Le poids de l’économie, du sport… et des droits de l’homme

Dimanche dernier avait lieu le Grand Prix de Bahreïn en Formule 1. Sur le plan sportif ce fut une réussite, beaucoup se réjouissant de voir Kimi Raikkonen (mon pilote favori) se battre de nouveau pour la première place avec sa Lotus à moteur Renault, preuve que ses deux années sans F1 n’ont en rien altéré son immense talent. D’autres, parfois les mêmes, surtout en France, ont été très heureux du premier podium d’un Français depuis 1998 (Alesi), œuvre de Romain Grosjean, lui aussi au volant d’une Lotus. En revanche, sur le plan de l’éthique, on ne peut que s’interroger sur l’utilité d’avoir organisé un grand prix dans un pays en révolution depuis plus d’un an, une révolution qui est châtiée sévèrement par les tenants du pouvoir. N’oublions pas que la veille des essais officiels, l’opposition chiite bahreïnie avait annoncé  qu’un homme avait trouvé la mort dans la nuit, parce qu’il manifestait non loin du circuit de Sakhir, où devait avoir lieu ce grand prix.

En tout cas, après avoir annulé ce grand prix l’année précédente, les dirigeants de la Formule 1 et de la Fédération Internationale de l’Automobile (F.I.A.) se sont trouvé de bonnes raisons pour que cette épreuve ait lieu cette année, un peu contre l’avis des écuries, ces dernières craignant sans doute des problèmes de sécurité puisque sur le plan politique rien n’est réglé. Pour se justifier, la F.I.A. arguait du fait que « seul le sport l’intéresse, et pas la politique », ajoutant qu’il y avait aussi un grand tournoi de golf qui se déroulait le même week-end à Bahreïn. Cela a fait dire à nombre de personnes qu’on balaye d’un revers de la main une question qui, pourtant, mériterait d’être examinée aussi dans son aspect « droits de l’homme ». Comme toujours en effet, l’enjeu économique a pris le dessus sur tout, et notamment sur la question des droits de l’homme. Hélas, ce n’était pas la première fois, et pour des évènements encore plus importants que ceux d’un grand prix de F1.

En août 1936 déjà, le sport allait subir sans doute sa plus terrible humiliation, toutes compétitions confondues, avec les Jeux Olympiques organisées à Berlin. C’était en effet le dernier endroit pour organiser pareille compétition, sur fond de haine raciale, dans une Allemagne dirigée par Hitler et les nazis, qui persécutaient tout ce qui n’était pas aryen, sans oublier les opposants au régime. On connaît la suite, avec la seconde guerre mondiale qui fut à coup sûr l’épisode le plus douloureux de l’histoire de l’humanité, une guerre qui fit une soixantaine de millions de morts. Et pourtant, ces Jeux qui n’auraient jamais dû avoir lieu à cet endroit furent le théâtre d’exploits retentissants, dont le plus célèbre dans le nouveau stade d’athlétisme de 100.000 places fut le quadruplé (100, 200, 4x100m et longueur) de Jesse Owens, performance inédite jusque-là. A propos de ce stade olympique de Berlin, pourtant le plus grand de l’époque, Hitler fit comme première remarque en le découvrant : « C’est trop petit ». En fait il n’était pas assez grand pour organiser les rassemblements du parti national-socialiste.

Pour revenir à Jesse Owens, non seulement il fut la grande vedette de ces J.O., mais personne autant que lui n’avait fait subir à l’horrible chancelier du Reich autant d’humiliations jusqu’à cet été 1936. D’une part parce qu’il était imbattable, ce qui privait les Allemands d’autant de médailles, mais aussi parce qu’il était noir…ce qui lui valut de ne pas recevoir les félicitations du führer, celui-ci ne lui ayant jamais serré la main. Il est vrai, comme disait Jesse Owens, qu’avec les neuf autres athlètes de couleur de l’équipe américaine, ils avaient détruit le mythe de la suprématie aryenne, tout comme les neufs sportifs juifs qui remportèrent des médailles, dont la fleurettiste Hélène Mayer qui obtint une médaille d’argent. Cela avait consolé quelque peu les nombreux détracteurs de ces « Jeux de la honte », qui n’avaient fait que renforcer encore un peu plus l’idéologie nazie, comme en témoigne le suicide du capitaine Wolfgang Fürstner, directeur du village olympique, deux jours après la clôture des J.O., parce qu’il venait d’apprendre qu’il était radié de l’armée en raison de ses origines juives.

