Ali a dépassé la simple histoire du sport

ali_foreman_13_01Lui-même disait qu’il était le plus beau, le plus grand, le plus fort etc., mais s’il y avait beaucoup de vrai dans son allure sur un ring, il n’était pas qu’un extraordinaire boxeur. Il avait ce quelque chose de plus qu’ont très peu de sportifs, y compris ceux qui sont aujourd’hui appelés des idoles. Qui oserait comparer le charisme de Mohammed Ali avec la triste figure d’un Zidane ou d’un Messi, sans parler des excentricités d’un Ronaldo ou d’un Hamilton, ou avec la faible personnalité d’un Chris Froome, pour ne citer qu’eux. Non, Ali a dépassé la simple histoire du sport, parce que c’était un seigneur sur le ring et dans la vie. Contrairement à Zidane, quand Ali donnait un coup c’était grandiose. Contrairement à Cantona, qui se prend pour un intellectuel et qui en fait est surtout ridicule dans la plupart de ses interventions, quand Ali parlait on avait envie de l’écouter. Contrairement à Mayweather, Ali était une bête de scène capable d’enflammer beaucoup plus qu’une foule de spectateurs autour du ring. Il représentait une sorte de symbole, au sens le plus noble du terme, et pas seulement à propos du « noble art ». Ses idées dépassaient les frontières du sport, pour atteindre toutes les couches de la société aux Etats-Unis et ailleurs. Il suffit de voir le nombre d’hommages reçus du monde entier après sa mort pour en être pleinement convaincu. Bref, à une époque où internet n’existait pas et où la pub était loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui, il savait « se vendre » mieux que personne, devenant même une des icônes de la pub télévisuelle, lui le petit-fils d’esclave, ce qui ne l’a jamais empêché de revendiquer le droit d’être lui-même au plus haut point, refusant la « dolce vita » qui avait anéanti la vie de nombre d’anciennes gloires de la boxe.

Cela dit, et puisque nous parlons de sport, il fut quand même un des plus extraordinaires boxeurs de l’histoire. Il le fut d’autant plus que sa carrière s’est située à une époque où la boxe vivait encore son âge d’or, même si celui-ci était finissant. A 17 ans il remportait les « Golden Gloves », qui ont souvent servi de tremplin à la carrière des meilleurs boxeurs (Joe Louis, Ezzard Charles, Leonard, Hagler, Hearns, Tyson, Holyfield, de la Hoya etc.), puis dans la foulée il devint champion olympique des mi-lourds (1960), titre qui l’avait mis au comble de la joie comme l’a rapporté un autre ancien grand champion, Nino Benvenu (poids moyen), en écrasant son adversaire en finale, l’expérimenté Polonais Pietrzykovski…qui ne porta quasiment aucun coup à son adversaire tout au long de cette parodie de combat. C’est dire combien Cassius Clay, son nom avant de devenir Mohammed Ali en 1964, effrayait ses adversaires ! Il les effrayait d’autant plus qu’il était déjà très grand par sa taille pour l’époque (1.91m), ce qui ne l’empêchait pas d’être aussi mobile que quasiment tous les meilleurs poids moyens malgré ses 100 kg. En fait pour être considéré comme le plus grand, il ne lui manquait qu’un peu plus de punch, car si son palmarès compte 37 victoires par K.O. sur ses 56 succès, il remporta ses victoires surtout en épuisant et détruisant ses adversaires, qui n’arrivaient pas à le toucher le plus souvent.

Ensuite chez les professionnels qu’il rejoignit très jeune, il se fera remarquer rapidement, même si ses premiers succès, contre d’excellents boxeurs (Doug Jones et le Britannique Henry Cooper qui l’enverra au tapis), ne furent pas faciles. Mais ces victoires lui permirent d’obtenir très vite une chance mondiale et de s’emparer du titre de champion du monde des poids lourds (février 1964) en mettant K.O. à la septième reprise celui qu’il appelait « l’ours », Sony Liston, malgré une blessure à l’œil due à une pommade qu’on avait administrée à son adversaire, avant de l’écrabouiller (K.O. au premier round) lors de la revanche un an plus tard (mars 1965), même si certains mirent en doute la réelle envie de se battre de « l’ours ». Ensuite (novembre 1965) il affronta victorieusement le plus jeune champion du monde des lourds jusqu’à son époque, Floyd Patterson, en le mettant K.O. au douzième round, et s’imposera dans tous les combats auxquels il participa, ce qui ne l’empêcha pas d’être destitué de son titre mondial (c’est ça aussi la boxe !). Néanmoins comme il était plus fort que les autres, il récupèrera le titre qu’on lui avait pris en battant celui à qui la WBA l’avait attribué (Ernie Terrell).

