Les J.O. doivent se recentrer sur leurs sports traditionnels

MekhissiBonjour à tous, après des vacances que je veux qualifier de méritées. Du coup cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit, mais je vais essayer de rectifier le tir au cours des prochaines semaines. Après ces palabres en forme d’excuses, je veux évoquer un problème qui nous intéresse tous, puisque nous sommes en plein dans les Jeux Olympiques 2016. Ceux-ci, d’ailleurs, ressemblent de plus en plus à du grand n’importe quoi, entre les épreuves qui concernent les grands sports professionnels et qui n’intéressent guère les habituels supporters, et l’arrivée de sports improbables, nouveaux pour l’essentiel, en attendant les matches entre ceux qui crachent le plus loin et ceux qui sont capables de manger dix kilos de carpaccio en moins de cinq minutes. J’exagère à peine. Pire encore, certains voudraient voir le sport automobile aux J.O. Pourquoi pas ? Ce serait sans doute amusant de voir Hamilton, Rosberg, Vettel, Raikkonen, Ricciardo, Verstappen, Bottas, Alonso, Button, Perez ou Grosjean s’affronter, par exemple sur 50 km, dans des voitures des années 1980 ou 1990. Idem pour le WRC.

Ceci dit redevenons sérieux : qui peut me raconter qu’il considère, en cyclisme, l’épreuve sur route des J.O. au même titre qu’un Paris-Roubaix ou un championnat du monde sur route ? Personne, qui aime tant soit peu le vélo. En plus cette course arrive après un Tour de France qui fut sans doute un des pires au niveau émotionnel que l’on ait connu depuis des décennies. Aucun suspens, avec un Quintana pas dans son assiette et un Contador blessé le premier jour et contraint à l’abandon un peu plus tard, les seuls qui auraient pu inquiéter Froome. Au passage j’en profite pour noter une nouvelle fois que le Pistolero a vu son palmarès officiel amputé de deux grands tours (Tour de France 2010 et Giro 2011), plus quelques autres victoires moindres, pour un contrôle antidopage qualifié d’anormal pour quelques poussières de clembutérol, que seul un ou deux laboratoires au monde pouvaient détecter, alors que plusieurs champions ou championnes et non des moindres, pris pour du bon gros dopage, sont devenus ou deviennent champion olympique sans que cela ne semble trop perturber les instances olympiques ou internationales. En fait les plus fâchés de cette situation sont les concurrents malheureux qui arrivent derrière ces ex-dopés, ou encore d’autres concurrents qui sont contraints d’affirmer haut et fort qu’ils ont gagné en étant propres. Tout cela confine un peu au délire !

Fermons la parenthèse et reprenons notre propos, à propos du cyclisme professionnel aux J.O., même si la course en ligne fut belle sur le plan du spectacle. Pour ma part, cette course n’a pas sa place aux J.O., surtout quand on voit que l’on a abandonné le kilomètre et la poursuite sur la piste….pour faire de la place. Je dirais la même chose pour le football, avec un règlement bancal puisque chaque équipe peut aligner seulement trois joueurs de plus de 23 ans. Ridicule, d’autant plus que nombre de clubs ont refusé à certains joueurs leur participation pour mieux préparer la saison. Et que dire du tennis, sport où les meilleurs mondiaux se font éliminer dès les premiers tours, comme ce fut le cas pour Djokovic ou pour les deux paires françaises de double. Apparemment tout le monde se moque de ces résultats, car dans moins d’un mois c’est l’US Open qui va commencer et là on ne rigolera plus. Je suis sûr que Djokovic ne sera pas éliminé au premier tour ! Et le rugby ? Là on se contente du rugby à 7, qui est un bon moyen pour nombre de joueurs de travailler leur technique, mais qui s’y intéresse?

