Kopa restera à jamais le Napoléon du football

kopaStanley Matthews en 2000, Di Stefano en 2014, George Best en 2005, Josef Masopust en 2015, Lev Yachine en 1990, Eusebio en 2014, Omar Sivori en 2005, Ferenc Puskas en 2006, Sandor Kocsis en 1979, Johan Cruyff en 2016, et Raymond Kopa en 2017. Voilà un bien beau panel d’immenses footballeurs, avec l’année de leur disparition, qui, en plus d’avoir accumulé les trophées nationaux, européens ou mondiaux, ont en commun d »avoir été Ballon d’Or, plus prestigieuse distinction personnelle pour un footballeur, sauf pour les deux Hongrois (Puskas et Kocsis), que j’ai tenu à inclure dans cette liste tellement ces deux joueurs auraient mérité d’y figurer. Donc si j’écris cela, c’est aussi et surtout parce que hier matin ils ont été rejoints au paradis des footballeurs par Raymond Kopa, un des plus grands joueurs de l’histoire du football mondial, mais aussi un précurseur dans ce monde du ballon rond par son sens des affaires. Kopa n’était pas qu’un génie du jeu qui l’a amené au firmament de son sport, c’était aussi un précurseur de ce qu’allait devenir le football des années 2000, où l’argent est devenu le symbole du sport le plus connu et pratiqué dans le monde. Et de l’argent il a su en gagner…et en gagnerait encore plus aujourd’hui s’il avait 25 ans.

Parlons donc aujourd’hui de Raymond Kopa footballeur, qui est considéré par tous ceux qui connaissent l’histoire du football comme un des trois plus grands joueurs français de tous les temps avec Platini et Zidane. Bien entendu je ne vais pas faire une hiérarchie entre les trois, parce que les plus jeunes diront que c’est Zidane qui fut le meilleur, les moins anciens voteront Platini, et les plus anciens Kopa. Cependant, à défaut de désigner le meilleur, chacun sait bien que ces trois joueurs représentent ce que notre football a produit de meilleur, chacun d’eux symbolisant aussi une des plus belles périodes de l’équipe de France.

Kopa, c’est l’équipe de 1958 qui termina troisième de la Coupe du Monde, avec le titre de meilleur joueur pour son meneur de jeu. Platini, c’est l’équipe de France qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant à la fois le meilleur joueur et le meilleur buteur de la compétition (9 buts en 5 matches). Quant à Zidane, c’est la France championne du Monde 1998 (avec ses deux buts en finale) et championne d’Europe 2000. Enfin pour bien montrer que le choix des amateurs de football n’est pas subjectif, il faut se rappeler, comme je l’ai dit précédemment, que Kopa fut avec Di Stefano le meilleur joueur du Real Madrid entre 1956 et 1959, qui dominait à cette époque le monde du football de club, que Platini a été élu meilleur joueur de la Juventus toutes époques confondues, en plus d’avoir obtenu trois fois consécutivement le Ballon d’Or, et que Zidane fut avec Ronaldo (le Brésilien) le joueur qui symbolisa le Real du début des années 2000.

La véritable carrière de Raymond Kopa, qui a démarré dans la vie comme mineur, commença en avril 1951, avec le match nul du SCO d’Angers (à l’époque en D2) dans un match amical contre le Stade de Reims, qui avait remporté la Coupe de France l’année précédente, et qui comptait dans ses rangs des joueurs comme le gardien Sinibaldi, ou encore Jonquet et Penverne qui seront de la campagne de Suède en 1958, sans oublier le Hollandais Appel. Peu importe le résultat (match nul 4-4), mais ce jour-là un homme allait éclabousser le match de tout son talent, notamment par ses dribbles extraordinaires, Raymond Kopazewski. Il était tellement doué ce jeune joueur de 20 ans, fils de Polonais, qu’Albert Batteux, l’entraîneur du club champenois, s’empressa de le faire signer au Stade de Reims. Voilà comment Raymond Kopa, comme on l’appellera désormais, s’est retrouvé propulsé dans un des meilleurs clubs européens, parce que le Stade de Reims dans les années 50, c’était au minimum le top 5 du foot mondial, comme nous dirions de nos jours, avec comme différence que les les plus grands clubs avaient une équipe comportant en majorité ou presque totalement des joueurs nationaux.

Fermons la parenthèse et revenons à Kopa pour dire qu’à partir de son arrivée à Reims, sa carrière va suivre une trajectoire rectiligne qui va le mener en équipe de France à l’âge de 21 ans, sitôt après qu’il fût naturalisé français. Il honorera la première de ses 45 sélections contre l’Allemagne, le 5 octobre 1952, à Colombes devant 56.000 spectateurs. C’était une équipe très jeune qui avait été composée à cette occasion, avec Roger Marche comme capitaine et doyen d’âge (28 ans). Parmi les jeunes de cette équipe figuraient Penverne, mais aussi Cisowski qui deviendra un des meilleurs buteurs de l’histoire de notre football, l’ex-Hongrois Joseph Ujlaki qui aura eu le malheur d’arriver au sommet en même temps que Kopa, ou encore le gardien Ruminski et le défenseur Gianessi. Cette équipe allait réussir une très belle performance en l’emportant par 3 buts à 1, avec des buts d’Ujlaki, Cisowski et Strappe.

Ensuite Kopa allait devenir très vite le patron sur le terrain du Stade de Reims, avec qui il deviendra à quatre reprises champion de France, et de l’équipe de France, au point d’être appelé le 17 mars 1955 le « Napoléon du football » par les Espagnols, à l’issue d’une victoire au stade Santiago Bernabeu (où jouait le Real Madrid), contre l’Espagne (2-1), avec un but de Kopa qui fut véritablement exceptionnel ce jour-là. Cette performance du meneur de jeu français allait donner évidemment des idées au Real qui le recrutera un an plus tard, en 1956. Auparavant Kopa et le Stade de Reims avaient remporté la Coupe Latine (1953), ancêtre de la Coupe d’Europe, en battant l’AC Milan à Lisbonne (3-0) avec des buts de Jonquet, Kopa et un remarquable jeune joueur, Francis Meano, qui hélas allait trouver la mort accidentellement quelques jours plus tard à l’âge de 22 ans.

Ensuite pour Kopa ce sera l’épopée européenne avec le Stade de Reims, qui arriva en finale de la première Coupe d’Europe contre le Real Madrid (1956), après avoir notamment éliminé en quart de finale le club hongrois de Voros Lobogo, où opéraient Hidegkuti, Sandor, Sipos ou Zakarias, tous membres de la grande équipe de Hongrie de Puskas et Kocsis. Le Real Madrid remportera cette finale sur le score de 4-3, à l’issue d’un match que les Rémois n’auraient jamais dû perdre, ayant mené 2-0 après dix minutes de jeu. Ce n’était que partie remise pour Kopa, puisqu’il allait remporter les trois Coupes d’Europe suivantes en 1957, 1958, et …contre le Stade de Reims en 1959, finale qu’il finit blessé suite à un choc avec Vincent, je devrais plutôt dire une agression. Cette blessure, à la cheville droite, n’allait pas être sans conséquence, puisque cette cheville ne le laissera plus jamais tranquille jusqu’à la fin de sa carrière, malgré plusieurs opérations.

