes ce n’est pas nouveau dans notre rugby de préférer des joueurs ordinaires à des joueurs doués d’un grand talent, sinon Maso ou les Boniface, sans oublier Nadal (0 sélection) leur fils spirituel, mais aussi Max Barrau, Gallion auraient 60 ou 70 sélections…comme Parra.

Est-ce que les changements opérés par Brunel seront suffisants pour gagner le Tournoi des 6 Nations et plus tard la Coupe du Monde? Poser la question c’est y répondre. Comment le XV de France pourrait battre l’Angleterre par exemple, alors que les Anglais ont eu tout le temps pour former une équipe en passe de rivaliser avec les All Blacks, après avoir connu une désastreuse Coupe du Monde 2015? La reconstruction a pris un peu de temps, mais le résultat est là : l’Angleterre est redevenue la meilleur équipe européenne en attendant d’être peut-être la meilleure tout court lors de la prochaine Coupe du Monde (2019). Un temps que n’a pas eu Novès à qui on n’a fait aucun cadeau, d’autant que tout est à reconstruire au niveau de l’équipe de France. Novès a essayé de parier sur l’avenir, notamment 2023 avec des joueurs jeunes et talentueux à l’image de son choix comme demi de mêlée avec Serin et Dupont. Problème, la formation dans notre rugby n’est plus ce qu’elle était et avant de pouvoir exploiter tout le potentiel de ces joueurs, à plus forte raison quand ils ont 20 ans comme Belleau, il faut du temps, et il faut avoir une vraie politique pour le XV de France, à commencer par faire du Top 14, un Top 10, ce qui empêcherait les clubs de recruter à bas coût des joueurs de tous les continents, ou trop âgés pour continuer en sélection dans les grandes équipes de l’hémisphère Sud.

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’en écrivant cela je ne veux plus qu’on recrute des étrangers, parce que c’est faux. Je veux bien qu’on ait recruté Wilkinson ou Ali Williams, et plus tard Carter ou Ma,a Nonu, mais pas des joueurs qui vont systématiquement prendre la place de nos meilleurs espoirs, et donc les empêcher de s’épanouir. J’observe d’ailleurs que c’est surtout le cas des avants ou des trois-quarts, là où notre manque de talents est le plus criant. Curieusement il y a des postes où l’arrivée massive de joueurs de l’hémisphère sud a été beaucoup plus mesurée, notamment celui d’arrière ou de demi de mêlée, talonneur aussi, et comme par hasard ce sont des postes où des jeunes joueurs sont en train d’éclore, alors qu’en trois-quart, en troisième ligne, en seconde ligne et chez les piliers c’est un peu le désert, parce que si un jeune est bon à ces postes, les clubs du Top 14 ne prennent pas le temps de les laisser faire leurs armes, ce qui fait qu’ils vont aller aux oubliettes de notre rugby d’élite.

Bien sûr, en écrivant cela je ne fais que retranscrire ce que tous les amoureux du rugby, tel qu’on l’aimait autrefois, peuvent penser, mais comme les jeunes générations ne s’intéressent qu’à ce qui s’est passé dans les toutes dernières années, ceux-ci en arrivent à trouver géniaux des joueurs très ordinaires et à prendre pour des vieux aigris, ceux qui considéraient que les frères Boniface étaient de merveilleux ambassadeurs d’un jeu qui a perdu toute notion de beauté. C’est cela qui différencie le rugby du football, en plus des multiples changements de règles qui font que plus personne en dehors des professionnels ou des pratiquants ne s’y retrouve (j’exagère à peine!). Les règles sont devenues tellement compliquées qu’un match dure aujourd’hui plus longtemps qu’un match de football, avec la vidéo qui devient de plus en plus omniprésente…au point que le football va l’adopter, malgré les nombreux déboires que l’on commence à y trouver là où elle a déjà été mise en place. Qu’on se rappelle ce que disait le grand Lucien Mias : « l’arbitre fait partie du jeu au même titre que le vent ou les poteaux ». A méditer pour tous ceux, au football comme au rugby, et notamment les dirigeants des clubs, qui ne cessent de contester les décisions arbitrales, au point de « faire péter les plombs » à nos arbitres qui rentrent sur le terrain avec un stress épouvantable…ce qui engendre inévitablement de grossières erreurs.

Voilà j’arrête là mes reflexions désabusés sur un sport qui est le premier que j’ai pratiqué, à une époque où on avait le goût de l’histoire et ou on aimait les artistes, quelle que soit leur nationalité, même si on préférait les Français. Que c’était beau de voir les Boniface à l’oeuvre, que c’était beau de voir nos rugbymen avec comme capitaine Rives et à la baguette la paire de demis Gallion- Caussade, rendre fous les All Blacks le 14 juillet 1979, sans parler de ce fameux match Ausralie-France à la Coupe du Monde 1987, où les Français se sont qualifiés pour la finale grâce à un essai somptueux inscrit par Blanco et transformé par Didier Camberabero dans les derniers instants du match, à l’issue d’une action qui avait commencé dans nos 22 mètres et qui avait vu la quasi totalité des joueurs toucher le ballon. Oui, que tout cela était beau à ces époques ou foncer dans le tas était prescrit et où pour être qualifié de génie il fallait avoir des jambes de feu, de la technique et de la vista. Au fait, s’ils étaient nés à ces époques plus ou moins lointaines, combien de joueurs de l’actuel XV de France auraient eu leur place dans ces équipes? Réponse : sans doute aucun, même si Dupont ou Serin ou encore Belleau ont une marge de progression importante, mais leur laissera-ton le temps de s’épanouir? Hélas, j’en doute.

*Bonne année à tous mes lecteurs, en espérant beaucoup de succès au sport français, en espérant aussi que la saison de vélo ne soit pas polluée par les affaires (où en est-on pour Froome?) et donc qu’on ne change pas trop souvent les palmarès, ce qui est aussi le cas pour l’athlétisme, en espérant, en espérant, en espérant…

Michel Escatafal

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Ils pourraient faire de « vilains vieux »!

Les plus de quarante ans, et au delà, se souviennent évidemment du rugby tel qu’on le pratiquait à une époque où il était encore profondément amateur, même si certains bénéficiaient de quelques avantages en nature ou autres rémunérations diverses. Il est donc normal que ce sport, devenu professionnel depuis une vingtaine d’années, ait beaucoup évolué à tous points de vue. Tout a changé d’ailleurs dans le rugby, y compris les règles, au point de donner au rugby une ressemblance frappante avec le Jeu à XIII, comme on disait autrefois. En disant cela j’exagère à peine, car il y quand même les touches et les mêlées ordonnées (qui ont du mal à l’être) dans le rugby actuel, et il y a n’y pas le tenu comme chez le cousin treiziste.

