Leduc, Mourinho, Ancelotti : tous les entraîneurs étaient ou sont responsables

Le principal responsable, c’est moi. Avec mes équipes, lorsque nous gagnons, nous gagnons tous ensemble. Et quand nous perdons, je suis responsable« . Voilà ce qu’a dit José Mourinho suite à une cruelle défaite pour le Real Madrid contre Séville, défaite qui relègue le club madrilène à huit points du F. C. Barcelone dans la Liga, autant dire un gouffre par rapport à un club qui a dans ses rangs Messi, Iniesta et Xavi, soit trois des tous meilleurs joueurs du monde…plus les autres qui ne sont pas loin de leur niveau. Mais au fait pourquoi parle-t-on autant de Mourinho et du Real après à peine quatre journées de championnat? Parce qu’on ne prête qu’aux riches, et que tout ce que fait le Real en Espagne et ailleurs est sujet à nombre de polémiques ou commentaires. Rappelons-nous ce que nous avons entendu chez nous, ce printemps et ces derniers jours, parce que le Paris Saint-Germain était devancé par Montpellier (MHSC), équipe sans stars, et cette saison par les deux Olympiques (Marseille et Lyon)…dont une bonne partie du mercato a été consacrée à dégraisser l’effectif en qualité et en quantité, afin de contribuer à équilibrer les finances obérées de ces deux clubs.

Voilà pourquoi je suis de ceux qui ont apprécié la mise au point de José Mourinho, parce que, comme nombre de ses collègues, il prend ses responsabilités. Grand il est dans le succès, mais grand aussi il est dans l’échec, même si ce mot lui fait horreur, lui qui a connu tous les succès qu’un entraîneur puisse connaître. Cela ne veut pas dire pour autant que cet homme ne puisse pas subir ça ou là une baisse de résultats, mais les entraîneurs de cet acabit rebondissent toujours et très vite. La preuve, dès le premier match de Ligue des Champions contre Manchester City (3-2), le Real a démontré que son équipe est une des toutes meilleures en Europe, et que pour gagner la Ligue des Champions au mois de mai prochain, il faudra battre la formation madrilène. Et ce ne sont pas Vilanova, l’entraîneur du Barça, ni Carlo Ancelotti celui du PSG, qui nous démentiront, ce dernier ne cessant d’affirmer que l’expérience en Ligue des Champions est la meilleure assurance d’un bon parcours dans la compétition, même si hier soir le PSG a pulvérisé le Dynamo de Kiev après 8 ans d’absence en C1. Et de l’expérience, tant Jose Mourinho que l’effectif du Real Madrid n’en manquent pas.

Tout cela pour dire que le rôle de l’entraîneur est souvent beaucoup plus considérable qu’on ne l’imagine, même si ce n’est pas lui qui est sur le terrain. En outre, les circonstances peuvent aussi faire que le meilleur entraîneur, en proie à des difficultés de tous ordres, ne réussisse pas à faire ce qu’un autre qui va bénéficier de circonstances plus favorables pourra aisément obtenir. Nous en avons l’exemple en France cette année, avec Didier Deschamps qui a certes permis à l’OM de remporter un nouveau trophée la saison dernière (Coupe de la Ligue) mais qui, après un le début de championnat 2011-2012 calamiteux, a souffert toute la saison pour se maintenir…dans les dix premiers de Ligue 1, alors que l’OM de cette année, avec Baup comme entraîneur, caracole en tête du championnat avec cinq victoires en cinq matches.

Or, qui sérieusement pourrait croire que Didier Deschamps est un moins bon entraîneur qu’Elie Baup ? Personne, sauf que Baup cette année bénéficie avec son équipe d’un état de grâce identique à celui de Montpellier l’an passé. Pour tout dire, l’Olympique de Marseille 2012-2013, qui faisait quelque peu pitié avant le début du championnat, est en train de devenir l’équipe surprise de ce début de saison, alors que Didier Deschamps devait affronter chaque semaine des équipes ultra motivées face au champion de  France 2009-2010, traitement réservé aussi depuis un peu plus d’un an au PSG. Problème, cet état de grâce (à effectif constant) ne perdure jamais, et ce n’est pas Girard, l’entraîneur de Montpellier qui me démentira. D’ailleurs il est arrivé plus d’une fois dans l’histoire du championnat de France, qu’une équipe championne de France  ou dans les trois premiers l’année précédente se maintienne difficilement l’année suivante, voire même descende en deuxième division (Stade de Reims en 1963-64).