Hélas, tout cela n’allait nullement servir de leçon pour l’avenir. Par exemple en 1968, avant les Jeux Olympiques de Mexico, où, suite à des manifestations d’étudiants (le 3 octobre), les autorités mexicaines de l’époque ont décidé d’envoyer la troupe (3.000 soldats) pour écraser les manifestants, le bilan se soldant par 267 morts et 1.200 blessés. Et pourtant, malgré cette tuerie, le président Diaz Ordaz pourra déclarer les Jeux ouverts quinze jours plus tard. Des Jeux qui ont été marqués par les manifestations des athlètes noirs sur le podium du 200 m, du 400m  ou du 4X400m . Cependant si tout le monde se souvient plus ou moins de ces évènements, les gens ont surtout retenu la victoire et le record du monde en athlétisme de Jim Hines sur 100m, celles de Tommie Smith sur 200m ou d’Evans sur 400m, de Fosbury en hauteur avec son saut « révolutionnaire », sans oublier les 8.90m de Bob Beamon en longueur, et nous Français, les victoires de Colette Besson sur 400m en athlétisme, de nos sprinters Trentin et Morelon ou encore de notre poursuiteur Rebillard en cyclisme sur piste.  

Et que dire de 1972 à Munich, où les Jeux ont continué malgré la mort d’un policier, de neufs otages israéliens et des cinq Palestiniens qui, suite à un attentat le 5 septembre à 4h30 du matin, avaient pris en otage neufs sportifs israéliens, et en tuant deux autres. Et qu’arriva-t-il ? Le Comité International Olympique (C.I.O.) se réunit le mercredi 6 septembre à 10h, suspendit les Jeux et mis les drapeaux en berne, organisa une courte cérémonie en hommage aux victimes…et une heure après son président, Avery Brundage, annonça que les Jeux allaient reprendre, après avoir dit : « La fête continue » ! Vraiment indécent, même si certains ont cru bon d’affirmer que Brundage avait sauvé les jeux olympiques. Cela étant, quand on évoque les J.O. de Munich aujourd’hui, on pense au doublé en athlétisme de Borzov sur 100 et 200m, et de Viren sur 5000 et 10.000 m, aux sept médailles d’or de Spitz en natation, à l’Allemande de 16 ans, Ulrike Meyfarth, vainqueur de la hauteur féminine ou encore pour nous Français à la médaille d’argent de Guy Drut sur 110 m haies, qui en aucun cas ne voulait que la compétition fût interrompue disant que les Jeux étaient « le résultat de quatre ans de travail »,  ou à la médaille d’or de Morelon en vitesse.

En Argentine, en 1978, ce fut la Coupe du Monde de football qui eut lieu dans une atmosphère irrespirable, du moins au début dans la mesure où la dictature argentine du général Videla comptait sur cette épreuve, la plus regardée dans le monde avec les J.O., pour faire oublier la répression qui s’abattait sur le peuple argentin. Cette dictature espérait aussi, comme Hitler en 1936, obtenir une sorte de reconnaissance de son pouvoir, ce à quoi elle ne parvint pas réellement malgré la victoire sur le terrain de l’équipe d’Argentine, avec à sa tête Kempes qui fut à la fois le meilleur joueur et le meilleur buteur de la compétition, entouré par des joueurs comme Passarella, Tarantini, Ardiles, Houseman ou Luque, malgré aussi l’enthousiasme soulevé par cette victoire, la première pour l’Argentine, grand pays de football s’il en est. Il faut aussi noter que quelques délégations comme celles d’Italie ou de France, ont apporté leur soutien aux démocrates du pays qui luttaient contre les emprisonnements arbitraires ou les disparitions. Parmi les plus virulents, je citerais Michel Hidalgo notre sélectionneur, ou encore Dominique Rocheteau le fameux joueur de Saint-Etienne. En France même, nous eûmes droit à de nombreuses manifestations à Paris et dans les grandes villes de province pour soutenir le peuple argentin, afin d’obtenir le boycott de la Coupe du Monde.

Pour revenir aux Jeux Olympiques, compte tenu des graves événements qui secouaient  le Tibet en 2008, certains s’interrogeaient pour savoir si le seul moyen d’infléchir la position chinoise dans cette province n’aurait pas été de boycotter les Jeux Olympiques de Pékin, qui devaient avoir lieu en août 2008. Un tel boycott avait  déjà eu lieu à deux reprises depuis la participation de l’Union Soviétique (1952), en 1980 et 1984. En 1980, il y avait  eu le boycott de nombreux pays à l’occasion des J.O. à Moscou, en raison de l’invasion soviétique en Afghanistan, les Soviétiques rendant la pareille aux Américains quatre ans plus tard pour les J.O. de Los Angeles, sous le mauvais prétexte que la sécurité de leurs athlètes n’était pas assurée.

