Il fallait oser, et certains supporters lyonnais l’ont fait…

tifoIl fallait oser et certains supporters lyonnais l’ont fait : ils ont déployé un tifo à l’effigie et à la gloire de J.M. Aulas, pardon de Monsieur le Président Aulas. Si je voulais être méchant, je dirais que cela me fait immédiatement penser aux gourous des nombreuses sectes qui sévissent de par le monde, ou encore au culte de la personnalité dans certains pays dirigés par un dictateur. Cela dit, Monsieur le Président Aulas n’a évidemment rien à voir avec les gourous ou les pires dictateurs de la planète, puisque le président de l’Olympique Lyonnais se contente simplement de tourner la tête de quelques supporters des travées du stade de Gerland, très heureux pour certains d’entre eux d’avoir acheté des actions d’OL Groupe à 24 euros, et qui valent aujourd’hui 1.91 euros. J’espère pour ces pauvres gens qu’ils n’ont pas investi des sommes considérables (pour eux), parce que s’ils avaient besoin de réaliser leurs avoirs, ils auraient presque tout perdu!

Et pourtant je suis persuadé que ces malheureux supporters-actionnaires de l’Olympique Lyonnais n’en veulent nullement à leur président, qu’ils considèrent toujours comme le phare du football en France et ailleurs, à force de s’entendre rappeler à chaque occasion que leur club est extraordinaire, qu’il est riche, qu’il est puissant et que leur stade sera le plus beau, le plus illuminé etc. Il suffit pour s’en convaincre de lire leurs commentaires sur les forums pour s’apercevoir à quel point leur vision du réel est déformée. Ils en arrivent même à imaginer que leur club est un des plus importants en Europe et dans le monde, et qu’avec le nouveau stade en construction l’Olympique Lyonnais sera dans quelques années plus riche que Manchester United, le Barça, le Real, le Bayern ou le PSG. Ils oublient, les pauvres, que les clubs dont je parle sont connus dans le monde entier, et que leur palmarès ou la notoriété de la ville qu’ils représentent sont sans commune mesure avec ceux de l’Olympique Lyonnais. Ils oublient aussi que de nos jours le football est devenu un énorme business, et qu’un club ne peut intéresser des gros investisseurs qu’à partir du moment où les retours sur investissement sont très importants…ce qui ne sera jamais le cas avec un club comme l’Olympique Lyonnais.

A ce propos, à part le PSG (un peu plus de 45.000 spectateurs de moyenne), limité par la capacité d’accueil du Parc des Princes, et l’Olympique de Marseille qui dépasse les 50.000 spectateurs à chaque match, aucune autre équipe en France ne dépasse la moyenne de 35.000 spectateurs (Lille) et surtout pas l’Olympique Lyonnais qui, fin 2014, et malgré de bons résultats se situait à environ 33.000 spectateurs. Au demeurant cette moyenne laisse quelques doutes sur le remplissage du nouveau stade à Decines prévu pour 60000 spectateurs. Cela pourrait sonner creux, et il faudra que les supporters inventent très souvent des tifos à la gloire de Monsieur le Président Aulas pour masquer les places vides. J’arrête là, car on va m’accuser d’être rosse et anti lyonnais, ce que je ne suis pas, parce que j’aime bien l’Olympique Lyonnais…même si son très grand président m’insupporte et finit par rendre ce club antipathique.

Trêve de plaisanterie pour noter que parmi les dix plus grosses affluences dans les stades de football, on trouve 5 clubs allemands à commencer par le Borussia Dortmund (premier avec plus de 80.000 spectateurs de moyenne), mais aussi le Bayern Munich (71.000 en cinquième position), Schalke 04 (plus de 61.000 en sixième position), Hambourg (52.000 en huitième position), et le Borussia Monchengladbach, en dixième position avec près de 51.000 spectateurs en moyenne. Pour compléter la liste on notera que le Real Madrid (76.000) et le FC Barcelone (74.000) sont respectivement second et quatrième dans ce classement des affluences, avec intercalé Manchester United (75.000) à la quatrième place, et Arsenal à la septième avec près de 60.000 spectateurs en moyenne. Désolé pour cette énumération un peu fastidieuse, mais elle suffit à démontrer que la propriété d’un stade de plus de 60.000 places est un élément très important…pour un très gros club, que n’est pas et ne sera jamais l’Olympique Lyonnais, n’en déplaise à Monsieur le Très grand président Aulas. Pour mémoire, Lyon et son agglomération comptent un peu plus de deux millions d’habitants, contre une douzaine de millions à Paris et un peu plus à Londres, ou encore plus de 6 millions à Madrid, 5 millions à Barcelone. Et si l’agglomération lyonnaise rivalise en nombre d’habitants avec l’agglomération de Munich ou de Manchester, Lyon est loin d’avoir la tradition sportive des populations de ces villes, comme des autres grandes cités allemandes ou anglaises. On observera d’ailleurs, ce qui montre le manque d’engouement de notre pays pour le sport en général et le football en particulier, que la France est le seul des grands pays à n’avoir qu’une grande équipe de football dans sa capitale.

Et cela m’amène à évoquer la possibilité pour le PSG d’acheter le Parc des Princes à la ville de Paris. Certes si l’on en croit la maire de Paris, Anne Hidalgo, ce n’est pas d’actualité, ce qui ne veut pas dire que cela ne le sera jamais. En fait, on peut imaginer que cela reviendra sur le tapis plus rapidement qu’on ne l’imagine, malgré le bail emphytéotique très favorable consenti au PSG pour 30 ans (jusqu’en 2043). En effet, il semble que les dirigeants qataris veuillent absolument avoir les mains libres pour transformer l’arène mythique de la Porte d’Auteuil, et porter sa capacité à 60000 places voire plus si possible. On ne peut d’ailleurs que comprendre la volonté des dirigeants du PSG, dans la mesure où le stade leur appartenant en qualité de propriétaire, ils auraient la possibilité de faire ce qu’ils veulent de leur enceinte sans en référer à quiconque, simplement en respectant les lois sur l’urbanisme…ce qui n’est déjà pas si simple. Les supporters parisiens, en outre, seraient encore plus heureux qu’ils ne le sont parce que cela signifierait, une fois pour toutes, qu’avec l’achat du Parc des Princes et l’installation du centre d’entraînement dans la région parisienne, les dirigeants qataris seraient là pour très longtemps, et que le club acquerrait une valeur inestimable, digne des plus grands clubs européens.

