Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal

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La vidéo évite des erreurs, mais ne règle pas les problèmes d’arbitrage

TRYAvant d’aborder le sujet que je voulais traiter aujourd’hui, l’arbitrage vidéo, je veux évoquer  l’actualité de ces dernières heures, une actualité qui touche le basket (je n’y connais pas grand-chose) et le rugby. C’est vrai, je n’ai jamais joué au basket sauf dans les séances de sport au lycée, mais j’aime bien suivre l’équipe de France, et celle-ci nous emballe depuis bientôt une dizaine d’années. Elle a même réussi à devenir championne d’Europe cette année, après avoir récolté plusieurs médailles auparavant. Cette équipe m’est d’autant plus sympathique, qu’elle est emmenée par des joueurs qui paient pour avoir le droit d’y jouer, ce qui nous change d’autres sports collectifs, où, à chaque phase finale de compétitions européennes ou mondiales, on négocie longuement pour savoir le montant des primes qu’on va toucher. Certes, on va me dire que Parker, Batum ou Diaw gagnent autant d’argent, sinon plus, que les meilleurs joueurs de football, mais le constat est là.

Et puisque j’ai parlé de Parker, Batum et Diaw, je veux souligner que leur participation au championnat d’Europe avec l’équipe de France ne les a nullement handicapés pour jouer le championnat NBA, alors que Noah, qui a déclaré forfait pour cette compétition afin de se préserver pour la saison NBA, est loin d’avoir son meilleur rendement. Cela dit, quelle que soit sa valeur, il vaut mieux avoir en équipe de France Parker et Batum que Noah, même si avec le pivot des Bulls cette équipe serait à coup sûre meilleure encore. Espérons que Noah consentira à jouer pour notre pays aux J.O. de Rio, ce qui pourrait permettre à notre équipe nationale de renouveler l’exploit réalisée par celle de 2000, sauf que cette dernière était loin d’être aussi forte que celle qui a remporté la médaille d’or au championnat d’Europe.

Voilà pour le basket, et passons à présent par la case rugby, ce qui est beaucoup plus naturel chez moi, pour évoquer la mauvaise nouvelle qui a touché Morgan Parra, celui-ci étant indisponible au moins jusqu’à la mi-février pour un problème de genou. J’écris mauvaise nouvelle, parce que la blessure est toujours un problème pour un joueur, et je souhaite à Parra un prompt rétablissement. Est-ce pour cela un drame pour le XV de France ? Je réponds NON, car cela permettra enfin d’essayer au poste de demi de mêlée un Doussain ou un Pelissié pendant la durée du Tournoi…à condition de ne pas mettre une épée de Damoclès sur la tête de ces joueurs, ou si l’on préfère à condition de leur faire confiance sur la durée comme Saint-André, et avant lui Lièvremont, l’ont fait pour Parra. Et si j’écris cela, c’est parce que le coaching de Saint-André ne m’inspire aucune confiance. Si Doussain ou Pélissié, celui qui sera choisi ou les deux, font un match moyen, il ne faudra pas immédiatement leur chercher un remplaçant…qui d’ailleurs sera tout trouvé avec le retour de Parra.

Au fait, puisqu’il s’était blessé peu avant la mi-temps, pourquoi Saint-André n’a-t-il pas remplacé Parra dès l’entame de la deuxième mi-temps ? C’est quand même une preuve du manque de confiance du coach envers Doussain ! Si j’étais méchant, je dirais qu’avec deux petites victoires dans l’année, un entraîneur « normal » n’aurait pas hésité à prendre le risque de faire entrer Doussain, d’autant que Parra avait été très insuffisant en première période. De quoi donner raison aux contempteurs toulonnais de Saint-André, qui lui reprochent son incapacité à qualifier pour les plays-off, en 2010-2011, une équipe du RCT qui avait enregistré en début de saison l’arrivée de Smith, Sackey, Carl Hayman et Rudi Wulf, qui s’ajoutaient à des joueurs aussi talentueux que Mignoni, Jamie Robinson, Contepomi, Fernandez Lobbe, Lamont et l’incomparable Jonny Wilkinson.  Espérons quand même que Saint-André se rende compte que le XV de France a besoin d’un jeu plus ambitieux pour aller de l’avant, parce qu’avec celui qui nous est offert depuis trop longtemps l’équipe de France ne gagne même plus le Tournoi des 6 Nations (depuis 2010), la France étant considérée comme la sixième nation mondiale sur les 11 qui comptent dans le concert planétaire (les 6 du Tournoi, plus l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les Samoa et l’Afrique du Sud). Elle devrait même être septième derrière l’Irlande, si cette dernière avait fait match nul avec la Nouvelle-Zélande…comme cela aurait dû être le cas.

L’Irlande, en effet, a réalisé une formidable performance contre les Néo-Zélandais, ces derniers ne l’ayant emporté samedi dernier que par miracle à l’issue d’un match emballant, les All Blacks n’ayant dû leur succès qu’à une colossale erreur des Irlandais, partis avant le coup de pied de transformation de l’ouvreur Cruder sur l’essai néo-zélandais de dernière minute. Coup de pied raté, mais retiré suite à la décision (normale) de l’arbitre de le faire recommencer, avec réussite cette fois. Quelque chose me dit que si le XV de France avait joué ces Irlandais survoltés il aurait été dominé. J’en suis même certain, comme il est certain que le XV de France ne peut pas se plaindre de l’arbitrage dans son match contre les Sud-Africains, un match qui montre à quel point Michel Platini a raison de ne pas vouloir l’introduction de la vidéo au football.

Ah la vidéo, qu’est-ce qu’elle fait saliver et écrire dans le monde du football ! Règle-t-elle tous les problèmes pour autant ? Certainement pas. Déjà, lors de la finale de la Coupe du Monde de football en 1966, personne ne peut assurer que le but de G. Hurst était valable, bien qu’il ait été examiné des milliers de fois à la vidéo. Et c’est pareil pour le rugby (à XV et à XIII), qui a recours depuis longtemps à la vidéo, ce qui n’empêche nullement les controverses et les erreurs. Je me souviens personnellement d’un drop de J.B. Elissalde, contre Bayonne (je crois que c’était en 2009), dont la vidéo a bien été incapable de nous dire s’il était passé ou non (bien au-dessus des poteaux). Et tant d’autres matches encore, y compris samedi dernier, où l’arbitre vidéo a pris trois décisions très litigieuses…qui ont bien favorisé le XV de France, pour une fois diront les mauvaises langues.

J’avoue d’ailleurs que cela m’agace prodigieusement de voir aussi souvent l’intervention de la vidéo, presque systématique si ce n’est pas très net à XIII comme à XV, ce qui signifie que l’arbitre n’est plus maître de rien dès qu’il y a essai, ce qui n’empêche nullement d’accorder un essai s’il y a en-avant de passe cinquante mètres avant la ligne d’en-but. Et oui, la vidéo ne règle pas tous les problèmes, et c’est pareil pour le football, sauf à vouloir faire durer un match de nombreuses minutes en plus. Qu’il est loin le temps où Lucien Mias, l’illustrissime capitaine de l’équipe de France de 1958-1959,  disait que « l’arbitre fait partie du jeu, comme le vent ». La vidéo a certes des vertus, mais elle ne règle pas tout. Elle n’empêchera jamais un arbitre de football de siffler généreusement un pénalty…ou de ne pas le siffler s’il estime qu’il n’y a pas faute. Elle n’empêche pas non plus un arbitre de rugby d’accorder une pénalité à vingt mètres face aux poteaux, même si c’est très, très sévère, parce qu’il aura vu une faute sur un ruck que personne n’aura vu y compris en regardant les images à la télévision. Je pourrais dire la même chose s’il ne voit pas une faute évidente…à la télévision.

