Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


La Coupe du Monde de rugby à XIII se poursuit…sans que Vincent Cantoni ne puisse la voir

cantoni v.Avant de parler rugby à XIII, je voudrais évoquer une information qui, curieusement, n’engendre aucune fierté chez la plupart des Français : le PSG sera en 2016 le club le plus puissant de la planète football. Je ne dis pas le club le plus riche, car c’est déjà le cas puisqu’il appartient à la famille régnante du Qatar. Son budget à ce moment dépassera les 530 M d’euros, soit 100 M de plus que celui qui est prévu l’an prochain. Pour mémoire en France, cette année, l’Olympique Lyonnais et l’AS Monaco c’est un budget oscillant autour de 130 M, et l’Olympique de Marseille 125M. De quoi exciter bien des jalousies dans notre pays, alors qu’en Espagne tout le monde a été et est heureux de voir que le Real Madrid a un budget supérieur à celui des autres clubs. Mieux même, on trouve normal chez nos amis ibériques que le Real dépense presque 100 M pour acheter un joueur (Bale)…alors que ce club est déjà très endetté, ce qui n’est pas du tout le cas du PSG.

Fermons cette parenthèse footballistique avec ces sommes vertigineuses, pour revenir à un sport loin de les atteindre, même si l’argent y prend une place de plus en plus importante, le rugby à XV. Et à ce propos, il y a le match de samedi entre la France et la Nouvelle-Zélande, avec une composition d’équipe qui montre à quel point Philippe Saint-André a peu d’ambition. Si j’écris cela, c’est parce que la charnière est formée par l’inévitable, l’insubmersible Morgan Parra  à la mêlée et le Castrais Talès à l’ouverture. Rien que cela signifie que Saint-André n’a d’autre but que de limiter les dégâts dans une rencontre qu’il considère comme perdue d’avance. Ce n’est pas comme cela que la France préparera la Coupe du Monde 2015, avec des joueurs qu’on connaît, mais qui ne sont pas susceptibles d’élever le niveau de jeu de l’équipe.

Cela dit, où en est la naturalisation de Kockott, lequel a l’avantage sur Parra d’être meilleur joueur et surtout d’être aussi bon buteur ? Sinon, pourquoi ne pas installer Doussain ou Pélissier en numéro 9, ces deux hommes étant des avions de chasse à côté de Parra, quitte à placer à l’ouverture un vrai buteur. J’ai bien dit « installer », car si c’est pour les mettre en Equipe de France en les « flinguant » à la première erreur, ce n’est pas la peine. Or, c’est là justement le problème : tout est pardonné à Parra parce qu’il bute bien, et rien aux autres qui ont déjà occupé le poste (Dupuy, Machenaud). En attendant, cette paire Parra-Talès sera encore une nouvelle charnière, puisqu’ils n’ont jamais joué ensemble. Au fait, n’y-a-t-il dans notre pays aucun autre buteur que Parra ? Pourquoi ne pas essayer aussi une paire Trin-Dhuc-Pélissier qui évolue ensemble en club (Montpellier) ? Quel gâchis ! Et si j’insiste là-dessus, c’est parce que nous aurions pu et dû gagner la Coupe du Monde 2011 si nous avions eu une charnière bien huilée et indiscutable.

Reste le rugby à XIII…dont personne ou presque ne parle chez nous, alors que se déroule en ce moment la Coupe du Monde, laquelle est évidemment beaucoup plus commentée en Australie, et même en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne. Et pourtant on assiste à de beaux spectacles, des spectacles où la France ne brille guère, hélas, à la mesure de l’audience du XIII dans notre pays. Certes elle est déjà qualifiée pour les quarts de finale, mais je n’arrive pas à croire que les Français vont battre les Samoa lundi prochain à Perpignan, ville où jouent les Dragons Catalans qui fournissent l’ossature du XIII de France (15 joueurs en tout). N’oublions pas que les Samoa ont battu très nettement la Nouvelle-Guinée Papouasie, contrairement au XIII de France qui ne l’a emporté que d’un point (9-8) contre ce même adversaire. En outre les Samoans ont bien  résisté aux champions du monde en titre néo-zélandais (42-24), un score qui aurait dû être de 48-24 si Sonny Bill Williams n’avait pas commis la bourde du nouveau siècle en n’aplatissant pas dans l’en-but un essai qu’il s’était fabriqué seul, comme le super joueur qu’il est. Cela étant, le score qui était de 32-4 à la cinquantième minute a été réduit à 36-24 avant le dernier quart d’heure, résultat d’une magnifique révolte des Samoans, une révolte dont les Français ont été incapables contre ces mêmes Néo-Zélandais, qui ont pulvérisé le XIII de France (48-0), lequel n’avait que sa vaillance à opposer aux hommes en noir, et notamment à leur extraordinaire demi de mêlée Shaun Johnson.

En revanche ceux qui m’ont le plus surpris dans ce contexte, ce sont les Italiens, vainqueurs des Gallois pour leur match d’ouverture (32-16), après avoir battu l’Angleterre en match de préparation, et qui ont fait match nul avec l’Ecosse la semaine dernière. Toutefois cette équipe dite italienne est quand même beaucoup plus australienne qu’italienne, à l’image de son emblématique capitaine Anthony Minichielo, qui fut considéré au milieu des années 2000 comme le meilleur joueur du monde, ou encore de Ciraldo, Nasso qui joue à Avignon, ou Centrone, ces joueurs ayant marqué les essais italiens contre l’Ecosse (30-30). Hélas aucun joueur français n’est à ce niveau. Il faudrait naturaliser Sonny Bill Williams, Shaun Johnson…ce qui est une plaisanterie !  En tout cas, en citant ces noms de stars néo-zélandaises, on comprend pourquoi les Néo-Zélandais sont parmi les deux favoris de cette Coupe du Monde, en passe de conserver le titre acquis en 2008, et ce même s’ils ne peuvent pas compter sur celui qui est peut-être le plus fort de tous, Benji Marshall, qui vient de passer à XV. Qu’il est loin le temps où la frontière entre les deux rugbys était étanche, surtout dans le sens XIII-XV !

Un dernier mot enfin pour saluer la disparition de Vincent Cantoni (quatre mois après celle de son fils Jack), un des derniers héros de cette fameuse tournée aux Antipodes de 1951, où les Français avaient conquis le titre (officieux à l’époque) de champions du monde. Vincent Cantoni a été une immense vedette du rugby à XIII, sans d’ailleurs être passé par le rugby XV comme quelques uns de ses glorieux contemporains, parmi lesquels on peut citer Roger Arcalis, André Carrère, Puig-Aubert et Jacky Merquey. Vincent Cantoni fut finaliste de la Coupe du Monde 1954, une des deux seules fois où notre équipe nationale atteignit ce stade de la compétition avec l’équipe de 1968, où œuvraient notamment le capitaine G. Aillères et Jean Capdouze. Ces finalistes de la Coupe du monde 1954 avaient pour nom, outre Vincent Cantoni, le célébrissime Puig-Aubert, les centres Merquey et Teisseire, l’autre ailier Contrastin, les demis Benausse, Jimenez et Crespo, et les avants Audoubert, Krawzyk, Save, Pambrun, Verdié et Rinaldi.

