Pourquoi le cyclisme sur piste n’en finit plus de mourir?

vitesseL’une des plus belles spécialités du cyclisme, la piste, est en train de mourir de sa belle mort. Plusieurs raisons expliquent le phénomène : j’en retiens au moins trois, à savoir la mondialisation à marche forcée, la multiplication des épreuves, et l’évolution technologique…ce qui ne veut pas dire que ce sont les seules. En tout cas, ce ne sont pas les résultats des derniers championnats du monde qui diront le contraire. En effet, le bilan de cette petite semaine des mondiaux sur piste a donné une idée des forces en présence avec 9 médailles pour la Grande-Bretagne, 8 pour l’Allemagne, 5 pour l’Australie et 3 pour la Russie et la Chine. On observera au passage l’absence quasi totale dans ce classement des médailles des grands pays à tradition cycliste marquée au cours du vingtième siècle. Le premier d’entre eux, l’Espagne, se situe au huitième rang des récompenses avec deux médailles (dont une seule en or), tandis que l’Italie se trouve au onzième rang avec une seule médaille d’or, juste devant les Pays-Bas, qui ont obtenu certes quatre médailles, mais aucun titre.

Quant à la France et la Belgique, si puissantes autrefois dans les épreuves sur piste, elles se retrouvent respectivement aux quatorzième et dix-huitième rang. Cela étant, tout le monde semble content dans le petit monde des fédérations cyclistes, malgré l’indifférence à peu-près totale dans laquelle se sont déroulés ces championnats. Les plus anciens doivent se dire que le monde du vélo a bien changé…ce qui est vrai puisque 45 pays ont participé, dont 20 ont eu au moins une breloque. La mondialisation a bien marché, mais il semble patent que la qualité des participants s’est bien diluée, surtout si on la compare avec celle que l’on connaissait à l’âge d’or du vélo. Désolé, cela fait ancien combattant, mais c’est la colère d’un passionné de vélo qui regrette infiniment de n’avoir pas vraiment connu cet âge d’or, où le niveau des participants était extrêmement élevé, et où la piste faisait partie des grandes heures du sport en hiver, dans tous les vélodromes européens et américains. Sans parler du faste des six-jours un peu partout sur ces deux continents, qui réunissaient les meilleurs pistards et les routiers également spécialistes de la piste. Partout on faisait le plein, que ce soit pour les réunions où s’affrontaient les meilleurs sprinters, les meilleurs poursuiteurs, les spécialistes de l’américaine (souvent les mêmes), ou les six-jours dans des endroits aussi divers que Milan, Bruxelles, Gand, Anvers, Zurich, Copenhague, Arrhus et Odensee (Danemark), Amsterdam, Rotterdam, Berlin, Cologne, Munich, Hanovre, Paris, Madrid, Los Angeles, Buenos-Aires etc. Que reste-t-il de nos jours de ces réunions ? Rien, je dis bien rien, malgré la création d’une ridicule Coupe du Monde, qui comportait cette saison (entre le 31 octobre et le 17 janvier)…3 manches disputées à Cali, Cambridge et Hong-Kong.

Si j’ai parlé de mondialisation à marche forcée, c’est parce que nombre de gens se réjouissent de voir le vélo s’étendre sur tous les continents, ce qui est très bien. A ce propos, sur la piste la mondialisation existe depuis bien longtemps, à la fois en ce qui concerne les épreuves et les coureurs qui y participaient. Certains des plus grands pistards étaient britanniques à une époque où la Grande Bretagne était une nation très mineure dans le cyclisme, notamment Reginald Harris, champion du monde vitesse professionnel en 1951 et 1954, ou australiens, comme le poursuiteur Patterson, champion du monde de poursuite professionnel en 1952 et 1953. Et dans ces années-là, il fallait vraiment être très fort pour remporter le titre mondial, car la concurrence était infiniment plus rude que de nos jours où des inconnus s’emparent du titre. Qui connaissait Filippo Gana avant de remporter la médaille d’or de la poursuite cette année ? Personne. Certes c’est un très bon coureur (champion d’Italie). Certes cela fait plaisir de voir un Italien prendre le maillot arc-en-ciel dans une discipline majeure de la piste (voir mes articles Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 1 et Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 2), même si elle ne figure plus au programme des Jeux Olympiques…ce qui est scandaleux, et sans justification sérieuse.