En fait dans les cas de Montpellier l’an passé, comme dans celui de l’OM cette année, le grand mérite de Girard comme de Baup, est de savoir accompagner l’euphorie de l’équipe, et de ne pas être des stars qui sont sans cesse épiées quant à leurs résultats. Si Mourinho perd deux matches en suivant, c’est presque la crise au Real Madrid, avec des journalistes évoquant des tensions de vestiaires ou je ne sais quelle autre difficulté. Ce serait la même chose au PSG cette semaine, si les Parisiens n’avaient pas eu la bonne idée de battre coup sur coup Lille et Toulouse, et donc de se retrouver tout près des premières places de Ligue1, avant de réaliser un festival en Ligue des Champions. D’ailleurs, comme je le disais dans un article précédent, combien de pseudos amateurs de football n’ont pas hésité à affirmer que si Kombouaré était resté à la tête du PSG, le club de la capitale aurait été champion de France, oubliant que le PSG de Kombouaré était éliminé dès le mois de décembre en Ligue Europa, dans une poule très facile, malgré un effectif de grande qualité. Cela ne veut nullement dire que Kombouaré n’est pas un excellent entraîneur, tout comme Baup ou Girard, mais personne ne les compare à Mourinho, Guardiola ou…Ancelotti.

Mais au fait, est-ce que toutes les grandes équipes du passé ont eu à leur tête un grand entraîneur qui a réussi? La réponse est un peu moins évidente qu’il n’y paraît, même si elle est globalement positive. D’abord il est évident qu’il est plus facile pour un coach d’entraîner un groupe plutôt qu’un autre, ne serait-ce qu’en raison du vécu passé de ces joueurs. Par exemple, l’entraîneur de la meilleure équipe française de l’histoire  en valeur absolue, le Stade de Reims de Kopa puis plus tard de Fontaine, Jonquet, Piantoni et Vincent, vainqueur de la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en 1953 et double finaliste de la C1 (1956 et 1959), Albert Batteux avait eu la chance d’hériter d’un groupe jeune, dont une partie avait été formée au club ou du moins y avait fini sa formation.

Ce fut aussi le cas de l’AS Saint-Etienne du milieu des années 70, qui avait bénéficié d’une politique de formation exemplaire, qui avait permis de créer une ossature locale à laquelle on a simplement rajouté deux joueurs étrangers de talent (Curkovic, Piazza), le tout constituant un ensemble bien rodé et très homogène. D’ailleurs pour Reims comme pour Saint-Etienne, les entraîneurs (Batteux et Herbin) étaient issus du club, ce qui donnait à l’équipe un label original. Sur le plan européen, Rinus Michels et Stefan Kovacs ont bénéficié eux aussi de l’arrivée au sommet des jeunes pousses de l’Ajax d’Amsterdam (Cruyff, Neeskens, Haan, Suurbier…) pour en faire le club phare en Europe au début de la décennie 70. On dira la même chose de Lattek avec le Bayern de Munich (Beckenbauer, Breitner, Muller, Hoeness…) au milieu des années 70, mais aussi de Guardiola, qui a largement bénéficié de la cantera barcelonaise (Messi, Iniesta, Xavi, Puyol, Piqué, Fabregas, Pedro…) à notre époque.

Rien à voir, par exemple, avec le grand OM du début des années 90, monté à coups de millions, l’entraîneur (Goethals) ayant surtout à préserver un amalgame de joueurs constitué en quelques années. A noter d’ailleurs qu’à l’époque Beckenbauer, tout entraîneur de l’équipe d’Allemagne championne du monde 1986 et finaliste en 1990 qu’il était, n’avait pas réussi à amener l’OM (entre 1990 et 1991) là où Bernard Tapie, le président de l’époque voulait que le club phocéen se situât, au point de quitter le club quelques mois plus tard, et d’être remplacé par un septuagénaire, Raymond Goethals, qui a réussi partout où il est passé, y compris à la tête de l’équipe de Belgique. Cela avait fait dire à nombre d’amateurs de football, qu’un grand nom dirigeant une équipe, fut-elle composée de stars, ne suffisait pas pour la faire gagner. La preuve, là où Beckenbauer a échoué, Goethals a réussi, puisque l’OM remporta la Ligue des Champions en 1993. L’expérience Scolari à Chelsea fut à peu près identique, l’entraîneur du Brésil champion du monde en 2002 et finaliste du championnat d’Europe avec le Portugal en 2004, ne pouvant même pas achever la saison 2008-2009 avec Chelsea, cette équipe relevant la tête dès l’entrée en fonction d’un autre technicien (Guus Hiddink), au point de parvenir en demi-finale de la Ligue des Champions, et d’être éliminé injustement par le F.C. Barcelone. Et tout cela avec la même équipe !

