En Formule 1, succéder à son père ne garantit pas le succès

verstappenIls sont nombreux les pilotes de Formule 1 à suivre la voie tracée par leur père, plus nombreux sans doute que dans nombre d’autres sports. Il est vrai que si l’on est né dans le milieu fermé de la discipline reine du sport auto, au demeurant une des plus suivies dans le monde, sur tous les continents, il est plus facile d’y avoir accès et de pouvoir espérer y atteindre le plus haut niveau… ce qui ne signifie pas pour autant que le succès soit immanquablement au rendez-vous, comme nous l’allons voir dans cet article.

Le premier dont je voudrais parler est le fils d’un triple champion du monde, Nelsinho Piquet, qui s’est surtout signalé en montrant qu’il avait la langue bien pendue, ce qui le conduit parfois à dire d’énormes bêtises, inversement proportionnelles au talent qu’il a montré sur la piste, bien loin des performances passées de son père Nelson (aujourd’hui âgé de 64 ans). Pour mémoire ce dernier fut triple champion du monde, comme je l’ai déjà dit, et compte à son palmarès 23 victoires, 24 poles en 207 grand prix dans les années 80, ce qui en fait un pilote de grande classe, juste derrière les plus grands de son époque (Prost, Senna notamment) et de l’histoire de la discipline. Si je parle de son fils Nelsinho, c’est parce que j’ai lu quelque part qu’en son temps il avait critiqué dans une interview Romain Grosjean, disant de lui qu’il avait eu beaucoup de chance (par rapport à lui) parce qu’il est arrivé chez Lotus au bon moment (2012), « avec un équipier (Kimi Raikkonen) plutôt faible et une très bonne voiture ».

Traiter Raikkonen de la sorte est une insulte faite à son père, pour la simple raison qu’Iceman, comme est surnommé le pilote finlandais, a des statistiques quasiment équivalentes à celle de Nelson Piquet, alors que lui, Nelsinho, n’a réussi comme performance notable au volant d’une voiture compétitive (Renault 2008 et 2009), qu’un seul podium. Et sa critique vis-à-vis de Romain Grosjean est aussi nulle, dans la mesure où Grosjean a toujours fait preuve de rapidité, malgré quelques grosses erreurs, ce qui lui a permis d’engranger une dizaine de podiums chez Lotus et de marquer 29 points au volant d’une Haas peu compétitive l’année passée. Mais comme si cela n’était pas suffisant, et c’est pour cela que j’évoque son nom, il a profité de cette interview pour s’attaquer à…Senna, une des deux ou trois icônes absolues de la F1 avec Fangio et peut-être Jim Clark ou Michael Schumacher pour ses 7 titres mondiaux et tous les records ou presque de l’histoire de la F1. Pour le jeune Piquet, en effet, « si Ayrton Senna avait commencé sa carrière dix ans plus tôt, il n’aurait probablement jamais gagné aucun championnat », précisant selon ses dires qu’il « était très rapide et commettait très peu d’erreurs, mais du point de vue de la compréhension de la mécanique de sa voiture, c’était un pilote très faible ».

Au passage on observera que Nelsinho Piquet aime employer le mot « faible », et surtout n’a pas peur du ridicule quand il l’emploie à propos de Senna et Raikkonen…infiniment supérieurs à lui, et intrinsèquement meilleurs que son père (surtout Senna). Comme je l’ai précisé antérieurement, Nelson Piquet ne sera jamais considéré comme une légende de la piste, parce qu’il bénéficia très longtemps de circonstances favorables dans sa carrière, à savoir l’extrême compétitivité des Brabham de Bernie Ecclestone à la fin des années 70 et, plus encore au début des années 80, avec le moteur turbo BMW. Mais quand il quitta cette équipe fin 1985 pour atterrir chez Williams, il montra ses limites face à Mansell, comme il les montrera plus tard chez Benetton face au jeune Michaël Schumacher (1991), qui précipita sa retraite.

Un peu plus tard, Nelsinho a quelque peu atténué ses propos, suite aux réactions indignés des amateurs de sport automobile, généralement très bien informés et très souvent bons connaisseurs de la F1, en affirmant que Senna « était un pilote très rapide et le meilleur en termes de vitesse pure », mais qu’ «il n’a pas eu le même répertoire pour la partie mécanique que la génération précédente ». Néanmoins le mal était fait, et il est passé aux yeux de tout le monde pour un charlot. Et si ce mot apparaît un peu fort, je rappellerais que Nelsinho Piquet restera pour l’éternité le seul pilote de F1, et sans doute du sport automobile, à avoir volontairement « crashé » sa voiture pour favoriser le résultat de son coéquipier Alonso lors du Grand Prix de Singapour en 2008, attitude totalement irresponsable qui ne sera pas suffisante pour lui permettre de conserver son volant.

Ces propos et le rappel de ce triste épisode de la carrière de Nelsinho Piquet m’ont fait réfléchir à un phénomène courant dans les milieux artistiques (cinéma, variétés…), mais finalement très rare dans le sport, à savoir les avantages de la filiation pour poursuivre sur les traces du père ou de la mère. Certes, il n’est pas rare voir le fils essayer de marcher sur les pas de son père, mais sans aucune garantie de succès. C’est le cas notamment en Formule 1, puisqu’on compte sur les doigts d’une seule main les pilotes qui ont été dignes du talent de leur père. En fait ils ne sont que quatre à ma connaissance : Alberto Ascari dans les années 50, et plus récemment Damon Hill, Jacques Villeneuve et Nico Rosberg. Reconnaissons que cela fait très peu, mais en sport, contrairement au cinéma ou dans les variétés, le talent se reconnaît à coup de secondes, de mètres ou de centimètres. Mieux même, en Formule 1 c’est plutôt en dixièmes ou en centièmes de seconde que se fait la différence entre les meilleurs et les autres. Parfois même, un ou deux millièmes conditionnent tout le déroulement d’une course, par exemple à Monaco ou Budapest, circuits où il est très difficile de doubler un concurrent, et où la place en qualification est primordiale pour l’emporter.

Fermons la parenthèse pour revenir aux fils qui ont essayé d’imiter leur père dans la discipline reine du sport automobile. Comme je l’ai dit précédemment, il y a eu beaucoup d’appelés mais très peu d’élus. Parmi les appelés je citerais Gary et David Brabham, ou encore Michaël Andretti, lequel a fait une magnifique carrière dans les formules américaines, mais qui n’a pu être réellement jugé sur sa valeur en F1 parce qu’il a été l’équipier d’Ayrton Senna, sans oublier Nelsinho Piquet. Bien d’autres ont fait leurs classes dans les formules inférieures ou en endurance, mais avec des performances insuffisantes pour leur valoir les honneurs de la F1, et parmi ceux-ci je citerais chez les Français les fils Tambay et Prost. En revanche les fils Ascari, Hill, Villeneuve et Rosberg, ont parfois dépassé les pères ou, à tout le moins, les ont égalés…en attendant, peut-être l’arrivée de Mick Schumacher.

