La Coupe Davis n’est plus ce qu’elle était

Coupe DavisIl y a quelque temps (mars 2011) j’avais écrit un article sur le tennis et la Coupe Davis (1991, année magique pour le tennis français), en notant que cette épreuve était loin, très loin même d’avoir son lustre d’antan. C’est pour cela que j’ai écrit en titre que « la Coupe Davis n’est plus ce qu’elle était » et si je n’avais eu peur que le titre soit trop long, j’aurais ajouté que « c’est pour cela que la France peut la gagner cette année ». En fait il y a longtemps qu’elle ne figure plus au rang des priorités des meilleurs joueurs, ceux-ci étant autrement plus préoccupés par leur classement mondial, lui-même étant fortement impacté par les tournois du grand chelem, les seuls qui vaillent dans l’esprit du public. Et s’il en fallait une preuve supplémentaire, nous l’aurions dans le fait que Marion Bartoli est devenue une grande vedette dans notre pays, pour avoir remporté le tournoi de Wimbledon l’an passé…après que 17 des 32 têtes de série aient été éliminées avant le second tour, ce qui lui a permis de remporter le tournoi en ayant battu Elina Svitolina, Christina Mc Hale, Camila Giorgi, Karin Knapp, Sloane Stephens, Kristen Flipkens et l’Allemande Sabine Lisicki. Bref, pour remporter son huitième titre sur le circuit WTA, sur le plus prestigieux des tournois, elle a quand même eu une certaine réussite, même si sa victoire ne doit rien à personne.

En écrivant cela, qu’on me pardonne, mais il faut être objectif même si j’ai été très heureux de la réussite de Marion Bartoli sur le gazon de Wimbledon, sur lequel elle avait déjà atteint la finale en 2007. En outre, on aimerait bien qu’un Français obtienne les mêmes résultats qu’elle dans les tournois du grand chelem, même si pour cela il faudrait qu’un Gasquet ou un Tsonga évite à la fois, Nadal, Djokovic, Federer, Murray ou Wawrinka…ce qui est impensable vu la densité du tennis masculin, autrement plus forte que celle du tennis féminin. Désolé de dire pareilles choses qui vont m’attirer les foudres de mes lectrices ! Toutefois, que celles-ci se rassurent : je ne ferais jamais pareille remarque en ce qui concerne le 100m ou le 400m en athlétisme, le 400m ou le 200m en natation, la descente ou le slalom en ski. Le sport féminin a cette particularité d’avoir des niveaux très élevés dans certains sports, et d’être loin de celui des hommes dans quelques autres, voire à des années-lumière pour quelques uns d’entre eux. Il faut appeler un chat un chat, et c’est la raison pour laquelle je regrette qu’on ait voulu la parité dans le cyclisme sur piste aux Jeux Olympiques, ce qui nous a privé de la poursuite individuelle, du kilomètre et de la possibilité d’aligner trois athlètes par nation en vitesse…pour avoir le même nombre d’épreuves chez les femmes et les hommes. C’est ridicule, mais c’est ainsi !

Cela dit, revenons à présent sur le tennis et plus particulièrement sur la Coupe Davis, seule épreuve avec Roland-Garros qui intéresse France Télévision…et encore, à condition que la France soit qualifiée. Si l’on veut voir les grands ou même les petits tournois, il faut être câblé, à deux ou trois exceptions près. En France, sans joueurs ou joueuses françaises, en dehors des Internationaux de France, les autres tournois du Grand chelem n’existent pas, pas plus que la Coupe Davis ou sa petite sœur féminine la Fed Cup. C’est ainsi hélas, ce qui explique grandement que nous n’ayons eu aucun Français vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem chez les hommes depuis 1983 (Noah à Roland-Garros), l’avant dernier datant de 1946 (Bernard), année de gloire pour notre tennis puisque Petra gagna Wimbledon. En revanche la Suisse, qui compte infiniment moins de licenciés que notre pays, a eu comme figure de proue depuis les débuts de la décennie 2000 Roger Federer, et à présent Wawrinka, qui vient de battre à Melbourne Djokovic en demi-finale et Nadal en finale, deux des meilleurs joueurs de l’histoire du jeu. On comprend mieux pourquoi la Suisse, avec ces deux joueurs, a aussi remporté l’or au tournoi de double des Jeux Olympiques en 2008…ce qui n’est évidemment jamais arrivé à la France depuis que le tennis figure de nouveau au programme olympique. Pour mémoire, puisque ce site évoque surtout l’histoire du sport,  je rappellerais que la France avait obtenu l’or aux J.O. de 1912 et de 1920 chez les femmes, avec respectivement Marguerite Broquedis et Suzanne Lenglen, et en 1912 chez les hommes avec André Gobert. Ce dernier remportera aussi le double à ces mêmes J.O. 1912 avec Maurice Germot.