Toutefois ce n’est pas cela qui me gêne dans l’évolution de ce sport, d’autant que j’aime aussi beaucoup le rugby à XIII, sport qui, par parenthèse, mériterait une exposition médiatique et télévisuelle beaucoup plus importante que celle qu’il a aujourd’hui, bien qu’elle soit supérieure à ce qu’elle fut grâce à beIN SPORTS. Ce n’est pas non plus le fait que le professionnalisme ait impliqué la création d’un vrai championnat en Angleterre (12 clubs)ou en France avec 14 clubs formant l’élite, ce qui entraîne évidemment de grosses différences de moyens entre les clubs des villes et ceux des champs, ceci sans connotation péjorative, d’autant que la meilleure équipe actuelle dans notre pays est le Stade Rochelais, beaucoup plus fort que le Racing, par exemple, aux moyens très supérieurs et qui va jouer dans un fabuleux écrin avec son U Arena. En outre, j’ai été trop longtemps un admirateur du grand F.C. de Lourdes, celui des frères Prat, Martine, Rancoule, Barthe, Domec, Lacaze (que je connais surtout à travers l’histoire) et quelques années après de Crauste, Gachassin, Campaes, Arnaudet, Mir, Dunet et Hauser, pour ne pas aimer les clubs des petites villes.

Non ce qui me dérange dans l’évolution du rugby c’est plutôt que l’on veuille en faire un copier-coller du football, avec tout ce que cela comporte de négatif. Passe encore qu’il faille gagner, toujours gagner, pour vivre ou survivre. Après tout c’est la loi du sport, y compris amateur. Seuls ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de sport peuvent dire que la défaite importe peu. Je n’ai d’ailleurs jamais cru à la devise du baron Pierre de Courbetin : « L’essentiel c’est de participer ». Cependant c’est une chose de vouloir gagner, et c’en est une autre de vouloir gagner à tout prix. J’aime trop le rugby pour le voir arriver à des extrémités…qui mettent en danger la santé des joueurs.

Il faut donc, plus que jamais, être vigilant sur l’intégrité physique des joueurs. Quelle est la différence entre un joueur de rugby type années 60 ou 70 et type années 2010 ? Il est plus grand, il saute plus haut, il est plus fort et…il est beaucoup plus souvent blessé. Le corps du joueur de la décennie 60 ou 70 supportait parfaitement les charges d’entraînement parce qu’il s’entraînait peu, et ceux qui s’entraînaient davantage le faisaient à travers les travaux des champs. Qui ne se rappelle d’un pilier comme Alfred Roques, véritable force de la nature, force brute et pure à l’époque, qui s’était développée dans les travaux de sa ferme, ce qui n’avait rien à voir avec la préparation des professionnels du Top 14 ou de la Pro D2.

En parlant d’Alfred Roques (plus de 30 fois international à la fin des années 50 et au début des années 60), je pense aussi à ce que l’on disait de Bernard Momméjat, son copain deuxième ligne de Cahors et du Quinze de France, à savoir que c’était un géant parce qu’il mesurait…1,92 m. Aujourd’hui des géants comme Momméjat, et des joueurs avec les mensurations d’Alfred Roques (1.78m et 98 kg), il y en a partout…dans les lignes de trois-quarts. Et bien entendu, quand à longueur de matches et d’entraînements on prend sans arrêt des coups venant de tels « monstres », cela devient difficile de résister, surtout si la saison dure 10 ou 11 mois. Cela devient même démentiel, surtout pour les meilleurs qui sont naturellement beaucoup plus sollicités que les autres, moins doués. Mais ceux-là aussi se blessent parce que leur régime est presque le même, avec les oppositions à l’entraînement et aussi, parce que les meilleurs étant souvent blessés ou pris par les sélections nationales, ils jouent presque autant.

Alors que fait-on pour résister et tenir ces cadences infernales ? On s’entraîne, on se muscle et bien entendu on fait davantage attention à son hygiène de vie. Mais toutes ces séances de musculation, comme je le disais précédemment, si elles donnent aux joueurs des corps d’athlète au point d’en faire des icônes de calendriers en tenue d’Adam, procurent une puissance incompatible avec la morphologie d’origine du joueur. Un rugbyman qui mesure 1,75 ou 1,80 m n’est pas nécessairement fait pour peser 90 ou 100 kg. Parfois il n’atteindra ces mensurations qu’au prix de séances de musculation intenses et répétées plusieurs fois par semaine. Et que se passera-t-il un jour ? Et bien les tendons ou les ligaments casseront parce que les charges qui leur sont infligées sont trop élevées. Trop élevées aussi parce que ces charges ne font finalement pas courir beaucoup plus vite les joueurs…qui ne courent pas vite. Morgan Parra, par exemple, ne courra jamais le 100m en 11s, malgré les muscles qu’il a pu prendre. Il y a des limites à tout!

C’est cela le principal avatar du rugby professionnel et il est la résultante de tous les autres, notamment le poids de l’argent…pourtant tellement indispensable de nos jours. Et oui, le sport professionnel impose qu’il y ait suffisamment d’argent dans le circuit, sous peine de sombrer. Certains refusent ce qu’ils appellent cette dérive, mais ils vont au stade le samedi ou le dimanche en demandant du spectacle et en espérant que leur équipe va gagner. Là est toute la problématique du rugby d’aujourd’hui, sport qui est resté si longtemps très amateur. J’avoue pour ma part être heureux de voir l’évolution du rugby depuis la fin des années 90, mais je suis inquiet à propos des traumatismes à répétition que subissent les joueurs. Et ce ne sont pas les « protocoles » qui vont faire dissiper notre inquiétude, parce que lesdits protocoles ne riment à rien. Au rugby on prend des coups pendant 80 mn, et même si on s’arrête 10 mn, il en reste 70 à jouer. Même la boxe paraît presque moins violente!

Michel Crauste au milieu des années 60, grand capitaine de Lourdes et de l’Equipe de France, avait coutume de dire à ses copains sur le terrain : « On va faire de vilains vieux » ! Moi ce que je voudrais, c’est que les joueurs que j’admire aujourd’hui soient dans 40 ans d’aussi vilains vieux que celui que l’on a appelé « le Mongol ». Je souhaite donc que l’on pense un peu plus à la santé des joueurs, et que ceux qui dirigent le rugby de nos jours, pour la plupart d’entre eux des anciens joueurs, essaient de garder à ce merveilleux sport de combat les vertus qui sont les siennes depuis plus de 100 ans, même si je sais parfaitement que c’est un voeu pieux.

