Le tennis et ses reines…parfois exaspérantes

cris evertsharapovaPour être franc, je n’apprécie pas cette nouvelle mode de vouloir à tout prix que chaque sport ait une compétition identique chez les hommes et les femmes. C’en devient même ridicule ! Qui oserait dire qu’un combat de boxe entre deux femmes puisse atteindre la beauté d’un Hagler-Léonard, d’un Hagler-Hearns, d’un Leonard-Duran ou d’un Ali-Frazier ? Est-ce qu’une championne cycliste peut offrir en montagne, sur une pente à 9 ou 10%, le merveilleux spectacle d’une « giclette » de Contador ou d’un sprint échevelé sur 300 ou 400 mètres de Froome ? Idem sur la piste, où aucune femme n’égalera la beauté sauvage d’un sprint de Pervis sur 200 mètres. En revanche, nombre de sports méritent que l’on accorde la même considération à celles ou ceux qui le pratiquent au plus haut niveau. Je n’en citerais que quelques uns, à commencer par la gymnastique, le patinage artistique, l’athlétisme ou la natation, sans oublier évidemment le tennis. Certes en écrivant cela je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais, comme disait Boileau qui n’a pas eu la chance de connaître le sport tel qu’il est devenu depuis le début du vingtième siècle, « j’appelle un chat un chat ».

Fermons la parenthèse, et revenons justement au tennis féminin, lequel fut longtemps le symbole de ce mélange harmonieux de force et de beauté, ce qui n’est nullement incompatible, qui fut depuis bien longtemps la marque de fabrique des tenniswomen. J’ai bien écrit depuis bien longtemps, car malgré toute la sympathie que je porte au tennis féminin, je suis de plus en plus perplexe quant à la beauté du spectacle présenté. J’ai du mal à me faire à ce jeu  où les championnes cognent de toutes leurs forces,  alors que les hommes, et notamment Roger Federer, font  preuve d’une grâce que l’on qualifierait presque de féminine. En effet, entre les ahanements ô combien bruyants de nombre de joueuses, et les poings serrés des autres avec une poussée d’adrénaline toute masculine, je me dis que les amateurs de tennis de 40 ans et plus ont eu bien de la chance d’avoir pu voir  en action une Chris Evert, à l’allure merveilleuse, joliment vêtue, sans muscle saillant comme une athlète, bref tellement féminine, ce qui ne l’empêchait pas de frapper fort dans la balle quand les circonstances l’exigeaient. Son revers à deux mains notamment était meurtrier en passing-shot, et rien que d’y penser  je m’en régale encore. En plus cette merveilleuse féminité ne l’a pas empêchée de devenir l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, avec ses 18 victoires en simple dans les tournois du grand chelem.

Serena Williams, en valeur absolue (et de très loin) la meilleure des joueuses de ce temps (18 titres en simple dans les tournois comptant pour le Grand chelem plus un titre olympique, 13 en double avec sa sœur plus 3 titres olympiques, et 2 en double-mixte), est très différente : sa première vertu est d’être une terrible combattante, ou encore « une combattante de l’ultime » comme elle se qualifie elle-même. Et c’est vrai que cela lui va bien, comme elle l’a démontrée à de nombreuses reprises dans les finales des tournois majeurs, par exemple face à Justine Hénin qui, dans un autre style, était elle aussi une combattante de premier ordre. En tout cas, si une comparaison devait être faite entre Serena Williams et une autre joueuse américaine, ce serait avec Billie Jean King (12 tournois du grand chelem en simple dans les années 70). Billie Jean King avait un jeu complet, sans doute meilleure volleyeuse que Serena Williams, mais son jeu était quand même basé sur la puissance. Et pour ajouter à la comparaison, comme Serena Williams, la carrière de B.J. King fut émaillée d’ennuis physiques, plus particulièrement d’accidents musculaires. Enfin, comme Serena Williams, B.J. King fut aussi une grande joueuse de double (16 victoires en double dames en grand chelem et 11 en double mixte).

Et puisque nous sommes dans l’histoire, je voudrais rappeler que si B.J. King, Evonne Goolagong, Cris Evert, Monica Seles, Steffi Graf, ou les sœurs Williams, ont marqué l’histoire du tennis féminin, les deux meilleures joueuses, au moins depuis 1945, sont plutôt Margaret Court et Martina Navratilova. Et pas seulement parce qu’elles ont accumulé les victoires dans les plus grands tournois, mais en raison de la qualité de leur jeu qui n’avait aucune faille. Margaret Court totalise 24 victoires en simple dans les tournois du grand chelem, dont le grand chelem en 1970, plus 38 en double et double mixte. Très athlétique pour l’époque (1.75 m) elle savait tout faire, comme plus tard Martina Navratilova (18 titres en grands chelems, plus un grand chelem à cheval sur deux années, et 58 titres en tout) qui avait à peu près le même gabarit. Cela dit, la différence entre ces deux joueuses et Serena  Williams était que leur jeu était plus basé sur le service et la volée, et qu’il était plus beau à regarder pour l’amateur de tennis.