Cela étant, outre les cris des franchouillards peu amènes pour les étrangers, fussent-ils riches, il y en aura au moins un qui manifestera d’une façon ou d’une autre sa mauvaise humeur dans cette hypothèse très vraisemblable : le très grand Président Aulas. Il couinera en rabâchant une fois de plus que l’argent achète tout, qu’un club doit grandir dans la sueur etc. Et pourtant son ego surdimensionné devrait comprendre qu’avoir en Ligue 1 un club comme le PSG, connu dans le monde entier, avec ses stars planétaires, ne peut être que bénéfique à notre championnat de Ligue 1. Ne vaut-il pas mieux être le second du grand PSG, que le premier d’une ligue professionnelle où tous les clubs sont éliminés dès les premiers tours de toute compétition européenne? J’observe à ce propos que plusieurs clubs espagnols brillent dans le sillage du Real et du Barça (Atlético Madrid, FC Séville) pour ne citer que ce pays. A part flatter son ego, que pourrait bien apporter comme gloire supplémentaire à Monsieur le Président Aulas, de remporter régulièrement un titre de Ligue 1 ou une Coupe de France sans concurrence, comme c’était le cas dans les années 2000, en fait jusqu’à l’achat du PSG par les Qataris. D’ailleurs il est difficilement compréhensible pour quelqu’un comme le très grand Président Aulas de préférer être le premier en France, donc de rester un club plus ou moins anonyme sur le plan mondial, plutôt que le second d’un club comme souhaite l’être le PSG, un club qui fait connaître au monde entier la Ligue 1, avec ses Thiago Silva, David Luiz, Javier Pastore, Marco Verratti, Thiago Motta, Angel Di Maria, Edinson Cavani, Zlatan Ibrahimovic ou Blaise Matuidi pour ne citer qu’eux.

Voilà ce que j’avais envie d’écrire ce matin, même si j’aurais pu évoquer la brillante victoire de l’équipe d’Australie hier soir dans la Coupe du Monde de rugby, victoire qui a entraîné l’élimination, ô combien humiliante, de la compétition de l’Angleterre, pays organisateur et champion du monde en 2003. Et pourtant, que ce fut beau de voir les joueurs anglais saluer respectueusement à la fin du match leurs adversaires australiens, lesquels ont fait de même à leur tour tout de suite après. Juste quelque chose qui ne peut que réjouir les vrais amateurs de sport, et non les supporters sectaires ! Quelque chose également qui nous change des récriminations continues du très Grand président Aulas, lequel ne cesse d’invectiver à tout propos ses concurrents, ce qui ne peu qu’alimenter les tensions, pour ne pas dire les haines entre supporters. Merci aux Anglais pour cette leçon de sportivité, et, en m’adressant aux Lyonnais qui lisent mon site, tant pis si j’ai été un peu dur avec J.M. Aulas, pardon votre très grand Président, animé d’un délire de grandeur qui le rend le plus souvent ridicule, ce qui ne veut pas dire que l’on doit manquer de respect pour ce qu’il a accompli pour son club. Il devrait quand même méditer sur cette phrase de Simon de Bignicourt :  » Décrier les talents d’autrui, pour cacher ceux dont il manque, c’est une habitude chez l’envieux ». Mieux même, à son âge Monsieur le président Aulas devrait savoir que, comme l’a écrit Madame de Staël : « Le mal que l’envieux sait causer ne lui compose pas même un bonheur ».

Michel Escatafal


L’impossible égalité entre les grands clubs et les plus petits

PSG logoLe mieux est parfois l’ennemi du bien. Si j’écris cela c’est parce que Michel Platini, le président de l’UEFA, a cru bon d’instaurer le fair-play financier, afin de faire en sorte que les clubs européens soient le plus possible sur un pied d’égalité. Cela part certes d’un bon sentiment, mais, franchement, qui peut considérer qu’il s’agit d’une mesure considérable qui va faire que les clubs les plus huppés soient moins avantagés qu’ils ne l’étaient auparavant ? Personne de censé, parce que lesdits clubs sont ceux qui génèrent le plus d’argent. Même si le Real ou Barcelone n’ont plus les mêmes moyens qu’avant, leurs ventes de maillots seront toujours supérieures à celles de l’Olympique Lyonnais ou de l’Olympique de Marseille. Un maillot sur lequel figure le nom de C. Ronaldo, Messi ou Iniesta portera toujours davantage qu’un autre sur lequel on peut lire le nom de Malbranque ou Gignac. C’est ainsi, de la même façon qu’on ne bâtit pas une grande équipe sans faire  venir de grands joueurs. Et pour les faire venir, il y a certains ingrédients indispensables en plus de l’argent, comme un entraîneur de grand renom, ce qui explique le remplacement l’an passé de Kombouaré par Ancelotti au PSG. Qui peut croire que sans Ancelotti sur le banc, le PSG aurait pu faire venir des Lavezzi, Ibrahimovic ou Thiago Silva ? Personne, à moins de ne rien connaître aux affaires du football, sport qui recèle le plus fort potentiel de rentrées économiques.

