Serin et Bézy, ces hirondelles qui vont faire le printemps du XV de France

serinAlors que le peuple français ne parle que de football, le championnat d’Europe des Nations occupant l’essentiel des esprits français, sportifs ou non, il n’y a quand même pas que cela dans l’actualité sportive, comme en témoignent quelques évènements importants. Parmi ceux-ci je citerais les championnats de France d’athlétisme avec les 9s88 de Vicaut sur 100m, la finale du Top 14 qui a vu le Racing Club de France renouer avec ses grandes heures du passé en remportant un titre de champion de France cent fois mérité contre le RC Toulon, mais aussi les matches du XV de France amputé de nombreux joueurs pour cause de phases finales du Top 14, ce qui n’a pas empêché les Bleus de battre enfin l’Argentine (27-0), qui plus est chez elle, avec dans cette équipe de très jeunes joueurs pleins de talent et d’avenir. C’est de cela que je veux parler aujourd’hui, avant d’évoquer le Tour de France dans les jours à venir.

27-0, oui j’ai bien écrit 27-0, voilà une belle victoire remportée loin de l’hémisphère Nord face à une équipe qui figure depuis bien longtemps parmi les huit meilleures du monde. Certes, elle était quelque peu handicapée, mais pas plus que le XV de France de Guy Novès. Cela faisait tellement longtemps qu’on attendait un signe de renouveau de notre équipe ! Cette fois c’est fait, et même si ce résultat estival n’aura jamais l’impact de certaines victoires dans des contrées lointaines, comme par exemple en 1958 quand le XV de France de Mias, Martine, Barthe avait battu l’Afrique du Sud chez elle, ou encore celle de 1979, quand le 14 juillet la France du rugby se réveilla en ayant vu son équipe, emmenée par Rives avec Gallion, Caussade, Codorniou et Aguirre, mettre à terre les All Blacks, cela nous rend quand même heureux.

Et nous le sommes d’autant plus que cette nouvelle équipe comptait énormément de jeunes joueurs avec un grand avenir. Bien sûr les esprits chagrins feront toujours remarquer que l’Angleterre a dominé l’Australie chez elle, mais on ne va pas faire la fine bouche après une aussi longue période de disette, comme notre pays n’en a peut-être jamais connue. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que notre équipe commence à retrouver la joie de jouer et nous en donne donc par ricochet. Mieux encore, il semble que notre réservoir de joueurs s’enrichisse de quelques pépites, comme disent les amateurs de foot, qui ont tout pour devenir ces grands joueurs qui ont tellement manqué au XV de France ces dernières années.

Parmi ceux-ci je voudrais en citer quelques uns qui nous font penser que la patte de Guy Novès commence à produire ses effets. Cet entraîneur emblématique, qui a porté si haut les couleurs du Stade Toulousain à la fois comme joueur et plus encore comme coach, cherche avant tout des joueurs sachant manier un ballon, et pas seulement des plaqueurs gratteurs qui étaient la religion de ses prédécesseurs. Pour ne prendre qu’un exemple, je voudrais citer un troisième ligne comme Kevin Gourdon, que Clermont n’a pas su garder et qui s’est épanoui à la Rochelle. Ce joueur m’a beaucoup plu parce qu’il semble être extrêmement à l’aise avec un ballon dans les mains…ce qui est quand même une des bases du rugby. Un autre joueur m’a impressionné, Rémi Bonfils, le talonneur. Ce miraculé de la vie, qui aurait pu la perdre dans les attentats de novembre dernier, a fait un excellent match aux dires de tous les observateurs, et a montré qu’il pouvait parfaitement suppléer le capitaine Guirado.

Cela dit, c’est dans les lignes arrière que l’on gagne en richesse, avec l’avènement de deux demis de mêlée extrêmement prometteurs, Serin et Bézy. Ces deux numéros 9 sont de futurs grands cracks, comme le furent tant de demis de mêlée français, Dufau, Danos, Lacroix, Max Barrau, Gallion, Astre, Berbizier et plus près de nous Elissalde. Depuis combien de temps cherchons-nous le successeur d’Elissalde ? Quand je dis cherchons-nous, cela signifie ceux qui aiment le rugby que nous rêvons de voir jouer, et non pas un demi de mêlée uniquement buteur, comme par exemple Parra, qui n’est en aucun cas un grand demi de mêlée, malgré ses multiples sélections. Serin et Bézy sont des avions à réaction, et justement pour mettre en place le jeu que veut imposer Novès on a besoin comme numéro 9 d’avions de chasse, et non comme Parra d’avions à hélices. En outre ces deux grands espoirs du poste sont de bons buteurs, comme ils le prouvent dans leur club respectif. Avec eux le ballon fuse, et ils n’ont pas peur de s’engager à la moindre occasion avec leurs jambes de feu. Tout le contraire de Parra ! Et en plus, nous avons aussi Machenaud, demi de mêlée du RCF, qui reste un excellent numéro 9.