En revanche je trouve normal que les autres grands sports d’équipe, moins médiatisés dans le monde, participent à la fête olympique, par exemple le basket ou le handball. A part les joueurs de NBA, personne ne connaît les meilleurs joueurs du sport le plus pratiqué dans le monde après le football. C’est la même chose pour le cyclisme sur piste qui, hélas, ne nous offre ses meilleures rencontres qu’une fois par an, lors des championnats du monde. Dommage quand même qu’un titre olympique en vitesse ne soit pas mieux valorisé, en terme de notoriété et aussi sur le plan pécuniaire pour celui qui remporte une des épreuves les plus anciennes de la tradition olympique. Bref, tout cela pour dire que cette fête olympique qui se veut de plus en plus gigantesque depuis les années 1990, qui coûte de plus en cher aux pays organisateurs, n’est plus la fête du sport qu’elle était autrefois. Et quand j’écris fête, cela signifie mettre en valeur des sportifs qui ne le sont pas habituellement, alors que leur sport figure au programme des J.O. depuis des décennies, voire même dès la fin du XIXè siécle.

Certes on sera toujours plus nombreux à regarder la finale du 100m ou du 1500m en athlétisme que le tir à l’arc ou l’escrime, mais on sera content des médailles que notre pays a obtenu en natation, au judo, en canoë ou en aviron. Peut-être finalement que ce que l’on a tellement reproché à Avery Brundage dans les années 60 ou 70, de n’avoir pas voulu ouvrir les J.O. aux professionnels, n’était pas une si mauvaise chose, sauf évidemment le fait que les pays communistes de l’époque étaient nettement avantagés, puisqu’officiellement il n’y avait pas de professionnels chez eux, bien qu’ils le fussent en réalité, alors que les pays occidentaux ou libéraux ne pouvaient envoyer que leurs amateurs. Et je ne parle pas du dopage d’Etat qui était pratiqué dans certains pays sans la moindre pudeur, puisqu’il en allait de la « grandeur » du pays…ce qui ne signifie pas pour autant que l’on ne se dopait pas ailleurs!

En attendant les J.O. ne vont vraiment commencer pour la plupart de ceux qui aiment le sport sur la planète, qu’à partir de demain avec le début des épreuves d’athlétisme, sport roi de la quinzaine olympique. Là on va avoir des champions qui vont se battre pour les médailles devant des milliards de spectateurs. Ils voudront voir Bolt, Gatlin ou Allyson Félix et tous les autres, et j’ajoute que personne ne se préoccupera de savoir si untel est dopé, ou s’il a été convaincu de dopage, parce que le spectacle avec un grand S sera là. Au passage j’en profite pour espérer qu’un athlète français montera enfin sur le podium du 100m (Vicaut) derrière Bolt et Gatlin, même si j’ai bien peur que cela reste un rêve. Après tout ce n’est jamais arrivé, et si Vicaut réussissait cet exploit cela effacerait toutes les déconvenues qu’il a connues jusque-là dans les grands championnats, y compris la dernière en date où, malgré des temps très supérieurs en qualité par rapport à ses concurrents, il fut quand même battu lors de la faible finale des championnats d’Europe. Pour mémoire il a terminé troisième de la course avec un temps de 10s08, derrière le vainqueur (Churandy Martina) en 10s07, alors que le record d’Europe de Vicaut est de 9s86!

Acceptons l’augure qu’il concrétisera enfin ses possibilités dans cette finale olympique, tout comme il faut espérer que Lavillenie soit à son meilleur niveau à la perche pour conserver son titre de 2012, que Mekhissi ait retrouvé toutes ses sensations au 3000m steeple après sa grave blessure de l’an dernier et ses belles médailles d’argent de 2008 et 2012, qu’un Bascou (110m haies) ou un Bosse (800m) sortent la course de leur vie pour faire un coup à la Colette Besson en 1968 (sur 400m) et remporter l’or. Cela nous rendrait heureux comme nous le fumes avec le doublé 200-400m de Marie-Jo Pérec en 1996, après son titre sur 400m en 1992, avec la victoire de Galfione à la perche en 1996, la médaille d’argent de Joseph Mamhoud en 1984 au 3000m steeple, l’argent en 1992 et l’or de Drut en 1976 sur 110m haies, qui avait réussi l’exploit d’être le premier à avoir mis fin à la supériorité américaine sur la distance depuis 1928, sans oublier la médaille d’argent de Maryvonne Dupureur sur 800m à Tokyo en 1964, ni bien évidemment celle de Jazy en 1960 (voir mes articles (Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2) et Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 1) ou encore Les grands milers : partie 1), qui avait terminé deuxième d’un des plus grands 1500m de l’histoire olympique, avec comme vainqueur le plus grand miler de l’histoire tout court, l’Australien Herb Elliott, en rappelant qu’il s’est retiré de l’athlétisme en étant invaincu sur sa distance. Voilà je m’arrête à 1960 et aux médailles d’or et d’argent, avec toutefois une pensée pour Alain Mimoun, médaille d’or du marathon en 1956 et triple médaillé d’argent entre 1948 et 1952 (sur 5000 et 10000m) derrière Zatopek. Allez Vicaut, Bascou, Mekhissi, Bosse et Lavillenie, faites-vous plaisir et vous nous en ferez presque autant !

