Et ça continue encore et encore…un match ?

XV de FranceVoilà, nous venons d’avoir la composition de l’équipe qui va devoir faire en sorte que nous sortions de la Coupe du Monde avec un minimum de dignité, ou, si l’on est optimiste, pour réussir les mêmes exploits que les équipes de 1999 et 2007, à savoir battre les Néo-Zélandais. Tout d’abord disons que l’on ne change pas grand-chose finalement par rapport à l’équipe qui a fait faillite contre l’Irlande, pour la bonne raison qu’il faut faire avec les joueurs que l’on a emmené en Angleterre. On ne pouvait guère changer 7 ou 8 joueurs comme on peut le faire dans le Tournoi des 6 Nations. Donc on va jouer sur la fierté, sur l’impossible exploit, étant entendu « qu’impossible n’est pas français », comme l’aurait dit Napoléon, lequel a pu s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner, même si l’on est dirigé par un génie, lui-même aidé par de grands soldats, si tous les ingrédients pour la victoire ne sont pas rassemblés.

Or, justement celui qui dirige la manœuvre de cette équipe de France n’a rien d’un génial sélectionneur, pas plus que ses lieutenants. Et pourtant tous furent de grands soldats du XV de France à des époques différentes, à commencer par le sélectionneur qui, ne l’oublions pas, marqua un des essais du dernier siécle en 1991 (contre l’Angleterre à Twickenham), son acolyte, Lagisquet, participant activement à un autre des plus merveilleux essais construits par le XV de France dans sa longue histoire, en demi-finale de la Coupe du Monde 1987. Si je fais ce rappel historique, c’est d’abord pour montrer que, malheureusement, ces deux XV de France que j’ai évoqués à travers ces essais d’un autre monde, avaient dans leurs rangs des joueurs infiniment meilleurs que ceux dont dispose de nos jours le rugby français.

A cette époque, il n’y avait dans le XV de France pratiquement que des joueurs figurant parmi les meilleurs du monde, notamment dans les lignes arrières. Qu’on en juge : cinq figuraient déjà dans l’équipe vainqueur de l’Australie en demi-finale de la Coupe du Monde 1987, et ils s’appelaient Blanco, Sella, Mesnel, Didier Camberabero et Berbizier. Ensuite, les départs de Lagisquet et Charvet furent compensés par l’arrivée de Lafond et…Saint-André, qui récupéra lors de ce fameux Angleterre-France de 1991 un merveilleux coup de pied de recentrage de Didier Camberabero, ce qui ponctuait une relance de la ligne de but ou presque initiée par Blanco, lui-même aujourd’hui dans le staff de l’équipe de France. Tout cela pour dire que je n’aurai pas la cruauté de comparer les joueurs poste pour poste tellement il y a une différence de classe entre eux. Aucun joueur des lignes arrières de l’actuel XV de France n’aurait sa place dans les équipes dont je viens de parler, pas même le plus doué de tous en classe intrinsèque, Michalak, en raison de ses 33 ans. Je vais être méchant, mais qui oserait comparer Spedding à Blanco, ou pire Sella à Dumoulin ou encore plus pire si c’est possible, Parra à Berbizier. N’en jetons plus !

Et dire que c’est beaucoup sur les quatre joueurs que je viens de citer que Saint-André, ailier très supérieur en son temps à Nakaitaci ou Dulin, mise pour redonner des couleurs à l’attaque française. On comprend aisément que ceux qui connaissent un minimum le rugby, pour avoir eu un ballon dans les mains pendant quelques années, se demandent à quelle sauce notre équipe va être mangée. Je précise au passage que si je n’ai parlé que des lignes arrières, c’est parce que notre pack, s’il a récupéré de ses efforts contre l’Irlande, peut peut-être surprendre celui des All Blacks, en tout cas ne pas être outrageusement dominé. Et si c’était le cas, qui sait ce qui peut se passer, d’autant qu’un match de rugby reste un match à jouer et à gagner ?

Cela dit, reconnaissons que Saint-André aurait pu jouer son va-tout d’une autre manière en faisant rentrer des joueurs frais, mais cet homme ne veut jamais prendre le moindre risque. En écrivant cela je veux souligner le manque de logique du sélectionneur, qui n’a pas l’air de réaliser que les Néo-Zélandais sont quand même plus forts que les Irlandais. Dans ce cas, pour gagner ce match, il fallait peut-être introduire un peu de folie, et ne pas hésiter à lancer d’entrée Grosso à l’aile, Kockott à la mêlée ou Nyanga en troisième ligne. A ce propos on peut se demander pourquoi on a fait venir Grosso et ce même Kockott…pour ne pas les faire jouer. Et pourtant le match contre l’Irlande, premier match vraiment dur pour le XV de France dans cette Coupe du Monde, nous avait démontré que  Tillous-Bordes n’était pas un grand demi de mêlée, et que celui qui l’a remplacé, Parra, avait été fantomatique. Et ce n’est pas le remplacement de Bastareaud par Dumoulin qui va nous rassurer. En fait, le seul changement intéressant se situe devant, avec l’arrivée dans le XV de départ de Le Roux en troisième ligne. Au moins avec lui, comme cela aurait été le cas avec Kockott, on aura un joueur qui n’a peur de rien ni personne. La preuve, il veut « défoncer »Mac Caw. Certes ce n’est pas comme si c’était fait, mais au moins on a un guerrier dans cette équipe.