Cela étant, les deux exemples que sont Beckenbauer et Scolari, sont plutôt marginaux, car généralement l’entraîneur d’une très grande équipe est un technicien qui a un gros palmarès, ou qui a amené le club à un très haut niveau presqu’à lui seul. Ce fut le cas de Gustav Sebes, le Hongrois, entraîneur de Honved et de la grande équipe de Hongrie des années 1952 à 1956. Ce fut aussi le cas du Benfica de Lisbonne, double vainqueur de la Coupe d’Europe en 1961 et 1962, qui a bénéficié de l’expérience d’un autre entraîneur hongrois, Bela Guttmann, qui fut l’inventeur du fameux 4-2-4 qui remplaça le WM, et qui révolutionna le football à la fin des années 50 avec l’équipe du Brésil.

 On n’oubliera surtout pas Matt Busby, le véritable créateur du grand Manchester United, qui forma une équipe extraordinaire à partir des années 1955 à 1957 (moyenne d’âge moins de 23 ans), avec des joueurs issus du centre de formation du club, ce qu’Arsène Wenger a essayé de reprendre avec Arsenal à la fin des années 90. Hélas, le terrible accident d’avion du 6 février 1958 décapita cette magnifique phalange de joueurs très doués, la mort frappant l’avant-centre Tommy Taylor, les défenseurs Eddie Colman et Geoff Bent, l’ailier gauche David Pegg, les milieux Liam Whelan et Mark Jones, le capitaine de l’équipe Roger Byrne, qui avec ses 29 ans faisait office de vétéran,  plus évidemment celui qui était promis à devenir le meilleur joueur du monde, Duncan Edwards. En disant cela je ne fais que reprendre ce que disait Bobby Charlton, qui affirmait qu’Edwards  « avait tout pour lui, à la fois grand, très puissant et doué d’une technique remarquable des deux pieds ».

Grâce à lui et à ses jeunes équipiers (22 à 24 ans), Manchester United aurait peut-être empêché le Real Madrid de remporter cinq titres européens consécutifs entre 1956 et 1960, et l’équipe d’Angleterre aurait eu aussi son mot à dire lors de la Coupe du Monde 1958. Seuls survécurent à cette catastrophe l’entraîneur, et parmi les joueurs le gardien Harry Cregg, qui tira Charlton et Viollet de la carcasse de l’avion en flammes et l’arrière Foulkes. Et pourtant, malgré ce terrible coup d’arrêt, Matt Busby réussira à faire renaître M.U. de ses cendres, en formant quelques années plus tard une équipe s’appuyant sur les rescapés de 1958, Bobby Charlton et Bill Foulkes, plus Denis Law et Georges Best, qui remportera la Coupe d’Europe (C1) en 1968. Plus tard ce sera l’ère Ferguson qui lui aussi restera à la tête de Manchester United pendant 25 ans, sauf que ce Manchester là ne s’appuiera pas sur son centre de formation.

Je pourrais aussi évoquer Helenio Herrera, le Français, qui a amené l’Inter de Milan au plus haut sommet européen et mondial dans les années 60 (Coupe d’Europe et Coupe Intercontinentale en 1964 et 1965), en reprenant à son compte un style de jeu dévalué à la fin des années 50, le verrou que les Italiens appelèrent plus tard le catenaccio avec un libero en couverture loin de sa ligne de défenseurs. Johann Cruyff, une fois devenu entraîneur, donnera au F.C. Barcelone le style qui est le sien encore aujourd’hui, même si ses résultats furent moins brillants que ceux de Guardiola. Il n’empêche, si Cruyff n’avait pas entraîné le Barça entre 1988 et 1996, peut-être que le Barça ne serait jamais devenu l’équipe irrésistible qu’elle est de nos jours, ni le club du vingt et unième siècle.