Comme mon blog évoque l’histoire du sport, je vais parler plus particulièrement d’Alberto Ascari, le plus ancien des quatre, qui fut avec Fangio le plus brillant pilote des années cinquante, en tout cas celui qui a le plus beau palmarès après l’Argentin, avec ses deux titres de champion du monde en 1952 et 1953 (sur Ferrari), ses 13 victoires et ses 14 pole position en 32 grand prix. Alberto était le fils du grand champion qu’était Antonio Ascari, mort sur le circuit de Montlhéry en 1925, alors qu’il était au sommet de son art. Alberto commencera sa vraie carrière en 1948 chez Alfa-Romeo, avant de passer très vite chez Ferrari, avec qui il obtiendra ses deux titres mondiaux au volant de la fabuleuse 500 F2 avec un moteur 2 litres.

En 1954 et 1955, Alberto Ascari signera chez Lancia, avec le fameux épisode de sa sortie de piste lors du Grand Prix de Monaco 1955, qui lui vaudra de plonger dans l’eau du port. Plus de peur que de mal, mais hélas le destin n’aura pas été clément bien longtemps avec lui, puisque après un séjour très court à l’hôpital de Monaco, il se rend à Monza le jeudi suivant (26 mai 1955) pour voir Castellotti essayer une Ferrari Sport. Bien qu’en tenue de ville, Ascari demande à essayer à son tour la voiture…ce qu’il fera sans être casqué. Il fera deux tours seulement avant d’être victime d’un accident fatal, mourant dans l’ambulance. Curieusement cet accident nous ramène à son père qui trouva la mort à Monthléry un 26 (26 juillet 1925), dans un accident, sans être casqué et au même âge (37 ans).

Enfin, je voudrais terminer en citant un ancien pilote de Formule 1 qui n’a pas connu un grand succès dans sa carrière ( 17 points marqués entre 1994 et 2003), malgré ses 107 grands prix disputés. Certes il n’a jamais eu de voiture réellement compétitive (Tyrrell, Arrows, Stewart, Minardi), mais s’il n’a jamais été appelé par une écurie plus huppée, c’est parce qu’il n’avait pas le talent suffisant pour conduire dans un top team. Néanmoins Jos Verstappen est en train de connaître une réussite qui sera exceptionnelle…avec son fils à peine âgé de 19 ans, devenu en 2016 un des tous meilleurs pilotes actuels, certains affirmant même qu’il est déjà le meilleur.

Cela demande confirmation, mais il pulvérise les records de précocité en carrière, avec à son compteur une victoire à Barcelone, où il résista comme un grand à Kimi Raikkonen sur Ferrari, mais aussi un meilleur tour en course au Brésil où, sous la pluie, il fit penser à un certain Ayrton Senna, la référence absolue dans les conditions les plus difficiles. Pour preuve de ses immenses qualités, contrairement à son père, il est déjà dans le baquet d’une des meilleures voitures de la grille, la Red Bull, après avoir fait ses classes dans une Toro Rosso. Autre preuve, il a au moins fait jeu égal avec un autre surdoué, l’Australien Ricciardo, en Formule 1 depuis 2014, le dominant même en fin de saison après avoir remplacé pour insuffisance de performances le Russe Kvyat, à partir du grand prix d’Espagne.

En tout cas, s’il y a bien un jeune pilote qui fait l’unanimité dans le paddock, c’est bien Max Verstappen, même si certains lui reprochent son arrogance et son extrême détermination (je suis très gentil!) pour empêcher un autre pilote de le dépasser. En revanche tout le monde souligne sa vitesse en qualifications où il fit jeu égal à la fin de la saison avec Ricciardo, un maître en la matière, et plus encore sa constance en termes de performance sur la durée d’un grand prix. Pour ma part, si je devais faire une comparaison avec d’autres cracks de la discipline je dirais qu’il ressemble à la fois à Prost et à Senna. Si je fais ce jugement, c’est parce que Coulthard (ancien excellent pilote chez Williams et Mac Laren) a dit à propos de Max Verstappen « qu’ au Brésil, sous la pluie, il a trouvé des trajectoires que l’on ne prend normalement jamais, et ça a fonctionné », ajoutant un peu plus tard que « Max est un pilote courageux et intelligent. Avec ces deux qualités, on a quelque chose de surhumain. »

Coulthard n’est évidemment pas le seul à avoir remarqué toutes les qualités de ce jeune homme, chevalier sans peur mais pas encore sans reproche, qui dispose évidemment d’une énorme marge de progression, ce qui me fait dire que le prochain champion du monde pourrait bien s’appeler Verstappen, malgré les inconnues de la nouvelle réglementation. Cela dit, compte tenue du savoir-faire de Red Bull en matière de châssis et de la nette progression du moteur Renault fin 2015 et au cours de l’année 2016, pareil pronostic n’a rien de farfelu, bien au contraire…même si à titre personnel je préférerais que le champion 2017 s’appelle Kimi Raikkonen. Mais pour cela il faudrait que la nouvelle Ferrari soit bien née, et convienne au style d’Iceman.

Michel Escatafal


Rosberg comme Hawthorn, Stewart et Prost

rosberg-nicoEn 2017 la Formule 1 s’apprête à faire un nouveau saut dans l’inconnu, et même plusieurs si l’on prend en compte le départ de Bernie Ecclestone (86 ans et presque 40 ans de pouvoir absolu sur la discipline) remplacé par les gens de Liberty Média (Chase Carrey aidé par Ross Brawn et Sean Bratches) le nouveau propriétaire, cela s’ajoutant à un énième changement de reglementation, pour favoriser le spectacle, qui concerne cette fois le châssis (ailerons plus larges, pneus passant de 245 mmm à 305 mm, largeur du fond plat etc.). Un changement qui non seulement va nettement augmenter la performance (certains parlent de 5 secondes au tour sur plusieurs circuits), mais aussi l’apparence des voitures, surtout si, en plus, l’horrible halo finit par apparaître sur les bolides (prévu pour 2018), et même nous dit-on le bruit, plus proche des standards adorés par les fans de la discipline. On notera au passage que le halo a déjà été rejeté par l’Indycar, qui considère que ce n’est pas une bonne solution aux yeux de ses dirigeants à cause des ovales et de leurs virages relevés, ce qui pourrait poser des problèmes de visibilité. Fermons cette parenthèse pour noter aussi et surtout, que ces voitures pèseront plus lourd de 22 kg que celles de l’an passé, ce qui va nécessiter une nouvelle approche du pilotage, et qui rend encore plus grandes les incertitudes pour savoir lequel ou lesquels parmi les pilotes sauront le mieux s’adapter au style de pilotage nécessaire pour dompter au mieux ces nouveaux bolides. Peut-être même assistera-t-on à des surprises quand il s’agira de comparer les pilotes entre eux, les certitudes d’aujourd’hui pouvant être très différentes de celles qui prévaudront lors des prochains grand prix.