Quelle belle équipe en effet, et surtout quel dommage qu’elle ait été battue par la Grande-Bretagne, une équipe à sa portée à ce moment. La preuve, les Français s’inclinèrent de 4 points, ce qui veut dire qu’avec un essai transformé ils l’auraient emporté, ce qui au vu de la fin du match aurait été tout à fait possible. A noter que peu après le début de la deuxième mi-temps, c’est Vincent Cantoni qui marqua l’essai (transformé par Puig-Aubert) qui permit aux Français de mener 9-8. Quand le XIII de France pourra-t-il de nouveau rivaliser avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Grande-Bretagne ? Sans doute pas avant un long moment, d’autant que le rugby à XIII est peu médiatisé dans notre pays. Heureusement que BeINSport est là pour nous proposer cette Coupe du Monde en direct, à commencer par ce soir à 21h un alléchant  Nouvelle-Zélande-Papouasie Nouvelle-Guinée, qui devrait voir une partie très ouverte où les Néo-Zélandais vont nous offrir un récital.

Michel Escatafal


Ibrahimovic mérite lui aussi le Ballon d’Or

ibrahimovicF. RibéryDécidément le Ballon d’Or de cette année suscite bien des commentaires en France, parce que Ribéry est concerné. Et lui commence à y croire plus que tout le monde au point, nous dit-on, d’avoir voulu se battre avec Gérard Houiller, ancien sélectionneur de l’Equipe de France et ancien entraîneur, entre autres du PSG (champion de France en 1986), de l’Olympique Lyonnais (champion de France en 2006 et 2007), et de Liverpool F.C. (vainqueur en 2001 de la Coupe UEFA, de la Cup et de la League Cup).

Pourquoi ce courroux de Ribéry contre Gérard Houiller ? Parce que cet entraîneur connu et reconnu, au palmarès imposant, a osé dire que « Ribéry n’est pas un joueur de classe mondiale qui te fait gagner l’équipe comme Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo ». On notera au passage que cette phrase n’est nullement dévalorisante pour Ribéry, car c’est un constat que peuvent faire de nombreux amateurs de football. D’ailleurs on ne se bat pas pour arracher Ribéry au Bayern de Munich, comme on se battrait pour arracher Messi au Barça ou Cristiano Ronaldo au Real Madrid, si ces deux joueurs étaient sur le marché.

Pire encore pour Ribéry, en plus de ces joueurs vient à présent s’ajouter Ibrahimovic dans la liste de ceux qui peuvent espérer avoir ce fameux Ballon d’Or que tous les joueurs rêvent d’avoir. Et même si je ne suis pas un technicien, je trouverais assez normal que ce soit précisément la star du PSG qui l’obtienne enfin pour l’ensemble de son œuvre, celle-ci comprenant, outre tous les titres qu’il a glanés dans les grands championnats européens (Pays-Bas, Italie, Espagne et France), son énorme impact sur la montée en puissance du PSG parmi les meilleures équipes européennes. Je doute et je suis même convaincu que, malgré tout son talent, Ribéry ait été capable d’aider le club parisien a monter aussi haut et aussi vite que l’a fait Ibrahimovic, celui-ci disposant en plus d’un charisme incomparablement plus élevé que celui que peut avoir Ribéry.

En revanche je pense qu’avec Messi et Ronaldo, le club parisien aurait peut-être grandi aussi vite…mais cela reste à vérifier. Si je dis cela, c’est parce que Messi est la star du collectif barcelonais, comme Ronaldo est celle du collectif madrilène, et comme Ribéry en est une dans celui du Bayern Munich. Voilà pourquoi je pense que ceux qui élisent le Ballon d’Or, devraient cette fois ne pas tenir compte des palmarès de l’année pour en désigner le lauréat, comme c’est hélas trop souvent le cas, même s’il est arrivé que, malgré un palmarès en or, le meilleur joueur de l’année ne soit pas désigné.

Deux exemples suffisent à le démontrer : en 1960, Ferenc Puskas avait très largement participé à la conquête de la cinquième Coupe d’Europe des clubs champions (ancêtre de la Ligue des Champions) par le Real Madrid, en ayant été le meilleur buteur de l’épreuve (12 buts en 9 matches dont 4 en finale), avait permis aussi au Real de remporter la Coupe Intercontinentale, et avait terminé meilleur buteur du championnat d’Espagne avec 26 buts marqués. On ajoutera à cela que s’il y a bien un joueur qui aurait mérité un jour ce trophée, c’est bien lui, en rappelant qu’il fut aussi l’emblématique capitaine de la grande équipe de Hongrie, peut-être la meilleure équipe nationale que l’on ait connue (une défaite en six ans entre 1952 et 1956). Bref, si Ribéry connaît l’histoire de son sport, il reconnaîtra que Puskas aurait mérité autant que lui cette année le Ballon d’Or, déjà en 1960 et pour l’ensemble d’une carrière où il aura marqué 709 buts en 720 matches.

Autre joueur méritant lui aussi le Ballon d’Or, tant en 2000 qu’en 2003 ou en 2006, un ancien coéquipier de Ribéry en Equipe de France, Thierry Henry. Ce dernier avait été un acteur principal du succès de la France au Championnat d’Europe des Nations en 2000, à la Coupe des Confédérations en 2003 et à l’accession de l’Equipe de France en finale de la Coupe du Monde 2006. Outre ses titres de champion du Monde 1998 et d’Europe 2000 en équipe nationale, il a quasiment tout gagné en club (AS Monaco, Arsenal et F.C. Barcelone), y compris la Ligue des Champions et la Coupe du Monde des clubs quand il opérait au Barça. Il a un des plus beaux palmarès de l’histoire du football, et a marqué dans sa carrière en Equipe de France (51 buts en 123 matches) et dans les clubs où il a joué le remarquable total de 400 buts en 879 matches, dont une partie en jouant attaquant excentré.

Tout cela pour dire que même si c’est Ibrahimovic, Messi ou Cristiano Ronaldo qui enlèvent le Ballon d’Or, Ribéry n’aura pas trop à rougir de ne pas l’avoir obtenu…en pensant à Puskas ou Thierry Henry. Je ne sais pas s’il connaît bien l’ancien « Major Galopant », mais en revanche il sait très bien qui est Thierry Henry. Raison de plus pour ne pas s’offusquer des propos tenus à son égard par Gérard Houiller, lequel n’a fait que constater une évidence. Oui Ribéry est un grand joueur, mais Ribéry n’a jamais été et ne sera jamais une star comme Messi, Ronaldo ou Ibrahimovic de nos jours, ou comme Kopa, Platini et Zidane dans le passé, pour ne parler que des joueurs français.