Michel Escatafal

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Pauvre France, tu ne mérites pas tes champions !

RinerCette fois c’est fait : en 2024 la France ou plutôt Paris organisera les Jeux Olympiques, cent ans après les avoir organisés. Cela étant, l’organisation des J.O. n’a aujourd’hui rien à voir avec celle de 1924. D’abord parce qu’il y a beaucoup plus de sports concernés, ce qui implique que les Jeux se déroulent à travers tout le pays ou presque (on parle du Havre pour la voile en 2024). A ce propos on peut quand même s’interroger sur l’utilité de la présence de certains sports (on évoque le bridge en hiver, le bowling…) alors que le kilomètre ou la poursuite dans le vélo ont été rayés du programme. Passons. Ensuite les sommes mises en jeu sont de nos jours incomparablement supérieures à celles d’il y a cent ans, en euros constants. Rien que le montant de la campagne de candidature s’élèvera à 60 millions d’euros, nous dit le site Sport 24, et si le budget prévu ne devrait pas dépasser 6 milliards contre 12 milliards pour les J.O. de Londres en 2012, il reste quand même conséquent. Sur ce plan toutefois, soyons prudents, car chacun sait qu’il est très difficile de rester « dans les clous prévus » pour une telle manifestation, même si Paris dispose déjà de l’essentiel des installations sportives ou infrastructures pour recevoir les sportifs du monde entier en août, raison de plus pour approuver ce projet. D’ailleurs la quasi totalité de la classe politique est pour l’obtention de ces Jeux Olympiques, à l’exception notable de J.L. Mélenchon. Mais Mélenchon, combien de divisions ?

Au passage vous remarquerez que je considère comme acquis l’organisation de cette manifestation planétaire ayant lieu tous les quatre ans, car évidemment je n’imagine pas qu’une autre ville puisse nous priver de Jeux chez nous, après trois échecs presque consécutifs en 1992, 2008 et 2012. Ce serait un non-sens de ne pas accorder à la France ces Jeux qu’elle n’a pas organisés, je le répète, depuis cent ans, alors que par exemple l’Allemagne (Hambourg est candidate) les a organisés deux fois entre 1936 et 1972, sans parler des Etats-Unis (Boston est candidate) qui y ont droit régulièrement (quatre fois depuis 1904 et trois fois depuis 1932).

Et puisque nous parlons des J.O., je voudrais en profiter pour noter encore une fois les réactions démagogiques de nombre de personnes de notre pays, relativement aux sommes que perçoit le judoka Teddy Riner de la part du club de judo de la ville de Levallois (24.000 euros par mois). Voilà un phénomène bien français à propos d’un de nos deux ou trois plus grands champions, tous sports olympiques confondus. Un sportif connu planétairement pour ses performances, parce que le judo est un sport très important en Asie, en Europe, et même en Amérique. Un sportif qui a remporté à 26 ans un titre olympique, 7 titres de champion du monde, et 4 titres européens en individuel. Qui dit mieux ? Pas grand monde à la vérité, et rien que cela justifie ses émoluments, surtout si nous faisons la comparaison avec ce que touchent les footballeurs, y compris pour nombre d’entre eux en Ligue 2. Que veulent les censeurs au petit pied, toujours prêts à reprocher aux sportifs, aux hommes d’affaires, aux artistes etc. de gagner trop d’argent ? Mais cet argent ils ne le volent pas ! En outre dans le cas de Teddy Riner, même si la commune de Levallois est la plus endettée de France (11500 euros par habitant), ce n’est quand même pas son salaire, payé par son club de Levallois, qui est la cause de la dette de la ville qui dépasse 750 millions d’euros. Pourquoi stigmatiser un de nos plus brillants représentants au niveau du sport, qui s’entraîne régulièrement dans son club pour le plus grand bonheur des autres licenciés du judo levalloisien ?

