La vidéo évite des erreurs, mais ne règle pas les problèmes d’arbitrage

TRYAvant d’aborder le sujet que je voulais traiter aujourd’hui, l’arbitrage vidéo, je veux évoquer  l’actualité de ces dernières heures, une actualité qui touche le basket (je n’y connais pas grand-chose) et le rugby. C’est vrai, je n’ai jamais joué au basket sauf dans les séances de sport au lycée, mais j’aime bien suivre l’équipe de France, et celle-ci nous emballe depuis bientôt une dizaine d’années. Elle a même réussi à devenir championne d’Europe cette année, après avoir récolté plusieurs médailles auparavant. Cette équipe m’est d’autant plus sympathique, qu’elle est emmenée par des joueurs qui paient pour avoir le droit d’y jouer, ce qui nous change d’autres sports collectifs, où, à chaque phase finale de compétitions européennes ou mondiales, on négocie longuement pour savoir le montant des primes qu’on va toucher. Certes, on va me dire que Parker, Batum ou Diaw gagnent autant d’argent, sinon plus, que les meilleurs joueurs de football, mais le constat est là.

Et puisque j’ai parlé de Parker, Batum et Diaw, je veux souligner que leur participation au championnat d’Europe avec l’équipe de France ne les a nullement handicapés pour jouer le championnat NBA, alors que Noah, qui a déclaré forfait pour cette compétition afin de se préserver pour la saison NBA, est loin d’avoir son meilleur rendement. Cela dit, quelle que soit sa valeur, il vaut mieux avoir en équipe de France Parker et Batum que Noah, même si avec le pivot des Bulls cette équipe serait à coup sûre meilleure encore. Espérons que Noah consentira à jouer pour notre pays aux J.O. de Rio, ce qui pourrait permettre à notre équipe nationale de renouveler l’exploit réalisée par celle de 2000, sauf que cette dernière était loin d’être aussi forte que celle qui a remporté la médaille d’or au championnat d’Europe.

Voilà pour le basket, et passons à présent par la case rugby, ce qui est beaucoup plus naturel chez moi, pour évoquer la mauvaise nouvelle qui a touché Morgan Parra, celui-ci étant indisponible au moins jusqu’à la mi-février pour un problème de genou. J’écris mauvaise nouvelle, parce que la blessure est toujours un problème pour un joueur, et je souhaite à Parra un prompt rétablissement. Est-ce pour cela un drame pour le XV de France ? Je réponds NON, car cela permettra enfin d’essayer au poste de demi de mêlée un Doussain ou un Pelissié pendant la durée du Tournoi…à condition de ne pas mettre une épée de Damoclès sur la tête de ces joueurs, ou si l’on préfère à condition de leur faire confiance sur la durée comme Saint-André, et avant lui Lièvremont, l’ont fait pour Parra. Et si j’écris cela, c’est parce que le coaching de Saint-André ne m’inspire aucune confiance. Si Doussain ou Pélissié, celui qui sera choisi ou les deux, font un match moyen, il ne faudra pas immédiatement leur chercher un remplaçant…qui d’ailleurs sera tout trouvé avec le retour de Parra.

Au fait, puisqu’il s’était blessé peu avant la mi-temps, pourquoi Saint-André n’a-t-il pas remplacé Parra dès l’entame de la deuxième mi-temps ? C’est quand même une preuve du manque de confiance du coach envers Doussain ! Si j’étais méchant, je dirais qu’avec deux petites victoires dans l’année, un entraîneur « normal » n’aurait pas hésité à prendre le risque de faire entrer Doussain, d’autant que Parra avait été très insuffisant en première période. De quoi donner raison aux contempteurs toulonnais de Saint-André, qui lui reprochent son incapacité à qualifier pour les plays-off, en 2010-2011, une équipe du RCT qui avait enregistré en début de saison l’arrivée de Smith, Sackey, Carl Hayman et Rudi Wulf, qui s’ajoutaient à des joueurs aussi talentueux que Mignoni, Jamie Robinson, Contepomi, Fernandez Lobbe, Lamont et l’incomparable Jonny Wilkinson.  Espérons quand même que Saint-André se rende compte que le XV de France a besoin d’un jeu plus ambitieux pour aller de l’avant, parce qu’avec celui qui nous est offert depuis trop longtemps l’équipe de France ne gagne même plus le Tournoi des 6 Nations (depuis 2010), la France étant considérée comme la sixième nation mondiale sur les 11 qui comptent dans le concert planétaire (les 6 du Tournoi, plus l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les Samoa et l’Afrique du Sud). Elle devrait même être septième derrière l’Irlande, si cette dernière avait fait match nul avec la Nouvelle-Zélande…comme cela aurait dû être le cas.

