Pourquoi le cyclisme sur piste n’en finit plus de mourir?

vitesseL’une des plus belles spécialités du cyclisme, la piste, est en train de mourir de sa belle mort. Plusieurs raisons expliquent le phénomène : j’en retiens au moins trois, à savoir la mondialisation à marche forcée, la multiplication des épreuves, et l’évolution technologique…ce qui ne veut pas dire que ce sont les seules. En tout cas, ce ne sont pas les résultats des derniers championnats du monde qui diront le contraire. En effet, le bilan de cette petite semaine des mondiaux sur piste a donné une idée des forces en présence avec 9 médailles pour la Grande-Bretagne, 8 pour l’Allemagne, 5 pour l’Australie et 3 pour la Russie et la Chine. On observera au passage l’absence quasi totale dans ce classement des médailles des grands pays à tradition cycliste marquée au cours du vingtième siècle. Le premier d’entre eux, l’Espagne, se situe au huitième rang des récompenses avec deux médailles (dont une seule en or), tandis que l’Italie se trouve au onzième rang avec une seule médaille d’or, juste devant les Pays-Bas, qui ont obtenu certes quatre médailles, mais aucun titre.

Quant à la France et la Belgique, si puissantes autrefois dans les épreuves sur piste, elles se retrouvent respectivement aux quatorzième et dix-huitième rang. Cela étant, tout le monde semble content dans le petit monde des fédérations cyclistes, malgré l’indifférence à peu-près totale dans laquelle se sont déroulés ces championnats. Les plus anciens doivent se dire que le monde du vélo a bien changé…ce qui est vrai puisque 45 pays ont participé, dont 20 ont eu au moins une breloque. La mondialisation a bien marché, mais il semble patent que la qualité des participants s’est bien diluée, surtout si on la compare avec celle que l’on connaissait à l’âge d’or du vélo. Désolé, cela fait ancien combattant, mais c’est la colère d’un passionné de vélo qui regrette infiniment de n’avoir pas vraiment connu cet âge d’or, où le niveau des participants était extrêmement élevé, et où la piste faisait partie des grandes heures du sport en hiver, dans tous les vélodromes européens et américains. Sans parler du faste des six-jours un peu partout sur ces deux continents, qui réunissaient les meilleurs pistards et les routiers également spécialistes de la piste. Partout on faisait le plein, que ce soit pour les réunions où s’affrontaient les meilleurs sprinters, les meilleurs poursuiteurs, les spécialistes de l’américaine (souvent les mêmes), ou les six-jours dans des endroits aussi divers que Milan, Bruxelles, Gand, Anvers, Zurich, Copenhague, Arrhus et Odensee (Danemark), Amsterdam, Rotterdam, Berlin, Cologne, Munich, Hanovre, Paris, Madrid, Los Angeles, Buenos-Aires etc. Que reste-t-il de nos jours de ces réunions ? Rien, je dis bien rien, malgré la création d’une ridicule Coupe du Monde, qui comportait cette saison (entre le 31 octobre et le 17 janvier)…3 manches disputées à Cali, Cambridge et Hong-Kong.

Si j’ai parlé de mondialisation à marche forcée, c’est parce que nombre de gens se réjouissent de voir le vélo s’étendre sur tous les continents, ce qui est très bien. A ce propos, sur la piste la mondialisation existe depuis bien longtemps, à la fois en ce qui concerne les épreuves et les coureurs qui y participaient. Certains des plus grands pistards étaient britanniques à une époque où la Grande Bretagne était une nation très mineure dans le cyclisme, notamment Reginald Harris, champion du monde vitesse professionnel en 1951 et 1954, ou australiens, comme le poursuiteur Patterson, champion du monde de poursuite professionnel en 1952 et 1953. Et dans ces années-là, il fallait vraiment être très fort pour remporter le titre mondial, car la concurrence était infiniment plus rude que de nos jours où des inconnus s’emparent du titre. Qui connaissait Filippo Gana avant de remporter la médaille d’or de la poursuite cette année ? Personne. Certes c’est un très bon coureur (champion d’Italie). Certes cela fait plaisir de voir un Italien prendre le maillot arc-en-ciel dans une discipline majeure de la piste (voir mes articles Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 1 et Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 2), même si elle ne figure plus au programme des Jeux Olympiques…ce qui est scandaleux, et sans justification sérieuse.

Si j’écris cela, c’est parce que lesdits championnats du monde sur piste ont tellement multiplié les épreuves que plus personne ne s’y retrouve, d’autant plus que ce ne sont pas les mêmes aux Jeux Olympiques. En outre, plus personne ne connaît les détenteurs du maillot arc-en-ciel, et si on les connaît c’est parce que dans une discipline comme l’américaine, le titre a été remporté par Cavendish et Wiggins, qui retrouvaient leurs premières amours avec la piste. Evidemment, les féminines qui détiennent les titres mondiaux sont tout aussi inconnues, ce qui n’est pas leur faute…puisqu’en dehors des championnats du monde et de la fantomatique Coupe du Monde, personne n’entend jamais parler d’elles. Mais l’Union Cycliste internationale est contente, car elle distribue au total 60 médailles, pas une de moins !!! Il y a vraiment de la quantité !!! En revanche les courbes d’audience à la télévision sont inversement proportionnelles à ce trop plein de médailles. Par ailleurs, mis à part quelques pistards britanniques et encore, quel coureur peut dire qu’il vit très bien de la piste de nos jours, alors que dans les années 1940, 1950 ou 1960, les vrais pistards gagnaient des petites fortunes? D’ailleurs, ce n’était pas pour rien si autant de routiers de renom (Van Steenbergen, Bevilacqua, Schulte, Coppi, Post, Anquetil, Rivière, Sercu, Merckx etc.) faisaient aussi de la piste, où leur talent était aussi reconnu que sur la route.

Aujourd’hui, avec l’évolution du cyclisme et du World Tour, la saison commence en janvier en Australie et en Argentine et s’achève au Japon en novembre. Très bien, mais il n’y a définitivement plus de place pour que les meilleurs coureurs participent à des réunions en hiver…qui n’existent quasiment plus. Qui pourrait citer le nom d’un seul six-jours en dehors de quelques dizaines ou centaines d’initiés de par le monde ? Et c’est là que les promoteurs de la mondialisation ont leur part de responsabilité, dans la mesure où le calendrier est très mal fait. Si l’on avait voulu essayer de développer la piste, et lui permettre de retrouver une seconde jeunesse, il fallait que les épreuves routières de l’hémisphère Sud se placent au mois d’octobre et novembre (donc au printemps dans ces pays), en faisant démarrer la saison sur route en mars, comme autrefois. Il fallait aussi que la semaine des championnats du monde devienne la quinzaine, afin que les meilleurs routiers puissent éventuellement briguer un titre. Et enfin, il n’était pas nécessaire d’avoir 10 épreuves au menu, puisque la piste ne devrait compter comme épreuve que la vitesse, la poursuite, la poursuite par équipes, le kilomètre, et  l’américaine. Ce serait bien suffisant, ces épreuves devant être aussi celles des Jeux Olympiques. Au moins il y aurait de la visibilité avec cette quinzaine mondiale.

Certains vont me faire remarquer que cela supprimerait les championnats espoirs ou juniors sur route, mais à cela je réponds que l’on pourrait toujours les organiser plus tôt dans la saison, ce qui ne serait pas préjudiciable car personne ne s’y intéresse…pas plus qu’on ne s’intéresse aux autres épreuves inscrites aux J.O. Le vélo a certes évolué, j’en conviens, mais à force de vouloir faire plaisir à toutes les fédérations de la terre en multipliant les disciplines, on en est arrivé à ce paradoxe que seule une victoire dans le Tour de France, et à la rigueur au Giro, à la Vuelta et à 4 ou 5 classiques, donne l’idée à quelques sponsors d’investir dans le vélo. Des sponsors qui n’investissent pas ou si peu pour la piste, ce qui explique que des champions du calibre de Baugé et Pervis (multiples champions du monde) puissent à peine survivre de leur sport, alors que s’ils étaient nés 50 ans plus tôt, ils auraient gagné beaucoup d’argent. Voilà la réalité du cyclisme d’aujourd’hui, un cyclisme gangréné par nombre d’affaires en tous genres, ou quelques traces d’anabolisant ou quelques anomalies dans le passeport biologique font perdre deux ans de leur carrière à des coureurs, alors que nombre de coureurs ayant pris de l’EPO n’ont jamais été inquiétés, sans parler de ceux qui ont couru avec des vélos électriques, puisque certains semblent dire que cela a existé bien avant la découverte d’un vélo avec un moteur dissimulé, comme ce fut le cas lors des championnats du monde de cyclo-cross en janvier dernier pour une concurrente belge.

Cela dit, et ce n’est pas fait pour nous consoler, petit à petit le vélo est moins seul à subir la traque du dopage, puisque Maria Sharapova, l’emblématique joueuse de tennis, vient d’être contrôlée positive à un produit qu’elle prend depuis dix ans, le meldonium…inscrit sur la liste des produits dopants depuis le 1er janvier, alors qu’il est utilisé depuis des années. Cela lui vaut d’être suspendue sine die, de recevoir des tombereaux d’injures chez nombre d’internautes, et même la vindicte de certaines de ses collègues (Capriati notamment qui veut qu’on lui enlève ses titres), de perdre des sponsors etc. J’ai l’impression que le tennis commence à être dans le collimateur de ceux qui veulent laver plus blanc que blanc. Comme si tous les sports n’étaient pas atteints par le dopage ! Et la créatine au fait, quand va-telle être inscrite sur la liste des produits interdits ?

Revenons au cyclisme, après avoir évoqué le vélo électrique, pour souligner que la technologie (normale a priori) a aussi contribué à tuer la piste, dans la mesure où les performances ne veulent plus rien dire. On était revenu en arrière à propos du record de l’heure après les performances ahurissantes de Moser, Obree, couché sur son vélo, d’Indurain, Rominger ou Boardman, dans les années 80 et 90, avant de retomber dans les travers de la technologie, au point d’avoir vu ce record battu 5 fois en un an (septembre 2014 et juin 2015). Certes le dernier détenteur, Wiggins, ne dépare pas au palmarès, même s’il souffre de la comparaison avec ces extraordinaires rouleurs qu’étaient Coppi, Anquetil, Baldini, Rivière ou Merckx, mais il y a quand même une gêne à voir les coureurs chevaucher des vélos de plus en plus chers et sophistiqués et atteindre des distances stupéfiantes (54.526 km). N’oublions pas qu’entre 1937 (Archambault) et 2000 (Boardman avec un vélo normal), ce record n’a augmenté que de 3.624 km, alors qu’entre 2000 et 2015 avec Wiggins, il a progressé de 5.085 km. Les temps en poursuite et en vitesse ont évidemment subi la même amélioration, même si en poursuite on s’en préoccupe moins…parce que quasiment personne ne sait que Ganna a été sacré champion du monde la semaine dernière en réalisant 4mn16s141. J’arrête là, car je pourrais écrire pendant des heures, sans que cela me console de voir ce qu’est devenu le cyclisme sur piste de nos jours, en espérant que le cyclisme sur route ne subisse pas un jour ou l’autre le même recul. Certes tant qu’il y aura le Tour de France et les quelques épreuves médiatisées, cela continuera (un peu) comme avant, mais le jour où les sponsors n’investiront plus que se passera-t-il ? Je n’ose pas y penser.