Dans les deux cas, tout le monde sentait bien qu’il s’agissait d’assertions fallacieuses ou hypocrites, surtout en comparaison des évènements de Berlin, de Mexico ou de Montréal. D’ailleurs, à une époque où pourtant le monde était coupé en deux, contrairement à aujourd’hui, chaque partie fut loin de rassembler son camp puisque des pays comme la France, la Grande-Bretagne, l’Italie ou le Brésil participèrent aux Jeux de Moscou. Quatre ans plus tard, malgré l’absence de quelques pays communistes très importants dans le domaine du sport tels que feu l’URSS, la RDA, la Pologne, l’ex Tchécoslovaquie, Cuba ou l’Ethiopie, il y avait quand même 140 nations présentes à Los Angeles. Ces défections furent certes préjudiciables dans certaines disciplines, mais elles n’empêchèrent pas d’avoir des compétitions de grande qualité dans l’ensemble, y compris en athlétisme, le sport roi des Jeux Olympiques.

Certes le vainqueur du 100 m de Moscou en 1980, l’Ecossais Alan Wells, ne laissera pas un souvenir impérissable dans l’histoire de l’athlétisme, contrairement à l’affrontement entre les Britanniques Coe et Ovett sur 800 et 1.500 m qui suffit à faire oublier les absents. A Los Angeles, en 1984, Coe renouvellera son chef-d’œuvre sur 1 500 m devant un autre Britannique, Steve Cram. Quant aux Français, ils furent tout heureux de fêter une double médaille (or et bronze) à la perche avec Quinon et Vigneron. Bref, les absents avaient eu tort d’autant qu’ils n’auraient pas empêché Carl Lewis de renouveler l’exploit de Jesse Owens en 1936, en remportant 4 médailles d’or en athlétisme (100, 200, 4×100 m et longueur).

Ces boycotts décidés pour des raisons politiques, pour ne pas dire politiciennes, n’avaient donc servi à rien et n’avaient pas changé la face du monde. Les Soviétiques ont poursuivi sans fléchir leur guerre contre les Afghans armés par les Américains, un Boeing de la Korean Airlines avec 269 passagers à bord a été abattu en 1983 par un avion de chasse soviétique, parce qu’il était soupçonné d’espionnage, et enfin l’Iran et l’Irak armés par chaque camp continuaient leur guerre commencée précisément en 1980 et qui ne s’achèvera qu’en 1988. Bien entendu, ces événements ne sont qu’une partie des conflits sanglants qui secouaient le monde pendant cette période allant de 1980 à 1984.

Alors qu’est-ce que cela aurait changé si de nombreux pays avaient décidé de ne pas participer aux Jeux Olympiques de Pékin ? A vrai dire, le gouvernement chinois aurait subi un affront sévère, surtout si cette non-participation avait été réellement suivie par la majorité des grandes nations sportives. Il est certain que l’absence conjuguée des Etats-Unis, des pays de l’Union Européenne, du Canada, du Japon, du Brésil et de l’Australie, pour ne citer qu’eux, aurait porté un rude coup à la crédibilité des épreuves dans les principaux sports olympiques (athlétisme, natation, cyclisme, escrime, judo…). Dans ces conditions, il est vraisemblable que les grandes chaînes de télévision n’auraient pas assuré la même couverture des épreuves, voire même se seraient retirées d’un marché qui ne peut être juteux que si les épreuves rassemblent les meilleurs.

En disant cela, nous en arrivons à l’aspect économique qui, de toute façon, sera toujours plus fort que l’aspect moral, car la Chine est un acteur majeur du monde économique en ce début de XXIe siècle. D’ailleurs, si la Chine a obtenu l’attribution des jeux Olympiques de Pékin en 2001, c’est bien en raison de son statut de grande puissance économique émergente. Le monde de l’économie avait déjà beaucoup investi dans l’Empire du Milieu, et il savait que les J.O. allaient avoir d’énormes retombées pour l’économie chinoise, dans laquelle les sociétés occidentales étaient de plus en plus présentes. Enfin n’oublions pas les 2,2 milliards d’euros payés par NBC pour les droits télé, radio et internet aux Etats-Unis, acquis jusqu’en 2012, ce qui lui a permis d’imposer, contre toute logique sportive, les finales de natation le matin de bonne heure aux Jeux de Pékin. Tout cela représentait beaucoup d’argent et, malheureusement, pesait beaucoup plus lourd que la répression au Tibet, sans oublier qu’il était illusoire d’espérer une quelconque action de nombreux pays africains en cas de boycott, compte tenu du fait que la Chine est de plus en plus présente en Afrique, puisqu’elle est devenue le troisième partenaire commercial du continent.