Le rugby appartient à tous, aux joueurs d’abord, aux dirigeants, mais aussi à ceux qui l’aiment et qui paient pour voir les matches. En attendant, j’espère que tous ces joueurs victime d’une rupture des ligaments croisés du genou , maladie endémique du rugby de notre siècle, finissent par retrouver tous leurs moyens, ce qui n’est hélas pas toujours le cas même si cette blessure leur arrive à 25 ans. Alors on imagine quand ils sont victimes de cette même blessure à l’âge 32 ans. A cet âge, je rappelle qu’Alfred Roques n’avait jamais été sélectionné dans le XV de France, avant d’être considéré par tous comme le meilleur pilier du monde entre 1958 et 1963. C’était une autre époque, une époque où la Coupe d’Europe n’existait pas, ce qui est bien dommage, car personne n’aurait battu le FC Lourdes dans les années 50 ou l’AS Béziers dans les années 70, pour ne citer que ces deux clubs. Une époque où la Coupe du Monde n’existait pas (première édition en 1987), que nous n’avons jamais gagnée, mais que nous aurions sans doute eu de grosses chances de la remporter à l’époque de Mias, de Crauste ou de Rives. Cela dit, même sans avoir une très grande équipe, le XV de France aurait dû être champion du monde en 2011, si un arbitre n’en avait pas décider autrement, avec pourtant une équipe loin de valoir celles qui avaient été en finale en 1987 ou en 1999, ou qui n’avait été que demi-finaliste en 2007. Et pourtant ces deux dernières fois, notre XV national avait éliminé les All Blacks.

Espérons que Guy Novès, qui semble décidé à faire confiance à des jeunes joueurs prometteurs, finisse enfin par composer une équipe, une vraie, comme a su le faire l’Angleterre, car la prochaine Coupe du Monde est dans deux ans (2019). Et pour le moment c’est toujours le gros chantier, au point de rappeler Bastareaud au centre, comme si c’était l’avenir du XV de France. Néanmoins, si Novès en est réduit à cette extrémité, c’est aussi parce que le talent est rare à ce poste. En revanche, il semble qu’à la charnière il y ait quelques jeunes joueurs comme Serin et Dupont à la mêlée, ou Belleau à l’ouverture qui montrent de belles dispositions pour briller en équipe de France. Mais pour le moment ce sont surtout des espoirs, et on a souvent connu de grands espoirs qui ne confirmaient pas au plus haut niveau. Alors croisons les doigts pour que ce ne soit pas le cas pour eux et d’autres, et surtout prions pour que nos meilleurs joueurs ne se blessent pas trop durement, comme ce fut le cas de Camille Lopez, ouvreur qui avait franchi un cap la saison passée, et qui sera absent cinq mois pour une fracture de la malléole.

Michel Escatafal


Guy et Lilian, un duo pour l’éternité…

Lilian

Une bien triste nouvelle a frappé la semaine dernière les amateurs et anciens joueurs de rugby nés au milieu du siècle précédent, avec la mort de Lilian Camberabero (14 fois international), qui avait constitué avec son frère Guy à l’ouverture une des paires de demis les plus connues de l’histoire du XV de France. Je n’ose d’ailleurs pas écrire une des meilleures paires…parce que, pour moi, ce ne fut sans doute pas le cas. C’est pourtant avec cette charnière, qui joua trois matches sur quatre, qu’en 1968 le XV de France a réussi son premier grand chelem dans le Tournoi des Cinq Nations, chose que ni le XV de Jean Prat et ses Lourdais, ni le XV de Lucien Mias qui avait réalisé l’exploit rarissime de vaincre les Sud-Africains chez eux, et tant d’autres auparavant n’avaient réussi à faire. C’est la raison pour laquelle je veux rendre un hommage particulier à cette fratrie d’origine landaise, qui fit la une des journaux sportifs, pendant leur carrière à La Voulte, à la fin des années 60 et au début des années 70.

Après des débuts en équipe de France peu convaincants, y compris quand ils furent sélectionnés ensemble pour la première fois sous le maillot national (contre la Roumanie en 1964), les deux frères allaient éclater dans un match contre l’Australie en février 1967, et déclencher une de ces guerres picrocholines dont les Français raffolent, entre d’une part les partisans d’un jeu d’attaque illustré par les frères Boniface avec Jean Gachassin à l’ouverture, et  les autres dont la préférence allait vers un rugby de tranchée, pour parler comme à l’époque.  Jean Gachassin était considéré par de nombreux techniciens comme le meilleur ouvreur de la planète, en tout cas le numéro 10 parfait pour lancer les attaques, à la fois vif, inspiré et sans doute le plus complet parce que sachant tout faire. Evidemment, Guy Camberabero ne jouissait pas de la même considération…sauf auprès des sélectionneurs, bien décidés à le voir évoluer avec son frère, quitte à faire jouer Gachassin au centre ou à l’arrière.

Les résultats allaient donner raison aux sélectionneurs à partir de ce match contre l’Australie (victoire 20-14), puisque le XV de France allait accumuler les victoires avec chaque fois une grosse contribution des frères Camberabero, notamment Guy dont la précision dans les coups de pied était ébouriffante. Qu’on en juge : 17 points contre l’Australie, plus un essai de Lilian, 10 points sur les 16 marqués contre l’Angleterre (victoire 16-12 à Twickenham), 27 points contre l’Italie (victoire par 60 à 13), 14 points contre le Pays de Galles (battu par 20 à14), 8 points contre l’Irlande défaite chez elle (11-6). Tout cela entre février et avril. Mais le festival de Guy Camberabero n’était pas terminé, puisqu’après une tournée en Afrique du Sud moins prolifique (13 points en deux tests sans son frère), les deux frères Camberabero allaient permettre à l’équipe de France de réaliser le premier grand chelem de son histoire en 1968.

Pourtant le tournoi n’avait pas très bien commencé pour les Cambé, Guy se contentant des 2 points de la transformation d’un des deux essais français contre l’Ecosse à Murrayfield. Petit bilan dans un match affligeant de médiocrité  qui, sur la pression de l’opinion, obligea les sélectionneurs à remettre Gachassin à l’ouverture contre l’Irlande associé à son demi de mêlée au F.C. Lourdes, J.H. Mir. Les Français avaient enfin attaqué davantage, marquant deux très beaux essais, mais ce XV de France était de nouveau chamboulé après un match contre le Sud-Est organisé dans le cadre des festivités des J.O. de Grenoble, l’équipe de France s’inclinant 11-9. Du coup on rappela les Camberabero pour le match suivant contre l’Angleterre, Gachassin glissant au centre. La France l’emporta avec beaucoup de réussite grâce à un essai de Gachassin, transformé par Guy Camberabero, lequel convertit aussi une pénalité, le reste des points français étant le fait de deux drops de Claude Lacaze et Lilian Camberabero. Trois matches, trois victoires dans le Tournoi.

Le Grand Chelem était en vue et, comme en 1955, c’était le match contre les Gallois qui allait en décider, sauf que cette fois le match avait lieu à Cardiff. Un match que les Français remportèrent sur le score de 14 points à 9 avec 11 points pour les frères Camberabero,  dont un essai de Lilian. Un match où le XV de France avait eu beaucoup de chance, mais qui permettait de réussir enfin là où tous les plus grands XV de France avaient échoué jusque-là, comme je l’ai indiqué précédemment. Curieux paradoxe quand même, où la réussite des Cambé avaient masqué toutes les faiblesses du XV de France, faute de solliciter ses attaquants. On comprend les restrictions des puristes vis-à-vis du jeu qui était proposé par les Français avec à la baguette les Camberabero, mais les sélectionneurs étaient contents, car seuls à leurs yeux les résultats comptaient.