Michel Escatafal

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L’escabécédaire du Tour de France

tour 2105Le Tour de France 2015 commence aujourd’hui et, évidemment, chacun y va de son pronostic quant au vainqueur de cette édition. Cela étant tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne peut pas échapper à un de ceux que l’on appelle les « quatre fantastiques », à savoir Contador,  Nibali, Froome et Quintana. Je les ai classés dans cet ordre non pas parce que c’est mon pronostic, mais plus simplement parce que j’ai tenu compte du nombre de grands tours qu’ils ont gagnés. En effet Contador a remporté sur la route 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne, ce qui fait de lui pour le moment le meilleur champion cycliste du nouveau siècle, en observant au passage qu’il n’est plus qu’à une victoire dans un grand tour de Bernard Hinault et à deux victoires d’Eddy Merckx ! Fermons la parenthèse pour noter que Nibali en est à 3 victoires (une victoire dans chacun des grands tours), que Froome n’a toujours remporté que le Tour de France 2013 et Quintana, le plus jeune de tous (25 ans), le Giro 2014.

Chacun de ces coureurs a eu une approche différente pour se préparer à l’évènement. Contador a couru et gagné son troisième Giro, ce qui lui fait un total de 44 jours de compétition. Froome a pris un chemin plus classique en courant et gagnant le Dauphiné pour évaluer sa forme avant le Tour de France, totalisant seulement 27 jours de compétition. Quant à Quintana (36 jours de compétition), brillant vainqueur en mars de Tirreno-Adriatico, il a couru au printemps les classiques ardennaises où il n’a guère brillé, plus le Tour du Pays Basque où il a fini à la quatrième place, avant de s’isoler chez lui dans les montagnes colombiennes, pour réapparaître à la Route du Sud où il a terminé à la seconde place derrière Contador. Reste Nibali qui a suivi exactement le même chemin que l’an passé, couronné de succès par la victoire dans le Tour, et qui semble arriver à point nommé en grande forme, comme en témoigne une nouvelle victoire dans le championnat d’Italie. Lui aussi totalise 36 jours de compétition.

Si l’on se base sur les succès remportés par les uns et les autres, le grand favori est évidemment Contador, devant Froome, Quintana et Nibali. Néamoins tout cela n’est pas si simple, car le Tour de France cette année est un peu particulier, dans la mesure où il n’y a qu’un tout petit contre-la-montre de 13.8 km le premier jour, exercice qui n’a rien de « ringard » pour parler comme le site web de L’Equipe, où le directeur du Tour n’hésite pas à dire qu’il s’agit d’une question « de clarté pour le public » parce que «le contre-la-montre, cela parle aux connaisseurs mais moins à la masse des spectateurs ». Donc  on se moque de ceux qui aiment le vélo toute l’année, de ceux qui aiment aussi la piste, bref de ceux qui s’intéressent à l’histoire des courses, au profit de ceux qui vont voir passer les coureurs sur les routes de France pendant le mois de juillet. Curieuse conception de son sport de la part de Christian Prudhomme ! Fermons cette parenthèse attristante, et revenons à la course pour évoquer cette étape redoutable (la quatrième) avec sept secteurs pavés répartis sur un peu plus de 13 km, laquelle, à mon humble avis qui est aussi celui de nombre de champions, n’a pas vraiment vocation à faire partie du parcours, en raison des dangers inhérents à ce type d’étape.

On ne gagnera peut-être pas le Tour dans cette étape, mais on peut aussi le perdre. Et dans cet exercice Nibali est, de loin, plus fort que les trois autres favoris, qui toutefois lui sont supérieurs en haute montagne. Il n’empêche, cette étape de pavés sera à n’en pas douter le premier vrai juge de paix, dans la mesure où elle peut créer de grosses différences. Rappelons-nous l’an passé, avec la chute de Froome et le débours de plus de 2mn30s de Contador par   rapport à Nibali. Raison de plus pour être extrêmement prudent dans les pronostics, même si à titre personnel, et je ne suis pas le seul, je souhaite la victoire de Contador, ce qui lui permettrait de réussir le doublé Giro-Tour, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme impossible à réaliser, entre les règles antidopage et la concurrence exacerbée sur le Tour. Une concurrence d’autant plus vive que ses trois rivaux ont tout misé sur le Tour de France. C’est aussi le cas des outsiders français Thibaut Pinot et Romain Bardet, alors que Valverde de son côté, autre possible outsider, après une magnifique campagne ardennaise, sera là pour aider Quintana.

Après cette longue introduction je vais me livrer de nouveau à l’abécédaire de ce Tour de France, comme je l’avais fait pour le Giro, pour le plus grand plaisir de ceux qui me lisent, en précisant que mes remarques sont quand même très personnelles et donc subjectives. Je vais donc commencer par la lettre A, comme Anquetil, premier coureur à avoir remporté 5 fois le Tour de France.  A comme Aimar, vainqueur surprise en 1966…par procuration de Jacques Anquetil, qui ne voulait surtout pas que ce soit  Poulidor qui gagne. Ce dernier ne finira d’ailleurs que troisième derrière  Janssen. A bien sûr comme Armstrong, sept fois vainqueur de la Grande Boucle, même si depuis on lui a retiré ses titres après qu’il eut avoué s’être dopé, en notant au passage qu’on n’a pas osé donner la victoire à ses seconds…qui n’ont pas été déclassés. Passons !

B comme Bottecchia, double vainqueur en 1924 et 1925, premier Italien à avoir gagné le Tour de France. B comme Bartali, 2 fois vainqueur à 10 ans d’intervalle (1938 et 1948), sans doute le plus grand champion italien de l’histoire après Coppi. B comme Bahamontes, le célèbre Aigle de Tolède, vainqueur en 1959, et 6 fois lauréat du grand prix de la Montagne, à une époque où cela voulait dire quelque chose. B comme Bobet, un des trois plus grands champions français de l’histoire avec Anquetil et Hinault, et trois fois vainqueur du Tour (1953-1954-1955) avec à chaque fois un grand exploit dans l’Izoard (1953-1954) ou le Ventoux (1955). B comme Bernard J.F., qui aurait dû gagner le Tour 1987, sans une malencontreuse crevaison alors qu’il avait course gagnée.

C comme Coppi, bien sûr, le célèbre campionissimo, dont certains considèrent qu’il est le meilleur coureur de tous les temps, plus encore que Merckx, ce qui reste à voir. Coppi a réalisé à deux reprises le doublé Giro-Tour (1949 et 1952) au moment où le cyclisme était à son apogée, et ses exploits ont largement rempli l’épopée du cyclisme sur route et sur piste. C comme Cornet, qui reste le plus jeune vainqueur d’un Tour de France (20 ans)…qu’il n’avait pas gagné sur la route, profitant du déclassement (4 mois après l’arrivée) des quatre coureurs qui l’avaient précédé au classement  (Maurice Garin, Pothier, César Garin, Aucouturier), dans un Tour où, entre autres péripéties, les partisans d’un certain Faure étaient armés de gourdins pour assaillir ses poursuivants dans le col de la République. Le cyclisme a toujours aimé les manipulations des palmarès !

D comme Defraye, Odile de son prénom, premier belge à avoir gagné le Tour de France (1912). D comme Delgado, vainqueur en 1988, et qui terminé 18 grands tours dans les dix premiers. Delgado est un grand chanceux, puisqu’il a été contrôlé positif à un produit interdit par le Comité olympique international…mais pas encore inscrit sur la liste UCI (Union Cycliste Internationale). D comme Darrigade, fidèle lieutenant de Jacques Anquetil à ses débuts, remarquable sprinter ce qui lui permit de gagner 22 étapes dans le Tour. E comme Elliot, premier champion irlandais, vainqueur d’une étape en 1963. E comme Esclassan, maillot vert du Tour de France 1977. E comme Everaert Pierre, surnommé « L’élégant », un des meilleurs équipiers de Jacques Anquetil. E comme Evans Cadel, vainqueur du Tour 2011, un des plus méconnus parmi les grands champions, alors que son palmarès est parmi les plus brillants.

F comme Fignon, que je ne présente pas, ayant beaucoup écrit sur lui, dont l’histoire retient surtout qu’il a perdu pour 8 secondes le Tour 1989, face à LeMond, qui utilisait pour les contre-la-montre un guidon de triathlète…équipement à cette époque interdit par l’UCI, ce que les commissaires ignoraient.  On en connaît à qui on a retiré des victoires pour beaucoup moins que ça! C’est une des caractéristiques du cyclisme !F comme Faber, surnommé « Le lion », premier luxembourgeois vainqueur de la Grande Boucle. F comme Frantz,  lui aussi luxembourgeois, double vainqueur en 1927 et aussi  en 1928,  se permettant même de perdre une demi-heure en achetant un vélo dans un magasin de cycle, parce que le sien s’était désintégré sur les pavés dans la traversée de Longuyon. F comme Froome, dont j’ai évoqué le nom en introduction, capable d’accélérations terribles en montagne, que seuls Contador et Quintana peuvent contrer.

G comme Garin, premier vainqueur du Tour en 1903. G comme Garrigou, vainqueur en 1911. G comme  Gaul, autre luxembourgeois, surnommé « L’ange de la montagne », un des plus extraordinaires grimpeurs de l’histoire, capable de tous les exploits dans la pluie et le froid, comme dans le Tour 1958 qu’il remporta, où il s’imposa à l’issue d’une étape dantesque entre Briançon et Aix-les-Bains, alors que tout le monde pensait que Geminiani, qui avait 15mn 12s d’avance sur lui allait s’imposer. G comme Gimondi, vainqueur en 1965 devant R. Poulidor, ce qui marqua le début d’une grande carrière qui lui vaut de figurer parmi les 10 plus beaux palmarès de l’histoire du cyclisme sur route.

H comme Herrera, prédécesseur de Quintana dans les années 80, 2 fois lauréat du grand prix de la Montagne (1985 et 1987).  H comme Hassenforder, un des plus merveilleux baroudeurs que le Tour de France ait connu, remportant 4 étapes en 1956, dont la dernière à Montluçon après une échappée solitaire de 180 km. A noter qu’à cette époque où il y avait encore des équipes nationales et régionales, on avait sélectionné l’Alsacien Hassenforder dans l’équipe…de l’Ouest. H aussi comme Hoban, un des premiers coureurs britanniques dans le Tour de France, connu également parce qu’il épousa la veuve de Tom Simpson quelques années après le décès de ce dernier. H comme Hinault, mais j’ai tellement parlé de lui sur ce blog que je n’insisterai pas. I comme Indurain, quintuple vainqueur du Tour, avec à la clé deux fois le doublé Giro-Tour (1992-1993). Cet Espagnol fut le premier gros rouleur capable de suivre ou de battre parfois les meilleurs en montagne.   J comme Jimenez, trois fois meilleur grimpeur du Tour entre 1965 et 1967. Cela dit, on se rappelle à peine que c’est lui qui remporta l’étape du Puy-de-Dôme lors de cette fameuse bataille entre Anquetil et Poulidor en 1964. J comme Janssen, un des plus méconnus vainqueurs du Tour de France (1968), après avoir remporté la Vuelta l’année précédente, considéré jusqu’alors comme un coureur de classiques. J comme Jalabert qui, comme Kelly, était assez bon grimpeur pour gagner une Vuelta (1995), mais pas suffisamment fort au-delà de 1500m d’altitude pour remporter un Tour de France (quatrième en 1995).