Et puis il y a tous les autres, tous ceux dont les noms raisonnent partout où les résultats furent brillants dans les plus grands clubs européens. Je n’en citerai que quelques uns qui me viennent à l’esprit spontanément, comme Trapattoni (73 ans) qui a entraîné le Milan AC, la Juventus, l’Inter, le Bayern Munich ou Benfica, et qui est encore aujourd’hui l’entraîneur de l’équipe d’Irlande, Arrigo Sacchi qui dirigea le Milan AC et le Real Madrid, ou encore Lippi qui conquit tous les trophées qu’un coach puisse espérer remporter (Coupe du Monde, Ligue des Champions…), sans oublier Capello qui est depuis peu le nouvel entraîneur de l’équipe nationale de Russie, ni les Espagnols Luis Aragones et Del Bosque, qui, en plus de leurs résultats en club, ont construit et modelé la sélection espagnole qui a raflé tous les titres européen ou mondiaux depuis 2008.

Je vais arrêter là ce qui est devenu un hommage à la profession d’entraîneur, une des plus dures qui existe même si elle est souvent très rémunératrice, et qui permet à la plupart des footballeurs de se reconvertir après avoir fini leur temps sur le terrain. Mais que de souffrances avant d’arriver à la gloire, une gloire qui peut être très éphémère…même si pourtant la réussite est au bout. Lucien Leduc et Gérard Gili en sont les deux exemples emblématiques, eux qui ont été démis de leurs fonctions malgré des résultats tout à fait remarquables. Le premier, Lucien Leduc, entraîneur de l’Olympique de Marseille à l’époque Leclerc, fut limogé en mars 1972, alors que l’année précédente le club avait été champion de France, et plus incroyable encore, alors que l’OM était en tête du championnat 1972 avec 7 points d’avance sur le second !

Quant à Gérard Gili, nommé entraîneur de l’OM par Bernard Tapie en 1988, il fut démis de ses fonctions en septembre 1990 (remplacé par Beckenbauer), après avoir conquis deux titres de champion de France en 1989 et 1990, et avoir mené son équipe en demi-finale de la Coupe d’Europe cette même année, l’OM étant éliminé à cause de la fameuse main de Vata au match retour contre Benfica. Nombre d’amateurs de football ont pensé que si Bernard Tapie avait pris cette décision, c’était parce qu’il imaginait qu’avec Beckenbauer sur le banc, l’arbitre n’aurait pas accordé à Vata son but inscrit de la main…ce qui est loin d’être une certitude. Ironie du sort, comme je l’ai fit précédemment, Beckenbauer échouera complètement à l’OM contrairement à Gili. Et oui, essayer d’étudier le rôle de l’entraîneur, y compris parmi les clubs les plus huppés, réserve parfois bien des surprises. Preuve que le football n’est pas une science exacte, comme tout ce que je viens d’écrire le démontre. Et c’est ce qui fait son charme !

Michel Escatafal


L’Inter de Milan : une riche histoire en bleu et noir

Après sa victoire au stade Vélodrome, il y a deux semaines, l’Olympique de Marseille a une bonne chance de se qualifier pour les1/4 de finales de la Ligue des Champions (une épreuve que l’OM est le seul club français à avoir remportée)  face à une équipe, l’Inter de Milan, classée actuellement à la 7è place du championnat d’Italie, à 11 points de la première place qualificative pour la Ligue des Champions. Au passage on notera que la situation des deux clubs est quasiment identique dans leur championnat respectif. Cela étant, le F.C.Internazionale Milano, plus connu sous le nom d’Inter de Milan, reste l’un des clubs les plus prestigieux dans le monde avec ses multiples trophées nationaux, européens et mondiaux. Par ailleurs on rappellera que le nom curieux que porte ce club est dû au fait que ses fondateurs (Suisses et Italiens) ne supportaient pas que l’on refuse aux étrangers la possibilité d’y jouer. Plus de cent ans après, ces mêmes fondateurs seraient heureux de constater que, de nos jours, il y a dans ce club (comme dans nombre de grands clubs en Italie et ailleurs) beaucoup plus de joueurs étrangers que nationaux.