En tout cas cette réussite des frères Camberabero avait déclenché des polémiques sans fin, étant entendu que celles-ci portaient uniquement sur leur présence ou non dans l’équipe, au point qu’on pouvait lire dans les journaux qu’avec les Cambé « on pouvait mettre qui on voulait en trois-quarts », parce que c’était sans importance. Rien que ça ! Mais avant de tirer leur révérence, les Cambé allaient faire un dernier pied de nez à leurs multiples détracteurs en devenant champion de France en 1970, avec leur équipe La Voulte Sportif, battant en finale l’AS Montferrandaise. Ce jour-là en effet, les Voultains l’emportèrent (3-0) grâce à un essai du trois-quart centre Vialar, les Camberabero n’ayant rien marqué, Guy ratant toutes les pénalités qu’il tenta et frappant un drop sur le poteau à la dernière minute.  En attendant, les Voultains, et notamment les Camberarbero, avaient envoyé les moqueurs, aux vestiaires!

Michel Escatafal


Les anni horribiles du XV de France – Partie 1

Tournoi 1957Depuis combien de temps le XV de France n’a pas fait un aussi mauvais début de tournoi que cette année ? Réponse : depuis 1982. Autre question, depuis quand la France n’a-t-elle pas eu « la cuillère de bois » ? Réponse : Cela ne lui est jamais arrivé  dans le Tournoi des six Nations, et en ce qui concerne le Tournoi des cinq Nations, il faut remonter à 1957, l’évitant d’extrême justesse en 1969 grâce à un match nul presque miraculeux contre Galles. Voilà trois années qui ont de quoi donner la migraine aux plus farouches supporters du XV de France. Et pourtant, cela ne veut pas dire que tout est perdu pour le rugby français dans l’optique de la Coupe du Monde. L’exemple le plus récent en est cette fameuse finale de Coupe du Monde 2011, que le XV de France aurait dû gagner, pour finalement s’incliner d’un seul point (9-8) face à la « monstrueuse » Nouvelle-Zélande. Or il faut se rappeler que notre équipe a réussi cette prouesse, car c’en est une, avec une équipe composée de bric et de broc, surtout dans les lignes arrières, avec notamment un demi de mêlée qui jouait à l’ouverture, sans parler des invraisemblables changements de joueurs à chaque match disputé. Heureusement pour le sélectionneur de l’époque, Marc Lièvremont, les dieux du rugby étaient avec notre XV national, plus particulièrement en demi-finale, où les Français jouèrent une partition indigne contre les Gallois à 15 contre 14 presque toute la partie…avant de menacer jusqu’à la dernière seconde les All Blacks en finale.

Et oui, c’est cela le XV de France, et j’aurais même tendance à dire le sport français très souvent. Qui aurait imaginé que l’équipe de France de football termine à la troisième place la Coupe du monde de football en 1958 ? Personne, absolument personne! Qui aurait imaginé qu’elle arrive jusqu’en finale de la Coupe du monde de football en 2006 ? Personne! Qui aurait parié un euro que l’équipe de France de basket s’empare de la médaille d’argent aux J.O. de l’an 2000, en menaçant les invincibles Américains ? Personne! Et je pourrais multiplier ainsi les exemples en remplissant des pages et des pages, ce que je ne ferais pas car ce serait trop fastidieux. Il n’empêche, les Français ne sont jamais aussi brillants que quand on les enterre, et ils sont toujours vulnérables quand on les donne pour favoris. C’est ainsi et pas autrement, preuve que la France n’a pas et n’a jamais eu sur la durée ce qu’en mauvais français on appelle la « culture de la gagne ».

Mais revenons au XV de France et à son histoire, pour évoquer ces anni horribiles que furent pour le rugby français 1957, 1969 et 1982, parce que cela ne peut que nous redonner foi dans le XV de France, qui vaut évidemment beaucoup mieux que ce qu’il a montré au cours des deux premiers matches du Tournoi contre l’Italie et le Pays de Galles, en notant que les Gallois n’avaient remporté aucun de leurs huit derniers matches. En revanche, l’équipe de France avait remporté tous ses matches de l’automne, notamment contre l’Australie et l’Argentine, ce qui en faisait la favorite du Tournoi avec l’équipe d’Angleterre, laquelle avait dominé le 2 décembre la Nouvelle-Zélande (38-21). Pour les Anglais ce 2 décembre n’était pas Austerlitz mais Trafalgar (grande victoire navale britannique), avec ce succès face aux champions du monde, et chacun de se dire que le fameux « crunch » serait en réalité la finale du Tournoi, et désignerait la meilleure équipe de l’hémisphère Nord du moment. Contrat rempli pour les Anglais qui en sont déjà à deux victoires, alors que les Français en sont à deux défaites dont une contre l’Italie. Mais cela ne signifie aucunement que les Anglais battront les Français lors de leur prochaine rencontre dans leur antre de Twickenham, au contraire cela doit les rendre encore plus vigilants ! L’histoire est là pour leur rappeler que tout excès de confiance, comme je l’ai évoqué précédemment, est proscrit dans une telle situation.

En 1957, le XV de France commença le Tournoi par une défaite humiliante contre l’Ecosse. Elle l’était d’autant plus que la fin du Tournoi 1956 laissait de grands espoirs, avec une défaite injuste à Cardiff, l’arbitre accordant à quelques minutes de la fin un essai qu’il fut le seul à voir valable, le troisième ligne aile Williams ayant pointé derrière la ligne de ballon mort, ce qui entraîna la défaite de l’équipe de France (5-3). Après une victoire normale contre l’Italie à Padoue quelques jours plus tard (16-3), les Français avaient dominé à Colombes les Anglais, qui avaient à ce moment une des plus belles équipes de leur histoire avec notamment leur extraordinaire seconde ligne Currie-Marques, et une troisième ligne qui ne l’était pas moins, composée de Roberts, Robbins et en numéro 8 comme nous dirions aujourd’hui, Ashcroft. Cette victoire obtenue sans problème, avec par parenthèse un certain Denis Thatcher (mari de sa célèbre épouse Margaret) comme juge de touche, laissait présager de beaux succès pour le tournoi suivant. On allait très vite déchanter, dès le premier match, le 12 janvier 1957 contre l’Ecosse !

Et pourtant le XV de France avait conservé les mêmes brillants joueurs dans les lignes arrières, Martine n’étant toujours pas opérationnel. Ces joueurs s’appelaient Vannier à l’arrière, A. Boniface et Dupuy aux ailes de la ligne de trois-quart, M. Prat et Rogé au centre, et une paire de demis composé du merveilleux soliste qu’était Jacky Bouquet et l’incomparable G. Dufau à la mêlée. Du lourd, et même du très lourd ! En revanche, si la qualité des joueurs du pack n’était pas en cause, les sélectionneurs avaient eu l’étrange idée, que n’auraient pas renié Lièvremont et Saint-André, de faire opérer plusieurs joueurs à des postes qui n’étaient pas les leurs habituellement. Laziès, par exemple, qui était un excellent troisième ligne du Stade Toulousain, se retrouva…pilier. Et comme si cela ne suffisait pas la troisième ligne était formée avec trois troisième lignes centre, à savoir le Lourdais Jean Barthe, le capitaine Celaya  (Biarritz) et Robert Baulon de l’Aviron Bayonnais, ce dernier étant le seul à évoluer aussi comme troisième ligne aile. Résultat, le pack écossais prit très vite le dessus sur cette curieuse formation, malgré un excellent Chevallier en deuxième ligne, et les Français furent battus par une pénalité et un drop de l’arrière Scotland (le bien nommé), victoire due aussi au fait que la pluie empêchait nos trois-quarts d’exprimer tout leur talent.

