Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal

Publicités

Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur

parraParmi les informations de cette semaine en rugby, il y a la liste des nominés pour le titre de meilleur joueur européen de l’année, et parmi les 15 joueurs sélectionnés figurent 5 joueurs opérant en Top 14. Jusque-là rien que de très surprenant  dans la mesure où le Top 14 fait référence dans le rugby de l’hémisphère nord, comme apparaît normale la présence de 3 joueurs de l’ASM Clermont Auvergne, sans doute l’équipe la plus complète actuellement du Top 14 et peut-être même d’Europe. Les trois Montferrandais nominés s’appellent  Bonnaire, Fofana…et  Parra. Pourquoi Parra ? Voilà une bonne question à laquelle je n’ai pas de réponse, même si je lui reconnais de belles qualités de  joueur de rugby, sans  toutefois aller jusqu’à le considérer comme un des meilleurs joueurs européens ou mondiaux. En tout cas des qualités, les techniciens du XV de France en trouvent à Parra, au point de ne jamais composer un groupe ou une équipe sans lui. Il y avait longtemps d’ailleurs que le XV de France n’avait pas eu un demi de mêlée ayant autant la côte auprès des sélectionneurs, un peu comme à l’époque de Gérard Dufau, de Danos, de Lacroix, de Berbizier, autant de joueurs qui ont été des titulaires inamovibles à leur poste pendant leurs meilleures années.

A propos de Gérard Dufau, ancien capitaine de l’équipe de France après la retraite de Jean Prat (1955), je voudrais dire deux mots, pour souligner que ce même  Jean Prat affirmait  qu’il était l’un des deux meilleurs demis de mêlée qu’il ait rencontrés avec le Gallois de Swansea Tanner, capitaine et grand stratège du jeu gallois à la fin des années 40. Dufau était le type même du  joueur ayant toujours su tirer le maximum de ses qualités athlétiques, et surtout il était pétri de classe.  Mais comme si cela n’était pas suffisant,  il était aussi quelque peu inconscient, de cette inconscience qui fait croire que tout est possible sur un terrain de rugby, y compris en défense, ne s’échappant jamais face à n’importe quel adversaire. C’était aussi un joueur capable de perforer n’importe quelle défense, notamment par ses départs au ras de la mêlée dont il s’était fait une spécialité.  Enfin, il savait  diriger de main de maître son paquet d’avants. Bref, c’était un grand maestro à son poste, comme le fut son successeur en équipe de France, avec des qualités différentes, Pierre Danos, dont j’ai longuement parlé dans mon article sur les paires de demis qui m’ont fait rêver. J’avais aussi évoqué des joueurs comme Lacroix, Lilian Camberabero, Max Barrau, Jacques Fouroux, Astre, Gallion, Berbizier, Galthié et Elissalde. En fait Parra ne ressemble vraiment à aucun d’eux, même si sur tel ou tel aspect du jeu il dispose un peu des mêmes atouts. Cela dit, si je devais le comparer à quelqu’un ce serait à Jacques Fouroux, en le mettant au-dessus comme joueur.

Certains me diront que la comparaison n’est pas très flatteuse, dans la mesure où Fouroux était surtout considéré comme un grand meneur d’hommes, qualités que l’on reconnaît volontiers à Parra. La preuve, Lionel Nallet, ancien capitaine du XV de France et comme Parra ancien joueur de Bourgoin,  le considère comme un petit chef autoritaire et « gueulard », comme ses « bestiaux » considéraient Fouroux à l’époque du grand chelem 1977. Comme Fouroux également, on ne peut pas dire que Parra fasse partie des joueurs à la classe folle, à l’instar par exemple de Max Barrau ou de Jérôme Gallion, ni même de Fabien Gathier ou Jean-Baptiste Elissalde. Ces joueurs, en effet, alliaient toutes les qualités que peut espérer avoir un joueur de rugby. Barrau et Gallion étaient de véritables « bombes atomiques » derrière leur mêlée, dont tous les amoureux du rugby des années 70 ou 80 se rappellent avec nostalgie, et ce d’autant plus que, comme tous les joueurs de grande classe ou presque, ils ne furent jamais considérés par les sélectionneurs à leur juste valeur. Galthier, grand et athlétique, disposant  d’une belle passe longue, était un excellent stratège, mais aussi capable de désarçonner les défenses adverses avec ses départs au ras de la mêlée (comme Duffau) ou des regroupements, sans oublier son jeu au pied excellent, autant de qualités qui en ont fait le meilleur demi de mêlée de la planète et le meilleur joueur du monde en 2002. Quant à Elissalde, que j’ai appelé le « Mozart du rugby » dans un article sur ce site, c’était un joueur qui était tellement doué que personne n’a vu la différence dans ses prestations, qu’il joue à la mêlée ou à l’ouverture  à l’arrivée de Kelleher au Stade Toulousain, autre très grand demi de mêlée « all black ».

Morgan Parra n’a évidemment pas la classe pure des joueurs que je viens de citer. Ce n’est pas une « bombe atomique », et derrière sa mêlée ou les regroupements sa balle ne gicle pas autant qu’espéré, faisant preuve souvent d’une certaine lenteur. Ce n’est pas non plus un joueur capable de jouer au niveau international aussi bien à la mêlée qu’à l’ouverture, comme on a pu le constater pendant la dernière Coupe du Monde, mais il est assez bon partout, c’est-à-dire dans tous les compartiments du jeu, y compris en défense…ce qui est suffisant aux yeux des sélectionneurs pour l’inviter à chaque rassemblement du XV de France. Certes de temps en temps on lui trouve un concurrent, par exemple Machenaud depuis la fin de la dernière saison, sans doute plus doué que lui, mais Parra a un atout incontestable, que personne ne peut mettre en doute : c’est un buteur de très, très haut niveau. Un de ces buteurs comme le XV de France en a rarement eu, ce qui signifie que je le mets sur le même plan qu’un Vannier, un Albaladejo, un Guy Camberabero, et un peu au dessus de Romeu, Didier Camberabero, Lacroix  ou Lamaison.

Oui, j’ai beau chercher dans ma mémoire, rarement sur la durée nous avons eu un joueur aussi efficace dans les tirs au but. En écrivant cela, j’ai bien conscience  que par rapport aux joueurs des années 50, 60 ou 70 , le pourcentage de réussite des buteurs dont j’ai parlé était infiniment moindre que celui de Parra aujourd’hui (qui dépasse les 80%), comme celui de Carter  ou de Wilkinson, ou un peu plus loin de nous de l’Italien Dominguez ou du Gallois Jenkins, mais chacun comprendra qu’à l’époque il n’y avait pas le même ballon, ni le tee. Je puis en témoigner à mon très modeste niveau, ce qui n’enlève rien à la remarquable réussite de Parra, Wilkinson ou Carter. La preuve, ils font mieux que les autres, et ce avec une régularité de métronome depuis des années. C’est à ça qu’on reconnaît les grands buteurs, lesquels ne manquent jamais (ou très rarement) une occasion dans les moments décisifs. Et c’est comme cela que ce jeune homme, parfois arrogant, voire agaçant, qu’est Morgan Parra, notamment quand il dit tout haut qu’il n’aime pas être remplaçant, c’est comme cela donc qu’il comptabilise déjà 46 sélections à 25 ans.