Pour ne prendre qu’un exemple, j’ai hâte de voir comment se comportera un pilote comme Kimi Raikkonen, imbattable avec une voiture qui lui convient, mais aussi beaucoup moins performant si la voiture ne répond pas entièrement à ses désirs. On a connu en effet un Kimi super performant avec la Lotus 2012 qui lui convenait parfaitement et beaucoup moins à l’aise quand la Lotus 21 disposait d’un epattement plus long de 10 cm. Chez Ferrari, à partir de 2014, on retrouve un peu la même situation avec un Kimi largement dominé par Alonso sur une Ferrari qui ne convenait absolument pas à son style de pilotage, et en net retrait par rapport à Sebastian Vettel en 2015. En revanche, en 2016, on a retrouvé à partir du mois d’août un Kimi beaucoup plus à l’aise, au point de dominer régulièrement en qualifications ce même Sebastian Vettel. Alors question : en 2017 Raikkonen saura-t-il régler sa monoplace, auquel cas Ferrari disposera de deux pilotes de top niveau avec Vettel, ou bien rencontrera-t-il les problèmes qu’il a parfois connus par le passé, notamment avec son train avant? Tout cela pour dire que si Raikkonen doit avoir une voiture faite pour lui pour en tirer la quintessence, alors on imagine les difficultés que pourraient rencontrer les plus jeunes pilotes qui n’ont ni la talent inné d’Iceman, ni évidemment son expérience.

Après ce long préambule sur la saison 2017, je voudrais aussi m’interroger sur le devenir d’une discipline que tout le monde sent en proie au doute même si on ne nous le dit pas. D’abord parce que cette discipline n’est plus réservée, dans nombre de pays ayant une vraie et grande tradition en termes de sport automobile, qu’aux abonnés des chaînes payantes (Canal+ en France) ce qui, fatalement, limite son audience notamment auprès des jeunes. On rappellera simplement qu’en 2016 on évalue à 400 millions de téléspectateurs le nombre de fans qui ont suivi la saison de grands prix, soit 33% de moins qu’en 2008, et même si le chiffre ne baisse plus, il n’y a quand même pas de quoi pavoiser. Ensuite parce que les tarifs des week-end de grand prix sont tout à fait hors de portée de la bourse de nombreux fans, et enfin parce que si cela continue les grands prix historiques finiront par disparaître, malgré le retour au calendrier 2018 du Grand prix de France (au Castellet). En écrivant cela je pense tout particulièrement aux difficultés rencontrées par le mythique circuit de Monza et le non moins mythique circuit de Silverstone, lieu où se situa le premier grand prix de Formule 1 de l’histoire, le 13 mai 1950, avec une victoire de Farina sur Alfa-Romeo.

Certes je veux bien que le championnat du monde visite un grand nombre de pays ayant construit des circuits modernes, mais le sport automobile c’est quand même en plus du Castellet, Silverstone, Monza, Spa Francorchamp, le Nurburgring ou encore Zandvoort, pour ne citer que les circuits les plus prestigieux. Si je cite ces places fortes du sport auto et de la F1, c’est parce que tous ces circuits, à part le Castellet à partir de 2018 pour cinq ans, sont tous en danger en raison des coûts, ou ont tout simplement disparu. Pour ce qui concerne Silverstone, comme évoqué précédemment, le British Racing Drivers’ Club (BRDC), propriétaire du circuit, semble de plus en plus enclin à faire jouer une clause de sortie de son contrat d’organisateur du Grand Prix de Grande-Bretagne pour ne plus l’organiser à partir de 2019, malgré une affluence encore très importante, même si elle n’est plus ce qu’elle fut autrefois, et malgré aussi le souhait de Formula 1 Group (Liberty Media) de voir ces monuments continuer à faire l’histoire de la discipline.

En parlant d’autrefois et du passé de la Formule 1, je voudrais souligner combien j’ai été surpris d’apprendre la retraite prématurée de Rosberg, tout juste sacré champion du monde 2017 (deuxième pilote après Damon Hill à avoir été détenteur d’un titre mondial comme son père), à l’issue d’une lutte sans merci avec son coéquipier Hamilton, qui a atteint des sommets d’indignité lors du dernier grand prix de la saison 2016 à Abu Dhabi, où l’on a vu ce spectacle pitoyable d’Hamilton, leader de la course, roulant presque au ralenti pour que son coéquipier, en tête du championnat, soit contraint de prendre des risques pour défendre sa seconde place, celle-ci étant vitale pour obtenir enfin ce titre ce champion du monde qu’il convoitait depuis plusieurs saisons. Voilà un comportement comme on n’en voyait pas en Formule 1 à ses débuts, et même jusque dans les années 70. Il est vrai qu’à cette époque il y avait beaucoup moins d’argent en jeu et, plus encore, la sécurité était très loin d’être assurée comme de nos jours, le nombre de pilotes morts en course étant effrayant.

En tout cas, même s’il n’est peut-être pas tout à fait aussi rapide en valeur absolue qu’Hamilton, ce dernier ayant beaucoup souffert pour le battre, le fils de Keke fait quand même partie des grands champions de la Formule 1, lui qui aura eu à affronter coup sur coup Schumacher, quand il sortit de sa retraite, et ces trois dernières années Hamilton…qui lui aura fait nombre de misères sur la piste et ailleurs, ce dernier ayant beaucoup de mal à accepter une concurrence féroce, comme lui-même en a connu par le passé avec un autre fauve du même acabit, Alonso. Pour clore ce chapitre, il faudra peut-être attendre le livre que veut écrire Rosberg sur « tout ce qui n’a pas été dit sur ces années Mercedes avec Hamilton », lequel va devoir se coltiner cette année un coéquipier loin d’être facile, Bottas, finlandais comme Rosbeg, qui n’arrive pas en victime expiatoire.

Mais au fait quels sont les pilotes de Formule 1 qui ont quitté la compétition après l’acquisition d’un titre de champion du monde? En fait ils ne sont pas nombreux, puisque j’en ai compté quatre en tout avec Rosberg, à savoir Mike Hawthorn en 1958, Jackie Stewart en 1973 et Alain Prost en 1993. Si je devais faire la comparaison la plus fine avec un de ces trois champions ce serait avec Mike Hawthorn, pilote très doué, qui a la particularité d’avoir été le premier champion du monde de Formule 1 de nationalité britannique. Il était très jeune puisqu’il n’avait à cette époque (1958) que 29 ans. Evidemment pour ceux qui ont découvert la Formule 1 dans les années 2000, je pense notamment aux multiples forumers qui dissertent doctement sur les forums des sites parlant de la discipline, 29 ans n’est pas très jeune, surtout quand on pense à l’âge de Verstappen (19 ans), qui est déjà parmi les tous meilleurs drivers. Mais, dans les années 50, les plus grands champions (Fangio, Farina, Ascari) avaient tous plus de 35 ans, sauf Stirling Moss qui avait 29 ans en 1958.

Hawthorn était aussi un remarquable pilote des 24 Heures du Mans, qu’il gagna (avec Bueb sur Jaguar) de la plus triste des manières en 1955, puisqu’il fut jugé partiellement responsable du terrible accident qui endeuilla la course avec, outre la mort de Levegh, celle de plus de 80 spectateurs. Cela lui valut de passer de tristes moments d’autant qu’il perdit son père juste avant l’épisode manceau. Mais il sut se relever de tous ces malheurs et remporta le titre mondial trois ans plus tard avec une Ferrari, en gagnant à Reims et en obtenant cinq deuxièmes places, tout cela en dix grands prix. Chanceux cette année-là , il profita de l’explosion du moteur de Tony Brooks sur Vanwall au Portugal, pour s’emparer de la deuxième place suffisante pour l’obtention du titre mondial, malgré les trois victoires remportées par Moss. Et c’est à la fin de cette saison victorieuse que Mike Hawthorn annonça sa retraite après avoir disputé 45 grands prix pour trois victoires. Il ne savoura pas longtemps cette retraite prématurée, puisqu’il trouva la mort, non pas en course comme hélas c’était souvent le cas à l’époque, mais au volant de sa Jaguar, enroulée autour d’un arbre, sur une petite route de campagne, le matin du 22 janvier 1959. Pour l’histoire on notera que cette année 1958 fut horrible pour la discipline car Luigi Musso (Ferrari) se tua à Reims pendant le Grand Prix de France, puis quinze jours plus tard ce fut au tour de Peter Collins (Ferrari) de succomber lors du Grand Prix d’Allemagne, et enfin Lewis-Evans (Vanwall) lors du Grand Prix du Portugal. Merci à J.M. Balestre pour avoir tellement combattu pendant plus d’une décennie (1978-1991) pour la sécurité des pilotes!