K comme Koblet et Kubler. Là aussi j’ai beaucoup écrit sur eux et je n’ajouterai pas grand-chose à mon propos, sauf à souligner que Koblet fut le seul coureur capable de battre le grand Coppi au meilleur de sa forme. Il a été le seul dans ce cas. K comme Kelly, un des plus beaux palmarès du cyclisme (cinquième derrière Merckx, Hinault, Anquetil et Coppi), qui n’a jamais réussi dans le Tour de France, faute d’aptitudes en montagne suffisantes. L comme LeMond dont j’ai déjà évoqué le nom, premier américain à avoir remporté le Tour de France ( 3 fois en 1986, 1989 et 1990). L comme Lapébie Roger, vainqueur surprise en 1937, profitant de la chute de Bartali entre Grenoble et Briançon. Il n’empêche, c’était un athlète du vélo, capable de tous les exploits. En outre, ce n’est pas de sa faute si Bartali avait chuté  du côté d’Embrun.  L comme Leducq, vainqueur en 1930. Grande star de l’époque, André Leducq profita pleinement pour sa notoriété et pour la postérité de l’apparition de la TSF sur le Tour. Et en plus c’était un « bon client » pour les médias, comme nous dirions aujourd’hui.

M comme Merckx, évidemment, qui a le plus beau palmarès de l’histoire et de très loin,  mais aussi M comme  Magne qui aura connu deux périodes de notoriété, d’abord comme coureur, deux fois vainqueur du Tour en 1931 et 1934, mais aussi et surtout parce qu’il fut le directeur sportif de Raymond Poulidor. M comme Maes Sylvère, maillot jaune à Paris en 1936 et 1939, et Maes Romain, qui porta le maillot jaune du début à la fin du Tour en 1935. N comme Nencini, champion italien qui fait penser à Nibali de nos jours. Très bon partout, sans être exceptionnel nulle part,  l’Italien était un coureur très dur à battre dans les grandes épreuves à étape. Il gagnera le Tour en 1960, après avoir gagné le Giro en 1957. N Comme Nibali, dont j’ai parlé au début de mon propos. N comme Nolten, excellent coureur néerlandais, vainqueur d’étape en 1952 et 1953. O comme Ocana, à qui j’ai consacré de nombreuses lignes sur ce site, qui a écrasé le tour 1973. Deux ans auparavant, seule une chute dans le col du Portillon l’a empêché de faire mordre la poussière à Eddy Merck en 1971, après avoir écrabouillé la concurrence dans la montée vers Orcières-Merlette.

P comme Poulidor, sur lequel je ne ferai pas de commentaires, tellement il fait partie de l’imagerie populaire de notre pays. P comme Pingeon, coureur fantasque à défaut d’être fantastique, vainqueur du Tour 1967 et deuxième derrière l’invincible Merckx en 1969. P comme Pollentier, excellent coureur belge, qui laissera malgré tout le souvenir d’une tricherie inoubliable à l’arrivée à l’Alpe d’Huez, où il tenta vainement de faire contrôler l’urine de quelqu’un d’autre à la place de la sienne. P comme Pantani, merveilleux grimpeur italien ayant été le dernier à réussir le doublé Giro-Tour. On n’insistera pas sur son histoire tragique (décès en 2004 dans des circonstances jamais vraiment élucidées). Il n’empêche, « Le Pirate », comme on l’appelait, était un sacré coureur ! P comme Pereiro, vainqueur du tour 2006 après déclassement de Landis, positif à la testostérone le jour de son exploit vers Morzine, où il avait assommé la course. C’était trop beau pour être vrai ! Q comme Maurice Quentin, vainqueur d’une étape du Tour en 1953. Q comme Queheille, vainqueur d’une étape au Tour 1959. Q comme le jeune Colombien Quintana, sans doute le vrai successeur de Contador dans les courses à étapes.

R comme Rivière, le plus grand rouleur de l’histoire du vélo, invincible sur des distances inférieures à 60 km. Même Anquetil n’a jamais pu le battre dans ces conditions. Il aurait sans doute connu une carrière fabuleuse sur la route comme sur la piste, sans sa chute dans la descente du col du Perjuret, lors de la quinzième étape du Tour de France 1960. R comme Robic, premier vainqueur de l’après-guerre, en prenant le maillot jaune à l’issue de la dernière étape Cette côte de Bon-Secours est à jamais dans l’histoire depuis 1947, avec à la fois le miracle pour Robic et une sorte d’agonie pour Pierre Brambilla. R comme Roche, l’Irlandais, qui l’emporta un peu in extrémis en 1987, en profitant de la malchance de J.F. Bernard. Cette année-là Roche réussira à gagner le Giro, le Tour et le championnat du monde, exploit que seul Merckx a réussi avant lui, et qui  n’a plus été réalisé. R comme Rominger, qui n’aura jamais gagné le Tour de France (deuxième en 1993). Il se consola en remportant 3 fois la Vuelta (1992-1993-1994) et le Giro 1995. R comme Riis, vainqueur du Tour 1996, qui a conservé son classement bien qu’il ait avoué s’être dopé…ce qui démontre le ridicule de cette manipulation des palmarès. On dirait que les instances de ce sport ne ressentent du plaisir qu’à travers la souffrance qu’elles lui imposent.

S comme Speicher, qui était tellement supérieur à la concurrence dans le Tour en 1933, qu’il choisit son second à l’arrivée au Parc des Princes, préférant avoir comme dauphin Guerra, champion du monde professionnel, plutôt que Martano, jeune débutant chez les pros après avoir conquis le titre mondial chez les amateurs l’année précédente. Du coup Speicher emmena le sprint pour Guerra, lequel grâce à la bonification de la victoire s’empara de la deuxième place. S comme Sercu, champion olympique du kilomètre  (1964),  champion du monde de vitesse amateur et professionnel, et maillot vert du Tour de France en 1974. S comme Sastre, vainqueur surprise du Tour 2008, un Tour privé de Contador, le vainqueur de l’année précédente, parce que son équipe (Astana) fut refusé par les organisateurs. S comme Schleck, Andy et Franck, les deux frères qui n’auront jamais gagné le Tour de France sur la route. Andy Schleck, sans doute un des coureurs les plus doués qu’ont ait connu, aurait pu et dû profiter des ennuis de Contador en 2011 pour s’imposer au moins une fois sur la route. En fait le plus jeune des Schleck n’avait pas le tempérament du grand champion qu’il aurait dû être. S comme Simpson, héros malheureux de la tragédie du Ventoux en 1967.

T comme Thys, coureur belge triple vainqueur du Tour en 1913-1914 et 1920. Il faudra attendre le triomphe de Louison Bobet en 1955, pour voir un autre coureur l’emporter à trois reprises. T comme Thévenet, l’homme qui mit fin à la suprématie de Merckx sur le Tour en 1975. Ah cette montée vers Pra-Loup, où Thévenet lâché dans la descente du col d’Allos par « Le cannibale », retrouva un élan extraordinaire dans la montée vers l’arrivée, au point d’avaler coup sur coup Gimondi et Merckx et de prendre le maillot jaune, qu’il confirmera le lendemain dans l’Izoard. Après avoir remporté ce Tour 1975, il récidivera en 1977. Thévenet appartient à la grande histoire du Tour de France. U comme Ugrumov, coureur letton et anciennement soviétique,  qui finit second du Tour 1994,  après avoir été second du Giro l’année précédente. U comme Ullrich, un des coureurs les plus doués que l’ont ait pu voir sur la route, vainqueur du Tour 1997 et 5 fois second. Il a eu simplement la malchance d’être de la même époque qu’Armstrong. V comme Vietto, que l’on a appelé le « roi sans royaume ». Comme Poulidor, il aurait mérité de s’imposer au moins une fois dans la Grande Boucle, mais ses talents de grimpeur n’ont jamais suffi à le propulser à la première place. Toutefois il aurait pu l’emporter en 1934, s’il ne s’était pas sacrifié à deux reprises en faisant don des pièces de son vélo au leader désigné de l’équipe de France, Antonin Magne, qui avait cassé sa monture dans les descentes du Puymorens et le lendemain du Portet d’Aspet. Petite consolation, ses malheurs lui vaudront le surnom de « Roi René ». V comme Virenque, coureur préféré des supporters franchouillards dans les années 1990, et cible désignée après l’affaire Festina (1998) de ceux qui ne s’intéressent pas au vélo. V comme Van Impe, petit grimpeur belge, qui s’imposa en 1976 dans la Grande Boucle devant Zoetelmelk et Poulidor.

W comme Walkoviak , le vainqueur le plus surprenant de l’histoire du Tour de France (1956). Certes cette année-là il n’y avait ni Bobet, ni Anquetil dans le Tour, mais la participation était quand même relevée avec Gaul, Bahamontes, Nencini, Debruyne ou Ockers, et il n’avait pas volé sa victoire, la seule significative de sa carrière. W comme Wiggins, l’ex pistard britannique, qui l’est redevenu en vue des J.O. de Rio, vainqueur du Tour 2012 devant Froome et Nibali. En fait, n’en déplaise à ses supporters, il mérite moins sa victoire que Walkowiak, parce que c’est Froome qui aurait dû l’emporter cette année-là, car beaucoup plus fort que lui en montagne, au point de l’attendre ostensiblement dans certaines ascensions. N’oublions pas non plus qu’en 2012, Contador fut encore une fois interdit de courir le Tour de France, ce qui eut à coup sûr changé les choses, car il était au sommet de sa carrière. Enfin Z comme Zoetemelk, vainqueur du Tour 1980 en bénéficiant de l’abandon de Bernard Hinault blessé au genou,  et 6 fois second. Comme quelques autres grands coureurs, il a eu la malchance que sa longue carrière s’étale pendant celles de Merckx et Hinault, ce qui ne l’a pas empêché de marquer l’histoire du vélo et d’avoir un palmarès que nombre de coureurs pourraient lui envier. Il se situe au 17è rang dans mon classement depuis 1946. Z comme Zabel, qui enleva à 6 reprises le maillot vert du Tour.

Michel Escatafal


Wiggins, le F. Bracke de son époque

wiggins

Cette fois c’est fait, Wiggins va prendre sa retraite de coureur routier, mais pas celle de pistard. Est-ce une surprise ? Non, d’autant qu’il a 35 ans, un âge où un champion est en fin de carrière. Non, d’autant qu’il a obtenu en 2012 son bâton de maréchal en remportant le Tour de France, après avoir gagné le Critérium du Dauphiné en 2011 et en 2012, après s’être imposé cette même année dans Paris-Nice et le Tour de Romandie. Ensuite, comme s’il avait atteint son Graal, après avoir conquis la médaille d’or du contre-la-montre aux J.O. de Londres, il ne gagnera plus grand-chose, sauf le championnat du monde contre-la-montre l’an passé, qu’il avait préparé tout spécialement au contraire de Tod Martin, détenteur du titre les trois années précédentes. Bref, une carrière qui le situe en bonne place (53è) au niveau du palmarès sur route depuis 1946, juste derrière un autre grand retraité de 2015, Cadel Evans.

Pas mal pour un coureur qui avait certes beaucoup de classe, mais qui avait de grosses lacunes en montagne pendant très longtemps, en fait jusqu’en 2009, année où il avait perdu cinq kilos par rapport à son poids de forme antérieur. Année aussi où il décida de concentrer son activité sur la route, après avoir fait une grande carrière sur la piste, même si la piste de nos jours n’a plus la même attractivité qu’autrefois. En tout cas, il aura été quand même deux fois champion olympique de poursuite en 2004 et 2008, plus une fois dans la poursuite par équipes (2008), sans oublier ses titres mondiaux en poursuite individuelle (2003, 2007 et 2008), en poursuite par équipes avec la Grande-Bretagne (2007 et 2008), mais aussi un titre à l’américaine en 2008. Bref, un champion qui aura marqué son époque à sa façon, sur bien des points.

Pour ma part, je n’ai jamais été un grand fan de ce coureur pour plusieurs raisons. La première c’est qu’en fait il n’a réellement brillé qu’une année sur la route, en 2012. Pas de quoi l’inscrire parmi les champions légendaires. Ensuite pour certaines prises de position à l’égard du dopage, ce que je ne lui reprocherais pas s’il ne s’était attaqué à Alberto Contador, en 2011, au moment où ce dernier allait passer devant le Tribunal Arbitral du Sport. Qu’en savait-il de l’affaire Contador  et des traces infimes de clembutérol trouvées dans les urines du champion espagnol lors de l’étape de repos du Tour 2010? Pourquoi juger un coureur que les juges eux-mêmes n’arrivaient pas à juger ? Après tout Contador n’a jamais eu besoin de perdre une demi-douzaine de kilos pour être très fort en montagne ou même contre-la-montre sur les circuits très accidentés !

Passons, sauf pour dire aussi que le Tour de France qu’il a remporté en 2012 souffre quand même du fait que sa course et la tactique de l’équipe Sky l’ont outrageusement favorisé au détriment de Chris Froome. Ce dernier, ne l’oublions pas, était quand même autrement plus fort que lui en montagne, comme il l’a montré dans la montée vers Peyragude, où il a ridiculisé son leader en accélérant comme pour le mettre en difficulté, pour ensuite l’attendre ostensiblement pour bien montrer qu’il était le plus fort. Il l’était d’autant plus que dans ses grands moments, Froome en arrive même à lâcher Contador et Quintana, pourtant parmi les meilleurs grimpeurs de l’histoire du cyclisme. Cela étant, Wiggins était quand même un excellent coureur, et il a terminé sa carrière de routier et chez Sky sur une belle performance, en prenant dimanche dernier la dix-huitième place au vélodrome de Roubaix, après avoir fini neuvième l’an passé.

Que va-t-il faire à présent ? Et bien, après avoir disputé en mai le Tour du Yorkshire, il va s’attaquer au record de l’heure en juin…qu’il battra évidemment sans le moindre problème, et qu’il portera sans doute à un niveau bien supérieur aux 52.491 kilomètres de l’Australien Rohan Dennis. Normal, me direz-vous, il a le fond du routier et c’est un des plus grands poursuiteurs du nouveau siècle. En outre ce record a besoin de retrouver du lustre, et Wiggins est sans doute aujourd’hui le mieux placé pour l’amener au niveau des grands records de l’histoire, comme ceux de Coppi, Anquetil, Rivière ou Merckx. Fermons la parenthèse, pour noter que Wiggins va de nouveau se consacrer à la piste en vue des J.O. de Rio de Janeiro, ce qui est la meilleure façon pour lui de conclure une très belle carrière. Une carrière qui l’aura fait roi dans son pays, la Grande-Bretagne, après être né à Gand (en Belgique) d’un père lui-même très bon pistard australien, notamment dans les courses de six-jours, qui l’abandonna très jeune (à l’âge de deux ans). Peut-être ces épreuves de la vie lui ont-elles permis de se surpasser, et de devenir une idole en Grande-Bretagne, pays où la tradition cycliste est faible comparée à celle de ses voisins continentaux.

Avant de clôturer cet article, je ne voudrais pas manquer de poser la question de savoir à qui on pourrait le comparer dans l’histoire du vélo ? Le premier nom qui vient à l’esprit est évidemment Tom Simpson, premier grand champion britannique, mais c’est bien leur seul point commun. Curieusement ils sont à peu près au même niveau en ce qui concerne le palmarès sur route, Simpson ayant remporté trois grandes classiques entre 1961 et 1965 (Tour des Flandres, Milan-San Remo, Tour de Lombardie), plus Bordeaux- Paris en 1963, Paris-Nice en 1967 et le championnat du monde sur route en 1965, deux ans avant de mourir sur les pentes du Mont-Ventoux en 1967 dans les conditions que l’on sait. En fait Simpson, malgré toute sa volonté, n’était qu’un très bon coureur de classiques, incapable de gagner un grand tour à la régulière.

Autre nom auquel je pense, le Suisse Hugo Koblet. Comme Wiggins, Koblet était un remarquable pistard, deux fois finaliste du championnat du monde de poursuite en 1951 et 1954 et champion d’Europe à l’américaine en 1953 et 1954 (le championnat du monde n’existait pas encore). Mais la comparaison s’arrête là, car si la carrière du « pédaleur de charme » fut très courte (à peine cinq ans), elle fut très riche en grands succès sur route avec notamment un Tour de France (1951) et un Giro (1950) qu’il écrasa de toute sa classe. Celle-ci était tellement éclatante, que les suiveurs de l’époque racontent que dans ses meilleurs jours Koblet était le seul coureur capable de battre le grand Fausto Coppi à la régulière contre-la-montre, et de le suivre en haute montagne. Quand on sait que Coppi est considéré comme le meilleur grimpeur que le cyclisme ait connu, on imagine le niveau de Koblet dans ses moments de grâce, autrement plus élevé que celui de Wiggins !

Alors à qui ? Certains diront à Roger Rivière, mais le fantastique rouleur français était très, très supérieur à Wiggins contre-la-montre, et intrinsèquement largement au-dessus en montagne. En outre Rivière est à coup sûr le meilleur poursuiteur de l’histoire du vélo, imbattable pendant les trois années que dura sa carrière (entre 1957 et 1960), battant avec facilité lors des championnats du monde des spécialistes de la classe de Messina et Faggin (triples champion du monde chez les professionnels après l’avoir été chez les amateurs). Une chute dans le Tour de France 1960, qui lui était promis, lui brisa sa très courte carrière, qu’il agrémenta de deux tentatives victorieuses contre le record du monde de l’heure.

Reste peut-être Ferdinand Bracke, qui aurait pu et dû s’imposer dans le Tour de France 1968, vainqueur du grand prix des Nations en 1962 (véritable championnat du monde contre-la-montre à l’époque), mais aussi du Tour d’Espagne en 1971, et sur la piste deux fois champion du monde de poursuite (en 1964 et 1969), et recordman du monde de l’heure à Rome en 1967. Oui, finalement c’est peut-être à lui qu’on peut comparer le champion britannique, même si sa notoriété fut moins grande à l’époque. Il est vrai que nous étions à cheval sur l’ère Anquetil et l’ère Merckx, et à côté de ces deux « monstres » on trouvait des noms comme Van Looy, Jan Janssen, Rudi Altig, Felice Gimondi , Motta, Pingeon ou Poulidor.

Michel Escatafal


Le record de l’heure avait besoin d’un rafraichissement…mais (Partie 2)

rivière RHCette fois point de diversions et essayons de voir quelle est la réelle valeur du record du monde de l’heure que vient de battre Jens Voigt, dont la réussite réchauffe le cœur de tous ceux qui aiment le vélo, tellement ce coureur a été méritant tout au long de sa très longue carrière (professionnel de 1997 à 2014), agrémentée de quelques belles victoires comme ses cinq succès dans le Critérium International (1999, 2004,2007, 2008 et 2009). Toutefois cela ne doit pas nous faire oublier que ce monument du cyclisme qu’est le record du monde de l’heure, avait beaucoup perdu de son attractivité depuis quelques années, en grande partie par la faute de l’UCI qui ne cesse de modifier ses règlements. Résultat, après l’épisode Sosenka, c’est maintenant Jens Voigt qui figure au palmarès, ce qui est plus réjouissant que voir le coureur tchèque en successeur des Coppi, Anquetil, Baldini, Rivière ou Merckx, d’autant que cela faisait presque dix ans que ça durait (49.700km en 2005). Et Voigt n’a pas fait les choses à moitié, puisqu’il a porté ce record largement au-delà des 50 kilomètres (51.115km).

Néanmoins on ne peut pas vraiment se réjouir, comme ce fut le cas auparavant, dans la mesure où Voigt a battu le record de Sosenka sur un vélo très spécial, qui n’a rien à voir avec celui utilisé par Merckx à Mexico en 1972, ni même avec celui de Sosenka à Moscou en juillet 2005 ou encore celui de Boardman en 2000 à Manchester (49.441 km). En revanche son vélo est beaucoup plus proche de celui avec lequel Moser a battu ses deux records à Mexico (janvier 1984 avec 50.808 km et 51.151 km), avec des distances parcourues quasiment équivalentes. Certes les roues du vélo de Voigt sont identiques à l’avant et à l’arrière, le poids de la machine est légèrement supérieur (8.45 kg pour Voigt et un peu moins de 8 kg pour Moser), mais en dehors de cela la ressemblance avec celui de Moser est caractéristique…ce qui n’empêche nullement son homologation, l’UCI acceptant à présent que « le matériel utilisé en compétition doit pouvoir bénéficier des évolutions de la technologie lorsqu’on estime que cela est pertinent ». Très bien, sauf que cela interdit toute comparaison athlétique, en se demandant ce qui était pertinent à propos des performances des années 1984 à 1996 (Moser, Indurain, Rominger, Boardman), même s’il y avait de l’exagération (Obree). Dit autrement, le cyclisme qui se veut et est un sport éminemment professionnel ne cesse de se ridiculiser avec ses constants changements de règlement et de palmarès. Résultat, seuls les vrais passionnés de ce sport réussissent à se faire une idée exacte de la hiérarchie dans les compétitions et de la place de chaque coureur dans l’histoire, sachant évidemment que l’on ne peut pas négliger les évolutions de toutes sortes, à commencer par le matériel. Chacun sait bien que Merckx n’a pas utilisé lors de son record à Mexico le même vélo que Coppi en 1942, ni même que celui de Rivière en 1957 et 1958, ce dernier ne bénéficiant pas, comme Merckx, des avantages de l’altitude à Mexico.

Tout cela pour dire que l’UCI ne devrait pas trop se mêler a posteriori des records du cyclisme sur piste, ou alors légiférer assez tôt pour ne pas avoir à changer les palmarès, quelques mois ou quelques années plus tard. Ce serait le meilleur moyen pour attirer les candidats à ce record qui a fait tellement rêver…avant de ne plus intéresser personne. L’an prochain on annonce une tentative de Wiggins pour le mois de juin, et bien évidemment le coureur britannique pulvérisera ce record. Combien réalisera-t-il avec le même vélo que Voigt ? Certainement plus de 53 kilomètres dans l’heure, avant que ce record ne soit battu par Taylor Phinney, lequel le portera à plus de 54 kilomètres. Tout cela en espérant qu’on ne fasse plus la comparaison avec l’époque de Coppi, Anquetil, Rivière ou Merckx. D’ailleurs si ces champions couraient à notre époque, je suis persuadé que sur leur classe ils battraient les 55 kilomètres. A-t-on connu meilleur rouleur-poursuiteur que Coppi, à une époque où la poursuite attirait les meilleurs rouleurs ? Sans doute pas, même si Anquetil et Merckx, eux aussi excellents poursuiteurs, auraient pu soutenir la comparaison avec le Campionissimo. En fait, un seul champion aurait pu battre tout ce joli monde, Roger Rivière, lequel bénéficie de la comparaison avec Jacques Anquetil dans les contre-la-montre et en poursuite. Pour mémoire, je rappellerais que dans sa courte carrière professionnelle (moins de quatre ans), Rivière ne fut jamais battu au championnat du monde de poursuite (qu’il remporta en 1957, 1958 et 1959), tout comme il était imbattable sur moins de 60 kilomètres contre le chronomètre sur la route.

Et puisque je viens d’évoquer les champions du passé, je voudrais évoquer la manière dont se sont préparés Coppi, Anquetil, Rivière et Merckx, avant d’accomplir ce qui fut considéré à l’époque comme un retentissant exploit. Coppi d’abord qui s’attaqua au record du monde de l’heure en pleine guerre (il était militaire), s’entraînant sommairement sur le Vigorelli de Milan au milieu des alertes aériennes, et sur la route quand il pouvait. Il fallait d’ailleurs avoir une sacrée foi pour s’attaquer aux 45.840 kilomètres du Français Archambaud (novembre 1937), surtout en pensant que Fiorenzo Magni venait de s’essayer à ce record et d’échouer nettement (44.440 km). Pourtant le futur ampionissimo releva le défi et se lança sur un vélo spécial pesant 7.5 kg (un kg de moins que celui d’Archambaud) et avec un développement de 7.38 m (52×15), à comparer aux 8.40 m de Voigt (55.14). Et il réussit l’exploit au prix de mille souffrances, alternant entre avance et retard sur Archambaud tout au long de la tentative, pour finir avec 31 minuscules mètres d’avance. Mais comme nous sommes dans le cyclisme et que dans ce sport rien n’est jamais simple dès qu’il y a une performance, il faudra attendre plus de quatre ans (en février1947) pour que le record de Coppi soit homologué, le dossier d’homologation ayant été déposé avec retard (plus de six mois). Un seul regret toutefois, qui fera le bonheur de Jacques Anquetil en 1956 : Coppi ne voulut jamais plus s’attaquer à son record, alors qu’en 1949, par exemple, il aurait pu le pulvériser, notamment après son second titre mondial en poursuite. Cela étant ce record tiendra quand même quatorze ans, en raison essentiellement de la légende qui s’y attachait, à savoir une extrême souffrance pour tenir la cadence pendant une heure…à comparer là aussi avec l’état de fraîcheur de Voigt après son exploit le 18 septembre dernier, même s’il a reconnu « avoir tout donné dans les vingt dernières minutes.

En tout cas cet effort ne fit pas peur à Jacques Anquetil, lequel profitant de son incorporation dans l’armée, s’attaqua au record le 29 juin 1956 dans le même Vigorelli de Milan, après s’être testé la veille pendant cinquante minutes. Profitant des conseils avisés de son directeur sportif, Paul Wiégant, qui lui établit un tableau de marche calqué sur celui de Coppi, Anquetil fit de cette tentative une sorte de contre-la-montre sur piste, partant assez vite, avant de tout donner dans le dernier quart d’heure. Cette tentative allait réussir au-delà de toute espérance, puisque le super champion normand, juché sur son vélo de 8.7 kg, avec lui aussi un développement de 7.38m (52.15), dépassa les 46 km avant le terme de l’heure fatidique. Au bout de son effort, il aura couvert la distance de 46.159 km, soit 288 m de plus que Coppi, ce qui fit dire à de nombreux observateurs que Jacques Anquetil avait battu Fausto Coppi, même si les conditions étaient quand même un peu différentes. En revanche, la comparaison fut beaucoup plus facile à faire un peu moins de 3 mois plus tard (le 19 septembre 1956) quand un autre surdoué de la route et de la piste âgé de 23 ans (un an de plus qu’Anquetil), Ercole Baldini, améliora ce record pour le porter à 46.393 km dans l’heure.

Un record du monde qui n’allait pas tenir beaucoup plus longtemps, à peine un an, sous les coups du surdoué parmi les surdoués, Roger Rivière. Ce dernier, alors âgé de 21 ans, s’était révélé chez les professionnels en battant Jacques Anquetil en finale du championnat de France de poursuite, puis en s’appropriant le titre mondial quelques semaines plus tard en dominant le Français Albert Bouvet en finale, après s’être joué de l’Italien Messina en demi-finale, le même Messina qui déténait le titre depuis 1954 et qui avait défait Anquetil en finale en 1956. Tous ces exploits sur la piste le conduisirent tout naturellement à s’attaquer au record de Baldini en septembre 1957, où dès sa première tentative, sans véritable préparation, il couvrit dans l’heure la distance de 46.923 km. Cela signifiait que le potentiel de Roger Rivière était bien supérieur à cette distance, d’autant qu’il avait approché les 47 km en ayant « fumé la pipe », selon ses dires, et surtout en ayant confondu tous ceux qui, comme Coppi, pensaient que 46.500km était un plafond qu’on ne pourrait pas dépasser. Ce même Coppi, qui avait assisté à la tentative de Rivière, reconnut très vite son erreur, admettant, comme tous les observateurs avisés du vélo, qu’en répartissant mieux son effort (Rivière avait pris un départ canon) le champion du monde de poursuite aurait accompli une performance très supérieure.

Raison de plus pour le coureur stéphanois de remettre ça un an plus tard, en ayant pour but de dépasser les 47.500 km, voire même 48 km dans l’heure. Et ces 48 km il les aurait peut-être battus le 23 septembre 1958 au Vigorelli, sans une crevaison à la quarante-huitième minute, qui l’obligea à finir sa tentative sur son vélo de secours. Toutefois, malgré cette crevaison, il porta le record du monde à 47.347 km. Cette fois Rivière avait mis tous les atouts de son côté, en ayant choisi un braquet de 53×15 (7.48m de développement) au lieu du 52.15 classique utilisé par lui-même un an auparavant et par Anquetil et Baldini. Il avait aussi décidé d’utiliser un vélo pesant 6.7 kg, avec des pneus gonflés à l’hélium, et avait recouvert son casque d’une fine pellicule de plastique pour une meilleure pénétration dans l’air. Hélas, cette crevaison…Et si j’écris cela, c’est parce que tous ceux qui venaient d’assister à cet extraordinaire exploit ont souligné sa facilité et son magnifique état de fraîcheur au terme de son heure d’effort. En fait, il venait de démythifier la souffrance inhérente à ce record.

Un record que Jacques Anquetil battra le 27 septembre 1967, à l’âge de 33 ans, en utilisant cette fois un braquet très supérieur à ceux utilisé précédemment (8.54 m). Un risque énorme, même si avec l’âge il se sentait suffisamment puissant pour le prendre…ce qui lui réussit parfaitement puisqu’après mille souffrances, il couvrit 47.493 km soit 146 mètres de plus que la marque de Roger Rivière. Un record qui, hélas, ne fut pas homologué pour cause de refus de contrôle antidopage. Il n’empêche « Maître Jacques » venait de réaliser un sacré exploit, même si en valeur absolue il n’avait pas égalé la performance de Rivière.

Et que dire d’Eddy Merckx, battant le 25 octobre 1972 le record détenu par le Danois Olé Ritter (48.653 km) depuis le 10 octobre 1968, sur la piste de Mexico inaugurée juste avant les Jeux Olympiques. Oui, que dire de l’exploit réalisé par celui qui détient le plus beau palmarès sur route de l’histoire du cyclisme, et qui compte aussi près d’une centaine de succès sur les vélodromes du monde entier. Et surtout que dire en pensant que cette année-là Merckx avait remporté Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallonne, puis le Giro, le Tour de France, et le Tour de Lombardie. J’imagine ce que certains adversaires du vélo diraient de nos jours sur une telle collection de grands succès en une seule saison, la suspicion devenant complètement folle en y ajoutant le record du monde de l’heure. Je vois d’avance les forumers aiguiser leurs vilénies sur les sites spécialisés ! Fermons la parenthèse pour dire que ce record devint la propriété du Cannibale, sans la moindre préparation spéciale, ou si l’on préfère sur sa seule classe. Un peu comme je l’ai écrit à propos de Coppi ou Rivière lors de sa première tentative. Mieux même, il n’avait même pas pris soin de rouler avant d’être sur la piste…pour économiser ses forces, ce qui fit dire à Jacques Anquetil qu’il aurait « certainement dépassé les 50 kilomètres » s’il s’était préparé à cet effort spécial.

Il l’aurait fait à coup sûr s’il avait surtout pris la peine de s’entraîner en altitude pendant plusieurs semaines afin de bénéficier pleinement des 2250m au-dessus du niveau de la mer. Enfin, un peu comme Rivière lors de sa première tentative, il partit trop vite et le paya à la fin. Peut-être le fait d’avoir dû patienter quatre longues journées en attendant que la météo soit favorable. Voilà pourquoi je pense que le futur recordman de l’heure, celui qui succèdera au palmarès à Jens Voigt, qu’il s’appelle Martin, Cancellara ou plus encore Wiggins, remarquable pistard et actuel champion du monde contre-la-montre, ne pourra jamais se considérer comme l’égal de Coppi, Anquetil, Rivière ou Merckx. Ces coureurs étaient des fuoriclasse, des champions dégoulinant de classe pure, ce que Wiggins ou Cancellara ou Martin ne seront jamais malgré leurs grandes qualités. Cela dit, un autre coureur aurait dû et pu s’inviter à ce somptueux bal des rouleurs : Bernard Hinault. Pourquoi n’a-t-il pas tenté de devenir à son tour recordman du monde de l’heure entre 1979 et 1982, c’est-à-dire à sa plus belle époque, alors qu’il était un très bon pistard ? Avec un minimum de préparation et à Mexico, il aurait à coup sûr été le premier à franchir le mur des 50 km. Pourquoi n’a-t-il pas relevé ce défi, comme il avait su relever celui de gagner Paris-Roubaix ? Dommage, car Hinault en classe pure était bien de la lignée de Coppi, Anquetil, Rivière et Merckx.

Michel Escatafal


Tours de France 1960 et 2014 : que de similitudes !

riviereAvant de commencer mon article sur le Tour de France, je voudrais, une nouvelle fois, souligner le décalage qu’il peut y avoir sur les sanctions à propos du dopage. En effet, il y a quelques jours le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a décidé de confirmer les 18 mois de suspension requis contre les athlètes jamaïcains, Asafa Powell (ex recordman du monde du 100m) et Sherone Simpson (championne olympique du relais 4x100m en 2004), sanction demandée par la fédération jamaïcaine d’athlétisme. Pour mémoire les deux sprinters avaient été contrôlés positifs à un stimulant (oxilofrine) lors des championnats de Jamaïque en juin 2013. Pour mémoire aussi, je rappellerais que ce même TAS avait infligé 2 ans de suspension à Contador pour une quantité tellement infime d’anabolisant, que celle-ci n’aurait pas été détectée par la quasi-totalité des laboratoires de la planète. Passons !

En parlant de Contador cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le Tour de France de cette année, en espérant que je ne porterai pas la poisse à son leader, Nibali, comme ce fut le cas pour les deux grands favoris de ce Tour, Froome et Contador, ce qui nous a privé d’une confrontation qui, j’en suis sûr, aurait été digne de celles ayant opposés Coppi et Koblet dans le Giro 1953, Anquetil et Poulidor dans le Tour de France 1964 ou Hinault et Fignon dans ce même Tour en 1984. Et oui, le sort est parfois cruel pour les sportifs, et la chute dans le vélo est inhérente à ce sport, comme les ennuis mécaniques pour le sport automobile. Cela dit, maintenant que les deux grands favoris sont hors course, il ne reste plus que Nibali pour faire l’unanimité sur le nom du futur vainqueur. Il est d’autant plus favori qu’il a une avance conséquente sur Richie Porte (Sky), ce qui lui assure une certaine marge de sécurité, mais aussi parce que jusqu’à présent il a fait preuve d’une forme et d’une autorité digne des meilleurs leaders.

Néanmoins, le Tour n’est pas fini, car si Nibali a fait le trou en tête du classement général, son avance est loin de le mettre à l’abri d’une défaillance ou d’un « coup de moins bien » dans les Alpes et surtout les Pyrénées en troisième semaine. Rappelons que Nibali a 2mn23s d’avance sur Porte, 2mn47s sur Valverde, 3mn01s sur Bardet, 3mn12s sur Gallopin et 3mn47s sur Pinot, nos trois Français étant en embuscade derrière le trio présumé le plus fort de ce Tour à présent amputé de ses deux grandes stars. Cela peut leur ouvrir de sacrés perspectives à nos Frenchies, non seulement pour le podium, mais aussi pour la victoire finale, car Romain Bardet semble en très grande forme, et n’a pas le poids de la course sur les épaules. En outre, pour ceux qui ont la mémoire courte, je rappellerais que Nibali semblait avoir course gagnée l’an passé au Tour d’Espagne, avant de craquer finalement devant Horner en troisième semaine. Nibali est certes un coureur complet, mais il n’a pas les talents de grimpeur de Froome et Contador, et pas davantage leur talent de rouleur.

Toutefois la logique voudrait que ce soit Nibali qui l’emporte, ce qui lui permettrait de rejoindre le club très fermé des vainqueurs des trois grands tours (Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador). Pas mal pour un coureur qui n’est ni un super grimpeur, ni un grand rouleur ! En fait, pour moi, j’assimilerais Nibali à un autre coureur italien, Gastone Nencini, vainqueur du Giro en 1957 (battant Louison Bobet de 19s) et du Tour de France 1960. Comme Nibali aujourd’hui, Gastone Nencini était un remarquable descendeur. Comme Nibali, bien qu’étant un excellent grimpeur, Nencini n’était pas du niveau en montagne des meilleurs escaladeurs, Charly Gaul, Federico Bahamontes ou même Louison Bobet dans ses meilleures périodes. Comme Nibali enfin, il était loin d’être aussi fort c.l.m. que Louison Bobet, Jacques Anquetil , Ercole Baldini ou…Roger Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire du cyclisme (triple champion du monde de poursuite en 1957, 1958 et 1959, et imbattable c.l.m. sur des distances inférieures à 80 km). Et pourtant il remporta le Tour de France en 1960…mais avec une ombre sur cette victoire à cause de l’accident de Roger Rivière dans la descente du col du Perjuret.

Revenons donc en arrière pour évoquer ce Tour 1960, auquel nous fait irrésistiblement penser celui de cette année. D’abord, en 1960, celui qui aurait pu être un des trois grands favoris, Jacques Anquetil, qui venait de gagner le Giro (premier Français à réaliser cet exploit), avait décidé de ne pas tenter le doublé Giro-Tour, ayant fini le Tour d’Italie très éprouvé, tout comme le vainqueur du Tour 1958, Charly Gaul, qui avait aussi beaucoup souffert dans le Giro, après avoir été malade dans la Vuelta (à l’époque au printemps). Du coup, ce Tour de France semblait promis à Roger Rivière, après une première expérience dans la Grande Boucle l’année précédente, où il avait terminé quatrième, en grande partie par la faute d’un marquage aussi stupide que ridicule avec Jacques Anquetil, lequel ne supportait pas d’être dominé c.l.m. par son jeune rival.

Bref, Roger Rivière semblait avoir le champ libre pour triompher dans ce Tour 1960. Il y avait bien Anglade, qui avait terminé second du Tour 1959 derrière Bahamontes, mais chacun savait qu’Anglade concèderait de nombreuses minutes au fantastique rouleur stéphanois dans les étapes chronométrées. Hélas, le sort allait être cruel pour Roger Rivière, au point de faire perdre au cyclisme celui qui aurait pu et dû être la grande vedette de son époque, plus peut-être encore que Jacques Anquetil, car, comme je l’ai dit précédemment, il était meilleur que le Normand contre-la-montre, et sans doute aussi bon grimpeur. Et oui, cette descente du col du Perjuret nous a privés d’un remake de Coppi et Bartali dans les années 40 et 50 !

Dès les premières étapes, Rivière allait faire preuve d’autorité dans ce Tour en remportant le c.l.m. de Bruxelles (28 km). Ensuite, après avoir vu Anglade passer à l’attaque et prendre le maillot jaune à Saint-Malo, Rivière allait s’imposer le lendemain à Lorient et reléguer Anglade, son coéquipier de l’équipe de France, à près d’un quart d’heure. Il gagnera de nouveau une étape entre Mont-de-Marsan et Pau, si bien qu’après avoir passé les Pyrénées il ne comptait qu’une minute 38s de retard sur Nencini à l’arrivée de l’étape Toulouse-Millau. Un retard dérisoire en pensant aux 83 km c.l.m. de fin de Tour, où Nencini aurait concédé au moins 4 minutes au champion du monde de poursuite. Hélas pour Roger Rivière, il y aura cette chute due, sans doute, à un péché d’orgueil de notre nouveau « campionissimo », ce dernier refusant de laisser Nencini prendre quelques secondes d’avance dans la descente du Perjuret, alors qu’il aurait été tellement plus sage d’attendre la fin de la descente et de reprendre tranquillement l’Italien dans la plaine. Résultat, Rivière dérapa sur les gravillons d’un virage et bascula, avec son vélo, par-dessus le muret de protection. Gravement atteint à la colonne vertébrale, ce sera la fin de la carrière du plus doué des poursuiteurs. Et à la suite de cet accident, Nencini atteindra Paris sans le moindre problème pour remporter son second grand tour.

Un dernier mot enfin pour montrer à quel point il y a eu des similitudes entre ces deux Tours de France de 1960 et 2014, y compris sur le plan de l’histoire. Le Tour, en effet, passa cette année-là à Colombey-les-Deux-Eglises avec un spectateur célèbre : le général de Gaulle lui-même. Du coup, la course s’arrêta un instant, et les directeurs du Tour de France, Jacques Goddet et Félix Lévitan, présentèrent au général le maillot jaune, Gastone Nencini, le porteur du maillot vert, Jean Graczyk et le vainqueur du Grand Prix de la Montagne, Imerio Massignan. Cette fois, c’est l’actuel président de la République qui a rendu hommage aux célèbres « poilus » du Chemin des Dames. 1960-2014, que de ressemblances…jusqu’à présent. Espérons quand même que le premier Français soit mieux classé cette année, qu’il le fut en 1960, puisque Raymond Mastrotto, surnommé le Taureau de Nay, finit à la sixième place. Quelque chose me dit que Romain Bardet devrait faire mieux, beaucoup mieux même…et qui sait ? Pour rappel, le dernier Français vainqueur du Tour s’appelle Bernard Hinault, et c’était en 1985. Presque 30 ans ! Insupportable !

Michel Escatafal


Coquard est-il le nouveau Darrigade ? Peut-être…

darrigadecoquardDepuis mes plus jeunes années, j’ai toujours aimé le sport cycliste et c’est pourquoi j’ai autant de mal à me faire aux commentaires de la presse, spécialisée ou non, concernant le vélo. Quand je parle de presse, j’y inclus bien sûr les forums, endroit où on peut lire tout et n’importe quoi, ce qui explique que je ne participe plus depuis bien longtemps à ce type de discussions. Pourquoi en suis-je arrivé là ? Parce que j’aime viscéralement le vélo, et que je ne supporte pas qu’on l’égratigne, ne serait-ce qu’un peu. Oui le vélo fait partie de ma vie, comme aucun autre sport que j’ai pratiqué, parce que pour moi c’est le plus beau spectacle qui se puisse offrir, qui plus est dans des conditions encore extraordinairement favorables, surtout si on les compare à bien d’autres sports aussi médiatisés ou plus, qui voient  les prix des places s’envoler. Cela étant, et je ne suis pas le seul, nombre d’amateurs de vélos de plus de quarante ans seraient prêts à payer pour assister à des grands matches sur la piste, comme cela se faisait autrefois. Et précisément, c’est cette culture qui manque aux fans de vélo d’aujourd’hui…et malheureusement à nombre de coureurs.

Aujourd’hui la saison commence à la mi-janvier sur la route et se finit en novembre. Quels routiers iraient de nos jours participer à des réunions sur piste dans ces conditions ? D’ailleurs le voudraient-ils, qu’il n’y a pas d’organisateurs capables de les organiser. Et pourtant, quand je repense à l’époque pas si lointaine (dans les années 90) où était organisé l’Open des Nations à Bercy, je puis témoigner que cette réunion rencontrait un grand succès. Elle en rencontrait tellement que parmi les spectateurs il y avait de nombreux « anciens » qui avaient l’impression de revivre la glorieuse époque des Six jours de Paris, où les meilleurs routiers se mêlaient aux stars des vélodromes, dans des épreuves où ces stars avaient toutes les peines du monde à battre les routiers…quand ils y arrivaient. Certes, en 1958, pour les derniers Six jours de Paris, les routiers en question n’étaient pas n’importe qui, puisque dans les équipes engagées, aux côtés des Terruzzi, Batiz, Gillen, Timoner, Von Buren, Faggin, Plattner, Bellenger, Carrara, Senfftleben, Gaignard, Brun ou Forlini, on trouvait le nom de trois des plus grands rouleurs de l’histoire, si ce n’est les plus grands, à savoir Coppi, Anquetil et Rivière. Mais ils n’étaient pas les seuls, car il y avait aussi Miguel Poblet, le sprinter espagnol, le rapide belge Van Daele, Bernard Gauthier, Jean Stablinski et un certain André Darrigade.

Darrigade n’était pas encore champion du monde (il le sera en 1959), mais il comptait déjà à son palmarès de nombreuses victoires d’étapes dans le Tour de France, un Tour de Lombardie (1956), le trophée Baracchi (avec Graf), épreuve contre-la-montre par équipes de deux coureurs  très prestigieuse à l’époque (1956), ou encore le championnat de France sur route (1955), plus une multitude de victoires que de nos jours on traiterait sur le même plan (ou presque) qu’une victoire dans une grande classique. Si j’écris cela, c’est parce que maintenant on ne fait plus trop la différence entre une victoire au Tour de Langkawi ou à celui de Turquie avec Liège-Bastogne-Liège. En fait, on comptabilise pour chaque coureur le nombre de fois où celui-ci a franchi une ligne d’arrivée en vainqueur, quelle que soit l’épreuve…ce qui est un peu trop simpliste. Désolé, mais une victoire dans un grand tour, au championnat du monde sur route ou c.l.m., ou dans une des grandes classiques du calendrier, vaut quand même plus qu’une quinzaine de bouquets ramassés dans des épreuves de seconde zone!

Fermons la parenthèse, pour revenir à André Darrigade, sans doute le seul très grand routier-sprinter qu’ait eu le cyclisme français depuis 1946. Oh certes, on va m’en citer quelques autres entre 1950 et aujourd’hui (Caput, Graczyk, Groussard, Guimard, Esclassan, Jalabert, Nazon etc.), mais aucun autre coureur que Darrigade dans notre pays ne pouvait ou ne peut se vanter d’être capable de remporter régulièrement un sprint du peloton contre les tous meilleurs. Evidemment, je ne mets pas dans la catégorie des routiers-sprinters, les deux fuoriclasse qu’étaient en leur temps Bobet et Hinault. Pour mémoire je rappellerais que Bobet a gagné en 1956 Paris-Roubaix en battant au sprint les très rapides Debruyne et Van Steenbergen, ce dernier ayant été aussi battu par ce même Bobet l’année précédente au Tour des Flandres. Quant à Hinault nul n’a oublié sa victoire sur le vélodrome de Roubaix devant De Vlaeminck en 1981, ni celle remportée la même année dans l’Amstel en battant au sprint tout le peloton.

Fermons cette nouvelle parenthèse pour évoquer de nouveau André Darrigade et peut-être, je dis bien peut-être, celui qui pourrait enfin lui succéder comme référence mondiale chez les routiers-sprinters, à savoir Bryan Coquard. Comme André Darrigade, Coquard a l’avantage sur les deux autres excellents jeunes routiers-sprinters français de sa génération, Démare et Bouhanni, d’avoir débuté dans la carrière par la piste. Si je fais la comparaison avec Darrigade, c’est parce que le Landais de Narosse avait battu lors d’une épreuve sur piste à ses débuts (en 1949) le futur septuple champion du monde de vitesse professionnel, Antonio Maspes. Rien que ça ! En outre, lors des Six jours de Paris, comme je l’ai déjà conté dans un article précédent relatif au championnat du monde sur route 1959, Darrigade s’était permis de battre dans un sprint pour une grosse prime, lors des Six jours de Paris 1958, celui que l’on a appelé dans les années 40-50 le « Machiavel du sprint », Oscar Plattner (champion du monde de vitesse amateur en 1946 et professionnel en 1952). Tout cela pour dire que Darrigade était intrinsèquement très rapide, mais aussi très adroit sur la piste.

Coquard n’a pas les mêmes références en vitesse sur la piste, même s’il fut champion du monde de l’omnium en juniors en 2009 et 2010, raflant aussi cette année-là le titre junior en scratch. Surtout, il fut médaillé d’argent aux J.O. de Londres en 2012 dans l’omnium, sorte de décathlon de la piste avec le tour lancé, l’élimination, la poursuite, la course aux points, le scratch et le kilomètre. Il n’est donc pas un pur sprinter comme pouvait l’être Darrigade, mais outre le fait que le sprint a une grande importance sur le scratch (distance 15 km, avec le classement établi à l’issue du sprint à l’arrivée) et l’omnium, cette pratique assidue de la piste a conféré à Coquard une adresse que n’auront jamais Démare et Bouhanni. Au passage on notera que la référence absolue du sprint sur la route ces dernières années, Mark Cavendish, a été deux fois champion du monde à l’américaine. Et si j’ajoute ce détail, c’est pour bien montrer que d’une part la pratique de la piste est un avantage pour un sprinter, et que d’autre part Coquard est certainement aussi véloce dans l’absolu que Cavendish.

De quoi faire fantasmer les fans de vélo français…qui ne fantasment plus depuis si longtemps, du moins les connaisseurs.  Certains me feront remarquer que Coquard (22 ans dans deux mois) est plutôt un sprinter de poche (1.69m et 58 kg) , surtout comparé à des Greipel ou des Kittel, mais Cavendish n’est pas un monstre non plus (1.75m et 68 kg), ce qui ne l’empêche pas d’être très difficile à battre dans les deux cents derniers mètres. En outre, si je connais bien l’histoire du vélo, Roger Gaignard, qui aurait mérité de remporter au moins un titre mondial en vitesse dans les années 50, était un sprinter de poche. Mais il était très véloce naturellement. C’est pour cela que les mensurations de Coquard ne m’inquiètent pas, et que je crois de plus en plus en lui, même s’il faut encore attendre un peu pour s’enflammer et le considérer comme le vrai successeur de Darrigade. Une chose est certaine, le jeune homme semble très mur pour son âge, et il semble avoir un sens tactique qui a parfois fait défaut à André Darrigade, ce qui lui a fait manquer nombre de victoires à sa portée. En tout cas, l’avènement de Coquard, mais aussi celui un peu moins récent de Démare et Bouhanni, nous fait dire que le cyclisme français a sans doute de beaux jours devant lui dans les courses d’un jour, avant de trouver dans les grands tours le successeur de Bobet, Anquetil, Hinault ou Fignon.

Michel Escatafal


Le record de l’heure se meurt…comme la piste

FaurerivieremerckxobreeEn regardant le Giro chaque jour, et en entendant évoquer ça et là les noms des anciens grands champions qui ont marqué l’histoire de cette épreuve, je me dis que le cyclisme n’a pas évolué comme le souhaitent de nombreux fans de ce sport. Tout a changé dans le vélo, le matériel, ce qui est normal, mais aussi et surtout la perception qu’ont les jeunes de ce sport magnifique. Une perception qui, il faut le reconnaître, est aussi due aux multiples affaires de dopage qui ont pollué et polluent à intervalles réguliers les compétitions. Loin de moi l’idée de vouloir minimiser le phénomène, mais force est de constater que l’on parle de dopage dans le sport essentiellement à propos du cyclisme. Comme si le cyclisme était le seul sport touché par des performances où la pharmacopée joue son rôle !

Certains vont penser que je me répète, mais je n’arrive pas à accepter cette injustice qui consiste à condamner et à montrer du doigt des sportifs exerçant un des plus durs métiers qui soit, alors que le dopage est inhérent au sport de compétition. Il l’est tellement que, même si certaines pratiques ne figurent pas dans le code antidopage, même si l’on n’utilise pas de produits interdits pour augmenter ses performances, on peut considérer qu’il y a dopage à partir du moment où on peut se payer des entraînements dans des conditions qui n’ont rien à voir avec la vie « normale ». En disant cela, je pense par exemple aux stages en altitude ou aux divers moyens que l’on a pour mieux récupérer de ses efforts. Je pense aussi à l’évolution du matériel, qui ne met pas toujours les champions sur un pied d’égalité, au point que la victoire dans un grand tour s’est jouée parfois sur l’avantage que procurait une nouveauté technologique. Un seul exemple : A combien était estimé l’avantage procuré par le guidon de triathlète qu’utilisait Greg Le Mond dans le Tour de France 1989, par rapport à celui utilisé par les autres concurrents dont Laurent Fignon ? A coup sûr très supérieur aux 8 secondes qui ont permis au coureur américain de devancer le champion français à l’arrivée à Paris.

Dans ce cas, comment appeler cela ? Ce n’était pas du dopage issu d’un médicament, mais le résultat n’était-il pas le même ? Dans le même ordre d’idées, certains affirment que la razzia britannique sur le cyclisme sur piste aux J.O. de Londres l’an passé, était due en grande partie à un avantage technologique, lequel aurait permis notamment à Kenny de battre Baugé en finale de l’épreuve de vitesse, alors qu’il ne l’avait jamais battu auparavant. D’autres aussi s’étonnent de voir que Bradley Wiggins ait pu l’an passé écraser tous les contre-la-montre auxquels il a participé…alors qu’auparavant il n’en gagnait jamais un seul. Là aussi certains prétendent que c’est une histoire de pédalier. Pour ma part, je ne me prononcerais pas sur ces hypothèses, parce que je ne suis pas assez compétent en technique pour affirmer que Kenny ou Wiggins ont réellement bénéficié de ces avancées technologiques. En outre, personne ne niera que Kenny est un grand sprinter, ni que Wiggins est un grand rouleur, comme en témoignent ses nombreux titres mondiaux ou olympique en poursuite.

En parlant de cyclisme sur piste, la transition est toute trouvée pour évoquer un des grands monuments du vélo…qui ne l’est plus : le record du monde de l’heure. Ce record était une sorte de Graal auquel aspiraient tous les plus grands champions, sans toutefois oser s’y attaquer tellement l’exercice était difficile et éprouvant. Combien de lauréats en effet, ont promis de ne plus jamais refaire une tentative, parce qu’ils avaient trop souffert pour tenir une heure sur la base de 46, 47, 48 ou 49 km dans l’heure ? Est-ce pour cela qu’on ne veut plus s’attaquer à ce record, autrefois mythique, ou bien sont-ce plutôt des questions de rentabilité pour un sponsor ? Pour ma part j’opterais pour la deuxième solution, en ajoutant que malheureusement tout ce qui touche au cyclisme sur piste n’intéresse guère les foules, lesquelles ne font que suivre les médias…et les fédérations nationales dans ce mouvement. Dans ce cas, battre le record de l’heure se ferait dans l’indifférence générale. En outre, personne ne veut admettre que s’attaquer au record de l’heure en mars, ne pénaliserait pas nécessairement un crack dans sa quête d’une victoire dans le Tour de France, surtout en pensant aux « presque tours du monde » que s’offrent les coureurs en début de saison. Il suffit de prendre l’exemple de Contador cette année, qui entre janvier et mars a couru en Argentine, puis à Oman, avant de retourner en Italie, puis en Espagne, et arriver complètement « lessivé » aux classiques ardennaises..

Après ce long préambule, passons à présent au sujet que je voulais évoquer, le record de l’heure, qui manifestement n’est plus au niveau où il devrait être. Si je dis cela, c’est parce que certains coureurs, pistards ou routiers, pourraient faire beaucoup mieux que les 49,700 km de l’inconnu tchèque Ondrej Sosenka. Pour en être persuadé, il suffit de regarder les chronos dont sont capables de jeunes poursuiteurs élevés sur la piste comme l’Australien (21 ans), Jack Bobridge, qui a réussi en février 2011 à battre le record du monde des 4 km avec le fabuleux chrono de 4mn10s534, soit 6/10 de seconde de mieux que le vieux record de Boardman (4mn11s114) qui datait de 1996, sur un vélo depuis interdit par les règlements. Ce chrono était tellement remarquable que Boardman lui-même pensait qu’il ne serait peut-être jamais battu. Et bien il l’a été, et il est permis d’imaginer que Taylor Phinney, qui l’a précédé sur le palmarès du championnat du monde de poursuite, pourrait lui aussi s’approcher des 4mn10s, tout comme l’actuel détenteur du titre mondial, australien lui aussi, Michael Hepburn.

Cela nous fait penser que ces jeunes gens très talentueux, qui ont entre 21 et 24 ans,  pourraient, et même devraient s’attaquer au record du monde de l’heure, lequel ne se situe plus à son vrai niveau. Pour tout véritable amateur de cyclisme, c’est-à-dire pour ceux qui ne se contentent pas de comptabiliser de la même façon une victoire au Tour de Turquie avec un titre mondial en poursuite ou un succès dans un grand tour, le record du monde de l’heure reste un de ces monuments qui ont fait la grandeur de ce sport. D’ailleurs, quand on regarde le palmarès de ce record, inauguré par « le Père du Tour » Henri Desgranges en 1893 (35,325 km quand même !), on s’aperçoit qu’il comporte quelques uns des plus grands noms de l’histoire du vélo. Parmi ceux-ci, le Français Lucien Petit-Breton en 1905 (41,110 km) qui remporta le Tour de France en 1907 et 1908, Maurice Archambaud, autre Français, en 1937 (45,817 km), Fausto Coppi en 1942 (45,848 km), Jacques Anquetil (46,159 km) en 1956 et en 1967 (non homologué faute d’avoir satisfait au contrôle antidopage obligatoire depuis peu), l’Italien Baldini (46,393 km) en 1956 également, Roger Rivière qui le battit à deux reprises (1957 et 1958), et le porta à sa deuxième tentative à 47,346 km en dépit d’une crevaison, ce qui en fait sans doute en valeur absolue la plus belle performance, et Eddy Merckx en 1972 (49,431 km à Mexico, en altitude) à l’issue d’une saison harassante, ce qui accentue encore la portée de l’exploit réalisé par « le Cannibale ».

D’autres noms moins prestigieux figurent au palmarès, mais compte tenu de l’exploit réalisé, on ne peut pas les passer sous silence. Il y a d’abord le pistard suisse Egg qui battit le record à trois reprises, tout comme le Français Berthet, les deux hommes s’attribuant chacun leur tour le record entre 1907 et 1914, et surtout faisant faire à ce record un bond prodigieux. En effet entre le record de Berthet le 20 juin 1907 (41.520 km) et celui d’Egg le 18 juin 1914 (44.247 km), l’amélioration avait été de plus de 2.7 km, et il faudra attendre l’année 1933 pour qu’il soit battu par le Néerlandais Van Hout (44.588 km) et le Français Richard (44.777 km) à quelques jours d’intervalle en août, avant qu’en 1935 un bon pistard, mais aussi excellent routier (vainqueur de Milan-San Remo, Milan-Turin et champion d’Italie), l’Italien Olmo, ne dépasse la barrière des 45 km (45.090 km) au Vigorelli de Milan.

Le pistard néerlandais Slaats, vainqueur de nombreux six-jours,  battra aussi ce record en 1937, qui appartenait au Français Richard (45.398) depuis l’année précédente, l’amenant à 45.558 km. Ensuite après l’ère Rivière, ce fut le Belge Bracke (deux fois champion du monde de poursuite) qui devint recordman du monde de l’heure, ayant couvert sur le vélodrome de Rome (qui remplaçait le vieux Vigorelli de Milan) en octobre 1967 la distance de 48.093km. Ce record ne tiendra qu’un an puisqu’il fut battu par le Danois Olle Ritter (48.653 km) qui inaugura l’ère des records battus à Mexico en altitude. Aujourd’hui le record est détenu (depuis 2005) par l’inconnu tchèque, Ondrej  Sosenka, avec 49,700 km réalisés à Moscou sur le vélodrome olympique, lequel jouit d’une réputation de rapidité extraordinaire puisque de nombreux records sur piste y ont été battus, à commencer par celui du 200m détenu par Kevin Sireau depuis 2009 (9s572) .

Il le faut d’ailleurs, car on se demande comment Sosenka, coureur au palmarès quasiment vierge sur la route comme sur la piste, et qui ne s’est jamais plus signalé à l’attention du grand public depuis son record, sauf pour un contrôle positif lors d’un test antidopage en 2008 aux championnats tchèques, a pu s’approprier un record aussi prestigieux, succédant au palmarès à Boardman et Merckx. A ce propos, il faut préciser que le record d’Eddy Merckx, qui datait de 1972, avait été battu à plusieurs reprises depuis cette date, par Francesco Moser en 1984, le premier homme à avoir dépassé les 50 km dans l’heure (50,808 km et 51,151 km à Mexico), puis par l’inconnu britannique Obree à trois reprises, la dernière en 1994 (52,713 km), par Indurain en 1994 avec 53,040 km, par Rominger à deux reprises qui porta ce record à 55,291 km, et par Chris Boardman qui réussit 56,375 km lors de sa deuxième réussite.

Toutes ces performances, plus ahurissantes les unes que les autres, ne sont plus considérées aujourd’hui comme des records de l’heure… parce que réalisées sur des machines qui s’éloignaient de plus en plus des vélos traditionnels. Elles ne sont plus aujourd’hui que des « meilleures performances dans l’heure » selon les critères UCI, ce qui n’est pas une première dans l’histoire du vélo, puisqu’un certain Francis Faure sur un vélo dit « couché » avait réalisé 45,055 km dans l’heure en 1933, performance qui n’a pas été homologuée, supérieure aux deux records officiels du Néerlandais Van Hout (44,588 km) et du Français Maurice Richard (44,777km), battus en août 1933.

En fait l’Union Cycliste Internationale (UCI) veut que ce record soit battu uniquement grâce à la performance physique, et non par  la technologie. Un Graham Obree, avec ses machines improbables, avait en effet parcouru en 1993 la distance de 51,596, puis de 52,713 km en 1994, sans parler de ses deux titres mondiaux en poursuite en 1993 et 1995, juché sur un vélo surréaliste et dans une position invraisemblable à l’avant de sa machine. D’ailleurs s’il fallait une preuve de l’avantage que procuraient les vélos non traditionnels, il suffit de se rappeler que le Britannique Boardman avait parcouru en 1996 la distance de 56,375 km à Manchester, alors que son record (officiel) sur une machine conventionnelle était de 49,441 km, réalisés en 2000 sur le même vélodrome de Manchester.

A présent le record de l’heure a absolument besoin d’être rafraîchi, et c’est pour cela que l’on peut être heureux de voir qu’un coureur comme le Suisse Cancellara, champion olympique et quadruple champion du monde du contre-la-montre, a manifesté à plusieurs reprises le projet de s’y attaquer…sans toutefois dépasser le stade de l’intention. Il devrait pouvoir réaliser sans trop de problèmes plus de 50 km. Il n’est sans doute pas le seul à avoir cette performance dans les jambes, à commencer par  Tony Martin, l’actuel champion du monde contre-la-montre, de surcroît excellent pistard dans ses jeunes années (champion d’Allemagne de poursuite par équipes en 2004 et 2005), qui pourrait lui aussi battre la barrière des 50 km après un minimum de préparation. Mais c’est sans doute le vainqueur du dernier Tour de France, le Britannique Wiggins, double champion olympique et triple champion du monde de poursuite individuelle, sans parler de ses titres par équipes ou à l’américaine, vrai pistard, qui aurait le plus de chances de s’approprier ce record, par exemple  à l’issue d’une course à étapes qui lui aurait permis de disposer de sa meilleure condition physique.

Cela redonnerait du lustre à ce record mythique dans le cyclisme sur piste, que tout superchampion se devait de battre autrefois, même si tous ne l’ont pas battu, faute d’avoir voulu s’y attaquer. Hugo Koblet, par exemple, qui était un remarquable pistard (champion d’Europe à l’américaine et finaliste du championnat du monde de poursuite), aurait dû être recordman du monde de l’heure, tout comme Bernard Hinault (plusieurs fois champion de France de poursuite) à qui rien ne paraissait impossible dans ses plus belles années. Alors attendons encore un peu dans l’espoir d’une tentative de Cancellara, Martin ou Wiggins, sans oublier les jeunes surdoués de la poursuite que sont Bobridge et Phinney, en plaine ou en altitude, pour que ce record mythique retrouve ses lettres de noblesse.

Cela dit, quand on voit l’état dans lequel ont fini la plupart des candidats au record, ce ne sera pas une formalité. Cancellara aurait pour lui sa puissance ou sa résistance, mais ce n’est pas un pistard comme l’étaient Coppi, Anquetil, Rivière ou Merckx, même s’il a toutes les qualités pour s’adapter rapidement à la piste. C’est pour cela que je considère que les candidats les plus crédibles sont Tony Martin et plus encore Bradley Wiggins, devenu aujourd’hui un excellent coureur à étapes. Quant à Phinney ou Bobridge, il leur faudra souffrir une heure avec des braquets imposants, sans perdre de leur fluidité. Malgré tout aucun d’eux ne pourra s’écrier en riant, comme Roger Rivière après sa première tentative (septembre 1957) : « Aujourd’hui, j’ai fumé la pipe ». Roger Rivière en effet était imbattable en poursuite (à l’époque sur 5 km), mais aussi sur la route sur des distances inférieures à 70 km. Jamais un coureur n’a été et ne sera peut-être aussi doué que l’était ce champion exceptionnel qui, rappelons-le, vit sa carrière s’arrêter un jour de juillet 1960 dans la descente du col du Perjuret, alors qu’il s’apprêtait, à 24 ans, à remporter son premier Tour de France.

Michel Escatafal