Reconnaissons que pour un joueur loin d’être un surdoué, il a quand même une réussite extraordinaire, surtout quand on compare sa carrière à celles de beaucoup d’autres numéros 9, à part celle de Galthier qui totalise 64 sélections. En tout cas, il peut dire merci à Lièvremont, l’ancien sélectionneur, puisque c’est ce dernier qui l’a sélectionné très jeune (à peine vingt ans) et qui lui a confié les responsabilités de buteur, alors qu’à Bourgoin ce n’était pas lui le buteur (c’était Boyet). A quoi tient le destin d’un sportif ? A nombre de facteurs dans lesquels la chance a un rôle à jouer. Mais être là où il faut, quand il le faut, est aussi une forme de mérite, surtout quand le professionnel ne laisse rien au hasard pour être le plus performant possible. Et question professionnalisme, il n’y a justement rien à reprocher à Parra. Il n’empêche, à titre personnel, quitte à susciter l’étonnement de certains, j’aimerais bien que l’on fasse à Machenaud la même confiance qu’à Parra, d’autant que Michalak a fait la preuve qu’il était redevenu un buteur fiable…ce qui rend Parra beaucoup moins indispensable au XV de France. Que les lecteurs fans de Parra veuillent bien me pardonner !

Michel Escatafal


Une belle soirée de sport à la télévision (rugby, boxe)

Hier soir, j’ai vécu une belle soirée de sport, entre le match France-Australie, entrecoupé à la mi-temps par les scores du football, et le championnat du monde des poids lourds (WBA, WBO, IBF) opposant l’Ukrainien Wladimir Klitschko et le Polonais Wach, à Hambourg. C’était évidemment un match déséquilibré, que Wladimir Klitschko a remporté aisément aux points, même si le boxeur polonais était invaincu, adjectif facile quand on n’a pas rencontré d’adversaires de classe, ce qui ne pouvait être que le cas de Wach au vu de sa prestation technique. J’ai bien dit technique, parce que sur le plan du courage, Wach n’a de leçon à recevoir de personne, en pensant à tous les coups qu’il a pris. J’ai même cru que l’arbitre allait arrêter le combat à la fin de la huitième reprise, tellement Mariusz Wach semblait en perdition dans les cordes, mais il a tenu le coup, et le gong l’a sauvé. Alors est-ce que ce fut un grand combat ? Réponse, NON, mais le niveau de la boxe a beaucoup baissé depuis la fin des années 1980, et plus encore par rapport à son’âge d’or dans les années 50, 60 ou 70, surtout chez les poids lourds.

A ce propos, il est évident que si les frères Klitschko sont des boxeurs de grand talent, ils sont loin des Ali, Frazier ou Foreman, sans remonter plus loin dans le temps. Et que dire des challengers qui leur sont proposés, à commencer par ce Mariusz Wach, mais aussi le Britannique Haye ou encore notre Français Mormeck, qui évidemment n’auraient  jamais eu une chance mondiale pour le titre des poids lourds à l’époque où il n’y avait qu’une ou deux fédérations. Cela étant, il ne sert à rien de vivre dans la nostalgie des époques passées, en espérant que la boxe ne tombera pas plus bas qu’elle l’est aujourd’hui…ce qui serait déjà un pas considérable pour assurer sa survie. Et pourtant, quand on voit comment à Hambourg on est capable de remplir une salle pour un match de boxe, dont on savait à l’avance qu’il était très déséquilibré, on se dit qu’il faudrait peu de choses pour que la boxe puisse repartir,  et retrouver un minimum de crédibilité. Cela étant, ce n’est pas en France qu’on pourrait organiser pareil évènement, mais chacun sait que les Français sont surtout experts pour critiquer les autres (dopage, arbitre etc.), mais sont tout à fait incapables de se déplacer pour les grands évènements…que l’on ne sait pas organiser, du moins en ce qui concerne la  boxe. Résultat, nos meilleurs boxeurs arrêtent très tôt leur carrière, faute de pouvoir vivre de leur sport, y compris quand ils ont été médaillés olympique et ou détenteurs d’un titre mondial !

Et puisque j’ai évoqué l’affluence, j’ai observé avec infiniment de tristesse qu’il y avait énormément de sièges vides au Stade de France, pour un match entre l’équipe de France de rugby et celle d’Australie, c’est-à-dire un match entre deux des quatre ou cinq nations les plus fortes au niveau mondial. Oui, quelle tristesse de voir cela, surtout par contraste avec ce qui allait se passer un peu plus tard à Hambourg, avec une affiche qui pourtant n’avait rien de clinquant ! Cela étant, pour revenir au Stade de France, j’ai lu quelque part que toutes ces places disponibles…valaient 30 ou 40 euros, ce qui explique le peu d’empressement pour les acheter. Simplement, une question : pourquoi ne pas offrir des places davantage bon marché la veille ou l’avant-veille du match pour garnir les tribunes ? Vraiment il y a des choses qui m’échappent dans le sport français, tant du côté des organisateurs, que des dirigeants et des spectateurs…à moins que tout simplement notre pays ne soit pas un pays sportif. Je pencherais personnellement pour cette hypothèse. En France on donne des leçons, mais on n’aime pas (vraiment) le sport.

D’ailleurs si un de nos champions ou une de nos équipes brillent, ils sont le plus souvent critiqués. Par exemple, on leur reproche de ne pas toujours vivre en France, ce qui leur vaut d’être traités de mercenaires, et si c’est une équipe de football susceptible de briller  en Ligue des Champions, et bien on lui reproche d’avoir pour propriétaires des étrangers…ce qui ne dérange personne partout ailleurs. Pauvre sport français, qui n’a jamais réellement mérité les quelques champions qu’il est capable de sortir à intervalles plus ou moins réguliers, et le plus souvent par hasard, grâce au travail de quelques bénévoles ou de petites structures qui ont survécu au professionnalisme exacerbé dans les autres pays. La preuve, dans une épreuve phare comme la Ligue des Champions de football, la France se situe très loin de l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne et le Portugal. En Formule 1, combien notre pays a eu de pilotes champions du monde ? Un seul, Alain Prost. Combien de vainqueurs du Tour de France avons-nous eu depuis 1985, soit depuis 27 ans ? Aucun. Combien de victoires dans les tournois du grand chelem en tennis chez les hommes depuis 1946 ? Une seule (Noah à Roland-Garros en 1983). Même en rugby, nous sommes la seule des grandes nations à ne jamais avoir remporté la Coupe du Monde. Bref, je n’en rajoute plus, car cela va me gâcher mon dimanche.

Et pourtant, je reste d’humeur fort plaisante ce matin, précisément à cause de la victoire du XV de France contre l’Australie hier soir au Stade de France. Une belle victoire quant au score (33-6 avec  trois essais marqués), mais aussi quant à la manière. D’ailleurs ce n’est pas pour rien, si nombre de supporters de notre équipe ont été séduits par le jeu du XV de France. Certes les grincheux feront remarquer que l’équipe d’Australie était handicapée par plusieurs absences, mais la France de son côté était privée de son emblématique capitaine, Thierry Dusotoir. En outre, le propre des grandes équipes est le plus souvent d’avoir des remplaçants qui valent (presque) les titulaires. Hier soir Nyanga en a apporté la preuve flagrante, en montrant que lui aussi était un troisième ligne de très grande qualité, ce que tous les amoureux de rugby savaient depuis longtemps.