En 1973 ce fut au tour de Jackie Stewart d’abandonner la compétition aussitôt après avoir acquis son troisième titre de champion du monde. Il l’obtint avec brio au volant de sa Tyrell-Ford en s’imposant très largement au championnat du monde avec cinq victoires, devançant celui qui avait remporté la couronne l’année précédente, Emerson Fittipaldi sur Lotus. Il aurait même pu obtenir une sixième victoire à Watkins Glen (Etats-Unis) s’il avait disputé son centième grand prix personnel. Hélas pour lui, son coéquipier François Cevert perdit la vie pendant les essais, et Stewart et Tyrell décidèrent de ne pas participer à la course. Au passage, on notera que ce décès fut le deuxième de l’année après celui de Roger Williamson à Zandvoort, qui participait à son second grand prix. Il aurait pu y en avoir un troisième si Hailwood n’avait pas sauvé Regazzoni, alors que sa BRM était en feu. Fermons cette triste parenthèse pour revenir à Jackie Stewart, considéré par nombre de connaisseurs comme un des tous meilleurs pilotes de l’histoire. Il a d’ailleurs longtemps été le recordman des victoires en grand prix avec 27 succès sur 99 disputés. C’était un pilote à la fois très sûr, au style facile et précis, que la Formule 1 ne met plus en valeur comme autrefois. C’était aussi un gentleman dans tous les sens du terme, comme ont pu le constater tous ses équipiers, à commencer par le regretté F. Cevert qui aurait été sans nul doute le premier champion du monde français, avant Prost, si la mort ne l’avait pas frappé à Watkins Glen.

Alain Prost justement, qui est le troisième pilote à avoir arrêté la compétition après un titre mondial en 1993, le quatrième pour ce qui le concerne. On ne présente plus le pilote français, qui laissera à jamais une énorme empreinte dans le sport automobile, empreinte magnifiée par son duel avec Ayrton Senna. Qu’on veuille bien m’excuser, mais le duel Prost-Senna, c’est l’équivalent d’Ali-Frazier en boxe ou Coppi-Bartali en cyclisme ou encore Borg-Connors, voire Federer-Nadal en tennis. Ce fut sans doute le plus bel affrontement dans la discipline de toute l’histoire du championnat, parce que ces deux pilotes ont eu pour particularité d’avoir toujours broyé tous leurs équipiers jusqu’à ce qu’ils soient dans la même écurie. Pour mémoire on rappellera que Prost domina des pilotes comme René Arnoux, Lauda, Keke Rosberg ou Nigel Mansell. Malgré ce fantastique duel, avec ou sans la même voiture, les deux hommes ont remporté respectivement quatre titres pour Prost et trois pour Senna, la mort arrêtant la carrière du funambule brésilien à Imola le 1er mai 1994. Tout cela pour dire que Prost figure bien parmi les quatre ou cinq plus grands champions de l’histoire tant par son palmarès que par sa rapidité et sa science de la course, ce qui lui valut d’être appelé « le professeur ». En outre Prost eut l’intelligence suprême d’arrêter la compétition alors qu’il commençait à ne plus être aussi performant qu’il le fût auparavant. La preuve, quelle que soit la qualité de Damon Hill, excellent pilote, il eut quelques difficultés à battre ce dernier lors de sa dernière année de compétition chez Williams.

Bonne année à tous, et désolé chers lecteurs de ne pas écrire plus souvent parce que je consacre beaucoup de temps à la littérature.

Michel Escatafal


La Formule 1 est devenue un bateau ivre

F1Décidément la Formule1 va de mal en pis, et les fans se demandent jusqu’à quels bas-fonds elle va plonger. Sur ce même site j’ai, à plusieurs reprises, souligné l’inanité des décisions prises, avec ces changements incessants de règlement, avec cette tendance à oublier les pays fondateurs de la discipline reine du sport auto, au profit de pays qui n’ont aucun passé automobile, mais qui sont prêts à payer des sommes de plus en plus exorbitantes (jusqu’à quand ?) pour avoir leur grand prix, sans parler de l’arrivée dans certaines petites écuries de coureurs qui, à défaut d’avoir un palmarès, prennent la place d’autres…parce qu’ils amènent des sponsors. Et tout cela dirigé par un vieillard (86 ans aux prunes), Bernie Ecclestone, qui ne pense qu’à l’argent que peut récolter la FOM (Formula One Management) qui gère les droits commerciaux de la F1, alors que l’on a du mal à mettre sur la grille une vingtaine de voitures. Enfin, pour compléter un peu plus ce sombre tableau, désormais il faut être câblé dans nombre de pays pour avoir le droit de regarder les grands prix à la télévision, ce qui est le cas de la France. Et après on s’étonnera dans le petit monde de la Formule 1, de voir l’intérêt du public diminuer chaque année, ce que certains mettent sur le compte d’une ou deux écuries trop dominatrices à leurs yeux…ce qui est faux. J’y reviendrai.

Combien de temps va-t-on mettre pour finir de tuer une discipline que l’on peut considérer comme très malade, d’autant qu’avec l’introduction du fameux moteur hybride, la lutte ne concerne plus que les motoristes, même si, ça et là, quelques équipes (Williams, Red Bull) arrivent à obtenir un résultat, notamment sur des circuits bien particuliers, comme Monaco ou Singapour? Oui, aujourd’hui, et j’en suis très triste, on en arrive presque à se demander jusqu’à quand cette sorte de comédie va durer, parce que l’on a de plus en plus l’impression qu’il s’agit d’un cirque que plus personne ne maîtrise, entre une fédération internationale qui confond sécurité routière et F1, des constructeurs qui veulent rester assis sur leurs privilèges, et le grand argentier qui ne voit que le moyen de gagner plus de l’argent comme seule issue pour régler les problèmes. Résultat, les fans ne regardent plus les grands prix à la télé, et ne vont plus aussi nombreux sur les circuits, parce qu’un week-end à deux leur coûte un mois de salaire s’ils veulent vraiment profiter du spectacle du vendredi au dimanche. Et pour couronner le tout, les dirigeants de la FIA et Bernie Ecclestone ne s’entendent pas sur les règles à imposer, et, si ces deux parties s’entendent, ce sont les constructeurs qui ne sont pas d’accord sur les mesures à adopter. Bref, du grand n’importe quoi !