En conclusion, au risque de paraître défaitiste, je pense que nous ne sommes pas prêts de revoir ce que nous avons vu aux Jeux Olympiques en 1980 et 1984, la mondialisation de l’économie étant passée par là. Trop d’intérêts économiques sont en jeu pour envisager quoi que ce soit  dans le sport, à partir du moment où cela concerne les grands évènements télévisés dans le monde entier, ceux-ci générant des profits considérables pour tout ce qui touche au volet commercial. C’est le cas pour les Jeux Olympiques, comme pour la Coupe du Monde de football ou les grands prix de Formule1, pour ne citer que ces évènements. Oui, l’économie a pris le pas sur tout y compris sur la politique, et seul compte le profit des grandes entités faisant la pluie et le beau temps dans le sport comme dans le reste de l’activité humaine.

Alors imaginer que l’on puisse supprimer certains évènements au nom du respect des droits de l’homme est plus que jamais une utopie. Pour mémoire, il faut savoir que les Etats-Unis, partenaire ô combien important de l’économie chinoise et vice-versa, ont retiré en mars 2008 la Chine de leur liste noire des pires violateurs des droits de l’homme. Alors les Jeux Olympiques… Et puis, comme si cela ne suffisait pas, il se trouvera toujours des gens pour dire, comme Drut à Montréal, qu’il faut penser aux athlètes qui se préparent pendant quatre ans pour ces compétitions, et à qui on n’a pas le droit d’infliger une sanction qu’ils ne méritent pas. Ah, quand on veut se donner bonne conscience! Et le pire est que quand la compétition est commencée on oublie tout…moi le premier qui me réjouissait des performances de Raikkonen et Grosjean à Bahreïn. Je n’en suis pas plus fier pour autant !

Michel Escatafal

 


Gebreselassie, Weah et Pacquiao : les meilleurs ambassadeurs de leur pays

Même si je ne suis pas un fanatique de ce type de reconversion pour un sportif de très haut niveau, les projets de Haïle Gebreselassie, Georges Weah, et Manny Pacquiao de vouloir faire une carrière politique ont quelque chose de sympathique dans des pays qui figurent parmi les plus pauvres du monde. Pour mémoire l’Ethiopie se situe en effet au 212e rang sur 230 en ce qui concerne le PIB par habitant, le Libéria au 224è, et les Philippines au 162è. Cela étant, depuis la fin de la guerre avec l’Erythrée (1998-2000), l’Ethiopie s’est engagée sur la voie du progrès au point d’avoir vu son PNB global doubler entre 2003 et 2006 puis entre 2006 et 2009, et ce malgré une sécheresse meurtrière en 2006, aggravée en outre par une invasion de criquets dans l’est du pays en avril 2007. Il est vrai qu’on partait de tellement bas que toute progression paraît spectaculaire.

Dans ce contexte, que Gebreselassie, double champion olympique et quadruple champion du monde du 10 000 m, s’engage en politique, c’est peut-être ce qui pouvait arriver de mieux à l’Ethiopie, d’autant qu’il est à la tête d’un ensemble d’activités (immobilier, écoles, salles de sport, cinéma) qui emploient au moins 450 personnes. Cela démontre en tout cas qu’il a su parfaitement gérer l’argent qu’il a gagné sur les pistes du monde entier, mais aussi qu’il est bon citoyen puisqu’il n’a pas hésité à investir dans son pays, ce qui était pour le moins courageux il y a moins de dix ans. De plus l’ébauche de son programme ministériel ou présidentiel est très sympathique, en même temps que volontariste : « L’éducation, c’est la clé », affirme-t-il, et il ajoute : « Je voudrais que l’éducation soit accessible à tous. Si les gens étaient éduqués nous n’aurions pas tous ces problèmes ». Pour mémoire le taux d’alphabétisation de l’Ethiopie atteint à peine 50%.

Avec de telles paroles on ne peut que lui souhaiter une pleine réussite dans sa future carrière, qu’il souhaite riche et active puisqu’il veut devenir « ministre, voire Premier ministre ou président», même si en Ethiopie le poste de président est purement honorifique. Cela dit, pour voir se concrétiser l’engagement de l’athlète en or éthiopien il faudra attendre un peu, car quelques mois après avoir annoncé sa retraite suite à une blessure récurrente à un genou et aussi un peu « sur un coup de tête », il a décidé de préparer les J.O. de Londres l’an prochain, dans l’espoir de décrocher une troisième médaille d’or olympique, non plus sur 10.000 m comme à Atlanta (1996) ou Athènes (2000), mais sur le marathon dont il détient le record du monde depuis 2007.