Si j’écris cela, c’est parce que lesdits championnats du monde sur piste ont tellement multiplié les épreuves que plus personne ne s’y retrouve, d’autant plus que ce ne sont pas les mêmes aux Jeux Olympiques. En outre, plus personne ne connaît les détenteurs du maillot arc-en-ciel, et si on les connaît c’est parce que dans une discipline comme l’américaine, le titre a été remporté par Cavendish et Wiggins, qui retrouvaient leurs premières amours avec la piste. Evidemment, les féminines qui détiennent les titres mondiaux sont tout aussi inconnues, ce qui n’est pas leur faute…puisqu’en dehors des championnats du monde et de la fantomatique Coupe du Monde, personne n’entend jamais parler d’elles. Mais l’Union Cycliste internationale est contente, car elle distribue au total 60 médailles, pas une de moins !!! Il y a vraiment de la quantité !!! En revanche les courbes d’audience à la télévision sont inversement proportionnelles à ce trop plein de médailles. Par ailleurs, mis à part quelques pistards britanniques et encore, quel coureur peut dire qu’il vit très bien de la piste de nos jours, alors que dans les années 1940, 1950 ou 1960, les vrais pistards gagnaient des petites fortunes? D’ailleurs, ce n’était pas pour rien si autant de routiers de renom (Van Steenbergen, Bevilacqua, Schulte, Coppi, Post, Anquetil, Rivière, Sercu, Merckx etc.) faisaient aussi de la piste, où leur talent était aussi reconnu que sur la route.

Aujourd’hui, avec l’évolution du cyclisme et du World Tour, la saison commence en janvier en Australie et en Argentine et s’achève au Japon en novembre. Très bien, mais il n’y a définitivement plus de place pour que les meilleurs coureurs participent à des réunions en hiver…qui n’existent quasiment plus. Qui pourrait citer le nom d’un seul six-jours en dehors de quelques dizaines ou centaines d’initiés de par le monde ? Et c’est là que les promoteurs de la mondialisation ont leur part de responsabilité, dans la mesure où le calendrier est très mal fait. Si l’on avait voulu essayer de développer la piste, et lui permettre de retrouver une seconde jeunesse, il fallait que les épreuves routières de l’hémisphère Sud se placent au mois d’octobre et novembre (donc au printemps dans ces pays), en faisant démarrer la saison sur route en mars, comme autrefois. Il fallait aussi que la semaine des championnats du monde devienne la quinzaine, afin que les meilleurs routiers puissent éventuellement briguer un titre. Et enfin, il n’était pas nécessaire d’avoir 10 épreuves au menu, puisque la piste ne devrait compter comme épreuve que la vitesse, la poursuite, la poursuite par équipes, le kilomètre, et  l’américaine. Ce serait bien suffisant, ces épreuves devant être aussi celles des Jeux Olympiques. Au moins il y aurait de la visibilité avec cette quinzaine mondiale.

Certains vont me faire remarquer que cela supprimerait les championnats espoirs ou juniors sur route, mais à cela je réponds que l’on pourrait toujours les organiser plus tôt dans la saison, ce qui ne serait pas préjudiciable car personne ne s’y intéresse…pas plus qu’on ne s’intéresse aux autres épreuves inscrites aux J.O. Le vélo a certes évolué, j’en conviens, mais à force de vouloir faire plaisir à toutes les fédérations de la terre en multipliant les disciplines, on en est arrivé à ce paradoxe que seule une victoire dans le Tour de France, et à la rigueur au Giro, à la Vuelta et à 4 ou 5 classiques, donne l’idée à quelques sponsors d’investir dans le vélo. Des sponsors qui n’investissent pas ou si peu pour la piste, ce qui explique que des champions du calibre de Baugé et Pervis (multiples champions du monde) puissent à peine survivre de leur sport, alors que s’ils étaient nés 50 ans plus tôt, ils auraient gagné beaucoup d’argent. Voilà la réalité du cyclisme d’aujourd’hui, un cyclisme gangréné par nombre d’affaires en tous genres, ou quelques traces d’anabolisant ou quelques anomalies dans le passeport biologique font perdre deux ans de leur carrière à des coureurs, alors que nombre de coureurs ayant pris de l’EPO n’ont jamais été inquiétés, sans parler de ceux qui ont couru avec des vélos électriques, puisque certains semblent dire que cela a existé bien avant la découverte d’un vélo avec un moteur dissimulé, comme ce fut le cas lors des championnats du monde de cyclo-cross en janvier dernier pour une concurrente belge.

Cela dit, et ce n’est pas fait pour nous consoler, petit à petit le vélo est moins seul à subir la traque du dopage, puisque Maria Sharapova, l’emblématique joueuse de tennis, vient d’être contrôlée positive à un produit qu’elle prend depuis dix ans, le meldonium…inscrit sur la liste des produits dopants depuis le 1er janvier, alors qu’il est utilisé depuis des années. Cela lui vaut d’être suspendue sine die, de recevoir des tombereaux d’injures chez nombre d’internautes, et même la vindicte de certaines de ses collègues (Capriati notamment qui veut qu’on lui enlève ses titres), de perdre des sponsors etc. J’ai l’impression que le tennis commence à être dans le collimateur de ceux qui veulent laver plus blanc que blanc. Comme si tous les sports n’étaient pas atteints par le dopage ! Et la créatine au fait, quand va-telle être inscrite sur la liste des produits interdits ?