Du coup, pour jouer contre l’Irlande à Dublin au match suivant, on s’attendait à de profonds changements, notamment dans le pack. Il y en eut certes, mais, à la surprise générale, on remplaça le joueur qui avait été le meilleur contre les avants écossais, le sauteur à la touche clermontois, Bernard Chevallier, l’avant peut-être le plus redouté par les Britanniques à ce moment. Parmi les autres changements, il faut noter la première sélection de Darrouy à l’aile, la première aussi de Hoche en seconde ligne et la rentrée du jeune Moncla. Les Irlandais, emmenés par leur flamboyant demi d’ouverture, Jack Kyle, battirent les Français (11-6), marquant deux essais, alors que les Tricolores durent se contenter de deux pénalités de Michel Vannier. Les Français s’en sortaient bien, et on ne donnait pas cher de leurs chances à Twickenham contre l’Angleterre, malgré quatre changements dans l’équipe, notamment Vigier au talonnage à la place de Labadie, et une paire de centres inédite avec le Perpignanais Monié et J. Bouquet, à la place de M. Prat et André Boniface. Les Anglais gagnèrent cette rencontre (9-5) sans qu’il n’y ait rien à redire, mais les Français n’avaient pas démérité.

Restait à jouer le match à Colombes contre le Pays de Galles, loin d’être au niveau de l’équipe de 1955, mais toujours redoutable.Pour les Français, le seul but était à présent d’éviter leur première cuillère de bois de l’après-guerre. Pour ce faire on avait reconstitué la paire de centre M. Prat-A. Boniface, avec Bouquet à la place d’Haget à l’ouverture, le pack restant le même. Ce match, le XV de France le joua à son meilleur niveau, et il aurait dû l’emporter si les malheurs ne s’étaient abattus sur lui, avec Vannier handicapé presque toute la partie et A. Boniface claqué, ce qui obligea le troisième ligne Carrère à jouer trois-quart aile. Et en plus, la grande star galloise de l’époque, l’ouvreur Cliff Morgan, fit un match étincelant. Pourtant l’équipe de France ne s’inclina que 13-19, à l’issue d’un très beau match où elle attaqua beaucoup, peut-être même un peu trop. Mais le constat était sévère, la France subissait un nouveau revers, et recevait la mortifiante cuillère de bois.

Quelques mois plus tard, le XV de France commencera tout aussi mal le tournoi 1958, avec deux défaites contre l’Ecosse à Murrayfield (11-9), puis contre l’Angleterre à Colombes (14-0), avant que les sélectionneurs ne décident de faire appel, contre l’Australie et pour le reste du Tournoi, à la ligne de trois-quarts lourdaise (Rancoule, Martine, M. Prat et Tarricq), plus Labazuy à l’ouverture, sans oublier deux autres Lourdais en troisième ligne, Domec et Barthe, associés à M. Crauste, le pack étant dirigé par Lucien Mias. On connaît la suite, avec l’Australie pulvérisée à Colombes (19-0), une victoire à Cardiff contre les Gallois (16-6), une autre à Colombes contre les Irlandais (11-6), plus une en Italie (11-3). Tout cela préfigurant la formidable tournée victorieuse en Afrique du Sud (voir mon article Le plus bel été du XV de France). Voilà un bel exemple à prendre pour les supporters déçus par notre équipe nationale, à condition pour Saint-André et son staff de savoir tirer les conclusions des trop nombreux échecs du XV de France ces dernières années. Faire confiance à une charnière talentueuse (Michalak, Machenaud), faire jouer les joueurs à leur vrai poste, et ne pas se contenter de sélectionner des joueurs…parce qu’ils sont en forme. Bref, construire une vraie équipe en vue de la Coupe du Monde, laquelle aura lieu dans deux ans. Presque deux ans de perdus !

Michel Escatafal


Deux grands XV de France qui ont marqué l’histoire du rugby

Il y a une semaine en Nouvelle-Zélande, le XV de France frôlait de très près un titre mondial largement à sa portée, exploit sans précédent depuis que la Coupe du Monde existe, et d’autant plus surprenant que nombre de commentateurs pensent objectivement que les équipes de 1987 (finaliste de la première Coupe du Monde) et de 1995 (demi-finaliste contre l’Afrique du Sud) étaient sans doute plus fortes que celle de cette année. Cela étant, comme pour décrocher gentiment de la Coupe du Monde que nous venons de vivre, et des émotions fortes que nous avons ressenties depuis le quart de finale contre l’Angleterre,  je veux revenir aujourd’hui sur deux équipes qui auraient sûrement remporté la Coupe du Monde…si elle avait existé à ce moment. Je veux parler de l’équipe de France de 1958-1959 et celle de 1977. Aucune autre équipe en effet n’a été aussi dominatrice sur le plan européen et mondial que ces deux équipes, qui ont la particularité d’avoir remporté le Tournoi des Cinq Nations et d’avoir aussi battu les meilleures équipes de l’hémisphère Sud.

En ce qui concerne l’équipe de 1958, tout est parti du match France-Australie, venant après une défaite humiliante le 1er mars contre l’Angleterre à Colombes (14-0). A la suite de ce résultat, les sélectionneurs avaient décidé de changer toutes les lignes arrière, sans toucher pratiquement au paquet d’avants qui n’avait pas eu à rougir de sa prestation contre les Anglais. Au total l’équipe enregistrait sept changements…qui allaient changer beaucoup de choses. Dans le pack, Amédée Domenech était remplacé par un débutant de 33 ans, le Cadurcien Alfred Roques, qui fera ensuite une magnifique carrière en équipe de France (30 sélections) et devenir le meilleur pilier de la planète rugby.

En revanche, à part l’arrière Vannier, la paire de demis et la ligne de trois-quarts allaient être entièrement renouvelées par l’arrivée de Pierre Lacroix à la mêlée et de cinq Lourdais, Antoine Labazuy à l’ouverture, plus la célèbre ligne de trois-quarts composée de Rancoule et Tarricq aux ailes et de Maurice Prat et Martine au centre, sans doute la meilleure paire de centres de l’histoire de notre rugby avec les Boniface. Ces changements allaient s’avérer tout à fait judicieux, avec d’abord une victoire (19-0) contre une faible équipe d’Australie…qui n’était pas encore une grande nation de rugby, les meilleurs joueurs évoluant à ce moment dans le rugby à XIII, sport national là-bas.