Michel Escatafal


Du mercato à l’Allianz Riviera en passant par l’histoire de l’OGC Nice…

Stade du RayOuf, nous allons être tranquilles pour trois mois en attendant le prochain mercato de football! Que retenir de celui qui vient de se terminer ? Le transfert record de Bale (plus ou moins 100 millions d’euros) au Real Madrid, en partie compensé par le départ d’Ozil (Arsenal pour à peu près 50 millions), le meneur de jeu allemand…ce qui ne réjouit guère nombre d’aficionados madrilènes, peu convaincus par le fait que Bale soit, théoriquement, deux fois meilleur qu’Ozil. Un dernier mot enfin, le Paris SG est en train de devenir un grand club : la preuve, le club parisien malgré tous ses moyens, à coup sûr plus importants que ceux du Real, s’est « contenté » de son recrutement de juillet, ce qui est une bonne chose.

Il faudra simplement que ses supporters grandissent, et ne tirent pas constamment sur Laurent Blanc, dont on rappellera que, pour le moment, il fait mieux que Carlo Ancelotti en termes de points, en attendant de démontrer qu’il peut faire beaucoup mieux en ce qui concerne la manière de jouer. En ne tirant pas non plus sur Pastore, voué pour le moment au destin de Didi au Real à l’époque de Di Stefano, Kopa et Puskas. Comme quoi, même avec un talent extraordinaire on peut avoir du mal à faire l’unanimité ! C’est le football, et comme dit le musicien et compositeur espagnol Luis Eduardo Aute : « un monde sans football serait terrible. Je ne peux l’imaginer ! »

Et puisqu’on parle de talent, une question me vient à l’esprit : Ribéry est-il oui ou non un joueur capable d’être au niveau des plus de l’histoire ? N’ayant joué au football que dans les cours de récréation ou dans une équipe de lycée, j’avoue que je ne saurais répondre par moi-même à cette question. Cela dit, ayant la possibilité de regarder la télévision, et ayant de la mémoire, je n’arrive pas à imaginer Ribéry au niveau de Messi ou de Ronaldo, pour ne parler que des attaquants contemporains. Certes il ne joue pas tout à fait au Bayern le même rôle que les deux autres dans leur équipe respective, mais il me semble que Ribéry est loin d’avoir la même influence dans le collectif du Bayern que Messi dans celui du Barça ou C. Ronaldo dans celui du Real.

En fait, en évoquant le mot collectif, c’est surtout le collectif du Bayern de Munich qui sert Ribéry et, pour ceux qui n’en seraient pas convaincus, il suffit de voir ses statistiques et même le poids de son influence en Equipe de France (12 buts en 74 sélections). On me fera remarquer que Messi comme Ronaldo sont loin d’avoir le même rayonnement  en équipe nationale que dans leur club respectif, mais il est quand même supérieur à celui de Ribéry, même si ce dernier est un grand joueur, le meilleur français en tout cas. Cela étant s’il décroche le Ballon d’Or 2013, ce qui est vraisemblable après avoir été élu joueur européen de l’année, il fera partie des lauréats comme le furent Belanov, Simonssen, Papin ou Sammer plutôt que comme l’ont été les trois autres Français à l’avoir, Kopa, Platini et Zidane ou comme aurait dû l’être Thierry Henry, battu par Nedved en 2003.

Autre réflexion qui me vient à l’esprit, la capacité des clubs français à évoluer au niveau européen. Tous les joueurs, y compris les meilleurs, qui opèrent en France, affirment que notre championnat est très difficile. Carlo Ancelotti, dont l’expérience n’est plus à démontrer, s’en est aussi rendu compte, comme en témoigne son échec lors de sa première année au PSG, où le club francilien, malgré un effectif infiniment supérieur quantitativement et qualitativement, a dû s’incliner contre la modeste équipe de Montpellier. Et l’an passé, l’OM a menacé jusqu’au bout les Parisiens, la différence ne se faisant que dans les tous derniers matches. Et pourtant nos clubs sont inexistants dans le concert européen, sauf le PSG la saison dernière.

Cependant en termes de budget, malgré les récriminations des présidents de certains clubs, nos équipes françaises ne sont pas plus mal loties que dans nombre de pays, à commencer par le Portugal qui devance largement la France à l’indice UEFA, sans parler du Danemark ou Chypre aux moyens infiniment moindres. Si j’écris cela c’est parce qu’un club danois (Ejsberg) et un autre qui est chypriote (Apollon Limassol) ont éliminé l’AS Saint-Etienne (actuel troisième de Ligue1) et l’OGC Nice du tour préliminaire de la Ligue Europa, tout comme l’OM battu l’an passé par un autre club chypriote, l’AEL Limassol, en Ligue Europa (3-0 au match retour). Ahurissant !

En revanche les clubs des grands championnats ont tous, ou presque, réussi à se qualifier pour la suite de cette Ligue Europa, ce qui n’améliorera pas notre classement européen, lequel détermine le nombre de clubs engagés directement dans les compétitions européennes. Et, malgré son « recrutement malin », on ne se fait guère d’illusions sur le sort de l’Olympique de Marseille dans sa poule de Ligue des Champions, avec comme opposants le Borussia Dortmund, Arsenal et Naples. Rien que du lourd, du trop lourd sans doute, comme on a pu le voir dimanche soir, où l’OM a été battu par le nouvel ogre de notre championnat, l’AS Monaco, seule équipe à pouvoir rivaliser avec le PSG cette année. Un PSG qui en revanche a bénéficié d’un tirage beaucoup plus clément avec l’Olympiakos, Benfica et Anderlecht, ces deux derniers clubs ayant un présent très inférieur à leur passé.

Enfin pour terminer ce petit tour d’horizon, je vais évoquer la fin d’un stade qui a servi de terrain de jeux à un des dix meilleurs clubs de l’histoire du football français, l’Olympique Gymnase Club de Nice. Ce club en effet a été quatre fois champion de France en 1951, 1952, 1956 et 1959, et trois fois vainqueur de la Coupe en 1952 (doublé), 1954 et 1997. Mais l’OGC Nice a été aussi trois fois deuxième du championnat en 1968, 1973 et 1976, deux ans avant d’aller en finale de la Coupe de France, battu par l’AS Nancy de Michel Platini, sorte de chant du cygne du club de la Côte d’Azur. Certes les Niçois remportèrent par la suite la Coupe de France, en 1997, et furent finalistes de la Coupe de la Ligue en 2006, mais il s’agit surtout dans ces deux derniers cas de performances sans lendemain. Sur le plan européen, là aussi il faut remonter aux années 50 pour trouver trace de performances significatives, avec deux quarts de finale en 1957 et 1960, et une finale de Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) où les Niçois furent battus par le F.C. Barcelone (1952).

Evidemment comme on peut le constater à travers cette énumération de titres, l’essentiel de la gloire niçoise se situa dans la décennie 50, où l’OGC Nice fut le seul club à pouvoir rivaliser avec le grand Stade de Reims de Kopa, Fontaine, Piantoni, Vincent, Penverne et Jonquet. Ces Niçois s’appelaient en 1952, l’année de leur doublé, Domingo leur excellent gardien, Firoud, Poitevin, l’Argentin Gonzales, Belver, le Luxembourgeois Nuremberg, un autre Argentin, Carniglia, qui deviendra entraîneur du grand Real (1957 à 1959), Coutreux, Cesari, Ben Tifour, sans oublier Antoine Bonifaci, seul joueur français avec Kopa à s’expatrier dans la décennie 50, lui aussi avec succès (champion d’Italie en 1954 avec l’Inter de Milan). Mais l’équipe de 1954 n’était pas mal non plus avec le renfort de joueurs comme Mahjoub, Just Fontaine et le surdoué ex-Hongrois Joseph Ujlaki, lequel aura eu la malchance d’arriver à son sommet au même moment que Raymond Kopa.