Cependant j’ai toujours bien aimé à titre personnel Justine Hénin, jeune retraitée ayant dû renoncer à la compétition début 2011, après avoir tenté un come back suite au premier arrêt de sa carrière  en 2008, sans doute parce qu’elle était exténuée, son jeu exigeant  une grosse dépense physique. C’est pour cela qu’elle mérite tous ses nombreux succès malgré son petit gabarit, d’autant qu’elle était sans doute  moins douée qu’une fille comme Amélie Mauresmo, une de ses plus grandes rivales, mais loin d’avoir son palmarès. Justine Hénin, en effet, a fait une très belle carrière avec 7 victoires en simple en grand chelem et une médaille d’or aux J.O. d’Athènes, battant en finale Amélie Mauresmo.

Personnellement cela me faisait plaisir de voir une jeune femme mesurant 1.67m et pesant 57 kg tenir la dragée haute à  d’autres infiniment plus puissantes qu’elle. C’est aussi  ce qu’avait réussi à faire pendant quelques temps au début des années 2000 la Suissesse Martina Hingis (5 victoires en simple en grand chelem), qui mesure à peine 1.70 et pèse moins de60 kg. Aujourd’hui c’est une Russe d’un tout autre gabarit (1.88m), Maria Sharapova, aussi belle que grande, qui est la plus dangereuse rivale de Serena Williams, du moins quand elle n’est pas blessée. Elle aussi a beaucoup de classe, jouant comme de nombreux joueurs dans les années 70, avec des attaques puissantes du fond du court. Mais elle est exaspérante pour le spectateur ou le téléspectateur, qui a l’impression de sortir du match aussi épuisé qu’elle à force d’entendre ses cris hallucinants chaque fois qu’elle frappe la balle. Néanmoins elle a remporté 5 tournois majeurs en simple dans sa carrière et a été à plusieurs reprises numéro une mondiale, la première fois en 2005, alors qu’elle avait 18 ans. Mais, à titre personnel, je préfère voir jouer Vénus Williams, même si elle n’est plus ce qu’elle était, qui aurait pu faire une carrière équivalente à celle de sa sœur sans ses problèmes de santé. Cela ne l’a pas empêché de compter 7 titres du grand chelem dont 5 à Wimbledon (45 en tout sur le circuit). En outre, parmi les  joueuses actuelles, elle est celle dont le jeu ressemble le plus à Margaret Court ou Martina Navratilova…quand elle est en forme.

Autre caractéristique du tennis féminin depuis le début du nouveau siècle, la hiérarchie fluctuante…quand Serena Williams est blessée, avec des joueuses qui accumulent les performances ponctuelles qui les font grimper au classement, au point d’avoir à la première place mondiale des  Caroline Wozniacki ou (un peu avant) Dinara Safina  n’ayant jamais gagné de tournoi du grand chelem, ce qui était impossible à l’époque de Margaret  Court , Billie Jean King, ou encore de l’Australienne aborigène Evonne Goolagong qui, a 19 ans, a réalisé le doublé Wimbledon-Roland-Garros (1971),  sans oublier  Chris Evert  et Martina Navratilova qui ont illuminé le jeu dans leurs duels des années 70 et 80, mais aussi Steffi Graf (années 80 et 90),  et Monica Selès au début des années 90, l’inventrice des cris sur le court, à l’imitation de joueurs comme Connors.

Tout cela appartient au passé, comme appartiennent au passé les succès de nos trois meilleures joueuses depuis les années 60, à savoir Françoise Durr, qui a remporté Roland-Garros en 1967, Mary Pierce qui a gagné à Melbourne (1995) et à Roland-Garros (2000), et Amélie Mauresmo, vainqueur à Melbourne et à Wimbledon en 2006, du Masters en 2005, autant d’ exploits lui ayant permis d’être à la première place mondiale pendant une partie de l’année 2006. Autre exploit français, beaucoup plus inattendu celui-là, la victoire à Wimbledon en 2013 de Marion Bartoli, jeune femme n’ayant jamais été mieux classée qu’à la septième place en 2010. Une victoire tellement improbable qu’elle décida d’arrêter sa carrière un mois et demi plus tard à l’âge de 28 ans, considérant sans doute qu’elle avait touché son Graal, laissant un grand vide dans notre tennis féminin. Qui sera la prochaine grande championne française ? Personne ne peut le dire, à supposer qu’elle soit née. Et sur le plan mondial, qui succèdera à Serena Williams ? Difficile de répondre, mais je mettrais bien une pièce sur la Tchèque Petra Kvitova (24 ans) qui vient de gagner cette année son deuxième le tournoi de Wimbledon, et qui fait beaucoup penser…à une ex-compatriote, Martina Navratilova. Toutefois il faudra qu’elle fasse preuve de plus de régularité dans les années à venir, si elle veut marquer à son tour l’histoire du tennis féminin.