Néanmoins ces propos belliqueux, dans le bon sens du terme, ne nous empêchent pas d’être très inquiet sur le résultat, car il va falloir défendre pendant 80 minutes face à des All Blacks qui, soyons-en sûrs, vont attaquer ce match à fond, ce qui va exiger de nos joueurs une énorme dépense physique…qui pourrait nous coûter cher en fin de match, comme ce fut le cas contre les Irlandais. En outre, cette fois les Blacks ne commettront pas l’erreur de sous-estimer les Français, parce que ceux-ci ont la réputation de n’être jamais aussi dangereux que lorsqu’on ne les attend pas. Il n’empêche, même si l’on fait preuve d’un optimisme forcené, même si ceux qui croient au ciel vont faire brûler des cierges, on ne voit pas comment cette équipe pourrait battre les Néo-Zélandais.

Toutefois c’est ce que nous disions et écrivions il y a quatre ans, et la France perdit d’un point (8-7) une finale de Coupe du Monde qu’elle n’aurait jamais dû perdre…face à ces mêmes Néo-Zélandais, lesquels furent avantagés par des décisions arbitrales souvent très contestables. Ah cette fin de match haletante, avec un Trinh-Duc ébourrifant, qui avait remplacé Parra blessé par un coup de genou de Mac Caw! Au fait, il est où Trinh Duc ? A Montpellier, tandis que Parra est toujours là, même s’il a réussi l’exploit samedi dernier d’être encore plus nul que Tillous-Bordes quand il est rentré, peu après la mi-temps. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Saint-André, qui a toujours privilégié la densité physique, n’a pas utilisé davantage Kockott ? J’arrête là, car certains vont trouver que je fais une fixation sur Parra. Ils ont tort si c’est le cas, parce que je souhaite de tout cœur la victoire du XV de France, et je maintiens que Kockott et même Machenaud sont meilleurs joueurs que Parra, et en plus eux aussi savent buter.

Michel Escatafal


Michalak, encore un surdoué controversé…en France

MichalakEt si l’on continuait à parler rugby après la victoire de Toulon en Coupe d’Europe, après aussi une finale 100% française ! Aujourd’hui je voudrais évoquer le cas d’un joueur parmi les plus controversés de notre rugby national, Frédéric Michalak. Au fait, pourquoi est-il controversé ? Tout simplement parce qu’il a la grande classe, et dans notre pays un joueur de très grande classe, surtout s’il opère dans les lignes arrières fait rarement l’unanimité. Il suffit de se rappeler, pour les plus anciens, tout ce qu’ont enduré les frères Boniface en leur temps, puis Jean Gachassin quand il est passé à l’ouverture, mais aussi Jo Maso, ou encore Max Barrau, demi de mêlée qui fit l’admiration des All Blacks eux-mêmes, sans oublier Richard Astre, Jérôme Gallion, autre numéro 9 de grand talent qui fit partie de l’équipe qui triompha des Néo-Zélandais chez eux pour la première fois (14 juillet 1979) dans l’histoire du XV de France, ni Alain Caussade, demi d’ouverture de Lourdes et du XV de France, qui lui aussi appartint à l’équipe victorieuse des All Black en 1979, et tant d’autres encore, comme Didier Codorniou, Didier Camberabero, et plus près de nous Jean-Baptiste Elissalde, tous ces joueurs ayant pour particularité d’être des surdoués.

Bien entendu Frédéric Michalak, appartenant à cette catégorie de joueurs exceptionnels, eut droit lui aussi aux multiples controverses dont se gargarisent les Français, qu’ils soient dirigeants, sélectionneurs, journalistes et supporters. C’est la raison pour laquelle il m’arrive de dire que les Gallois Gareth Edwards et Barry John, ou encore Jonny Wilkinson, ont eu la chance de ne pas naître dans notre pays, car je suis persuadé qu’ils auraient souffert de cet ostracisme que l’on manifeste si facilement vis-à-vis des génies du jeu. Et si en plus ils sont aussi élégants que talentueux sur le terrain, alors là c’est la curée pour eux dès leur première faute, surtout si celle-ci coûte la victoire dans le Tournoi, comme en 1966 à Cardiff. Peu importe dans ces cas-là leur apport dans le jeu, ni la faculté qu’ils ont d’électriser le public par leur maestria. Non, on préfère et on préfèrera toujours dans notre pays de bons ouvriers à un magicien du jeu. D’ailleurs, quitte à me répéter, on remarquera que Morgan Parra, pour ne citer que lui, compte plus de 50 sélections à moins de 25 ans, alors qu’il est loin de faire l’unanimité à son poste de demi de mêlée. A ce propos, je ne voudrais qu’on imagine que je fais moi-même ce que je reproche à d’autres, à savoir faire une fixation sur ce joueur. Non, simplement je veux souligner que Parra est loin d’avoir la classe d’un Fred Michalak à la mêlée, et même sans doute d’un Doussain, lequel n’a été qu’une seule fois international à 22 ans, ce qui ne l’empêche pas d’avoir presque supplanté au Stade Toulousain l’Australien Burgess, qui compte 37 sélections avec l’équipe d’Australie.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à Frédéric Michalak, pour souligner que ce qui l’a desservi est d’abord sa polyvalence. Michalak est-il un demi d’ouverture ou un demi de mêlée ? Si l’on regarde sa carrière, on serait tenté de dire qu’il est d’abord un demi d’ouverture, sauf qu’à la base c’était plutôt un demi de mêlée. C’est Bernard Laporte qui en a fait un demi d’ouverture en le sélectionnant à l’ouverture du XV de France à l’âge de 20 ans. Il est vrai qu’à ce moment le titulaire du poste à la mêlée dans le XV de France s’appelait Fabien Galthié, et que ce dernier était indiscutable dans l’optique de la Coupe du Monde 2003. Et cette décision allait être très lourde de conséquences pour Michalak et le XV de France.