Ensuite ce fut une victoire infiniment plus probante contre Galles à l’Arms Park, où le XV de France n’avait jamais gagné, après une magnifique démonstration de cette équipe à moitié lourdaise (7 joueurs), puisqu’en plus de Labazuy et des trois-quarts il y avait aussi une troisième ligne extraordinaire composée des Lourdais Jean Barthe (3è ligne centre) et Domec, plus le futur lourdais Michel Crauste, qui deviendra plus tard un des plus grands capitaines du XV de France. Devant, en première ligne, il y avait l’expérimenté talonneur Vigier, et deux piliers nouveaux dans le XV de France, Roques et Quaglio, qui allaient très vite devenir parmi les tous meilleurs à leur poste. Enfin en deuxième ligne, il y avait une paire formée de deux joueurs qui ont exercé le capitanat l’un après l’autre, à savoir le Biarrot Michel Celaya et le grand, l’immense, Lucien Mias (Mazamet), à la fois grand leader et remarquable joueur de pack.

Ainsi armée, cette équipe qui bénéficiait de la cohésion et du label du F.C. Lourdes (club phare des années 50) ne pouvait qu’accumuler les succès, et ce fut le cas après la victoire à Cardiff contre l’Italie à Naples (11-3), puis contre l’Irlande à Colombes (11-6), match au cours du quel la France allait se découvrir un grand deuxième ligne, tant par la taille pour l’époque (1.92m) que par le talent, Bernard Mommejat, lequel jouait à Cahors comme Alfred Roques. Après cette quatrième victoire consécutive, il ne restait plus au XV de France qu’à confirmer en juillet-août pendant la tournée en Afrique du Sud, où l’équipe de France se rendait pour la première fois (voir mon article « Le plus bel été du XV de France »). Hélas les malheurs avant le départ allaient s’accumuler pour les Français, avec une cascade de forfaits majeurs comme Labazuy, Maurice Prat, Bouquet, Crauste, Domenech et Domec qui était blessé. En outre le staff de l’équipe de France n’avait pas préparé cette tournée comme il l’aurait fallu, en acceptant notamment d’affronter des sélections regroupant plusieurs provinces, ce que les Britanniques n’auraient jamais admis. On était loin, très loin, d’un minimum de professionnalisme !

Et pourtant cette tournée allait être triomphale puisque, pour la première fois depuis 1896, une équipe en tournée en Afrique du sud sortait victorieuse dans la série de tests. Il faut évidemment englober tous les joueurs dans ce succès inespéré, en soulignant toutefois que le XV de France avait eu la chance d’avoir un grand capitaine à sa tête, Lucien Mias, parfaitement épaulé dans les lignes arrière par l’autre leader que fut Roger Martine, ce dernier ayant opéré avec le même bonheur au centre et à l’ouverture dans les deux tests. C’est même lui qui crucifia les Sud-Africains à Johannesburg lors du second test-match en passant un drop dans les dernières minutes du match. L’année suivante cette équipe montrait qu’elle était vraiment la meilleure en remportant le Tournoi des 5 Nations, ce qui était une première puisque jamais un XV de France n’avait remporté, seul, le Tournoi.

L’autre grande équipe dont je voudrais parler fut celle de 1977. Là, il n’y eut pas à proprement parler de drame pour composer une équipe, mais celle-ci allait bénéficier de la tournée qu’avait effectuée le XV de France en Afrique du Sud en juin 1975. Même s’il subit deux défaites (38-25 et 33-18), le travail collectif effectué là-bas allait payer plus tard dans le Tournoi en 1976 et surtout en 1977, avec un pack qui devenait de plus en plus conquérant, au point de donner à ses adversaires un sentiment d’impuissance. Ce pack était dirigé de main de maître par un capitaine à la fois vaillant et courageux, Jacques Fouroux, qui allait se faire une place de choix dans l’histoire de notre rugby, malgré de nombreuses difficultés. Parmi celles-ci, il dut batailler fermement pour gagner sa place face à un autre demi de mêlée, Richard Astre, qui avait plus de classe que lui, et qui était le maître à jouer de la meilleure équipe de club du moment, l’AS Béziers.

Seulement Astre n’a jamais eu l’impact moral et psychologique que pouvait avoir Fouroux sur «ses bestiaux», comme il appelait ses avants. Et c’est pour cela que Fouroux finit par s’imposer aux yeux des sélectionneurs, à la fois comme numéro 9 et comme capitaine. Il s’imposa tellement que, début 1977, le XV de France commençait le Tournoi des Cinq Nations avec une équipe…qui n’allait plus changer pendant tout le tournoi, composée d’Aguirre à l’arrière, des trois-quarts Harize et Averous à l’aile, et Sangalli et Bertranne au centre, de Romeu à l’ouverture et Fouroux à la mêlée. Devant le pack disposait d’une formidable troisième ligne avec Skréla (le père de David) et Rives, plus Bastiat en numéro 8, d’une deuxième ligne très solide formée de Palmié et Imbernon, et enfin d’une première ligne redoutable et redoutée avec le talonneur Paco, entouré par deux remarquables piliers Cholley et Paparemborde.

Contrairement à l’équipe de 1958, très lourdaise, il y avait onze clubs représentés dans ce que l’on appellera « la bande à Fouroux », le Stade Toulousain étant le club le plus représenté avec trois joueurs (Harize, Rives et Skréla), ce qui ne l’empêcha pas d’afficher une cohésion exemplaire. Cette équipe de 1977 n’avait évidemment pas le brillant de celle de 1958 mais, si elle était austère voire même rugueuse, s’appuyant sur une terrible mêlée et un grand preneur de balles à la touche (Bastiat), cette formation était capable de démolir n’importe quelle opposition en face d’elle, au point d’être une forteresse inexpugnable en défense. Et si je dis cela, c’est parce que cette équipe a remporté ses quatre matches du Tournoi, réalisant le grand chelem avec les mêmes quinze joueurs (à l’époque on ne jouait pas encore à 21), sans concéder un seul essai, alors qu’ils en marquèrent huit dont quatre contre l’Ecosse.

Ensuite cette équipe ira en tournée en Argentine, qui commençait à devenir une puissance montante dans le rugby international, où elle remporta un net succès (26-3) lors du premier test, mais fut tenue en échec lors du second (18-18) à l’issue d’un match extrêmement pauvre. Cela étant, il faut noter que le XV de France était parti là-bas sans Harize, et surtout sans deux hommes de base de son pack, Paco et Bastiat, sans qui l’équipe de France n’était plus la même. Ensuite, toujours sans Bastiat, ni Rives, les Tricolores (avec à l’aile un certain Guy Novès) montrèrent une fois de plus leur force lors des tests de novembre en France, en battant les Néo-Zélandais, qui avaient défait les Lions britanniques en tournée l’été précédent, lors du premier test (18-13). En revanche, ils ne purent éviter la défaite lors du second test, sans doute pour n’avoir pas mesuré l’extrême envie de revanche des All Blacks, et aussi parce que l’absence de Bastiat, s’était faite cruellement sentir, privant notre équipe de munitions à la touche. Cette double confrontation avec la Nouvelle-Zélande marquera le chant du cygne de cette équipe qui, après une ultime victoire sans gloire (9-6) contre la Roumanie à Clermont-Ferrand en décembre 1977, allait changer de physionomie avec le départ de Jacques Fouroux, lassé des reproches et des critiques à son encontre.