Merci à Guy Novés d’avoir fait confiance à ces jeunes lutins, en regrettant qu’il n’ait pas encore trouvé l’équivalent à l’ouverture, Plisson, comme Doussaint, n’ayant jamais vraiment convaincu au plus haut niveau. Ils ont du talent, mais ni l’un ni l’autre ne semblent avoir l’autorité nécessaire à ce poste pour permettre au XV de France de disposer enfin d’une vraie charnière de niveau international. Cela dit, on peut toujours utiliser Serin en numéro 10, même si son poste de prédilection reste en 9. En tout cas, trouver un grand ouvreur sera un des chantiers de Guy Novès dans les mois à venir, tout comme installer une paire de centres qui tienne la route. Mais avec Fofana, Chavancy, Fickou ou Lamerat, il y a des possibilités, même si finalement nous ne sommes pas si riches à ces postes-là, ce qui est le cas aussi aux ailes et à l’arrière où, toutefois nous disposons d’un remarquable spécialiste avec Dulin.

Voilà quelques considérations sur cette équipe de France, sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoir pour la prochaine Coupe du Monde en 2019. En tout cas, Guy Novès paraît bien décidé à installer dès cette année une équipe en vue de cette échéance , et s’y tenir malgré les aléas du Top 14. C’est comme cela que l’Angleterre fut championne du monde en 2003, et je me dis qu’elle pourrait bien l’être de nouveau dans trois ans, comme en témoignent ses résultats depuis son élimination en phase de poule lors de la dernière Coupe du Monde. J’espère qu’à la fin de la saison prochaine, on pourra en dire autant du XV de France. Après tout, avec sans doute un des XV de France les plus faibles depuis des décennies, le rugby français a failli remporter celle de 2011.

Alors, avec des joueurs ayant plus de classe, notamment aux postes stratégiques, pourquoi n’imiterions-nous pas les Anglais. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a trop d’étrangers dans les clubs, comme certains se complaisent à le ressasser, parce qu’en Angleterre il y a aussi nombre d’étrangers, et les résultats internationaux sont bons quand même. Ah les étrangers, l’obsession des Français, comme on peut le constater en voyant les réactions au départ de Laurent Blanc du PSG et l’intronisation d’Unai Emery. Il n’est même pas en poste que les médias français et les forumers franchouillards descendent méchamment l’ex-entraîneur du FC Séville, alors que son palmarès d’entraîneur est supérieur à celui de toute l’histoire du football français au niveau européen avec le FC Séville. Même J.M. Aulas, c’est-dire, a cru bon de critiquer le limogeage de Blanc. Il est vrai que J.M. Aulas est l’idole de nombre de Français, parce qu’il n’a jamais accepté la domination du PSG version qatari. Qu’il se méfie en plus, car si l’Olympique de Marseille trouve un gros investisseur, c’est la troisième place au mieux qui lui sera promise. Et là les Français détesteront et le PSG et l’OM. Pauvre France !!!

Michel Escatafal


Un très beau week-end de sport, après le décès de Mohammed Ali

Conta froomeAlors que le championnat d’Europe des Nations de football va commencer dans quelques jours, on peut dire que les Bleus sont désormais prêts à entrer dans le vif du sujet, ce qui permettra d’étouffer définitivement les polémiques inutiles instruites par certains anciens joueurs aigris, comme Cantona pour ne pas le citer, qui se croient plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité. Place au sport avec les joueurs choisis par Didier Deschamps, qui dispose quand même d’un effectif très riche, lequel autorise bien des espoirs. En outre, c’est une coutume, quand la France organise une compétition chez elle depuis 1984, elle l’emporte. Ce fut le cas en 1984 (championnat d’Europe) avec Platini, Giresse, Tigana, Bossis et Cie, et ce fut aussi le cas en 1998 (Coupe du Monde), avec pour capitaine…Didier Deschamps.