Bonne et heureuse année 2015!

Michel Escatafal


Ibrahimovic zlatane le foot féminin? Faux !

Lotta SchelinibrahimovicQui a dit cela ? « Vous ne pouvez pas comparer le football masculin avec le football féminin. L’attention que le football féminin obtient dans notre pays (la Suède) est sans équivalent dans le monde. C’est en soi une chose étonnante. Attention, elles accomplissent leur travail merveilleusement bien, et elles continueront à le faire, mais on ne peut pas comparer la performance individuelle d’une femme avec celle d’un homme« .  Réponse: Zlatan Ibrahimovic, une des trois grandes stars mondiales du football, avec C. Ronaldo et Messi (désolé pour Ribéry, mais il ne tire pas dans la même catégorie!). Voilà le genre de phrases qui déclenche aussitôt une polémique grotesque, et, si j’emploie cet adjectif, c’est parce que je ne suis pas, loin de là, de ceux qui ne trouvent aucun intérêt pour le sport  féminin (voir mon article sur ce site : Le sport se conjugue aussi au féminin). Au contraire, je trouve la même beauté que chez les hommes dans les gestes ou les courses des sportives féminines dans des sports tels que le tennis, l’athlétisme, la natation, la gymnastique ou le ski, pour ne citer qu’eux. Et je n’hésite pas à écrire qu’une victoire en finale olympique sur 100m, en athlétisme, a pour moi la même valeur, qu’elle soit remportée par un homme ou une femme. En revanche, désolé de le dire, mais pour moi ce ne sera jamais le cas pour le football, le rugby, la boxe ou le vélo.

Je ne regarderais jamais avec la même passion un match de vitesse (cyclisme sur piste) disputé par deux hommes ou par deux femmes, et je l’assume parfaitement. Y-a-t-il plus beau spectacle, au vrai sens du terme, qu’un affrontement entre Baugé et Pervis ou Kenny ? Réponse, NON, tellement un match de vitesse recèle à la fois la force physique dans ce qu’elle a de plus pur, la technique dans ce qu’elle a de plus affirmé, et une beauté gestuelle digne des plus belles représentations artistiques. Ce n’est quand même pas pour rien qu’on affublait autrefois les sprinters du nom, ô combien juste, « d’aristocrates de la piste». Et puisque je parle de beauté gestuelle, qui oserait comparer celle de Ray Sugar Robinson, Mohammed Ali ou Ray Leonard avec celle des boxeuses féminines ?  En revanche je me souviens bien de mon professeur de tennis, à l’époque où j’apprenais à jouer, me conseillant de bien observer le service et la volée de Martina Navratilova ou le coup droit de Chris Evert, tellement le geste était à la fois pur et précis, et j’ajouterais d’une beauté rare.

Cela dit, à part quelques féministes qui s’effarouchent à la vitesse de la lumière, qui peut s’offusquer des propos tenus par Zlatan Ibrahimovic, surtout quand, en plus, on connaît le goût de la provocation du géant suédois ? A priori personne, d’autant que je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de sexiste dans ses propos, soulignant au passage qu’elles « accomplissent leur travail merveilleusement bien ». Il faut vraiment être de mauvaise foi pour en faire un sujet de polémique. En outre, qui connaît, même en Suède, le nom des grandes vedettes du football féminin ? Je suis intimement persuadé que si tout le monde dans ce pays connaît Ibrahimovic, comme on connaissait autrefois Gren, Nordhal, Liedholm, Hamrin ou Skoglund, peu de monde pourrait citer plus d’une ou deux joueuses de football.

Pour ma part, on me demanderait quelles sont les meilleures joueuses actuelles, je serais bien en peine d’en citer une seule, sauf Lotta Schelin (attaquante de Lyon), dont j’ai découvert le nom en lisant l’article que le journal L’Equipe a consacré à cette pseudo affaire (Quand Zlatan Ibrahimovic se moque du football féminin). Et je suis certain que la quasi-totalité de ceux qui s’intéressent au football sont dans mon cas dans la plupart des pays, comme en témoignent les tribunes vides à chaque match retransmis sur les différentes chaînes sportives…ce qui se comprend quand on sait que le football masculin est né à la fin du dix-neuvième siècle, alors que le football féminin essaie désespérément de prendre son envol depuis le début du nouveau siècle. Et pourtant on ne peut pas dire que les télévisions ou autres médias n’en font pas des tonnes pour donner de la notoriété au football féminin, espérant secrètement que si ce sport se féminise, comme l’ont fait le tennis ou l’athlétisme, les retombées commerciales en seront considérables vu le nombre de pays où le football est le sport-roi.