Le pire est que le président de la FOM (Ecclestone) est le premier à faire des remarques négatives, au grand dam des patrons d’écurie. Et même si sur certains points il n’a pas tort, notamment quand il critique les moteurs V6 turbo hybrides (introduits en 2014), cela fait encore plus désordre, et donne une image très, très négative. A ce propos, on observe que le président de la FIA, Jean Todt, qui était pour ce type de moteur, n’aura aucunement obtenu ce qu’il espérait, à savoir l’arrivée d’autres constructeurs à côté de Mercedes, Ferrari, Renault ou Honda, même si Renault a recréé sa propre écurie. Ce qui est grave en plus, c’est que Audi, ou encore Toyota, continuent d’évoluer dans d’autres disciplines et ne paraissent pas du tout intéressés par la Formule1…ce qui est un paradoxe pour des constructeurs pouvant s’étalonner avec leurs concurrents européens, asiatiques ou américains. Cela étant, qui pourrait leur en vouloir quand on pense aux dépenses que nécessiterait pour eux leur arrivée dans le grand cirque d’Ecclestone et compagnie, alors que l’endurance par exemple, leur assure des succès à des coûts beaucoup moins exorbitants.

Et s’il fallait une nouvelle preuve de l’incohérence qui règne dans le milieu, nous l’aurions avec le nouveau format des qualifications, introduit à la va-vite en fin d’année, format qui a changé trois fois en une semaine en début d’année, avant d’aboutir au résultat pitoyable que l’on a connu ce matin à Melbourne, avec une séance tronquée où on a été privé des cinq dernières minutes, d’habitude celles où la lutte est la plus intense. Tous les pilotes étaient contre ce nouveau format, et pourtant on l’a maintenu, pour en faire une sorte de pantalonnade qui a fait dire à Vettel que « c’était de la merde », et à Toto Wolf (patron de Mercedes) que « ce nouveau format est naze ». Même Ecclestone a dit qu’il était « pourri » ! Dans quel autre sport on s’amuse pareillement à faire joujou avec les règlements ? Aucun, et c’est heureux pour le sport, même si certains ne sont pas exempts de folklore. Fermons la parenthèse pour dire que ce que veulent les fans, c’est la possibilité de pouvoir regarder leur discipline favorite à la télévision et sur les circuits, sans que cela ne leur coûte trop cher. Ils veulent aussi de la simplicité dans les règlements, voir de grosses batailles sur la piste, voir aussi des voitures de course à nulle autre pareille (halot ou pas), c’est-à-dire des voitures qui vont très vite, qui font du bruit, en un mot un spectacle qu’ils vont savourer. Tout ce qu’il n’y a plus ou si peu de nos jours !

Pour revenir aux qualifications de ce matin, Ferrari et ses pilotes n’ont même pas essayé d’améliorer leur temps dans les dernières minutes…pour garder en réserve un train de pneus. C’est n’importe quoi ! Mais pourquoi ne pas revenir à un format où les qualifications se faisaient sur deux séances, le vendredi et le samedi, ce qui permettait aux spectateurs de profiter au maximum de leur week-end de course ? Certains vont me répondre que c’était il y a bien longtemps. Peut-être, mais je m’aperçois que ce qui fait le succès permanent de certains sports, c’est la simplicité et la continuité dans les règlements. Je n’en citerai qu’un, le plus universel et le plus pratiqué dans le monde : le football. Pourquoi ne pas revenir quelques décennies en arrière avec deux heures de qualifications en tout, où les voitures disposent d’un nombre de pneus suffisant pour aller chercher la performance pendant une heure et d’une quantité d’essence minimum pour effectuer les tours les plus rapides? Ah, on va me dire que c’est pour diminuer les coûts. Vaste blague quand on pense à l’argent qu’ont dépensé les motoristes pour développer un moteur ultra sophistiqué. D’ailleurs si Mercedes et Ferrari occupent les premières lignes, c’est parce qu’ils ont investi plus que les autres. Et puis, quand on parle de budget de plusieurs centaines de millions d’euros, on n’est plus à quelques millions près. En outre, si les droits étaient un peu mieux répartis, les écuries moins riches auraient moins de difficultés.

En attendant quelle est la grille de départ ce matin à Melbourne ? En tête les Mercedes devant les Ferrari. On prend les mêmes et on recommence, ce qui signifie que sauf incident, on aura à l’arrivée Hamilton, devant Rosberg, Vettel et Raikkonen…les quatre premiers du championnat l’an passé, qui pourraient bien être les quatre premiers de cette année, tant leur avance est importante en terme de moteur. A quoi bon essayer de changer les règles si c’est pour arriver à ce résultat ? D’autre part, il y a toujours eu une écurie ou une marque qui dominait les autres, Alfa Romeo au début du championnat, puis Ferrari, puis Mercedes, puis Copper, puis Lotus, puis Tyrrell, puis Mac Laren, puis Brabham, puis Renault, Williams, Benetton etc, certaines comme Ferrari ou Mac Laren et à présent Mercedes dominant à des époques différentes. C’est ainsi….comme dans tous les sports. Regardons le football, et qui trouve-t-on au sommet depuis 60 ans ? Real Madrid, Barcelone et Bayern Munich, voire Manchester United et la Juventus. Preuve qu’il ne sert à rien de changer les règles tous les deux ou trois ans en Formule 1. Preuve aussi que même si l’argent est important, celui-ci doit servir à satisfaire le public…ce qui n’est plus le cas, ce qui explique les baisses du nombre de spectateurs et la perte d’audience de ce qui était, il y a peu encore, une des disciplines les plus regardées dans le monde. Si cela continue, dans dix ans, la Formule1 sera au mieux un divertissement pour gens riches. Au fait, on a quand même échappé au pire à propos des qualifications, ce qui aurait fini de ridiculiser et condamner la Formule1, avec l’idée loufoque d’Ecclestone, qui voulait pénaliser en temps en qualification le vainqueur d’une course au GP suivant. Idée, totalement irréaliste qui, pour le coup, fait vraiment penser aux jeux du cirque.

Michel Escatafal


La Formule 1, un cirque onéreux déserté par les spectateurs et les téléspectateurs

ferrariDiscipline reine du sport automobile, la Formule 1 est en train de se perdre dans les méandres de l’argent qu’elle génère, et qu’elle ne génèrera bientôt plus. Certes, ce n’est pas une nouveauté de voir la Formule 1 partir dans tous les sens, et vivre une période mouvementée. En revanche c’est la première fois qu’elle ne suscite plus l’engouement du public, car elle ne fait plus rêver. Et comment pourrait-il en être autrement avec une gestion basée uniquement sur l’argent, ce qui conduit à l’abandon des circuits historiques ou, plus grave, des grands prix dans les pays où s’est développée la Formule 1, ces grands prix ayant été remplacés par des courses où le sport automobile n’a quasiment aucun recul, pour ne pas dire n’existe pas. Rappelons au passage que les premiers grands prix du championnat du monde eurent lieu en 1950 à Silverstone (Royaume-Uni), à Monaco, à Bremgarten (Suisse), à Spa (Belgique), à Reims (France) et à Monza (Italie). L’année suivante, on rajouta le Nurburgring (Allemagne) et Pedralbes–Barcelone, mais on ne courut pas à Monaco. En 1952, il y eut de nouveau 7 grand prix, Zandvoort (Pays-Bas) remplaçant l’Espagne. En 1953, à cette liste on ajouta l’Autódromo Municipal de la Ciudad de Buenos Aires en Argentine, patrie de Fangio.