En tout cas à cette époque Raymond Kopa était considéré comme le meilleur joueur de la planète avec Di Stefano, son coéquipier du Real, un peu comme de nos jours le duel Messi-Ronaldo, sauf que les deux joueurs opéraient dans la même équipe. Pendant sa période madrilène (1956-1959) où il conquit aussi le titre de champion d’Espagne à deux reprises (1957 et 1958), Raymond Kopa joua ailier droit la plupart du temps, le poste de meneur de jeu étant réservé à Di Stefano. Pour l’anecdote je rappellerais une phrase attribuée à Raimundo Saporta, véritable bras droit du président Santiago Bernabeu, répondant à Raymond Kopa qui regrettait de ne pas pouvoir s’exprimer à son meilleur poste : « Ecoute, tu es payé, et même très bien payé. Alors tu dois savoir qu’ici le numéro un c’est Di Stefano, et le numéro deux c’est toi ! ». Néanmoins, ce poste excentré ne l’empêchera pas de marquer 48 buts en 158 matches. En outre il remportera le ballon d’Or en 1958 (accompagné par Fontaine sur le podium) et sera deuxième en 1959, derrière Di Stefano. Kopa sera aussi sacré en 1958 meilleur joueur de la Coupe du monde, comme je l’ai écrit précédemment, devant des joueurs comme les Brésiliens Didi et Pelé, remportant la troisième place avec l’équipe de France, une performance qui aurait pu être plus belle encore sans la blessure de Jonquet contre le Brésil, alors que le score était nul (1-1). Kopa, meilleur joueur, et Fontaine, meilleur buteur (13 buts), étaient au firmament du football mondial, et allaient se retrouver au Stade de Reims au début de la saison 1959-1960.

Kopa en effet, ne pouvant être libéré à sa guise pour jouer avec la sélection nationale, décide de revenir à Reims pour une durée de six ans. Ce fut le premier joueur à disposer d’un contrat à temps, pour lequel il s’était beaucoup battu, et qui allait lentement devenir la règle pour tous les joueurs (1968) qui, auparavant, appartenaient à vie à leur club, au point d’être transférés dans un autre club sans être mis au courant du transfert (cas de Penverne transféré au Red Star en 1959). Il allait aussi être le premier à devenir une icône en termes de marques avec des chaussures, des vêtements ou encore des jus de fruits à son nom. Cela dit, et pour revenir au jeu proprement dit, Kopa et Fontaine n’auront pas, hélas, l’occasion de beaucoup jouer ensemble sous le maillot rouge (Reims) ou bleu (équipe de France), car Kopa n’en finissait plus d’avoir des problèmes à sa cheville, et Fontaine devant arrêter le football à 28 ans (1962), après avoir marqué 165 buts en 200 matches de championnat et 30 buts en 21 sélections (statistiques hallucinantes, supérieures à celles de Messi et Ronaldo), suite à deux fractures de la jambe (1960 et 1961).

Kopa, pour sa part, disputera son dernier match avec l’équipe de France le 11 novembre 1962 (défaite contre la Hongrie 3 buts à 2), avant de refuser toute sélection suite à un différend avec le sélectionneur de l’époque G. Verriest, qui s’obstinait à vouloir le faire jouer ailier droit. Malgré tout, l’empreinte que laisseront les duettistes Kopa et Fontaine restera indélébile dans l’histoire du football français, et ils symboliseront à jamais le jeu à la rémoise des années 50 avec Piantoni, au point qu’on parlait à l’époque du trio Fo-Ko-Pi comme on avait parlé quelques années auparavant du trio suédois du Milan AC Gre-No-Li qui voulait dire Gren-Nordhal-Liedholm. Voilà un tout petit résumé de la carrière de Raymond Kopa, qui restera à jamais le « Napoléon du football », excellente comparaison en faisant référence au génie militaire du vainqueur d’Austerlitz .

Michel Escatafal

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Le PSG tutoie le Gotha européen, n’en déplaise à J.M. Aulas

aulasCette fois la saison de football est bien lancée, en France et ailleurs. Ailleurs parce que même si plusieurs grands championnats n’ont pas repris, il y a les diverses coupes européennes ou nationales pour les occuper. Ainsi on a assisté hier soir à une des plus grosses surprises de ces dernières années, avec la lourde chute du FC Barcelone en finale de la Super coupe d’Espagne contre l’Athletic Bilbao (4-0 et 1-1). Preuve que le football n’est pas une science exacte, preuve aussi que le Barça ne peut pas forcément se passer impunément d’un de ses trois attaquants (Messi, Neymar et Suarez). Cette fois c’était Neymar qui était absent, mais c’est la même chose si c’est Messi et même Suarez. Ce qui est amusant c’est de voir la réaction des forumers français, trouvant presque normal que le Barça soit battu sans un de ses atouts majeurs, alors qu’ils ne soulignent jamais l’absence conjointe de Verratti, Motta, David Luiz et Ibrahimovic lors des confrontations entre le PSG et le FC Barcelone en ¼ de finale de la Ligue des Champions au printemps. Cela étant, chacun sait que dans notre pays on préfère soutenir le « gentil » Barça au « vilain » PSG, dont le principal défaut est d’être très riche…grâce aux capitaux du Qatar. Ah, la France et les Français ! Quel pays sommes-nous devenus ? Au fait, personne n’est choqué parmi ces pseudo supporters du Barça, profondément anti-PSG, de voir écrit sur le maillot de Messi et ses copains « Qatar Airways »!

Passons, et voyons à présent ce qui se passe chez nous dans notre bonne vieille Ligue 1. Déjà, on observe que le « méchant » PSG, est en tête du championnat après deux journées. Normal disent les nombreux détracteurs du club parisien, puisqu’ils ont un budget de 3 à 50 fois supérieur à celui de ses adversaires. Il a en effet nombre de joueurs de classe mondiale comme Ibrahimovic, Cavani, Pastore, Lucas, Matuidi, Verrati, Motta, Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos, Maxwell et Aurier, et j’en oublie peut-être. Evidemment cela fait riche un tel effectif, surtout quand en plus on le renforce avec un des tous meilleurs joueurs de la dernière Coupe du Monde et de la Copa America, l’Argentin Di Maria. Là c’est le trop plein pour nos braves franchouillards, qui n’acceptent pas que les stars du ballon rond appartenant au PSG touchent entre 5 et 15 millions d’euros par an. On a même des remarques du style : « C’est une honte de donner autant d’argent à des types qui tapent dans un ballon » ! Comme si les joueurs du Real, du Barça, de Chelsea, des deux Manchester ou du Bayern ne touchaient pas des sommes de cet ordre ! Oui, certes, mais nous sommes en France, et 75% de gens préfèrent une victoire du Barça contre le PSG…ce qui est hallucinant.

Ce qui l’est encore plus, c’est que ces gens sont tellement haineux, à force sans doute d’être malheureux de leur sort individuel, qu’ils se répandent en grand nombre au moindre article sur le PSG, allant même jusqu’à regretter qu’on parle autant du club parisien. On pourrait leur rétorquer que s’ils n’aiment pas les articles sur le PSG, le mieux serait qu’ils ne les lisent pas. Mais cela semble au-dessus de leur compréhension. Ce qui est aussi incompréhensible, et je doute que cela existe ailleurs à ce point, c’est de reprocher à un joueur d’être né…à Marseille. Si j’écris cela c’est parce que dimanche soir, Stambouli, natif de la cité phocéenne, a été sifflé par des soi-disant supporters du PSG à son entrée sur le terrain. Ahurissant de bêtise et de stupidité ! C’est aussi ça la France ! Certes les siffleurs étaient sans doute une minorité, du moins il faut l’espérer, mais c’est quand même un signe que notre pays va très mal, beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Les gens du Qatar doivent quand même être interloqués devant  « une (telle) inertie mentale qui se manifeste à la fois dans les actes et les propos », pour parler comme Théophraste.

Heureusement pour ces gens, pour ces Français à l’étroitesse d’esprit bien ancrée, ils ont leur héraut en la personne de l’ineffable J.M. Aulas, l’homme qui voulait récupérer les points perdus contre le RC Lens (par le biais d’un dépôt de bilan du club artésien) pour que son club, l’Olympique Lyonnais, ait quelques chances supplémentaires d’être champion de France 2014-2015. Imaginons Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, faire la même démarche? Quel tollé de la part des franchouillards, chacun y allant à son tour à propos des « valeurs », mot que l’on brandit allègrement…sans en connaître le sens (même Thauvin !!! a employé ce mot à propos du PSG)  ! Problème, le président du PSG a la classe des grands dirigeants, et jamais on ne le verra se livrer à ce genre de bassesse. Lui ne s’occupe que de son club. Mieux même, il ne cherche pas à recruter les meilleurs joueurs de ses concurrents nationaux, ce qu’il pourrait facilement faire vu les moyens dont il dispose, pour les affaiblir. Non, il respecte tout le monde, se contentant de vouloir à tout prix remporter la Ligue des Champions le plus rapidement possible, rêve absolu des investisseurs qataris, parce que ça installerait définitivement leur club dans le Gotha européen. La marque PSG, qui a déjà tellement évolué depuis 2011, serait à ce moment au niveau de celle des clubs historiques, type Real, Barça ou Manchester United, la différence de palmarès étant quasiment gommée par la notoriété de Paris, troisième destination le plus visitée au monde.