Pour ce qui me concerne, ce qui me dérange le plus, c’est ce désir irrépressible de vouloir mettre sur un même plan les femmes et les hommes dans le sport, au point d’avoir modifié de fond en comble le programme olympique d’un des sports les plus anciens aux J.O., le cyclisme sur piste, pour que la parité soit totale entre les épreuves masculines et féminines. Ainsi, au nom de ce principe égalitariste, on en est arrivé à cette aberration de voir une épreuve comme le kilomètre (présente aux premiers J.O.) être supprimée du programme. Et que dire de l’épreuve de vitesse qui ne peut accueillir qu’un sprinter par nation…ce qui dénature complètement une compétition où les meilleurs sont répartis dans quelques nations (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Australie). Imagine-t-on un 100m en athlétisme (masculin ou féminin) avec un seul représentant de la Jamaïque et des Etats-Unis, ou des épreuves de demi-fond (masculines ou féminines) avec un seul représentant du Kenya et de l’Ethiopie ? Impensable, et pourtant c’est le cas dans la vitesse masculine aux J.O., où un seul de nos deux cracks de la piste, Baugé (quadruple champion du monde de vitesse individuelle) et Pervis (champion du monde du kilomètre et recordman du monde du 200m lancé et du kilomètre), pourra participer à la vitesse aux J.O. de Rio de Janeiro. Ridicule !

Et sachant que certains vont me vouer aux gémonies, je voudrais terminer en notant que si les féministes sont outrées parce qu’on ne considère pas les femmes à leur juste valeur sur le plan sportif, nombre de vedettes féminines se rattrapent largement en posant pour les magazines…préférés des hommes. Pour ma part, cela ne me dérange nullement, mais je m’aperçois qu’on n’entend jamais, ou très rarement, les féministes se scandaliser devant ces pratiques que je qualifierais de mercantilistes. Certains vont me rétorquer, que faute de toucher les mêmes émoluments que les hommes, faute aussi d’avoir la même exposition médiatique, il faut bien trouver un moyen de se faire connaître ou de promouvoir son image d’une autre manière. Certes, mais que dire de certaines stars du tennis féminin qui, pourtant, gagnent autant d’argent que leurs collègues masculins! Cela étant, reconnaissons qu’Ana Ivanovic, Agnieszka Radwanska, Daniela Hantuchova, Caroline Wozniacki sont vraiment magnifiques à regarder…qu’elles jouent au tennis ou qu’elles posent pour des magazines. Ah, on va dire que je suis un horrible macho…mais je m’en moque!

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 1 (boxe, basket, tennis )

S’il y a bien une catégorie d’individus doués pour le sport, et le reste aussi (Platon, Charlemagne et Napoléon), c’est bien celle des gauchers. J’en profite au passage pour dire que je suis droitier, comme tous les membres de ma famille, cela pour montrer que je ne fais que constater une évidence. Fermons la parenthèse pour noter que cette catégorie de personnes se servant quasi exclusivement de leur main ou pied gauche pour faire du sport a une importance dans l’histoire du sport infiniment supérieure à la proportion de gauchers exclusifs dans l’ensemble de la population, puisqu’on en comptabilise entre 12 et 13%, certains disent même 10% de gauchers exclusifs. Et oui, il y a gauchers et gauchers, sans parler des gauchers contrariés, ce qui m’incite à n’évoquer dans ces articles consacré aux gauchers de génie du sport que des gauchers avérés à défaut d’être exclusifs, dans les sports que j’ai pratiqués ou que je connais à travers leur histoire.

Déjà je vais passer très vite sur les sportifs pour qui être gaucher ou droitier n’a a priori qu’une importance toute relative. En disant cela je pense notamment aux pilotes automobiles, peut-être les deux meilleurs de l’histoire dans leur discipline, à savoir Ayrton Senna pour la Formule 1 et Sébastien Loeb pour les rallyes. Je dirais la même chose pour le vélo, et notamment en pensant à nos trois champions du monde de vitesse, du kilomètre et du keirin que furent  Frédéric Magné, Laurent Gané et Arnaud Tournant, dans les années 1990 et 2000. C’est déjà plus important quand il s’agit de boxeurs, car leur façon de boxer peut en dépendre, certains boxant en « fausse garde ». Je ne vais pas en citer beaucoup, simplement ceux qui me viennent à l’esprit, mais tous à des titres divers figurent parmi les plus grands boxeurs, toutes époques confondues.