Cela étant, et là nous sommes meilleurs que les Suisses, la France a remporté 9 fois le fameux Saladier d’argent, dont 3 fois depuis la création du Groupe mondial, en 1991, 1996 et 2001. Pas mal comme bilan, surtout si on y ajoute les résultats de l’époque des Mousquetaires (entre 1927 et 1932 avec Borotra, Cochet, Brugnon et le meilleur de tous, Lacoste). C’était la belle époque pour le tennis français, lequel avait à sa disposition les meilleurs joueurs du monde en simple comme en double, cette discipline ayant toujours une grande importance en Coupe Davis entre les journées de simple. A noter aussi, pour ceux qui aiment l’histoire, qu’à cette époque il y avait ce qu’on appelait le Challenge Round, c’est-à-dire que le vainqueur de l’année précédente était automatiquement qualifié pour la finale de l’année suivante, ce qui était quand même un sacré avantage, sans compter l’avantage supplémentaire de jouer « à la maison ». Ce fut ainsi jusqu’en 1971, date à laquelle on décida de remettre toutes les équipes sur un pied d’égalité à partir de l’année suivante, ce qui redonna de la vigueur à l’épreuve, surtout à cause de l’apparition du tennis au plus haut niveau des joueurs des pays communistes, ceux-ci faisant de l’épreuve reine du tennis par équipes un vecteur de propagande politique. Ainsi, en 1972, la première finale de la Coupe Davis nouvelle version donna lieu à un combat épique entre la Roumanie de Nastase et Tiriac et les Etats-Unis de Stan Smith, les Etats-Unis finissant par l’emporter par 3 victoires à 2. Il faut dire qu’à ce moment nous étions au début d’une nouvelle grande époque du tennis américain, lequel allait voir éclore dans les années suivantes des joueurs comme Ashe, Connors, Mac Enroe et Gerulaitis.

Curieusement Jimmy Connors n’a jamais gagné la Coupe Davis, symbole du peu d’attrait à partir de l’ère open des meilleurs joueurs pour cette épreuve…faute d’y trouver un intérêt financier suffisant. En outre, à ce moment (dans les années 70), la politique était de plus en plus présente dans le tennis comme par exemple en 1974, quand l’Inde refusa d’affronter en finale l’Afrique du Sud en raison de l’apartheid. Décision parfaitement justifiable au demeurant sur le plan moral, mais décision qui finissait d’affaiblir une compétition qui était loin d’exercer la même fascination qu’elle avait du temps du tennis amateur, époque où il était impensable que les Australiens Sedgman, Hoad, Rosewall, Laver, ou les Américains Trabert Seixas, Olmedo, pour ne citer qu’eux, ne disputent pas l’épreuve avant de passer dans les rangs professionnels. Un peu plus tard, en 1981, la Coupe Davis finit par supprimer les zones éliminatoires géographiques, ce qui lui redonna un petit regain d’intérêt, mais plus jamais elle ne retrouvera son prestige de l’époque des Mousquetaires ou de celle des années 50 et 60, quand Australiens et Américains se battaient pour remporter le Challenge Round, les deux nations ayant à leur disposition les meilleurs joueurs du monde.