Tout cela est vraiment écœurant, et suffit à démontrer que nombre d’habitants de notre pays marchent sur la tête. Il paraît que le Français déteste l’argent, mais si j’en crois un article fait sur le sujet l’an passé, les ménages français avaient parié 46.2 milliards d’euros en 2012 sur les jeux d’argent, soit une progression de 76% par rapport à l’an 2000. Pour des gens qui soi-disant n’aiment pas l’argent, l’attitude de nos compatriotes est plutôt étonnante. Bien sûr certains vont nous dire que c’est la misère qui les fait jouer, mais c’est aller un peu vite en besogne. En fait les Français sont comme les autres habitants de la planète, à savoir qu’ils aiment eux aussi avoir de l’argent. Problème, comparés à d’autres, ils semblent être surtout envieux et jaloux de ce qu’ils ne possèdent pas et que d’autres ont. C’est pour cela qu’ils n’aiment pas les footballeurs du PSG, alors que les Anglais, les Italiens ou les Espagnols sont beaucoup moins préoccupés par les salaires des joueurs de leurs grands clubs, à qui ils demandent simplement de remporter des titres.

Triste constat sur les habitants de mon pays, mais c’est hélas la réalité…ce qui explique nos échecs dans le sport et ailleurs. Ce n’est quand même pas un hasard si les affluences dans nos stades ou nos salles sont nettement inférieures en moyenne à celles de nos voisins européens ou amis américains. Et ce n’est pas non plus un hasard si notre pays n’a remporté qu’une seule C1 en football (OM en 1993), si un coureur de notre pays n’a pas gagné le Tour de France depuis 1985 (Hinault) et aucun grand tour depuis 1995 (Jalabert à la Vuelta), si la France n’a été qu’une seule fois championne d’Europe de basket (2013), si la France n’a jamais été championne du monde rugby, alors que ce sport n’est pratiqué au très haut niveau que par une dizaine de nations en étant généreux (en fait dans les Iles britanniques, en France, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et depuis peu en Argentine et en Italie), si la France n’a eu que huit athlètes champions olympiques depuis 1948 (Micheline Ostermeyer en 1948, Alain Mimoun en 1956, Colette Besson en 1968, Guy Drut en 1976, Pierre Quinon en 1984, Marie-Jo Pérec en 1992 et 1996, Jean Galfione en 1996 et Renaud Lavillenie en 2012), si etc., etc.

Et le pire est que si nos clubs enlèvent des titres continentaux ou planétaires, on les critique. Par exemple le RC Toulon que j’évoquais hier, parce que son équipe serait soi-disant composée de mercenaires ! Ridicule, stupide, idiot, imbécile, grotesque, insensé, dérisoire, minable ! Heureusement, comme disait Talleyrand, que « tout ce qui est excessif est insignifiant ». En attendant, je souhaite que le RC Toulon soit de nouveau champion d’Europe la saison prochaine, que le PSG gagne la Ligue des Champions en 2016, que Teddy Riner soit de nouveau champion olympique à Rio, que Renaud Lavillenie soit enfin champion du monde à la perche en août prochain, qu’Eloyse Lesueur retrouve tous ses moyens l’année prochaine et devienne championne olympique à la longueur à Rio…et que Contador, que nombre de Français ont tellement voué aux gémonies, réalise en juillet le fameux doublé Giro-Tour, qui lui permettrait de rejoindre Bernard Hinault au classement des victoires en grands tours (10), avec la possibilité de battre le record de Merckx (11) au cours de sa dernière saison l’année prochaine.

Michel Escatafal


Mimoun figure depuis longtemps dans le gotha du sport français

MimounParmi les plus grands champions français, il y en a certains dont on a (ou avait) presque oublié le nom, et pourtant ils méritent de figurer dans le gotha du sport français, par exemple Alain Mimoun. Ce dernier, décédé hier à l’âge de 92 ans, conservera toujours une place à part dans l’histoire du sport de compétition en France et ailleurs, parce que c’est peut-être le meilleur athlète que notre pays ait produit. En tout cas son palmarès est tout à fait extraordinaire, même s’il lui manque un record du monde et un titre européen. Cela étant, il a été quadruple médaillé aux Jeux Olympiques, dont une médaille d’or à Melbourne en 1956 sur le marathon, il a remporté deux médailles d’argent aux championnats d’Europe en 1950 sur 5000 et 10.000 m, et il a remporté à quatre reprises le Cross des Nations, ancêtre du championnat du monde de cross. Qui dit mieux comme palmarès chez les athlètes hommes ? Personne. C’est pour cela qu’il mérite bien l’hommage qui lui est rendu aujourd’hui un peu partout.

Alain Mimoun, ancien tirailleur algérien, est venu à la course à pied assez tard, après s’être illustré dans les campagnes de Tunisie, de Sicile et d’Italie pendant la deuxième guerre mondiale, où il faillit perdre sa jambe gauche qu’on voulait un moment amputer. De fait, il remporta ses premiers succès alors qu’il avait déjà 26 ans. Mais ce retard allait être comblé au delà de toutes les espérances, puisqu’il acheva sa carrière à l’âge de 44 ans, avec le titre de champion de France du marathon. Un de plus aurions-nous envie de dire, puisqu’en tout il en conquit trente deux, sur 5000, 10.000 m, le marathon et le cross. En outre cet ardent patriote, grand admirateur du général de Gaulle, allait porter le maillot de l’équipe de France à quatre-vingt six reprises. Pour mémoire, et pour les plus jeunes, il y avait en plus des grands championnats (J.O. et championnats d’Europe, plus Cross des Nations) de nombreux matches internationaux organisés pendant la saison d’athlétisme, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Mais le plus grand regret qu’il ait pu avoir par rapport à sa carrière et à son palmarès, c’est d’être né à peu près à la même époque que celui qui est considéré comme un des deux ou trois plus grands coureurs de fond de tous les temps, Emil Zatopek. Celui-ci en effet présente le plus beau palmarès qui se puisse concevoir, puisqu’il obtint quatre médailles d’or aux J.O. (1948-1952), avec notamment un triplé jamais égalé (1952), à savoir la victoire sur 5000, 10.000 m et marathon. A cela s’ajoutent trois titres de champion d’Europe, le 5000 et le 10.000 m en 1950 et le 10.000 m en 1954. En plus, il fut évidemment recordman du monde sur ces distances, et fut le premier coureur à dépasser 20 km dans l’heure (20.0524) en 1951, et mieux encore si j’ose dire, il demeura invaincu pendant sept années sur 10.000 m, remportant trente huit victoires consécutives. Combien de médailles d’or ou de titres supplémentaires aurait remporté Alain Mimoun s’il n’avait pas eu Zatopek comme rival ?

La réponse n’est pas trop difficile, dans la mesure où les trois médailles d’argent olympiques et les deux autres médailles du même métal aux championnats d’Europe, ont toutes été remportées…derrière Zatopek. Sa première breloque olympique ne fut pas la plus glorieuse, même si une médaille d’argent aux J.O. marque à jamais la vie d’un athlète. Les J.O., c’est tous les quatre ans, et c’est ce qui donne toute la valeur d’une médaille olympique. Fermons la parenthèse pour dire qu’en 1948, à Londres, Zatopek s’imposa devant Mimoun (10.000m), mais avec une avance considérable de presque quarante huit secondes. Autant dire quasiment les trois-quarts d’un tour de piste, ce qui signifie que Mimoun avait gagné la course…derrière Zatopek.

En revanche ce dernier dut beaucoup plus s’employer pour l’emporter aux J.O. d’Helsinki, quatre ans plus tard. En 1952, Zatopek dut lutter énormément pour finir par faire céder Alain Mimoun dans le 10.000 m, les deux hommes étant au coude jusqu’au huitième km. A cette époque on avait écrit que le lieutenant de l’armée tchécoslovaque, grade de Zatopek dans l’armée de son pays, avait vaincu le petit caporal de la campagne d’Italie. Et quatre jours plus tard, la bataille fut encore plus rude dans le 5.000 m pour Zatopek, puisqu’il fut à deux doigts d’être battu par son rival français. A quatre cents mètres de l’arrivée, le Britannique Chris Chataway (futur recordman du monde en 1954) plaça un violent démarrage qui surprit un peu tout le monde, y compris Zatopek, mais pas Mimoun qui était resté dans la foulée de l’Anglais, lequel, victime de son énorme effort à la cloche allait chuter en heurtant la lice de ciment dans le dernier virage. Du coup Mimoun se retrouvait en tête, mais il n’allait pas pouvoir résister au retour de Zatopek qui l’emporta de peu en 14mn 6s 6/10 contre 14 mn 7s 2/10 à Mimoun.

Il y avait de quoi être découragé pour notre Français, comme en témoigne la réflexion qu’il fit juste après l’arrivée : « Tant qu’il sera là, je ne gagnerai jamais une course ». Il y avait du dépit dans cette phrase, mais Mimoun était un gagneur et il se disait qu’il finirait bien par l’emporter un jour, même si le temps qui passait n’était pas son allié. En effet, à Helsinki, Mimoun avait 31 ans soit un an de plus que Zatopek. Alors il se décida à préparer le marathon des Jeux Olympiques de Melbourne, sachant qu’il n’avait plus aucune chance de s’imposer sur 5.000 et 10.000 m face au nouveau prodige, le Soviétique Vladimir Kutz, ni même au Britannique Gordon Pirie sur 5000 m ou au Hongrois Kovacs sur 10.000 m. En outre, Zatopek qui était sur le déclin, venait d’être opéré d’une hernie quelques semaines avant le début de la compétition. Bref, c’était l’occasion ou jamais pour Mimoun d’être champion olympique.

Cependant ce n’était pas gagné pour autant, car c’était le premier marathon de Mimoun. Mais il croyait en son étoile, se sachant en grande condition physique, ce qui l’avait obligé à s’entraîner de nuit pour la cacher à ses adversaires. Et comme pour lui donner encore plus le moral, il avait appris la veille la naissance de sa fille qu’il appellera Olympe. Cette extraordinaire forme allait lui permettre de mener la course à sa guise ou presque. Après un départ prudent, motivé par la chaleur étouffante qui sévissait dans la capitale australienne (plus de 35°), il plaça une accélération au vingtième kilomètre, soit presque à mi-course et se retrouva seul. Il continua sur sa lancée, encouragé par la vue de ses adversaires qui étaient encore dans la phase aller de la course (celle-ci se déroulait en aller-retour), jusqu’au trentième km, où il subit une terrible défaillance qui le tortura pendant plus de quatre kilomètres, au cours desquels il allait terriblement souffrir.

Mais il s’accrocha, sachant en plus que Zatopek était derrière lui à la dérive. L’adrénaline, plus la volonté et l’envie farouche de s’imposer l’ont aidé à passer ce cap difficile, et il va faire son entrée détaché dans le stade olympique. Là, il savait qu’il avait gagné, et le dernier tour ne sera qu’un tour d’honneur avec son numéro 13 sur le dos. C’était son jour, je n’ose pas dire son jour de chance, car il avait amplement mérité son titre olympique. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, il verra Zatopek se mettre au garde à vous devant lui pour le féliciter. Le vieux guerrier des stades venait de réaliser son chef d’œuvre, ce qui lui permettait de faire son entrée dans le Panthéon des grands coureurs de fond, et d’être avec l’Américain Bobby Morrow (triple champion olympique du 100, 200 et 4X100 m) et le Soviétique Kutz (doublé sur 5.000-10.000m) le héros du stade olympique. Grâce à lui le drapeau bleu, blanc, rouge, qu’il a tant aimé, aura beaucoup flotté dans les stades du monde entier au moment de la remise des médailles. Mimoun, qui fait partie depuis longtemps du patrimoine de la France, est donc allé rejoindre au paradis des coureurs de fond son ami et meilleur ennemi, Zatopek (décédé le 22 novembre 2000). Nul doute qu’ils referont souvent l’historique de leurs finales olympiques et européennes, qui ont enchanté les amateurs d’athlétisme pendant si longtemps !

Michel Escatafal


La razzia est-africaine sur les longues distances, y compris en cross-country

Et si nous parlions un peu d’athlétisme, en y incluant le cross-country ! A ce propos, il est dommage que la saison en salle soit de plus en plus courte, car cela permettrait de faire parler d’athlétisme un peu plus souvent. Cela étant ce n’est pas mal de pouvoir parler de cross, même si dans notre pays il ne fait plus les grands titres. Il est vrai que les résultats de nos crossmen ne sont pas brillants, y compris dans le championnat d’Europe, pourtant d’un faible niveau. En fait le niveau de cette spécialité est élevé uniquement dans les grands cross, car ils rassemblent les meilleurs coureurs africains, plus particulièrement les Ethiopiens, les Erythréens, et les Kenyans.

Cela dit, faisons un petit retour en arrière pour noter que la première fois qu’un représentant de ces pays s’est imposé aux yeux du monde entier remonte aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, avec la victoire dans le marathon d’Abebe Bikila, jusque là totalement inconnu à l’échelon international. Pourtant il avait réalisé, selon les informations du Comité Olympique de son pays, l’Ethiopie, un temps extraordinaire pour l’époque sur le marathon, à savoir 2h 17mn. Un temps que personne évidemment n’avait pris au sérieux, d’autant qu’il n’avait pas été réalisé aux Etats-Unis ou en Europe. Et pourtant, Abebe Bikila remportera haut la main le marathon des Jeux de Rome devant le Marocain Rhadi, en 2H 15mn 16s, ce qui pulvérisait sa meilleure performance de presque deux minutes.

Comment une telle performance était-elle possible de la part d’un inconnu ? Tout d’abord parce que ce coureur était extrêmement doué, ensuite parce que même s’il ne courait que depuis trois ans et demi, il bénéficiait chaque jour des effets d’une préparation en altitude, préparation facilitée par le fait qu’il était sergent de la garde du Négus (Empereur d’Ethiopie), donc en quelque sorte semi-professionnel. On va mesurer dans les années suivantes, et notamment à partir de l’olympiade 1964-1968, des effets bienfaisants de l’entraînement en altitude, avec la razzia dans les grandes compétitions des coureurs dits des hauts plateaux (Kenya, Ethiopie…). En attendant, aux J.O. de Tokyo en 1964, Abebe Bikila remportera de nouveau le marathon…malgré une opération de l’appendice cinq semaines auparavant. Il avait couvert la distance en 2h 12mn 11s et avait relégué son suivant, le Britannique Heatley, à plus de quatre minutes. A peine arrivé, il semblait frais comme un gardon, effectuant même des exercices d’assouplissement comme si la fatigue ne l’atteignait pas.

Après une tentative infructueuse pour réussir un incroyable triplé sur le marathon à Mexico en 1968, où la victoire fut remporté par un autre Ethiopien Mamo Wolde (en 2h 20mn 26s), Bikila finira sa vie (en 1973) paralysé, suite à un accident de voiture survenu quelques mois après les Jeux de Mexico. Et puisque nous parlons de Mexico, les Africains y  firent un véritable triomphe remportant toutes les épreuves du 1500 m, avec le Kenyan Keino, au marathon, en passant par le 5000 m avec le Tunisien Gamoudi, le 10000 m avec le Kenyan Temu, sans oublier le 3000 m steeple remporté par un autre Kenyan, Biwot. Après ces triomphes on va retrouver nombre d’Africains, et notamment de coureurs des hauts plateaux, sur tous les podiums olympiques et mondiaux, y compris en cross.

Il suffit de regarder les palmarès des épreuves de fond, et plus encore de cross-country, pour se rendre compte à quel point de nos jours ces coureurs africains sont, et de loin, les meilleurs. Aux Jeux Olympiques de Pékin par exemple, à l’été 2008, les Kenyans ont remporté le 800m (Bungei), le 1500m (Kiprop), le marathon (Wanjiru) ainsi que le 3000m steeple (Kipruto devant le Français Mekhissi). Chez les femmes la domination fut presque aussi forte, même si c’est une Roumaine qui a gagné le marathon (Tomescu) et une Russe (Samitova) le 3000 m steeple. En revanche les Kenyanes ont gagné le 800 m (Jelimo) et le 1500m (Jebet), le doublé 5000-10000m ayant été réalisé par l’Ethiopienne Tirunesh Dibaba, exploit réalisé aussi chez les hommes par son compatriote Kenenisa Bekele. Et cette domination intervient après celle de Gebreselassie, autre immense champion éthiopien, les olympiades précédentes. Les derniers championnats du monde cet été, à Daegu, ont confirmé cette tendance, plus particulièrement chez les hommes, les Africains raflant toutes les médailles d’or du 800m au marathon en passant par le 3000m steeple, sauf le 5000m remporté par le Britannique Mohammed Farrar…né Somalien.

Par ailleurs les deux meilleurs athlètes en cross de ces dernières années sont aussi  Bekele, qui a cumulé douze titres de champion du monde dans la spécialité (cross long et court), et Tirunesh Dibaba, qui a remporté quatre titres en cross long et court. Le cross est vraiment devenu une spécialité éthiopienne ou plutôt est-africaine comme il était une spécialité britannique…et française il y a quelques décennies. Depuis 2009, les Ethiopiens ( Gebre-egziabher Gebremariam et Merga) ont dû partager les lauriers avec le Kenyan Ebuya, alors que les Kenyanes (Florence Kiplagat, Emily Chebet et Vivian Cheruyiot) ont réussi à s’imposer à leurs rivales éthiopiennes.

Et pour revenir au cross français, il faut se rappeler qu’une Française, Annette Sergent, fut deux fois championne du monde en 1987 et 1989.  N’oublions pas non plus qu’Alain Mimoun a remporté à quatre reprises le Cross des Nations, qui était le véritable championnat du monde de l’époque, en 1949, 1952, 1954 et 1956, suivant en cela l’exemple de Jean Bouin en 1911,1912 et 1913, ou encore de Guillemot en 1922, sans oublier Pujazon en 1946 et 1947, et Fayolle en 1965. Mais leur plus bel exploit les Français le réaliseront en 1949, année où la France obtiendra les trois premières places à l’issue d’une course où, seuls au monde, ils s’empoignèrent tout au long du parcours, le grand favori, Raphaël Pujazon, se faisant déborder dans les derniers mètres par Mimoun, un autre Français, Cérou, complétant  le podium. Bien évidemment l’Equipe de France remporta aussi le titre par équipes, les trois autres coureurs tricolores terminant à la sixième place (Paris), à la huitième (Petitjean) et à la treizième (Brahim).

Quel triomphe, malheureusement entaché par une vaine polémique à l’initiative de Pujazon, lequel après avoir attaqué aux 500 mètres n’avait pas accepté que Mimoun vienne le coiffer sur la ligne d’arrivée, ce qui fit dire à Mimoun que Pujazon n’était pas « tabou », et qu’on pouvait le battre si on était meilleur. D’ailleurs Pujazon savait bien que Mimoun, médaillé d’argent sur 10.000m l’année précédente aux J.O. de Londres, était beaucoup plus rapide que lui dans les derniers mètres. En outre, si l’on en croit les témoins de cette course, le plus fort était sans doute Cérou, lequel fut freiné par Pujazon alors qu’il menait grand train autour du dixième kilomètre. Hélas pour nous tout cela appartient à l’histoire, et de nos jours la France occupe une place modeste dans le concert des nations en cross-country, comme du reste sur la piste, du moins sur les longues distances.

Michel Escatafal