Carmen Basilio d’abord, qui fut un grand rival de Ray Sugar Robinson, et qui lui prit même le titre de champion du monde des poids moyens en 1957, avant de perdre dans le match revanche l’année suivante. Auparavant il avait été champion du monde des poids welters entre 1955 et 1957. Bref Basilio, fut un très grand boxeur gaucher, remarquable technicien, au point d’avoir été élu boxeur de l’année en 1957 par Ring Magazine.  Et à cette époque, nous étions dans l’âge d’or de la boxe !

Autre grand boxeur gaucher dont je voudrais parler, le grand, l’immense Marvin Hagler, dont j’ai souvent parlé sur ce site, et à qui j’ai consacré un article à propos de son fameux match contre Ray Sugar Leonard , un combat qui fait partie de la légende de la boxe. Hagler était certes gaucher, mais beaucoup d’amateurs de boxe ont comme souvenir de lui qu’il savait boxer avec les deux gardes, comme il l’a prouvé lors de son championnat du monde contre le boxeur ougandais John Mugabi, redoutable puncheur, vaincu par K.O. à la onzième reprise. Dans ce combat, en effet, Hagler a boxé en droitier les deux premiers rounds, puis en gaucher jusqu’au onzième round, où de nouveau il changea de garde.

Troisième boxeur gaucher dont je veux évoquer le nom, Oscar de la Hoya, surnommé le Golden Boy, qui a été champion olympique des poids légers en 1992 à Barcelone, et qui fit une carrière professionnelle extraordinaire, puisqu’il est le premier  boxeur à avoir remporté un titre mondial dans six catégories différentes (des super-plumes aux poids moyens), avant d’être battu par les deux meilleurs boxeurs de l’époque actuelle, Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. A noter que De la Hoya était gaucher, mais il boxait généralement  en droitier, même s’il boxa en fausse-garde contre un autre gaucher célèbre, Pernell Whitaker, qui fut lui aussi champion olympique des poids légers à Los Angeles en 1984, et qui détint une ceinture mondiale dans quatre catégories (des légers jusqu’aux super-welters).  Les deux hommes se sont affrontés en 1997 pour le titre des welters WBC, et De la Hoya l’emporta de peu sur son adversaire, ce dernier lui transmettant en quelque sorte le témoin car il était âgé alors de 33 ans.

Passons à présent à d’autres sports où les gauchers ont laissé une empreinte beaucoup plus significative encore…parce que leur main gauche faisait partie de leur outil de travail. En basket je pense à Larry Bird, joueur américain de NBA qui fut membre de la fameuse Dream Team de 1992, que l’on avait surnommé Golden Hand (main d’or). Si on lui a donné ce surnom, c’est tout simplement parce que sa main gauche était vraiment magique. Elle l’était tellement qu’il a gagné dans sa carrière tout ce qu’un joueur peut remporter comme trophées collectifs ou individuels dans le basket, et surtout il fut désigné comme sportif de l’année par l’Associated Press en 1986, premier joueur basket de l’histoire à obtenir cette distinction. Si j’osais, je dirais que sa main gauche peut-être comparée à celle de Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci, autres gauchers de génie.

Mais que dire des joueurs de tennis, sport qui compte de nombreux gauchers parmi ses plus grands joueurs. A ce propos il faut déjà commencer par souligner que jouer contre un gaucher est déjà plus difficile, pour la simple raison que le revers devient coup droit ou encore que le rebond du service tourne à contre sens. Bref, déjà il faut apprendre à jouer contre un gaucher, plus encore que dans la boxe, ce qui est un avantage considérable pour un gaucher. Ce n’est pas pour rien si Federer n’a jamais réellement su comment maîtriser le coup droit lifté de Nadal, plus particulièrement sur terre battue!

Nadal justement,  est le dernier des fantastiques joueurs gauchers qui ont illustré l’histoire du tennis, avec son grand chelem en carrière puisqu’il a remporté sept titres à Roland-Garros, plus ses victoires à Wimbledon (2), et ses succès  à Melbourne et Flushing-Meadow, ce qui le place au niveau de Rod Laver et de Bjorn Borg au nombre de tournois du grand chelem gagnés (11), juste derrière Emerson (12 avant l’époque open), Sampras (14) et Federer (17). A la lecture de ces chiffres, certains me feront remarquer que les trois joueurs qui ont remporté le plus grand nombre de tournois du grand chelem ne sont pas gauchers. Certes, mais parmi les deux seuls joueurs ayant réalisé le grand chelem, outre Donald Budge,  il y a le gaucher australien Rod Laver, qui l’a réalisé deux fois à sept ans d’intervalle (1962-1969).