Jamais plus la Coupe Davis ne retrouvera son prestige d’antan, la finale, en fin de saison (fin novembre) étant devenue presque une corvée pour des joueurs éreintés par les exigences d’un calendrier démentiel. Elle l’est d’autant plus que les meilleurs joueurs du monde vont presque toujours dans les phases ultimes des tournois (Master 1000 et Grand chelem), et participent au Masters (mi-novembre), juste avant la finale de la Coupe Davis si leur pays est qualifié. Ainsi la Suisse, malgré Federer et Wawrinka, mais aussi la Grande-Bretagne malgré Murray, l’Argentine malgré Del Potro, n’ont jamais remporté l’épreuve. La Serbie, avec Djokovic, ne l’a emporté qu’en 2010. Quant à l’Espagne, malgré Nadal et plusieurs joueurs parmi les tous meilleurs (Ferrer, Robredo), elle n’a plus gagné depuis 2011, battue en finale 2012 par la République Tchèque, équipe qui a battu aussi la Serbie en finale 2013. A noter toutefois que, cette dernière année, la République Tchèque s’est qualifiée pour la finale en ayant vaincu la Suisse au premier tour, celle-ci ayant joué sans Federer, et l’Argentine en demi-finale, sans Del Potro. Pas la peine d’ajouter d’autres commentaires…ce qui laisse beaucoup d’espoirs à l’équipe de France en 2014, avec un tirage au sort a priori assez facile, parce que pour l’équipe de France la Coupe Davis est très, très importante. En plus avec Gasquet et Tsonga, elle dispose de deux excellents joueurs…même s’ils sont un ton en dessous des tous meilleurs (Nadal, Djokovic, Murray, Federer, Del Potro  et sans doute à présent Wawrinka). En fait, la vraie grande victoire de l’équipe de France en Coupe Davis depuis l’époque des Mousquetaires date de 1991, où Leconte et Forget battirent les Etats-Unis d’Agassi, Sampras et d’une paire de double composée de Flach et Seguso, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Et oui, c’était il y a 23 ans ! Décidément les grands exploits du sport français sont toujours historiques, hélas !

Michel Escatafal


Année de tennis 2012 : Une femme et quatre hommes

Le tournoi des Masters, dont j’ai déjà parlé sur ce site, est le dernier tournoi de l’année, une année de tennis d’ailleurs très longue, trop longue. Il y a, en effet, tellement de tournois à travers le monde qu’on finit par ne plus s’intéresser qu’à ceux comptant pour le grand chelem, c’est-à-dire Melbourne, Roland-Garros, Wimbledon et Flushing-Meadow. Reste le Masters, censé désigner le meilleur joueur de l’année, puisqu’il  oppose les huit premiers joueurs mondiaux…qui ne sont pas nécessairement tous présents au rendez-vous, parce que très fatigués par une saison harassante ou blessés. Elle est d’autant plus harassante pour ces joueurs, qu’ils arrivent presque toujours en finale ou en demi-finales des tournois auxquels ils participent, ce qui d’ailleurs les oblige à lever parfois le pied avant un rendez-vous important.

C’est le cas précisément du Tournoi de Bercy, qui figure parmi les Masters 1000, c’est-à-dire juste derrière les tournois du Grand chelem, mais qui a beaucoup de mal à faire venir les meilleurs (du moins pour gagner)…parce que ceux-ci se préservent pour le Masters. En fait, à Bercy depuis quelques années, certains des  meilleurs sont soient forfaits, soient éliminés au premier ou au second tour (cas cette année de Murray et Djokovic), ce qui explique par parenthèse que les organisateurs veuillent changer la date de ce tournoi, pour l’inscrire en février. On est loin du rendez-vous souhaité par Philippe Chatrier, qui voulait faire de ce tournoi en salle, l’équivalent de Roland-Garros, ce qui n’a jamais été le cas depuis sa création en 1986, même si son palmarès compte quand même quelques très grands noms. Parmi ceux-ci il y a Boris Becker (3 fois), Stefan Edberg, Goran Ivanisevic, André Agassi  (2 fois), Pete Sampras (2 fois), Marat Safin (3 fois), Novak Djokovic et Roger Federer.  Pas mal, quand même ! On notera aussi que les Français y brillent assez souvent,  puisqu’en 27 éditions ils en ont remporté 3 avec Forget en 1991, Sébastien Grosjean en 2001 et Jo-Wilfried Tsonga en 2008, ce qui contraste avec leurs résultats à Roland-Garros et ailleurs en grand chelem, infiniment moins brillants, sauf à considérer Federer comme un des nôtres, puisque sa mère a des ascendances françaises. On se console comme on peut !