Pourtant je suis persuadé que si notre équipe nationale a si bien récité sa partition, c’est aussi parce qu’en plus de son pack dominateur, surtout en mêlée, elle avait à sa disposition une paire de demis comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps. On finissait par avoir perdu l’habitude de voir un demi de mêlée sachant admirablement  alterner le jeu avec ses avants et ses trois-quarts, un demi de mêlée  ne perdant pas un seul ballon, un numéro 9 apportant de la vision, du punch, de la vitesse, sachant  dynamiser les sorties de balle, bref un joueur de grande classe à un poste clé. Evidemment cela contrastait avec celui qui est considéré comme l’inamovible titulaire depuis quatre ans, Morgan Parra, certes un bon demi de mêlée, mais  dont la seule raison de sa présence constante dans le XV de France tient à ses remarquables qualités de buteur. Hier soir, nous en avons eu encore une illustration, puisque la seule action notable qu’il ait réussi après avoir remplacé Machenaud, fut la pénalité parfaitement convertie à 42m à droite des poteaux. C’est pour cette raison que Saint-André doit continuer dans la voie qu’il s’est tracée, en faisant confiance à Machenaud, en regrettant au passage qu’il ait été remplacé à la 63è minute par Parra. Comme s’il fallait absolument que le Clermontois compte une cape de plus !

Certains me trouveront dur avec Parra, mais je maintiens que si c’est un très bon joueur, ce n’est certainement pas un grand demi de mêlée comme le XV de France en a eu par le passé (Max Barrau, Gallion, Berbizier ou Elissalde).  Parra n’aura jamais une grande vitesse de course, n’aura jamais le dynamisme d’un Machenaud ou d’un Doussain, pour ne citer que des jeunes demis de mêlée qui sont déjà plus que des espoirs. Certains d’ailleurs voient Parra en demi d’ouverture, ce qui est une complète aberration quand on dispose d’un Trinh-Duc, et surtout d’un Michalak. Ah Michalak, que de temps perdu avec ce joueur, ce qui montre qu’en France les sélectionneurs n’apprennent jamais de leurs erreurs. Si je dis cela, c’est parce que je pense aux procès faits à Jean Gachassin en son temps, autre demi d’ouverture incompris, ou aux frères Boniface, qui eux aussi en leur temps avaient connu la solitude des novateurs.

Et bien Michalak appartient à cette catégorie de demis d’ouverture explosifs, parfaits pour construire les attaques. Il est le plus vif des demis d’ouverture sur le plan international, mais en plus il sait tout faire ou presque, sa seule relative faiblesse se situant dans un jeu au pied parfois approximatif. Sinon quel talent, et dans un jeu de plus en plus restreint  par l’étouffement des défenses, aucun autre joueur à ce poste n’est capable de réussir régulièrement des coups de génie. En tout cas pas en France, et ceux qui voudraient voir Parra en demi d’ouverture sont des gens aveuglés par la qualité des tirs au but du joueur de Clermont-Ferrand. Et si on lui laisse le temps, je suis persuadé que cette association de deux purs talents comme Machenaud et Michalak, réussira souvent des matches de cette qualité, voire même meilleurs, car on oublie que c’est seulement la troisième fois qu’ils jouent ensemble. C’est pour cette raison que je m’indigne, une fois encore, de n’avoir pas vu les deux compères jouer ensemble un peu plus longtemps. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’un et l’autre n’auraient pas tenu 10 ou 15 minutes de plus ! Qu’on les ait fait sortir un peu avant la fin pour une standing ovation, pourquoi pas, mais, même cela, était-ce bien nécessaire ? Sommes-nous aveugles pour ne pas voir que ces deux joueurs ont illuminé le Stade de France de leur talent ?

Voilà pourquoi j’ai passé une excellente soirée, malgré ces petites restrictions à l’encontre du sélectionneur. Cela dit, on va peut-être me reprocher un excès d’enthousiasme pour cette nouvelle charnière. On va aussi me faire remarquer que Michalak ne sera peut-être pas toujours aussi régulier dans ses tirs au but, contrairement à Parra qui, sur ce plan, est presque un assurance tous risques. Et bien, je réponds que je sais tout cela, mais que ça n’altère en rien mon enthousiasme, surtout si l’on accorde à la paire Machenaud-Michalak autant de crédit qu’on en a accordé à Parra-Trinh-Duc, même si je suis de ceux qui ont toujours pensé que Trinh-Duc avait lui aussi beaucoup de classe, simplement un peu inférieur à Michalak. Pour mémoire je rappellerais que Michalak fut le meilleur joueur, du moins un des tous meilleurs, du groupe France qui alla en demi-finale de la Coupe du Monde 2003. Il avait même globalement connu une belle réussite dans ses coups de pied placés, sauf en demi-finale, les gens faisant immédiatement la comparaison avec Jonny Wilkinson, alors au sommet de son art. Espérons que Saint-André ait compris l’intérêt qu’il avait à tirer le maximum du potentiel de Michalak, seul moyen de nous faire rêver pour la Coupe du Monde 2015. Après tout, Michalak n’aura à ce moment que 33 ans, soit l’âge de Wilkinson aujourd’hui. Et qui oserait affirmer, sans crainte du ridicule, que Wilkinson n’est plus un grand joueur ? Personne, bien entendu !

Michel Escatafal


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 2 (rugby)

La deuxième partie de ce petit récapitulatif va concerner un des deux sports (avec le vélo) pour lequel j’ai le plus d’affection, le rugby, sans doute parce qu’il m’a fait connaître, avec l’athlétisme, mes premiers émois de sportif. Commençons donc par une première remarque, à savoir que l’on était plus imaginatif autrefois qu’aujourd’hui…à moins que l’évolution du sport professionnel ne se limite à appeler les sportifs par les premières lettres de leur nom ou prénom. En tout cas il y quelques décennies l’imagination était davantage au pouvoir qu’aujourd’hui, notamment chez les rugbymen.

Prenons l’exemple du rugby à XIII, en évoquant celui qui fut le plus glorieux de ses représentants au début des années 50, Puig-Aubert*, surnommé « Pipette », à cause des nombreuses cigarettes qu’il fumait à longueur de temps et des boissons fortes dont il était friand. Le cas de Gilbert Benausse, autre joueur au talent immense, sans doute le meilleur demi d’ouverture des deux rugbys à sa grande époque (au milieu des années 50), est différent, puisqu’on l’appela tout simplement « Gijou ». Quant à André Savonne, célèbre ailier treiziste avignonnais des années 50, ce fut son style très engagé qui le fit surnommer « le Bison ». Pour le pilier Georges Aillères en revanche, c’est surtout sa morphologie qui l’avait fait surnommée « le Cube », ce qui ne l’empêchait pas d’être un joueur de grande classe.

Passons au rugby à XV maintenant, avec pour premier nom qui me vient à l’esprit celui que l’on a appelé « Le Lion de Swansea », qui a joué dans les années 40 au F.C. Lourdes et au Stadoceste Tarbais. Il fut 21 fois international, et gagna ce surnom lors d’un match contre le Pays de Galles, que le XV de France remporta (11-3), à l’issue d’une rencontre extrêmement violente où les deux packs s’affrontèrent dans un terrible combat. Ensuite évidemment il y a Jean Prat*, que les Britanniques surnommèrent « Monsieur Rugby ». Autre grand capitaine, Lucien Mias fut appelé « Docteur Pack », d’une part parce qu’il était médecin et parce qu’il fut un avant de grande lignée, faisant évoluer  le jeu d’avant comme peu de joueurs avant lui.