Cela dit, l’équipe qui remporta son dernier titre en 1959 était aussi remarquable tant par son jeu que par ses individualités, avec Lamia dans les buts, les arrières Gonzales et Chorda, les demis Cornu et Milazzo, et devant Foix, Barrou, Alba, l’inusable Nuremberg et le meneur de jeu argentin de grande classe Alberto Muro. Quelle équipe là aussi ! Elle arrivera jusqu’en quart de finale de la Coupe d’Europe, éliminée seulement par le Real Madrid de Di Stefano et Puskas, après avoir battu ce même Real au stade du Ray lors du match aller (3-2).

La deuxième belle période de l’OGC Nice aura lieu dans les années 70, mais à un niveau nettement inférieur. Et pourtant il y avait du beau monde dans l’équipe de 1978, battu en finale de la Coupe, avec Baratelli dans les buts, mais aussi les arrières Zambelli, Katalinski l’international yougoslave bosniaque, les milieux Guillou et Jouve, ou les attaquants Toko, Huck et Bjekovic, autre international yougoslave (serbe), qui était un excellent buteur (85 buts en 143 matches avec l’OGCN). Evidemment l’équipe qui remporta la Coupe de France en 1997, face à Guingamp, n’avait rien à voir avec celle de 1978 et encore moins avec celles des années 50. Qui se rappelle de Valencony le gardien, des arrières Savini, Salimi, Tatarian et Gomis, des milieux Fugen, De Neef, Gioria, Onorati ou des attaquants Chaouch et Kubica ? Peu de monde en dehors peut-être des supporters niçois. En tout cas, une finale entre cet OGC Nice et l’En Avant Guingamp, montre à quel point la Coupe de France peut réserver des surprises, surtout quand on pense que cette année-là il y avait parmi les huit quart de finalistes deux clubs de National (Créteil et Clermont Foot), et deux clubs de deuxième division (Laval et Troyes), comme on disait à l’époque.

Fermons la parenthèse pour dire que le stade du Ray était vraiment indigne de nos jours d’une ville comme Nice avec sa vétusté et ses 18 ou 19.000 places. Il sera remplacé à partir de ce mois par une enceinte très moderne de 35.000 places (l’Allianz Riviera), en espérant que l’équipe de l’OGC Nice se maintienne en Ligue 1, et redevienne une des meilleures de notre championnat. Combien d’équipes ont vu refaire leur stade depuis une vingtaine d’années et ont sombré par la suite ? Le RC de Lens est en Ligue 2, le FC Nantes vient tout juste de remonter en Ligue 1 après un long purgatoire en Ligue 2, le RC Strasbourg est en National, Le Mans FC vient d’être relégué en Divion d’Honneur avec son stade flambant neuf de 25.000 places, tout comme le Grenoble Foot 38 avec son beau stade des Alpes de 20.000 places. Cela dit, il y a au moins des gens qui sont heureux de pouvoir disposer de pareilles enceintes : les rugbymen. Ceux du F.C. Grenoble, club en plein renouveau depuis son accession en Top 14, et à un degré moindre le RC Toulon qui va jouer ses matches de gala à l’Allianz Riviera de Nice. Et avec le RCT, champion d’Europe, des matches de gala il y en aura fatalement lors de la venue du Stade Toulousain, de Clermont-Auvergne ou encore du Racing Métro, sans oublier les matches de H Cup.

Michel Escatafal


Ramallets et San Mamés appartiennent à l’histoire du football espagnol

ramalletssan mamesAlors que Carlo Ancelotti découvre les joies et les peines d’être l’entraîneur du Real Madrid, avec notamment le feuilleton à épisodes quelque peu pathétique concernant Gareth Bale (on parle de 120 millions d’euros !), j’ai découvert ces derniers jours dans la presse espagnole deux faits importants qui ont quelque peu bouleversé nombre d’amateurs de football en Espagne et ailleurs.

Il y a tout d’abord la mort d’Antoni Ramallets, un des plus grands gardiens de l’histoire du football dans le monde, un des ces gardiens qui font gagner à leur équipe un nombre considérable de points dans une saison. Ramallets, en effet, est décédé avant-hier à l’âge de 89 ans, et si je parle de lui c’est parce qu’il a fait partie d’une des meilleures équipes nationales de l’histoire du football, l’Espagne (35 sélections), avec laquelle il obtint la quatrième place dans la Coupe du Monde 1950, remportée par l’Uruguay. Une Coupe du Monde qui ne lui rappellera pas que des bons souvenirs parce qu’il encaissa six buts de la part des Brésiliens, ce qui ne l’a pas empêché d’être appelé « le Chat de Maracana », tellement il a multiplié les exploits durant tout le premier tour de l’épreuve. Mais il a aussi fait partie d’une des plus prestigieuses équipes de club, le FC Barcelone, avec laquelle il remporta la Coupe des Villes de foires (1958 et 1960) devenue par la suite Coupe de l’UEFA (à partir de 1971). Avec laquelle aussi il parvint en finale de la Coupe d’Europe, où il allait endurer la plus grande déception de sa carrière, en étant le héros malheureux de cette finale, encaissant un but indigne de lui…par la faute du soleil couchant.

J’ai déjà parlé de cette erreur sur ce site (Un coucher de soleil fatal à Berne), tellement la défaite du Barça, le 31 mai 1961 à Berne, parut injuste à tous ceux qui ont assisté au match, dans les tribunes et à la télévision. J’étais très jeune à l’époque, mais je me souviens de la détresse de Ramallets, encaissant un but « casquette », qu’il se pardonna d’autant moins que son équipe avec ses stars de l’époque, notamment ses attaquants Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez et Csibor, tira à plusieurs reprises sur les montants des buts de Costa Pereira, le gardien du Benfica Lisbonne, qui finit par l’emporter sur le score de 3 buts contre 2 au Barça.

Cela n’empêcha pas Ramallets d’être considéré comme une légende du FC Barcelone, où il a joué entre 1947 et 1962, même s’il opéra au début de sa longue carrière dans des clubs comme le Real Valladolid ou le Real Majorque. Il a disputé près de 400 matches officiels pour le Barça, club avec lequel il gagna, outre ses coupes européennes, 6 championnats d’Espagne, 5 coupes du Roi, et à 5 reprises le  trophée Zamora, récompensant le meilleur gardien de la saison espagnole. Et pourtant il y avait de la concurrence à l’époque avec Alonso et Dominguez les gardiens du Real dans les années 50 et 60, mais aussi celui de l’Atletico Madrid , Madinabeytia, celui de Valence qui s’appelait lui aussi Zamora, ou encore Yarza, l’inamovible gardien de Saragosse. Quelle riche histoire à l’évocation de ces noms!!!