Donc, en résumé, qu’apporte la vidéo au rugby ? Peu de choses en vérité, à part le fait qu’elle décharge la décision de l’arbitre du terrain sur l’arbitre vidéo. Cela fait joli aussi à la télévision de voir inscrit « TRY » ou « NO TRY » sur l’écran, mais même si elle permet de valider des essais que l’arbitre n’aurait pas osé accorder, par exemple l’essai néo-zélandais lors de la demi-finale mondiale à XIII entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, où l’ailier néo-zélandais réussit une passe miraculeuse avant d’avoir touché le sol alors qu’il est un mètre à l’extérieur du terrain, la vidéo ne fait pas tout. En outre, si l’arbitre prend une fois une mauvaise décision, ce ne sera pas le cas très souvent, et au final les mauvaises décisions s’équilibrent très souvent dans un cas comme dans l’autre.

Enfin, pour bien montrer que cela fait partie du jeu, au bout de quelques semaines on oublie l’erreur d’arbitrage…parce que 9 fois sur 10 c’est la meilleure équipe, ce jour-là, qui l’emporte. Qui conteste aujourd’hui la victoire anglaise à la Coupe du monde 1966 ? Plus personne, et ce depuis bien longtemps. Qui ose évoquer le but annulé sur un hors-jeu inexistant de Puskas lors de la finale de la Coupe du Monde 1954, où les Hongrois avec leurs grandes vedettes (Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti et Csibor) furent battus, si l’on en croit une étude allemande récente, par le fait que les Allemands étaient dopés à la pervitine…ce qui explique leur fraîcheur en fin de match, leurs adversaires ayant en outre été confrontés aux Brésiliens et aux Uruguayens précédemment. Même l’histoire est contre les tenants de la vidéo !!!

Michel Escatafal


Ibrahimovic mérite lui aussi le Ballon d’Or

ibrahimovicF. RibéryDécidément le Ballon d’Or de cette année suscite bien des commentaires en France, parce que Ribéry est concerné. Et lui commence à y croire plus que tout le monde au point, nous dit-on, d’avoir voulu se battre avec Gérard Houiller, ancien sélectionneur de l’Equipe de France et ancien entraîneur, entre autres du PSG (champion de France en 1986), de l’Olympique Lyonnais (champion de France en 2006 et 2007), et de Liverpool F.C. (vainqueur en 2001 de la Coupe UEFA, de la Cup et de la League Cup).

Pourquoi ce courroux de Ribéry contre Gérard Houiller ? Parce que cet entraîneur connu et reconnu, au palmarès imposant, a osé dire que « Ribéry n’est pas un joueur de classe mondiale qui te fait gagner l’équipe comme Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo ». On notera au passage que cette phrase n’est nullement dévalorisante pour Ribéry, car c’est un constat que peuvent faire de nombreux amateurs de football. D’ailleurs on ne se bat pas pour arracher Ribéry au Bayern de Munich, comme on se battrait pour arracher Messi au Barça ou Cristiano Ronaldo au Real Madrid, si ces deux joueurs étaient sur le marché.

Pire encore pour Ribéry, en plus de ces joueurs vient à présent s’ajouter Ibrahimovic dans la liste de ceux qui peuvent espérer avoir ce fameux Ballon d’Or que tous les joueurs rêvent d’avoir. Et même si je ne suis pas un technicien, je trouverais assez normal que ce soit précisément la star du PSG qui l’obtienne enfin pour l’ensemble de son œuvre, celle-ci comprenant, outre tous les titres qu’il a glanés dans les grands championnats européens (Pays-Bas, Italie, Espagne et France), son énorme impact sur la montée en puissance du PSG parmi les meilleures équipes européennes. Je doute et je suis même convaincu que, malgré tout son talent, Ribéry ait été capable d’aider le club parisien a monter aussi haut et aussi vite que l’a fait Ibrahimovic, celui-ci disposant en plus d’un charisme incomparablement plus élevé que celui que peut avoir Ribéry.

En revanche je pense qu’avec Messi et Ronaldo, le club parisien aurait peut-être grandi aussi vite…mais cela reste à vérifier. Si je dis cela, c’est parce que Messi est la star du collectif barcelonais, comme Ronaldo est celle du collectif madrilène, et comme Ribéry en est une dans celui du Bayern Munich. Voilà pourquoi je pense que ceux qui élisent le Ballon d’Or, devraient cette fois ne pas tenir compte des palmarès de l’année pour en désigner le lauréat, comme c’est hélas trop souvent le cas, même s’il est arrivé que, malgré un palmarès en or, le meilleur joueur de l’année ne soit pas désigné.

Deux exemples suffisent à le démontrer : en 1960, Ferenc Puskas avait très largement participé à la conquête de la cinquième Coupe d’Europe des clubs champions (ancêtre de la Ligue des Champions) par le Real Madrid, en ayant été le meilleur buteur de l’épreuve (12 buts en 9 matches dont 4 en finale), avait permis aussi au Real de remporter la Coupe Intercontinentale, et avait terminé meilleur buteur du championnat d’Espagne avec 26 buts marqués. On ajoutera à cela que s’il y a bien un joueur qui aurait mérité un jour ce trophée, c’est bien lui, en rappelant qu’il fut aussi l’emblématique capitaine de la grande équipe de Hongrie, peut-être la meilleure équipe nationale que l’on ait connue (une défaite en six ans entre 1952 et 1956). Bref, si Ribéry connaît l’histoire de son sport, il reconnaîtra que Puskas aurait mérité autant que lui cette année le Ballon d’Or, déjà en 1960 et pour l’ensemble d’une carrière où il aura marqué 709 buts en 720 matches.

Autre joueur méritant lui aussi le Ballon d’Or, tant en 2000 qu’en 2003 ou en 2006, un ancien coéquipier de Ribéry en Equipe de France, Thierry Henry. Ce dernier avait été un acteur principal du succès de la France au Championnat d’Europe des Nations en 2000, à la Coupe des Confédérations en 2003 et à l’accession de l’Equipe de France en finale de la Coupe du Monde 2006. Outre ses titres de champion du Monde 1998 et d’Europe 2000 en équipe nationale, il a quasiment tout gagné en club (AS Monaco, Arsenal et F.C. Barcelone), y compris la Ligue des Champions et la Coupe du Monde des clubs quand il opérait au Barça. Il a un des plus beaux palmarès de l’histoire du football, et a marqué dans sa carrière en Equipe de France (51 buts en 123 matches) et dans les clubs où il a joué le remarquable total de 400 buts en 879 matches, dont une partie en jouant attaquant excentré.