En effet, elle allait faire de Michalak un demi d’ouverture à la fois au stade Toulousain et dans le XV de France. Le plus amusant à propos du Stade Toulousain, est que l’on avait à l’époque (au milieu des années 2000) une paire de demis composée d’un demi de mêlée reconverti à l’ouverture, Frédéric Michalak, et d’un demi d’ouverture reconverti demi de mêlée, Jean-Baptiste Elissalde…qui par parenthèse redeviendra ouvreur après la signature de Byron Kelleher, le demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, ce dont fera les frais Frédéric Michalak, barré et par l’un et par l’autre. A cela s’ajoutent quelques blessures plus ou moins longues qui vont gâcher la vie de notre surdoué, chaque fois au moment où il retrouvait la grande forme. Décidément, on dirait que la vie n’est jamais facile quand on est un génie du jeu, comme s’il y avait une malédiction pour ce type de joueurs !

Après deux séjours en Afrique du Sud, pays dont il est devenu une vedette incontestée, ce qui signifie quand même quelque chose dans cette nation ayant toujours figuré au sommet du rugby mondial, notamment grâce à ses deux titres mondiaux, il reviendra en France, la première fois avec un retour au Stade Toulousain…où on ne l’attendait pas nécessairement comme le messie, et la seconde fois avec une signature au RC Toulon, club dans lequel il a presque retrouvé ses couleurs d’antan, notamment parce qu’il y fut repositionné à la mêlée, en raison évidemment de la prééminence de Wilkinson à l’ouverture. Hélas pour lui, malgré d’excellentes prestations à la mêlée, il sera de nouveau sélectionné dans le XV de France à l’ouverture, le poste de demi de mêlée étant réservé en priorité…à Morgan Parra, même si ce dernier a dû subir la concurrence de Machenaud l’espace de quelques matches en novembre et au début du Tournoi de cette année.

Hélas pour Michalak, j’ai bien peur qu’il en sera ainsi tant que Saint-André sera sélectionneur, s’il est sélectionné (parce qu’il faut s’attendre à tout), Saint-André s’obstinant à ne voir Michalak qu’à l’ouverture, au moment où Laporte lui-même s’est aperçu que c’était avant tout un numéro 9 de grande classe. Résultat, le XV de France continuera ses tâtonnements au niveau de la charnière, ce qui mettra en fureur nombre de supporters de notre équipe nationale, et ce qui nous empêchera de remporter enfin cette Coupe du Monde que nous attendons depuis 1987, la France étant la seule des grandes nations de rugby à ne pas l’avoir gagnée.  Pour mémoire je rappelle que le prédécesseur de Saint-André, Marc Lièvremont, avait aligné en finale de la Coupe du Monde 2011 une paire de demis composée de Yachvilli à la mêlée et Parra à l’ouverture, Michalak n’ayant pas été sélectionné alors pourtant qu’il brillait avec les Sharks sud-africains, étant même le meilleur réalisateur de la Currie Cup. Résultat, victoire en finale de la Nouvelle-Zélande par le plus petit des scores (8-7), alors que les Français étaient les plus forts. A pleurer de rire !!!

Michel Escatafal


Le RC Toulon, Nibali et Ancelotti en haut de l’affiche

wilkinsonUn week-end de sport un peu particulier que cette Pentecôte 2013 ! Si je dis cela c’est parce que des évènements importants ont eu lieu dans trois sports parmi les plus médiatisés de la planète. Commençons par le vélo, avec la grosse option prise par Vincenzo Nibali sur la victoire dans le Giro. Le Sicilien est à sa place, dans la mesure où,  avec Contador et Froome, c’est le plus complet des coureurs à étapes. En outre, j’aime beaucoup ce coureur italien pour son tempérament bagarreur et son goût pour l’offensive, qui me fait penser à un autre grand champion que j’ai beaucoup admiré en son temps, Laurent Fignon. Voilà pour le vélo, en espérant pour les rescapés de ce Tour d’Italie que le temps soit moins exécrable qu’il ne l’a été ces derniers jours…ce qui paraît peu probable si l’on en croit les météorologistes.

Ensuite il y a le cas Ancelotti qui fait les grands titres des journaux français et espagnols. Ancelotti veut quitter le PSG pour aller au Real Madrid, afin de remplacer Mourinho, lequel est loin d’avoir réussi au Real Madrid aussi bien que dans les autres clubs où il est passé. Mais au fait, malgré les louanges parfois dithyrambiques qui lui sont adressées depuis qu’il a annoncé son envie de quitter le PSG, est-ce qu’Ancelotti a vraiment été l’homme providentiel qu’attendait le PSG pour lui faire franchir encore plus vite le pas qui le sépare encore des toutes meilleures équipes européennes ? La réponse est loin d’être aussi évidente qu’il n’y paraît, car, avec l’armada dont il disposait, remporter « seulement » un titre de champion de France et aller en quart de finale de la Ligue des Champions est quand même le minimum qu’on pouvait attendre d’un technicien aussi côté que lui. Bien sûr on me dira qu’il a réussi à gérer les egos de grands joueurs comme en possède aujourd’hui le PSG, mais là aussi c’est le moins qu’il ait pu faire, d’autant que les très grands joueurs (Ibrahimovic, Thiago Silva, Lavezzi, Pastore, Lucas ou Motta) ont toujours été titulaires, tout comme d’autres qu’on ne croyait pas aussi fort, comme Matuidi et Sirigu. La preuve, quand on regarde l’effectif parisien, on s’aperçoit que seuls une quinzaine de joueurs ont disputé la plupart des matches au cours de la saison, à savoir Sirigu, Jallet, Alex, Sakho, Silva, Maxwel, Matuidi, Verrati, Menez, Pastore, Lavezzi, Ibrahimovic, et Lucas après son arrivée en janvier, les autres se contentant de bouts de matches ou de remplacer les titulaires absents ou blessés.