Autre riche histoire, celle du stade San Mamés (40.000 places), qui abrite les matches de l’Athletic Bilbao, club phare du Pays Basque depuis 1913, et qui est en cours de démolition. Ce stade rappelle aussi un mauvais souvenir aux supporters de l’équipe de France (j’y étais), laquelle fut vaincue le 16 juin 1982, au premier tour de la Coupe du Monde, par l’Angleterre (3-1), ce qui n’empêcha pas les Français d’arriver jusqu’en demi-finale de la compétition. Cela dit, le dernier match dans ce stade mythique eut lieu le 25 mai dernier, avec une défaite de l’Athletic Bilbao face à Levante, sur un but dans les dernières secondes de la partie du remplaçant Juanlu qui était entré sur le terrain à la minute 79. Ce but évidemment ne restera pas dans l’histoire comme le premier qui fut marqué à San Mamés, en août 1913, dans un match amical contre le Racing d’Irun, par Pichichi, attaquant dont je vais reparler un peu plus loin.

Un stade où l’on a disputé 1305 parties de championnat et où 4222 buts ont été marqués. Une enceinte sportive qui va être remplacée par un autre beaucoup plus moderne de plus de 53.000 places, qui s’appellera San Mamès Barria, dès le début de la prochaine saison, ce qui sera une manière de faire peau neuve pour le club aux couleurs rouges et blanches verticales. Un des grands clubs espagnols entre parenthèses, vainqueur de 8 championnats d’Espagne et de 24 Coupes d’Espagne, depuis sa fondation en 1903. Un club dont son meilleur joueur dans les années 1910-1920, Arazandi, fut un grand buteur, au point d’être resté dans l’histoire en donnant son surnom Pichichi (il mesurait moins de 1.60m) au meilleur buteur du championnat d’Espagne. Curieusement, un siècle plus tard, le multiple pichichi, Lionel Messi, est lui aussi un joueur de petite taille.

Fermons la parenthèse pour ajouter que l’Athletic Bilbao, club mythique à la fois basque et espagnol, a pour particularité d’opérer avec des joueurs d’origine basque…et souvent avec un entraîneur, lui aussi basque. Ainsi l’année où l’Athletic Bilbao fit le doublé coupe-championnat (1984), après avoir enlevé le championnat l’année précédente, c’était un entraîneur basque, Javier Clemente, qui était aux commandes de l’équipe, dont les meilleurs joueurs figuraient parmi les tous meilleurs en Espagne. Je pense en particulier à l’attaquant Dani (25 fois international), l’arrière central Goikoetxea (39 sélections), un autre attaquant Etxeberria (53 sélections) et le mythique gardien de la sélection espagnole entre 1985 et 1998, Zubizarreta (126 sélections).

En 1977, quand l’Athletic Bilbao arriva en finale de la Coupe de l’UEFA, c’était aussi un entraîneur basque qui était au bord du terrain, Koldo Aguirre, ancien demi du club dans les années 50. Il entraînait une équipe dont les vedettes était un autre remarquable gardien qui passa 18 ans au club, Iribar (49 sélections en équipe d’Espagne), les milieux de terrain Churruca (16 sélections) et Irureta (4 sélections), et l’attaquant Dani, déjà présent. Cette équipe ne s’inclina que de très peu (1-1 et 1-2) dans cette finale UEFA face à la Juventus de Turin de Zoff, Scirea, Gentile,  Causio, Tardelli, Boninsegna et Bettega, entraînée par Trapattoni.

Aujourd’hui, l’Atletic Bilbao n’est plus tout à fait aussi basque qu’auparavant, même si l’équipe est composée quasiment en totalité de joueurs d’origine basque. Toutefois dans l’équipe qui arriva en finale de la Ligue Europa (ancienne Coupe UEFA), l’entraîneur était un Argentin, Marcelo Bielsa.  Cela étant les joueurs, à commencer par la grande star de l’équipe, Llorente, étaient tous d’origine basque. Dans l’équipe de cette année, on trouve parmi les joueurs un jeune défenseur central du nom d’Aymeric Laporte, né à Agen, mais qui a fait la plus grande partie de ses classes à l’Aviron Bayonnais et au CD Baskonia, l’antichambre de l’Athletic Bilbao, d’où sont issus notamment Iribar et Llorente. Laporte qui était jeudi soir sur le terrain lors de la finale du championnat d’Europe des moins de 19 ans avec l’équipe de France de cet âge.

Ce n’est pas le premier défenseur français a opérer à l’Athletic Bilbao, car il eut un prédécesseur célèbre en 1996, le Basque Bixente Lizarazu, à une époque où l’entraîneur était un autre Français, tout aussi célèbre, Luis Fernandez. Souhaitons à Aymeric Laporte, d’avoir la même carrière de joueur que Lizarazu et Fernandez, ce qui ne pourra qu’être bénéfique à l’équipe de France. Cela étant, pour les supporters de l’Athletic Bilbao, Laporte est considéré comme basque…ce qui est plutôt une bonne chose pour lui, puisque j’ai lu que 76% des fans préfèreraient voir leur équipe descendre en deuxième division, plutôt que voir des non-basques porter les couleurs du club.

Michel Escatafal


Le RC Toulon, Nibali et Ancelotti en haut de l’affiche

wilkinsonUn week-end de sport un peu particulier que cette Pentecôte 2013 ! Si je dis cela c’est parce que des évènements importants ont eu lieu dans trois sports parmi les plus médiatisés de la planète. Commençons par le vélo, avec la grosse option prise par Vincenzo Nibali sur la victoire dans le Giro. Le Sicilien est à sa place, dans la mesure où,  avec Contador et Froome, c’est le plus complet des coureurs à étapes. En outre, j’aime beaucoup ce coureur italien pour son tempérament bagarreur et son goût pour l’offensive, qui me fait penser à un autre grand champion que j’ai beaucoup admiré en son temps, Laurent Fignon. Voilà pour le vélo, en espérant pour les rescapés de ce Tour d’Italie que le temps soit moins exécrable qu’il ne l’a été ces derniers jours…ce qui paraît peu probable si l’on en croit les météorologistes.

Ensuite il y a le cas Ancelotti qui fait les grands titres des journaux français et espagnols. Ancelotti veut quitter le PSG pour aller au Real Madrid, afin de remplacer Mourinho, lequel est loin d’avoir réussi au Real Madrid aussi bien que dans les autres clubs où il est passé. Mais au fait, malgré les louanges parfois dithyrambiques qui lui sont adressées depuis qu’il a annoncé son envie de quitter le PSG, est-ce qu’Ancelotti a vraiment été l’homme providentiel qu’attendait le PSG pour lui faire franchir encore plus vite le pas qui le sépare encore des toutes meilleures équipes européennes ? La réponse est loin d’être aussi évidente qu’il n’y paraît, car, avec l’armada dont il disposait, remporter « seulement » un titre de champion de France et aller en quart de finale de la Ligue des Champions est quand même le minimum qu’on pouvait attendre d’un technicien aussi côté que lui. Bien sûr on me dira qu’il a réussi à gérer les egos de grands joueurs comme en possède aujourd’hui le PSG, mais là aussi c’est le moins qu’il ait pu faire, d’autant que les très grands joueurs (Ibrahimovic, Thiago Silva, Lavezzi, Pastore, Lucas ou Motta) ont toujours été titulaires, tout comme d’autres qu’on ne croyait pas aussi fort, comme Matuidi et Sirigu. La preuve, quand on regarde l’effectif parisien, on s’aperçoit que seuls une quinzaine de joueurs ont disputé la plupart des matches au cours de la saison, à savoir Sirigu, Jallet, Alex, Sakho, Silva, Maxwel, Matuidi, Verrati, Menez, Pastore, Lavezzi, Ibrahimovic, et Lucas après son arrivée en janvier, les autres se contentant de bouts de matches ou de remplacer les titulaires absents ou blessés.