En outre, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, si Laver a un tableau de chasse vide dans les tournois majeurs entre 1963 et 1967, c’est parce qu’il n’avait pas le droit de les disputer puisqu’il était professionnel. Combien en aurait-il gagné de plus pendant les cinq ans où il se trouvait au sommet de sa carrière (entre 25 et 29 ans) ? Nul ne le sait, mais vu la supériorité qu’il manifestait sur le circuit professionnel, on peut imaginer que c’est lui qui détiendrait le record de tournois du grand chelem remportés. Pour mémoire on rappellera qu’il a vulgarisé le lift, qu’il est le précurseur de la prise unique de raquette, qu’il avait tous les coups du tennis,  et un jeu de jambes exceptionnel. Tout cela lui ayant permis d’être le vrai numéro un mondial en 1961 et 1962, puis chez les professionnels, et enfin en 1968 et 1969. Qui dit mieux ? Personne.

Parmi les gauchers de génie je pourrais aussi évoquer les deux Américains Jimmy Connors et John Mac Enroe. L’un et l’autre dominèrent le tennis à leur époque, parfois même en même temps. Connors fut le meilleur joueur en 1974, un des deux meilleurs avec Borg par la suite (jusqu’en 1978), puis de nouveau numéro un en 1982 après la retraite du Suédois. A la même époque son plus grand rival fut John Mac Enroe, peut-être le plus doué de tous. Connors, à son meilleur niveau, était un joueur qui semblait jouer avec un lance-flammes, ce qui détruisait l’adversaire. Mais ce qui le différenciait le plus des joueurs qu’il affrontait, c’était ce revers à deux mains de gaucher qui était véritablement meurtrier, tant en passing qu’en retour de service. Mac Enroe en revanche, bien qu’ayant un jeu lui aussi très violent, était davantage artiste. Il ne donnait pas la même impression de cogner que « Jimbo », mais ses coups faisaient très mal aussi. Son service tellement spécial, qu’il délivrait au départ en étant sur une ligne parallèle à celle du court, était extraordinairement efficace, suivi le plus souvent par une volée qui ne l’était pas moins. Et, plus que tout sans doute, il possédait tous les coups dans sa raquette. D’ailleurs il était aussi brillant en double qu’en simple.

Et puisque j’en suis aux joueurs de tennis, je voudrais souligner que nous avons eu en France deux magnifiques joueurs gauchers, qui ont remporté la Coupe Davis en 1991, à savoir Guy Forget et Henri Leconte. Pour ceux qui l’ont connu quand il jouait au plus haut niveau, il est amusant d’entendre Henri Leconte donner  des conseils aux joueurs d’aujourd’hui, comme pourrait le faire un Lendl qui a tiré la quintessence de ses qualités. Leconte, en effet, aurait dû devenir un des joueurs du vingtième siècle…s’il avait exploité ses extraordinaires dons. Il savait tout faire, et tout faire bien.  Inutile de décrypter ses qualités, car il les avait toutes, sauf  la constance et la concentration. Forget était moins doué, mais son service, sa volée et son application lui ont permis de faire une très belle carrière, en simple et plus encore en double, en rappelant au passage que la paire Forget-Leconte est la seule à être invaincue en double dans toute l’histoire de la Coupe Davis (11 victoires en 11 matches).

Cela étant, pour être complet avec l’apport des gauchers sur le tennis, on n’oubliera surtout pas les dames. En effet, avec Martina Navratilova nous sommes en présence de la meilleure joueuse de l’histoire tant en simples (18 tournois du grand chelem plus le grand chelem en simple sur deux saisons) qu’en double (31 titres plus 10 titres en double mixte). J’ai souvent parlé d’elle sur ce site, et c’est pour cela que je ne vais pas insister. Elle aussi avait toutes les qualités, tous les coups du tennis, et avait acquis au fil des ans la ténacité qui font les supers champions. Quant à Monica Seles, elle aurait dû devenir plus grande encore qu’elle ne le fût si un fou n’avait eu l’idée de la poignarder en 1993, alors qu’elle arrivait dans les plus belles années de sa carrière (20 ans), et qu’elle avait déjà remporté 8 tournois du grand chelem. Hélas pour elle, après deux ans sans compétition et le traumatisme subi, elle ne retrouvera plus jamais son niveau d’avant l’accident, et se contentera de gagner l’Open d’Australie peu après son retour (en 1996). Sans cet accident horrible, combien de tournois du grand chelem aurait remporté Monica Seles, sorte de Jimmy Connors au féminin, avec une envie constante de « cogner » en poussant des cris stridents, ses retours de service fulgurants et son revers giflé. Autant d’atouts qui ont fait d’elle une joueuse hélas trop méconnue, compte tenu de ses qualités intrinsèques, mais qui a marqué l’histoire.