Un peu plus tard, plusieurs autres joueurs du grand F.C.Lourdes eurent droit à leur surnom, Pierre Lacaze dit « Papillon », parce qu’il débuta  aux Papillons de Pontacq. L’autre, est un des plus grands attaquants de l’histoire du rugby, Roger Martine*, surnommé « Bichon »…parce que la patronne du Café de la Poste à Lourdes où il avait ses habitudes, le trouvait mignon et l’avait appelé « Mon petit bichon ».  Un autre immense joueur, Jean Barthe, à  la fois le meilleur troisième ligne centre à XV et, plus tard, le meilleur avant à XIII, fut surnommé « Jeanjean » à cause évidemment de son prénom. De la même génération que ces joueurs, il faut aussi citer Michel Vannier, qui fut longtemps l’inamovible arrière du XV de France, et qui dut son surnom de « Brin d’Osier »à une grave blessure au genou lors de la glorieuse tournée du XV de France en Afrique du Sud en 1958*. A la même époque opérait quelqu’un dont on allait parler très longtemps, Pierre Albaladejo, trente fois international entre 1954 et 1964, qui fut surnommé « Bala », mais aussi « Monsieur Drop » en raison des trois drops réussis lors d’un France-Irlande en 1960 et des quatre qui permirent la victoire de l’US Dacquoise sur la Section Paloise en 1959 (12-11).

Autre joueur célèbre avec un surnom qui ne l’était pas moins, Amédée Domenech, dit « le Duc », surnommé ainsi par Jean Prat lui-même. Il ne fut pas le seul grand pilier à avoir un surnom, puisqu’Alfred Roques fut surnommé « The Rock » par Denis Lalanne (grand reporter de l’Equipe) lors de la tournée en Afrique du Sud en 1958, où il avait dominé tous les terribles piliers sud-africains qui lui avaient été opposé. Alfred Roques fut aussi appelé « Le Pépé du Quercy », pour sa longévité. Un peu plus tard, Michel Crauste sera lui aussi affublé de deux surnoms, « Le Mongol » pour ses charges dévastatrices, et plus tard « Attila », trouvaille de Roger Couderc lors d’une rencontre télévisée du XV de France. Ce même Roger Couderc donnera à Jean Gachassin, le magnifique ailier et ouvreur de Lourdes et du XV de France, le surnom de « Peter Pan » en raison de sa petite taille (1.62m). A la même époque il y eut aussi les frères Boniface*, appelés « les Boni », et leur compère de l’attaque montoise, Christian Darrouy, qui fut capitaine du XV de France, surnommé « l’Eliacin à réaction » par Antoine Blondin. Un autre ailier, Dupuy, était beaucoup plus connu avec son surnom « Pipiou » qu’avec son vrai prénom (Jean-Vincent). Dupuy, le Tarbais, fut considéré comme le meilleur ailier du monde au début des années 60. Il fit aussi partie de la fameuse tournée en Afrique du Sud en 1958. Dans les années 60, on n’oubliera pas les frères Camberabero, que tout le monde appelait « les Cambé », surnom qui restera à leur fils et neveu Didier, qui fut l’un des grands protagonistes du XV de France au cours de la Coupe du Monde 1987.

A cheval sur les années 60 et 70, il faut aussi signaler « Le Grand Ferré » surnom de Benoît Dauga, le célèbre avant du Stade montois et du XV de France. Autre grand avant de l’AS Béziers et de l’équipe de France, Alain Estève fut appelé « La Grand », en raison de sa taille (2.02m).  Son coéquipier biterrois et du XV de France, Michel Palmié, fut pour sa part appelé « La Palme » ou « Ramsès ». Un peu plus tard on parlera du « Petit Caporal » à propos de Jacques Fouroux, le capitaine d’un des deux ou trois plus grands XV de France de l’histoire, vainqueur du Tournoi 1977 avec les mêmes quinze joueurs. Robert  Paparemborde qui appartenait à cette équipe, fut pour sa part surnommé « Patou ». Quelques années plus tard, un autre Estève (Patrick), joueur du RC. Narbonne, fut affublé de plusieurs surnoms puisqu’on l’appela « la Pointe », « TGV », et même « Flint » (silex en français), tout cela soulignant sa vitesse et son tranchant. Autre Narbonnais célèbre, Didier Codorniou fut surnommé « Le Petit Prince », en raison à la fois de sa petite taille et de son aptitude à voir le jeu et à faire jouer ses partenaires. Plus tard (années 90 et 2000) Thomas Casteignède, l’emblématique attaquant du XV de France et du Stade Toulousain, aura droit lui aussi à ce même surnom.

Dans la fameuse équipe finaliste de la Coupe du Monde 1987, en évoquant Blanco, on parlait du « Pelé Blanc », parce qu’aux yeux de beaucoup, en France et ailleurs, Serge Blanco était le meilleur joueur du monde. Laurent Rodriguez pour sa part sera appelé « Lolo » en référence évidemment à son prénom. Dans les années 90, il y aura deux avants qui seront aussi connus sous leur surnom que sous leur nom, les deux copains que furent Marc de Rougemont, dit « Le Rouge », talonneur du RC Toulon et du XV de France, et Christian Califano, surnommé « Cali » ou « Le Calife », célèbre pilier du Stade Toulousain et de l’équipe de France. A la fin des années 90, l’ailier Bernat-Salles était « Bernie », et son compère de la ligne de trois-quarts, Emile N’Tamack, était appelé « Milou » ou encore « la Panthère noire », pour l’amplitude de sa foulée. L’actuel sélectionneur de l’Equipe de France, Philippe Saint-André, fut affublé d’un surnom curieux, « Le Goret ». L’ouvreur Christophe Lamaison, qui détient le record de points marqués par un joueur du XV de France, était pour tous les amateurs de rugby, « Titou ». Le troisième ligne Olivier Magne était appelé « Charly », ce qui ne s’invente pas.

En revanche on appelait Fabien Pelous, le grand seconde ligne du XV de France et du Stade Toulousain, « le Pélican », sans que j’en ai trop compris la raison. Enfin, de cette équipe de 1999 qui atteignit la finale de la Coupe du Monde, on retiendra aussi qu’Olivier Brouzet était appelé tout naturellement « La Brouze ». Rien d’original ! Plus près de nous, il y a J.M. Hernandez, le rugbyman du Racing Métro, qui joua longtemps au Stade Français, sera surnommé « El Mago » (le Magicien) pour ses performances en club et en équipe d’Argentine. On n’oubliera pas non plus Sébastien Chabal, joueur hyper médiatisé en raison de son physique et de son look, qui porte plusieurs surnoms tels que « Caveman » (homme des cavernes), « L’Animal » ou encore « Attila », et aujourd’hui en Australie il est devenu « BOB », dont on dit que ce serait le diminutif de « Beast of Balmain » (la bête de Balmain). A force cela frise carrément le ridicule !

Lionel Nallet, autre avant du XV de France du Racing Métro est appelé aussi « La Nalle », ce qui n’a rien d’inédit, pas plus que le surnom d’un autre joueur de  l’équipe de France lors de la dernière Coupe du Monde, Yachvilli, appelé  « Le Yach ». Plus original est le surnom de William Servat, le talonneur du Stade Toulousain et du XV de France, surnommé « La Bûche », ainsi que celui du capitaine du XV de France et de Toulouse, Thierry Dussautoir, surnommé «The Dark Destroyeur »(le sombre destructeur).  Mais je garde pour la bonne bouche un joueur pour qui j’ai toujours eu la plus grande admiration, Jean-Baptiste Elissalde*, l’actuel entraîneur adjoint du Stade Toulousain, surnommé « Le Rat », mais que pour ma part j’ai appelé « le Mozart du rugby », ce qui est plus joli, et correspond mieux à sa personnalité. Bien entendu, je n’ai pas cité les surnoms de tous les joueurs qui en ont un, car ce serait trop fastidieux. Je me suis donc contenté d’en énumérer  quelques uns qui me venaient à l’idée, ce qui fait déjà pas mal de monde ayant marqué l’histoire de notre rugby.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces joueurs ou à leur équipe sur le blog


Le rugby pro ne peut exister que dans les grandes villes

En ce début d’année un débat resurgit dans le rugby français pour savoir si l’on doit augmenter le nombre de clubs admis dans le Top 14, anciennement appelé championnat  de France. En fait le but de ces discussions est le passage de 14 à 16 clubs pour l’élite, passage soutenu par je ne sais trop qui, mais qui verra sans doute le jour dans les années qui viennent. Pourquoi revenir en arrière avec 16 clubs dans l’élite, alors que tous les amoureux de ce sport sont inquiets de voir les meilleurs joueurs enfiler les matches comme des perles… jusqu’au moment où survient la blessure, la blessure grave qui met entre parenthèses pour un long moment la carrière des joueurs. Certaines mauvaises langues suggèrent que c’est pour sauver l’Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique de Serge Blanco, solution que ce dernier refuserait même en cas de relégation du B.O., mais ce n’est pas uniquement à cause de cela.

En effet, aujourd’hui le rugby ce n’est plus de la joyeuse rigolade comme à l’époque où il était amateur, parce qu’il y a des millions et des millions d’euros en jeu, et que des investisseurs de haute volée ont décidé de s’impliquer dans ce rugby devenu ultra professionnel, au même titre que le football, même si les sommes en jeu sont encore loin d’être au niveau de celles des « manchots ». Et pour générer des rentrées d’argent et attirer les sponsors, il faut de l’exposition, donc avoir un nombre toujours plus important de matches à disputer…pour faire plaisir aux chaînes de télévision. En fait, si je devais faire la comparaison, je dirais plutôt que le rugby me fait penser à la NBA, en raison du petit nombre de pays le pratiquant au plus haut niveau (Grande Bretagne, France, Irlande, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud), plus quelques nations n’existant qu’a travers leur équipe nationale formée avec des joueurs opérant en Europe ou en Australie et Nouvelle-Zélande (Argentine, Italie, Fidji, Tonga, Samoa, voire Etats-Unis et Canada). Néanmoins, malgré son absence d’universalité, le rugby professionnel, à l’exemple de la NBA (toutes proportions gardées), génère des ressources considérables à l’intérieur de son circuit fermé.

Et c’est précisément à cause de tout cet argent qui coule à flot sur le rugby, que l’on enregistre ces débats entre ceux qui veulent que le rugby de club soit de plus en plus professionnel, quitte à donner des sommes très importantes aux meilleurs joueurs (nationaux ou étrangers ), et d’autres qui voudraient que le professionnalisme reste raisonnable. Problème, quand on vit dans le sport professionnel, on ne peut qu’avancer vers le toujours plus grand, plus gros, plus haut, plus fort et plus structuré, parce qu’à ce niveau le sport est aussi un spectacle. C’est valable pour les clubs, mais aussi pour les joueurs. Et tout cela se paie très cher, au point d’avoir aujourd’hui dans le Top 14 cinq clubs ayant un budget compris entre 20 et 33 millions d’euros, à savoir le Stade Toulousain (33.1 M), l’ASM Clermont-Ferrand (24.1 m), le Racing-Métro92 (22.4 m), le Stade Français (21.3 m) et le RC Toulon ( 20 M). Tous ces clubs sont dirigés comme des grandes entreprises, sont soutenus par des entités financières importantes, et leurs dirigeants sont des gens qui veulent faire évoluer le rugby vers un sommet d’excellence et de professionnalisme…que même nombre de clubs de football de Ligue 1 pourraient leur envier.

Voilà pourquoi des gens comme Mourad Boudjellal (Toulon) ou Jacky Lorenzetti (Racing Métro) , qui vient de se séparer immédiatement et sans délai de son meilleur produit marketing, Sébastien Chabal, suite à un désaccord et un échange houleux avec l’entraîneur Pierre Berbizier, détonnent quelque peu dans un milieu qui, parfois, ne semble pas réaliser ce qui lui arrive. Et oui, il faut s’y faire, le rugby des champs ou si l’on préfère le rugby de Papa ou Grand-Papa, avec ceux qu’on appelait les « gros pardessus » en parlant des dirigeants de la fédération, n’existe plus. Aujourd’hui c’est le rugby du vingt et unième siècle qui a pris le pas sur le rugby tel qu’on le pratiquait et le connaissait jusqu’à la fin du siècle précédent. Il n’a rien à voir non plus avec le professionnalisme du rugby à XIII, instauré dans notre pays en 1934 par un immense joueur, Jean Galia, sport qui donnera à la France son premier titre mondial (officieux) dans un sport collectif (1951), avec ses Puig-Aubert, Merquey, Dop, Brousse, Calixte, Rinaldi ou Ponsinet.

A propos de Puig-Aubert et Merquey, je ferais une petite parenthèse pour dire que ces joueurs qui ont marqué ce que l’on appelait le Jeu à XIII venaient du rugby XV où ils étaient déja des vedettes. Puig-Aubert fut un arrière champion de France avec l’USAP 1944, Merquey fut un centre international à XV en 1950, comme l’étaient aussi Roger Arcalis à l’arrière en 1950 et 1951, et plus tard les Lourdais Jean Barthe, qui était à la fin des années 50 le meilleur troisième ligne centre du monde, Pierre Lacaze, l’arrière de la victoire sur les Springboks en 1958, ou encore Quaglio le coéquipier de Lucien Mias au S.C. Mazamet, pilier de cette même équipe de France en Afrique du Sud, le Palois Claude Mantoulan, un des attaquants français les plus doués au début des années 60, sans oublier Jean Capdouze, autre centre de talent qui fut champion de France avec la Section Paloise en 1964. Tous ces joueurs ont marqué leur époque dans les deux rugby, preuve que la classe a toujours été suffisante pour briller à XV ou à XIII. D’autres en revanche choisiront le chemin inverse, mais infiniment moins nombreux. Je n’en citerais que trois, à savoir Jean Daugé le fameux centre bayonnais de la fin des années 40 et du début des années 50, François Labazuy le demi de mêlée du grand Lourdes, et Jo Maso qui fera les beaux jours de Toulon, de Narbonne et du XV de France dans les années 60 et 70. Cela étant, de nos jours le rugby à XIII, surtout en France, ne fait pas du tout le poids avec le XV, les meilleurs treizistes rejoignant peu à peu les meilleures équipes ou franchises à XV, et cela est valable même en Australie où le XIII est pourtant sport national, par exemple S.B. Williams, l’ancien joueur du R.C. Toulon.

Fermons cette parenthèse treiziste, pour dire que de nos jours il n’y a plus de place dans la haute élite pour les petits clubs, ni pour les petites villes, parce que le rugby du vingt et unième siècle va vers le gigantisme à tous points de vue, et que gigantisme ne rime pas avec petite ville. Ce n’est pas pour rien si les clubs à gros budgets, dont j’ai parlé précédemment, sont ceux de villes comme Paris, Toulouse, Clermont-Ferrand ou Toulon, dont les agglomérations dépassent toutes 300.000 habitants. A ces clubs il faut ajouter Montpellier Hérault Rugby qui, d’ailleurs, fut finaliste l’an passé du championnat de France. Et les autres clubs me direz-vous ? Et bien, ils sont condamnés à évoluer un jour en deuxième division à l’exception du Lyon OU et de l’Union Bordeaux-Bègles, qui viennent de monter en Top 14, en attendant le F.C. de Grenoble et peut-être un jour un club de Marseille. C’est peut-être dommage, mais c’est une évolution irréversible.

Cela étant, sur le plan historique, on ne fait que revenir aux origines de ce sport, puisque les premières équipes championnes de France s’appelèrent le R.C. France (1892, 1900, 1902), ancêtre du Racing Métro, le Stade Français (1893, 1894, 1895, 1897, 1898, 1903, 1908), l’Olympique, composé de laissés pour compte du Racing (1896) donc une équipe parisienne, le Stade Bordelais (1899, 1901, 1904, 1905, 1906,1907,1909, 1911), le F.C. Lyon (1910), le Stade Toulousain (1912), avant que la première équipe d’une petite ville finisse enfin par l’emporter en 1913, l’Aviron Bayonnais. Ces clubs de petites villes vont longtemps faire jeu égal avec les clubs des grosses villes. Clermont-Ferrand, par exemple, a dû attendre le professionnalisme et l’année 2010 pour remporter le Bouclier de Brennus, alors que l’US Quillan avait été champion de France en 1929. Il est vrai que cette équipe, fleuron sportif d’un village de 3.000 habitants, avait été construite de toutes pièces par un riche chapelier (Jean Bourrel), lequel avait recruté dix joueurs parmi les meilleurs en 1928 pour arriver cette même année en finale (battu par la Section Paloise 6-4) et rafler le titre de champion de France l’année suivante contre le F.C. Lézignan…avant de retomber très vite dans l’anonymat.

Ensuite jusqu’à la fin des années 40, plusieurs clubs de petites villes s’illustrèrent, notamment le C.S. Vienne, le Biarritz Olympique, ou encore au début des années 50 l’US Carmaux à côté d’autres appartenant à des cités un peu plus importantes comme Agen, Castres, Pau ou Perpignan. Cela dit, le plus grand club de cette époque était celui d’une petite ville d’à peine 15.000 habitants, Lourdes, qui avait eu la chance d’être devenue un lieu de pélérinage parmi les plus fréquentés dans le monde, ce qui laissait aux joueurs du club non fonctionnaires des possibilités importantes pour trouver un emploi à leur convenance. Mais le F.C. Lourdes, huit fois champion de France entre 1948 et 1968 dont 7 fois entre 1948 et 1960, allait devenir aussi un lieu de pèlerinage…du rugby, grâce à l’action et à l’aura d’un joueur, Jean Prat, que les inventeurs du rugby (les Britanniques) ont appelé « Monsieur Rugby », lequel, comme disait Denis Lalanne, a le premier compris que le rugby était un jeu anglais, donc tout dans l’effacement de la personnalité au seul bénéfice de l’équipe. Et c’est comme cela que le F.C. Lourdes allait planer pendant un peu plus d’une décennie sur le rugby français, et donner à l’équipe de France nombre de joueurs d’une des plus belles équipes de l’histoire du rugby international (1958-1959). Aujourd’hui le F .C. Lourdes, que j’ai tellement admiré quand j’ai commencé à toucher mes premiers ballons de rugby, est en Fédérale 1. Bonjour tristesse !

Ensuite ce sera le règne de deux équipes dont l’une, l’A.S. Béziers, est actuellement dernière de Pro D2, alors que l’autre, le S.U. Agenais, est arrivé à retrouver le Top 14 où il fait bonne figure cette année. Néanmoins, on voit quand même que l’ancien club de Razat, Lacroix, Zani ou Echavé (champion en 1962, 1965 et 1966), peine à se maintenir au plus haut niveau. En revanche, comme je viens de le dire, on a complètement oublié le Béziers des Dedieu, Danos, Gensane, Vidal ou Barrière (champion en 1961), comme celui des Astre, Cabrol, Cantoni, Estève, Saisset, Palmié, Paco ou Vaquerin, qui a dominé la décennie 70 et la moitié de celle des années 80. Et pourtant ce Béziers là a presque autant dominé le rugby français que le grand F.C. Lourdes vingt ans auparavant, l’empreinte internationale en moins. Quant aux autres clubs qui ont réussi à grapiller un Bouclier de Brennus entre 1960 et 1990, ils ont depuis longtemps quitté les avant-postes du rugby français. Parmi eux on citera le Stade Montois des frères Boniface (champion en 1963), la Section Paloise de Moncla, Saux et Piqué(en 1964), l’U.S. Montauban de Cabanier (en 1967), la Voulte Sportif des frères Camberabero( en 1970), ou encore le Stado Tarbais de Sillières et Abadie (en 1973), sans oublier le R.C. Narbonnais de Codorniou, Sangali et Claude Spanghero (en 1979), tout cela nous amenant au début du long règne du Stade Toulousain, 11 titres depuis 1985, année où il conquit le Bouclier de Brennus avec dans ses rangs  un certain Guy Novès, plus Charvet, Bonneval, Gabernet et les frères Portolan.

A propos du Satde Toulousain, qui allait remporter également 4 Coupes d’Europe depuis sa création en 1995 (le Real Madrid du rugby), on soulignera que ce fut le club qui sut le mieux franchir le pas du professionnalisme, avec un mélange de formation (Jauzion, Michalak, Poitrenaud) et de joueurs de talent recrutés à l’extérieur (Elissalde, Dussautoir). Les autres lauréats depuis 1985 appartiennent à la fois aux clubs des grandes villes (Stade Français, Toulon, Bègles, Clermont), mais aussi de plus petites agglomérations comme Agen, Castres, Biarritz (3 titres) et même Perpignan. Toutefois ces équipes, qui sont encore en Top 14, ont parfois toutes les peines du monde à s’y maintenir, à part Castres, et  figurent dans la deuxième moitié du classement du Top 14, certaines d’entre elles pour la première fois, comme le Biarritz Olympique ou l’USA Perpignan. Gageons que les années à venir seront encore plus difficiles pour les clubs de ces villes car, manifestement, la course aux armements dans l’élite est de plus en plus exacerbée. Il n’y qu’à voir les noms venant de l’étranger figurant dans nos meilleures équipes pour en témoigner (Wilkinson, Albacete, Mac Allister, Burgess, François Steyn, Hernandez, Sivivatu etc). Et ce n’est apparement qu’un début.

Michel Escatafal


Une pensée pour Guy Boniface (6 mars 1937- 1er janvier 1968)

Le 31 décembre est une date qui rappelle de très mauvais souvenirs aux amateurs de rugby de ma génération car ce jour-là, il y a 44 ans, Guy Boniface était victime d’un accident de la route après un match de bienfaisance à Orthez. Il décèdera le lendemain des suites de ses blessures à l’âge de 31 ans. La mort venait de frapper un des plus brillants apôtres du jeu de ligne inspiré par Jean Daugé dans les années 40, et cultivé ensuite par le tandem lourdais Maurice Prat-Martine dans les années 50. Les frères Boniface prendront la relève dans les années 60, et nul doute que sans des sélectionneurs à la fois aveugles et de mauvaise foi, ils auraient encore marqué davantage leur époque tellement « la complicité dans le jeu d’attaque n’a atteint une aussi admirable perfection » pour parler comme Henri Garcia dans sa Légende du Tournoi.

J’ai déjà parlé des frères Boniface sur ce site et si je l’ai fait c’est tout simplement parce que les deux frères ont émerveillé mes premiers émois de rugbyman. Je revois encore Guy Boniface, sans son frère André, débuter en Equipe de France avec à ses cotés un autre très grand attaquant (centre ou demi d’ouverture) Jacky Bouquet. Ensuite il sera de nouveau régulièrement sélectionné (35 sélections en tout), le plus souvent d’ailleurs au détriment de son frère, les sélectionneurs appréciant sa hargne et la qualité de sa défense. Cependant, c’est quand même aux cotés d’André qu’il réalisa ses plus beaux chefs d’œuvre, et il serait trop difficile de citer tous les matches où « les Boni », comme on les appelait, firent la démonstration de leur extraordinaire talent.

On regrettera simplement qu’ils aient terminé leur carrière internationale le 26 mars 1966 parce qu’on leur reprochait d’avoir trop voulu attaquer dans un Pays de Galles-France qui tourna à la confusion des Français parce que, suite à une nouvelle attaque française, la passe de Gachassin à André Boniface fut déviée par le vent et interceptée par l’ailier Stuart Watkins, alors que l’essai paraissait tout fait. C’était la défaite pour un point (9 à 8) et les Boniface furent limogés dans la nuit (voir l’article intitulé Merveilleux frères Boniface…), ce que tout le monde trouvait très injuste puisqu’une souscription (1 franc) fut lancée par le journal l’Equipe auprès de ses lecteurs pour que les deux frères puissent assister des tribunes au match suivant, contre l’Italie à Naples (victoire de la France 21 à 0).

A noter que ce jour-là, on assista aux grands débuts en sélection de celui qui allait perpétuer la tradition des grands trois-quarts centres français, Jo Maso. Ce dernier formera à son tour avec son compère Trillo une paire de centres remarquables bien dans la tradition, ce qui ne les empêchera pas d’être confrontés aux mêmes tourments que leurs prédécesseurs pour ce qui est de l’Equipe de France. A l’époque les sélectionneurs n’aimaient pas beaucoup le talent qui leur paraissait toujours suspect.

Par la suite, d’autres grands attaquants continueront à porter haut le flambeau du jeu d’attaque à la française ( Bertranne, Sangalli, Codorniou, Sella, Charvet, Castaignède, Jauzion), mais jamais aucun d’entre eux n’atteindra l’aura que connurent en leur temps les Boniface. C’était il y a plus de 30 ans, mais pour ceux qui sont nés avant 1950, ce sont des souvenirs qui ne s’effaceront jamais. Cela dit, comme nous sommes au début de  l’année 2012, je vous souhaite une bonne et heureuse année, avec l’espoir que le sport en général et le rugby en particulier nous apporteront encore plus de joies que l’année passée.

Michel Escatafal


Deux grands XV de France qui ont marqué l’histoire du rugby

Il y a une semaine en Nouvelle-Zélande, le XV de France frôlait de très près un titre mondial largement à sa portée, exploit sans précédent depuis que la Coupe du Monde existe, et d’autant plus surprenant que nombre de commentateurs pensent objectivement que les équipes de 1987 (finaliste de la première Coupe du Monde) et de 1995 (demi-finaliste contre l’Afrique du Sud) étaient sans doute plus fortes que celle de cette année. Cela étant, comme pour décrocher gentiment de la Coupe du Monde que nous venons de vivre, et des émotions fortes que nous avons ressenties depuis le quart de finale contre l’Angleterre,  je veux revenir aujourd’hui sur deux équipes qui auraient sûrement remporté la Coupe du Monde…si elle avait existé à ce moment. Je veux parler de l’équipe de France de 1958-1959 et celle de 1977. Aucune autre équipe en effet n’a été aussi dominatrice sur le plan européen et mondial que ces deux équipes, qui ont la particularité d’avoir remporté le Tournoi des Cinq Nations et d’avoir aussi battu les meilleures équipes de l’hémisphère Sud.

En ce qui concerne l’équipe de 1958, tout est parti du match France-Australie, venant après une défaite humiliante le 1er mars contre l’Angleterre à Colombes (14-0). A la suite de ce résultat, les sélectionneurs avaient décidé de changer toutes les lignes arrière, sans toucher pratiquement au paquet d’avants qui n’avait pas eu à rougir de sa prestation contre les Anglais. Au total l’équipe enregistrait sept changements…qui allaient changer beaucoup de choses. Dans le pack, Amédée Domenech était remplacé par un débutant de 33 ans, le Cadurcien Alfred Roques, qui fera ensuite une magnifique carrière en équipe de France (30 sélections) et devenir le meilleur pilier de la planète rugby.

En revanche, à part l’arrière Vannier, la paire de demis et la ligne de trois-quarts allaient être entièrement renouvelées par l’arrivée de Pierre Lacroix à la mêlée et de cinq Lourdais, Antoine Labazuy à l’ouverture, plus la célèbre ligne de trois-quarts composée de Rancoule et Tarricq aux ailes et de Maurice Prat et Martine au centre, sans doute la meilleure paire de centres de l’histoire de notre rugby avec les Boniface. Ces changements allaient s’avérer tout à fait judicieux, avec d’abord une victoire (19-0) contre une faible équipe d’Australie…qui n’était pas encore une grande nation de rugby, les meilleurs joueurs évoluant à ce moment dans le rugby à XIII, sport national là-bas.

Ensuite ce fut une victoire infiniment plus probante contre Galles à l’Arms Park, où le XV de France n’avait jamais gagné, après une magnifique démonstration de cette équipe à moitié lourdaise (7 joueurs), puisqu’en plus de Labazuy et des trois-quarts il y avait aussi une troisième ligne extraordinaire composée des Lourdais Jean Barthe (3è ligne centre) et Domec, plus le futur lourdais Michel Crauste, qui deviendra plus tard un des plus grands capitaines du XV de France. Devant, en première ligne, il y avait l’expérimenté talonneur Vigier, et deux piliers nouveaux dans le XV de France, Roques et Quaglio, qui allaient très vite devenir parmi les tous meilleurs à leur poste. Enfin en deuxième ligne, il y avait une paire formée de deux joueurs qui ont exercé le capitanat l’un après l’autre, à savoir le Biarrot Michel Celaya et le grand, l’immense, Lucien Mias (Mazamet), à la fois grand leader et remarquable joueur de pack.