Tout cela pour dire que dans le cas Ancelotti, il faut savoir raison garder…sauf à considérer que sans sa présence sur le banc, peut-être qu’Ibrahimovic, Thiago Silva ou Lavezzi ne seraient pas venus. Alors, et maintenant ? Et bien, il finira sans doute par partir au Real, mais ce ne sera pas sans conditions, ni pour lui, ni pour le Real. On peut même imaginer qu’il est un formidable atout dans la manche des dirigeants parisiens pour faire venir à Paris Cristiano Ronaldo ou pourquoi pas un autre grand joueur du Real, ou encore pour faire en sorte que le Real ne marche pas sur les plates-bandes du PSG pour un gros renfort qui ne manquera pas d’arriver à Paris d’ici la fin juillet. De toutes façons, contrairement à ce que de nombreux forumers ou journalistes pensent, cela ne va pas déstabiliser le PSG, car la seule chose qui pourrait le faire ce serait le départ des Qataris, comme l’a rappelé très justement Leonardo…car ils ont l’argent. Or, comme il n’est pas question pour les Qataris de  se désengager, bien au contraire, Ancelotti ou pas sur le banc n’est pas aujourd’hui le plus important, surtout que son remplaçant sera nécessairement un « tout bon ». En plus, compte tenu de l’ampleur du projet parisien et des moyens mis à sa disposition, les entraîneurs de renom ne peuvent qu’être flattés d’être sollicités par le PSG.

Dernière chose, j’ai du mal à accepter les explications affichées ou non d’Ancelotti pour expliquer son envie de départ. Par exemple quand il dit que « le Real est une possibilité », comme s’il voulait nous prendre pour des idiots. De même, quand j’entends dire qu’il a été froissé de  l’impatience manifestée par les décideurs qataris à propos des résultats du club francilien en novembre-décembre, cela me fait doucement rire, dans la mesure où il est parmi les deux ou trois entraîneurs les mieux payés au monde.  Comme l’a fait justement remarquer ce matin le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, il était quand même normal qu’après une série de trois défaites qui hypothéquaient la saison du club, on lui demande des explications. On notera à ce propos que c’est après ces explications que le PSG s’est de nouveau remis sur de bons rails, notamment avec le passage en 4-4-2 qui, à présent, fait la force de l’équipe, et qui a permis à certains joueurs importants de s’exprimer au mieux de leurs possibilités, par exemple Pastore et Lucas.

Passons enfin au sujet que je voulais traiter en priorité, à savoir la victoire du RC Toulon en Coupe d’Europe de rugby, une victoire qui m’a fait un immense plaisir. Pourquoi ? Non pas parce que j’ai une dent contre l’ASM Clermont, mais pour les efforts faits par un homme, Mourad Boudjellal, pour faire évoluer son club en particulier, et le rugby en général vers plus de professionnalisme. Cet homme en effet a apporté au rugby français son savoir-faire industriel, et c’est ce dont le Top 14 avait besoin. Point n’est besoin d’être grand clerc pour savoir que l’évolution du rugby vers plus de professionnalisme est irréversible. Et dans ce cas, il nous faut des grands clubs, comme le Stade Toulousain, l’ASM Clermont, le Racing, le Stade Français ou le RC Toulon, pour ne citer qu’eux, avec des joueurs venus du monde entier qui apportent un plus dans les championnats européens, à commencer par le notre. Il est bien pour le Top 14 qu’il y ait à côté de Dusotoir, Pascal Papé, Fofana ou Michalak, des joueurs comme Mac Allister, Sivivatu, Botha ou Wilkinson. Et c’est bon aussi pour tout le rugby européen, à travers les clubs ou franchises qu’ils soient français, anglais, gallois, écossais ou irlandais, ce qui nous permet d’avoir une Coupe d’Europe de très haut niveau. Et ce qui fait plaisir, c’est de voir que chaque année un club du Top 14 figure parmi les favoris de la compétition ou la gagne, cas ces dernières années du Stade Toulousain, de Clermont et à présent Toulon.

Le RC Toulon, qui a retrouvé en cinq ans son rang de place forte du rugby français (3 fois champion de France en 1931, 1987 et 1992 et 6 fois finaliste entre 1948 et 2012), après être remonté de la Pro D2 en 2008. Une progression extraordinaire…que l’on espère pour le PSG, même si la concurrence en football est largement supérieure. Une progression tellement extraordinaire que l’on a du mal à y croire, et à laquelle personne ne croyait sauf cet homme de défi qu’est Mourad Boudjellal, lequel a beaucoup payé de sa personne et a mis de gros moyens à la disposition du club pour faire venir quelques uns des meilleurs joueurs du monde. Parmi ceux-ci on citera le All Black Tana Umaga, le Sud-Africain Victor Madfield, l’Australien Georges Gregan, un autre All Black, Andrew Merthens, Bakies Botha le pendant de Madfield en deuxième ligne, Sonny Bill Williams qui était en 2008 le meilleur treiziste du monde…et Jonny Wilkinson, le fantastique ouvreur anglais, sans doute un des plus grands joueurs de l’histoire à son poste au même titre qu’un Barry John.

Et si j’insiste pour Wilkinson, c’est parce que Mourad Boudjellal fut sans doute le seul à avoir cru en lui en 2009, après une multitude de blessures qui laissaient penser que le corps de Jonny Wilkinson ne pouvait plus supporter les rigueurs et la dureté du rugby professionnel, après une carrière qui l’avait vu débuter au plus haut niveau en 1997 à l’âge de 18 ans, carrière dont le point d’orgue était un titre de champion du monde pour l’Angleterre, équipe qu’il a longtemps portée à bout de bras, notamment en 2003 lors de la Coupe du Monde en Australie. Je l’admire tellement Wilkinson, que j’ai écrit sur ce site un article où je l’avais qualifié de « plus que parfait ». Et pourtant il fut très souvent le bourreau du XV de France, mais cela démontre simplement que j’aime le rugby et ses grands joueurs…quelle que soit leur nationalité. Fermons la parenthèse pour souligner que Mourad Boudjellal mérite une statue pour avoir su  organiser la résurrection du merveilleux numéro 10 anglais, alors que beaucoup parlaient de lui au passé. Et c’est un juste retour des choses que, grâce à Jonny Wilkinson, le RC Toulon ait remporté samedi le plus beau titre de son histoire, avec cette Coupe d’Europe, victoire qui récompense l’énorme investissement personnel de Mourad Boudjellal pour son club.

Oh certes, Wilkinson n’était pas seul dans cette équipe constellée de stars planétaires du rugby (les frères Armitage*, Giteau, Bastareau, Michalak, Rossouw, Masoe, Fernandez-Lobbe, Botha, Sheridan ou Jenkins), mais  Wilkinson a été tout au long de l’épreuve l’âme de l’équipe, sorte d’assurance tous risques pour une formation qui savait pouvoir compter presque à 100% sur son ouvreur-buteur. La preuve, nous l’avons dans le fait qu’un point seulement séparait les deux équipes de Toulon et Clermont en finale, point que l’on trouve dans une transformation manquée par Parra sur un des deux essais clermontois, alors que Wilkinson a fait de nouveau un sans-faute dans les tirs au but. Et puisque je parle des deux buteurs, comment ne pas être confondu devant le match ô combien décevant du demi de mêlée clermontois, joueur dont j’ai toujours dit qu’il était surtout un excellent buteur, alors que Wilkinson fut non seulement remarquable buteur dans cette finale européenne, mais aussi excellent dans le jeu. Là est toute la différence entre un très bon joueur, Parra, comme il y en a beaucoup en France, et un très grand joueur, Wilkinson, comme il y en a très peu dans le monde, ce qui lui a valu le trophée du meilleur joueur européen, même si pour ma part je n’accorde qu’une valeur très relative à cette distinction…indiscutable cette année.

Un dernier mot enfin pour saluer un autre personnage qui fut pour beaucoup dans cette victoire européenne du RC Toulon, Bernard Laporte. Autant je n’appréciais guère le ministre des Sports qu’il fut, autant en revanche on ne peut que le féliciter d’avoir aidé le club toulonnais à grandir. Laporte a certes échoué dans la conquête du titre mondial en 2007, mais à côté de cet échec que de succès à la tête de l’équipe de France (4 victoires dans le Tournoi dont 2 grands chelems) entre 2000 et 2007) ou du Stade Français (champion de France 1998) ! Je crois qu’il fallait le dire, d’autant que le contraste est frappant entre son palmarès et celui de ses prédécesseurs ou successeurs en club ou en équipe de France. D’ailleurs qu’a-t-il manqué au XV de France en 2003 ou 2007 pour ne pas être champion du monde ? Simplement un Jonny Wilkinson . Imagine-t-on une paire de demis composée de Galthier ou Michalak associés à Wilkinson en 2003 ou une paire Elissalde-Wilkinson en 2007 ? Oui, dans ce cas la France aurait été imbattable.  Après tout ce n’est pas la faute de Laporte si Wilkinson est né anglais ! Reste à présent à B. Laporte et à Jonny Wilkinson à réaliser le doublé Top 14 et Coupe d’Europe avec leur club du RC Toulon, inédit pour un club français. Même le Stade Toulousain n’y est jamais parvenu, c’est dire ! Pour être franc, je pense que le Stade Toulousain de Guy Novès et J.B. Elissalde a les meilleures chances de remporter cette année, et une nouvelle fois, le fameux Bouclier de Brennus, à moins que Wilkinson…

Michel Escatafal

*A propos de Delon Armitage, certains se sont offusqués de son geste vis-à-vis de Brock James alors qu’il filait à l’essai. Ceux-là ne connaissent pas l’histoire du rugby. Il suffit de se rappeler, par exemple, le geste de J.P. Bastiat en demi-finale du championnat de France 1973, où l’on vit l’immense avant dacquois aplatir un essai au milieu des poteaux en narguant les joueurs biterrois de la grande époque, vaincus sur le score de 23-3 ! Ce geste ne porta pas bonheur à l’US Dax qui perdit, contre toute attente, sa cinquième finale contre le Stado Tarbais (12-18).


La théâtralisation des difficultés du PSG, un phénomène bien français

psgJ’ai souvent dit sur ce site que le Français n’est pas sportif. J’ai aussi ajouté que le Français avait aussi l’énorme défaut d’être un perpétuel donneur de leçons. Si les Français gagnent, ce qui peut arriver, c’est parce que ce sont les plus forts. S’ils perdent, c’est parce que les autres trichent. Autant de sentiments de gens frustrés de n’être pas au niveau des gagnants. Mais les Français font-ils tout ce qu’il faut pour que leurs champions gagnent ? Certainement pas ! Voilà le constat que l’on peut faire quand on suit le sport depuis des années, ce qui est mon cas.

A ce propos je voudrais commencer par une anecdote, que j’ai peut-être déjà racontée, mais qui est édifiante de l’état d’esprit qui est celui des clubs français et de certains clubs étrangers. Nous étions à la fin des années 50, et j’étais très jeune, ce qui ne m’empêchait pas déjà d’aimer le sport, et de nombreux sports. Bien qu’étant originaire d’une région (Sud-Ouest) où le rugby est roi, ce qui explique que j’ai commencé la pratique sportive par le ballon ovale, cela ne m’empêchait pas d’aimer voir jouer au football, et de m’y intéresser. De m’y intéresser tellement que, début 1959, j’ai écrit, sans rien demander à personne, au Real Madrid où jouait à l’époque Raymond Kopa.

Bien entendu, à ce moment de ma vie je n’étais pas hispanophone. J’ai donc écrit en français au grand club madrilène (en mettant comme adresse le stade de Chamartin), lui expliquant que j’étais un jeune garçon, qui serait très heureux de recevoir un fanion du club et une photo dédicacée des joueurs. En fait, j’avais le secret espoir d’avoir un autographe de Raymond Kopa, en rappelant que ce dernier était à l’époque un des deux meilleurs joueurs du monde avec son coéquipier du Real, Di Stefano. Fermons la parenthèse, pour dire que quelques semaines après ma demande, j’eus la merveilleuse surprise de recevoir une lettre en provenance de Madrid, où était écrit sur l’enveloppe : Señor Don Michel Escatafal et mon adresse.

Au comble de ma joie de recevoir ce courrier, j’ouvris fiévreusement l’enveloppe pour voir ce qu’elle contenait, sachant au toucher qu’il n’y avait pas que du papier. Et que vois-je ? Une longue lettre me remerciant pour mon attachement au club (je l’ai traduite plus tard, car personne dans mon entourage ne parlait espagnol), et surtout un fanion du club et la photo dédicacée par tous les joueurs, notamment Kopa, Di Stefano, Santamaria, Puskas, Gento, Santisteban, Zarraga et le gardien Dominguez. J’étais vraiment très heureux, pas suffisamment pour me faire abandonner le ballon ovale, mais assez pour que je m’intéresse désormais autant aux résultats du football qu’à ceux du rugby ou de la Formule1.

Et cela me donna l’idée de demander la même chose au Stade de Reims, pour la simple raison que le club rémois, avec ses Fontaine, Piantoni, Jonquet, Vincent, Penverne, Rodzik et le gardien Colonna, allait disputer la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions…contre le Real Madrid. En effet, malgré l’immense joie que m’avait procurée le courrier du Real, j’étais quand même un peu chauvin et, au fond de moi, j’espérais que le Stade de Reims batte le grand club madrilène, et se venge de la finale perdue en 1956, une finale que les Rémois ne méritaient pas de perdre, menant 2-0 après 10 minutes de jeu avant de s’incliner 4-3. J’écrivis donc au siège du club champenois, un ami de mon père m’ayant procuré l’adresse, en espérant recevoir le fanion rouge et blanc du meilleur club français des années 50, et peut-être même de l’histoire (double finaliste de la C1 et vainqueur de la Coupe Latine, ancêtre de la Coupe d’Europe).

Je n’eus pas longtemps à attendre, mais quelle déception en ouvrant la lettre ! Pourquoi ? Tout simplement, parce que le Stade de Reims me demandait d’envoyer la somme de 10 francs, pour pouvoir obtenir un fanion du club. Quant à la photo des joueurs on n’en parlait même pas. Jamais peut-être dans ma jeune vie, je ne fus autant déçu que ce jour-la. Quelle différence dans l’attitude des deux clubs ! Inutile de dire qu’à partir de ce jour, je ne fus plus supporter du Stade de Reims, au point que je refusais l’offre de mon père me proposant d’envoyer un billet de 10 francs pour obtenir le fanion que j’avais sollicité. Le ressort fut tellement cassé dans mon esprit que je me pris d’une affection indélébile pour le Real Madrid, y compris quand Kopa quitta le club pour retourner à Reims. Et c’est sans doute cet épisode qui me poussa à vouloir coûte que coûte apprendre le castillan, au point d’étudier avec frénésie la littérature espagnole et d’en faire profiter nombre de personnes.

Mais au fait pourquoi je raconte tout cela ? Tout bonnement parce que les Français passent leur temps à s’inventer des psychodrames, où la méchanceté n’a d’égale que leur frustration. J’ai souvent parlé sur ce site de l’attitude haineuse des amateurs de vélo vis-à-vis de Contador, une attitude que je ne supporte pas, tellement le Pistolero reste un animateur hors-pair des épreuves auxquelles il participe. Mais les Français sont aussi malveillants vis-à-vis de leurs champions et de leurs clubs, pour peu qu’ils ne fassent pas tout comme ils le souhaiteraient. Que n’a-t-on pas entendu sur nos sportifs qui vivent en Suisse, au point d’oublier que ce sont parfois ceux qui portent le plus haut nos couleurs. En écrivant cela je pense notamment à celui qui est sans doute le plus grand sportif français en activité, le pilote de rallye Sébastien Loeb, dont on va mesurer dès l’année prochaine le vide qu’il va laisser dans le monde des rallyes.

Mais il y a aussi le Paris Saint-Germain et les sarcasmes que ce club attire en ce moment, parce qu’il n’est que quatrième du championnat de Ligue 1, même s’il est qualifié pour les 1/8è de finale de la Ligue des Champions. Quand je lis ce qui s’écrit sur ce club par nombre de forumers, je suis rien moins qu’atterré. Je le suis d’autant plus que ces forumers représentent ce que pensent la majorité de mes compatriotes. D’abord ils reprochent au PSG d’avoir de l’argent. Ah, le rapport des Français à l’argent ! Tous voudraient en avoir, mais ils n’osent pas le dire. Et surtout ils en veulent beaucoup à ceux qui en ont un peu, et plus encore bien sûr à ceux qui en ont beaucoup. Et pour revenir au PSG, ces apprentis-sorciers fielleux reprochent au club parisien de disposer de très gros moyens…en provenance du Qatar.

Jamais contents ces pseudo-supporters, qui fustigeaient la précédente direction du PSG parce qu’elle n’investissait pas assez, et qui, maintenant, sont mécontents de voir arriver de très grands joueurs à Paris avec de l’argent en provenance de l’étranger. Qui sont mécontents aussi qu’on n’aligne pas une majorité de joueurs français dans leur équipe, qui sont mécontents enfin que ce soit un entraîneur italien qui dirige l’équipe à la place d’un Français. Mais ce que ces supporters à courte-vue ne comprennent pas, c’est qu’avec Antoine Kombouaré, au demeurant excellent entraîneur, jamais le PSG n’aurait sans doute pu faire venir des stars comme Ibrahimovic ou Thiago Silva. Il n’y avait qu’un technicien au palmarès énorme, cas d’Ancelotti, pour convaincre des joueurs de cet acabit de venir jouer en Ligue1. Une Ligue 1, dont ses représentants n’ont gagné en 56 ans de Coupes d’Europe que deux trophées, et sur les deux un a été remporté (par le PSG) dans une compétition qui n’existe plus (Coupe des Coupes).

Alors, pourquoi toutes ces critiques débiles sur le PSG, version qatarie ? Pourquoi ne pas se réjouir plutôt d’avoir une équipe figurant déjà parmi les 15 ou 20 meilleures en Europe ? Pourquoi ne pas se féliciter de voir le PSG et ses stars remplir systématiquement les stades chaque fois qu’il se déplace, et faire de grosses audiences télévisées quand le spectacle est au programme d’une chaîne non payante ? Pourquoi se réjouir des malheurs d’une équipe fatalement en construction, en rappelant que le PSG nouvelle version est né il y a moins d’un an et demi. Comme s’il suffisait de cent cinquante ou deux cents millions  d’euros pour construire une formation capable de dominer son championnat domestique et de briller en Europe ! Et si j’écris pareille chose, c’est pour noter qu’en France, et c’est normal, toutes les équipes affrontant le PSG ont une motivation décuplée…au point d’être méconnaissable lors du match suivant. Comment le Stade Rennais a-t-il pu dominer le PSG au Parc des Princes, en finissant le match à neuf, et ensuite être battu chez lui par Evian-TG au match suivant ?

Résultat, le PSG brille et brillera sans doute davantage en Ligue des Champions, du moins dans un premier temps, qu’en championnat, où cette équipe est l’équipe à battre, avec tout ce que cela comporte comme agressivité et détermination de la part des adversaires, sans parler des vociférations du public. Oui, le PSG doit attendre encore deux ou trois ans pour faire suffisamment peur à ses adversaires, comme l’a souligné son capitaine Thiago Silva, et s’imposer dans son championnat, à l’image de la Juve et des deux Milan en Italie, de Manchester en Angleterre, de Porto au Portugal, du Bayern en Allemagne ou du Real et du Barça en Espagne. Et plutôt que de se réjouir des malheurs du PSG, les soi-disant amateurs de football de notre pays devraient au contraire se réjouir que l’on parle enfin de la Ligue 1 chez nos voisins européens, alors qu’auparavant on n’en parlait jamais.

En outre cette publicité faite à la Ligue 1, rejaillira nécessairement un jour ou l’autre sur l’ensemble du football français, en attirant d’autres investisseurs fortunés, ce qui nous permettra de garder au pays nos meilleurs joueurs…comme les Anglais, les Espagnols ou les Allemands. Et oui, tout cela est l’évidence même, mais pour la comprendre il faut réfléchir avant d’agir, ce qui hélas n’est pas dans les habitudes de mes compatriotes, du moins ceux qui écrivent sur les forums ou ceux qui vont au stade…ce qui fait beaucoup de monde. Ce qui fait aussi notre singularité par rapport aux pays qui nous entourent, lesquels remportent des succès qui semblent pour nous chimériques.

Michel Escatafal