 En tout cas s’il arrive à ses fins, il fera mieux que Georges Weah, l’ancien joueur de football du Paris SG et du Milan AC et Ballon d’Or en 1995, qui n’a pas réussi à se faire élire président du Libéria en 2005, malgré un score très honorable (40,5% des voix). Il est vrai qu’il a été battu, lui le novice en politique, par une économiste reconnue ayant eu des postes à responsabilité, notamment à la Banque Mondiale. D’ailleurs sitôt élue, la nouvelle présidente lui avait proposé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports…qu’il a refusé. Cela étant, même s’il ne se représente pas à titre personnel à la prochaine élection présidentielle (octobre 2011), il mettra sa notoriété au service d’un candidat, Winston Tubman, dont il sera le colistier. Nul doute que si ce dernier est élu, il exercera des fonctions ministérielles en plus de celles qu’il a avec sa fondation « Weah Children’s foundation » pour inciter les enfants de son pays à aller à l’école, sans compter son engagement pour de nombreuses autres associations caritatives

Toutefois, il y a un sportif qui, très récemment, a parfaitement réussi son entrée en politique, Manny Pacquiao. En cela il fait penser au Britannique Sebastian Coe, le fameux miler de la fin des années 70 et du début des années 80, qui détint les records du monde du 800m, du kilomètre, du 1500m et du mile, et qui fut double champion olympique du 1500m (1980 et 1984), devenu par la suite député conservateur, en plus d’avoir été nommé à la tête du comité de candidature de la ville de Londres pour l’organisation des Jeux Olympiques d’été de 2012. Manny Pacquiao est le meilleur boxeur actuel toutes catégories confondues (53 victoires dont 38 par K.O.plus 2 matchs nuls et 3 défaites), et lui aussi a été élu député lors des élections générales du 10 mai (Parlement philippin), promettant d’être encore « plus efficace en politique » que sur le ring.

On serait tenté de dire que ça promet, si c’est le cas, tellement Pacquiao a marqué son sport. Et s’il s’occupe aussi bien  de la modernisation des infrastructures du pays, et des services médicaux, qu’il s’est occupé de ses adversaires, il est certain d’être réélu à la prochaine élection dans trois ans, et d’avoir son avenir assuré dans sa nouvelle orientation. D’ici là il devrait avoir le temps de rencontrer le seul adversaire qui soit à sa hauteur, l’invaincu Floyd Mayweather, ce qui pourrait être le combat du 21è siècle…si finalement il a lieu, rien n’étant simple dans la boxe actuelle.

Pour revenir à Georges Weah, le ministère des sports est le type de poste que l’on offre généralement aux anciens sportifs français qui deviennent ministre, à la notable exception de Jacques Chaban-Delmas, ancien international de rugby (1 sélection en 1945), qui est devenu Premier ministre de Georges Pompidou entre 1969 et 1972 et, à titre anecdotique, de l’ancien judoka David Douillet (ex-champion du monde et champion olympique), ministre qui s’occupe des Français de l’étranger, parce que le poste de ministre des sports est occupé par une ancienne karateka, Chantal Jouanno. Parmi les plus connus, nous citerons Alain Calmat (champion du monde de patinage en 1965), Roger Bambuck ( champion d’Europe du 200 m en 1966 et recordman du monde du 100 m en 1968), Guy Drut (champion olympique du 110 m haies en 1976 et recordman du monde), Jean-François Lamour (champion olympique d’escrime en 1984 et 1988), sans oublier l’ancien secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte qui était, jusqu’en octobre 2007, le sélectionneur du XV de France.

Ont-ils réussi dans leurs fonctions ? Ni mieux ni plus mal que les politiciens professionnels… qu’ils sont devenus par la suite. Ils ont tous avalé les mêmes couleuvres sur le budget consacré aux sports, qui représente toujours largement moins de un pour cent du budget total. Aucun n’a réussi également à obtenir les crédits pour doter notre pays d’infrastructures dignes d’un pays comme la France. Par exemple, il faudra encore attendre au moins deux ans pour que la capitale soit dotée d’un vélodrome couvert entièrement voué au cyclisme, comme il y en a un peu partout en Europe et dans le monde, et que l’on attend depuis 1968, année où Trentin, Morelon et Rebillard ont remporté respectivement le kilomètre, la vitesse, et la poursuite aux J.O. de Mexico (plus le tandem pour Trentin et Morelon). En fait, ils servent de paravent à une certaine misère qui affecte le développement du sport et de ses infrastructures, le sport français étant considéré comme le royaume du bricolage dans nombre de disciplines.

Espérons que Haïle Gebreselassie, Georges Weah et Manny Pacquiao obtiendront pour l’Ethiopie, le Libéria, et les Philippines, des résultats plus importants que ceux obtenus chez nous par les champions que je viens de citer, et surtout qu’ils contribueront à faire reculer la grande pauvreté qui y sévit depuis tant d’années, même si sur ce plan la situation aux Philippines est un peu meilleure. En tout cas leur nom est suffisamment connu dans le monde pour que la communauté internationale s’intéresse de plus près à leur pays, dont ils sont depuis des années les meilleurs ambassadeurs.