Cela d’ailleurs J.M. Aulas ne semble pas le comprendre, aveuglé par son envie d’être plus important qu’il n’est… ce qui est tellement français. Des Français qui évidemment apprécient son esprit gaulois, qui le porte à affirmer qu’il refuse de s’incliner devant le pouvoir de l’argent, symbolisé par le PSG. Et encore a-t-il de la chance J.M. Aulas que l’Olympique de Marseille, seul club français à avoir remporté la C1, soit devenu un club en proie à de grosses difficultés économiques, malgré la fortune personnelle de son actionnaire, laquelle aimerait bien vendre son club…si elle trouvait un acheteur. Mais qui voudrait acheter l’Olympique de Marseille ou l’Olympique Lyonnais ? Marseille ou Lyon ne sont pas des villes connues dans le monde entier (Bordeaux l’est davantage), et la France n’est pas une terre d’accueil facile pour des investisseurs étrangers, surtout pour le football, en raison d’une fiscalité hautement dissuasive. Résultat, si la notoriété de Paris permet de dépasser ce handicap, qui s’ajoute à une passion moindre pour le football en particulier et le sport en général, ce ne peut pas être le cas pour Lyon ou Marseille. Du coup, à part le PSG qui est sur une autre sphère, tous les autres clubs français sont condamnés à vivoter et à être des clubs moyens sur le plan européen, formant des joueurs pour les vendre plus tard. Et ce n’est pas avec son « grand stade » que l’Olympique Lyonnais pourra combler l’immense fossé qui le sépare des plus grands clubs de la planète.

Ce stade d’abord il faudra le payer, et le club d’Arsenal sait que ce n’est pas une mince affaire, même pour un club londonien. Il n’y a guère que les supporters lyonnais, idolâtrant leur « très grand président », pour croire que ce fameux stade va générer des revenus tels que l’Olympique Lyonnais va très vite se retrouver dans une situation financière florissante. A ce propos, on peut aussi noter que les Qataris ont très bien négocié leur arrivée à Paris, en obtenant très rapidement la gestion exclusive du Parc des Princes pour les 30 prochaines années à partir de 2014, contre un loyer fixe de 1 million d’euros annuel plus des bonus, ce qui leur permettra de pouvoir achever les travaux de rénovation commencés depuis l’an passé, avec pour objectif de disposer d’une enceinte de 60.000 places, voire même plus, après 2016. De quoi faire enrager encore davantage J.M. Aulas, qui en est réduit à payer en plusieurs fois des transferts de l’ordre de…5 millions d’euros, et à transférer son « futur Samuel Eto’o » à Tottenham (N’jie). Au fait, combien de temps gardera-t-il Fekir, «  »son nouveau Messi », ou encore Lacazette, l’homme qui vaut plus de 100 millions d’euros, puisqu’il est « bien meilleur » que Gareth Bale ? Certes, il est quelque peu revenu sur ces déclarations, mais quand il les a faites, cet hiver ou au printemps, il n’avait pas l’excuse de la canicule de juillet.

Un dernier mot enfin, pour dire que je n’ai rien contre Monsieur Aulas, qui a fait du très bon travail à Lyon pour son Olympique Lyonnais, mais il gagnerait à faire preuve de plus de mesure, voire de modestie, ce qui lui permettrait de se réjouir de voir le PSG atteindre un niveau de notoriété tel que toute la Ligue 1 en profite. Qui aurait imaginé il y a cinq ou dix ans qu’on connaîtrait notre championnat en Thaïlande ou en Indonésie, voire même en Amérique du Nord? J.M. Aulas aime incontestablement la lumière, mais la lumière qu’il veut se créer semble l’aveugler au point parfois de perdre toute notion de bienséance. En outre, qu’il arrête ses tweets de gamin attardé, car ce n’est pas digne de quelqu’un comme lui. C’est bien de vouloir faire moderne, mais J.M. Aulas a 66 ans, un âge où généralement on est devenu sage. Cela étant, comme l’a écrit Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée, « d’âge en âge, on ne fait que changer de folie ».

Michel Escatafal


En rouge et blanc…

collaratlético madrid

Avant de commencer mon propos, je voudrais souligner une fois encore l’extraordinaire performance de l’équipe de France de handball, qui vient de remporter son dixième titre international depuis 1992 (5 titres mondiaux, 2 titres olympiques et 3 titres européens) ce qui est tout simplement prodigieux. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, car on ne parle que de cela ou presque depuis hier soir, sauf pour souligner que ce nouveau titre mondial ne changera, hélas, rien à l’exposition médiatique du handball, qui continuera à être diffusé uniquement sur beIN SPORTS, les chaînes publiques ou gratuites ne s’y intéressant qu’à partir des demi-finales des grandes compétitions auxquelles participent notre merveilleuse équipe nationale…ce qui est lamentable. En outre, et c’est tout aussi triste, notre pays demeurera un pays en voie de développement en ce qui concerne les infrastructures, comparé à d’autres pourtant moins riches que nous. En revanche ils seront reçus demain par le président de la République, ce qui est quand même une forme de reconnaissance de la patrie à leur égard, une patrie qui, il faut le reconnaître, n’est pas très sportive, comparée aux pays voisins du nôtre, à commencer par l’Espagne.

En parlant de ce pays, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le football espagnol et la Liga. Pour tout le monde, en France et dans le monde, s’il faut citer des clubs de football espagnols, on répondra tout naturellement et sans hésiter : le Real Madrid et le F.C. Barcelone. En revanche peu de gens évoqueront l’Atlético de Madrid qui, pourtant, est lui aussi un grand d’Europe, comme en témoignent son palmarès européen et ses performances récentes dans les compétitions organisées par l’UEFA, la plus belle étant évidemment la finale de la Ligue des Champions l’an passé, où le Real Madrid a fini par s’imposer dans les prolongations (4-1). Des prolongations arrachées après 93 minutes de jeu grâce à un but de Sergio Ramos, qui rappelait une précédente mésaventure en 1974 sur laquelle je reviendrai. Mais à peine quelques années auparavant, l’Atlético avait remporté deux fois la Ligue Europa en 2010 et 2012, année où un certain Falcao marquait 12 buts dans cette compétition, dont 2 en finale, et la Supercoupe de l’UEFA suite à ces deux triomphes dans la petite Coupe d’Europe.

Cela étant, le palmarès européen de l’Atlético de Madrid compte aussi une victoire dans feu la Coupe des Coupes (1962), mais aussi dans la Coupe Intercontinentale (1974), remplacée par la Coupe du Monde des clubs depuis 2005. En outre, comment ne pas parler de cette finale de Coupe d’Europe (en 1974) contre le grand Bayern Munich (Beckenbauer, Muller, le gardien Maier, Breitner, Hoeness) qui formait l’ossature de l’équipe qui allait enlever la Coupe du Monde quelques semaines plus tard contre les Pays-Bas de Cruyff. Un match où les Madrilènes furent crucifiés à la dernière minute de la prolongation sur un tir lointain de Schwarzenbeck, comme il n’en a sans doute plus réalisé un seul dans sa carrière, après que Luis Aragones (futur sélectionneur espagnol vainqueur de l’Euro 1988) ait marqué le premier but 5 minutes auparavant. Ensuite l’histoire sera cruelle, puisqu’à l’époque on faisait rejouer la finale deux jours après, l’Atlético s’inclinant lourdement dans le deuxième match (4-0), dans un stade à moitié vide, les Espagnols n’ayant pas récupéré de la déception du premier match. Il est vrai que n’être pas champion d’Europe pour quelques secondes et quelques centimètres a de quoi donner des regrets éternels ! A ce propos on notera que le Bayern Munich est un véritable bourreau pour les clubs espagnols, puisqu’il battit en finale de la Ligue des Champions 2001 le F.C. Valence dans la séance des tirs au but (5-4).