Revenons au cyclisme, après avoir évoqué le vélo électrique, pour souligner que la technologie (normale a priori) a aussi contribué à tuer la piste, dans la mesure où les performances ne veulent plus rien dire. On était revenu en arrière à propos du record de l’heure après les performances ahurissantes de Moser, Obree, couché sur son vélo, d’Indurain, Rominger ou Boardman, dans les années 80 et 90, avant de retomber dans les travers de la technologie, au point d’avoir vu ce record battu 5 fois en un an (septembre 2014 et juin 2015). Certes le dernier détenteur, Wiggins, ne dépare pas au palmarès, même s’il souffre de la comparaison avec ces extraordinaires rouleurs qu’étaient Coppi, Anquetil, Baldini, Rivière ou Merckx, mais il y a quand même une gêne à voir les coureurs chevaucher des vélos de plus en plus chers et sophistiqués et atteindre des distances stupéfiantes (54.526 km). N’oublions pas qu’entre 1937 (Archambault) et 2000 (Boardman avec un vélo normal), ce record n’a augmenté que de 3.624 km, alors qu’entre 2000 et 2015 avec Wiggins, il a progressé de 5.085 km. Les temps en poursuite et en vitesse ont évidemment subi la même amélioration, même si en poursuite on s’en préoccupe moins…parce que quasiment personne ne sait que Ganna a été sacré champion du monde la semaine dernière en réalisant 4mn16s141. J’arrête là, car je pourrais écrire pendant des heures, sans que cela me console de voir ce qu’est devenu le cyclisme sur piste de nos jours, en espérant que le cyclisme sur route ne subisse pas un jour ou l’autre le même recul. Certes tant qu’il y aura le Tour de France et les quelques épreuves médiatisées, cela continuera (un peu) comme avant, mais le jour où les sponsors n’investiront plus que se passera-t-il ? Je n’ose pas y penser.

Michel Escatafal


Le cyclisme, c’est aussi la piste

michel rousseauAlors que les championnats du monde de cyclisme sur piste commencent ce soir à Minsk, et que les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la délégation française, avec les problèmes de santé d’un de nos plus sûrs espoirs de médaille, Michael D’Almeida (kilomètre), qui s’ajoutent au forfait du quadruple champion du monde de vitesse sur la piste, Baugé, je voudrais de nouveau évoquer la piste en reprenant un article que j’avais écrit précédemment retraçant en bref l’histoire des championnats du monde. Et la première réflexion qui me vient à l’esprit est que cette année les championnats du monde ont lieu en plein hiver, et non au printemps comme l’an passé, où ces championnats, déjà peu médiatisés dans de nombreux pays, subissaient la concurrence de la plupart des grandes classiques du calendrier. Ensuite, je repense à ce qui s’est passé l’été dernier aux J.O. de Londres, où les Britanniques ont écrasé la concurrence comme jamais aucun pays ne l’avait fait auparavant, avec sept titres sur les dix qui étaient attribués, ce qui situe le fossé séparant la piste britannique des autres. A commencer par la piste française qui survit surtout par ses sprinters, à travers la vitesse par équipes, le kilomètre, et la vitesse individuelle.

A propos de cette discipline, je voudrais rappeler que la France a la chance d’avoir encore aujourd’hui un des meilleurs sprinters de l’histoire, quadruple champion du monde entre 2009 et 2012, Grégory Baugé. Si je dis quadruple champion du monde, c’est parce que je considère comme nulle la suppression par l’UCI de sa troisième victoire en 2011, une décision qui ne peut que paraître loufoque aux yeux des vrais amateurs de cyclisme, pour un manquement aux obligations de localisation alors qu’il avait été autorisé à concourir. Du coup le titre était revenu à son rival battu en finale, le Britannique Jason Kenny, lequel a enfin réussi à battre notre Français en finale de l’épreuve aux Jeux Olympiques l’an passé, se vengeant de sa défaite en finale des championnats du monde 2012.

Cependant même si la supériorité britannique est aujourd’hui écrasante, depuis les débuts de l’ère open (1993), c’est la France qui est largement en tête au classement des médailles d’or (56) aux championnats du monde, devant l’Australie (46) et la Grande-Bretagne (44), nations traditionnellement fortes sur la piste déjà avant l’époque open (les Britannique Harris, Porter ou les Australiens Patterson, Nicholson, Johnsson etc.), alors que, par parenthèse, l’Italie a presque complètement disparu des palmarès après les avoir meublés dans les années cinquante et soixante (Bevilacqua, Maspes, Sacchi, Morettini, Ogna, Gaiardoni, Messina, Faggin etc.).

La tradition française en vitesse

Pour revenir à la vitesse, discipline reine des épreuves sur piste, un peu comme le 100m en athlétisme, on ne compte plus les titres remportés par les coureurs français, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels jusqu’en 1991 ou depuis le début de l’ère open en 1993. Depuis cette date les Français ont remporté onze médailles d’or, même si les chiffres de l’UCI en comptabilisent dix puisqu’on en a retiré une à Baugé, avec tout d’abord les trois de Florian Rousseau en 1996, 1997 et 1998, puis les deux de Laurent Gané en 1999 et 2003, celle d’Arnaud Tournant en 2001 et enfin celles de Baugé en 2009, 2010, 2011 et 2012. De quoi réjouir notre entraîneur national qui n’est autre que le grand Florian Rousseau lui-même.