Mais tous ces combats remportés qui en faisait déjà un monstre sacré de la catégorie reine, ne seront rien à côté de celui qu’il allait livrer à partir de 1967. Un combat non pas contre un adversaire, mais contre les institutions de son pays, refusant d’aller guerroyer au Vietnam « contre des gens qui ne lui avaient rien fait », au nom de ses convictions religieuses, convictions d’autant plus affirmées qu’il s’était converti à l’Islam (black muslims) trois ans plus tôt. Cela allait lui valoir une peine de prison de cinq ans, qu’il ne fera pas, mais il lui sera interdit de boxer jusqu’en 1970, sanction terrible qui le privera de ses plus belles années de carrière. Toutefois, cette très longue absence des rings n’enlèvera rien à son talent, et il le prouvera en réussissant un extraordinaire come-back, après avoir toutefois été battu d’extrême justesse (la décision se fit à l’ultime reprise) par Joe Frazier en 1971, ce dernier, que certains comparaient à Rocky Marciano, l’empêchant de récupérer son titre. Ensuite ce sera une longue quête pour retrouver ce titre mondial qu’on lui avait pris injustement à ses yeux, une quête où il remporta nombre de combats…sauf contre Norton qui lui cassa la mâchoire, subissant sa seconde défaite.

Néanmoins il se vengera de Norton (1973), puis de Frazier en 1974, ce dernier ayant été vaincu en deux rounds auparavant par Georges Foreman (1973). Et c’est contre cet adversaire que tout le monde croyait invincible, qu’il allait réaliser sans doute son plus grand exploit à l’âge de 32 ans, à Kinshasa, en battant par K.O. à la huitième reprise le tenant du titre. Peu de monde avait osé parier sur une victoire d’Ali face à un adversaire plus jeune que lui (7 ans) et qui avait battu auparavant Frazier et Norton en deux rounds. On imaginait aisément que Foreman, terrible puncheur au sommet de son art, ferait subir le même sort à Ali qu’à ses deux précédents adversaires. Il n’en fut rien, car ce jour-là, le 30 octobre 1974, jamais Ali ne fut plus grand, réussissant à contenir les fougueux assauts de son adversaire, avant de finir par le décourager et l’avoir à l’usure en le mettant K.O. au huitième round. Victoire de l’intelligence sur la force brutale, victoire de la vitesse de déplacement sur la puissance de frappe, bref victoire incontestable du meilleur boxeur, ce que Foreman reconnaîtra plus tard. Il n’y aura jamais de revanche, et l’image de boxeur de Mohamed Ali restera sur ce chef d’œuvre, les combats qu’il livrera par la suite étant sans doute des combats de trop, surtout en fin de carrière, notamment lors d’un troisième combat contre Norton, où on vola la victoire à ce dernier.

Dix ans après sa victoire contre Foreman, Ali commencera à ressentir les symptômes de la maladie de Parkinson, qui l’affectera jusqu’à la fin de sa vie la semaine dernière. Dommage car Ali était aussi quelqu’un qui avait la tête sur les épaules, comme en témoignent ses activités religieuses et ses florissantes affaires jusqu’à sa maladie. La preuve qu’il savait d’où il venait et où il allait, on la trouve dans une interview célèbre à Playboy : «  Quand je déposerai les gants, je ne partirai pas en minable, comme les boxeurs d’autrefois. On ne dira pas que je me suis payé une Cadillac et une ou deux nanas blanches, et que je n’avais plus un sou à la fin de ma carrière ». Cela dit, on retiendra surtout de lui qu’à défaut d’être le plus grand, il fut celui qui a attiré le plus grande nombre de spectateurs et de téléspectateurs au cours de sa carrière. On a d’ailleurs estimé à un milliard le nombre de personnes qui assistèrent en direct à la troisième manche de son face à face avec Joe Frazier en 1975 à Manille, sans oublier les 50.000 spectateurs du match contre Foreman à Kinshasa. Et comme s’il n’avait pas assez fait pour la boxe, il laissera sa fille reprendre le flambeau et devenir championne du monde des super-moyens et des poids mi-lourds (entre 2002 et 2007). Bon sang ne saurait mentir !