L’argent justement, qui est considéré comme une plaie de la société aux yeux de nombreux Français, ce qui n’empêche pas nos compatriotes d’essayer d’en gagner par tous les moyens, comme en témoignent leurs dépenses aux jeux. Mais comme les Français ne sont pas à une contradiction près, ils s’insurgent de tas de choses qui paraissent normales ailleurs. Personne ou presque en Espagne ne se préoccupe des salaires versés aux meilleurs joueurs de football. Et pourtant la crise qui sévit dans ce pays affecte durement  les gens qui vont au stade. Mais s’il ne leur reste que ce loisir, et bien ils feront les sacrifices pour qu’il dure le plus possible, sans vilipender leur club favori parce que le prix des places au stade est exorbitant. La remarque vaut aussi pour les Anglais, les Italiens, les Portugais, et même les Allemands. En France en revanche, on nous ressort sans cesse les mots d’éthique, valeurs ou âme, comme si nous étions le peuple élu !

Tout cela ne peut évidemment qu’être assimilé à des fariboles, et, parmi celles-ci, il en est une qui concerne le club à la fois le plus admiré et le plus honni dans notre pays, le PSG, parce qu’il a à sa disposition des moyens supérieurs à ceux des autres clubs français et même européens. Mais même s’il dispose, grâce aux fonds qataris, d’une manne financière incomparable, ce n’est pas une raison pour qu’il s’affranchisse des règles de la bonne gestion financière. Et en satisfaisant au mieux à ces règles, le PSG se met aussi en conformité avec le fair-play financier voulu par Michel Platini et l’UEFA. C’est la raison pour laquelle, le club parisien va sans doute changer le nom du stade dans lequel il évolue, ou à tout le moins l’élargir en y incluant celui d’un sponsor…comme cela se fait déjà en Angleterre, en Allemagne et même, à une dimension très inférieure, dans un ou deux clubs français. A noter que si cela se fait à Nice, cela ne gêne personne, mais à partir du moment où cela va se faire à Paris, les vociférateurs professionnels vont se manifester le plus bruyamment possible.

Pour ce qui me concerne, et vous l’avez compris depuis longtemps, cela ne me gêne absolument pas que le PSG suive l’exemple d’Arsenal ou Manchester City. Cela me gêne d’autant moins, que je suis heureux de voir le club de la capitale rivaliser avec les plus grands clubs européens, pour qu’enfin notre pays ne soit pas absent des phases finales et du palmarès de la Ligue des Champions, comme cela est quasiment toujours le cas. La preuve, en France on ne cesse d’évoquer le Stade de Reims (années 50), l’AS Saint-Etienne et le SC Bastia (années 70), l’Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain (années 90), l’AS Monaco (années 2000), pour parler des succès européens de nos clubs, alors que les Anglais, les Italiens ou les Espagnols seraient bien en peine de citer tous leurs vainqueurs de coupes européennes…tellement ils en ont eu. Le pire est que ces mêmes soi-disant supporters du football français ne cessaient de « râler », il y a seulement deux ans, quand les anciens propriétaires du PSG ne voulaient pas investir des sommes importantes pour faire franchir un palier à leur club. C’est aussi le cas aujourd’hui à Lyon et à Marseille. Alors où est la logique dans tout cela ?

Et bien il n’y en a pas, tout simplement. Nous en avons de nouveau la preuve en lisant ou écoutant les réactions à propos de la venue, possible ou probable, de stars comme C. Ronaldo ou Rooney au PSG. Les plus bêtes s’avançant à dire que ni l’un ni l’autre ne viendront au PSG, car le club de la capitale française n’est pas un vrai grand club, même en disposant d’un effectif peut-être déjà le meilleur au monde avec Ibrahimovic, Thiago Silva, Lavezzi, Pastore, Matuidi, Lucas, Thiago Motta ou Verrati, tous joueurs de classe mondiale, arrachés aux plus grands clubs européens. Les plus ignorants eux vont nous parler avec le changement de logo ou de nom du Parc des Princes de la perte d’identité du club francilien, les mêmes ne trouvant pas à redire si le stade d’Arsenal s’appelle l’Emirate Stadium…à moins qu’ils ne l’ignorent, ce qui est bien possible.

Mais est-ce que le marketing a tellement changé depuis des décennies ? Pas vraiment, dans la mesure où si le Real Madrid pouvait se payer et garder des Di Stefano, Kopa, Puskas, Santamaria ou Gento dans les années 50, c’était parce qu’il disposait de ressources financières importantes, lesquelles lui permettaient d’attirer les meilleurs joueurs, ce qui leur donnait la possibilité de remporter chaque année la Coupe d’Europe, ancêtre de la Ligue des Champions. Et le Real, plus de 50 ans après, figure toujours parmi les plus grands clubs européens, comme le Barça, Manchester United, le Bayern, la Juventus ou les deux Milan, autant d’équipes qui doivent leur longévité au plus haut niveau à de l’argent, beaucoup d’argent venant de recettes extra-sportives.

En revanche, que sont devenus les clubs français qui ont brillé à un certain moment sur la scène européenne ? Voilà toute la différence entre le football français de club et celui des pays voisins ! Voilà aussi pourquoi après  57 ans de compétitions européennes, nous n’en avons remporté que deux. Oui j’ai bien dit deux, la Ligue des Champions en 1993 avec l’Olympique de Marseille, et feu la Coupe des Coupes avec le PSG en 1996. Quelle différence avec l’Espagne (33), l’Angleterre (30), l’Italie (29), l’Allemagne (17), la Hollande (11) et le Portugal (7)! Même la Belgique (4), l’Ecosse et l’Ukraine (3) sont devant nous. Sans commentaire !

Michel Escatafal


Leduc, Mourinho, Ancelotti : tous les entraîneurs étaient ou sont responsables

Le principal responsable, c’est moi. Avec mes équipes, lorsque nous gagnons, nous gagnons tous ensemble. Et quand nous perdons, je suis responsable« . Voilà ce qu’a dit José Mourinho suite à une cruelle défaite pour le Real Madrid contre Séville, défaite qui relègue le club madrilène à huit points du F. C. Barcelone dans la Liga, autant dire un gouffre par rapport à un club qui a dans ses rangs Messi, Iniesta et Xavi, soit trois des tous meilleurs joueurs du monde…plus les autres qui ne sont pas loin de leur niveau. Mais au fait pourquoi parle-t-on autant de Mourinho et du Real après à peine quatre journées de championnat? Parce qu’on ne prête qu’aux riches, et que tout ce que fait le Real en Espagne et ailleurs est sujet à nombre de polémiques ou commentaires. Rappelons-nous ce que nous avons entendu chez nous, ce printemps et ces derniers jours, parce que le Paris Saint-Germain était devancé par Montpellier (MHSC), équipe sans stars, et cette saison par les deux Olympiques (Marseille et Lyon)…dont une bonne partie du mercato a été consacrée à dégraisser l’effectif en qualité et en quantité, afin de contribuer à équilibrer les finances obérées de ces deux clubs.

Voilà pourquoi je suis de ceux qui ont apprécié la mise au point de José Mourinho, parce que, comme nombre de ses collègues, il prend ses responsabilités. Grand il est dans le succès, mais grand aussi il est dans l’échec, même si ce mot lui fait horreur, lui qui a connu tous les succès qu’un entraîneur puisse connaître. Cela ne veut pas dire pour autant que cet homme ne puisse pas subir ça ou là une baisse de résultats, mais les entraîneurs de cet acabit rebondissent toujours et très vite. La preuve, dès le premier match de Ligue des Champions contre Manchester City (3-2), le Real a démontré que son équipe est une des toutes meilleures en Europe, et que pour gagner la Ligue des Champions au mois de mai prochain, il faudra battre la formation madrilène. Et ce ne sont pas Vilanova, l’entraîneur du Barça, ni Carlo Ancelotti celui du PSG, qui nous démentiront, ce dernier ne cessant d’affirmer que l’expérience en Ligue des Champions est la meilleure assurance d’un bon parcours dans la compétition, même si hier soir le PSG a pulvérisé le Dynamo de Kiev après 8 ans d’absence en C1. Et de l’expérience, tant Jose Mourinho que l’effectif du Real Madrid n’en manquent pas.

Tout cela pour dire que le rôle de l’entraîneur est souvent beaucoup plus considérable qu’on ne l’imagine, même si ce n’est pas lui qui est sur le terrain. En outre, les circonstances peuvent aussi faire que le meilleur entraîneur, en proie à des difficultés de tous ordres, ne réussisse pas à faire ce qu’un autre qui va bénéficier de circonstances plus favorables pourra aisément obtenir. Nous en avons l’exemple en France cette année, avec Didier Deschamps qui a certes permis à l’OM de remporter un nouveau trophée la saison dernière (Coupe de la Ligue) mais qui, après un le début de championnat 2011-2012 calamiteux, a souffert toute la saison pour se maintenir…dans les dix premiers de Ligue 1, alors que l’OM de cette année, avec Baup comme entraîneur, caracole en tête du championnat avec cinq victoires en cinq matches.

Or, qui sérieusement pourrait croire que Didier Deschamps est un moins bon entraîneur qu’Elie Baup ? Personne, sauf que Baup cette année bénéficie avec son équipe d’un état de grâce identique à celui de Montpellier l’an passé. Pour tout dire, l’Olympique de Marseille 2012-2013, qui faisait quelque peu pitié avant le début du championnat, est en train de devenir l’équipe surprise de ce début de saison, alors que Didier Deschamps devait affronter chaque semaine des équipes ultra motivées face au champion de  France 2009-2010, traitement réservé aussi depuis un peu plus d’un an au PSG. Problème, cet état de grâce (à effectif constant) ne perdure jamais, et ce n’est pas Girard, l’entraîneur de Montpellier qui me démentira. D’ailleurs il est arrivé plus d’une fois dans l’histoire du championnat de France, qu’une équipe championne de France  ou dans les trois premiers l’année précédente se maintienne difficilement l’année suivante, voire même descende en deuxième division (Stade de Reims en 1963-64).

En fait dans les cas de Montpellier l’an passé, comme dans celui de l’OM cette année, le grand mérite de Girard comme de Baup, est de savoir accompagner l’euphorie de l’équipe, et de ne pas être des stars qui sont sans cesse épiées quant à leurs résultats. Si Mourinho perd deux matches en suivant, c’est presque la crise au Real Madrid, avec des journalistes évoquant des tensions de vestiaires ou je ne sais quelle autre difficulté. Ce serait la même chose au PSG cette semaine, si les Parisiens n’avaient pas eu la bonne idée de battre coup sur coup Lille et Toulouse, et donc de se retrouver tout près des premières places de Ligue1, avant de réaliser un festival en Ligue des Champions. D’ailleurs, comme je le disais dans un article précédent, combien de pseudos amateurs de football n’ont pas hésité à affirmer que si Kombouaré était resté à la tête du PSG, le club de la capitale aurait été champion de France, oubliant que le PSG de Kombouaré était éliminé dès le mois de décembre en Ligue Europa, dans une poule très facile, malgré un effectif de grande qualité. Cela ne veut nullement dire que Kombouaré n’est pas un excellent entraîneur, tout comme Baup ou Girard, mais personne ne les compare à Mourinho, Guardiola ou…Ancelotti.

Mais au fait, est-ce que toutes les grandes équipes du passé ont eu à leur tête un grand entraîneur qui a réussi? La réponse est un peu moins évidente qu’il n’y paraît, même si elle est globalement positive. D’abord il est évident qu’il est plus facile pour un coach d’entraîner un groupe plutôt qu’un autre, ne serait-ce qu’en raison du vécu passé de ces joueurs. Par exemple, l’entraîneur de la meilleure équipe française de l’histoire  en valeur absolue, le Stade de Reims de Kopa puis plus tard de Fontaine, Jonquet, Piantoni et Vincent, vainqueur de la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en 1953 et double finaliste de la C1 (1956 et 1959), Albert Batteux avait eu la chance d’hériter d’un groupe jeune, dont une partie avait été formée au club ou du moins y avait fini sa formation.

Ce fut aussi le cas de l’AS Saint-Etienne du milieu des années 70, qui avait bénéficié d’une politique de formation exemplaire, qui avait permis de créer une ossature locale à laquelle on a simplement rajouté deux joueurs étrangers de talent (Curkovic, Piazza), le tout constituant un ensemble bien rodé et très homogène. D’ailleurs pour Reims comme pour Saint-Etienne, les entraîneurs (Batteux et Herbin) étaient issus du club, ce qui donnait à l’équipe un label original. Sur le plan européen, Rinus Michels et Stefan Kovacs ont bénéficié eux aussi de l’arrivée au sommet des jeunes pousses de l’Ajax d’Amsterdam (Cruyff, Neeskens, Haan, Suurbier…) pour en faire le club phare en Europe au début de la décennie 70. On dira la même chose de Lattek avec le Bayern de Munich (Beckenbauer, Breitner, Muller, Hoeness…) au milieu des années 70, mais aussi de Guardiola, qui a largement bénéficié de la cantera barcelonaise (Messi, Iniesta, Xavi, Puyol, Piqué, Fabregas, Pedro…) à notre époque.

Rien à voir, par exemple, avec le grand OM du début des années 90, monté à coups de millions, l’entraîneur (Goethals) ayant surtout à préserver un amalgame de joueurs constitué en quelques années. A noter d’ailleurs qu’à l’époque Beckenbauer, tout entraîneur de l’équipe d’Allemagne championne du monde 1986 et finaliste en 1990 qu’il était, n’avait pas réussi à amener l’OM (entre 1990 et 1991) là où Bernard Tapie, le président de l’époque voulait que le club phocéen se situât, au point de quitter le club quelques mois plus tard, et d’être remplacé par un septuagénaire, Raymond Goethals, qui a réussi partout où il est passé, y compris à la tête de l’équipe de Belgique. Cela avait fait dire à nombre d’amateurs de football, qu’un grand nom dirigeant une équipe, fut-elle composée de stars, ne suffisait pas pour la faire gagner. La preuve, là où Beckenbauer a échoué, Goethals a réussi, puisque l’OM remporta la Ligue des Champions en 1993. L’expérience Scolari à Chelsea fut à peu près identique, l’entraîneur du Brésil champion du monde en 2002 et finaliste du championnat d’Europe avec le Portugal en 2004, ne pouvant même pas achever la saison 2008-2009 avec Chelsea, cette équipe relevant la tête dès l’entrée en fonction d’un autre technicien (Guus Hiddink), au point de parvenir en demi-finale de la Ligue des Champions, et d’être éliminé injustement par le F.C. Barcelone. Et tout cela avec la même équipe !

Cela étant, les deux exemples que sont Beckenbauer et Scolari, sont plutôt marginaux, car généralement l’entraîneur d’une très grande équipe est un technicien qui a un gros palmarès, ou qui a amené le club à un très haut niveau presqu’à lui seul. Ce fut le cas de Gustav Sebes, le Hongrois, entraîneur de Honved et de la grande équipe de Hongrie des années 1952 à 1956. Ce fut aussi le cas du Benfica de Lisbonne, double vainqueur de la Coupe d’Europe en 1961 et 1962, qui a bénéficié de l’expérience d’un autre entraîneur hongrois, Bela Guttmann, qui fut l’inventeur du fameux 4-2-4 qui remplaça le WM, et qui révolutionna le football à la fin des années 50 avec l’équipe du Brésil.

 On n’oubliera surtout pas Matt Busby, le véritable créateur du grand Manchester United, qui forma une équipe extraordinaire à partir des années 1955 à 1957 (moyenne d’âge moins de 23 ans), avec des joueurs issus du centre de formation du club, ce qu’Arsène Wenger a essayé de reprendre avec Arsenal à la fin des années 90. Hélas, le terrible accident d’avion du 6 février 1958 décapita cette magnifique phalange de joueurs très doués, la mort frappant l’avant-centre Tommy Taylor, les défenseurs Eddie Colman et Geoff Bent, l’ailier gauche David Pegg, les milieux Liam Whelan et Mark Jones, le capitaine de l’équipe Roger Byrne, qui avec ses 29 ans faisait office de vétéran,  plus évidemment celui qui était promis à devenir le meilleur joueur du monde, Duncan Edwards. En disant cela je ne fais que reprendre ce que disait Bobby Charlton, qui affirmait qu’Edwards  « avait tout pour lui, à la fois grand, très puissant et doué d’une technique remarquable des deux pieds ».

Grâce à lui et à ses jeunes équipiers (22 à 24 ans), Manchester United aurait peut-être empêché le Real Madrid de remporter cinq titres européens consécutifs entre 1956 et 1960, et l’équipe d’Angleterre aurait eu aussi son mot à dire lors de la Coupe du Monde 1958. Seuls survécurent à cette catastrophe l’entraîneur, et parmi les joueurs le gardien Harry Cregg, qui tira Charlton et Viollet de la carcasse de l’avion en flammes et l’arrière Foulkes. Et pourtant, malgré ce terrible coup d’arrêt, Matt Busby réussira à faire renaître M.U. de ses cendres, en formant quelques années plus tard une équipe s’appuyant sur les rescapés de 1958, Bobby Charlton et Bill Foulkes, plus Denis Law et Georges Best, qui remportera la Coupe d’Europe (C1) en 1968. Plus tard ce sera l’ère Ferguson qui lui aussi restera à la tête de Manchester United pendant 25 ans, sauf que ce Manchester là ne s’appuiera pas sur son centre de formation.

Je pourrais aussi évoquer Helenio Herrera, le Français, qui a amené l’Inter de Milan au plus haut sommet européen et mondial dans les années 60 (Coupe d’Europe et Coupe Intercontinentale en 1964 et 1965), en reprenant à son compte un style de jeu dévalué à la fin des années 50, le verrou que les Italiens appelèrent plus tard le catenaccio avec un libero en couverture loin de sa ligne de défenseurs. Johann Cruyff, une fois devenu entraîneur, donnera au F.C. Barcelone le style qui est le sien encore aujourd’hui, même si ses résultats furent moins brillants que ceux de Guardiola. Il n’empêche, si Cruyff n’avait pas entraîné le Barça entre 1988 et 1996, peut-être que le Barça ne serait jamais devenu l’équipe irrésistible qu’elle est de nos jours, ni le club du vingt et unième siècle.

Et puis il y a tous les autres, tous ceux dont les noms raisonnent partout où les résultats furent brillants dans les plus grands clubs européens. Je n’en citerai que quelques uns qui me viennent à l’esprit spontanément, comme Trapattoni (73 ans) qui a entraîné le Milan AC, la Juventus, l’Inter, le Bayern Munich ou Benfica, et qui est encore aujourd’hui l’entraîneur de l’équipe d’Irlande, Arrigo Sacchi qui dirigea le Milan AC et le Real Madrid, ou encore Lippi qui conquit tous les trophées qu’un coach puisse espérer remporter (Coupe du Monde, Ligue des Champions…), sans oublier Capello qui est depuis peu le nouvel entraîneur de l’équipe nationale de Russie, ni les Espagnols Luis Aragones et Del Bosque, qui, en plus de leurs résultats en club, ont construit et modelé la sélection espagnole qui a raflé tous les titres européen ou mondiaux depuis 2008.

Je vais arrêter là ce qui est devenu un hommage à la profession d’entraîneur, une des plus dures qui existe même si elle est souvent très rémunératrice, et qui permet à la plupart des footballeurs de se reconvertir après avoir fini leur temps sur le terrain. Mais que de souffrances avant d’arriver à la gloire, une gloire qui peut être très éphémère…même si pourtant la réussite est au bout. Lucien Leduc et Gérard Gili en sont les deux exemples emblématiques, eux qui ont été démis de leurs fonctions malgré des résultats tout à fait remarquables. Le premier, Lucien Leduc, entraîneur de l’Olympique de Marseille à l’époque Leclerc, fut limogé en mars 1972, alors que l’année précédente le club avait été champion de France, et plus incroyable encore, alors que l’OM était en tête du championnat 1972 avec 7 points d’avance sur le second !

Quant à Gérard Gili, nommé entraîneur de l’OM par Bernard Tapie en 1988, il fut démis de ses fonctions en septembre 1990 (remplacé par Beckenbauer), après avoir conquis deux titres de champion de France en 1989 et 1990, et avoir mené son équipe en demi-finale de la Coupe d’Europe cette même année, l’OM étant éliminé à cause de la fameuse main de Vata au match retour contre Benfica. Nombre d’amateurs de football ont pensé que si Bernard Tapie avait pris cette décision, c’était parce qu’il imaginait qu’avec Beckenbauer sur le banc, l’arbitre n’aurait pas accordé à Vata son but inscrit de la main…ce qui est loin d’être une certitude. Ironie du sort, comme je l’ai fit précédemment, Beckenbauer échouera complètement à l’OM contrairement à Gili. Et oui, essayer d’étudier le rôle de l’entraîneur, y compris parmi les clubs les plus huppés, réserve parfois bien des surprises. Preuve que le football n’est pas une science exacte, comme tout ce que je viens d’écrire le démontre. Et c’est ce qui fait son charme !

Michel Escatafal


De Di Stefano (Real Madrid) à Messi (F.C. Barcelone)

Nombre d’amateurs de football ne cessent de parler de meilleure équipe de club de l’histoire en évoquant les exploits du F.C. de Barcelone et de Messi. Pour eux, l’histoire se résume évidemment à ces dix dernières années, et encore. Tout le reste n’existe plus ! Et pourtant il faut être présomptueux pour affirmer que telle équipe ou tel joueur est le meilleur, comme on a tendance à le faire pour tous les sports. En outre, dans les sports collectifs il y a aussi l’environnement qui joue énormément. Même si un joueur est le meilleur du monde, si son club n’a que lui il ne pourra pas gagner grand-chose. Bref, tout dépend avec qui il évolue, ce qui peut faire de lui un héros ou un joueur surcoté, et ce même s’il a prouvé précédemment qu’il pouvait être le meilleur ou un des tous meilleurs.

Pour moi, le meilleur de ces exemples fut le Brésilien Didi, qui n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû faire au Real Madrid à la fin des années 50, alors qu’il était le meneur de jeu d’une des deux meilleures équipes brésiliennes de l’histoire, celle de Gilmar, Nilton Santos, Zito, Garrincha, Vava et Pelé. Certes son bilan au Real a été correct, si l’on considère qu’il disputa 19 matches en marquant 6 buts, mais en fait il était remplaçant, car si Kopa pouvait jouer avec Di Stefano en occupant le poste d’ailier droit où il était très à son aise, Didi ne pouvait pas jouer avec Di Stefano qui était le joueur numéro un du Real…et de la planète foot. Et pourtant Didi a sa place parmi les meilleurs joueurs de l’histoire, comme il l’a prouvé en retournant dans son pays en 1960 après son expérience ratée au Real, en redevenant le génial meneur de jeu de l’équipe du Brésil vainqueur de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Au total il aura marqué 20 buts en 68 matches avec l’équipe du Brésil, ce qui est très convenable pour un joueur qui n’évoluait pas en pointe.

Après ce long préambule, je vais évoquer aujourd’hui cinq équipes qui ont marqué l’histoire du football depuis le début des années 50, et qui avaient la particularité d’avoir dans leurs rangs le meilleur joueur de l’époque. Il est même arrivé qu’un club ait dans ses rangs les deux, voire même les trois meilleurs, luxe que pouvait se payer le grand Real Madrid des années 50. Cela est arrivé en 1958 quand le Real, qui avait déjà dans ses rangs Di Stefano et Kopa, qui ont monopolisé les Ballons d’Or entre 1957 et 1959, a ajouté un autre immense joueur à son extraordinaire équipe, en la personne du Hongrois Puskas. Evidemment cette équipe-là était tout simplement irrésistible, et capable de tous les exploits si le besoin s’en faisait sentir. En tout cas le Real de Di Stefano, car c’était lui le patron sur le terrain, a réussi l’exploit inégalé à ce jour de remporter cinq Coupes d’Europe (ancêtre de la Ligue des Champions) consécutivement, entre 1956 et 1960, plus cette même année la première Coupe Intercontinentale contre le club uruguayen de Penarol.  

Pour autant, peut-on dire que le Real Madrid, qui avait aussi dans ses rangs des joueurs comme Marquitos, Santamaria, Munoz, Zarraga, Rial et Gento, qui pratiquait un football très ouvert, a été la plus grande équipe de tous les temps ? Peut-être sur le plan du palmarès, mais la concurrence était-elle la même que de nos jours ? Pas sûr, même si en Espagne le Real était confronté à son éternel rival, le F.C. Barcelone de Ramallets, Garay, Gensana, Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez et Czibor, qui formaient une équipe redoutable. Et en Europe, il y avait aussi les équipes italiennes comme la Fiorentina de Sarti, Cervato, Segato, Gratton, Virgili et Montuori, ou le Milan AC de Fontana, Cesare Maldini, Liedholm, Schiaffino et Grillo, sans oublier le Stade de Reims de Fontaine, Piantoni, Vincent, Penverne et Jonquet.

A la fin de la période hégémonique du Real, la meilleure équipe de club était brésilienne, ce qui se concevait parfaitement dans la mesure où c’était l’équipe brésilienne de Santos, laquelle comptait dans ses rangs celui qui est considéré par tout le monde comme le plus grand joueur que le football ait produit, Pelé. Et Pelé, en plus, était entouré par plusieurs champions du monde brésiliens comme le gardien Gilmar, sans doute un des deux ou trois meilleurs de l’époque, plus l’arrière central Mauro, le demi Zito, l’avant-centre Coutinho et l’ailier gauche Pepe, un fantastique tireur de coup-francs. Cette équipe de Santos, qui faisait nombre de tournées à travers le monde, pratiquait un football offensif à la brésilienne. Elle a remporté en plus de la Copa Libertadores (équivalent en Amérique du Sud de la Coupe d’Europe), deux Coupes Intercontinentales en 1962, d’abord contre Benfica, l’équipe d’Humberto, Cavem, Coluna, Augusto et Eusebio qui venait de gagner deux Coupes d’Europe consécutives, puis l’année suivante contre le Milan AC où opéraient entre autres deux joueurs brésiliens, Altafini et Amarildo, ce dernier ayant parfaitement remplacé Pelé quand ce dernier fut blessé pendant la Coupe du Monde 1962. Cela signifie que Santos était bien la meilleure équipe de club de l’époque, avec comme figure de proue le roi Pelé, comme on l’avait surnommé en raison du nombre hallucinant de buts qu’il marqua au cours de sa carrière (680 en 720 matches officiel et 77 en 92 matches avec la Seleçao)..

Dans les années 70, la meilleure équipe, du moins celle qui a le plus marqué l’histoire à la fois par son palmarès et par le jeu qu’elle pratiquait, s’appelait l’Ajax d’Amsterdam, le « Grand Ajax » comme on dit. Cette équipe entraînée par Rinus Michels, puis par le futur sélectionneur de l’équipe de France, le Roumain Stefan Kovacs, pratiquait ce que l’on appelle un football total, tout le monde défendant et tout le monde attaquant. Mais sans la présence dans ses rangs du meilleur joueur de la planète du moment, Johann Cruyff, elle n’aurait pas remporté trois Coupes d’Europe en suivant (1971, 1972, 1973), ni la Coupe Intercontinentale en 1972, même si Cruyff (trois Ballons d’Or entre 1971 et 1974) était entouré par des joueurs aussi talentueux que Suurbier, Krol, Neeskens, Haan, Rep ou Keizer. Cependant cette équipe était quand même très tributaire de l’extraordinaire talent de Cruyff, la meilleure preuve en étant qu’elle ne se remit pas vraiment de son départ en fin de saison 1973 vers le F.C. Barcelone, où il allait faire une belle carrière, même si elle fut moins fructueuse en titres qu’à l’Ajax, preuve si besoin en était qu’un joueur est tributaire de son entourage sur le terrain. Fermons la parenthèse pour noter aussi que Cruyff fut aussi brillant en sélection qu’il le fut en club, emmenant l’équipe des Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde 1974, et marquant 33 buts en 48 sélections.

En fait il ne manqua à Cruyff qu’une victoire en Coupe du Monde, et cette remarque vaut aussi pour celui qui allait marquer son époque au début des années 80, notre Michel Platini,  premier joueur à avoir remporté le Ballon d’Or trois fois consécutivement entre 1983 et 1985. Après avoir débuté à l’AS Nancy-Lorraine, puis être passé par l’AS Saint-Etienne (entre 1979 et 1982), meilleur club français de la fin des années 70, Platini signa à la Juventus de Turin, un des clubs les plus prestigieux d’Europe, où il allait démontrer un talent extraordinaire, multipliant trophées et récompenses, au point d’avoir été désigné comme meilleur « Bianconero » de tous les temps. Avec Platini, la Juve va remporter deux titres de champion d’Italie, une Coupe d’Italie, une Coupe des vainqueurs de Coupe, la Coupe d’Europe des clubs champions et la Coupe Intercontinentale.

A cette époque la Juventus de Turin était bel et bien la meilleure équipe du monde, et Platini le meilleur joueur, à la fois remarquable organisateur et buteur exceptionnel. En effet, bien qu’étant milieu de terrain, Platini fut trois fois meilleur buteur du championnat d’Italie entre 1983 et 1985, performance tout à fait inouïe. Certes il y avait dans son équipe de très grands joueurs comme les arrières Scirea et Cabrini, les milieux Tardelli et le Polonais Boniek, ou encore les attaquants Bettega et Paolo Rossi, mais celui qui tirait l’équipe vers le haut était incontestablement Michel Platini. Ce dernier sera aussi le meneur de jeu et capitaine de l’Equipe de France, remportant le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant de surcroît meilleur buteur de la phase finale (9 buts en 5 matches). Enfin, s’il ne parvint pas à remporter la Coupe du Monde (demi-finaliste en 1982 et 1986), il fut longtemps le meilleur buteur des Bleus avec 41 buts en 72 sélections.

La dernière équipe dont je voudrais parler est celle du F.C. Barcelone, le fameux Barça, incontestablement la meilleure équipe du nouveau siècle avec ses victoires en Ligue des Champions en 2006, 2009 et 2011, mais aussi sa victoire en Coupe Intercontinentale en 2004 et ses deux Coupes du Monde des clubs (qui a remplacé la Coupe Intercontinentale) en 2009 et 2011. Un palmarès extraordinaire en six ans, avec comme figure de proue un joueur fantastique, Lionel Messi. Là aussi, les qualificatifs ne suffisent pas, les jeunes considérant que Messi est le meilleur de tous les meilleurs. Est-ce exagéré ? Sans doute, en tout cas prématuré. Il faudra déjà attendre la fin de sa carrière pour se faire une idée plus précise, car même si Messi multiplie les trophées avec le Barça, même si les distinctions à titre individuel prouvent qu’il est incontestablement le meilleur joueur actuel, il lui restera à faire preuve de la même régularité dans ses performances avec l’équipe d’Argentine, que celle dont ont fait preuve Pelé avec le Brésil , Cruyff avec les Pays-Bas, Platini avec l’équipe de France ou Di Stefano (29 buts en 37 matches internationaux avec l’Argentine et l’Espagne). Pour l’instant Messi affiche des statistiques incroyables avec le Barça (241 buts en 320 matches), mais est beaucoup moins prolifique avec l’équipe d’Argentine (22 buts en 67 matches), ce qui le place très loin de ses glorieux prédécesseurs.

A ce propos nombreux sont ceux qui se posent la question de savoir pourquoi il y a une telle différence entre le rendement de Messi, irrésistible avec son club, et celui qu’il a avec l’équipe d’Argentine. Peut-être, tout simplement, que dans la sélection argentine il n’a pas les mêmes affinités avec ses coéquipiers, fussent-ils très brillants (Samuel, Di Maria, Mascherano, Higuain, Aguerro, Tevez etc.), qu’avec l’équipe du F.C. Barcelone où tout tourne autour de lui, avec des coéquipiers de grand talent pour l’entourer, comme Puyol, Abidal, Busquet, Piqué, Xavi, Iniesta, ou précédemment E’too et Henry ? En tout cas, s’il veut rejoindre les plus grands joueurs du passé, il devra amener l’équipe d’Argentine a un niveau qu’elle n’a plus atteint depuis l’époque de Maradona.

Maradona justement, qui est avec le Brésilien Ronaldo (deux fois Ballon d’Or en 1997 et 20002), un des deux plus grands joueurs de l’histoire, a n’avoir pas gagné la Coupe d’Europe (C1) ou la Ligue des Champions. En revanche, l’un et l’autre remportèrent la Coupe du Monde, pour Maradona en 1986 (finaliste en 1990), et pour Ronaldo en 1994 (sans jouer), et en 2002, plus une finale (contre la France) en 1998, ce dernier ayant des statistiques excellentes en équipe du Brésil (62 buts en 97 sélections). Il a aussi le meilleur total pour un joueur dans les différentes Coupes du Monde avec 15 buts marqués, après avoir été meilleur buteur de la compétition en 2002 avec 8 buts.

Dommage qu’il n’ait jamais gagné la Ligue des Champions avec ses différents clubs, mais il a quand même à son palmarès une Coupe des Coupes (1997 avec le Barça), une Coupe de l’UEFA (1998 avec l’Inter), et une Coupe Intercontinentale (en 2002 avec le Real), en plus de titres nationaux. En revanche pour Maradona, la liste des trophées internationaux se résume à une Coupe de l’UEFA en 1989 avec Naples, et ce bien qu’il ait opéré pendant deux ans au Barça. Ses statistiques en sélection sont également relativement faibles par rapport à Platini, avec qui il a partagé le leadership mondial dans les années 80.  En effet, comme Messi il a été beaucoup plus efficace en club qu’en équipe nationale. Pour mémoire, il a marqué 35 buts en 91 sélections avec l’équipe d’Argentine, alors qu’en club son ratio est nettement meilleur avec 311 buts pour 589 matches.

Cela dit, il ne faut tirer aucune conclusion de toutes ces statistiques pour savoir quelle fut la meilleure équipe de club, et quel fut le meilleur joueur de l’histoire, en mettant à part Pelé qui fait l’unanimité de tous les techniciens. Sinon, je dirais que Di Stefano fut le meilleur dans les années 50, Pelé dans les années 60, Cruyff dans les années 70, Platini dans les années 80, Maradona à la fin des années 80 et au début des années 90, Ronaldo pendant la période à cheval sur la fin du siècle passé et le début du nouveau, et Lionel Messi de nos jours. En disant cela je ne prends aucun risque, et je suis certain de ne pas me tromper.

Michel Escatafal