Sur le plan purement espagnol les Colchoneros, comme on appelle les joueurs de l’Atletico, ont remporté 10 titres de champion d’Espagne (le dernier l’an passé) et autant de Coupes d’Espagne (la dernière en 2013), sans parler de 2 Supercoupes d’Espagne en 1985 et 2014. Pour l’anecdote, l’Atlético Madrid fut fondé en 1903 par trois étudiants basques qui ont voulu donner à leur nouveau club le même nom que celui de Bilbao, ce qui explique aussi que les Colchoneros portent, comme les Basques de l’Atlétic Bilbao, le maillot rouge et blanc, certains affirmant que ces maillots coûtaient moins chers à confectionner que dans une autre couleur, parce que le rouge et le blanc étaient utilisés en literie pour faire des matelas (matelas se dit colchón en espagnol). Et puisque nous sommes dans l’histoire de l’Atlético de Madrid, il faut noter que l’essentiel de sa gloire est due au fait que ce club luttait presque d’égal à égal avec le Real Madrid et le F.C. Barcelone dans les années 60, même si le Real n’était plus le grand Real et si le Barça n’avait pas digéré sa défaite (injuste) en finale de la Coupe d’Europe 1961 contre Benfica.

Ce grand Real à l’époque avait encore de beaux restes, même s’il avait perdu quelques joueurs importants comme l’arrière Marquitos, le demi Zarraga, sans oublier Raymond Kopa qui avait quitté le club à la fin de la saison 1958-1959, et même si les Santamaria, Puskas, Di Stefano commençaient à ressentir le poids des ans. Quant au Barça, sa finale perdue en mai 1961 contre Benfica avait quelque peu disloqué l’équipe, notamment l’arrêt, le départ ou le déclin de quelques joueurs comme le gardien Ramallets, le meneur de jeu Suarez, qui quitta le club pour l’Inter de Milan, l’avant-centre brésilien Evaristo, les milieux Verges et Garay ou les attaquants anciennement hongrois comme Kubala, Kocsis et Czibor. Cependant cette équipe était malgré tout une des meilleures en Europe, ce qui n’empêcha pas l’Atlético de Madrid de remporter 3 Coupes d’Espagne entre 1960 et 1965, plus le championnat en 1966.

C’est à cette époque, en 1962, que l’Atlético remporta la deuxième édition de la Coupe des Coupes en battant en finale la Fiorentina (1-1 et 3-0) qui était tenante du titre. Cette finale fut jouée en deux temps, d’abord le 10 mai à Glasgow où les deux équipes ne parvinrent pas à se départager, Peiro et le remarquable Suédois de la Fiorentina, Kurt Hamrin, marquant chacun un but, les prolongations n’y changeant rien. Ensuite les deux clubs se mirent d’accord pour jouer le second match en septembre à Stuttgart, où cette fois les colchoneros l’emportèrent facilement (3-0), avec des buts de Jones, Mendoza et l’inévitable Peiro.

En revanche l’année suivante l’Atlético ne réussit pas à conserver son trophée face à Tottenham, qui écrasa les Madrilènes sur le score de 5-1, avec deux doublés de Jimmy Greaves (un des meilleurs joueurs anglais de l’histoire) et Dyson, plus un de White, Collar marquant pour l’Atlético sur pénalty. Au passage on notera que c’était la première victoire d’un club anglais dans une Coupe d’Europe. Il y en aura bien d’autres ! Cela dit, malgré le départ de son meilleur joueur, Peiro, pour le Torino (deuxième club de Turin) avant de rejoindre le grand Inter de Milan, l’Atlético remportera en 1966 le titre de champion d’Espagne, comme je l’ai dit précédemment, au nez et à la barbe du grand rival madrilène qu’était le Real qui, cette année-là, remporta sa sixième Coupe d’Europe des clubs champions (ancêtre de la Ligue des Champions), avec comme vedettes le gardien Araquistain, et les attaquants Amancio, Grosso et…Gento, seul survivant de la grande équipe de la décennie 50.

Parmi les meilleurs joueurs de l’Atlético à ce moment, on citera des noms connus comme le gardien Madinabeytia, les arrières Rivilla, Griffa, Rodriguez, le demi Glaria et son compère brésilien Ramiro, ancien coéquipier de Pelé à Santos (jusqu’en 1959), et les attaquants Jones (originaire de la Guinée Equatoriale), Chuzo, Mendoza et le plus connu de tous Collar, sans oublier Adelardo qui a joué 511 matches en rouge et blanc, soit 41 de plus que Collar (470). Tous ces joueurs sont les prédécesseurs les plus glorieux des héros les plus récents du club, qui ont emballé ces dernières années l’Europe du football, depuis le gardien belge Courtois, jusqu’à l’ancien joueur du PSG Rodriguez, en passant par Juanfran, Koké, Lopez, Adnan Turan, Miranda, Godin, Filipe Luiz et les buteurs stars que furent ou sont l’Uruguayen Forlan, le Colombien Falcao, surnommé le Tigre, et Diego Costa. Ces deux derniers jouent à présent en Angleterre, avec des fortunes diverses, Falcao, qui n’arrive pas à s’imposer à Manchester United et Diego Costa qui, au contraire, régale les supporters de Chelsea. Mais si l’un et l’autre ont quitté l’Atlético, il y a la relève qui est arrivée, avec Mandcuzik, Torres et notre Antoine Griezmann, qui a réussi très rapidement à convaincre l’entraîneur Simeone de sa grande valeur. Simeone, dont on évoque le nom au PSG pour l’été prochain en remplacement de Laurent Blanc. Par parenthèse, il était plutôt cocasse de lire hier une info du quotidien AS, qui croit savoir que l’Atlético Madrid allait trainer le Paris Saint-Germain devant la FIFA pour avoir approché leur entraîneur sans l’accord du club ibérique. Si l’information est juste, ce serait une nouvelle preuve de l’hypocrisie qui règne dans le monde du football, car cette pratique (accord du club pour une approche de l’un de ses joueurs ou entraîneurs) est évidemment très répandue.

Au passage, on notera que l’Atlético de Madrid était tombé en deuxième division au début des années 2000, en raison de multiples problèmes, notamment financiers. Cela ne les a pas empêché de rebondir, alors qu’en France des clubs comme le Stade de Reims, l’OGC Nice, l’AS Saint-Etienne, qui ont dominé le championnat de France pendant des périodes plus ou moins longues, n’ont jamais retrouvé le niveau qu’avaient ces clubs à l’époque où ils faisaient de bons résultats en Coupe d’Europe (2 finales de C1 pour le Stade de Reims en 1956 et 1959, une finale de C1 pour l’ASSE en 1976, et un quart de finale de C1 pour l’OGC Nice en 1960). L’Atlético de Madrid a tellement rebondi, que s’il y a globalement domination sur le plan national du Real et du Barça, sur ces cinq dernières années le palmarès européen de l’Atlético est quasiment égal à celui du Real Madrid, malgré un budget très inférieur. Il est vrai que le Real est le club champion des transferts en achetant pour des sommes considérables des joueurs comme Bale ( près de 100 M d’euros) ou encore comme Illaramendi (32 M d’euros) et Khedira… qui ne jouent quasiment pas, ce qui n’a pas empêché ce même Real d’avoir fait signer cet hiver le jeune Brésilien Luca Silva pour 14 Millions d’euros. Preuve que le fair-play financier ne s’applique pas à tout le monde !