Je m’arrête là, simplement pour noter qu’il y a déjà quelques années qu’il n’y a plus de grand prix en France, ni depuis plus longtemps en Suisse, aux Pays-Bas, en Argentine ou au Portugal. En notant aussi que de graves menaces pèsent sur le Grand prix d’Italie à Monza, le contrat avec le mythique circuit italien arrivant à son terme en 2016, un contrat qui aux dires de B. Ecclestone est « un désastre commercial », et que le Grand prix d’Allemagne n’a pas eu lieu cette année, sans compter que l’avenir de Spa-Francorpchamp et même de Silverstone est loin d’être assuré. Si j’ai fait cette énumération, cela ne veut pas dire que je suis contre le fait d’ouvrir la discipline à la mondialisation, mais plutôt que je considère que l’on va trop loin dans le marketing, au détriment de l’histoire. C’est un peu comme si en cyclisme on rayait du calendrier les trois grands tours et les plus belles classiques, pour faire une place plus grande à des épreuves situées au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est…parce que dans ces pays il y a beaucoup plus d’argent à gagner facilement. Cela ne marcherait pas dans le vélo, parce que ce sport à une base populaire très importante, ce qui n’empêche pas le cyclisme de s’ouvrir à la mondialisation, des épreuves existant en Australie, en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient, en Russie, en Afrique, en Amérique du Sud…tout en conservant jalousement les grands monuments du calendrier.

Dans la Formule 1 version moderne, dirigée par un homme de 85 ans, Bernie Ecclestone, ce qui en dit long sur la vision à terme de ce sport, même si le personnage a toujours bon pied, bon œil…pour son âge, seuls les critères financiers triomphent. C’est la raison pour laquelle les grands prix dans les pays où l’automobile a une longue histoire tombent les uns après les autres, parce que les circuits traditionnels, même modernisés, ne peuvent plus répondre au cahier des charges dicté par Bernie Ecclestone, un cahier des charges tel que les spectateurs sont de moins en moins nombreux sur les circuits, ce qui se comprend avec des packages pour les billets sur deux ou trois jours de l’ordre de 500 euros en promotion. Même les grandes chaînes de télévision ne peuvent plus suivre le mouvement irréversible d’augmentation des coûts imposé par Formula One Management, dont Ecclestone est le patron incontesté, la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) semblant totalement impuissante à contrecarrer les desiderata d’Ecclestone, sauf sur un point : la motorisation. Aujourd’hui en effet, on se retrouve avec des moteurs turbo hybride V6, où l’énergie est récupérée par un double système (réutilisation à la fois de l’énergie cinétique de la voiture et de l’énergie thermique dégagée par les gaz d’échappement), sorte de moteur écologique, puisque la puissance reste la même qu’avec l’ancien V8 atmosphérique, tout en consommant presque 40% de carburant en moins sur un grand prix. Mais ce moteur a un gros défaut, surtout aux yeux des fans ou ce qu’il en reste, c’est d’être…moins bruyant qu’un moteur classique. Et oui, le bruit cela fait aussi partie de l’histoire de la discipline, les spectateurs arrivant presque tous à la belle époque avec leur petit casque anti-bruit sur les oreilles, sur lequel était écrit le nom de leur écurie favorite.

J’ai écrit à la belle époque, au siècle précédent si l’on préfère, parce qu’à ce moment on pouvait aller voir des grands prix pour des sommes certes non négligeables, mais encore à la portée de beaucoup de monde. Mieux même, si un week-end de grand prix était encore trop cher pour la bourse des fans, notamment les plus jeunes, il y avait la possibilité de regarder lesdits grands prix à la télévision gratuitement. Certes il y avait la sempiternelle pub qui interrompait la retransmission de la course à plusieurs moments, parfois très importants, mais on pouvait quand même jouir du spectacle offert par ces monoplaces qui faisaient tant rêver. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui rêvent en silence…parce qu’ils ne peuvent plus voir le spectacle près de chez eux (les Français et plus généralement les Européens), mais aussi parce qu’ils sont obligés de prendre un abonnement coûteux pour assister à ces courses en direct. Je comprends la frustration de ces gens, étant à l’aise pour le dire parce que personnellement je fais partie de ceux qui regardent les grands prix tranquillement assis sur leur canapé, où qui ont la possibilité d’aller à Monaco, Monza ou Barcelone s’ils en ont envie. Et tout cela parce que les tarifs demandés aux chaînes de télévision ont tellement explosé, que seules les chaînes cryptées peuvent suivre (pour le moment), ce qui pour certaines d’entre elles est aussi une question de survie.

Voilà le constat en cette fin de saison 2015, où, heureusement, tout n’est pas encore trop noir sur le plan sportif, ce qui ne nous empêche pas d’avoir une pensée pour Michael Schumacher, dont l’état reste très préoccupant si j’en crois ce qu’on peut lire sur les sites spécialisés, et pour Jules Bianchi pour qui le Grand prix du Japon a signifié la fin de sa carrière et beaucoup plus grave de sa vie…sans que l’on puisse attribuer la responsabilité de son accident à la seule organisation des grands prix, parce que le risque zéro n’existe pas, hélas, dans le sport automobile. La preuve, il y a bien un fou qui s’est invité sur le circuit du dernier grand prix, à Singapour, mettant en grand péril non seulement sa vie, mais celle des pilotes, voire même des spectateurs ! Fermons cette douloureuse parenthèse pour revenir à la compétition, en observant avec plaisir que la domination des Mercedes commence à s’effriter avec le retour en force de Ferrari. Un retour qui met un peu de suspens dans le classement final du championnat du monde, puisque Vettel se situe à présent tout près (8 points) de la deuxième place détenue par le deuxième pilote Mercedes, Rosberg, et à moins de 50 points de Lewis Hamilton, le leader du championnat. Compte tenu du fait que l’aide de Raïkkonen est acquise sans le moindre souci à Vettel, il va falloir que Mercedes réagisse si cette équipe ne veut pas trembler jusqu’au bout, d’autant qu’il reste encore 6 grands prix à disputer. Et qui sait ce qui peut se passer en cas de doublé Ferrari dans les deux ou trois prochaines courses, même si la surprise serait colossale si Hamilton perdait le titre mondial?

Michel Escatafal


Pour Ferrari, 2014 sera comme en 1953 ou 1954 ? (1)

alonso-raikkonen

Partie 1

Que sera la saison de Formule 1 en 2014 ? Voilà une bonne question à laquelle nous aurons un début de réponse dès dimanche prochain à Melbourne, premier grand prix des 19 que compte cette soixante cinquième édition du championnat du monde, créé en 1950. Une saison qui va être marquée par l’abandon du moteur V8 atmosphérique et l’arrivée d’un V6 turbocompressé. Une saison où d’autres changements interviendront, avec notamment l’attribution des points qui sera doublé lors du dernier grand prix…ce qui est franchement ridicule. Une saison aussi où les pilotes, comme en moto, garderont leur numéro à vie, sauf le champion du monde (Vettel) qui portera le numéro 1. Bref, énormément de changements par rapport à ces dernières années, même si la plus importante concerne évidemment le moteur, ce qui explique que les cartes pourraient être redistribuées en 2014, après la longue domination de Red Bull et Vettel, propulsés par le moteur Renault.