Fermons cette longue parenthèse sur Bercy, pour revenir au bilan de l’année 2012. Disons tout de suite, qu’il est très différent en ce qui concerne les femmes et les hommes. Chez les femmes, il y a une joueuse, Serena Williams, à coup sûr une des meilleures de l’histoire (15 victoires en simple en grand-chelem et 13 en double) qui plane au-dessus de toutes les autres depuis des années…quand elle n’a pas de soucis de santé. Ce fut le cas depuis le mois de juillet, ce qui lui a permis de gagner coup sur coup Wimbledon pour la cinquième fois, la médaille d’or des J.O., Flushing-Meadow pour la quatrième fois et son troisième  Masters. Autant de succès qui, curieusement, ne lui valent que la troisième place au classement WTA, mais chacun sait bien que c’est elle la meilleure joueuse du monde, loin devant ses rivales  Victoria Azarenka et Maria Sharapova, totalement impuissantes face à Serena Williams quand celle-ci joue à son meilleur niveau.

Chez les hommes en revanche, la hiérarchie est beaucoup plus floue entre les quatre meilleurs joueurs, Djokovic, qui vient de remporter le Masters après avoir gagné au début de l’année en Australie, Federer, qui était son adversaire en finale du Masters, et qui s’est imposé pour la septième  fois à Wimbledon, le Britannique Andy Murray qui a gagné l’or olympique et Flushing-Meadow, et l’imbattable Rafaël Nadal sur la terre-battue de Roland-Garros (septième  titre), mais blessé le reste de la saison. Difficile dans ces conditions de déterminer quel est le véritable numéro un mondial sur l’ensemble de l’année, même si  Djokovic et Murray ont été les plus constants…avec l’incontournable Roger Federer. Celui-ci  a  quand même de beaux restes, même s’il n’est plus le numéro un absolu comme il le fut très souvent depuis 2003, date de son premier titre en grand chelem (Wimbledon).  En fait nous sommes aujourd’hui dans une période de transition, comme cela arrive fréquemment après l’intense domination d’un joueur pendant plusieurs années.

Ce fut le cas depuis le début de l’ère open, entre 1970 et 1973, après le second grand chelem de Rod Laver, avec des victoires dans les grands tournois du Tchèque Kodes (2  Roland-Garros et 1 Wimbledon), un des grands joueurs du passé les plus méconnus, du Roumain Illie Nastase ( Roland-Garros et Forest-Hills), de l’Australien Newcombe (Wimbledon, Forest-Hills et Melbourne), de Stan Smith (Wimbledon et Forest-Hills), Arthur Ashe (Australie), sans oublier le vétéran Rosewall (Australie 2 fois).  Quand autant de joueurs se partagent les grands succès, cela signifie clairement qu’il n’y a plus de véritable patron dans le tennis mondial, en attendant d’en retrouver un. Celui-ci fut en 1974 Jimmy Connors, et ensuite le Suédois Bjorn Borg qui entre 1974 et 1981 remporta six fois Roland-Garros et cinq fois Wimbledon.

Et quand la succession du Suédois fut ouverte, on eut de nouveau une domination exercée par plusieurs joueurs, à savoir Connors  en 1982 (Wimbledon et Flushing-Meadow), puis le duo Lendl-Mac Enroe qui domina  la décennie 1980, avec  quinze titres en grand chelem à eux deux, dont huit pour Lendl et sept pour Mac Enroe, sans compter leur présence constante en tête du classement mondial, Mac Enroe occupant cette place sans discontinuer entre 1981 et 1984 et Lendl entre 1985 et 1987. En fait il fallut attendre l’arrivée de Sampras au plus haut sommet, pour retrouver un joueur écrasant (seul) la concurrence, avec ses quatorze titres en grand chelem entre 1990 (US Open) et 2002, et surtout ses six années consécutives en tête du classement mondial à la fin de l’année (1993-1998), performance qu’il est seul à avoir réussi à ce jour.