Autre sujet lié au football, la succession de Laurent Blanc, l’entraîneur du PSG, dont on imagine aisément qu’il ne sera plus à la tête du département technique du club lors de la reprise de l’entraînement dans quelques jours. Certains s’offusquent de le voir payer la piteuse élimination contre Manchester City en ¼ de finale de la Ligue des Champions, mais il a échoué là où il devait réussir, et il est donc normal qu’il en paie la facture. Tout le reste à ce propos n’est que billevesée. Il reste à souhaiter que les dirigeants qataris du club réussissent à faire signer un grand entraîneur, c’est-à-dire un homme qui sache mieux que Laurent Blanc galvaniser ses troupes et, plus généralement, diriger un groupe composé de très grands joueurs. Blanc est un bon entraîneur, qui connaît évidemment très bien son métier, mais il lui manque la grinta et le charisme d’un Mourinho, d’un Simeone ou d’un Unai Emery, les deux derniers étant les favoris à sa succession.

Passons à présent au rugby, dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, et je le regrette, pour évoquer la fin du Top 14 avec l’attribution du titre de champion de France dans deux semaines. Pour ma part, j’aimerais que le Stade Toulousain soit de nouveau champion de France. Le Stade Toulousain, club le plus titré de l’histoire de notre rugby, amateur et professionnel, va cette année réussir quelque chose de grand, j’en suis sûr. Le club entraîné par Mola, Elissalde et Servat n’est pas favori, mais il faudra les battre pour décrocher le Bouclier de Brennus. Attention toutefois au RC Toulon, habitué des finales victorieuses, voire à l’AS Clermont-Ferrand, généralement battue lors de chaque finale disputée.

Un mot de tennis pour saluer la victoire en double des Françaises Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, ce qui est de bonne augure pour les Jeux de Rio, la victoire en simple dames de la jeune espagnole Garbine Muguruza en battant Serena Williams, et le douzième titre en grand chelem de Djokovic. Ce dernier domine son époque comme seuls les très grands l’ont dominée, et il est bien le successeur de Federer, alors que le meilleur joueur de terre battue de l’histoire, Nadal, semble sur une pente qui paraît définitivement descendante. Djokovic réussira-t-il le grand chelem sur lequel tant de joueurs ont échoué depuis 1969 (Rod Laver) ? Peut-être, même si c’est quelque chose de très, très difficile à atteindre. La preuve, seuls Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969) l’ont réalisé, alors que des champions comme Hoad, Borg, Connors, Mac Enroe, Lendl, Sampras ou Federer ont toujours échoué. Certains sont passés tout près comme Hoad en 1956, mais ils n’ont pas réussi. En revanche, il sera peut-être plus facile à Djokovic de dépasser Federer et ses 17 titres, vu son âge et sa domination. Surtout à cause de cette domination, car Federer, par exemple, avait comme adversaire sur terre battue Nadal, vainqueur de 9 Roland-Garros !

Enfin je voudrais parler de vélo, puisque le Dauphiné Libéré a commencé hier par un prologue aussi sympathique qu’original, une course de côte de 3.8 km avec une pente moyenne de 9.7%. Evidemment ce ne pouvait qu’être un crack qui remporte cette étape et ce fut Alberto Contador, le meilleur coureur du nouveau siècle, grand grimpeur devant l’Eternel, devant un surprenant Richie Porte et Chris Froome. Reconnaissons que comme podium, il était difficile de rêver mieux sauf si on considère l’absence de Quintana. En revanche je ne suis pas de ceux qui mettent Nibali au même niveau que Contador, Froome ou Quintana, comme en atteste son dernier Giro, qu’il a certes remporté, mais après avoir été copieusement dominé par Kruijswijk.

Le Néerlandais est un bon coureur, mais c’est loin d’être un fuoriclasse, et sans sa chute il l’eut emporté facilement. Certes une chute fait partie de la course, et certains nous diront qu’il ne sait pas descendre, mais il y a quand même une part de malchance pour le coureur batave qui, hélas pour lui, manquait d’expérience comme leader et plus encore d’une bonne équipe pour s’imposer. D’ailleurs, s’il avait eu plus d’expérience, il n’aurait pris aucun risque dans la descente sachant l’avance de plus de 4 mn qu’il avait sur Nibali. Cela étant Nibali reste un grand champion, sorte de Gimondi ou Nencini de son époque, mais ce Giro manquait quand même de concurrence. A ce propos, je pense que Contador ou Froome ou Quintana auraient dû le courir ce Giro, parce que finalement ils auraient eu moins à s’employer cette année que d’autres pour l’emporter, et auraient pu embrayer sur le Tour.