L’Irlande, en effet, a réalisé une formidable performance contre les Néo-Zélandais, ces derniers ne l’ayant emporté samedi dernier que par miracle à l’issue d’un match emballant, les All Blacks n’ayant dû leur succès qu’à une colossale erreur des Irlandais, partis avant le coup de pied de transformation de l’ouvreur Cruder sur l’essai néo-zélandais de dernière minute. Coup de pied raté, mais retiré suite à la décision (normale) de l’arbitre de le faire recommencer, avec réussite cette fois. Quelque chose me dit que si le XV de France avait joué ces Irlandais survoltés il aurait été dominé. J’en suis même certain, comme il est certain que le XV de France ne peut pas se plaindre de l’arbitrage dans son match contre les Sud-Africains, un match qui montre à quel point Michel Platini a raison de ne pas vouloir l’introduction de la vidéo au football.

Ah la vidéo, qu’est-ce qu’elle fait saliver et écrire dans le monde du football ! Règle-t-elle tous les problèmes pour autant ? Certainement pas. Déjà, lors de la finale de la Coupe du Monde de football en 1966, personne ne peut assurer que le but de G. Hurst était valable, bien qu’il ait été examiné des milliers de fois à la vidéo. Et c’est pareil pour le rugby (à XV et à XIII), qui a recours depuis longtemps à la vidéo, ce qui n’empêche nullement les controverses et les erreurs. Je me souviens personnellement d’un drop de J.B. Elissalde, contre Bayonne (je crois que c’était en 2009), dont la vidéo a bien été incapable de nous dire s’il était passé ou non (bien au-dessus des poteaux). Et tant d’autres matches encore, y compris samedi dernier, où l’arbitre vidéo a pris trois décisions très litigieuses…qui ont bien favorisé le XV de France, pour une fois diront les mauvaises langues.

J’avoue d’ailleurs que cela m’agace prodigieusement de voir aussi souvent l’intervention de la vidéo, presque systématique si ce n’est pas très net à XIII comme à XV, ce qui signifie que l’arbitre n’est plus maître de rien dès qu’il y a essai, ce qui n’empêche nullement d’accorder un essai s’il y a en-avant de passe cinquante mètres avant la ligne d’en-but. Et oui, la vidéo ne règle pas tous les problèmes, et c’est pareil pour le football, sauf à vouloir faire durer un match de nombreuses minutes en plus. Qu’il est loin le temps où Lucien Mias, l’illustrissime capitaine de l’équipe de France de 1958-1959,  disait que « l’arbitre fait partie du jeu, comme le vent ». La vidéo a certes des vertus, mais elle ne règle pas tout. Elle n’empêchera jamais un arbitre de football de siffler généreusement un pénalty…ou de ne pas le siffler s’il estime qu’il n’y a pas faute. Elle n’empêche pas non plus un arbitre de rugby d’accorder une pénalité à vingt mètres face aux poteaux, même si c’est très, très sévère, parce qu’il aura vu une faute sur un ruck que personne n’aura vu y compris en regardant les images à la télévision. Je pourrais dire la même chose s’il ne voit pas une faute évidente…à la télévision.

Donc, en résumé, qu’apporte la vidéo au rugby ? Peu de choses en vérité, à part le fait qu’elle décharge la décision de l’arbitre du terrain sur l’arbitre vidéo. Cela fait joli aussi à la télévision de voir inscrit « TRY » ou « NO TRY » sur l’écran, mais même si elle permet de valider des essais que l’arbitre n’aurait pas osé accorder, par exemple l’essai néo-zélandais lors de la demi-finale mondiale à XIII entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, où l’ailier néo-zélandais réussit une passe miraculeuse avant d’avoir touché le sol alors qu’il est un mètre à l’extérieur du terrain, la vidéo ne fait pas tout. En outre, si l’arbitre prend une fois une mauvaise décision, ce ne sera pas le cas très souvent, et au final les mauvaises décisions s’équilibrent très souvent dans un cas comme dans l’autre.