Michel Escatafal


Le tennis féminin tchèque : un réservoir inépuisable

En tennis il arrive parfois que la logique ne soit pas respectée dans le classement technique ATP ou celui de la WTA. Ainsi, comme l’an passé,  c’est la Danoise Caroline Wozniacki qui se retrouve en tête du classement mondial, sans avoir remporté de tournoi majeur.  En outre elle n’a même pas gagné le Masters. Elle me fait penser un peu à Marcelo Rios, joueur de tennis chilien, qui fut numéro un mondial en 1998 sans avoir gagné de tournoi du grand chelem, ou encore à Dinara Safina ou Jelena Jankovic qui, elles aussi, furent en 2009 numéro un mondiale sans victoire dans un des quatre grands tournois. Si je dis cela c’est parce que, outre l’anomalie que constitue le fait d’être numéro un juste sur la régularité, ce Masters féminin  pourrait enfin avoir marqué le retour de la domination d’une joueuse comme le tennis féminin en a connu régulièrement avec Chris Evert, Martina Navratilova, Monica Seles, Steffi Graf, Martina Hingis ou encore Serena Williams pour ne citer qu’elles.

Cette championne s’appelle Petra Kvitova. Elle est tchèque, a vingt et un ans, et pousse un cri strident chaque fois qu’elle fait un point gagnant…ou que son adversaire fait faute. Et même si elle échoue de cent quinze points pour la première place mondiale, c’est quand même elle qui mérite le titre de championne du monde cette année, car elle a gagné à Wimbledon et remporté le Masters. En revanche la numéro une officielle, la Danoise Wozniacki, a dû se contenter de deux demi-finales à Melbourne et à l’US Open. Petra Kvitova me fait penser à un des plus grands joueurs de l’histoire, le Tchèque naturalisé américain, Ivan Lendl, dont les plus de quarante ans n’ont pas oublié les grands duels avec Mac Enroe, notamment la finale de Roland-Garros en 1984, mais aussi avec Noah (son cadet de moins de deux mois), ou encore Henri Leconte, considéré longtemps comme sa bête noire. Comme Lendl en effet, Petra Kvitova joue plutôt du fond du court, a un grand service et un remarquable coup droit. En revanche elle est gauchère et frappe son revers à deux mains, alors que Lendl est droitier et jouait son revers à une main.  Nous ne pouvons évidemment que lui souhaiter le même succès que Lendl, lequel fut deux cent soixante dix semaines numéro un mondial et  remporta huit  tournois du grand chelem. Pour cela elle devra acquérir la légendaire sécurité du joueur tchéco-américain. 

Mais elle est aussi dans la lignée des grandes joueuses tchèques, toutes issues d’un réservoir qui semble inépuisable, en particulier  Martina Navratilova, gauchère elle aussi, naturalisée américaine (1981), mais également Jana  Novotna, Helena Sukova et Hana Mandlikova, naturalisée australienne (1988).   J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Martina Navratilova, joueuse solide, magnifique attaquante, très adroite à la volée qui concluait souvent un coup droit de préparation puissant et précis, le tout adossé à un excellent service. Bref, une des meilleures joueuses de l’histoire du jeu si ce n’est la meilleure, avec notamment ses  dix-huit  victoires en simple dans les tournois  du grand chelem, dont neuf  Wimbledon, plus trente et une victoires en double et dix en double mixte, sans compter le grand chelem sur deux saisons en 1983-1984 qui valait bien ceux de Maureen Connoly en 1953, ou de Margaret Court en 1970, et même celui de Steffi Graf en 1988. A l’aise sur toutes les surfaces,  elle gagnait presque toujours.  Elle était tellement forte que son entraîneur, Mike Estep, estimait que Martina Navratilova sur un set aurait pu inquiéter bon nombre de joueurs de son époque.  D’ailleurs elle-même pensait qu’elle pourrait être l’égale des hommes s’ils avaient droit, contre elle, à une seule balle au service. Pour mémoire, on rappellera qu’en 1983 elle ne subira qu’une seule défaite en douze mois (80 rencontres), à Roland-Garros face à Kathy Horvath, performance supérieure à celles qui avaient dominé le tennis féminin auparavant (Margaret Court, Billie Jean King notamment), et même après.