Certes toutes n’étaient sans doute pas imméritées, certes Fouroux était loin d’avoir la classe naturelle de Dufau, Danos, P. Lacroix, Max Barrau, et plus tard de Gallion, Berbizier ou plus près de nous de J.B. Elissalde, mais il n’en reste pas moins qu’à part Jean Prat et Lucien Mias, aucun autre capitaine n’a eu une telle aura auprès de ses joueurs. Comme quoi, grande équipe rime toujours avec grand capitaine. Plus tard, une fois sa carrière terminée, Fouroux deviendra inévitablement un grand entraîneur-sélectionneur, emmenant l’équipe de France à la victoire pendant dix ans, période où elle accumula les victoires avec deux grands chelems en 1981 et 1987, plus la victoire dans le tournoi en 1983, 1986, 1988 et 1989, sans oublier la présence de l’équipe de France en finale de la première Coupe du Monde en 1987. Quel beau parcours pour un joueur et un entraîneur souvent décrié ! A ce propos je m’en veux un peu, car j’ai fait partie de ses détracteurs. J’espère que de là-haut, au paradis des rugbymen, il m’aura pardonné.

esca


Le plus bel été du XV de France

Quand les rugbymen français se retrouvèrent le 6 juillet 1958 au rendez-vous fixé par le manager de la tournée Serge Saulnier, pour s’envoler en direction de l’Afrique du Sud où ils allaient disputer dix matches dont deux  tests, bien peu de supporters, et sans doute aussi un peu les joueurs, s’imaginaient qu’ils allaient revenir auréolés de gloire, pour avoir été la première équipe depuis 1896 à avoir battu les Springboks  chez eux. C’est donc un très grand exploit que nos tricolores ont réalisé entre le 12 juillet et  le 16 août 1958, d’autant que le bilan global présentait  non seulement  une série de tests victorieuse, mais aussi cinq victoires, deux matches nuls et seulement trois défaites.

Et pourtant, avant même qu’elle ne débutât, cette tournée ne se présentait pas sous les meilleurs auspices, parce que de nombreux joueurs sélectionnés avaient dû laisser leur place pour diverses raisons, professionnelles, ou encore sur blessure, et parfois aussi pour des motifs d’ordre privé ou militaire. Raisons professionnelles parce qu’à cette époque, le rugby n’était pas professionnel et les joueurs avaient tous un métier à côté du rugby. Maurice Prat par exemple, le fameux trois-quart centre du F.C. Lourdais était hôtelier à Lourdes, et Lourdes autour du 15 août est en pleine effervescence, donc impossibilité pour le frère de Jean Prat de se déplacer aussi longtemps.  Autre vedette de notre rugby, Michel Crauste ne pouvait laisser seule sa femme malade au moment où les joueurs allaient embarquer. Michel Hoche et Claude Mantoulan, pour leur part venaient de  partir pour l’Algérie comme des milliers de jeunes du contingent. Enfin, Domec, troisième aile du F.C. Lourdes venait de subir une opération du genou.

Par rapport à l’équipe sur laquelle comptaient les sélectionneurs pour poursuivre sur la lancée de la fin de saison 1958, avec une victoire contre l’Australie, contre le Pays de Galles à Cardiff (une première pour notre rugby), contre l’Irlande et l’Italie, cela faisait quand même un certain handicap qui ne pouvait qu’atténuer la confiance de ceux qui faisaient preuve d’un excès d’optimisme. Si j’évoque cette série de victoires, c’est pour souligner qu’après une année 1957 calamiteuse, et un début 1958 qui ne l’était pas moins,  les sélectionneurs faisant preuve de hardiesse avaient décidé, pour sauver la patrie, d’incorporer dans le XV de France pas moins de sept joueurs lourdais, appartenant à la plus grande équipe de club que notre rugby ait possédé, jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Stade Toulousain version Noves.  Et malgré la réticence de certains à accepter la sélection, notamment le fameux duo de centres lourdais Martine-Maurice Prat, l’équipe de France allait se métamorphoser en machine à gagner, sous le commandement de celui qui allait être considéré pour l’éternité comme un des deux ou trois plus  grands capitaines de son histoire, le deuxième ligne Lucien Mias (photo).

En fait ce n’était pas vraiment lui le capitaine au départ (il s’appelait Celaya), mais c’était lui le véritable patron des « âmes et des corps » pour parler comme Denis Lalanne, grand journaliste à l’Equipe, auteur du célèbre livre « Le grand combat du XV de France » ayant trait à cette tournée, et sur lequel j’ai puisé nombre d’ informations intéressantes pour écrire cet article. Lucien Mias, surnommé Docteur Pack  la fois parce qu’il était médecin et novateur du jeu d’avants, fut un extraordinaire chef de meute au cours de cette tournée, et ce fut d’abord lui qui permit à cette équipe de vivre cette extraordinaire épopée au pays des Springboks. Il faut savoir en effet qu’en Afrique du Sud le rugby est une véritable religion, comme en Nouvelle-Zélande, mais plus encore à cette époque où régnait l’apartheid, en rappelant que le rugby était le sport des blancs, même si de nombreux noirs ou métis assistaient aux matches sous leur tribune, apartheid oblige. Quelle horreur !

Mias allait d’ailleurs devenir une sorte de monstre sacré en Afrique du Sud, au point qu’après le second test-match la presse sud-africaine avoua que Mias était « le plus grand avant de rugby qu’on ait vu en Afrique du Sud ». Les Sud-Afs, comme on les appelait aussi, auraient pu ajouter que c’était sans doute un meneur d’hommes incomparable, sachant plus que tout autre galvaniser les énergies à l’extrême, notamment celle des avants, au point de faire du pack du XV de France une machine de guerre irrésistible. Il avait même su imposer ses idées à tous, notamment la notion de collectif, pourtant difficile à obtenir dans un rugby français où l’exploit individuel est particulièrement apprécié. En outre il transforma tellement le jeu qu’il devint un précurseur du rugby moderne, donnant au rugby français une belle avance sur les autres nations. 

La touche longue en mouvement, le demi-tour contact,  autant de notions qui certes favorisaient le jeu d’avant, mais qui permettaient aussi aux « lévriers » de l’arrière, comme on surnommait les trois-quarts à l’époque, de disposer de bons ballons à négocier. Et lorsqu’il quitta l’équipe de France en 1959, à peine âgé de 29 ans avec à son compteur 29 sélections, il avait démontré que le rugby français ce n’était pas seulement le « french flair », comme disaient les Britanniques, mais aussi une certaine rigueur et un style de jeu.  Et tout cela avait permis au XV de France d’être peut-être à cette époque la meilleure équipe du  monde. Cela allait aussi enclencher le cycle des grandes victoires du XV national, en remportant le Tournoi (seul) en 1959, mais aussi en parlant d’égal à égal avec les nations de l’hémisphère Sud.