Cela dit, il y a déjà les essais qui ont eu lieu à Jerez et à Bahrein pour nous donner quelques indications, mais chacun semble jouer l’intox, à commencer par la plus prestigieuse des équipes, Ferrari. Si j’écris cela c’est parce que plusieurs anciens pilotes ont affirmé que la Scuderia avait caché son jeu, et n’avait pas cherché la performance pure, contrairement à Mercedes, Mac Laren ou Williams, ces deux équipes ayant pour propulseur un moteur Mercedes. En outre, quand on parle de performance pure, il faut faire très attention, parce que si l’an passé il fallait gérer les pneus, cette fois il faudra gérer l’essence… ce que regrettent les fans de F1 et même des patrons d’écurie comme Luca di Montezemolo (Ferrari), mais pas nécessairement les pilotes, à commencer par Kimi Raikkonen. Ce dernier en effet, a souligné très justement que depuis qu’il est en Formule 1 (2001), il lui a toujours fallu gérer quelque chose. On retrouve bien là le pilote finlandais !

Et puisque je parle de Kimi Raikkonen, je voudrais m’empresser de dire que je fais de la Scuderia Ferrari la favorite pour le titre pilotes et constructeurs. Pourquoi ? D’abord parce que Ferrari n’a jamais connu trop de problèmes au cours des essais privés en ce début d’année, ensuite parce qu’effectivement la prestigieuse écurie italienne a sans doute quelque peu caché son jeu, et enfin parce qu’elle dispose avec Alonso et Raikkonen d’un tandem de pilotes comme on n’en a pas connu depuis bien longtemps en Formule 1. Oui, quel tandem sur le papier ! Quelle autre équipe pourrait se comparer à celle de la Scuderia en 2014 ? Aucune, à part peut-être celle de Mercedes avec Hamilton et Rosberg, mais l’addition du talent et de l’expérience d’Alonso et Raikkonen est supérieure à celle du tandem Mercedes. Une association qui réjouit tous les fans de Formule1, parce que d’abord elle concerne Ferrari, marque emblématique de la discipline comme je l’ai déjà souligné, et parce que pour nombre de fans le Taureau des Asturies et Iceman sont peut-être en valeur absolue les deux meilleurs pilotes du plateau. En tout cas ils sont sans doute les deux qui savent le mieux tirer partie de leur machine, y compris quand celle-ci n’est pas parfaite. On l’a vu depuis deux ans avec Ferrari pour Alonso, qui aurait pu et dû battre Vettel en 2012 sur une voiture bien moins performante, et avec Lotus pour Raikkonen, équipe qu’il a tenu à bout de bras depuis son retour en F1 en 2012. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir l’écart énorme que les deux hommes ont créé en 2012 et 2013 avec leurs deux coéquipiers (Massa et Grosjean).

Certains se demandent ce que donnera cette cohabitation entre l’eau et le feu, surtout si, comme cela est vraisemblable, il n’y aura pas de pilote privilégié, ce qui est une entorse à la politique de Ferrari depuis de nombreuses années, la Scuderia étant plutôt adepte d’une formule avec un pilote numéro un et un second pilote. Tel ne sera pas le cas au début de cette saison 2014, d’autant que Raikkonen et Alonso ont été l’un et l’autre champion du monde, Raikkonen étant même le dernier pilote Ferrari à l’avoir été. En outre, compte tenu des conditions du départ de Raikkonen en 2009 pour laisser la place à Alonso, cette fois les dès ne peuvent pas être pipés pour le pilote finlandais. En passant, ce dernier doit quand même savourer sa revanche, d’autant que chez Ferrari on a toujours marqué sa préférence pour Massa quand ils étaient équipiers avec Raikkonen, sans doute à cause du caractère latin du pilote brésilien. Mais chez Ferrari, en plus d’être une marque mythique, on sait reconnaître ses erreurs, et on a la reconnaissance des efforts faits pour l’équipe, les patrons de la Scuderia se rappelant que Kimi Raikkonen a accompli une fin d’année 2009 extraordinaire avec un matériel dépassé (dernière de ses neufs victoires chez Ferrari à Spa par exemple), après l’accident de Massa et alors…qu’on était en train de le virer.

Au passage, en parlant de Massa, on sera curieux de voir comment il va se comporter au volant d’une Williams qui semble bien née, après deux années décevantes où il n’était plus vraiment le même depuis son accident en Hongrie, ce qui avait entamé tout le crédit qu’il avait auparavant dans une équipe où on l’aimait beaucoup, comme en témoigne son traitement privilégié entre 2007 et 2009, un traitement qu’il ne pouvait revendiquer en aucun cas depuis l’arrivée d’Alonso. Et cela nous ramène à la cohabitation entre Alonso et Raikkonen qui suscite le doute chez beaucoup d’observateurs, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ou plutôt si, en mettant en avant l’égo des deux pilotes, oubliant que Raikkonen n’a jamais eu de problème avec aucun équipier depuis ses débuts en F1 en 2001. Pour ma part, je suis persuadé que le duel sera sévère, mais je ne doute pas qu’il soit loyal. N’oublions pas que jamais Alonso comme Raikkonen ne se sont comportés comme des voyous en course…ce que nombre d’observateurs ou de fans ne signalent pas.

En tout cas on ne pourra pas reprocher à Ferrari d’avoir fait le pari de réunir deux des trois ou quatre meilleurs pilotes actuels, afin de mettre fin à la domination de Red Bull et son pilote vedette Vettel, sans oublier la montée en puissance de l’équipe Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Cela dit, quelles que soient les qualités du tandem Alonso-Raikkonen, quel que soit le talent pur de ces deux cracks, il faut que les deux hommes disposent d’une bonne voiture pour qu’elle finisse enfin par remporter un nouveau titre mondial, pilote et constructeurs. Nombre de fans de F1 doutent que Vettel ait pu faire aussi bien qu’Alonso et Raikkonen s’il avait piloté une Ferrari ou plus encore une Lotus, qui pourtant a remarquablement réussi depuis deux ans, en dépit de moyens très inférieurs à Red Bull, Ferrari, Mercedes ou Mac Laren. A propos de Lotus, j’espère qu’ils continueront à aligner les bonnes performances en dépit des énormes difficultés qui sont les leurs depuis un an, ce qui leur a valu de perdre Raikkonen, mais aussi l’ingénieur Allison (parti chez Ferrari), sans oublier Bouiller le directeur. Ces trois départs pèseront hélas très lourd dans la balance, compte tenu de leur poids dans l’écurie d’Enstone. Cependant Lotus a gardé Grosjean, qui a prouvé en fin de saison dernière qu’il pouvait devenir un grand pilote, sur une voiture que Lotus a continué de développer jusqu’à son terme, contrairement à d’autres écuries qui ont préféré se concentrer sur l’année à venir.