Ensuite il faut évoquer Hana Mandlikova, fille d’un athlète, excellent sprinter qui réalisa 10s2 au 100m (1961) et 20s8 au 200m (1959), que j’ai eu la chance de voir jouer assez souvent. Avec  son éternel bandeau qui lui traversait le front, elle s’est faite remarquer très jeune par ses résultats, puisqu’à  dix-huit ans (1980) elle se hissa jusqu’en demi-finale à Roland-Garros, en prenant un set à Chris Evert, la grande rivale de Martina Navratilova. J’aimais bien son style aérien sur le court, sa merveilleuse technique qui lui permettait de bien jouer au fond du court, mais aussi de monter avec succès à la volée. La preuve, en 1981, après avoir remporté Roland-Garros elle alla en finale à Wimbledon, battue par Chris Evert. Elle se retirera des courts, forte de quatre titres en grand chelem, dont deux en Australie et un à l’US Open, mais son palmarès aurait dû être plus riche encore sans une grande nervosité qu’elle ne parvenait pas toujours à dominer.  Vers la fin de sa carrière elle remportera Flushing Meadow en double avec …Martina Navratilova.  Avant sa naturalisation elle remportera trois Fed Cups pour la Tchécoslovaquie.

Autre grande joueuse tchèque, Helena Sukova, fille d’une excellente joueuse, Vera Sukova, qui fut finaliste à Wimbledon en 1962, et qui avait gagné le double mixte à Roland-Garros sous son nom de jeune fille, Puzejova, avec son compatriote Javorsky. A la fin de sa carrière, Vera devenue Sukova prit les fonctions de capitaine des équipes tchèques, et put ainsi diriger sa fille, Helena, qui fut en 1980 la meilleure junior de Tchécoslovaquie. Ensuite cette dernière eut un très beau parcours  avec quatre finales dans les tournois du grand chelem (Australie et Us Open), et surtout  neuf titres majeurs en double, avec Claudia Kohde à Flushing Meadow en 1985 et Wimbledon en 1987, un en fin de carrière (1992) en Australie avec Arantxa Sanchez, les autres étant tous obtenus avec sa compatriote Jana Novotna. En outre elle remportera  quatre Fed Cups entre 1983 et 1988. En fait le principal problème d’Helena Sukova fut d’être joueuse à l’époque de Martina  Navratilova et Chris Evert, et ensuite de Steffi  Graf, trois des meilleures tenniswomen de l’histoire. Il n’empêche, avec ses dix titres en simple et ses  soixante neuf  titres en double, sans compter le double mixte où elle remportera quatre victoires dans les tournois du grand chelem, elle aura fait dans l’ensemble un beau parcours.

J’ai déjà cité  Jana Novotna, comme partenaire de double d’Helena Sukova, mais Jana Novotna fut aussi une grande joueuse de simple, comme en témoignent ses vingt-quatre titres, dont un à Wimbledon où elle battit en finale Nathalie Tauziat (1998), et ses soixante seize titres en double dont douze en grand chelem avec comme partenaires outre H. Sukova , Gigi Fernanadez ou encore A. Sanchez, Lindsay Davenpoort ou Martina Hingis, auxquels on peut ajouter quatre titres en double mixte.  A noter qu’elle remporta son dernier titre en double(1999) à Toronto avec…Mary Pierce. C’était une joueuse extrêmement complète avec un remarquable jeu de service-volée. D’ailleurs c’est sans doute une des joueuses qui est le plus monté au filet dans sa carrière, ce qui ne l’empêchait pas d’être solide au fond du court. Cet ensemble de qualités lui a permis d’être à l’aise sur toutes les surfaces, même si  c’est sur herbe qu’elle a remporté son plus grand succès, je devrais même dire ses plus grands succès puisque sur ses  douze titres en double en grand chelem, il y en eut quatre à Wimbledon, un de plus qu’à Roland-Garros et Flushing Meadow , les deux autres ayant été acquis à Melbourne. Enfin on notera qu’elle fut une des  quinze  femmes à avoir remporté plus de cinq cents matches en carrière depuis les débuts de l’ère open.

J’aurais aussi pu parler de Regina Marsikova, qui fit une bonne carrière entre 1974 et 1993, étant trois fois de suite demi-finaliste à Roland-Garros entre 1977 et 1979, elle aussi très bonne joueuse de double, ou encore de Renata Tomanova, qui fit l’essentiel de sa carrière dans les années 70 et 80, finaliste à Roland-Garros en 1976 et en Australie en 1977. Capable de bien jouer sur toutes les surfaces, c’était une joueuse portée constamment sur l’attaque. Mais ces joueuses furent loin du niveau atteint par celles que j’ai citées précédemment, ce qui n’empêche pas qu’elles confirmèrent  la richesse de ce tennis tchèque qui a tellement apporté au tennis féminin. De quoi rendre jaloux les Français que nous sommes, bien que nous ayons eu la chance d’avoir à la fin des années 1990 et dans la décennie 2000, deux jeunes femmes, Mary Pierce et Amélie Mauresmo, qui ont marqué elles aussi leur époque. On a l’impression que ce temps paraît déjà très lointain !

Michel Escatafal