Tout cela pour dire que même si c’est Ibrahimovic, Messi ou Cristiano Ronaldo qui enlèvent le Ballon d’Or, Ribéry n’aura pas trop à rougir de ne pas l’avoir obtenu…en pensant à Puskas ou Thierry Henry. Je ne sais pas s’il connaît bien l’ancien « Major Galopant », mais en revanche il sait très bien qui est Thierry Henry. Raison de plus pour ne pas s’offusquer des propos tenus à son égard par Gérard Houiller, lequel n’a fait que constater une évidence. Oui Ribéry est un grand joueur, mais Ribéry n’a jamais été et ne sera jamais une star comme Messi, Ronaldo ou Ibrahimovic de nos jours, ou comme Kopa, Platini et Zidane dans le passé, pour ne parler que des joueurs français.

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 3 (football)

Compte tenu de son universalité, le football a évidemment recelé nombre de très grands joueurs ayant un pied gauche magique. Le choix est tellement important qu’on ne peut l’illustrer qu’à travers des joueurs qui nous ont marqué pour une raison ou un autre, et qui ne sont pas nécessairement les meilleurs. J’ai déjà évoqué le nom à plusieurs reprises de certains d’entre eux, notamment le Hongrois Puskas, l’Anglais Bobby Charlton,  le Brésilien Rivélino, l’Argentin Maradona et Lionel Messi. J’y ajouterai l’Italien Riva, et deux joueurs français qui furent eux aussi parmi les meilleurs que notre pays ait connus, le Nancéien et Rémois Piantoni et le Monégasque Théodore Szkudlapski, dit Théo.

Que dire de plus sur Puskas que je n’ai déjà dit, sauf pour rappeler une fois de plus qu’il a fait partie à la fois d’une des plus grandes équipes nationalles de tous les temps, la grande équipe de Hongrie des années 50, et qu’il a opéré dans ce que certains considèrent comme la meilleure équipe de club de l’histoire, le Real Madrid de la fin des années 50, avec comme partenaires Di Stefano, Kopa, Gento, Zarraga ou Santamaria. Cela suffit comme carte de visite, surtout si l’on ajoute que les statistiques personnelles de Puskas (625 buts pour 631 matches en club plus 84 buts en 89 sélections nationales) n’ont pas d’équivalent en dehors de Pelé.  Le Major galopant, comme on appelait Ferenc Puskas, appartient vraiment, grâce à son pied gauche exceptionnel, au Panthéon des footballeurs, et on peut même dire aux toutes premières places.

On dira la même chose d’un autre footballeur au pied gauche magique, l’Anglais Bobby Charlton. Son histoire est vraiment hors du commun, puisqu’il a fait partie des rescapés de la catastrophe aérienne de Munich qui avait décimé le 6 février 1958 l’équipe de Manchester United, une équipe dont tout le monde à l’époque disait qu’elle serait irrésistible, compte tenu du jeune âge et de la qualité des joueurs qui la composaient.  Et c’est lui qui allait permettre à son club de toujours, de se reconstituer et de redevenir ce qu’il était avant cette catastrophe. La preuve, en 1968, Manchester United remportera sa première Coupe d’Europe des clubs champions avec à sa tête Bobby Charlton. Mais avant cela, il sera la plaque tournante de l’équipe d’Angleterre vainqueur (chez elle) de la Coupe du Monde 1966.  Jamais d’ailleurs dans sa longue carrière Bobby Charlton ne sera aussi brillant que pendant cette Coupe du Monde, je dirais même « sa Coupe du Monde », ce qui lui vaudra d’obtenir à la fin de l’année un Ballon d’Or bien mérité pour l’ensemble de son oeuvre, puisqu’il fut aussi 3 fois champion d’Angleterre (1957, 1965 et 1967) et vainqueur de la Cup (1963), sans oublier ses 106 sélections en équipe d’Angleterre (49 buts).

Tous ceux qui s’intéressaient au football à son époque se rappellent de Bobby Charlton, de ses chevauchées souvent irrésistibles avec sa mèche de cheveux, censée masquer une calvitie déjà très prononcée, partant dans tous les sens. Il avait tout pour lui sur le plan du football, son pied gauche lui permettant d’avoir une maîtrise exceptionnelle du ballon, que ce soit pour dribbler un adversaire, pour faire bénéficier ses partenaires de longues ouvertures millimétrées, ou pour placer des tirs à longue distance. Mais c’était aussi un athlète, à la fois rapide et puissant, capable d’accélérations meurtrières. En somme un footballeur complet et brillant, comme l’Angleterre n’en a jamais eu d’autre de ce niveau.

Moins connu sans doute que Puskas et Bobby Charlton, mais doté lui aussi d’un pied gauche magique, Rivelino fut un des meilleurs joueurs de la meilleure équipe du Brésil de l’histoire, et un des équipiers préférés de Pelé lui-même. Son pied gauche, remarquable, lui permettait de manier le ballon à sa guise, d’être un redoutable dribbleur comme savent l’être souvent les Brésiliens, mais sa réputation il la doit surtout à l’extraordinaire puissance de ses coups-francs, véritables coups de fusil qu’il frappait avec très peu d’élan et qu’il mettait là où il le voulait. Après avoir joué aux Corinthians pendant presque dix ans, puis à Fluminense entre 1974 et 1978, il finira sa carrière en Arabie Saoudite (Al Hilal), pays qui sera celui où il se montrera le plus prolifique quant au ratio entre les buts marqués et le nombre de matches joués. Il est vrai que, même en fin de carrière, un joueur de sa qualité ne pouvait que « flamber » dans un championnat qui était encore loin des standards européens ou sud-américains. Il totalisera 92 sélections dans l’équipe du Brésil, avec laquelle il aura été champion du monde en 1970 au Mexique.

A cette même Coupe du Monde, en finale de la compétition, Rivelino avait face à lui un autre très grand joueur, gaucher comme lui, un des meilleurs avants de pointe qu’ait connu la Squadra Azzura, Luigi Riva plus communément appelé Gigi Riva. Lui aussi n’a pas la réputation que son talent et sa classe mériteraient, parce qu’il fut fidèle toute sa carrière au même club, l’équipe de Cagliari. Et pourtant il était né à Leggiuno, dans la région de Varèse, donc au Nord de l’Italie, mais cela ne l’a pas empêché de devenir l’emblème du club sarde qu’il a conduit au titre de champion d’Italie (saison 1969-1970). C’était un formidable attaquant, grand buteur devant l’éternel, qui a été trois fois meilleur buteur du championnat d’Italie entre 1966 et 1970. C’est aussi, encore à ce jour, le meilleur buteur de la Squadra Azzura avec 35 buts marqués en 42 sélections, ce qui le rapproche des tous meilleurs joueurs, toutes époques confondues.

Enfin, il fut des principaux animateurs de l’équipe d’Italie qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1968 (il ouvrit le score lors du match décisif en finale contre la Yougoslavie), et qui parvint en finale de la Coupe du Monde 1970.  Bref, un très grand joueur qui mérite de figurer dans le Gotha des meilleurs footballeurs du vingtième siècle, mais qui subit le handicap  toute sa carrière de n’avoir pas appartenu à un club comme la Juventus ou les deux Milan. Cela ne lui a pas permis, notamment, d’obtenir un Ballon d’Or qui s’est toujours refusé à lui …faute d’exposition suffisante. Certes, il n’est pas le seul crack à ne pas avoir gagné cette consécration individuelle, puisque Puskas ne l’a pas obtenue non plus, mais ce n’est pas une raison pour ne pas souligner cette anomalie.