Enfin, pour bien montrer que cela fait partie du jeu, au bout de quelques semaines on oublie l’erreur d’arbitrage…parce que 9 fois sur 10 c’est la meilleure équipe, ce jour-là, qui l’emporte. Qui conteste aujourd’hui la victoire anglaise à la Coupe du monde 1966 ? Plus personne, et ce depuis bien longtemps. Qui ose évoquer le but annulé sur un hors-jeu inexistant de Puskas lors de la finale de la Coupe du Monde 1954, où les Hongrois avec leurs grandes vedettes (Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti et Csibor) furent battus, si l’on en croit une étude allemande récente, par le fait que les Allemands étaient dopés à la pervitine…ce qui explique leur fraîcheur en fin de match, leurs adversaires ayant en outre été confrontés aux Brésiliens et aux Uruguayens précédemment. Même l’histoire est contre les tenants de la vidéo !!!

Michel Escatafal


La professionnalisation du rugby n’a pas que des aspects positifs

StadeLe rugby se professionnalise de plus en plus, et cette professionnalisation se fait à marche forcée, même si cela se passe souvent dans un joyeux désordre. J’y reviendrais, mais avant je veux évoquer la suspension de Morgan Parra pour quatre semaines, ce qui fait qu’il manquera plusieurs matches importants avec son club…et l’Equipe de France. Est-ce une mauvaise nouvelle pour le XV de France ? Sans doute pas, car cela pourrait permettre de voir ce que valent réellement au plus haut niveau des joueurs comme Doussain ou Pelissié, deux avions à réaction au poste de demi de mêlée. Si j’ai employé ce terme « d’avions à réaction », c’est parce que ces deux jeunes joueurs font un excellent début de saison, en démontrant des qualités de vitesse et d’accélération qui manquent cruellement à la panoplie de joueur de Morgan Parra, ce dernier étant pour moi essentiellement un excellent buteur (voir l’article : Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur). Ce qui ne l’empêche pas de compter plus de 50 sélections à son actif à 25 ans à peine…chiffre hallucinant à mes yeux et à ceux de nombre d’amateurs de rugby, qui ont vu passer dans notre pays de très grands demis de mêlée qui en comptaient à peine le quart ou la moitié à la fin de leur carrière (Danos 18, Lacroix 28, Max Barrau 16, Astre 12, Gallion 27…). En outre cette suspension est tout à fait légitime sur le plan disciplinaire, car il est quand même anormal pour un joueur international aussi connu de se battre à coups de poings avec un joueur adverse. Et il est tout aussi anormal de voir le staff de l’ASM Clermont affirmer que la sanction est trop lourde, et encourager Parra à faire appel.

Autre sujet qui m’a interpellé hier : le Stade Toulousain et le Racing-Metro vont s’affronter…à Hong-Kong le 9 novembre, jour du premier test de la tournée d’automne de la Nouvelle-Zélande. Et après on nous dira que les joueurs sont trop sollicités et qu’ils ne peuvent pas se reposer! Au fait, combien y-a-t-il de décalage horaire entre Paris ou Toulouse et Hong-Kong ? Réponse : six heures, ce qui n’est pas rien. En tous cas il ne faudra pas trop venir nous bassiner avec la fatigue des joueurs du Top 14, même si je comprends parfaitement que ce déplacement soit une bonne affaire pour les deux clubs en termes financiers. D’ailleurs, une telle opération est rare en pleine saison dans le football, sport pourtant hyper professionnalisé. Il est vrai qu’au football des Cavani, Falcao, Lavezzi, Thiago Silva ou Maxwell sont habitués avec leur sélection nationale à parcourir le monde de long en large, ce qui ne donne pas envie à leur club d’infliger à ceux qui restent une telle fatigue.

Passons, en notant qu’aux yeux des promoteurs de ce lointain déplacement, pareille opération est  un nouvel axe de développement pour le rugby en général et le Top 14 en particulier, en espérant qu’à l’avenir elle soit organisée avant le début de la saison…ce à quoi j’espère qu’on a pensé pour l’avenir. Cela étant, ce n’est pas une mauvaise idée, car ce pourrait être gagnant-gagnant pour le rugby et les clubs, avec pourquoi pas des rencontres de pré-saison sur place à Hong-Kong, Singapour, en Chine ou au Japon entre des clubs du Top 14 ou du championnat anglais. En écrivant cela, je me dis que ceux qui ont connu le rugby amateur il y a 30 ou 40 ans, voire plus, doivent trouver que ce sport a quand même beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années…même si les plus jeunes regrettent que le rugby ne soit pas encore au niveau du football.