Cela dit, on ne refera pas l’histoire, mais je maintiens que, même de nos jours, le doublé Giro-Tour est possible à une condition : que la concurrence ne soit pas trop forte, et que le leader ne soit pas trop esseulé. C’est la raison pour laquelle, je suis persuadé que Froome avec sa fantastique équipe Sky, ou encore Quintana avec sa très forte équipe Movistar (Valverde à son service), l’aurait emporté très facilement dans ce dernier Giro. Si Nibali a perdu plus de 2mn sur Kruijswijk dans le c.l.m. en côte de 10.8km, on imagine combien il aurait perdu sur Contador, Quintana ou Froome. Ok, on ne refera pas l’histoire, mais pour moi ce fut un petit Giro, d’autant plus que Landa a été malade au début de l’épreuve. Voilà pour mon commentaire sur le Giro, lequel souffre quand même de plus en plus de l’omniprésence du Tour de France dans les visées des sponsors, et de la montée en puissance de la Vuelta depuis son changement de date en 1995 (victoire de Jalabert).

Alors que se passera-t-il dans ce Dauphiné ? A première vue Contador a toutes les chances de l’emporter, mais Contador a un terrible handicap : son équipe. Heureusement que l’an prochain et en 2018 (bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment ce merveilleux sport qu’est le vélo, il a confirmé qu’il continuait sa carrière) il devrait avoir une meilleure équipe (chez Trek ?) que ces deux dernières années chez Tinkoff. En attendant, c’est la seule faiblesse du Pistolero cette année, puisqu’il semble s’être préparé aussi bien pour ce Tour qu’en 2014 ou en 2009-2010. Il faut simplement lui souhaiter d’arriver en jaune avec ses adversaires dans la dernière montée du parcours de ce Dauphiné, qu’il a perdu en 2014 face à la coalition de ses adversaires. L’histoire se renouvellera-t-elle ? J’espère que non, mais l’essentiel est de voir que la forme est là, et qu’il a bien travaillé cet hiver et au printemps. En tout cas, comme Valverde, le poids des ans ne semble pas avoir de prise sur lui, ce qui montre que ces deux champions ont bien travaillé au cours de leur carrière pour en arriver à obtenir les résultats qui furent et sont encore les leurs.

Un dernier mot enfin sur les Français, en nets progrès depuis quelques années avec la progression de Pinot et de Bardet, mais encore un cran en dessous des meilleurs. Cela étant, je suis rassuré pour Pinot dans la mesure où il semble en constante amélioration dans les contre-la-montre, ce qui signifie que ce coureur a vraiment de la classe. Sera-telle suffisante pour lui faire passer un palier vers les sommets à partir de l’âge de 26-27 ans, un peu comme l’avait fait Louison Bobet en son temps ou même Pingeon ? Nous verrons bien, mais je suis assez confiant, justement parce que Louison Bobet monta sur le podium du Tour en 1950, à l’âge de 25 ans, derrière Kubler et Ockers. Un Tour où il fut favorisé par l’absence de Coppi, Koblet et le retrait de toute l’équipe italienne emmenée par Bartali et Magni à mi-course. Pour sa part, Thibaut Pinot est déjà monté sur le podium du Tour en 2014, à 24 ans, derrière Nibali et Péraud, mais en l’absence dès le début du Tour des deux supers cracks, Froome et Contador. Souhaitons à Pinot de suivre la même trajectoire que Louison Bobet, et les Français tiendront enfin le grand champion qu’ils attendent depuis tellement longtemps.

Michel Escatafal


En rouge et bleu, en rouge et noir…(2)