En outre, pour bien montrer que la filière française de vitesse fonctionne parfaitement, l’Equipe de France de vitesse par équipe a remporté onze médailles d’or (dix pour l’UCI en retirant celle de 2011 suite à l’affaire Baugé) et quatre d’argent en dix-huit éditions des championnats du monde, plus des médailles de chaque métal en quatre éditions des Jeux Olympiques depuis 2000, ce qui est tout simplement exceptionnel. Mais puisque nous sommes dans l’histoire, il faut aussi ajouter que Daniel Morelon a été le sprinter le plus titré (derrière le Japonais Nakano qui remporta dix titres consécutifs chez les professionnels entre 1977 et 1986), avec sept titres dans les années 60 et 70, plus deux titres olympiques en vitesse, tous acquis chez les amateurs qui, à l’époque, étaient meilleurs que les professionnels. D’autre part, avec Lucien Michard, deux fois titré chez les amateurs en 1923 et 1924 et quatre fois chez les professionnels entre 1927 et 1930, plus Michel Rousseau qui fut champion olympique de vitesse en 1956, puis deux fois champion du monde amateur en 1956 et 1957, mais aussi champion du monde professionnel en 1958, la France a compté dans ses rangs quelques uns des plus beaux modèles de la discipline, en plus de ceux que j’ai cités précédemment (Rousseau, Gané, Tournant et Baugé)..

Deux anecdotes qui ont marqué l’histoire des championnats du monde de vitesse

A propos de Michard, il aurait dû être champion du monde une fois de plus, car il fut privé du titre en 1931…en raison d’une erreur de jugement qui profita à son concurrent danois qui s’appelait Falk-Hansen. Cette année-là les championnats du monde sur piste étaient organisés à Copenhague, ce que les mauvaises langues n’ont pas manqué de noter, parce que toutes les photos de l’arrivée indiquaient que Michard avait gagné d’une roue. Problème, le juge, au nom bien français d’Alban Collignon, ne vit pas que Michard avait remporté la manche lui donnant le titre…parce qu’il se situait du côté du coureur extérieur, ce qui lui donna l’illusion que Falk-Hansen avait dominé Michard qui se trouvait à l’intérieur. Bien entendu il y eut réclamation de la part des Français, la presse parla de cela pendant des semaines, mais rien n’y fit et la décision du juge fut sans appel.

Parlons maintenant de Michel Rousseau, un des plus doués parmi les « aristocrates de la piste » comme on surnomme les sprinters. C’était un coureur que tout le monde trouvait sympathique, peut-être en raison de son côté « titi parisien ». Ses mensurations étaient impressionnantes pour l’époque, puisqu’il mesurait 1.73m et pesait un peu plus de 80 kg, ce qui lui donnait une impression de puissance à nul autre pareil, et lui valut d’être surnommé « le costaud de Vaugirard ». Il avait tout d’un très grand sprinter, mais il ne fit pas la carrière qu’on aurait pu attendre de lui, laissant après 1958 la vedette à l’Italien Antonio Maspes, sept fois champion du monde professionnel entre 1955 et 1964. Et pourtant, en 1958, pour sa première année chez les professionnels, Michel Rousseau jongla littéralement avec lui en demi-finale des championnats du monde, le battant sèchement en deux manches, avant de s’imposer tout aussi facilement en finale face à un autre Italien, Sacchi.

Cela dit l’histoire retiendra aussi de Rousseau et Maspes, un surplace historique en 1961, pour l’attribution du titre mondial à Zurich. En effet Rousseau, qui avait été battu par Maspes en finale du tournoi mondial de 1959, se mit dans l’idée d’imposer une séance de surplace à son adversaire, pour l’obliger à mener. Le surplace à l’époque n’était pas rare, contrairement à aujourd’hui, les sprinters préférant être derrière l’adversaire pour éviter d’être surpris au moment du lancement du sprint. Dans le cas où il y a surplace, c’est généralement celui qui a les nerfs les plus solides qui réussit à obliger son adversaire à passer en tête, et qui gagne le plus souvent. Michel Rousseau céda le premier (plus d’une demi-heure) et il fut battu, ce qui permit à Maspes de conserver son titre.