Il s’en rapproche quand même un peu, et si j’écris cela c’est parce que le budget des meilleurs clubs du Top 14 se compare de plus en plus avec celui de nombre de clubs de Ligue1, et dépasse celui de la totalité des clubs de Ligue 2. Certes on est à des années-lumière du PSG (400 millions d’euros), voire même de l’Olympique Lyonnais et l’AS Monaco (environ 130 millions) ou de l’Olympique de Marseille (125 millions), mais ces clubs sont eux-mêmes très au-dessus des autres. Par exemple le champion de France 2012, le MHSC (Montpellier), qui a le dixième budget de Ligue 1 (39 millions), se situe juste au-dessus de celui du Stade Toulousain, premier du Top 14 (35, 5 millions), quatre autres clubs du Top 14 (ASM Clermont, Stade Français, RC Toulon et Racing-Métro) étant au-dessus des trois derniers clubs de Ligue 1.

Et cette évolution semble irréversible puisque la Ligue de rugby va renégocier les droits télévisés en demandant des sommes infiniment plus considérables que celles d’aujourd’hui. En effet, aujourd’hui Canal+ paie 32 millions d’euros pour diffuser le Top 14, alors que la Ligue de rugby en demande 125 millions…pour en obtenir 80 ou 90, compte tenu de l’arrivée sur le marché de beINSport (qui diffuse déjà le rugby à XIII), la chaîne qatarienne pouvant aussi se partager le marché avec Canal+ ou Eurosport. Bref, le Top 14 va bénéficier à partir de l’an prochain de rentrées d’argent très importantes, qui vont largement améliorer son train de vie. Cela permettra à ses clubs de s’offrir davantage de vedettes de l’hémisphère Sud, ce qui me réjouit, et d’améliorer sa visibilité, puisqu’à ce jour moins de 10% des finances des clubs professionnels de rugby dépendent des droits télé contre 65% au football, lequel touche un peu plus de 600 millions d’euros actuellement et sans doute beaucoup plus à l’avenir. A noter aussi que les droits de retransmission du championnat de rugby anglais rapportent environ 190 millions d’euros…ce qui est quand même le double des recettes attendues du Top 14, championnat largement aussi attrayant que le championnat anglais.

En attendant, j’espère que tout cet argent qui va se déverser sur le Top 14 dans les prochaines années, permettra à ses clubs d’être plus reconnaissants vis-à-vis des spectateurs, qui achètent leurs billets de plus en plus chers à quelques exceptions près. Si je dis cela, c’est parce qu’on a l’impression qu’à cause d’un calendrier démentiel avec les matches internationaux, les clubs n’alignent que rarement leur meilleure équipe avant les phases finales. Mieux même, ils semblent évaluer leurs chances de gagner en fonction des matches, faisant presque l’impasse face aux cinq ou six plus grosses équipes du Top 14. Difficile en effet de battre le Stade Toulousain au stade Ernest Wallon, ou l’ASM Clermont Auvergne au stade Michelin de Clermont-Ferrand, alors à quoi bon envoyer sa meilleure équipe, celle-ci devant être au maximum de ses possibilités quand le printemps arrive, avec les matches couperets des phases finales du Top 14 et de la Coupe d’Europe.

C’est un phénomène que l’on peut comprendre, mais dans ce cas il faut réformer le calendrier et passer au TOP 12 ou au Top 10 en supprimant deux ou quatre équipes de l’élite. Si je dis cela, c’est parce que les spectateurs trouvent que le prix des places en tribunes, y compris les tribunes les moins confortables, sont à des niveaux très élevés pour un sport qui se veut populaire, de l’ordre de 13 à 52 euros à Clermont, 17 à 70 à Ernest-Wallon, voire même plus à Mayol à Toulon…des tarifs proches de ceux du Parc des Princes à part un nombre de places limitées plus chères dans l’enceinte du PSG. Et oui, c’est cela aussi le rugby professionnel, et c’est pour cela que j’écrivais sur ce site (Le rugby pro ne peut exister que dans les grandes villes) que, dans les 10 ou 15 ans à venir, il n’y aura plus dans notre championnat que des clubs situés dans les grandes villes, les autres passant nécessairement à la trappe, ce qui n’empêchera peut-être pas, par-ci, par-là, un club d’une petite ville de devenir champion de France, mais cette situation ne pourra pas s’inscrire dans la durée, car le pouvoir de l’argent sera le plus fort.

Michel Escatafal