Escatafal


Mes idoles de jeunesse

Quand on est jeune on a des idoles, et celles-ci sont souvent des sportifs. Quand je dis des sportifs, je devrais dire de nos jours les vedettes des sports les plus médiatisés, ce qui entre parenthèse leur permet de gagner énormément  d’argent grâce au merchandising. Aujourd’hui dans les rues de tous les pays ou presque, on voit énormément de jeunes porter la réplique du maillot de Messi, Cristiano Ronaldo, Iniesta ou Drogba, pour ne citer qu’eux, ce qui n’était pas le cas quand j’étais enfant ou adolescent vers la fin des années 50 ou au début des années 60. Tout cela pour dire qu’à cet âge un  jeune homme, comme sans doute une jeune fille, aime à s’identifier à ceux qu’il admire.

Qui dans sa vie, à un moment ou un autre, ne s’est pas pris pour ce qu’il n’a jamais été ou aurait voulu être? J’observe d’ailleurs en écrivant ces lignes, que je n’ai voulu être « un autre » que dans le domaine du sport. Pourtant ceux qui me connaissent à travers mes blogs savent pertinemment que je suis un amoureux de la littérature et de l’histoire, mais ce n’est pas pour cela que j’ai rêvé d’être un de ces grands poètes qui m’ont ému, et encore moins un de ces hommes politiques qui marquent leur temps.

Non mes idoles, quand j’avais moins de 20 ans, c’étaient des sportifs et rien que des sportifs, plus particulièrement des coureurs cyclistes, mais aussi des joueurs de rugby, des athlètes (surtout des sprinters ou des coureurs de demi-fond), des pilotes de F1, des boxeurs et des footballeurs, même si je n’ai jamais piloté, ni boxé, ni même joué au football en compétition. Un peu plus tard la palette s’élargira au tennis…quand j’ai commencé à y jouer. Voilà pourquoi sur mon blog je parle essentiellement de ces disciplines.

Mais au fait quelles furent mes idoles dans ma prime jeunesse? La première fut Fausto Coppi, plus par ce que j’en entendais dire  que pour l’avoir réellement vu à l’œuvre. Mais j’ai souvenance, malgré mon très jeune âge (je n’avais pas encore 7 ans à l’époque), d’avoir suivi par l’intermédiaire de mon père ses résultats, notamment le Tour d’Italie 1953 et son duel avecHugo Koblet, lequel perdit le maillot rose dans l’avant-dernière étape. Cette année 53 sera la dernière grande saison du campionissimo, avec un titre de champion du monde sur route à la clé.

Certes il avait déjà porté à deux reprises le maillot arc-en-ciel, mais c’était en poursuite (en 1947 et 1949). Toutefois cette admiration béate pour le super crack italien ne m’empêchait pas d’avoir été très content quand, à Solingen, Louison Bobet remporta le titre mondial en 1954. Plus tard, à la fin de la grande carrière de Coppi, c’est pour Roger Rivière que je me prenais quand je chevauchais mon premier vélo de course, au demeurant un peu trop grand, puis ensuite pour Anquetil, après la chute dans le col du Perjuret du double recordman de l’heure et triple champion du monde de poursuite. Par atavisme j’ai toujours aimé la piste, et j’ai de tout temps été impressionné par les temps réalisés en vitesse sur 200 m, ou en poursuite sur 5 km (distance à l’époque de la poursuite individuelle).

A peu près au même moment, j’étais fasciné par un autre immense champion, Juan-Manuel Fangio. J’ai toujours apprécié le sport auto et la F1 en particulier. Je me souviens notamment de la paire de pilotes alignée par Mercedes en 1955 composée de Fangio et de Stirling Moss, qui n’a eu d’égale que Senna et Prost à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cette année-là les deux hommes furent aussi associés pour former une équipe de rêve aux 24 h du Mans, endeuillées par l’accident de Levegh, lui aussi sur Mercedes, qui causa la mort de plus de 80 personnes (voir article de mon blog sur les 24h du Mans).

Cet accident entraîna l’arrêt des voitures grises sans attendre la fin de course, et mit fin au retour de Mercedes en F1 à la fin de l’année. Il faudra attendre l’arrivée au sommet de Jim Clark avec notamment ses victoires à Pau en F2, auxquelles j’ai assisté avec mes parents, puis sa domination en F1 au volant des mythiques Lotus (25 ou 49), pour que je retrouve pareille fascination pour un pilote qui, fait très rare, remporta aussi les 500 miles d’Indianapolis en 1965.