Ce fut le chant du cygne de Michel Rousseau, car jamais plus il ne fréquentera les podiums mondiaux, au grand regret de ses nombreux admirateurs. Et pourtant son extraordinaire puissance, sa vélocité naturelle, plus les leçons techniques de son mentor Louis Gérardin, ancien champion du monde de vitesse amateur en 1930, qui découvrit Pierre Trentin (champion du monde de vitesse en 1964) et Morelon, auraient dû lui valoir bien d’autres satisfactions dans les années 60. Espérons au passage que Grégory Baugé, très doué et très puissant lui aussi, incontestablement le meilleur sprinter mondial depuis cinq ans, poursuive sa carrière, comme il l’a annoncé, jusqu’aux J.O. de Rio de Janeiro en 2016. La remarque vaut aussi pour Kévin Sireau, recordman du monde du 200m (9s572), toujours à la recherche de son premier titre individuel. Cela dit, ces jeunes gens ont un exemple tout trouvé avec l’entraîneur de l’équipe de France, Florian Rousseau, qui remporta dix titres mondiaux et trois titres olympiques, sur le kilomètre, en vitesse individuelle, par équipe, et au keirin, entre 1993 et 2001.

La poursuite et le demi-fond assuraient aussi le spectacle à la belle époque de la piste

Néanmoins, par le passé, à la belle époque de la piste, dans les années 50 et 60, il y avait d’autres épreuves pour assurer le spectacle, notamment la poursuite (à partir de 1946) disputée sur une distance de cinq kilomètres, et le demi-fond couru jusqu’en 1971 sur la distance de 100 km derrière grosses motos. Chacune de ces épreuves a eu ses champions mythiques. En ce qui concerne la poursuite, quelques noms connus ou quasiment oubliés de nos jours ont marqué la discipline. Parmi ceux-ci, il faut citer le redoutable Néerlandais Schulte (champion du monde en 1948), les Italiens Bevilacqua (champion du monde en 1950 et 51) et Messina, triple champion du monde entre 1954 et 1956, année où il battit en finale un certain Jacques Anquetil après avoir battu Hugo Koblet en 1954, mais aussi Rudi Altig qui revêtit le maillot arc-en-ciel en 1960 et 1961, avant de conquérir celui de la route en 1966, exploit que réalisa aussi Francesco Moser ( champion du monde de poursuite en 1976 et sur route en 1977), ou encore notre Français Alain Bondue, qui s’octroya le titre mondial en 1981 et 1982, comme plus tard Francis Moreau (1991) et Philippe Ermenault (1997 et 1998). Mais les deux plus brillants furent incontestablement le campionissimo Fausto Coppi, champion du monde en 1947 et 1949, vainqueur de quatre-vingt quatre poursuites individuelles sur les quatre-vingt quinze qu’il disputa dans sa carrière, dont vingt et une victoires consécutives au cours de l’hiver 1947- 1948, et plus encore peut-être Roger Rivière, sans doute le plus doué de tous, invaincu dans la discipline avec trois titres mondiaux dans sa courte carrière entre 1957 et 1959, considéré par beaucoup comme le meilleur rouleur de tous les temps sur des distances allant jusqu’à 70 kilomètres.

Enfin en demi-fond, comment ne pas parler d’un Espagnol, Guillermo Timoner, qui fut un grand spécialiste des courses à l’américaine avant de devenir le roi des stayers, comme on appelait les coureurs de demi-fond. Timoner allait succéder à un autre crack de la discipline, le Belge Adolphe Verschueren, excellent routier chez les amateurs, qui remporta le titre mondial en 1952, 1953 et 1954. Timoner était ce que l’on appelle l’archétype du stayer, à la fois souple et nerveux, sachant admirablement se servir de l’abri de la moto, ce qui n’était pas sans danger en raison de la vitesse très élevée qui pouvait être atteinte (jusqu’à 100km/h). Il l’emporta à six reprises au championnat du monde entre 1955 et 1965, ce qui constitue un record, qu’il aurait pu améliorer sans une grave chute qui faillit lui coûter la vie lors des Six-Jours de Madrid en 1960, et qui l’empêcha de défendre son titre en 1961. En revanche, si sa gloire fut grande à cette époque, il se déconsidéra complètement quand il effectua son retour à la compétition en 1984, à l’occasion des championnats du monde de Barcelone, pour représenter l’Espagne dans les épreuves de demi-fond…alors qu’il était âgé de 56 ans. Cette folie lui fut d’autant plus reprochée, ainsi qu’à sa fédération, qu’il ne fit que de la figuration dans une épreuve qui avait pourtant perdu tout son prestige depuis longtemps, au point qu’elle disparut des championnats du monde en 1995.

Des épreuves disparaissent, et d’autres apparaissent, notamment les compétitions féminines

Ce ne fut pas la seule, au demeurant, à disparaître, puisque le même sort fut réservé au tandem, épreuve olympique depuis 1908, et aux championnats du monde à partir de 1966 (victoires des Français Trentin et Morelon) jusqu’en 1994 (victoire française avec Colas et Magné). En revanche d’autres épreuves apparurent comme le kilomètre à partir de 1966, où plusieurs Français s’illustrèrent en remportant le titre mondial, Pierre Trentin en 1966, puis Florian Rousseau en 1993 et 1994, sans oublier Arnaud Tournant, le recordman du monde (58s875), qui s’imposa quatre fois consécutivement entre 1998 et 2001. La poursuite olympique (4 km) fit son apparition en 1962, puis plus tard le keirin en provenance du Japon à partir de 1980, avec des victoires de Magné en 1995, 1997 et 2000, année ou Florian Rousseau fut champion olympique de la discipline, et Laurent Gané en 2003. On n’omettra pas de citer également dans ce panorama des courses inscrites au championnat du monde, des épreuves moins prestigieuses comme la course aux points, le scratch, l’omnium ou l’américaine, cette dernière épreuve n’ayant plus rien à voir avec son ancêtre le Critérium de l’Europe à l’américaine, qui réunissait quelques uns des meilleurs routiers-pistards entre 1949 et 1990 devant des foules considérables, avec comme figures de proue Schulte, Hugo Koblet, Terruzzi, Van Steenbergen, Post, Altig, Sercu et Eddy Merckx.

Enfin, pour être complet, notons que les épreuves féminines firent leur apparition en 1958 (vitesse et poursuite). La France remporta six victoires en vitesse avec Nicoloso en 1985 et Félicia Ballanger entre 1995 et 1999, cette dernière réalisant le doublé sur le 500 mètres pour les cinq premières éditions de cette nouvelle épreuve. Notre pays gagna aussi six titres en poursuite grâce à Jeannie Longo et Marion Clignet (trois chacune), lesquelles remportèrent aussi le titre dans la course aux points apparue en 1988. Enfin le keirin fut inscrit au programme à partir de 2002 (deux victoires françaises avec Clara Sanchez en 2004 et 2005), tout comme la vitesse par équipes en 2007, la poursuite par équipe depuis 2008, sans oublier le scratch en 2002 et l’omnium en 2009.

Michel Escatafal


Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 1

messinaL’après seconde guerre mondiale est de l’avis de nombreux amateurs de cyclisme la période dorée de ce sport. D’abord et en premier lieu parce que nombre de personnes en Europe se déplaçaient encore à vélo, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, notamment en France, pays où le nombre de pistes cyclables est très faible. Du coup le vélo était un sport qui touchait beaucoup de monde à la ville comme à la campagne. Ensuite, à cette époque,  le matériel était beaucoup moins cher que de nos jours (en euros constants), ce qui incitait beaucoup plus facilement les jeunes à prendre une licence pour courir, notamment dans les courses de villages fort nombreuses. En fait, chaque fête votive dans les années quarante, cinquante et même soixante avait sa course de vélo, avec une organisation faite par des bénévoles, et dans de bonnes conditions de sécurité. Enfin, dans nombre de villes, y compris certains villages, il y avait un vélodrome, ce qui était souvent le premier apprentissage des jeunes à la compétition, sans oublier le plaisir immense de pouvoir tourner sur une piste sans autre souci que pédaler en organisant entre nous des poursuites ou des sprints. On comprend pourquoi le Tour de France ou le Giro étaient si populaires, mais aussi les épreuves sur piste, qu’il s’agisse des tournois de vitesse, de poursuite, de demi-fond et des six-jours.

Comme je l’ai déjà souligné sur ce site, une victoire dans une épreuve de six-jours valait largement nombre de victoires sur la route, tout comme d’ailleurs les tournois de poursuite ou de vitesse dans les nombreuses villes abritant un vélodrome couvert ou non, pouvant accueillir des milliers de spectateurs…dans une invraisemblable ambiance de fête. En France par exemple, pendant près de cinquante ans, les six-jours de Paris menaçaient chaque année de faire s’écrouler le vieux Vel’d’Hiv. C’était aussi le cas pour le Vigorelli à Milan. En parlant du Vigorelli, j’ai la transition toute trouvée pour le sujet que je veux traiter aujourd’hui, les pistards italiens, en rappelant que le vélodrome milanais était l’endroit privilégié pour tenter de battre le record de l’heure. Ce fut le cas pour Coppi en 1942, pour Anquetil et Baldini en 1956 et pour Roger Rivière en 1957 et 1958.

Coppi et Baldini, deux coureurs italiens qui allaient devenir chacun à leur époque des héros de l’Italie et d’ailleurs, même si certains trouveront osé que j’évoque de la même manière le campionissimo Coppi et le rouleur originaire de Forli. A ceux-là je répondrais que je sais faire la différence entre Baldini, qui fut un des meilleurs coureurs à la fin des années 50, et celui qui est considéré par nombre d’entre nous comme le plus grand champion de l’histoire du vélo, mais c’est pour mieux souligner la richesse de ce cyclisme italien pendant quelques décennies. Rappelons encore une fois que Coppi fut aussi un extraordinaire poursuiteur, avec deux titres de champion du monde chez les professionnels, remportant 84 victoires sur 95 poursuites disputées, ses rares défaites (contre de grands spécialistes) étant dues essentiellement à la fatigue accumulée pendant la saison sur route ou sur piste. Sinon, au sommet de sa forme, le campionissimo était aussi imbattable que sur la route, comme en témoignent ses titres mondiaux face à Bévilacqua en 1947 et à Gillen en 1949.

Quant à Baldini, curieusement méconnu et oublié malgré son beau palmarès, sa naissance à Forli lui valut d’être surnommé « la locomotive de Forli » pour les cinq saisons extraordinaires accomplies sur la route entre 1956 et 1960 (titre olympique sur route en 1956 chez les amateurs, puis chez les professionnels le Giro et le titre mondial en 1958, le Grand Prix des Nations en 1960). Mais ce coureur au calme légendaire, qui lui valut d’être aussi surnommé « le placide », fut également un très grand pistard, à une époque où les plus grands champions sur la route faisaient aussi de la piste avec un égal bonheur. Pour mémoire, outre ses records de l’heure amateurs et professionnels, Ercole Baldini fut aussi champion du monde de poursuite amateurs en 1956. Voilà une énorme différence avec le cyclisme de nos jours, ce qui permet à certains de s’extasier sur les succès de Wiggins remportés sur la piste et à présent sur la route, oubliant que s’ils avaient été coureurs à l’époque de Coppi et Baldini, Tony Martin ou encore Cancellara et même Contador participeraient à des épreuves sur piste l’hiver où, n’en doutons pas, ils brilleraient, comme l’a déjà fait un autre surdoué de la piste Taylor Phinney.

Fermons la parenthèse, pour évoquer des coureurs moins prestigieux que Baldini et plus encore que Coppi, à commencer par un des rares poursuiteurs à l’avoir battu (une fois en 1949), Antonio Bevilacqua, ce dernier ayant été aussi un excellent routier (Paris-Roubaix en 1951). Cependant c’est surtout sur la piste qu’il accomplit ses plus beaux exploits avec deux titres mondiaux en poursuite en 1950 et 1951, et le record du monde des 5 km (distance de la poursuite à cette époque) en 1955. Autre très grand poursuiteur italien, Guido Messina, qui fut d’abord champion du monde de poursuite amateurs en 1948, succédant à un autre Italien, Benfenati, mais aussi en 1953, reprenant le flambeau de  son compatriote De Rossi, champion en 1951 après avoir battu le record de l’heure amateur en 1950. Messina fut également champion olympique de poursuite par équipes en 1952, recordman du monde amateur des 5 km en 1951, record qu’il battra aussi chez les professionnels en 1954, l’année du premier de ses trois titres de champion du monde de poursuite chez les professionnels. A noter que bien qu’étant très jeune à ce moment (j’avais moins de dix ans), Messina m’a fait vivre un vrai cauchemar en aout 1956, quand il battit en finale du tournoi mondial Jacques Anquetil, tout auréolé de son record de l’heure établi en juin. Dommage cette défaite d’Anquetil, parce que jamais le coureur normand n’aura le plaisir d’endosser un maillot arc-en-ciel, que ce soit sur la piste ou sur la route.

Après le règne de Messina, interrompu par celui qui est considéré comme le plus grand poursuiteur de l’histoire, Roger Rivière (trois fois champion du monde consécutivement entre 1957 et 1959), invaincu dans la discipline, arriva celui de Leandro Faggin. Ce rouquin (surnommé ainsi) allait marquer l’histoire de la piste italienne et mondiale avec ses multiples victoires remportées sur tous les vélodromes. Champion du monde de poursuite amateur en 1954, il devint champion olympique du kilomètre et champion olympique de poursuite en 1956. Ensuite il laissera la place à son compatriote Simonigh, qui remportera le titre amateurs en 1957, passant cette même année dans les rangs professionnels. Faggin sera à trois reprises champion du monde (en 1963, 1965 et 1966), et remportera de nombreux six-jours avec des spécialistes comme Terruzzi, Kemper et Van Steenbergen. A noter, et cela permettra aux plus jeunes de mesurer l’extraordinaire classe de Roger Rivière, que Faggin fut rejoint en finale du championnat du monde de poursuite en 1958 ! Oui, Faggin rejoint dans une finale mondiale !!! Voilà pour les poursuiteurs, en rappelant que les Italiens ont remporté entre 1946 (date du premier tournoi mondial de poursuite) et 1966 près de la moitié des titres attribués chez les amateurs et les professionnels, et sept entre 1946 et 1957 chez les seuls amateurs ! En revanche, à part Francesco Moser en 1976, les poursuiteurs italiens ne remporteront plus de titres jusqu’à nos jours : grandeur et décadence !


Je veux voir revivre le cyclisme sur piste !

Etant un amoureux du cyclisme sur piste, je n’arrive pas à accepter l’état dans lequel se trouve cette discipline, plus particulièrement dans notre pays, en rappelant qu’à l’époque de l’âge d’or du cyclisme, les foules qui emplissaient les vélodromes menaçaient de faire s’écrouler ces enceintes, au point que les pistards étaient rois pendant la saison d’hiver.