Michel Escatafal


Une belle soirée de sport à la télévision (rugby, boxe)

Hier soir, j’ai vécu une belle soirée de sport, entre le match France-Australie, entrecoupé à la mi-temps par les scores du football, et le championnat du monde des poids lourds (WBA, WBO, IBF) opposant l’Ukrainien Wladimir Klitschko et le Polonais Wach, à Hambourg. C’était évidemment un match déséquilibré, que Wladimir Klitschko a remporté aisément aux points, même si le boxeur polonais était invaincu, adjectif facile quand on n’a pas rencontré d’adversaires de classe, ce qui ne pouvait être que le cas de Wach au vu de sa prestation technique. J’ai bien dit technique, parce que sur le plan du courage, Wach n’a de leçon à recevoir de personne, en pensant à tous les coups qu’il a pris. J’ai même cru que l’arbitre allait arrêter le combat à la fin de la huitième reprise, tellement Mariusz Wach semblait en perdition dans les cordes, mais il a tenu le coup, et le gong l’a sauvé. Alors est-ce que ce fut un grand combat ? Réponse, NON, mais le niveau de la boxe a beaucoup baissé depuis la fin des années 1980, et plus encore par rapport à son’âge d’or dans les années 50, 60 ou 70, surtout chez les poids lourds.

A ce propos, il est évident que si les frères Klitschko sont des boxeurs de grand talent, ils sont loin des Ali, Frazier ou Foreman, sans remonter plus loin dans le temps. Et que dire des challengers qui leur sont proposés, à commencer par ce Mariusz Wach, mais aussi le Britannique Haye ou encore notre Français Mormeck, qui évidemment n’auraient  jamais eu une chance mondiale pour le titre des poids lourds à l’époque où il n’y avait qu’une ou deux fédérations. Cela étant, il ne sert à rien de vivre dans la nostalgie des époques passées, en espérant que la boxe ne tombera pas plus bas qu’elle l’est aujourd’hui…ce qui serait déjà un pas considérable pour assurer sa survie. Et pourtant, quand on voit comment à Hambourg on est capable de remplir une salle pour un match de boxe, dont on savait à l’avance qu’il était très déséquilibré, on se dit qu’il faudrait peu de choses pour que la boxe puisse repartir,  et retrouver un minimum de crédibilité. Cela étant, ce n’est pas en France qu’on pourrait organiser pareil évènement, mais chacun sait que les Français sont surtout experts pour critiquer les autres (dopage, arbitre etc.), mais sont tout à fait incapables de se déplacer pour les grands évènements…que l’on ne sait pas organiser, du moins en ce qui concerne la  boxe. Résultat, nos meilleurs boxeurs arrêtent très tôt leur carrière, faute de pouvoir vivre de leur sport, y compris quand ils ont été médaillés olympique et ou détenteurs d’un titre mondial !

Et puisque j’ai évoqué l’affluence, j’ai observé avec infiniment de tristesse qu’il y avait énormément de sièges vides au Stade de France, pour un match entre l’équipe de France de rugby et celle d’Australie, c’est-à-dire un match entre deux des quatre ou cinq nations les plus fortes au niveau mondial. Oui, quelle tristesse de voir cela, surtout par contraste avec ce qui allait se passer un peu plus tard à Hambourg, avec une affiche qui pourtant n’avait rien de clinquant ! Cela étant, pour revenir au Stade de France, j’ai lu quelque part que toutes ces places disponibles…valaient 30 ou 40 euros, ce qui explique le peu d’empressement pour les acheter. Simplement, une question : pourquoi ne pas offrir des places davantage bon marché la veille ou l’avant-veille du match pour garnir les tribunes ? Vraiment il y a des choses qui m’échappent dans le sport français, tant du côté des organisateurs, que des dirigeants et des spectateurs…à moins que tout simplement notre pays ne soit pas un pays sportif. Je pencherais personnellement pour cette hypothèse. En France on donne des leçons, mais on n’aime pas (vraiment) le sport.

D’ailleurs si un de nos champions ou une de nos équipes brillent, ils sont le plus souvent critiqués. Par exemple, on leur reproche de ne pas toujours vivre en France, ce qui leur vaut d’être traités de mercenaires, et si c’est une équipe de football susceptible de briller  en Ligue des Champions, et bien on lui reproche d’avoir pour propriétaires des étrangers…ce qui ne dérange personne partout ailleurs. Pauvre sport français, qui n’a jamais réellement mérité les quelques champions qu’il est capable de sortir à intervalles plus ou moins réguliers, et le plus souvent par hasard, grâce au travail de quelques bénévoles ou de petites structures qui ont survécu au professionnalisme exacerbé dans les autres pays. La preuve, dans une épreuve phare comme la Ligue des Champions de football, la France se situe très loin de l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne et le Portugal. En Formule 1, combien notre pays a eu de pilotes champions du monde ? Un seul, Alain Prost. Combien de vainqueurs du Tour de France avons-nous eu depuis 1985, soit depuis 27 ans ? Aucun. Combien de victoires dans les tournois du grand chelem en tennis chez les hommes depuis 1946 ? Une seule (Noah à Roland-Garros en 1983). Même en rugby, nous sommes la seule des grandes nations à ne jamais avoir remporté la Coupe du Monde. Bref, je n’en rajoute plus, car cela va me gâcher mon dimanche.

Et pourtant, je reste d’humeur fort plaisante ce matin, précisément à cause de la victoire du XV de France contre l’Australie hier soir au Stade de France. Une belle victoire quant au score (33-6 avec  trois essais marqués), mais aussi quant à la manière. D’ailleurs ce n’est pas pour rien, si nombre de supporters de notre équipe ont été séduits par le jeu du XV de France. Certes les grincheux feront remarquer que l’équipe d’Australie était handicapée par plusieurs absences, mais la France de son côté était privée de son emblématique capitaine, Thierry Dusotoir. En outre, le propre des grandes équipes est le plus souvent d’avoir des remplaçants qui valent (presque) les titulaires. Hier soir Nyanga en a apporté la preuve flagrante, en montrant que lui aussi était un troisième ligne de très grande qualité, ce que tous les amoureux de rugby savaient depuis longtemps.

Pourtant je suis persuadé que si notre équipe nationale a si bien récité sa partition, c’est aussi parce qu’en plus de son pack dominateur, surtout en mêlée, elle avait à sa disposition une paire de demis comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps. On finissait par avoir perdu l’habitude de voir un demi de mêlée sachant admirablement  alterner le jeu avec ses avants et ses trois-quarts, un demi de mêlée  ne perdant pas un seul ballon, un numéro 9 apportant de la vision, du punch, de la vitesse, sachant  dynamiser les sorties de balle, bref un joueur de grande classe à un poste clé. Evidemment cela contrastait avec celui qui est considéré comme l’inamovible titulaire depuis quatre ans, Morgan Parra, certes un bon demi de mêlée, mais  dont la seule raison de sa présence constante dans le XV de France tient à ses remarquables qualités de buteur. Hier soir, nous en avons eu encore une illustration, puisque la seule action notable qu’il ait réussi après avoir remplacé Machenaud, fut la pénalité parfaitement convertie à 42m à droite des poteaux. C’est pour cette raison que Saint-André doit continuer dans la voie qu’il s’est tracée, en faisant confiance à Machenaud, en regrettant au passage qu’il ait été remplacé à la 63è minute par Parra. Comme s’il fallait absolument que le Clermontois compte une cape de plus !

Certains me trouveront dur avec Parra, mais je maintiens que si c’est un très bon joueur, ce n’est certainement pas un grand demi de mêlée comme le XV de France en a eu par le passé (Max Barrau, Gallion, Berbizier ou Elissalde).  Parra n’aura jamais une grande vitesse de course, n’aura jamais le dynamisme d’un Machenaud ou d’un Doussain, pour ne citer que des jeunes demis de mêlée qui sont déjà plus que des espoirs. Certains d’ailleurs voient Parra en demi d’ouverture, ce qui est une complète aberration quand on dispose d’un Trinh-Duc, et surtout d’un Michalak. Ah Michalak, que de temps perdu avec ce joueur, ce qui montre qu’en France les sélectionneurs n’apprennent jamais de leurs erreurs. Si je dis cela, c’est parce que je pense aux procès faits à Jean Gachassin en son temps, autre demi d’ouverture incompris, ou aux frères Boniface, qui eux aussi en leur temps avaient connu la solitude des novateurs.

Et bien Michalak appartient à cette catégorie de demis d’ouverture explosifs, parfaits pour construire les attaques. Il est le plus vif des demis d’ouverture sur le plan international, mais en plus il sait tout faire ou presque, sa seule relative faiblesse se situant dans un jeu au pied parfois approximatif. Sinon quel talent, et dans un jeu de plus en plus restreint  par l’étouffement des défenses, aucun autre joueur à ce poste n’est capable de réussir régulièrement des coups de génie. En tout cas pas en France, et ceux qui voudraient voir Parra en demi d’ouverture sont des gens aveuglés par la qualité des tirs au but du joueur de Clermont-Ferrand. Et si on lui laisse le temps, je suis persuadé que cette association de deux purs talents comme Machenaud et Michalak, réussira souvent des matches de cette qualité, voire même meilleurs, car on oublie que c’est seulement la troisième fois qu’ils jouent ensemble. C’est pour cette raison que je m’indigne, une fois encore, de n’avoir pas vu les deux compères jouer ensemble un peu plus longtemps. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’un et l’autre n’auraient pas tenu 10 ou 15 minutes de plus ! Qu’on les ait fait sortir un peu avant la fin pour une standing ovation, pourquoi pas, mais, même cela, était-ce bien nécessaire ? Sommes-nous aveugles pour ne pas voir que ces deux joueurs ont illuminé le Stade de France de leur talent ?

Voilà pourquoi j’ai passé une excellente soirée, malgré ces petites restrictions à l’encontre du sélectionneur. Cela dit, on va peut-être me reprocher un excès d’enthousiasme pour cette nouvelle charnière. On va aussi me faire remarquer que Michalak ne sera peut-être pas toujours aussi régulier dans ses tirs au but, contrairement à Parra qui, sur ce plan, est presque un assurance tous risques. Et bien, je réponds que je sais tout cela, mais que ça n’altère en rien mon enthousiasme, surtout si l’on accorde à la paire Machenaud-Michalak autant de crédit qu’on en a accordé à Parra-Trinh-Duc, même si je suis de ceux qui ont toujours pensé que Trinh-Duc avait lui aussi beaucoup de classe, simplement un peu inférieur à Michalak. Pour mémoire je rappellerais que Michalak fut le meilleur joueur, du moins un des tous meilleurs, du groupe France qui alla en demi-finale de la Coupe du Monde 2003. Il avait même globalement connu une belle réussite dans ses coups de pied placés, sauf en demi-finale, les gens faisant immédiatement la comparaison avec Jonny Wilkinson, alors au sommet de son art. Espérons que Saint-André ait compris l’intérêt qu’il avait à tirer le maximum du potentiel de Michalak, seul moyen de nous faire rêver pour la Coupe du Monde 2015. Après tout, Michalak n’aura à ce moment que 33 ans, soit l’âge de Wilkinson aujourd’hui. Et qui oserait affirmer, sans crainte du ridicule, que Wilkinson n’est plus un grand joueur ? Personne, bien entendu !

Michel Escatafal


Marciano : le plus grand des poids lourds? Peut-être, sans doute…

Si l’on demande au premier venu quel est le meilleur boxeur de tous les temps, il y a de fortes chances qu’il réponde Mohammed Ali. D’autres, plus âgés, diront Ray Sugar Robinson, et quelques uns évoqueront Hagler, Léonard, ou encore Joe Louis. De toutes façons il serait idiot de vouloir les comparer, car d’une part ils n’opèrent pas tous dans la même catégorie, et ensuite la boxe a bien changé au fil des ans, pour n’être plus de nos jours qu’un sport certes magnifique, mais où personne ne se retrouve dans les multiples catégories que l’on a créées, plus le grand nombre de fédérations, ce qui fait que nous avons aujourd’hui presque cent détenteurs de ceintures mondiales, en comptant les titres détenus par intérim. Du grand n’importe quoi, par rapport à ce qui se passait avant les années 50 ou 60.

Pour ce qui me concerne je me demande si ce lauréat fictif n’est pas tout simplement Rocco Marchegiano, appelé Rocky Marciano et surnommé « le Roc de Brockton ». Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’est retiré invaincu des rings après avoir disputé et gagné 49 combats professionnels (dont 43 par K.O.), et avoir combattu victorieusement à sept reprises pour le titre mondial des poids lourds. Il est le seul boxeur dans ce cas. Même le grand, l’immense Joe Louis fut battu une fois par l’Allemand Max Schemeling (en 1936), avant sa première retraite. Il se vengea d’ailleurs de la meilleure des manières, en prenant sa revanche sur l’icône du ring allemande des années 30, en le pulvérisant en deux minutes de combat.

Cela dit, revenons à Rocky Marciano pour souligner en premier qu’il n’a pas rencontré que des has been, ou des boxeurs de second ordre, au cours de son extraordinaire carrière professionnelle. Parmi ces très grands champions il y eut notamment Joe Louis, certes en fin de deuxième carrière, en 1951, puis plus tard pour le titre mondial Joe Walcott qu’il battit à deux reprises par K.O. (en 1952 et 1953), après avoir toutefois été mis au tapis lors du premier des deux matches à la toute première reprise, le même sort étant réservé à  Roland La Starza en 1953 (K.O. technique à la onzième reprise), mais aussi à Don Cockell en 1955 (K.O. technique à la neuvième reprise), et au grand Archie Moore, le meilleur poids mi-lourd de l’histoire, qui voulait conquérir à plus de 40 ans le titre suprême (celui des lourds). Ce dernier fut vaincu par K.O. au neuvième round en septembre 1955. En fait un seul de ses challengers tint debout jusqu’à la quinzième reprise, Ezzard Charles, surnommé « le Cobra de Cincinetti », champion du monde entre 1949 et 1951 et notamment vainqueur de Joe Louis. En fait Ezzard Charles fut largement battu aux points, mais il évita le K.O. au premier combat car c’était un adversaire extrêmement mobile pour un poids lourd. Cela dit, lors du deuxième match, toujours en 1954, Ezzard Charles s’inclina lourdement par K.O. au huitième round.

Bref, Rocky Marciano avait fait le vide complet dans la catégorie des poids lourds, et avait rencontré tout ce qui faisait référence sur le plan mondial en septembre 1955. Que pouvait-il faire de plus, et qu’avait-il à prouver ? Rien, même si certains lui ont reproché de n’avoir pas voulu affronter le prometteur Floyd Patterson, champion olympique des poids moyens en 1952 à 17 ans, et redoutable puncheur. Reproche un peu vain, car il est vraisemblable que Patterson aurait été trop tendre pour un styliste de la classe de Marciano, lequel disposait aussi d’un punch redoutable. N’oublions pas que Patterson pesait moins de 85 kg, ce qui était extrêmement léger pour un poids lourd. Cela dit Patterson avait battu par K.O. le vieil Archie Moore (cinquième reprise), mais Archie Moore n’était pas non plus un vrai poids lourd. Marciano prit donc sa retraite définitive en 1956, même s’il eut l’envie en 1959 de revenir sur le ring pour affronter le Suédois Ingemar Johansson qui avait dépossédé Patterson de son titre.

Hélas ou heureusement pour lui, c’est selon, il ne poussa pas très loin ce projet après quelques semaines d’entraînement, durant lesquelles il réalisa la difficulté qu’il aurait à revenir à son meilleur niveau. En outre il avait 36 ans, et derrière lui une carrière professionnelle de plus de dix ans, et pour couronner le tout Johansson devait une revanche à Patterson, ce qui compliquait encore un peu plus ce retour. Du coup cet homme, toujours prêt à affronter n’importe qui jusque-là, se retira pour devenir restaurateur, profession dans laquelle il ne put conserver sa fortune amassée avec ses sept championnats du monde qui lui ont rapporté environ 1.500.000 dollars. Ensuite il fut présentateur de télévision, mais aussi arbitre de lutte et de boxe, au total beaucoup d’activités peu lucratives, qui ne purent l’empêcher de voir fondre l’argent empilé pendant sa carrière. Il mourut le 31 août 1969, dans un accident d’avion privé, près de Des Moines dans l’Iowa.

Un dernier mot enfin, en 1970 il fut un des deux protagonistes d’un combat fictif qui l’opposa virtuellement à Mohammed Ali, qui se prétendait « le plus grand ». Le résultat de l’ordinateur ne confirma pas ce que disait Ali, puisque celui-ci fut mis K.O. au treizième round. Evidemment ce résultat n’a aucune influence sur l’opinion que l’on peut avoir sur ces deux boxeurs, qui figurent l’un et l’autre parmi le gotha des poids lourds avec Joe Louis, mais aussi Joe Frazier qui battit à sa grande époque Ali, ou encore Georges Foreman et plus près de nous Mike Tyson qui fut le plus jeune champion du monde poids lourds et qui fut longtemps invaincu. Ce fut sans doute le dernier des très grands de la catégorie, car sans vouloir leur faire de peine, ni Lennox Lewis, et encore moins les frères Klitschko ou Hayes, ne peuvent être comparés aux champions dont je viens de parler.

Michel Escatafal