Ainsi armée, cette équipe qui bénéficiait de la cohésion et du label du F.C. Lourdes (club phare des années 50) ne pouvait qu’accumuler les succès, et ce fut le cas après la victoire à Cardiff contre l’Italie à Naples (11-3), puis contre l’Irlande à Colombes (11-6), match au cours du quel la France allait se découvrir un grand deuxième ligne, tant par la taille pour l’époque (1.92m) que par le talent, Bernard Mommejat, lequel jouait à Cahors comme Alfred Roques. Après cette quatrième victoire consécutive, il ne restait plus au XV de France qu’à confirmer en juillet-août pendant la tournée en Afrique du Sud, où l’équipe de France se rendait pour la première fois (voir mon article « Le plus bel été du XV de France »). Hélas les malheurs avant le départ allaient s’accumuler pour les Français, avec une cascade de forfaits majeurs comme Labazuy, Maurice Prat, Bouquet, Crauste, Domenech et Domec qui était blessé. En outre le staff de l’équipe de France n’avait pas préparé cette tournée comme il l’aurait fallu, en acceptant notamment d’affronter des sélections regroupant plusieurs provinces, ce que les Britanniques n’auraient jamais admis. On était loin, très loin, d’un minimum de professionnalisme !

Et pourtant cette tournée allait être triomphale puisque, pour la première fois depuis 1896, une équipe en tournée en Afrique du sud sortait victorieuse dans la série de tests. Il faut évidemment englober tous les joueurs dans ce succès inespéré, en soulignant toutefois que le XV de France avait eu la chance d’avoir un grand capitaine à sa tête, Lucien Mias, parfaitement épaulé dans les lignes arrière par l’autre leader que fut Roger Martine, ce dernier ayant opéré avec le même bonheur au centre et à l’ouverture dans les deux tests. C’est même lui qui crucifia les Sud-Africains à Johannesburg lors du second test-match en passant un drop dans les dernières minutes du match. L’année suivante cette équipe montrait qu’elle était vraiment la meilleure en remportant le Tournoi des 5 Nations, ce qui était une première puisque jamais un XV de France n’avait remporté, seul, le Tournoi.

L’autre grande équipe dont je voudrais parler fut celle de 1977. Là, il n’y eut pas à proprement parler de drame pour composer une équipe, mais celle-ci allait bénéficier de la tournée qu’avait effectuée le XV de France en Afrique du Sud en juin 1975. Même s’il subit deux défaites (38-25 et 33-18), le travail collectif effectué là-bas allait payer plus tard dans le Tournoi en 1976 et surtout en 1977, avec un pack qui devenait de plus en plus conquérant, au point de donner à ses adversaires un sentiment d’impuissance. Ce pack était dirigé de main de maître par un capitaine à la fois vaillant et courageux, Jacques Fouroux, qui allait se faire une place de choix dans l’histoire de notre rugby, malgré de nombreuses difficultés. Parmi celles-ci, il dut batailler fermement pour gagner sa place face à un autre demi de mêlée, Richard Astre, qui avait plus de classe que lui, et qui était le maître à jouer de la meilleure équipe de club du moment, l’AS Béziers.

Seulement Astre n’a jamais eu l’impact moral et psychologique que pouvait avoir Fouroux sur «ses bestiaux», comme il appelait ses avants. Et c’est pour cela que Fouroux finit par s’imposer aux yeux des sélectionneurs, à la fois comme numéro 9 et comme capitaine. Il s’imposa tellement que, début 1977, le XV de France commençait le Tournoi des Cinq Nations avec une équipe…qui n’allait plus changer pendant tout le tournoi, composée d’Aguirre à l’arrière, des trois-quarts Harize et Averous à l’aile, et Sangalli et Bertranne au centre, de Romeu à l’ouverture et Fouroux à la mêlée. Devant le pack disposait d’une formidable troisième ligne avec Skréla (le père de David) et Rives, plus Bastiat en numéro 8, d’une deuxième ligne très solide formée de Palmié et Imbernon, et enfin d’une première ligne redoutable et redoutée avec le talonneur Paco, entouré par deux remarquables piliers Cholley et Paparemborde.

Contrairement à l’équipe de 1958, très lourdaise, il y avait onze clubs représentés dans ce que l’on appellera « la bande à Fouroux », le Stade Toulousain étant le club le plus représenté avec trois joueurs (Harize, Rives et Skréla), ce qui ne l’empêcha pas d’afficher une cohésion exemplaire. Cette équipe de 1977 n’avait évidemment pas le brillant de celle de 1958 mais, si elle était austère voire même rugueuse, s’appuyant sur une terrible mêlée et un grand preneur de balles à la touche (Bastiat), cette formation était capable de démolir n’importe quelle opposition en face d’elle, au point d’être une forteresse inexpugnable en défense. Et si je dis cela, c’est parce que cette équipe a remporté ses quatre matches du Tournoi, réalisant le grand chelem avec les mêmes quinze joueurs (à l’époque on ne jouait pas encore à 21), sans concéder un seul essai, alors qu’ils en marquèrent huit dont quatre contre l’Ecosse.

Ensuite cette équipe ira en tournée en Argentine, qui commençait à devenir une puissance montante dans le rugby international, où elle remporta un net succès (26-3) lors du premier test, mais fut tenue en échec lors du second (18-18) à l’issue d’un match extrêmement pauvre. Cela étant, il faut noter que le XV de France était parti là-bas sans Harize, et surtout sans deux hommes de base de son pack, Paco et Bastiat, sans qui l’équipe de France n’était plus la même. Ensuite, toujours sans Bastiat, ni Rives, les Tricolores (avec à l’aile un certain Guy Novès) montrèrent une fois de plus leur force lors des tests de novembre en France, en battant les Néo-Zélandais, qui avaient défait les Lions britanniques en tournée l’été précédent, lors du premier test (18-13). En revanche, ils ne purent éviter la défaite lors du second test, sans doute pour n’avoir pas mesuré l’extrême envie de revanche des All Blacks, et aussi parce que l’absence de Bastiat, s’était faite cruellement sentir, privant notre équipe de munitions à la touche. Cette double confrontation avec la Nouvelle-Zélande marquera le chant du cygne de cette équipe qui, après une ultime victoire sans gloire (9-6) contre la Roumanie à Clermont-Ferrand en décembre 1977, allait changer de physionomie avec le départ de Jacques Fouroux, lassé des reproches et des critiques à son encontre.

Certes toutes n’étaient sans doute pas imméritées, certes Fouroux était loin d’avoir la classe naturelle de Dufau, Danos, P. Lacroix, Max Barrau, et plus tard de Gallion, Berbizier ou plus près de nous de J.B. Elissalde, mais il n’en reste pas moins qu’à part Jean Prat et Lucien Mias, aucun autre capitaine n’a eu une telle aura auprès de ses joueurs. Comme quoi, grande équipe rime toujours avec grand capitaine. Plus tard, une fois sa carrière terminée, Fouroux deviendra inévitablement un grand entraîneur-sélectionneur, emmenant l’équipe de France à la victoire pendant dix ans, période où elle accumula les victoires avec deux grands chelems en 1981 et 1987, plus la victoire dans le tournoi en 1983, 1986, 1988 et 1989, sans oublier la présence de l’équipe de France en finale de la première Coupe du Monde en 1987. Quel beau parcours pour un joueur et un entraîneur souvent décrié ! A ce propos je m’en veux un peu, car j’ai fait partie de ses détracteurs. J’espère que de là-haut, au paradis des rugbymen, il m’aura pardonné.

esca