Et oui, je suis nostalgique des grandes heures de la piste avec les six-jours ou les tournois de poursuite devant 20.000 spectateurs. J’étais très jeune à cette époque, puisque j’avais à peine onze ans lors des derniers Six-jours de Paris en 1958 (victoire d’Anquetil – Darrigade – Terruzzi), mais j’éprouvais la même envie de lire les résultats sur le journal que lors d’une grande étape de montagne du Tour ou du Giro. Et cette passion m’a amené, tout naturellement, à m’initier le plus tôt possible aux subtilités de la piste sur des vélodromes près de chez moi, imitant en cela mon père qui avait fait de même auparavant.

C’est cet amour, qui ne s’est jamais démenti, qui m’a poussé ce matin à écrire un commentaire sous forme de lettre à Cyclism’Actu, pour leur demander de poursuivre leurs efforts afin de sauver ce qui peut l’être du cyclisme sur piste, surtout en France, pays qui a toujours eu de grands champions (Michel Rousseau, Roger Rivière, Pierre Trentin, Daniel Morelon, Alain Bondue, Frédéric Magné, Florian Rousseau, Laurent Gané, Arnaud Tournant, Francis Moreau, Philippe Ermenault, Grégory Baugé etc)…sans avoir des infrastructures dignes d’un grand pays de cyclisme comme le nôtre.

Voilà pourquoi j’ai félicité ce site, pour avoir suivi en direct de Melbourne le déroulement des épreuves retransmises sur Eurosport, en redisant une fois encore que ce n’était pas très malin de la part de l’UCI, d’avoir placé les championnats du monde sur piste la semaine de Paris-Roubaix, alors qu’il aurait été plus simple de les organiser cette semaine.

Je les ai d’autant plus félicités que la grande majorité de leurs jeunes lecteurs ne s’intéressent pas à la piste, parce qu’hélas ils n’ont jamais eu l’occasion de s’y essayer faute de vélodrome utilisable à proximité de chez eux. En disant cela, je pense évidemment à ceux qui font ou ont fait de la compétition.

Enfin, si j’ai bien noté qu’il faut du temps pour écrire ou traiter de la piste, alors que le calendrier sur route est surchargé d’épreuves, et si je leur ai écrit que je comprenais toutes leurs bonnes raisons pour consacrer la quasi totalité de leurs articles à la route, j’en ai profité pour leur préciser que la piste ne pourra de nouveau vivre dans notre pays que si on la soutient, à commencer par la presse…ce qu’ils essaient de faire au niveau qui est le leur, même si pour moi c’est insuffisant.

Je leur ait dit aussi que si la presse se met à parler de la piste, et si celle-ci commence à intéresser les jeunes lecteurs, et bien une partie du défi de redonner du lustre à la piste sera gagné, notamment dans notre pays. Bien entendu, je sais en disant cela que je suis dans un rêve éveillé, mais l’UCI et la FFC ne réagissent qu’en termes de rapport de forces…et pour le moment celui relatif à la piste est très défavorable, surtout en France.

D’ailleurs il suffit de voir le très faible nombre de réactions de la part des visiteurs du site Cyclism’Actu, quand par hasard un de nos meilleurs pistards lance un cri de détresse, y compris quand ces coureurs appartiennent aux disciplines les plus porteuses d’espoirs mondiaux ou olympiques (vitesse, keirin, vitesse par équipes), alors que pour une simple information liée au dopage les commentaires tombent comme à Gravelotte. Il est vrai qu’en France les gens sont obsédés par le sujet du dopage, au point parfois qu’on a l’impression qu’il occulte tout le reste.

Raison de plus pour s’indigner véhémentement devant l’absence totale de réponse de la part des groupes sportifs français face à la situation de nos pistards, alors que ces groupes ne gagnent aucune épreuve importante sur la route depuis des années. Et si je dis cela, c’est parce que j’ai vu, lors des reportages sur ces championnats du monde, le nom des sponsors sur les maillots britanniques (Sky), néerlandais (Rabobank)ou australiens (Green Edge), alors que nos pauvres pistards, à part Baugé, avaient des maillots vierges de toute publicité.

Or, quand on voit les résultats à travers le décompte des médailles, on s’aperçoit que les deux grosses nations de la piste dans le monde sont l’Australie et la Grande-Bretagne. Quant à la France elle survit uniquement grâce au talent de nos techniciens et à l’abnégation de quelques personnes qui permettent à notre pays d’avoir un petit réservoir…en vitesse.

Et pendant ce temps, la piste britannique ou australienne, après avoir offert à la route ses Cavendish, Wiggins, Goss ou Gerrans, prépare l’avenir avec des rouleurs ou sprinters de grand talent comme Swift, Bobridge ou Hepburn. En revanche, nous en sommes réduits à nous extasier sur les victoires de Démare face à d’honnêtes routiers-sprinters dans des courses de second rang, en espérant qu’il confirme au plus haut niveau son potentiel, lequel serait infiniment plus grand encore…s’il faisait de la piste.

Michel Escatafal