L’Inter de Milan, « grand d’Europe » s’il en est, a connu dans son histoire deux époques où son équipe a dominé le monde. La première à l’époque d’Helenio Herrera comme entraîneur, vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions ( ancêtre de la Ligue des Champions) en 1964 et 1965, avec de surcroît une victoire ces deux années en Coupe Intercontinentale, remplacée en 2006 par l’actuelle Coupe du Monde des clubs. Au passage, il faut aussi noter que cet Inter avait pour président Angelo Moratti, père de l’actuel président Massimo Moratti, la famille Moratti ayant fait fortune dans l’industrie pétrolière. Le fils Moratti peut s’enorgueillir pour sa part d’une Ligue des Champions en 2010 et du titre de champion du monde des clubs la même année (en plus du doublé Coupe-championnat), ainsi que la Coupe de l’UEFA 1998, avec dans l’équipe cette année-là des joueurs comme le Brésilien Ronaldo, Roberto Baggio, le Néerlandais Bergkamp ou Youri Djorkaeff qui allait remporter cette même année la Coupe du Monde avec l’équipe de France. Bref, un palmarès extraordinaire pour ce club, auquel il faut ajouter 18 championnats d’Italie, dont 5 consécutivement entre 2006 et 2010, 7 Coupes d’Italie et 2 autres Coupes de l’UEFA entre 1991 et 1994.

Une des particularités de l’Inter à ses grandes époques, au milieu des années soixante et en fin de la décennie 2000, fut  d’avoir utilisé un système de jeu controversé, le « catenaccio » comme on disait autrefois, où l’efficacité défensive prime sur tout le reste. Jose Mourinho, l’emblématique entraîneur de l’équipe vainqueur de  la Ligue des Champions 2010,  avait en effet imposé un jeu extrêmement restrictif au point qu’on avait vu jouer lors de la finale contre le Bayern de Munich, Samuel Eto’o, grand chasseur de buts devant l’éternel…au pose d’arrière droit. Cela avait valu des commentaires acerbes de la part de nombreux commentateurs, y compris venant de personnalités extérieures au football, comme le basketteur vedette de la NBA, Steve Nash, qui avait estimé que l’Inter avait joué « avec 11 gardiens de but », ce qui lui avait  valu une forte réplique de Mourinho, ce dernier  lui disant qu’il ne connaissait rien au football.  Il est clair que sur ce plan, cet Inter-là, même en ayant tout gagné, était loin de faire l’unanimité comme par exemple le F.C. de Barcelone entraîné par Guardiola, avec ses Messi, Xavi, ou encore dans les années 2007 à 2009 avec Eto’o et Thierry Henry, tous ces joueurs et leurs coéquipiers formant une équipe portée vers l’offensive au jeu infiniment plus « léché ». Pour mémoire, au cours de la saison 2008-2009, le trio d’attaque Messi, Eto’o et Henry a inscrit 100 buts dans la saison dont 72 en Liga (record).

Cela rappelle aux plus anciens les querelles sur le jeu de l’Inter, version Helenio Herrera, irrésistible en 1964-1965 et battu en finale de la Coupe d’Europe 1967 par le Celtic de Glasgow de l’entraîneur Stein, avec des joueurs comme les arrières Mac Neil et  Gemmel, le milieu Murdoch, ou les attaquants Johnstone (ailier minuscule et redoutable) surnommé « La Puce du Celtic », Wallace ou Lennox. Cette victoire des Ecossais avait procuré un plaisir intense à ceux qui avaient suivi ce match, car le Celtic de Glasgow avait remporté  la victoire au prix d’une débauche de football offensif, qui contrastait tellement avec le « béton » milanais. Et ce « béton » fonctionnait d’autant mieux jusqu’à la 63è minute, que l’Inter avait ouvert le score sur pénalty (Mazzola) à la 8è minute.  Cela étant, si tous ceux qui aiment le football et qui ont vu cette finale se rappellent du Celtic de Glasgow, personne ne se rappelle du nom des finalistes de la Coupe d’Europe en 1964 et 1965. Et  pourtant, ces années-là, l’Inter avait battu deux grands clubs, à savoir le Real Madrid où jouaient encore Santamaria, Di Stefano, Puskas et Gento en plus du grand espoir qu’était à l’époque l’ailier Amancio et du Français (ancien rémois) Lucien Muller, et le Benfica de Costa Pereira, Cavem, Germano, Coluna, Augusto, Torres, Simoes et Eusebio, ces deux clubs ayant gagné à l’époque 7 Coupes d’Europe des clubs champions à eux seuls sur les 10 qui avaient été disputées !