Tout à fait naturellement, il n’est pas possible d’évoquer des footballeurs gauchers de génie sans citer les noms de Maradona et de Messi. J’ai parlé longuement d’eux dans un article précédent, intitulé de Di Stefano (Real Madrid)  à Messi (F.C. Barcelone), et c’est la raison pour laquelle je ne vais pas en rajouter, sauf pour noter que Messi est en train d’améliorer son ratio entre les buts marqués en sélection et les matches joués (31 buts en 74 sélections), au point de se situer largement devant Maradona (35 buts en 91 sélections). Il est vrai qu’il atteint à présent l’âge de la complète maturité (25 ans) et qu’il se comporte de plus en plus en patron, comme dans son club de toujours, le Barça.  Et cela promet pour la Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil dans moins de deux ans, seul moyen pour Messi de vraiment dépasser son aîné, qui a mené son équipe au titre mondial en 1986, avec l’aide de Dieu si l’on en croit le Pibe de Oro, surnom de Maradona. En tout cas, Dieu lui a donné une main gauche de qualité, surtout quand on voit comment il a boxé le ballon pour devancer le gardien de l’équipe d’Angleterre (Shilton), et envoyer l’Argentine en demi-finale de cette Coupe du Monde.

Enfin, pour terminer cette galerie de portraits, je veux aussi insister sur le fait qu’il y a eu aussi dans notre pays des gauchers de très grand talent. Je n’en citerai que deux, mais si je parle d’eux c’est parce qu’on les a en partie ou totalement oublié. Le premier c’est Roger Piantoni, une des grandes gloires de la décennie 50 et même du début 60, qui fit partie intégrante de la grande équipe du Stade de Reims, après avoir porté pendant sept ans les couleurs du FC Nancy, ville proche de son lieu de naissance, Etain dans la Meuse…où naquit Michel Vannier. Et oui, cette commune de moins de 4000 habitants a donné au sport français deux merveilleux gauchers dans les deux sports collectifs les plus médiatisés chez nous. Fermons la parenthèse pour noter que Piantoni, triple champion de France avec le Stade de Reims (entre 1958 et 1962), vainqueur de la Coupe de France 1958), finaliste de Coupe d’Europe 1959, a aussi été meilleur buteur du championnat en 1951 (avec Nancy) et dix ans plus tard avec le Stade de Reims, en marquant chaque fois 28 buts. Ce joueur, petit par la taille mais grand par le talent, était un remarquable technicien et avait de la foudre dans son pied gauche. Cela lui a permis de marquer 256 buts en 485 matches de championnat et 18 buts en équipe de France en 37 sélections. C’est lui notamment qui marqua le second but lors de la demi-finale de la Coupe du Monde 1958 contre le Brésil, trompant Gilmar d’un tir terrible de 25 mètres, pour ramener le score à des proportions un peu plus en rapport avec la valeur réelle des deux équipes (5-2 pour le Brésil), l’équipe de France jouant à dix toute la seconde mi-temps.

Enfin, comment a-t-on pu oublier cet extraordinaire technicien gaucher que fut Théodore Szkudlapski, dit Théo. Ce pur gaucher, fils de mineur polonais comme Kopa, à qui tout le monde à l’époque reprochait sa lenteur, était en réalité un accélérateur de jeu comme rarement nous en avons eu dans notre football. Ses dribbles étaient d’une aisance folle, comme sa conduite de balle, sans parler de sa capacité à alerter un partenaire d’une manière extrêmement précise par une passe de 30 ou 40 mètres. Il n’y avait aucun déchet dans le jeu de Théo, qui avait en plus dans sa panoplie une frappe très lourde. On retiendra de lui qu’il fut le meneur de jeu de la grande équipe de l’AS Monaco, avec Leduc comme entraîneur et des joueurs comme Artelesa, Casolari, Novak, Biancheri, Michel Hidalgo, Yvon Douis, Hess, Djibrill et Lucien Cossou. Rarement une équipe française a pratiqué un jeu offensif de cette qualité, et, avec Théo à la baguette, le club de la principauté fera le doublé en 1963 (Coupe-Championnat) et  remportera le titre de champion en 1961.  Reste un mystère que nombre de fans de football n’ont pas compris : Théo ne compta que deux sélections en équipe de France (en 1962 et 1963). Les voies des sélectionneurs étaient vraiment impénétrables, d’autant que Théo savait aussi marquer des buts (102 en 461 matches officiels). Dommage pour l’équipe de France, peu brillante à cette époque, et tant mieux pour l’AS Monaco!

Michel Escatafal


La Roja 2012 meilleure que la Seleção 1970 ou que le Onze d’Or hongrois?

L’IFAB (International Football Association Board), organisme en charge de déterminer les lois du football, vient d’accepter de modifier son règlement en autorisant l’utilisation de la vidéo sur la ligne de but ! Voilà une information qui va faire parler dans les jours et les mois à venir, d’autant que personne n’est certain que cela règlera tous les problèmes liés à l’arbitrage. D’abord, il y a des cas où la vidéo ne peut pas indiquer avec précision si le ballon a entièrement franchi la ligne de but. Ensuite, comme dans le cas du match entre l’Angleterre et l’Ukraine, même si ballon avait bien franchi la ligne de but, nombre d’observateurs ont oublié de dire qu’il y avait au départ de l’action un hors-jeu non sifflé. Bref, le débat ne fait que commencer, et comme le dit le président de l’UEFA, Michel Platini, « on s’arrête où après » ? Cela étant, le rugby ne se plaint pas de cette évolution technologique…acceptée par tout le monde de nos jours.

Autre nouvelle intéressante, le Brésil  vient de rétrograder à la onzième place du classement de l’UEFA pour la première fois depuis qu’il existe (1993). Si j’évoque ce classement, c’est parce que le Brésil était considéré jusqu’à ce jour comme la nation référence du football, un peu comme la Nouvelle-Zélande en rugby. Mais ces derniers temps la référence serait plutôt l’équipe d’Espagne, surtout aux yeux des internautes, ces derniers oubliant trop souvent que d’autres grandes sélections nationales ont aussi dominé le football mondial à leurs heures de gloire. D’où le débat consistant à se demander si l’Espagne 2008-2012 est supérieure à la Hongrie 1952-1956, au Brésil 1958-1962, au Brésil 1970, aux Pays-Bas 1974, à l’Allemagne 1974-1976 ou à la France 1998-2000, pour ne citer que ces équipes qui, elles aussi et chacune dans leur style, ont régné sur leur époque. Cela ne signifie pas forcément qu’elles ont toutes remporté des titres, mais si l’on conserve un souvenir ému de leur époque, c’est parce qu’elles ont marqué l’histoire.