Cela dit à partir de 1957, époque à laquelle j’ai commencé à apprendre le maniement d’un ballon de rugby, une de mes idoles s’appelait Roger Martine. J’ai déjà  parlé de lui sur ce site, mais je redis encore une fois qu’il fut à coup sûr l’un des attaquants les plus doués de l’histoire du rugby. C’était lui qui avait dit un jour cette phrase pleine de signification pour les amoureux du rugby : « Aux équipes qui chantent sous la douche, je préfère celles qui chantent sur le terrain ». En tout cas il pouvait tout se permettre dans la mesure où il avait tout pour lui.

Il avait la vitesse, le coup de rein, mais aussi une vision du jeu exceptionnelle, sans oublier un excellent jeu au pied. Il pouvait jouer avec le même bonheur à l’arrière, à l’ouverture, mais c’est au centre qu’il fit l’essentiel de sa carrière formant avec Maurice Prat une paire de centres exceptionnelle, la meilleure au monde dans les années 50. J’étais tellement admiratif que j’avais réussi à me faire coudre sur un vieux maillot rouge et bleu (couleurs du F.C. Lourdes) le numéro 13, alors que je n’ai occupé que très occasionnellement le poste de centre.

Un dernier mot enfin pour parler de deux athlètes qui m’ont également fasciné, à savoir Abdou Seye et Armin Hary. J’ai parlé récemment de ce dernier pour souligner son extraordinaire départ qui lui permit d’être à la fois recordman du monde et champion olympique du 100 mètres. Quant à Abdou Seye, d’origine sénégalaise, j’ai le souvenir d’un sprinter de très grande classe, capable de courir le 100 m en 10s,2, le 200 m en 20s,4, et le 400 m en 45s,9. Il aurait pu lui aussi être champion olympique en 1960 à Rome, mais il dut se contenter de la médaille de bronze sur 200 m. Si le professionnalisme avait existé à son époque, il aurait pu devenir une sorte d’Usain Bolt avant l’heure tellement il était doué.

Cela dit bien d’autres champions m’ont fait rêver dans ma prime jeunesse, entre autres Kocsis, Di Stefano, Kopa et Fontaine les footballeurs, mais aussi le boxeur Charles Humez qui fut longtemps champion d’Europe des poids moyens, sans oublier Ray Sugar Robinson, un des 3 ou 4 plus grands boxeurs de tous les temps, ou encore les frères Boniface, autre exceptionnelle paire de centres du rugby moderne, Richard Sharp, le grand ouvreur anglais du début des années 60, sans oublier Michel Jazy, certainement le plus grand miler que l’athlétisme français ait jamais possédé. On  remarquera au passage qu’il était difficile de m’accuser d’un excès de chauvinisme. Il est vrai qu’entre 10 et 15 ou 16 ans, on ne se préoccupe guère de la nationalité des gens qu’on admire. Ce qui compte ce sont les émotions qu’ils nous donnent, et les émotions ne sont pas que françaises…heureusement.

Michel Escatafal


Quelques grandes surprises dans le sport

Alors que l’on s’interroge pour savoir si Thomas Voeckler peut remporter le Tour de France 2011, ce qui constituerait une énorme surprise compte tenu de la participation à ce Tour de France, où il ne manque que les Italiens Nibali et Scarponi ainsi que le Russe Menchov, il est sans doute intéressant de se pencher sur quelques grandes surprises qui ont émaillé l’histoire du cyclisme en particulier, et plus généralement l’histoire du sport. Parmi celles-ci la première qui me vient à l’idée est la victoire d’un coureur comme Walkowiak (photo) dans le Tour de France 1956, devant des grands champions comme Bahamontes, Brankart et Charly Gaul. A ce propos, bien qu’étant un petit garçon à l’époque, je me souviens très bien de ce Tour de France où chaque jour, comme pour Voeckler, on attendait la défaillance de Walkowiak qui, finalement, n’est jamais venue. Du coup, le coureur de Montluçon a remporté la plus prestigieuse des épreuves cyclistes, alors que c’est pratiquement sa seule victoire professionnelle à part 2 étapes du Tour d’Espagne, et son nom figure au palmarès de la Grande Boucle entre ceux de Louison Bobet et de Jacques Anquetil, deux des plus grands champions de tous les temps.