Tout cela pour dire que dans le cas Ancelotti, il faut savoir raison garder…sauf à considérer que sans sa présence sur le banc, peut-être qu’Ibrahimovic, Thiago Silva ou Lavezzi ne seraient pas venus. Alors, et maintenant ? Et bien, il finira sans doute par partir au Real, mais ce ne sera pas sans conditions, ni pour lui, ni pour le Real. On peut même imaginer qu’il est un formidable atout dans la manche des dirigeants parisiens pour faire venir à Paris Cristiano Ronaldo ou pourquoi pas un autre grand joueur du Real, ou encore pour faire en sorte que le Real ne marche pas sur les plates-bandes du PSG pour un gros renfort qui ne manquera pas d’arriver à Paris d’ici la fin juillet. De toutes façons, contrairement à ce que de nombreux forumers ou journalistes pensent, cela ne va pas déstabiliser le PSG, car la seule chose qui pourrait le faire ce serait le départ des Qataris, comme l’a rappelé très justement Leonardo…car ils ont l’argent. Or, comme il n’est pas question pour les Qataris de  se désengager, bien au contraire, Ancelotti ou pas sur le banc n’est pas aujourd’hui le plus important, surtout que son remplaçant sera nécessairement un « tout bon ». En plus, compte tenu de l’ampleur du projet parisien et des moyens mis à sa disposition, les entraîneurs de renom ne peuvent qu’être flattés d’être sollicités par le PSG.

Dernière chose, j’ai du mal à accepter les explications affichées ou non d’Ancelotti pour expliquer son envie de départ. Par exemple quand il dit que « le Real est une possibilité », comme s’il voulait nous prendre pour des idiots. De même, quand j’entends dire qu’il a été froissé de  l’impatience manifestée par les décideurs qataris à propos des résultats du club francilien en novembre-décembre, cela me fait doucement rire, dans la mesure où il est parmi les deux ou trois entraîneurs les mieux payés au monde.  Comme l’a fait justement remarquer ce matin le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, il était quand même normal qu’après une série de trois défaites qui hypothéquaient la saison du club, on lui demande des explications. On notera à ce propos que c’est après ces explications que le PSG s’est de nouveau remis sur de bons rails, notamment avec le passage en 4-4-2 qui, à présent, fait la force de l’équipe, et qui a permis à certains joueurs importants de s’exprimer au mieux de leurs possibilités, par exemple Pastore et Lucas.

Passons enfin au sujet que je voulais traiter en priorité, à savoir la victoire du RC Toulon en Coupe d’Europe de rugby, une victoire qui m’a fait un immense plaisir. Pourquoi ? Non pas parce que j’ai une dent contre l’ASM Clermont, mais pour les efforts faits par un homme, Mourad Boudjellal, pour faire évoluer son club en particulier, et le rugby en général vers plus de professionnalisme. Cet homme en effet a apporté au rugby français son savoir-faire industriel, et c’est ce dont le Top 14 avait besoin. Point n’est besoin d’être grand clerc pour savoir que l’évolution du rugby vers plus de professionnalisme est irréversible. Et dans ce cas, il nous faut des grands clubs, comme le Stade Toulousain, l’ASM Clermont, le Racing, le Stade Français ou le RC Toulon, pour ne citer qu’eux, avec des joueurs venus du monde entier qui apportent un plus dans les championnats européens, à commencer par le notre. Il est bien pour le Top 14 qu’il y ait à côté de Dusotoir, Pascal Papé, Fofana ou Michalak, des joueurs comme Mac Allister, Sivivatu, Botha ou Wilkinson. Et c’est bon aussi pour tout le rugby européen, à travers les clubs ou franchises qu’ils soient français, anglais, gallois, écossais ou irlandais, ce qui nous permet d’avoir une Coupe d’Europe de très haut niveau. Et ce qui fait plaisir, c’est de voir que chaque année un club du Top 14 figure parmi les favoris de la compétition ou la gagne, cas ces dernières années du Stade Toulousain, de Clermont et à présent Toulon.

Le RC Toulon, qui a retrouvé en cinq ans son rang de place forte du rugby français (3 fois champion de France en 1931, 1987 et 1992 et 6 fois finaliste entre 1948 et 2012), après être remonté de la Pro D2 en 2008. Une progression extraordinaire…que l’on espère pour le PSG, même si la concurrence en football est largement supérieure. Une progression tellement extraordinaire que l’on a du mal à y croire, et à laquelle personne ne croyait sauf cet homme de défi qu’est Mourad Boudjellal, lequel a beaucoup payé de sa personne et a mis de gros moyens à la disposition du club pour faire venir quelques uns des meilleurs joueurs du monde. Parmi ceux-ci on citera le All Black Tana Umaga, le Sud-Africain Victor Madfield, l’Australien Georges Gregan, un autre All Black, Andrew Merthens, Bakies Botha le pendant de Madfield en deuxième ligne, Sonny Bill Williams qui était en 2008 le meilleur treiziste du monde…et Jonny Wilkinson, le fantastique ouvreur anglais, sans doute un des plus grands joueurs de l’histoire à son poste au même titre qu’un Barry John.

Et si j’insiste pour Wilkinson, c’est parce que Mourad Boudjellal fut sans doute le seul à avoir cru en lui en 2009, après une multitude de blessures qui laissaient penser que le corps de Jonny Wilkinson ne pouvait plus supporter les rigueurs et la dureté du rugby professionnel, après une carrière qui l’avait vu débuter au plus haut niveau en 1997 à l’âge de 18 ans, carrière dont le point d’orgue était un titre de champion du monde pour l’Angleterre, équipe qu’il a longtemps portée à bout de bras, notamment en 2003 lors de la Coupe du Monde en Australie. Je l’admire tellement Wilkinson, que j’ai écrit sur ce site un article où je l’avais qualifié de « plus que parfait ». Et pourtant il fut très souvent le bourreau du XV de France, mais cela démontre simplement que j’aime le rugby et ses grands joueurs…quelle que soit leur nationalité. Fermons la parenthèse pour souligner que Mourad Boudjellal mérite une statue pour avoir su  organiser la résurrection du merveilleux numéro 10 anglais, alors que beaucoup parlaient de lui au passé. Et c’est un juste retour des choses que, grâce à Jonny Wilkinson, le RC Toulon ait remporté samedi le plus beau titre de son histoire, avec cette Coupe d’Europe, victoire qui récompense l’énorme investissement personnel de Mourad Boudjellal pour son club.

Oh certes, Wilkinson n’était pas seul dans cette équipe constellée de stars planétaires du rugby (les frères Armitage*, Giteau, Bastareau, Michalak, Rossouw, Masoe, Fernandez-Lobbe, Botha, Sheridan ou Jenkins), mais  Wilkinson a été tout au long de l’épreuve l’âme de l’équipe, sorte d’assurance tous risques pour une formation qui savait pouvoir compter presque à 100% sur son ouvreur-buteur. La preuve, nous l’avons dans le fait qu’un point seulement séparait les deux équipes de Toulon et Clermont en finale, point que l’on trouve dans une transformation manquée par Parra sur un des deux essais clermontois, alors que Wilkinson a fait de nouveau un sans-faute dans les tirs au but. Et puisque je parle des deux buteurs, comment ne pas être confondu devant le match ô combien décevant du demi de mêlée clermontois, joueur dont j’ai toujours dit qu’il était surtout un excellent buteur, alors que Wilkinson fut non seulement remarquable buteur dans cette finale européenne, mais aussi excellent dans le jeu. Là est toute la différence entre un très bon joueur, Parra, comme il y en a beaucoup en France, et un très grand joueur, Wilkinson, comme il y en a très peu dans le monde, ce qui lui a valu le trophée du meilleur joueur européen, même si pour ma part je n’accorde qu’une valeur très relative à cette distinction…indiscutable cette année.

Un dernier mot enfin pour saluer un autre personnage qui fut pour beaucoup dans cette victoire européenne du RC Toulon, Bernard Laporte. Autant je n’appréciais guère le ministre des Sports qu’il fut, autant en revanche on ne peut que le féliciter d’avoir aidé le club toulonnais à grandir. Laporte a certes échoué dans la conquête du titre mondial en 2007, mais à côté de cet échec que de succès à la tête de l’équipe de France (4 victoires dans le Tournoi dont 2 grands chelems) entre 2000 et 2007) ou du Stade Français (champion de France 1998) ! Je crois qu’il fallait le dire, d’autant que le contraste est frappant entre son palmarès et celui de ses prédécesseurs ou successeurs en club ou en équipe de France. D’ailleurs qu’a-t-il manqué au XV de France en 2003 ou 2007 pour ne pas être champion du monde ? Simplement un Jonny Wilkinson . Imagine-t-on une paire de demis composée de Galthier ou Michalak associés à Wilkinson en 2003 ou une paire Elissalde-Wilkinson en 2007 ? Oui, dans ce cas la France aurait été imbattable.  Après tout ce n’est pas la faute de Laporte si Wilkinson est né anglais ! Reste à présent à B. Laporte et à Jonny Wilkinson à réaliser le doublé Top 14 et Coupe d’Europe avec leur club du RC Toulon, inédit pour un club français. Même le Stade Toulousain n’y est jamais parvenu, c’est dire ! Pour être franc, je pense que le Stade Toulousain de Guy Novès et J.B. Elissalde a les meilleures chances de remporter cette année, et une nouvelle fois, le fameux Bouclier de Brennus, à moins que Wilkinson…

Michel Escatafal

*A propos de Delon Armitage, certains se sont offusqués de son geste vis-à-vis de Brock James alors qu’il filait à l’essai. Ceux-là ne connaissent pas l’histoire du rugby. Il suffit de se rappeler, par exemple, le geste de J.P. Bastiat en demi-finale du championnat de France 1973, où l’on vit l’immense avant dacquois aplatir un essai au milieu des poteaux en narguant les joueurs biterrois de la grande époque, vaincus sur le score de 23-3 ! Ce geste ne porta pas bonheur à l’US Dax qui perdit, contre toute attente, sa cinquième finale contre le Stado Tarbais (12-18).


Les Français n’aiment pas les joueurs géniaux…

michalakVoilà, il n’y a pas eu de miracle, l’équipe de France de rugby n’a pas pu battre celle d’Angleterre, ce qui est finalement assez logique, l’orgueil ne suffisant pas pour faire une grande équipe. Mais le plus étonnant réside dans les commentaires que nous pouvons lire de la part des journalistes et des forumers, notamment à propos des performances de la charnière Parra-Trinh-Duc. Celle-ci, en effet, semble poser un problème insoluble, parce que cela fait quatre ans bientôt qu’on a la même (ou presque) et qu’on se pose toujours la question de savoir si c’est la bonne ou pas. D’ailleurs, le seul fait de se poser la question depuis si longtemps est significatif de quelque chose qui cloche, mais apparemment les sélectionneurs ne sont pas de cet avis. Philippe Saint-André, et nombre d’entre nous, croyaient en avoir trouvé une autre (Machenaud-Michalak) à l’occasion de la tournée en Argentine l’an passé et lors des tests de novembre, mais aujourd’hui plus grand-monde ne semble lui faire confiance…sans qu’elle ait vraiment démérité.

En évoquant les tests de novembre, je voudrais dire d’abord qu’ils auront été de la poudre aux yeux quant à la valeur réelle de l’équipe de France, version Saint-André. Si j’écris cela, c’est parce qu’on a considéré nos victoires sur l’Australie ou l’Argentine comme de très grandes performances, alors que ce n’était pas vraiment le cas. Cependant ces victoires ont été remportées aussi, parce que nos joueurs disposaient encore d’une certaine fraîcheur, qui aujourd’hui manque cruellement à nos internationaux. Cela signifie qu’avant de se pencher sur le cas des joueurs, il faut impérativement qu’on se penche sur le problème du calendrier, si l’on veut qu’un jour le XV de France remporte enfin la Coupe du Monde. Au passage, comme je ne cesse de l’écrire, la France est la seule grande nation de rugby à ne pas avoir gagné cette épreuve, malgré sa présence trois fois en finale (1987, 1999 et 2011).

Et puisque je parle de la Coupe du Monde, comme je l’écrivais dans un article précédent, nous avons déjà perdu deux ans pour former une équipe susceptible de la gagner en 2015. Deux ans à chercher des joueurs à certains postes, deux ans à improviser, alors que les Anglais ou les Gallois travaillent avec des joueurs qui ont déjà un vécu ensemble, tout en emmagasinant de l’expérience, ce qui fera de l’Angleterre et du Pays de Galles deux formations redoutables et redoutées en 2015, y compris pour les trois grosses équipes de l’hémisphère sud (Nouvelle- Zélande, Australie, Afrique du Sud). En revanche l’équipe de France en sera toujours à essayer des joueurs, quitte à ne pas les mettre à leur véritable poste, comme ce fut le cas de Fofana pour les deux premiers matches de ce Tournoi des 6 nations.

Fofana justement, qui a éclaboussé le match Angleterre-France de toute sa classe, et qui a marqué un essai fantastique. Il y avait bien longtemps que notre rugby n’avait pas trouvé une telle pépite dans ses clubs…ce qui ne peut que nous faire craindre pour lui, quand on pense à la manière dont nos sélectionneurs, quels qu’ils soient,  ont traité de tout temps nos purs talents, le dernier en date étant Michalak.  Cela étant, on a les sélectionneurs que l’on mérite, quand on voit la manière dont on critique le joueur toulonnais, parce qu’une de ses passes a été interceptée peu après son entrée en jeu hier après-midi. Pour un peu on croirait que c’est lui qui fait perdre le match à l’équipe de France, alors que notre équipe était déjà menée quand il est entré, qu’elle avait manqué deux occasions par Parra de meubler le score, et qu’elle commençait à prendre l’eau. Que je sache, même si notre pack a été performant en mêlée et en touche en première mi-temps, même si notre équipe semblait avoir plus de hargne que face aux Italiens ou aux Gallois, même si elle avait contrarié au prix d’énormes efforts en défense l’équipe anglaise, elle n’avait marqué qu’un essai, certes extraordinaire, mais qui était dû uniquement à la classe folle de Fofana, un essai qu’il n’aurait pas marqué, entre parenthèse, s’il avait été sélectionné à l’aile.

Tout cela pour dire que Michalak ne mérite pas les quolibets qu’il endure de la part de nombreux détracteurs qui sont dans la réaction sur une ou deux actions entreprises, plutôt que dans la réflexion. Cela dit, pour ce qui me concerne, je ne mange pas de ce pain, car pour moi Michalak est sans doute le seul attaquant  de cette équipe, avec Fofana, à soutenir la comparaison avec les plus grands. Michalak, c’est une sorte de Gachassin à l’époque où il opérait à l’ouverture (au milieu des années 60), c’est-à-dire un demi d’ouverture complet, parfait pour construire les attaques, de surcroît très bon défenseur, capable à tout moment de renverser le cours d’un match sur une inspiration de génie. En écrivant ces lignes, cela me fait penser à ce qu’a écrit un forumer sur le site d’un journal de sport, où il semblait indiquer que la paire Yachvilli-Parra, mise en place par Lièvremont pendant la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande, avait permis à l’équipe de France d’arriver jusqu’en finale. Comme si l’on pouvait comparer la classe de Michalak avec celle de Parra !

Michalak est un artiste qui a du rugby plein les mains, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un jeu au pied correct et d’être excellent dans les tirs au but, et je pense qu’il peut être très complémentaire avec Machenaud, lui aussi très rugby…à condition de leur faire confiance. Pourquoi Saint-André a-t-il sorti Machenaud après à peine une heure de jeu contre l’Italie et 50 minutes contre le pays de Galles, alors qu’à chacune de ces rencontres il avait réussi une échappée qui aurait pu valoir un essai ? Parra n’a jamais eu, et n’aura jamais cette capacité à mettre le feu dans une défense adverse, par manque de vitesse. En outre, à chaque lancement, les trois ou quatre foulées que fait Parra avant de donner son ballon n’apportent rien, et surtout permettent aux défenseurs de disposer d’un supplément de temps pour s’organiser en défense. Bref, Parra est un très bon demi de mêlée, comme je l’ai indiqué dans un article précédent que je lui ai consacré, mais par rapport à un J.B. Elissalde, à qui certains veulent le comparer, il lui manque tout simplement la grande classe.

Voilà quelques réflexions personnelles sur le match d’hier, en regrettant que notre rugby et son équipe nationale vivent dans l’improvisation perpétuelle. En regrettant aussi que l’on offre à certains internationaux une confiance que l’on n’offre pas à d’autres, même si ce mal est récurrent chez nous depuis des dizaines et des dizaines d’années. Combien avons-nous usé de joueurs hors-normes qui auraient eu leur place partout ailleurs dans le monde ? Si Wilkinson, Carter, Kelleher ou Genia étaient né français, auraient-ils fait la même carrière en équipe de France que dans celle de leur pays ? Je n’en suis pas sûr du tout, parce que nous avons en France l’art et la manière de mettre une énorme pression sur nos joueurs les plus doués. Certains y survivent, comme Sella ou Jauzion, d’autres non. C’est pour cela que je suis inquiet à propos de Fofana, alors que s’il était néo-zélandais, il aurait sa place assurée pour dix ans chez les All Blacks.

Michel Escatafal


Une belle soirée de sport à la télévision (rugby, boxe)

Hier soir, j’ai vécu une belle soirée de sport, entre le match France-Australie, entrecoupé à la mi-temps par les scores du football, et le championnat du monde des poids lourds (WBA, WBO, IBF) opposant l’Ukrainien Wladimir Klitschko et le Polonais Wach, à Hambourg. C’était évidemment un match déséquilibré, que Wladimir Klitschko a remporté aisément aux points, même si le boxeur polonais était invaincu, adjectif facile quand on n’a pas rencontré d’adversaires de classe, ce qui ne pouvait être que le cas de Wach au vu de sa prestation technique. J’ai bien dit technique, parce que sur le plan du courage, Wach n’a de leçon à recevoir de personne, en pensant à tous les coups qu’il a pris. J’ai même cru que l’arbitre allait arrêter le combat à la fin de la huitième reprise, tellement Mariusz Wach semblait en perdition dans les cordes, mais il a tenu le coup, et le gong l’a sauvé. Alors est-ce que ce fut un grand combat ? Réponse, NON, mais le niveau de la boxe a beaucoup baissé depuis la fin des années 1980, et plus encore par rapport à son’âge d’or dans les années 50, 60 ou 70, surtout chez les poids lourds.

A ce propos, il est évident que si les frères Klitschko sont des boxeurs de grand talent, ils sont loin des Ali, Frazier ou Foreman, sans remonter plus loin dans le temps. Et que dire des challengers qui leur sont proposés, à commencer par ce Mariusz Wach, mais aussi le Britannique Haye ou encore notre Français Mormeck, qui évidemment n’auraient  jamais eu une chance mondiale pour le titre des poids lourds à l’époque où il n’y avait qu’une ou deux fédérations. Cela étant, il ne sert à rien de vivre dans la nostalgie des époques passées, en espérant que la boxe ne tombera pas plus bas qu’elle l’est aujourd’hui…ce qui serait déjà un pas considérable pour assurer sa survie. Et pourtant, quand on voit comment à Hambourg on est capable de remplir une salle pour un match de boxe, dont on savait à l’avance qu’il était très déséquilibré, on se dit qu’il faudrait peu de choses pour que la boxe puisse repartir,  et retrouver un minimum de crédibilité. Cela étant, ce n’est pas en France qu’on pourrait organiser pareil évènement, mais chacun sait que les Français sont surtout experts pour critiquer les autres (dopage, arbitre etc.), mais sont tout à fait incapables de se déplacer pour les grands évènements…que l’on ne sait pas organiser, du moins en ce qui concerne la  boxe. Résultat, nos meilleurs boxeurs arrêtent très tôt leur carrière, faute de pouvoir vivre de leur sport, y compris quand ils ont été médaillés olympique et ou détenteurs d’un titre mondial !

Et puisque j’ai évoqué l’affluence, j’ai observé avec infiniment de tristesse qu’il y avait énormément de sièges vides au Stade de France, pour un match entre l’équipe de France de rugby et celle d’Australie, c’est-à-dire un match entre deux des quatre ou cinq nations les plus fortes au niveau mondial. Oui, quelle tristesse de voir cela, surtout par contraste avec ce qui allait se passer un peu plus tard à Hambourg, avec une affiche qui pourtant n’avait rien de clinquant ! Cela étant, pour revenir au Stade de France, j’ai lu quelque part que toutes ces places disponibles…valaient 30 ou 40 euros, ce qui explique le peu d’empressement pour les acheter. Simplement, une question : pourquoi ne pas offrir des places davantage bon marché la veille ou l’avant-veille du match pour garnir les tribunes ? Vraiment il y a des choses qui m’échappent dans le sport français, tant du côté des organisateurs, que des dirigeants et des spectateurs…à moins que tout simplement notre pays ne soit pas un pays sportif. Je pencherais personnellement pour cette hypothèse. En France on donne des leçons, mais on n’aime pas (vraiment) le sport.

D’ailleurs si un de nos champions ou une de nos équipes brillent, ils sont le plus souvent critiqués. Par exemple, on leur reproche de ne pas toujours vivre en France, ce qui leur vaut d’être traités de mercenaires, et si c’est une équipe de football susceptible de briller  en Ligue des Champions, et bien on lui reproche d’avoir pour propriétaires des étrangers…ce qui ne dérange personne partout ailleurs. Pauvre sport français, qui n’a jamais réellement mérité les quelques champions qu’il est capable de sortir à intervalles plus ou moins réguliers, et le plus souvent par hasard, grâce au travail de quelques bénévoles ou de petites structures qui ont survécu au professionnalisme exacerbé dans les autres pays. La preuve, dans une épreuve phare comme la Ligue des Champions de football, la France se situe très loin de l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne et le Portugal. En Formule 1, combien notre pays a eu de pilotes champions du monde ? Un seul, Alain Prost. Combien de vainqueurs du Tour de France avons-nous eu depuis 1985, soit depuis 27 ans ? Aucun. Combien de victoires dans les tournois du grand chelem en tennis chez les hommes depuis 1946 ? Une seule (Noah à Roland-Garros en 1983). Même en rugby, nous sommes la seule des grandes nations à ne jamais avoir remporté la Coupe du Monde. Bref, je n’en rajoute plus, car cela va me gâcher mon dimanche.

Et pourtant, je reste d’humeur fort plaisante ce matin, précisément à cause de la victoire du XV de France contre l’Australie hier soir au Stade de France. Une belle victoire quant au score (33-6 avec  trois essais marqués), mais aussi quant à la manière. D’ailleurs ce n’est pas pour rien, si nombre de supporters de notre équipe ont été séduits par le jeu du XV de France. Certes les grincheux feront remarquer que l’équipe d’Australie était handicapée par plusieurs absences, mais la France de son côté était privée de son emblématique capitaine, Thierry Dusotoir. En outre, le propre des grandes équipes est le plus souvent d’avoir des remplaçants qui valent (presque) les titulaires. Hier soir Nyanga en a apporté la preuve flagrante, en montrant que lui aussi était un troisième ligne de très grande qualité, ce que tous les amoureux de rugby savaient depuis longtemps.

Pourtant je suis persuadé que si notre équipe nationale a si bien récité sa partition, c’est aussi parce qu’en plus de son pack dominateur, surtout en mêlée, elle avait à sa disposition une paire de demis comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps. On finissait par avoir perdu l’habitude de voir un demi de mêlée sachant admirablement  alterner le jeu avec ses avants et ses trois-quarts, un demi de mêlée  ne perdant pas un seul ballon, un numéro 9 apportant de la vision, du punch, de la vitesse, sachant  dynamiser les sorties de balle, bref un joueur de grande classe à un poste clé. Evidemment cela contrastait avec celui qui est considéré comme l’inamovible titulaire depuis quatre ans, Morgan Parra, certes un bon demi de mêlée, mais  dont la seule raison de sa présence constante dans le XV de France tient à ses remarquables qualités de buteur. Hier soir, nous en avons eu encore une illustration, puisque la seule action notable qu’il ait réussi après avoir remplacé Machenaud, fut la pénalité parfaitement convertie à 42m à droite des poteaux. C’est pour cette raison que Saint-André doit continuer dans la voie qu’il s’est tracée, en faisant confiance à Machenaud, en regrettant au passage qu’il ait été remplacé à la 63è minute par Parra. Comme s’il fallait absolument que le Clermontois compte une cape de plus !

Certains me trouveront dur avec Parra, mais je maintiens que si c’est un très bon joueur, ce n’est certainement pas un grand demi de mêlée comme le XV de France en a eu par le passé (Max Barrau, Gallion, Berbizier ou Elissalde).  Parra n’aura jamais une grande vitesse de course, n’aura jamais le dynamisme d’un Machenaud ou d’un Doussain, pour ne citer que des jeunes demis de mêlée qui sont déjà plus que des espoirs. Certains d’ailleurs voient Parra en demi d’ouverture, ce qui est une complète aberration quand on dispose d’un Trinh-Duc, et surtout d’un Michalak. Ah Michalak, que de temps perdu avec ce joueur, ce qui montre qu’en France les sélectionneurs n’apprennent jamais de leurs erreurs. Si je dis cela, c’est parce que je pense aux procès faits à Jean Gachassin en son temps, autre demi d’ouverture incompris, ou aux frères Boniface, qui eux aussi en leur temps avaient connu la solitude des novateurs.

Et bien Michalak appartient à cette catégorie de demis d’ouverture explosifs, parfaits pour construire les attaques. Il est le plus vif des demis d’ouverture sur le plan international, mais en plus il sait tout faire ou presque, sa seule relative faiblesse se situant dans un jeu au pied parfois approximatif. Sinon quel talent, et dans un jeu de plus en plus restreint  par l’étouffement des défenses, aucun autre joueur à ce poste n’est capable de réussir régulièrement des coups de génie. En tout cas pas en France, et ceux qui voudraient voir Parra en demi d’ouverture sont des gens aveuglés par la qualité des tirs au but du joueur de Clermont-Ferrand. Et si on lui laisse le temps, je suis persuadé que cette association de deux purs talents comme Machenaud et Michalak, réussira souvent des matches de cette qualité, voire même meilleurs, car on oublie que c’est seulement la troisième fois qu’ils jouent ensemble. C’est pour cette raison que je m’indigne, une fois encore, de n’avoir pas vu les deux compères jouer ensemble un peu plus longtemps. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’un et l’autre n’auraient pas tenu 10 ou 15 minutes de plus ! Qu’on les ait fait sortir un peu avant la fin pour une standing ovation, pourquoi pas, mais, même cela, était-ce bien nécessaire ? Sommes-nous aveugles pour ne pas voir que ces deux joueurs ont illuminé le Stade de France de leur talent ?

Voilà pourquoi j’ai passé une excellente soirée, malgré ces petites restrictions à l’encontre du sélectionneur. Cela dit, on va peut-être me reprocher un excès d’enthousiasme pour cette nouvelle charnière. On va aussi me faire remarquer que Michalak ne sera peut-être pas toujours aussi régulier dans ses tirs au but, contrairement à Parra qui, sur ce plan, est presque un assurance tous risques. Et bien, je réponds que je sais tout cela, mais que ça n’altère en rien mon enthousiasme, surtout si l’on accorde à la paire Machenaud-Michalak autant de crédit qu’on en a accordé à Parra-Trinh-Duc, même si je suis de ceux qui ont toujours pensé que Trinh-Duc avait lui aussi beaucoup de classe, simplement un peu inférieur à Michalak. Pour mémoire je rappellerais que Michalak fut le meilleur joueur, du moins un des tous meilleurs, du groupe France qui alla en demi-finale de la Coupe du Monde 2003. Il avait même globalement connu une belle réussite dans ses coups de pied placés, sauf en demi-finale, les gens faisant immédiatement la comparaison avec Jonny Wilkinson, alors au sommet de son art. Espérons que Saint-André ait compris l’intérêt qu’il avait à tirer le maximum du potentiel de Michalak, seul moyen de nous faire rêver pour la Coupe du Monde 2015. Après tout, Michalak n’aura à ce moment que 33 ans, soit l’âge de Wilkinson aujourd’hui. Et qui oserait affirmer, sans crainte du ridicule, que Wilkinson n’est plus un grand joueur ? Personne, bien entendu !

Michel Escatafal