Essayons donc de faire un petit récapitulatif de ces époques où une formation s’est imposée à la fois par ses résultats et par son style. J’ai déjà longuement évoqué sur ce site la fameuse équipe de Hongrie qui ne perdit pas un seul match entre mai 1950 et la finale de la Coupe du Monde 1954…qu’elle perdit dans des conditions pour le moins douteuses (voir mon article sur le soi-disant miracle de Berne), puisqu’une enquête allemande aurait réussi à déterminer que les Allemands étaient dopés à un produit utilisé pendant la seconde guerre mondiale dans l’armée. Ensuite, malgré cette énorme déception, la grande équipe hongroise poursuivra sa domination jusqu’en 1956, où les évènements de Budapest finiront par avoir raison d’elle. Sans ces évènements, je reste persuadé que la Hongrie, avec son 3-2-3-2 et ses Grosics, Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti, Czibor, aurait remporté la Coupe du Monde 1958…face au Brésil.

Cela ne veut pas dire pour autant que le Brésil 1958 n’était pas une équipe extraordinaire, mais nombre de techniciens (ce que je ne suis pas) ont pensé que la Hongrie aurait pu  empêcher le Brésil de remporter sa première Coupe du Monde en 1958. Après tout, qui nous dit que l’équipe de France n’aurait pas battu le Brésil en demi finale,  si Jonquet n’avait pas eu le malheur d’être blessé dans un choc avec Vava (véritable agression !), alors que le score du match entre l’équipe de Kopa et Fontaine et la sélection brésilienne était à parité (1-1) au moment de cette blessure (34è minute) ? Cela étant avec ses Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Zito, Orlando, Garrincha, Didi, Vava, Zagalo et le tout jeune Pelé, cette formation était vraiment impressionnante. La preuve avec son sytème de jeu en 4-2-4, elle marqua 16 buts n’en encaissant que deux, dont un des pieds de Fontaine pour l’égalisation lors du fameux France-Brésil.

Quatre ans plus tard le Brésil renouvellera son succès, lors de la Coupe du Monde au Chili,avec quasiment la même équipe, dans un style de jeu ayant évolué vers le 4-3-3 (Zagalo opérant en milieu gauche). En disant la même équipe, j’exagère un peu dans la mesure où Pelé fut blessé très tôt dans la compétition, mais son remplaçant, Amarildo, s’avèrera tellement brillant, que l’efficacité de la Seleçao ne s’en ressentira quasiment pas…au point qu’à l’époque déjà on commençait à dire que cette équipe était la meilleure de l’histoire, d’autant que les Brésiliens de 1958 avaient été les premiers à avoir remporté une Coupe du Monde hors de leur continent, évènement qui ne se reproduira qu’en 2002 (Brésil) et 2010 (Espagne). Bref, huit ans après la finale de Berne en 1954, on avait déjà oublié le « Onze d’Or » hongrois.

Mais en 1970, une autre équipe brésilienne allait dépasser sa devancière, en dominant de toute la classe de ses individualités la Coupe du Monde au Mexique. Si l’on en croit Pelé, cette équipe est la meilleure dans laquelle il ait évolué, ajoutant aussi qu’elle était meilleure que celle d’Espagne de nos jours. On veut évidemment le croire facilement, du moins pour ce qui concerne l’équipe brésilienne, d’autant qu’il a joué dans celle de la génération 1958-62 et celle de 1970. Quant à faire la comparaison avec l’Espagne 2008-2012, c’est peut-être plus difficile, même si le Brésil 1970 avait un très grand nombre de joueurs exceptionnels….comme sans doute jamais aucune équipe n’en a eu, à l’exception peut-être de la Hongrie 1952-1956. En tout cas, les Brésiliens ont marqué dix-neuf buts pendant  la Coupe du Monde 1970, dont sept en demi-finale contre l’Uruguay (3-1) et en finale contre l’Italie (4-1), en encaissant sept, ce qui donne une idée de l’esprit offensif de cette équipe. C’est surtout l’extraordinaire maîtrise individuelle des joueurs composant l’équipe qui était impressionnante. En fait l’équipe du Brésil 1970 n’avait qu’un seul joueur plutôt moyen pour le niveau international, le gardien Felix, les autres étant excellents comme Brito, Piazza, Everaldo ou Clodoaldo, ou exceptionnels comme Carlos Alberto, Gerson ,Jairzinho, Tostao, Rivelino, plus Pelé qui gagnait sa troisième Coupe du Monde.

Autre équipe remarquable qui a marqué l’histoire, mais qui (comme la Hongrie) n’a jamais remporté la Coupe du Monde, l’équipe des Pays-Bas en 1974. En fait la Hollande 1974 c’était d’abord un des tous meilleurs joueurs de l’histoire, Johan Cruyff, entouré par toute une génération d’excellents joueurs comme Neeskens, Krol, Suurbier Rep, Haan, qui tous jouaient à l’Ajax d’Amsterdam, club qui a inventé le football total (tout le monde attaque, tout le monde défend), ce qui lui permit de remporter trois Coupes d’Europe des clubs consécutives entre 1971 et 1973. L’équipe était  complétée par des joueurs de grande valeur comme Van Hanegem, Janssen ou encore Resenbrink, qui s’étaient parfaitement fondus dans le collectif de l’Ajax, un peu comme aujourd’hui tous les joueurs espagnols jouent la même partition que le Barça, Messi en moins. Fermons la parenthèse pour dire que cette équipe néerlandaise fut battue en finale de la Coupe du Monde par l’équipe d’Allemagne qui jouait chez elle à Munich.

Disons immédiatement que la victoire de l’Allemagne (2-1) ne souffrait cette fois d’aucune contestation, contrairement à 1954. Ni dopage, ni but refusé parfaitement valable n’étaient venus polluer cette rencontre entre les deux meilleures équipes du tournoi. L’Allemagne disposait d’une très belle équipe, presque aussi forte que celle des Pays-Bas, sauf que les Néerlandais avaient dans leur rang Johan Cruyff, ce qui expliquait leur statut de favoris en finale de la Coupe du Monde. Parmi ces joueurs allemands, nous citerons les joueurs du Bayern Munich (club qui allait succéder à l’Ajax en Coupe d’Europe), Maier le gardien, Beckenbauer que l’on appelait   » le Kaiser », Schwarzenbeck, Breitner, Hoeness, et le formidable buteur qu’était Gerd Muller, auxquels il faut ajouter Vogts, Overath le meneur de jeu, ou Holzenbein.  C’était peut-être moins génial que les Brésiliens de 1970 ou les Hongrois de 1954, mais c’était très, très solide. Ce l’était tellement que cette équipe d’Allemagne venait de réussir un doublé inédit après avoir remporté le Championnat d’Europe des Nations deux ans auparavant.  Il faudra attendre 2000 pour voir une équipe réaliser pareil exploit, la France emmenée par Zidane.