Cependant pour aussi grand qu’il fût, Lucien Mias n’était pas seul à la manœuvre. Il fut bien aidé par Robert Vigier, inamovible talonneur montferrandais de l’équipe de France, pour les problèmes relatifs à la mêlée. En outre dans les lignes arrière il y avait un peu  son équivalent, du moins le temps de cette tournée, en la personne de Roger Martine, joueur sans doute trop méconnu par rapport à d’autres aux références bien inférieures. Le Lourdais fut sans doute un des attaquants les plus doués de l’histoire du rugby international, capable de jouer au centre évidemment, mais aussi avec un égal bonheur à l’ouverture et à l’arrière. Il avait tous les dons, y compris une science du jeu qui n’avait guère d’équivalent à l’époque. 

C’est pour cette raison que « Bichon », comme on surnommait Martine,  prit en main le jeu de l’attaque française  pour le faire évoluer vers une forme davantage lourdaise, la référence absolue du moment. En plus  quelle récompense pour ce joueur de se retrouver dans pareille aventure, lui dont la carrière avait failli s’arrêter un triste samedi de fin de tournoi en 1955, en raison d’une blessure à l’épaule qui le suivra jusqu’au moment où il raccrocha définitivement les crampons. Il aura même eu le plaisir d’être celui qui avait mis le XV de France à l’abri lors du second test en passant un drop comme à la parade, après avoir interrompu un mouvement sur l’aile de Dupuy blessé.  Un vrai coup de génie ! Autant d’évènements qui allaient faire de lui le seul joueur français à avoir battu toutes les nations qui comptaient dans le rugby de l’époque.

Evidemment, il faut aussi dire un mot des autres joueurs qui participèrent à cette tournée, et qui à des titres divers ont  participé à ce monumental exploit. En tournée en effet, comme dans une Coupe du Monde, il n’y a pas que l’équipe type. Il y a tous les autres, notamment en raison des blessures, et pendant cette tournée il y en eut beaucoup, la plus dramatique affectant Michel Vannier, inamovible arrière du XV de France et du RCF, victime d’un mal qui affecte de nos jours nombre de joueurs, à savoir la rupture des ligaments croisés. Sauf qu’à cette époque la chirurgie et la médecine n’avaient pas fait tous les progrès que nous connaissons aujourd’hui, au point que certains le crurent perdu pour le rugby. Cela dit Michel Vannier, que l’on appellera plus tard « Brin d’Osier », redevint quasiment lui-même après une longue convalescence, et fera encore bénéficier pendant quelque temps (jusqu’en 1961) le XV de France de sa vitesse de course et de ses talents de buteur.

On ne peut pas passer sous silence les deux Cadurciens Momméjat et Roques. Bernard Mommejat fut notre premier seconde ligne de grand format avec 1.92 m, une taille qui fait presque sourire aujourd’hui …parce que la taille moyenne du genre humain a fortement augmenté depuis quelques années par rapport à la fin des années 50. La même chose vaut pour Alfred Roques, qui pesait moins de 100 kg, mais qui avait une force naturelle extraordinaire, sans avoir besoin comme les rugbymen d’aujourd’hui de soulever des tonnes de fonte. Il est vrai que dans sa ferme, il exerçait tous les jours sa force dans les travaux agricoles, y compris quand il fallait déplacer de quelques centimètres une batteuse.

Je n’oublierais pas de citer Jean Barthe, à l’époque le meilleur troisième-ligne centre du monde, qui peu après ira exercer ses talents à XIII (en 1959) pour gagner de l’argent, parce qu’à ce moment ce n’était pas interdit chez les cousins treizistes, contrairement à ce qui se passait chez les quinzistes. Il sera imité dans cette démarche par Quaglio, autre grand pilier de cette tournée. Dans cette équipe il y avait aussi le futur capitaine de l’équipe de France, une fois Mias parti, François Moncla, champion de France avec le Racing qui allait jouer à la Section paloise, alors que son copain du Racing Marquesuzaa (remarquable trois-quart centre) préfèrera retrouver Martine à Lourdes, comme Michel Crauste un des grands absent de cette tournée.

Et puis, il y avait tous les autres que je vais citer : Barrière (pilier), Baulon (3è ligne), Carrère (3è ligne), Casaux (centre), Celaya (2è ligne) dont j’ai déjà parlé et qui se blessa lors du premier match contre une sélection locale en Rhodésie, Danos (demi de mêlée) tellement rugby, Pipiou Dupuy (3/4 aile), Echavé (3è ligne), Frémeaux (2è ligne), de Gregorio (talonneur), Haget (ouverture), Papillon Lacaze l’arrière de Lourdes qui remplacera Vannier après sa blessure, Lacroix (demi de mêlée), les ¾ ailes Lepatey, Rancoule et Rogé, et Guy Stener (centre) qui décèdera peu après à l’âge de 36 ans.

Bien entendu tous ne joueront pas nécessairement à leur poste habituel en fonction des blessures, puisqu’on vit même Danos jouer à l’arrière avant le premier test, ou encore Marquesuzaa à la mêlée, poste qu’il avait occupé chez les juniors, et plus extravagant encore le talonneur Robert Vigier opérant lui aussi à ce même  poste de demi de mêlée,  mais chacun comme je l’ai dit précédemment apportera sa pierre à l’édifice, je devrais plutôt dire à ce beau monument édifié à 8.000 km de la France. Un monument construit sur un match nul (3-3) lors du premier test à Capetown, où les Français pourtant diminués résistèrent héroïquement aux vagues parfois féroces des Springboks pour obtenir un match nul flatteur,  grâce à un drop de Danos qui valait trois points comme l’essai sud-africain de Lochner. Pour mémoire à cette époque l’essai ne valait que trois points.

En revanche, lors du second test, les Français l’emportèrent par 9 points à 5, avec deux drops de Lacaze et Martine, plus une pénalité de Lacaze, contre un essai de Fourie et une pénalité de Gerber. Oui, les Français avaient été les plus forts sur l’ensemble des tests, ce que les Sud-Africains reconnurent d’autant que les Français au second test furent privés d’un essai de Barthe que l’arbitre n’osa pas accorder. Et je ne parle pas de la joie des spectateurs noirs, qui étaient suprêmement contents de voir leurs compatriotes blancs se faire malmener, et être obligés de ravaler leur orgueil. Finalement cette tournée avait été une merveilleuse épopée pour le sport français, juste après la troisième place en Coupe du Monde de notre équipe de France de football. Espérons que l’équipe de France 2011 réalise les mêmes exploits que sa devancière lors de la Coupe du monde cet automne en Nouvelle-Zélande, une Coupe du monde que l’équipe de Mais aurait sans doute remportée si elle avait existé en 1958 ou 1959.

Michel Escatafal