A ce propos, je voudrais revenir de nouveau sur cette invention loufoque de l’UEFA, qui favorise les clubs installés, parfois très endettés, au détriment des nouveaux riches, comme le PSG ou l’AS Monaco en France. Ces deux clubs étaient, en effet, susceptibles à très court terme de s’immiscer au plus haut sommet des clubs de notre continent, jusqu’à la mise en place de ce fair-play financier, qui est venu briser leur élan, avec une interdiction scandaleuse de recruter les joueurs qu’ils veulent, les empêchant de lutter à armes égales avec les Manchester United, Real Madrid, FC Barcelone, Bayern Munich ou Chelsea. Si j’emploie le mot « scandaleuse », c’est parce que des clubs surendettés comme certains ténors en Angleterre ou en Espagne, dont l’Atlético de Madrid, semblent pouvoir acheter à tout va, alors que le PSG, sans dette, en est réduit à faire des comptes d’apothicaire pour recruter un joueur. A croire que l’on veut vraiment empêcher le club parisien de jouer dans la cour des grands !

Néanmoins il y a un espoir, avec la plainte déposée par des supporters du PSG…qui pourrait bien mettre à mal cette institution dont Platini, président de l’UEFA, est si fier, mais qui contrevient au droit communautaire de l’U.E., et qui empêche les clubs qui en ont les moyens d’investir. Comment le PSG peut-il jouer à armes égales avec un plafond d’investissement en joueurs limité à 60 millions d’euros, alors que d’autres comme Manchester United ont pu dépenser 200 millions cet été , et qu’ils sont prêts à investir 90 millions d’euros aujourd’hui pour embaucher Hummels (défenseur central) et De Bruyne (milieu)? A croire que tout le monde peut recruter qui il veut…sauf le PSG ! A propos, comment le PSG peut-il attirer quelques uns des meilleurs joueurs de la planète avec 60 millions d’euros, généreusement octroyés par l’UEFA, alors que cette somme est devenue presque banale sur le marché des transferts ? Et quand j’écris cela ce n’est pas une galéjade, dans la mesure ou un joueur comme Otamendi, défenseur de Valence, a une clause libératoire de 80 Millions d’euros. Quelle blague de la part de l’UEFA, qui en plus ne veut même pas tenir compte des règles fiscales, lesquelles ne sont pas du tout les mêmes en Angleterre, en Allemagne ou en France !

Michel Escatafal


Le PSG, ce nouveau riche dérangeant…

uefaAujourd’hui je ne vais pas trop me fatiguer pour écrire un article (le trois cent unième), car je vais reprendre presque  intégralement une réponse que j’ai faite à propos d’un billet de Bruno Roger-Petit (Sport 24) sur le Fair Play Financier. Au passage je précise que c’est le seul forum sur lequel je glisse quatre ou cinq fois par an une réponse, tellement les interventions sur lesdits forums sont affligeantes de bêtises et font ressortir le manque de culture de la plupart des intervenants. C’est la raison pour laquelle j’en profite pour dire que sur mon site les commentaires sont sélectionnés, ce qui évite d’y lire poncifs et stupidités.

Fermons cette longue parenthèse introductive et parlons de nouveau de ce ridicule Fair Play Financier, tant vanté par Michel Platini, qui montre à quel point l’UEFA est influencée par les suggestions des clubs historiques, avec une mention spéciale pour le Bayern Munich, qui a beaucoup de mal à accepter l’irruption du PSG parmi les « grands d’Europe ». Et pourtant le PSG est un club sans problème, sans dette, bref un club que les Allemands devraient apprécier…s’il ne devenait pas un rival encombrant. Il est vrai que dans notre singulier pays, certains soi-disant amateurs de foot préfèrent les clubs étrangers, et ils sont plus nombreux qu’on croit. Il y en a même qui, sur les forums, disent « nous » (ridicule!!!) en parlant de Manchester United, du Real, du Barça, d’Arsenal ou de la Juventus, ce qu’ils ne font jamais ou presque pour les clubs de Ligue 1.

Amusant comme les Français n’aiment pas le PSG! J’ose espérer que ce n’est pas parce que les ressources de ce club proviennent de l’étranger. D’ailleurs ce ne serait pas logique, car l’actionnaire majoritaire de Manchester Utd est américain. J’ose espérer aussi que ce n’est pas parce que le PSG est un club opérant en Ligue 1, ce championnat tellement décrié…par les Français. Il paraît que le niveau y est très bas, et le spectacle très souvent nul. Pour le spectacle je veux bien, même si quelques clubs (Lorient par exemple) jouent un joli football, mais la Ligue 1 est loin d’être un championnat aussi facile qu’on le dit, et j’en ai pour preuve les difficultés qu’ont connues des joueurs comme Moutinho ou Falcao, ce dernier marquant beaucoup moins à Monaco qu’auparavant à l’Atlético Madrid.  Autre preuve, le jugement de Carlo Ancelotti, qui est mieux placé que quiconque pour apprécier la difficulté de notre championnat, lui qui, avec son armada de vedettes, avait dû subir la loi de Montpellier pour sa première demi-saison au PSG.

Certes les clubs français ont eu le tort de négliger la Coupe UEFA, seule la LdC les intéressant…parce que beaucoup plus lucrative. Mais il faut aussi comprendre les dirigeants de nos clubs, très étroitement surveillés par la DNCG, ce qui n’est pas le cas partout. Il y a aussi les différences de charges fiscales etc. Tout cela pour dire qu’en France, contrairement à d’autres pays, la plupart de nos clubs de Ligue 1 jouent chaque année pour leur survie avec le risque de descente en Ligue 2, ce qui explique les tactiques défensives de nombre d’équipes. Et oui, un club qui perd de l’agent et qui est trop endetté en Ligue 1 subit les foudres de la DNCG!

Le PSG (comme Manchester City) n’a évidemment pas ce type de problème, parce que son actionnaire est richissime…ce qui dérange les clubs « historiques ». On a toléré un temps l’irruption de Chelsea, mais on ne veut pas que le phénomène se répande trop, car la très lucrative Ligue des Champions paraît être une chasse gardée. Et il ne faut pas que le gâteau soit partagé en trop de parts, d’autant que cela pourrait donner des idées à d’autres investisseurs argentés. Pourtant le football y gagnerait, sachant que dix ou douze prétendants à la victoire en LdC ce serait mieux que trois ou quatre.

On me fera remarquer que l’AS Monaco en 2004 a été finaliste de la LdC contre le FC Porto. Certes, mais c’était en 2004. On me fera aussi remarquer que l’Atlético Madrid a été finaliste cette année, mais on oublie que l’Atlético ne pourrait pas opérer en Ligue 1 en raison de ses dettes. En revanche l’Atlético Madrid n’a pas l’air pour le moment dans la ligne de mire de l’UEFA, pas plus que les clubs russes qui offrent des salaires extraordinaires aux joueurs, en ce qui concerne le fameux FPF. Manchester United n’y est même pas du tout, ce qui lui a permis de dépenser  200 ou 250 millions pour se renforcer (bravo le FPF!), malgré ses dettes, alors que le PSG, qui n’a pas de dette, n’a pas le droit de dépenser…son argent. Pire encore, si un équipementier octroie 100M d’euros à un club comme Manchester United c’est normal. Si le PSG reçoit de l’argent d’un très gros sponsor, on le divise par deux. Encore bravo!

Un dernier mot enfin : comment le PSG (ou Manchester City) pourrait-il s’inscrire parmi les très grands clubs si son palmarès reste vierge de victoires en LdC? Or, chacun sait que pour gagner la LdC il faut à la fois de l’expérience et un effectif qualitatif et quantitatif surdimensionné. Pour avoir cela le PSG aurait dû recruter un ou deux fuoriclasse de plus, et ne pas être limité par le nombre de joueurs inscrits. A cause du FPF il n’a pas pu se renforcer comme il l’aurait voulu. Et le plus cocasse est qu’il lui a été nécessaire d’avoir recours à un artifice pour recruter Aurier. Oui, le club le plus riche de la planète, du moins celui qui est susceptible de disposer des plus importantes ressources grâce à son actionnaire, est obligé de quémander un prêt au Toulouse FC pour Aurier. On croit rêver…et pourtant nombre de Français trouvent cela normal, ce qui n’est pas le cas, ou beaucoup moins, à l’étranger. Au fait les Français méritent-ils un club comme le PSG?

Michel Escatafal


L’Atlético de Madrid ne supporte pas les temps additionnels

costaCette année 2014 aura été vraiment incroyable en ce qui concerne les deux grands sports collectifs inventés par nos amis anglais, plus particulièrement en ce qui concerne les résultats, malmenant parfois l’histoire la plus ancienne. Si j’écris cela c’est parce qu’hier soir nous avons assisté à deux scenarios très différents en ce qui concerne les finales de la Ligue des Champions et de la Coupe d’Europe de rugby, scénarios qui nous font aussi réfléchir sur l’évolution de ces deux sports collectifs, l’un, le rugby, utilisant au maximum la technologie moderne, l’autre, le football, demeurant ancré dans ses certitudes devenues complètement obsolètes. Résultat, autant le rugby essaie d’être au plus près de la réalité d’un match, autant le football vit sur une planète ancienne qui fait penser aux aberrations des détracteurs de Galilée relatives au mouvement de la terre. Pas étonnant de la part de gens comme Michel Platini, croyant que la planète football n’a nullement évolué depuis le vingtième siècle, et qui a cru intelligent d’instaurer un fair-play financier démagogique…dans le seul but, aux yeux de ses détracteurs, de s’assurer un maximum de voix lors des prochaines élections de la FIFA ou de l’UEFA. Un fair-play financier qui permet à des clubs cumulant des dettes astronomiques de toutes sortes d’être « dans les clous » du dispositif, alors que l’on condamne à de lourdes sanctions, financières et sportives, d’autres clubs ayant un bilan équilibré sans aucune dette fiscale, sociale ou bancaire (cas du PSG). Et tout cela en faisant un calcul « au doigt mouillé », donc tout à fait arbitraire, des rentrées d’argent apportées par les sponsors.

Après cette longue introduction, passons à présent aux raisons de mon propos, en pensant à ce qui s’est passé hier soir entre le Real Madrid et l’Atlético. Peu m’importe que Real ait remporté cette Ligue des Champions, puisque je ne suis supporter d’aucune de ces deux équipes, mais en revanche je trouve hallucinant que dans les matches de football de ce niveau on fasse jouer quatre, cinq, six ou sept minutes d’arrêts de jeu, ce calcul étant fait plus ou moins lui aussi « au doigt mouillé », sauf évidemment en cas de très grave blessure ou de problème technique pendant le match. Pourquoi ne pas faire comme dans le rugby ou, en cas d’arrêt de jeu, l’arbitre du milieu donne l’ordre d’arrêter et de reprendre le chronomètre. Reconnaissons que cela a au moins le mérite d’être juste et équitable, la sirène annonçant la fin du temps règlementaire, sauf aux yeux des hiérarques des instances du football. Bien sûr il ne faut pas exagérer le recours aux procédés techniques modernes, afin de ne pas dénaturer le jeu, mais force est de reconnaître que la vidéo permet dans la quasi-totalité des cas de valider un essai ou une pénalité, sans parler des fautes grossières des joueurs. En revanche ce type d’exagération ne risque pas d’arriver au football…parce qu’on refuse obstinément d’avoir recours à la vidéo, y compris pour ce qui se passe dans la surface de réparation, d’où les innombrables protestations de joueurs, entraîneurs ou dirigeants de club. En revanche on n’hésite pas à infliger 20 millions d’euros d’amende au PSG ou à Manchester City…pour les punir d’être trop riches !

Et puisque je n’ai pas trop le temps, et que nous sommes sur un bloc consacré surtout à l’histoire du sport, je voudrais rappeler quelques faits qui ont marqué nos jeunes années (pour les plus anciens), et qui montrent que l’histoire se répète toujours, même si, comme l’affirmait Karl Marx (qui n’avait jamais joué au football), elle ne se répète pas nécessairement « la première fois comme une tragédie » et « la seconde comme une farce ». Encore que cela reste à démontrer, en voyant Diego Costa, l’avant-centre de l’Atlético Madrid, faire son apparition sur le terrain de la finale de Lisbonne samedi soir, alors qu’il était pourtant blessé aux adducteurs. Certes il y avait eu, dans les jours précédant le match, le remède de cheval employé par un mystérieux praticien de la médecine serbe, mais il ne fallait pas être un grand médecin pour savoir que Costa ne serait pas guéri en huit jours d’une lésion musculaire importante…qu’il avait aggravée en participant à la dernière journée du championnat d’Espagne, contre le FC Barcelone, la semaine précédente. Pire même, cela pourrait lui coûter sa place à la Coupe du Monde avec l’équipe d’Espagne. Cela rappelle, à ceux qui se souviennent de l’épopée des Verts de Saint-Etienne (en 1975-1976), le remplacement de Sarramagna par Rocheteau en finale de la Coupe d’Europe contre le Bayern de Munich, l’entraîneur stéphanois, Robert Herbin, tentant le tout pour le tout en faisant jouer blessé son atout numéro un de l’époque.

Rocheteau en effet, absent des terrains depuis plus d’un mois et en attente d’une opération pour le guérir d’un problème musculaire, avait quand même fait le déplacement avec ses camarades à Glasgow au cas où il pourrait apporter son génie et sa force de percussion, si la nécessité s’en faisait sentir, ce qui était le cas, le Bayern menant 1-0 depuis la minute 57. Et cela faillit marcher ! Pendant les huit dernières minutes l’attaque stéphanoise devint très dangereuse, Rocheteau et ses crochets donnant le tournis aux défenseurs allemands. Cela dit, malgré l’apport de l’Ange Vert, la finale se termina en tragédie, le Bayern de Maier, Beckenbauer, Muller, Hoeness et Rummenige l’emportant 1-0. En tragédie et non en farce, parce que Rocheteau était l’ultime recours pour les Stéphanois afin d’arracher une égalisation bien méritée. En revanche pour ce qui concerne Costa ce fut une farce, dans la mesure où il fut quasiment incapable de toucher le moindre ballon avant sa sortie à la neuvième minute.

Et puisque je parle de l’Atlético et de sa défaite par le Real samedi dernier en finale de la Ligue des Champions, cela me rappelle un épisode et un scénario ressemblant en tous points à celui que nous avons vécu lors de cette première finale cent pour cent madrilène dans l’histoire de la C1. Au passage, je devrais écrire finale qui opposait, pour la première fois depuis la création de la Coupe d’Europe des clubs champions, deux clubs issus de la même ville…ce qui aurait pu se produite avec Milan, Manchester, Lisbonne ou Londres, mais pas pour les clubs français, lesquels ont tellement de mal à composer une équipe de dimension européenne, ce qui en fait une exception en Europe! Fermons la parenthèse pour revenir à ce triste jour pour l’Atlético de Madrid que fut la victoire du Bayern Munich en finale de la C1, le 17mai 1974 à Bruxelles (4-0). Mais quand j’évoque le triste jour, ce fut plus encore le 15 mai, l’Atlético se faisant rejoindre par le Bayern, lors du premier match (il n’y avait pas à l’époque les tirs au but en cas d’égalité après prolongations) à la 94è minute. Exactement le même scénario que 40 ans plus tard, sauf que le buteur s’appelait à l’époque Schwarzenbeck et cette fois Sergio Ramos, sauf aussi que Schwarzenbeck marqua d’un tir de 20 mètres du pied droit et Ramos de la tête.

Là par contre, ce fut dans les deux cas une tragédie pour l’Atlético de Madrid, au point qu’on peut se demander s’il s’en remettra. Si je dis cela c’est parce que le club aurait, nous dit-on, plus de 500 millions d’euros de dettes, avec un arriéré d’impôts de plus de 100 millions. Cela étant son vainqueur en finale de la Ligue des Champions 2014, le Real Madrid, aurait lui aussi une dette globale de plus de 500 millions d’euros, même si le président du Real n’en reconnaît que 90 millions, dus exclusivement aux banques. Problème, si l’on en croit certaines associations, cette dette serait bien de plus de 500 millions dont une partie à l’administration publique, ce qui n’empêche pas le président du Real de vouloir rénover le stade Bernabeu, pour un coût de 400 millions d’euros, qui serait financé…en ayant recours « à une formule ingénieuse ». On comprend que tout cela fasse tousser les détracteurs du flair-play financier, ceux-ci estimant que le PSG et Manchester City, pas du tout endettés je le répète, n’auraient jamais dû être sanctionnés, les moyens de leurs actionnaires et de leurs gros sponsors étant en outre quasi illimités. Finalement Cantona a bien raison de parler de « politique » à propos de Michel Platini et de l’UEFA ! Au fait, moi qui voulais parler de rugby et du RC Toulon, je n’ai écrit que sur le football. Ce sera pour la prochaine fois.

Michel Escatafal


Le « fair-play financier », la plus stupide des fausses bonnes idées

FPFJe ne dois pas être très intelligent, sinon je ne me poserais pas la question : c’est quoi le « flair-play financier » ? Oui, désolé, mais je ne comprends pas pourquoi on a décidé à l’UEFA, dirigée par Michel Platini, de créer « ce machin », comme aurait dit le général de Gaulle. Car il s’agit bien d’un « machin » destiné à quelque chose, mais quoi ? Certes, on va me répondre que le « machin » en question est théoriquement destiné à égaliser les chances des clubs participant aux compétitions européennes, afin que ce ne soit pas toujours les mêmes qui gagnent. A priori c’est une bonne idée, mais, c’est trop beau pour être vrai, en précisant toutefois qu’on ne compte plus les clubs aux moyens financiers peu importants qui ont remporté une coupe européenne, à commencer par la Ligue des Champions ou, si l’on préfère, la C1, comme on dit dans le monde du football. Parmi ces clubs je citerais Nottingham Forest (2 fois en 1979 et 1980), Aston Villa (en 1982), le SV Hambourg (en 1983), le Steaua Bucarest (en 1986), le FC Porto 2 fois en 1987 et 2004), l’Etoile Rouge de Belgrade (en 1991), et même l’Ajax d’Amsterdam (4 fois en 1971, 1972, 1973 et 1995) ou encore le Benfica de Lisbonne (2 fois en 1961 et 1962), le Celtic de Glasgow (en 1967), le Feyenoord de Rotterdam (en 1970) .

J’ai même envie d’ajouter à ces noms l’Olympique de Marseille de Bernard Tapie qui, contrairement à ce qu’on croit, était loin d’avoir les moyens du club que l’équipe phocéenne avait battu en finale de 1973, le Milan AC. Preuve que ce ne sont pas toujours les clubs les plus puissants financièrement qui finissent par l’emporter, d’autant que, cette année, l’Atlético de Madrid pourrait très bien devenir champion d’Europe avec un budget nettement inférieur aux trois autres clubs qualifiés pour les demi-finales de la Ligue des Champions, le Real Madrid, le Bayern de Munich et Chelsea, club qui prête ses nouvelles recrues un peu partout en Europe, ce qui est une manière d’investir sans faire exploser sa masse salariale et être à l’abri des tracasseries de l’UEFA…ce qui peut aussi générer de gros bénéfices (cas de Courtois ou Lukaku), sans trop creuser les pertes si le joueur n’est pas aussi doué qu’on l’imagine.

Quand je parle de clubs « les plus puissants financièrement », je devrais ajouter « en apparence », car certains clubs disposant soi-disant d’un budget illimité sont extrêmement endettés. Je n’en citerais que deux, sans doute les plus connus dans le monde, le Real et le FC Barcelone, qui à eux deux ont remporté 13 titres en C1 (9 pour le Real et 4 pour le Barça). Au passage je ferais observer que le Real, qui, à grands coups de millions prêtés par les banques, a acheté depuis plus de dix ans la plupart des meilleurs joueurs du monde (dont C. Ronaldo et Gareth Bale), n’a pas gagné une seule fois la Ligue des Champions depuis 2002. Comme quoi l’argent ne fait pas forcément le bonheur, au football comme ailleurs. Alors, me direz-vous, pourquoi cette tocade de l’UEFA à propos du « flair play financier » ?

Et bien, comme sans doute vous tous, je n’en sais rien, car je ne vois pas réellement ce que cela va changer dans le monde du football…sauf à pérenniser et à figer la situation actuelle dans la hiérarchie des clubs de football. Dit autrement, cela signifie aussi que l’UEFA ne veut pas que des riches investisseurs achètent des clubs susceptibles de bousculer la hiérarchie globale des clubs les plus réputés de la planète. En disant cela, je pense notamment à Manchester City et au Paris Saint-Germain, qui sont les clubs phares visés par le « flair play financier ». Par parenthèse, je note que Manchester City, appartenant depuis 2008 à un membre du Conseil exécutif de l’émirat d’Abou Dabi, et qui dispose donc de très gros moyens, n’a toujours pas dépassé le stade des huitièmes de finales de la Ligue des Champions depuis 2008, et s’est contenté d’un titre de champion d’Angleterre en 2012 et d’une Coupe d’Angleterre en 2011. Rien de bien extraordinaire, comparé à des clubs nettement moins riches. Cela étant, Manchester City, comme le PSG, a les moyens de frapper très fort sur le marché des transferts pour enfin figurer dans le dernier carré de la Ligue des Champions et, pourquoi pas, la remporter…sauf si l’UEFA l’empêche de recruter des joueurs ou à défaut lui interdit d’aligner ses recrues dans les compétitions européennes. Idem pour le PSG. Cela signifie que le Real Madrid, malgré son colossal endettement, pourra recruter qui il veut, et faire jouer ses recrues en Ligue des Champions, mais pas Manchester City ou le PSG, alors que le PSG affiche un déficit de 3.5 millions d’euros et n’a pas de dettes autres que celles vis-à-vis de son actionnaire.

Plus curieux encore, alors que le PSG a un contrat d’image et de sponsoring avec QTA (Autorité du Tourisme Qatarien) de 200 millions qui lui assure une visibilité totale à court et moyen-terme, l’UEFA fait des difficultés au club parisien, alors que tel autre club très endetté peut, s’il le désire, refaire à grands frais son stade…parce que tout investissement lié à la rénovation du stade n’entre pas en compte dans le calcul de la dette. Bref, même si ce financement du stade est monté intégralement grâce à des concours bancaires, le club ne risque rien vis-à-vis du « flair-play financier », alors qu’il n’accepte pas un sponsoring pur et dur en provenance d’un Etat… parmi les plus riches du monde. Ridicule!   Après tout si le Qatar a investi sur le PSG, et si un établissement qatari fait du sponsoring pour attirer l’attention sur le pays, ce n’est sans doute pas pour le plaisir de dépenser de l’argent, même s’il en a énormément, mais surtout pour avoir un retour, par exemple sur le tourisme, encore assez embryonnaire au Qatar par rapport à d’autres activités du pays. En outre le PSG est devenu une vitrine pour ce pays…au même titre qu’elle l’est et l’a été pour d’autres clubs dans d’autres pays.

Un dernier mot enfin : qui s’est indigné dans les années 50 au moment où le Real Madrid a remporté cinq fois de suite l’ancêtre de la Ligue des Champions (Coupe d’Europe des clubs champions), entre 1956 et 1960? Personne, et pourtant le club madrilène achetait systématiquement les meilleurs joueurs de la planète, ce qui lui permettait d’avoir dans ses rangs le meilleur défenseur du monde (Santamaria) et les quatre plus grand joueurs de l’époque, Di Stefano, Kopa, Puskas et Didi. Et le Real des années 2000, avec Ronaldo (le Brésilien), Figo, Zidane, Beckham, appelés les « galactiques », qui s’en souciait ? Personne. Alors pourquoi chercher des poux dans la tête au PSG, à Manchester City, qui, après tout, ne font qu’appliquer les mêmes méthodes que le Real d’autrefois et d’aujourd’hui, que le Barça d’autrefois et d’aujourd’hui, que l’Inter de Milan, le Milan AC et la Juventus autrefois ? Et le Bayern de Munich et Manchester United, n’ont-t-ils pas de gros sponsors, et ne paient-ils pas leurs vedettes au même tarif que celles du PSG ou de City ? Alors pourquoi toutes ces tracasseries pour certains clubs ? Je m’interroge, et j’espère qu’en cas de sanctions qui empêcheraient les clubs d’investir comme ils l’entendent, les tribunaux trancheront en leur faveur. De toute façon, quoi qu’il arrive, il y aura toujours des clubs plus riches que d’autres…et ce sera ma conclusion pour ce débat qui serait sans fin si l’on n’y met pas un terme.

Michel Escatafal


Le Ballon d’Or 2013 : une injustice…surtout pour les Français

ballon d'orPour clore définitivement ce chapitre ô combien longuet et fastidieux sur l’attribution à Cristiano Ronaldo du Ballon d’Or 2013, je voudrais rappeler simplement quelques évidences de bon sens. Tout d’abord, même si le Ballon d’Or doit récompenser les résultats de l’année sur le plan de la performance individuelle et en club ou en équipe nationale, il est d’abord une distinction personnelle. Or, sur ce critère strict, il est normal de privilégier en premier le talent pur si, bien évidemment, les statistiques individuelles sont en conformité avec ledit talent. Ainsi cette année il est tout à fait normal que le Ballon d’Or soit attribué à Cristiano Ronaldo aux dépens de Messi, lequel a été victime de trop nombreuses blessures pour espérer concurrencer son rival. A la limite même, Ibrahimovic aurait dû être mieux placé que Messi, car ses statistiques sont affolantes, tant en club qu’en équipe nationale, et il n’est jamais blessé.

Et Ribéry me direz-vous ? Et bien justement je n’en dis pas grand-chose, et j’en arrive à ce que l’on appelle la récompense au nom de l’équipe ayant remporté le plus grand nombre de trophées dans l’année, mais dans ce cas pourquoi privilégier un joueur plutôt qu’un autre. Oui pourquoi, d’autant que cela peut-être trois, quatre ou cinq joueurs qu’il faudrait récompenser et non un seul. Dans le cas du Bayern en 2013, le gardien Neuer, les arrières  Lahm et Alaba, le milieu Schweinsteiger ou Robben méritaient tout autant que Ribéry la distinction, en notant au passage que le collectif du Bayern en est tellement un, qu’aucun joueur ne se dégage réellement de cette équipe. C’est d’ailleurs ce qui différencie le Barça des années précédentes avec le Bayern 2013, car le Barça entre 2009 et 2012 comptait dans ses rangs le meilleur joueur du monde en valeur absolue, en tout cas un des deux meilleurs avec Cristiano Ronaldo, les deux étant très au-dessus de Ribéry. Il faut parfois être sérieux, même si nous parlons de sport !

J’observe à ce propos que l’histoire est là pour nous rappeler que, quel que soit le mode de désignation, ce n’est pas la première fois que pareille situation se produit. Je rappellerais par exemple qu’entre 1956 et 1959, si l’on fait exception de la désignation pour l’ensemble de son œuvre de Stanley Matthews (il avait alors 41 ans) en 1956, lors de l’attribution du premier Ballon d’Or, deux hommes se sont partagés le trophée chacun à tour de rôle, Di Stefano et Kopa, pour la simple raison que c’étaient les deux meilleurs joueurs du monde. Et si en 1958 ce fut Kopa qui gagna le Ballon d’Or sans que Di Stefano ne se place sur le podium, c’est tout simplement parce que Di Stefano jouait pour l’équipe d’Espagne…qui fut incapable de se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde (éliminée par l’Ecosse). Il était donc logique que malgré la victoire du Real en Coupe d’Europe, et malgré le but marqué par Di Stefano lors de la finale contre l’AC Milan (victoire 3-2), Di Stefano ne figure pas parmi les lauréats du Ballon d’Or. Cela étant, entre 1956 et 1959, Di Stefano et Kopa ont totalisé sept podiums dans ce classement.

Platini, qui regrettait lundi soir que depuis 2011 il y ait toujours un duel Messi-Ronaldo, aurait dû se rappeler des années 1956 à 1959 au lieu de considérer le duel Messi-Ronaldo comme une anomalie…parce que Ribéry n’avait pas été choisi malgré tous ses titres avec le Bayern Munich.  Et si j’écris cela c’est pour poser la question suivante : qu’avait gagné Platini quand il remporta le premier de ses trois Ballons d’Or en 1983 ? Tout juste une Coupe d’Italie,  Avait-il été choqué d’avoir la distinction ? Je n’en ai pas le souvenir, et pourtant si on avait dû accorder le Ballon d’Or en 1983 en fonction des résultats, cela aurait été Félix Maggath qui l’aurait eu avec la victoire en C1 de son club, le Hambourg SV, en marquant le but de la victoire en finale,  ainsi que son titre de champion d’Allemagne. Autre chose, je ne me souviens pas avoir entendu Platini s’offusquer quand, en 2003, Thierry Henry fut devancé par Nedved (qui jouait à la Juventus comme autrefois Platini), alors qu’Henry avait remporté la Cup, mais aussi la Coupe des Confédérations et avait été meilleur buteur mondial de l’année.  Cela dit, la virulence de Platini ne s’explique-t-elle pas aussi par son désir de se démarquer de Sepp Blatter, le président de la FIFA ?

 Tout cela pour dire que ces polémiques sur le Ballon d’Or sont à la fois dérisoires et ridicules, surtout dans notre pays…parce qu’un Français, fut-il impopulaire chez lui, était concerné. Gageons que si à la place de Ribéry, Lahm, Neuer ou un autre  avaient été en course pour une des trois premières places, cela n’aurait guère fait que quelques lignes dans les médias français. Au fait, plutôt que parler de Ribéry, ne ferait-on pas mieux d’évoquer aussi le fait qu’un seul gardien (Yachine) et seulement trois défenseurs (Beckenbauer deux fois, Sammer, Cannavaro) en aient été lauréats ? Est-ce qu’un Thiago Silva, pour ne citer que lui, ne l’aurait pas mérité aussi cette année ne serait-ce que sur les critères du palmarès? Après tout le capitaine du PSG et de la sélection brésilienne a enrichi le sien en 2013 d’un titre de champion de France et d’une victoire en Coupe des Confédérations, le Brésil battant en finale l’Espagne (championne du Monde), les deux pays ayant éliminé en demi-finales respectivement l’Uruguay (championne d’Amérique du Sud) et l’Italie (finaliste du dernier championnat d’Europe). Certes la Coupe des Confédérations n’est qu’une petite Coupe du Monde, mais vu le calibre des demi-finalistes (12 victoires en Coupe du Monde à eux quatre), on peut considérer qu’il s’agit d’un très beau trophée.

En conclusion, j’en profiterais pour rappeler une nouvelle fois que notre pays est décidément plein de contradictions…ce qui peut-être fait son charme. Nous aimons beaucoup donner des leçons à la terre entière, fustigeant très souvent le chauvinisme des autres, fustigeant aussi l’arbitrage qui nous serait très souvent défavorable, fustigeant encore le fait que les Français sont en quelque sorte mal-aimés, mais oubliant que nous sommes assommants à force de toujours nous plaindre, y compris quand nous avons de la chance. Il suffit de lire à ce propos les remarques acerbes sur le Paris Saint-Germain, parce que son actionnaire est le Qatar, alors que pour la première fois depuis des lustres nous avons une équipe capable de battre n’importe qui en Europe, alors que ce club repose sur des bases solides avec un projet à long terme, ce qui est une première dans notre pays, alors que ce club apporte enfin à la Ligue 1 la visibilité que mérite notre football avec plus de 2 millions de licenciés chez les hommes (un peu moins de 100.000 chez les femmes). Et oui, nous sommes ainsi, et c’est pour cela que nous attendons depuis si longtemps un titre mondial en F1 (depuis 1994), un vainqueur du Tour de France (depuis 1985), un vainqueur homme d’un tournoi du grand chelem en tennis (depuis 1983)…et une victoire en Ligue des Champions en football (depuis 1993). Peut-être le PSG, dès cette année, comblera-t-il une partie de ces perpétuelles déceptions, et là, du moins je l’espère, plus personne ne se souciera du nom de l’actionnaire du club, sinon ce serait à désespérer de notre pays et de ses valeurs.

Michel Escatafal