Autre coureur cycliste à avoir gagné le Tour de France à la surprise générale, le Français Lucien Aimar en 1966. Un Tour de France dans lequel il a bénéficié d’une suite de circonstances favorables qui lui ont permis de monter sur la plus haute marche du podium au nez et à la barbe de coureurs comme Anquetil, Poulidor, mais aussi Rudi Altig, Jan Janssen ou Roger Pingeon. Dans les Pyrénées, les deux grands favoris (Anquetil et Poulidor) sont relégués à sept minutes par une échappée dans laquelle s’est glissé Janssen, mais aussi Lucien Aimar, équipier de Jacques Anquetil. Et malgré une belle remontée de Raymond Poulidor, à la faveur d’une victoire contre-la-montre à Vals-lesBains, puis d’un exploit dans la descente du col d’Ornon où sous l’orage il relégua Anquetil et Aimar à plus d’une minute, auquel il faut ajouter un exploit dans la Forclaz où il laissa sur place tous les grimpeurs, tout cela sera insuffisant pour que le Limousin puisse refaire la totalité de son retard sur Aimar. Poulidor, en effet, terminera troisième de ce Tour à 2mn 02s de Lucien Aimar et 1 mn 07s derrière Jan Janssen, le second. En dehors d’un titre de champion de France, ce sera la seule grande victoire de Lucien Aimar, avec accessoirement les Quatre Jours de Dunkerque.

Un autre coureur français avait créé la sensation dans le Tour d’Espagne en 1984, Eric Caritoux. Certes, tout comme Aimar, il a gagné un peu plus que Walkowiak avec ses deux titres consécutifs de champion de France (1988 et 1989), plus deux Tours du Haut-Var, mais personne n’aurait imaginé qu’il fût capable de gagner une Vuelta. Et pourtant il l’a fait en 1984, et sa victoire restera d’autant plus historique qu’il l’a emporté par la plus infime des marges sur Alberto Fernandez (6 secondes). Et au palmarès du Tour d’Espagne son nom figure entre ceux de Bernard Hinault (1983) et Pedro Delgado (1985). Cela dit de telles victoires, comme celles de Tamames en 1975, de Pessarodona en 1976, ou plus près de nous de Casero en 2001 et Aitor Gonzales en 2002 sont de plus en plus rares, mais pas impossibles.

Autre victoire remportée contre toute attente, celle de Carlo Clerici, le Suisse, au Tour d’Italie 1954, où il l’emporta avec 24 mn d’avance sur son ami Koblet, qui n’avait rien fait pour l’empêcher de gagner, bien au contraire. Clerici avait bénéficié d’une échappée où tous les favoris (Coppi, Koblet, Magni) terminèrent avec un retard frisant les 40 mn. Et puisque j’évoquais Fiorenzo Magni, le troisième crack italien de l’après-guerre, celui-ci aurait dû être champion du monde en 1952 sans un incident mécanique tout près de l’arrivée, qui allait bénéficier à un certain Heinz Muller, un Allemand qui n’a jamais rien gagné d’autre que ce titre mondial. On pourrait aussi ajouter dans cette galerie des vainqueurs-surprises l’Espagnol Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006, mais cette victoire ne fut définitive qu’après le déclassement pour dopage de Floyd Landis.

En athlétisme, encore en 1952, nous avons enregistré une énorme surprise, au Jeux Olympiques d’Helsinki,  avec la victoire de Josy Barthel le coureur de 1500m luxembourgeois. Lui aussi n’a pas remporté d’autres titres majeurs que celui-là, mais personne ne lui enlèvera sa médaille d’or olympique. Cela étant en athlétisme, dans les grands championnats, il est rare, pour ne pas dire très rare, que le vainqueur ne soit pas un des meilleurs. Mais cela est arrivé en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes, avec la victoire sur 100m d’une athlète biélorusse totalement inconnue, Youlia Nesterenko, dont la progression apparut d’autant plus stupéfiante aux yeux de certains, qu’elle disparut des couloirs mondiaux aussi vite qu’elle y était arrivée.

En football, il y a eu la victoire d’un club de la banlieue d’Alger, le Sporting Club Union El Biar, en 1/16è de finale de la Coupe de France 1957 contre le Stade de Reims. Ce club, qui végète aujourd’hui en Ligue 2 après un long purgatoire en National, était à l’époque une très grande équipe qui, quelques mois auparavant, avait disputé et perdu la finale de la Coupe d’Europe. Le Stade de Reims comptait dans ses rangs quelques uns des meilleurs joueurs européens (Jonquet, Penverne, Vincent, Fontaine) et, bien entendu, personne n’aurait imaginé qu’une telle armada puisse être éliminée par un club aussi modeste. Et pourtant El Biar a gagné par 2 à 0 et s’est qualifié pour les 1/8è de finale. Evidemment nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples, mais ceux-ci figurent parmi les plus belles anomalies du sport, avec la place de finaliste de la Coupe de France du club de CFA, Calais RUFC en 2000, après avoir sorti les Girondins de Bordeaux, ou encore la place de finaliste à Roland-Garros de Ginette Bucaille en 1954, ce qui fut sa seule performance notable avec un titre de championne internationale de Paris en 1956.

Michel Escatafal