Michel Escatafal


Vettel moins dominateur en 2014? Peut-être, heureusement !

senna prostSur le site web de Sport 365, j’ai vu un sondage qui posait la question de savoir si la domination de Vettel sur le monde de la Formule 1 était mauvaise pour la F1, et le résultat à l’heure où j’écris est OUI à 75%. Rien d’étonnant à cela, puisque Lewis Hamilton a dit que les « fans s’endorment » en raison de cette domination outrageante du pilote allemand, ce qui était un peu le cas autrefois à l’époque de Schumacher.  Cela dit, on aurait tort d’imputer à Vettel ce désenchantement qui touche nombre d’amateurs de F1, parce que pour moi les fautifs sont plutôt ses patrons de Red Bull. Ce n’est pas la première fois en effet qu’une voiture domine outrageusement la concurrence en F1. Au contraire même, c’est souvent le cas, et l’histoire est là pour en témoigner. En revanche, si cette suprématie s’exerce au seul profit d’un pilote, cela devient plus ennuyeux. C’est le cas de nos jours avec Vettel, comme ce fut le cas chez Ferrari à l’époque de Schumacher, ce qui contribue évidemment à améliorer les statistiques hallucinantes de l’un comme de l’autre dans la décennie précédente, mais enlève beaucoup d’intérêt à la course, puisque s’il y a bagarre celle-ci a lieu pour les places d’honneur.

C’est la raison pour laquelle j’ai regretté que pour remplacer Webber, qui abandonne la F1, les patrons de l’écurie Red Bull aient porté leur choix sur un pilote comme Ricciardo, alors qu’ils avaient la possibilité de prendre un pilote beaucoup plus expérimenté. On a parlé longtemps de Raikkonen, ce qui aurait fait l’unanimité chez les fans de la discipline, mais apparemment chez Red Bull on a eu peur que mettre deux pilotes de ce calibre pose plus de problèmes que d’avantages tangibles. Dommage ! Ce l’est d’autant plus que Ferrari, renouant avec une tradition ancienne, a décidé d’associer Alonso et Raikkonen, c’est-à-dire deux des quatre meilleurs pilotes du plateau. Bravo à la Scuderia, et carton jaune à Red Bull, sachant que Ricciardo ne sera pas un vrai concurrent pour Vettel la saison prochaine…ce qui pourrait nuire de nouveau à la Formule 1, si Newey construit en 2014 une machine invincible. Espérons que Ferrari, Mercedes, Mac Laren ou d’autres sachent fabriquer la voiture susceptible de contrecarrer les desseins de Red Bull. Après tout, avec un nouveau moteur, tout est possible, même si Red Bull sera quand même l’équipe favorite l’an prochain.

Si j’ai donné un carton jaune au recrutement de Red Bull, c’est parce qu’en cas de domination excessive d’une équipe, il faut au moins pour assurer le spectacle deux pilotes d’un calibre supérieur. Dans ce cas, c’est toujours ou presque la même voiture qui gagne, mais il y a de beaux duels en course, qui font oublier cette suprématie et qui permettent de vibrer d’enthousiasme à chaque grand prix. Ce fut le cas à l’époque de Fangio-Moss chez Mercedes au milieu des années 50 (1954), comme ce fut aussi le cas avec Prost-Lauda chez Mac Laren au milieu des années 80 (1984 et 1985), ou encore et plus que tout lors des fameux duels entre Prost et Senna, toujours chez Mac Laren quelques années plus tard (1988-1989). En revanche les duos Clark-Hill chez Lotus en 1967 ou encore Prost-Mansell chez Ferrari en 1990, ne tinrent pas leurs promesses, mais cette fois les patrons d’écurie n’y étaient pour rien, car Clark et Prost étaient trop forts pour leur équipier, même si Graham Hill et Mansell étaient ou allaient être champions du monde. Ce sera la même chose en 1986 chez Mac Laren avec Prost, encore lui, et Keke Rosberg qui fut champion en 1982, Prost finissant champion du monde cette année-là, alors que Rosberg terminait le championnat avec 50 points de retard. Cela étant, il faut noter qu’en 1967, comme en 1986, Clark et Prost étaient loin de posséder la meilleure voiture, contrairement aux saisons 1955, 1984 et 1985 ou 1988 et 1989.

Bref, ce qui rend la Formule 1 intéressante, c’est la lutte pour être le meilleur et là Red Bull a tout faux et aura tout faux l’an prochain si la firme autrichienne continue de gagner , alors que si Ferrari domine la situation, il est certain qu’Alonso et Raikkonen feront le spectacle, comme ce sera aussi le cas si c’est Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Il est d’ailleurs symptomatique de noter que les trois teams qui mènent le championnat constructeurs aujourd’hui, ont une stratégie opposée pour l’an prochain avec la nouvelle règlementation, Red Bull ayant décidé une fois pour toutes de tout miser sur un seul pilote, au risque de « se planter », alors que ses deux concurrents font confiance à des duos expérimentés pour aider au développement de la voiture, laquelle sera propulsée par un V6 turbocompressé. Et ce changement technique pourrait bien avoir plus de conséquences qu’on l’imagine, même si les ingénieurs de ces équipes sont tous très bons.

Toutefois, rien n’est écrit d’avance. Ainsi, en 1961, l’apparition d’un nouveau moteur de 1500 centimètres cube changea complètement la donne par rapport à l’année précédente. En 1960, ce fut Jack Brabham qui s’imposa au championnat du monde avec (43 points), devant son équipier Bruce Mac Laren (34 points), les deux pilotant une Cooper-Climax avec un moteur de 2500 centimètres cubes. Mais en 1961, ce fut Phil Hill qui l’emporta sur Ferrari (34 points) devant Wolfgang Von Trips (33 points), qui aurait été champion du monde s’il n’avait pas eu un accident qui entraîna sa mort à Monza (et celle de 12 spectateurs) sur une autre Ferrari. En revanche, l’année 1989, qui vit l’interdiction des moteurs turbo, se termina exactement comme l’année 1988, pour Mac Laren. Cette écurie, en effet, remporta le championnat en 1988 et en 1989, le seul changement intervenant entre les pilotes, Senna devenant champion du monde en 1988 sur sa Mac Laren V6 Honda Turbo (1.5l) avec 90 points devant Prost, sur la même voiture, avec 87 points. L’année suivante, c’est Prost qui s’imposa (76 points) avec la Mac Laren propulsée par un moteur atmosphérique V10 Honda (3.5l), devant Senna avec la même voiture (60 points), les deux pilotes ne laissant que des miettes à leurs adversaires de chez Ferrari ou Williams, même si leur domination fut moins nette en 1989.

Il est vrai que ces deux années, Mac Laren avait les deux meilleurs pilotes, la meilleure voiture et peut-être le meilleur moteur, ce qui était suffisant pour assurer un spectacle extraordinaire, les deux cracks ne se faisant aucun cadeau, au point qu’en 1989 Prost préféra s’en aller pour rejoindre la Scuderia, et nous offrir de nouveau un  duel d’anthologie avec son meilleur ennemi . Mais imaginons un instant que Prost n’ait pas eu Senna comme adversaire ou vice-versa, quel ennui pour les spectateurs et les téléspectateurs ! En 1988, par exemple, sur 16 grands prix Prost en aurait remporté 14 (7 victoires et 7 deuxièmes places) et Senna 11 (8 victoires et 3 deuxièmes places). Etant supporter de Raikkonen et appréciant beaucoup Alonso, j’aimerais bien que Ferrari réussisse à construire l’an prochain une machine susceptible de rivaliser avec Red Bull, voire même la battre. Là, je suis persuadé que personne ne s’ennuierait à la télévision ou dans les tribunes, avec deux pilotes aussi forts en course qu’Iceman et le Taureau des Asturies.

Michel Escatafal


Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal