Les années en 7 du Tour sont souvent particulières

Bonjour à tous mes lecteurs, à qui je dois des excuses, mais la France vient de vivre une longue séquence politique…qui explique qu’on pense à autre chose qu’au sport dans ces circonstances. Aujourd’hui la France est « En Marche » et c’est sûrement la chance de notre pays, avec un président jeune et ambitieux. Fermons la parenthèse et place au Tour de France, après un début de saison marqué par la énième grande saison de printemps de Valverde (37 ans), qui collectionne les victoires dans les classiques et les courses à étapes de moins d’une semaine, au point de se rapprocher du palmarès de Sean Kelly, c’est-à-dire juste derrière les monstres sacrés du cyclisme sur route. En revanche le premier des grands tours, le Giro, a confirmé que désormais Dumoulin sera un interlocuteur de premier ordre dans l’avenir, grâce évidemment à sa capacité à rouler au niveau des tous meilleurs contre le chrono, mais aussi par sa faculté à se dépasser en montagne pour suivre très longtemps les meilleurs grimpeurs, un peu comme savait si bien le faire Indurain ou encore Rominger. En revanche, dans ce même Giro, Quintana a montré des limites que nombre de gens ne lui soupçonnaient pas, tout comme Nibali, bon partout mais exceptionnel nulle part.

Du coup qui sont les favoris du prochain Tour de France? Normalement, si tout va bien pour lui, le vainqueur sera Froome, car il est le meilleur des favoris en montagne et contre-la-montre, un peu comme Contador entre 2008 et 2011 ou 2012. Froome est donc a priori imbattable et il devrait l’être. Sérieusement, avec en plus un Tour d’Italie dans les jambes, on ne voit pas Quintana le menacer. Je ne vois pas hélas non plus Contador dominer Froome, parce que, contrairement à Valverde, le Pistolero ne se bonifie pas avec l’âge. Certes il reste toujours ce coureur flamboyant, capable de faire sauter n’importe qui à la faveur d’une belle manoeuvre en montagne, mais il se trouve toujours un coureur à présent pour le confiner aux places d’honneur. Depuis le début de la saison Contador a terminé second du Tour d’Andalousie, de Paris-Nice après un baroud d’honneur magnifique dans la dernière étape, du Tour de Catalogne et du Tour du Pays Basque, battu notamment par Valverde dans les trois épreuves espagnoles. Contador reste un grand coureur, mais il n’est plus le meilleur depuis au moins deux ans. Valverde justement pourrait être un outsider, mais il sera d’abord au service de Quintana…parce qu’il peut difficilement espérer gagner le Tour de France. En fait, il n’a gagné qu’un grand Tour dans sa longue carrière (Vuelta 2009) comme Kelly.

Alors qui d’autre? Aru peut-être, mais le nouveau champion d’Italie est trop limité contre-la-montre pour s’imposer. En plus, malgré ses qualités de grimpeur, il n’est pas assez fort en montagne pour battre Froome et même Quintana ou Contador. Il y a Porte aussi, mais lui est un coureur de courses d’une semaine, ayant toujours craqué dans le Tour de France à un moment ou un autre. Ce n’est pas pour rien qu’il n’ait jamais gagné encore un grand tour. Restent des coureurs comme Fulgsang, Chaves ou notre Bardet national, mais qui peut imaginer ces coureurs s’imposer dans le Tour de France sauf circonstances exceptionnelles ou très grande surprise, comme certains Tours de France nous en ont réservé dans les années se terminant par 7, avec toutefois une différence notable par rapport au passé, à savoir que les meilleurs coureurs à étapes d’aujourd’hui sacrifient tout à leur préparation pour le Tour de France. On peut le regretter, mais c’est ainsi depuis les années 90, avec comme précurseur Greg LeMond, ce qui lui a bien réussi (3 victoires).

Et puisque j’évoque l’histoire, je voudrais en profiter pour parler rapidement de quelques Tours de France célèbres qui se sont terminés par de grandes surprises. Celui de 1937, marqué par l’arrivée du dérailleur pour tous ( dont les cyclotouristes étaient équipés depuis 1924) que tout le monde donnait à Bartali, déjà deux fois vainqueur du Giro à 22 ans, un des plus grands grimpeurs de l’histoire, qui avait la main mise totale sur ce Tour (18mn35s d’avance sur Sylvère Maes le vainqueur de l’année précédente), avant de s’écraser entre Grenoble et Briançon sur une barrière dans une descente et tomber dans un torrent glacé. Il put certes continuer mais, trop diminué par ses blessures, il abandonna entre Toulon et Marseille laissant la victoire à Roger Lapébie, bon coureur certes mais loin d’être un super crack comme Bartali (voir mon article Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo ). C’est un peu comme si Fulgsang gagnait le Tour cette année!

Je passe sur la rocambolesque et magnifique victoire de Robic en 1947 (voir mon article Jean Robic, guerrier sans peur…et presque sans reproche ) pour arriver à 1957, avec l’avènement de celui qui allait devenir un des champions de légende du vélo, Jacques Anquetil. Il l’emporta certes avec près d’un quart d’heure d’avance sur le Belge Janssens, mais sa victoire fut facilitée par l’abandon prématuré des grimpeurs Gaul (terrassé par la chaleur) et Bahamontes, lesquels n’auraient pas manqué d’exploiter la défaillance dans l’Aubique de celui qui allait dominer le vélo entre 1960 et 1966. Autre scenario en 1967, avec la victoire de Pingeon, que personne n’attendait dans un Tour réservé à Raymond Poulidor, Mais une chute entre Strasbourg et Metz allait l’obliger à mettre un terme à ses ambitions, laissant la victoire à Pingeon en devenant un coéquipier de luxe. Pour mémoire ce Tour est celui de la tragédie du Mont Ventoux qui vit la mort de Simpson. On pourrait aussi évoquer le Tour 1977 avec la deuxième victoire surprise de Thévenet, qui a profité au maximum de la fin de carrière de Merckx et de l’effacement d’Ocana pour l’emporter devant Hennie Kuiper. Ce sera le chant du cygne de Thévenet.

Un peu plus près de nous, en 1987, ce fut Stephen Roche qui remporta un Tour de France que JF Bernard n’aurait jamais dû perdre. Une défaite dont il ne se remit jamais réellement. En tout cas Roche profita des circonstances pour réussir le doublé Giro-Tour, et même le triplé avec le championnat du monde, ce que seul Merckx a réussi avec lui. La comparaison avec Merckx s’arrêtera là, parce que Stephen Roche fut simplement un très bon coureur à étapes et non un de ces cracks qui ont marqué durablement l’histoire du vélo. Un crack qu’aurait dû être Jan Ullrich…s’il avait eu la volonté qui allait avec son talent. Il a toutefois gagné facilement le Tour de France 1997, laissant Virenque à plus de 9mn et Pantani à plus de 14mn, puis la Vuelta en 1999, sans oublier ses trois deuxièmes places dans la Grande Boucle derrière Armstrong, qu’il aura eu la malchance d’avoir face à lui. Enfin en 2007, ce sera l’avènement du crack du vingt-et-unième siècle dans les courses à étapes, Alberto Contador, vainqueur de 9 grands tours ( 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne), ce qui le situe juste derrière Hinault (10) et Merckx (11). Les égalera-t-il? J’en doute, mais sa place est au Panthéon du cyclisme.

Michel Escatafal


Le cyclisme, un sport où les crétins sont légion…qu’ils soient champions, pratiquants ou supporters

wigginsStybarDeux informations récentes m’ont interpellé…à propos du dopage, et pas grand-monde ne s’en est beaucoup offusqué. Il est vrai que le cyclisme est sans doute l’unique sport où ses pratiquants et ses supporters sont les seuls à passer leur temps à se flageller et à se dénigrer les uns les autres. Par exemple, je n’ai guère entendu d’indignation à propos de la convocation par le Comité Olympique national italien de Paolo Savoldelli, double vainqueur du Giro, pour « violation des règles antidopage »…pendant la période 2005-2006 (il courrait à l’époque avec Armstrong). Oui, j’ai bien dit la période 2005-2006, c’est-à-dire il y a huit à neuf ans. On croit rêver, d’autant qu’en 2005 il a gagné le Tour d’Italie, ce qui signifie vraisemblablement qu’il va perdre ce Giro, ce qui ne fera qu’un changement de plus dans le palmarès de l’épreuve. C’est Simoni qui va être content ! Enfin, le sera-t-il réellement ? Pour ma part j’en doute, car tout cela ne fait pas très sérieux. Et puis, va-t-on rayer d’un trait de plume Coppi et Anquetil des palmarès, alors qu’ils ont avoué l’un et l’autre s’être dopés pendant leur carrière ? Tout cela relève vraiment du délire !

Mais plus délirant encore,  si c’est possible, voilà qu’un récent vainqueur du Tour de France, Bradley Wiggins, affirme (sans rire) qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main les coureurs qui ont remporté le Tour de France « de manière propre ». Evidemment il s’inclut dans ce « petit club », ce qui signifie que pour lui il y a au moins 53 coureurs sur les 58 ayant remporté le Tour de France, à l’avoir gagné en se dopant. Chapeau l’artiste ! Pour ma part j’aimerais quand même que Wiggins nous donne la définition du coureur « propre »…ce qu’il ne fait pas, sauf à préciser qu’il n’a « aucune casserole ou squelette dans un placard ». Très bien, mais pour moi cela est insuffisant, car nombre de coureurs sont passés à travers tous les contrôles sans jamais se faire prendre, avant d’avouer plus tard qu’ils s’étaient dopés. Au fait, Bjarne Riis s’était-il fait prendre aux contrôles antidopage, avant de reconnaître des années plus tard avoir ingéré des produits interdits de 1993 à 1998? Certes, certains avaient des suspicions à son propos, mais tous ses contrôles avaient été négatifs…comme un certain Armstrong, comme Virenque et tant d’autres.

D’ailleurs Wiggins lui-même, n’avait-il pas subi les doutes de nombreux suiveurs quand, après avoir terminé 134è du Giro 2008 et 71è de ce même Giro en 2009, il avait obtenu la 4è place au classement général du Tour de France cette même année 2009, derrière Contador, Andy Schleck et Armstrong, qui ne le précédait que de 37 secondes, devançant un autre grand spécialiste des courses à étapes, Franck Schleck, de 3 secondes.  Ces doutes n’avaient d’ailleurs fait que s’amplifier l’année suivante, quand, lors du Giro 2010, il arriva avec 25 minutes de retard au Zoncolan, montrant par là qu’il ne supportait guère la haute montagne, ce qui sera confirmé dans le Tour de France quelques semaines plus tard, perdant presque 5 minutes sur Contador et Schleck dans l’étape où se trouvait le redoutable col de la Madeleine. En revanche, lors de sa victoire dans le Tour 2012, année où il gagna tous les contre-la-montre auxquels il participa alors que jusque-là il n’en remportait aucun, Nibali ne put rien contre lui en montagne, malgré plusieurs attaques tranchantes dans les cols, terminant même derrière Wiggins lors de l’arrivée à Peyragudes. Et pourtant Nibali n’est pas n’importe qui, puisqu’il a remporté en 2010 une Vuelta très montagneuse et en 2013 le Giro en écrabouillant tous ses adversaires en montagne. Allez, j’arrête là, car tout cela est réellement affligeant. Pour ma part, je considère que Wiggins a gagné le Tour de France 2012 en étant « propre », comme Froome l’était en 2013, puisque leurs contrôles étaient négatifs, comme Contador l’était en 2010, puisque personne n’a pu prouver qu’il s’était réellement dopé cette année-là.

Au fait, je viens de m’apercevoir que j’avais écrit une page entière sur ces balivernes, alors que ce n’était pas le sujet que j’avais choisi d’aborder aujourd’hui, à savoir le cyclocross et son évolution. Ce sera pour une autre fois, même si je tiens d’ores et déjà à souligner combien les amateurs de vélo savent se comporter comme des crétins. Pour preuve, la manière scandaleuse dont a été accueillie la victoire du Tchèque Stybar au championnat du monde de cyclo-cross, qui a eu lieu la semaine dernière à Hoogerheide (Pays-Bas). A ce propos, et c’est autrement plus rafraîchissant que les déclarations de Wiggins, la vedette de la discipline, le Belge Sven Nys (second), a avoué avoir été très choqué par les huées des spectateurs présents sur la course à l’encontre d’un coureur, dont le principal défaut est d’être d’abord un routier. Comme si c’était le premier champion du monde de cyclocross à être à la fois routier et remarquable spécialistes des sous-bois.

Pour mémoire, je rappellerais que Jean Robic (vainqueur du Tour de France 1947), l’Allemand Rolf Wolfsholl (vainqueur de la Vuelta 1965 devant Poulidor), le Belge Roger De Vlaeminck (victorieux de 13 classiques et d’un Tour de Suisse dans les années 70), le Suisse Pascal Richard (champion olympique en 1996 et vainqueur d’un Tour de Lombardie et de Liège-Bastogne-Liège),  le Néerlandais Adrie Van der Poel (vainqueur d’un Tour des Flandres, de Liège-Bastogne-Liège et de l’Amstel Gold Race dans les années 1980 et 1990), ont été de grands champions sur la route. Ils ont d’ailleurs un palmarès autrement plus conséquent que celui de Stybar sur la route, le Tchèque n’ayant que l’Eneco Tour comme victoire relativement significative, alors qu’il a été à trois reprises (2010, 2011, 2014) champion du monde de cyclo-cross. Et je suis persuadé que parmi les imbéciles qui ont sifflé Stybar aux Pays-Bas, il y en avait beaucoup qui avaient applaudi, en 1996, la victoire de leur compatriote Van der Poel. Comprenne qui pourra…à supposer que l’on puisse comprendre le comportement des champions, des pratiquants ou des supporters du vélo !

Michel Escatafal