Comme quoi, finalement, le résultat prime toujours sur la manière, même si les deux ensemble c’est encore mieux…ce qui est possible, comme en témoigne de nos jours le Barça, ou encore comme l’a prouvé le grand Real de Di Stefano, Puskas et Kopa au milieu et à la fin des années 50. Cela étant, il faut aussi reconnaître que si cet Inter de Milan du milieu des années 60 n’avait pas le jeu emballant qui était la marque de fabrique du  Real Madrid entre 1956 et 1960, il n’en avait pas non plus les joueurs. Donc, l’Inter jouait avec ses armes, qui n’étaient quand même pas des « pétards mouillés », où l’efficacité était mise au premier rang, avec une rigueur extrême dans le système de jeu imposé par l’entraîneur français Helenio Herrera, et auquel adhéraient pleinement des  joueurs de grand talent comme Sarti le gardien, Facchetti, premier arrière latéral à se comporter comme un ailier, mais aussi Guarneri, Picchi, Jaïr, Mazzola qui marqua deux buts dans la finale de 1964 comme Milito en 2010, sans oublier Suarez qui remporta le Ballon d’Or en 1960, et l’inimitable gaucher Mario Corso.

En 2010 aussi, la grande force de l’Inter, version José Mourinho, était de jouer avec un système à la fois rigoureux et parfaitement respecté par les joueurs qui composaient l’équipe. Toutefois celle-ci semblait moins brillante que ses devancières quant au nombre d’éléments de grande classe, seuls Maicon,  l’emblématique capitaine Zanetti, Sneijder, Eto’o et Milito, pouvant supporter la comparaison avec les joueurs cités auparavant. Et Mourinho avait d’autant plus de mérite d’avoir tiré le maximum de cette équipe, qu’elle n’arrivait jamais auparavant en finale, ni même en demi-finale de la Ligue des Champions. D’ailleurs depuis le départ de Mourinho, l’Inter s’est contenté de remporter la Coupe d’Italie en 2011, alors que l’année précédente elle avait tout gagné. Comme quoi, même si ce sont les joueurs qui sont sur le terrain, l’entraîneur a quand même un rôle important à jouer. D’ailleurs pourquoi certains entraîneurs réussissent partout, comme Herrera ou Mourinho, et d’autres non ?

Un dernier mot enfin : il y a quand même une énorme différence entre l’Inter de 1964-1965 et celui de 2010, à savoir que l’Inter des années 60 était d’abord une équipe italienne, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. En effet, en dehors du président (Moratti fils), qu’y-a-t-il d’Italien dans l’Inter de nos jours ? Par exemple en finale de la Ligue des Champions 2010, l’entraîneur était portugais (remplacé l’année suivante par le Brésilien Léonardo, actuel directeur sportif du PSG) et sur les 14 joueurs qui avaient foulé la pelouse, un seul était italien, Materazzi…entré en jeu à la 90è minute. Sinon il y avait 3 Brésiliens (Julio César le gardien, Lucio et Maicon), 4 Argentins (Samuel, Zanetti, Cambiasso, Milito), un Macédonien (Pandev), un Camerounais( Eto’o), un Néerlandais (Sneijder), un Roumain (Chivu), un Ghanéen (Muntari), un Serbe(Stankovic). Et dans l’équipe qui dispute le championnat cette année, les Italiens ne sont guère plus nombreux, même si le club a de nouveau un entraîneur originaire de la péninsule (Ranieri)…qui pourrait ne plus l’être très longtemps si l’OM élimine l’Inter.  En revanche, dans l’équipe type, le seul Italien qui soit vraiment titulaire est le buteur Pazzini.

C’est ce qui s’appelle la mondialisation du football, ou simplement renouer avec son histoire pour l’Inter. En revanche, comme je l’ai dit précédemment, dans les équipes de l’Inter en 1964 et 1965, il n’y avait que deux ou trois étrangers, les  Espagnols Suarez et Peiro et le Brésilien Jaïr. Ceux-ci avaient succédé à quelques grandes figures du football international comme le buteur néerlandais Servaas Wilkes (entre 1949 et 1952), l’attaquant hongrois (né en France) Itsvan Nyers (entre 1948 et 1954), le Suédois Nacka Skoglund, remarquable ailier gauche de l’équipe de Suède finaliste de la Coupe du Monde 1958, l’Argentin Angelillo, redoutable buteur (meilleur buteur du championnat d’Italie en 1959) surnommé « patte de velours » tellement il était fin techniquement, son compatriote Maschio qui, comme Angellilo,  joua par la suite avec la sélection italienne en devenant même le capitaine lors de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Ces joueurs avaient  précédé les Allemands Rummenige (dans les années 80), un peu plus tard Matthaus ou encore Brehme de 1988 à 1992, et Klinsmann qui les rejoindra en 1989, en plus de ceux déjà cités ayant remporté la Ligue des Champions 2010 et la Coupe de l’UEFA en 1998.

Michel Escatafal