Alors qui sera le nouveau dominateur du tennis masculin dans les années à venir ? Compte tenu de l’âge de Federer, même s’il n’a que 31 ans, des blessures récurrentes de Nadal depuis 2009, on peut penser que Murray et plus encore Djokovic sont les deux candidats désignés pour être le futur numéro un pour un certain temps. Djokovic, parce que son palmarès et son classement attestent de sa constance au plus haut niveau depuis deux ans (numéro un mondial à la fin des années 2011 et 2012), et parce qu’il semble plus doué naturellement que Murray, ayant tous les coups dans sa raquette, notamment un grand service et des retours fulgurants dignes du meilleur Connors. De plus,  c’est une « personnalité » comme on dit, à la fois polyglotte et ne manquant pas d’humour, sans parler de son activité sur le plan humanitaire. Bref, un numéro un mondial qui peut être un magnifique ambassadeur de son sport…comme l’est toujours Roger Federer.

Cela étant,  je n’ai rien contre Murray qui, lui aussi, possède tous les coups du tennis, mais à un niveau légèrement inférieur à celui de Djokovic, ce dernier étant plus puissant ce qui fait la différence notamment sur terre battue. Néanmoins, Murray aura eu le grand mérite de corriger une anomalie historique, en étant le premier joueur britannique à avoir remporté un tournoi du grand-chelem  (Flushing-Meadow 2012) depuis  Fred Perry en 1936. Anomalie historique, parce que le tennis est né en Grande-Bretagne, même si l’origine de ce mot anglais vient du vieux français « tenetz », que l’on a appelé aussi jeu de paume, dont le tennis est dérivé, et dont il a adopté certains termes et le décompte des points. Pour mémoire, je rappelle que le jeu de paume est très ancien, puisque certains le font remonter jusqu’à l’antiquité. Très en vogue en France, il fut même la cause de la mort du roi Louis X le Hutin, le 5 juin 1316 à Vincennes, qui avait bu de l’eau glacée après une partie de jeu de paume.

Michel Escatafal


A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ?

Alors que les Français sont déçus de n’avoir pas vu leur meilleur joueur, Jo Wilfried Tsonga, remporter le tournoi du Queen’s, les Britanniques comme chaque année se remettent à espérer voir un des leurs, Andy Murray, remporter enfin le plus prestigieux des tournois du grand chelem, Wimbledon. Ils l’espèrent d’autant plus que, même si les Anglais ou disons les Britanniques sont les inventeurs du tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. En tout cas depuis quelques années (2008), avec Andy Murray, ils ont un des tous meilleurs joueurs du monde, puisqu’il se situe au quatrième rang mondial derrière Nadal, Djokovic et Federer, et qu’il a déjà remporté (24 ans) 17 titres, mais aucun dans un tournoi majeur.

D’ailleurs les Britanniques n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur,  qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry, et il a été le premier Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais de tennis d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.

Revenons au palmarès de F. Perry, pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi, Federer et Nadal. Ce club est quand  même très fermé, ce qui situe la valeur de Perry d’autant qu’il a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines, qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale, au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit.

Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert en 2005 un joueur qui a les moyens de figurer tout en haut de la hiérarchie, après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctuée par une place en finale de l’US Open (battu par Federer), par une demi-finale à Wimbledon en 2009 (battu par Roddick), et par une autre finale en grand chelem en 2010 en Australie (battu encore par Federer). Certes depuis cette finale, les résultats sont un peu moins brillants, mais cela ne semble pas trop inquiéter Murray, celui-ci assurant se sentir très bien après une bonne préparation, ce qui le rend très confiant pour la quinzaine de Wimbledon. Il l’est d’autant plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros il y a quelques jours (battu par Nadal), sur une surface qui n’est pas sa meilleure. Tout cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver d’une victoire d’un des leurs à Wimbledon.

J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a eu à une certaine époque des t-shirts à Wimbledon sur lesquels était écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique, et le revendique sans ambages.  Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la Coupe du Monde de football en 2006: « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.

Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner un jour Wimbledon, ce qui explique les efforts qu’il a fait en termes de communication depuis un peu plus de trois ans. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouvait en finale contre lui, ou face à Nadal et Djokovic, qui sont bien vus des publics qui suivent les tournois de tennis ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».

En tout cas cette année avec le retour aux affaires de Rafa Nadal, qui a conservé la première place mondiale avec sa victoire à Roland-Garros, malgré la montée en puissance de Djokovic (une seule défaite en 2011), le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin.  Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !

Michel Escatafal