Et oui, la France a sa place dans cette galerie des plus grandes équipes de l’histoire. En 1998, nombreux furent les observateurs à lui accorder la chance du pays organisateur de la Coupe du Monde, même si elle l’emporta brillamment en finale contre le Brésil (3-0). Mais elle n’avait pas réellement dominé son sujet contre l’Italie (battue aux tirs au but) en quart de finale, ou contre le Paraguay (battu en prolongation grâce au but en or) en huitième, sans parler d’une première mi-temps très décevante en demi-finale contre la Croatie, finalement vaincue 2-1 grâce à deux buts de Thuram. Et en finale, le Brésil ne pouvait pratiquement pas compter sur son meilleur joueur, Ronaldo, ce dernier ayant été malade juste avant la rencontre…qu’il n’aurait jamais dû disputer. En fait cette équipe de France disposait d’un génial meneur de jeu, Zidane, et d’une défense de fer avec Thuram, Blanc, Desailly et Lizarazu devant le gardien, Barthez, sans doute le meilleur au monde à l’époque. En revanche elle manquait cruellement d’efficacité devant le but, malgré la présence dans certains matches de deux joueurs d’une vingtaine d’années, qui allaient figurer parmi les meilleurs buteurs de l’histoire du football français et international, Henry et Trezeguet. Ces deux derniers apporteront cette puissance de feu qui manquait à l’équipe de 1998, lors du Championnat d’Europe des Nations deux ans plus tard, ce qui permit à l’équipe de France de réaliser le même doublé historique (à l’envers) que les Allemands vingt six ans plus tôt.

Toutefois, depuis 2000, l’équipe d’Espagne a fait encore mieux puisqu’elle vient de réaliser le triplé hallucinant consistant à gagner coup sur coup le championnat d’Europe, la Coupe du Monde, puis de nouveau le championnat d’Europe. Aucune équipe européenne n’avait réussi pareil exploit ! Le Brésil 1958-62 aurait-il pu le réussir s’il avait disputé le championnat d’Europe ? Sans doute, mais personne ne peut l’affirmer. En tout cas, ce triplé vient de donner à l’actuelle équipe d’Espagne le statut de plus grande équipe de tous les temps…du moins sur le plan du palmarès parce que, comme je le dis souvent pour les autres sports individuels ou collectifs dont je parle sur mon site, on ne peut pas comparer l’incomparable, même si les palmarès nous aident à établir une hiérarchie. D’ailleurs, il faut tenir compte du fait que les compétitions n’ont pas toutes la même antériorité, le championnat d’Europe des Nations par exemple ne datant que de 1960, alors que la première Coupe du Monde a eu lieu en 1930. D’autre part, on ne peut pas comparer la Copa America avec le Championnat d’Europe, en raison du faible nombre de nations capables de l’emporter. Depuis 1916 en effet, seuls le Pérou en 1939 et 1975, le Paraguay en 1953 et 1979, la Bolivie en 1963, et la Colombie en 2001 ont troublé le jeu à trois entre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. Par ailleurs, les joueurs opérant en Europe n’ont sans doute pas la même motivation pour obtenir ce trophée qu’une victoire en Ligue des Champions ou qu’une Coupe du Monde, contrairement au titre européen.

Cela dit, l’Espagne est l’équipe phare du nouveau siècle et à coup sûr une des plus belles formations de l’histoire. Comme la plupart de ses devancières, l’équipe nationale espagnole a la chance de pouvoir s’appuyer sur une équipe de club exceptionnelle, qui elle aussi est en train de marquer l’histoire, le Football Club de Barcelone, appelé le Barça par les aficionados et les multiples supporters de ce club mythique. Un club qui depuis le passage comme entraîneur de Cruyff, qui y fit une bonne partie de sa carrière de joueur, a mis en place une manière de jouer qui lui est propre. Un jeu magnifique où la balle circule avec une vitesse et une précision diaboliques, ce qui finit par donner le tournis aux  adversaires, lesquels s’épuisent à courir après un ballon insaisissable.  Pour parler comme le précédent sélectionneur espagnol, Luis Aragones, celui du titre européen en 2008, cette équipe d’Espagne est grande «  par la manière qu’elle a de jouer et de dominer le jeu ».

Les Brésiliens de 1970 avaient sans doute plus de virtuosité individuelle ( seuls Iniesta, Silva et Ramos soutiennent la comparaison avec les meilleurs « auriverde »), mais ils n’avaient pas un gardien de la qualité de Casillas, contrairement à l’équipe de 1958 qui avait Gilmar. Ils n’avaient pas non plus la même précision dans le jeu que l’équipe espagnole actuelle. La preuve, malgré le fait que cette équipe d’inspiration très barcelonaise soit privée de Messi (qui joue dans l’équipe d’Argentine), elle peut se permettre de marquer des buts…sans véritable buteur. Que dire de plus ? En tout cas ce ne sont pas les joueurs Italiens de la Squadra azzura qui contesteront leur supériorité, parce qu’ils n’auraient jamais imaginé être battus en finale de l’Euro de cette manière, et  sur un score plus lourd encore (4-0) que celui de la finale de la Coupe du Monde 1970 au Mexique, où les Azzurri avec  Riva, Boninsegna, Rivera, Mazzola, Burgnich, Facchetti ou Domenghini réussirent à marquer un but aux Brésiliens (4-1).  Alors, Hongrie 1952-1954, ou Brésil 1970, ou Espagne 2008-2012 ? Le débat reste ouvert et le restera toujours.

Michel Escatafal


Kubala nous permet d’évoquer l’histoire du football hongrois

Hier soir, il s’est passé un évènement très important en Catalogne, non seulement avec la nette victoire (5-0) du Barça sur le club biélorusse de Bate Borisov, mais aussi avec le fait qu’en marquant deux buts, Leo Messi, le merveilleux joueur argentin et actuellement meilleur joueur du monde, a égalé un joueur qui a lui aussi a laissé une empreinte indélébile dans ce club, Ladislao Kubala. Pour mémoire, je rappellerais que cet immense joueur a la particularité d’avoir porté le maillot de trois équipes nationales différentes, la Hongrie qui est sa patrie d’origine, la Tchécoslovaquie et l’Espagne, sa patrie d’adoption, dans laquelle il a fait l’essentiel de sa carrière. Au total Kubala avait marqué 194 buts en 256 matches avec le Barça, ce qui permet de faire la comparaison avec Messi qui a marqué le même nombre de buts pour son club en 279 rencontres, dans un rôle assez similaire. Bien entendu, compte tenu de son jeune âge (24 ans), Messi va encore augmenter ce chiffre et battre très rapidement les 235 buts (en 351 matches) marqués par le meilleur buteur de l’histoire du club catalan, Cesar Rodriguez.

Fermons la parenthèse Messi et Barça, pour évoquer ce football hongrois qui a donné à ce sport une équipe nationale d’une qualité inégalée, à part peut-être le Brésil 1970 de Pelé, Tostao, Gerson, Rivileno, Jairzinho ou Carlos Alberto.  J’avais évoqué dans un article précédent la grande équipe nationale de Hongrie, championne olympique 1952 et finaliste malheureuse de la Coupe du Monde 1954, victorieuse aussi en novembre 1953 de l’Angleterre (6-3) à Wembley (une première), à laquelle Kubala n’a jamais appartenu parce qu’il opérait chez les professionnels (depuis 1951), ce qui était incompatible avec une sélection dans un pays communiste, d’autant qu’en 1949 il avait quitté la Hongrie illégalement.

Il n’empêche, même si Kubala n’a jamais joué dans cette « dream team », il n’en était pas moins issu de cette école hongroise tellement riche de talents à cette époque, grâce il faut bien le dire à la politique sportive suivie dans le pays. En revanche, si l’éclosion de la grande équipe de Hongrie été largement favorisée par le régime communiste qui sévissait en Hongrie depuis 1947, la politique décapita cette équipe en 1956 avec l’entrée des troupes soviétiques en novembre, suite à de grandes manifestations de masse à Budapest pour libéraliser le régime. Cela marqua la fin de l’âge d’or du football hongrois, en raison de l’exil vers l’Espagne de ses plus grandes vedettes, Puskas qui jouera au Real Madrid avec Di Stefano et Kopa, mais aussi Kocsis et Czibor qui retrouveront au FC Barcelone leur ex-compatriote Kubala.

Faisons un peu plus d’histoire à présent en précisant de nouveau que, dans un premier temps, le football hongrois allait bénéficier de l’aide du régime en place, partisan d’une concentration des meilleurs joueurs dans un club phare, ces derniers opérant aussi dans l’équipe nationale. Et pour cela il fallait trouver un club déjà structuré, et ce fut le Kispest FC qui fut choisi, club où avait opéré un certain Ferenc Puskas, père de la future star du football hongrois, lequel portait le même prénom que lui et qui débuta dans cette équipe avec Joszef Bozsik, qui allait devenir un des meilleurs milieux de l’histoire du football. Dans le cadre de la réorganisation du club, le FC Kispest allait être renommé Budapest Honved SE, dérivé du nom de l’armée hongroise, Honved signifiant défenseur de la patrie.

Ce nouveau club allait également avoir pour entraîneur Gustav Sebes, lequel allait aussi être l’entraîneur de la fameuse équipe nationale qui allait dominer la planète football entre 1950 et 1956, qui remplaçait un autre grand entraîneur hongrois (inventeur du 4-2-4), Bela Guttman qui, ironie du sort, remportera plus tard deux Coupes d’Europe consécutives  avec Benfica, dont la première en 1961 à Berne…contre le F.C. Barcelone de Kocsis, Czibor et Kubala qui, ce jour-là, eut tous les malheurs. Décidément Berne n’aura jamais réussi à Kocsis et à Czibor, déjà vaincus injustement en finale de la Coupe du Monde en 1954!

Le fait de devenir le club de l’armée allait permettre à Honved de recruter les attaquants Kocsis, Budaï et Csibor qui jouaient à Ferenvaros, Lorant de Vasas SC, et le gardien Grosics qui jouait dans un autre club de Budapest. En ajoutant Puskas et Bozsik, cela nous donne en gros l’épine dorsale de la grande équipe de Hongrie, un peu comme le Stade de Reims à l’époque en France (Jonquet, Leblond, Hidalgo, Glovacki, Kopa, Bliard), lequel avait éliminé l’autre grande équipe hongroise de ce moment en 1956, MTK Budapest dénommé Voros Lobogo, qui comptait dans ses rangs le reste (ou presque) de l’équipe de Hongrie, à savoir Hidegkuti, Lantos, Sipos et Sandor.

Tout cela allait permettre à Honved d’accumuler les titres dans le championnat de Hongrie (cinq entre 1949 et 1955), tout en parcourant le monde en faisant nombre de matches amicaux. Et puis, en 1956, le club hongrois participa à la toute nouvelle Coupe d’Europe des clubs champions, mais il n’y fera pas carrière, car après avoir perdu en Espagne contre l’Atletico Bilbao (3-2) en match aller des 1/8è de finale, il ne pourra pas jouer le match retour à domicile en raison des évènements de Budapest. Honved jouera finalement à Bruxelles, où il fit match nul (3-3) malgré la blessure de son gardien Grosics en début de match…remplacé par Czibor (pas de remplacement autorisé à l’époque).

A noter que les joueurs ne retournèrent pas en Hongrie, malgré les tracas subis par leurs familles, allant faire une tournée en Europe et au Brésil, et si certains revinrent ensuite au pays, d’autres comme Puskas, Kocsis et Csibor s’expatrièrent  pour faire une magnifique seconde carrière. En revanche Honved, l’équipe nationale et le football hongrois ne s’en remirent jamais. Et c’est bien dommage, comme je ne cesse de le répéter, car le football hongrois aurait incontestablement mérité de remporter une Coupe du Monde et une Coupe d’Europe des clubs champions.

Michel Escatafal


Cruel pour l’équipe de Hongrie 1954 : le miracle de Berne n’en était sans doute pas un!

Alors que le dopage est en train d’accaparer les pages des journaux de sport…et des autres, je repense à une nouvelle que nous avons apprise il y a quelques mois, relative à la Coupe du Monde 1954. Et oui, il y a 57 ans, l’Allemagne avait battu la Hongrie, nous dit-on, parce que des joueurs allemands étaient dopés. Va-t-on rendre justice à la Hongrie pour autant ? Sans doute pas, ne serait-ce que pour la simple raison que les contrôles anti dopages n’existaient pas à l’époque. En outre depuis 57 ans on va considérer qu’il y a prescription, ce qui signifie que la plus belle équipe nationale de l’histoire du football, avec le Brésil 1970, n’aura jamais été championne du monde. Cruelle injustice ! C’est curieux d’ailleurs, j’ai souvent pensé qu’il avait dû se passer quelque chose d’anormal pour que l’équipe d’Allemagne puisse battre la grande équipe de Hongrie qui, ne l’oublions pas, avait en poule 1/8è de finale écrasé cette même équipe d’Allemagne par 8 buts à 3…parce que l’entraîneur de cette dernière (Sepp Herberger) avait choisi de se passer de quelques uns de ses meilleurs joueurs, considérant que ses chances de succès étaient nulles. Et je me demandais comment en un peu plus de deux semaines de compétition l’équipe d’Allemagne avait pu progresser à ce point.

C’était une interrogation qui m’était venue à l’idée en lisant les journaux que mon arrière grand-mère gardait depuis des années, et j’avais lu tout ce qui concernait la Coupe du Monde 1954 juste avant la Coupe du Monde 1958. En même temps je regrettais la saignée qu’avait subie cette équipe hongroise en 1956, après les évènements de Budapest (entrée des troupes soviétiques pour écraser l’insurrection hongroise), en perdant trois de ses plus grandes stars, à savoir Puskas (photo centre), Kocsis(photo gauche) et Csibor (photo droite), lesquels formaient avec Hidejkuti et Toth ou Sandor la plus belle ligne d’attaque jamais alignée en compétition internationale. Personnellement j’avais un peu moins de 10 ans en 1956, mais je me souviens très bien avoir écouté en intégralité à la radio le match à Colombes entre la France de Jonquet, Marche, Kaelbel, Marcel, Fontaine, Piantoni, Vincent et Cisowski qui avait marqué le but français, et la Hongrie en configuration Coupe du Monde 1954 avec toutes ses vedettes. A noter pour l’anecdote, que la France aurait dû obtenir le match nul si l’arbitre n’avait sifflé la fin de la partie juste au moment ou Cisowski marquait un deuxième but. Que ne dirait-on pas de nos jours devant pareille injustice, alors qu’à l’époque on trouvait cela (presque) normal !

Mais revenons à la Coupe du Monde 1954 qui avait lieu en Suisse, avec une phase finale à 16 pays, dont la France qui se trouvait dans ce que l’on appellerait aujourd’hui le groupe de la mort, avec le Mexique, le Brésil (deuxième quatre ans auparavant) et la Yougoslavie qui était une des toutes meilleures équipes européennes, avec son gardien Beara, son arrière Stankovic, son demi Bojkov, et ses attaquants Milutinovic et Zebec. C’est elle qui éliminera l’équipe de France en battant cette dernière sur le plus petit des scores (1-0). Un peu plus tard cette équipe yougoslave fera match nul avec le Brésil (1-1 après prolongations) ce qui qualifiait les deux équipes pour les ¼ de finales. Cela dit la France du jeune Raymond Kopa n’avait pas déméritée, car d’une part elle aurait dû battre la Yougoslavie sans la malchance ou la maladresse ce jour-là de Glovacki, et d’autre part elle avait battu le Mexique dans son deuxième match par 3 buts à 2. Notre équipe se rattrapera quatre ans plus tard en Suède, même si elle fut de nouveau battue par la Yougoslavie (3-2) en poule éliminatoire, ce que tout le monde a oublié.

Dans les autres groupes les qualifiés furent l’Uruguay, tenant du titre et l’Autriche (groupe 3), l’Angleterre et la Suisse (groupe 4) et l’Allemagne et la Hongrie dans le groupe 2. La Hongrie n’avait pas fait de détail pour son premier match, puisqu’elle avait battu la Corée très facilement (9-0), avant de pulvériser l’Allemagne (8-3) qui venait de battre la Turquie (4-1), cette dernière ayant auparavant vaincu la très faible Corée (7-0). Résultat, il fallut un match d’appui pour départager Turquie et Allemagne en vue de l’accession aux ¼ de finale, et ce fut l’Allemagne qui l’emporta par 7 buts à 2. L’Allemagne commençait à monter en puissance, et elle confirmera cette ascension vers les sommets en battant en ¼ de finale la Yougoslavie par 2 buts à 0. D’un autre côté la Hongrie battait le Brésil (4-2) après un match très dur, alors que l’Autriche battait la Suisse sur un score de rugby à XIII (7-5), ce qui prouve qu’en ce temps-là on savait marquer des buts, même si l’on pouvait aussi dire que les défenses étaient très perméables. Enfin, dans le dernier ¼ de finale, l’Uruguay défendait vaillamment son titre en battant l’Angleterre par 4 buts à 2.

Bien entendu, à ce stade de la compétition, personne n’imaginait que la grande Hongrie puisse être battue. Et pourtant, en demi-finale, l’équipe d’Uruguay poussa les Hongrois à la prolongation (4-2 et 2-2 à la fin du temps règlementaire). Les Hongrois étaient fatigués après leur match très difficile contre le Brésil, qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour empêcher les virtuoses hongrois de s’imposer. En outre les Hongrois étaient toujours privés de Puskas depuis le match de groupe contre l’Allemagne, qui avait finalement laissé des traces, car la Hongrie sans Puskas n’était plus tout à fait la Hongrie. En revanche l’Allemagne ne souffrit guère pour battre, et même écraser (6-1), une équipe d’Autriche valeureuse qui joua à la perfection son rôle d’outsider…jusqu’à ce match contre l’Allemagne où la défense accumula en deuxième mi-temps les fautes grossières (mi-temps 2-1), avec quelques excellents joueurs comme Hannapi, Happel qui joua au Racing de Paris, Ocwirk, Koller ou encore Stojaspal, qui allait s’illustrer longtemps dans notre championnat de France (Strasbourg, Monaco, Troyes, Metz…). Ce dernier allait même marquer un but sur pénalty dans le match pour la troisième place gagné contre l’Uruguay, qui avait craché tous ses feux contre la Hongrie.

Tout cela nous amenait à la grande finale le 4 juillet à Berne, avec un match qui a priori restait joué d’avance. Comment les Turek (gardien), Posipal, Liebrich, Eckel, Rahn, Morlock, Ottmar et Fritz Walter ou encore Schaefer, etc. allaient-ils s’y prendre pour dominer une équipe ou 6 joueurs au moins (Grosics le gardien, le demi Boszik, et les attaquants Csibor, Kocsis surnommé « Tête d’Or » pour son extraordinaire jeu de tête, Hidegkuti et Puskas) n’avait quasiment pas d’équivalent dans le monde ? Oui comment contenir cette invincible armada hongroise dirigée par un entraîneur de grande classe, Gustav Sebes, championne olympique en 1952…et invaincue depuis 4 années. Inimaginable d’autant que les autres joueurs, les arrières Buzansky, Lorant, Lantos, mais aussi l’autre demi Zakarias et l’ailier gauche Toth étaient d’excellents joueurs de valeur internationale. Qui pouvait soutenir la comparaison dans les rangs allemands contre ces « monstres sacrés », à part peut-être Rahn, Fritz Walter ou Morlock ? Personne, et même les trois que j’ai cités n’opéraient pas sur la même planète que Puskas, Kocsis qui fut le meilleur buteur de cette Coupe du Monde avec 11 buts, Csibor ou Hidegkuti.

Le début de match allait donner raison à tous les pronostiqueurs, car malgré la pluie qui n’avantageait pas le jeu hongrois, ces derniers menaient 2-0 (Puskas, Csibor) après 9 minutes de jeu. Mais les Allemands allaient vite montrer qu’ils avaient énormément de ressources en remontant très vite ces deux buts par Morlock et Rahn, si bien qu’après 18 minutes de jeu le score était à égalité (2-2). La suite du match allait voir les artistes hongrois être victimes d’une malchance inouïe avec plusieurs frappes sur les poteaux ou la barre, notamment sur une tête de Kocsis qui aurait donné l’avantage à la Hongrie, un but en contre de Rahn à six minutes de la fin, et un but refusé pour un hors-jeu discutable à Puskas juste avant la fin du match.

Bref, l’équipe de Hongrie avait eu tous les malheurs possibles dans cette finale, et par-dessus le marché elle avait affronté des hommes capables d’accomplir des exploits…stupéfiants, après avoir bénéficié d’injections d’amphétamine que l’on donnait aux troupes allemandes pendant la deuxième guerre mondiale, si l’on en croit une étude allemande qui a fait le tour du monde l’an passé, confirmant certains soupçons liés notamment à une curieuse épidémie de jaunisse ayant frappé les joueurs de la RFA quelques semaines après la finale de la Coupe du Monde. Le malheur, c’est que cette constellation hongroise n’a même pas pu se rattraper en 1958 en Suède. Toutefois il y a quand même une morale à cette histoire, car à part F. Walter ou Rahn (et encore) personne ne connaît les noms des champions du monde 1954. En revanche tous les amoureux du football connaissent ou ont entendu parler des merveilleux artistes hongrois. Dommage que Boszik, Hidegkuti, Csibor, Kocsis et Puskas aient rejoint trop tôt le paradis des footballeurs, car ils auraient su que « le miracle de Berne »n’en était sans doute pas un !

Michel Escatafal