stade toulousain 2008Partie 2

Je n’évoquerai pas trop longtemps le FC Lourdes, sur lequel j’ai écrit  un article en août 2011 (La plus belle histoire d’amour du rugby français : J. Prat et le F.C. Lourdes) ou encore celui que j’ai mis en ligne en février 2012 (Martine-Maurice Prat, le duo magique du grand F.C. Lourdes). Cela étant les plus anciens n’ont pas oublié cette finale ébouriffante de 1958, où le grand FC Lourdes terrassa le SC Mazamet de Lucien Mias. Jamais peut-être ce FC Lourdais ne fut plus majestueux, pour ne pas dire plus imbattable. Tous les ingrédients étaient réunis pour en faire une finale exceptionnelle, à commencer par la personnalité des deux plus grands capitaines de l’histoire de notre rugby amateur, Jean Prat, appelé par les Britanniques « Monsieur Rugby » et Lucien Mias, « le docteur Pack ». Mais ce match que tout le monde attendait était aussi une confrontation comme les Français les adorent, entre le grand méchant loup qu’était la constellation d’étoiles du FC Lourdes, et l’agneau (loin d’en être un!) qu’était l’équipe mazamétaine, laquelle disposait d’excellents joueurs comme l’ailier Lepatey, les demis Duffaut et Serin, le pilier Manterola, frère du Lourdais, et Aldo Quaglio qui fera une grande carrière internationale à XV et à XIII. La constellation lourdaise était effectivement formée avec des joueurs déjà semi-professionnels (cafetiers, hôteliers, marchands de médailles), ce qui signifie qu’ils s’entraînaient presqu’autant qu’ils le souhaitaient, et qui en plus avaient le goût du rugby récité à la perfection. Enfin ces joueurs étaient les meilleurs à leur poste en France pour la majorité d’entre eux, et peut-être pour certains les meilleurs tout court.

N’oublions pas qu’en 1958, l’équipe de France alla battre les Gallois chez eux à Cardiff (16-6) avec tous les trois-quarts lourdais, Rancoule, M. Prat, Martine, Tarricq, plus l’ouvreur Labazuy, plus les troisièmes lignes Barthe et Domec. Si l’on ajoute à ces joueurs J. Prat, le demi de mêlée F. Labazuy qui n’était pas sélectionnable à cause de son passé treiziste et P. Lacaze, qui allait être un des héros de la tournée en Afrique du Sud, on imagine facilement que jamais le rugby français n’avait connu une aussi forte équipe dans son histoire. En fait, non seulement les Lourdais avaient les meilleurs centres du monde, les meilleurs troisièmes lignes, mais ils se comportaient comme des professionnels, la musculation intensive en moins.

De la musculation le pack de l’AS Béziers des années 70 n’en faisait pas beaucoup par rapport à aujourd’hui, mais c’était le pack le plus surpuissant que l’on ait connu jusque-là. Il allait le prouver plus particulièrement lors de la finale du championnat de France 1978…contre l’AS Montferrandaise, qui allait encaisser un sévère 31-9. Et pourtant il y avait nombre de bons joueurs chez ceux que l’on n’appelait pas encore les « jaunards ». Ils étaient pourtant déterminés à faire tomber l’ogre biterrois qui avait dans ses rangs Cantoni à l’arrière, les demis Cabrol et Astre, la troisième ligne Pesteil, Estève et Saisset, la deuxième ligne Palmié et Sénal et la première ligne formée de Martin, Paco et A. Vaquerin. Cette équipe ressemblait énormément au RC Toulon de nos jours, si l’on ose la comparaison. Toutefois je la mettrais derrière le FC Lourdes, parce que l’apport au XV de France de cette formidable équipe biterroise fut beaucoup plus modeste. Il n’empêche, s’il y avait eu une Coupe d’Europe à l’époque, l’AS Béziers en aurait remporté au moins quatre ou cinq, un peu comme le FC Lourdes deux décennies plus tôt. Voir la lecture aussi de ce que j’ai écrit en septembre 2012 sur l’AS Béziers (L’A.S. Béziers, ancien « grand » du rugby français).

 A présent je vais parler de cette équipe toulousaine de 2008, qui mérite elle aussi de figurer au Panthéon du rugby français. Etait-elle la meilleure formation toulousaine que l’on ait connue jusque-là ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est qu’elle était extraordinairement complète avec un pack d’avants redoutable, que ce soit en troisième ligne (Sowerby, Dusautoir, Bouilhou), en seconde ligne (Pelous, Albacete) ou en première ligne (Human, Servat et Hasan). Mais derrière c’était tout aussi solide et brillant avec Medard ou Poitrenaud à l’arrière, Heymans, Kunavore, Jauzion et Donguy en trois-quart et une paire de demis exceptionnelle composée de J.B. Elissalde, que j’avais qualifié de « Mozart du rugby » et à qui j’avais consacré un article quand il prit sa retraite de joueur en 2011 (J.B. Elissalde, si grand par le talent…), associé à Byron Kelleher, les deux hommes étant sans doute à l’époque les deux meilleurs demis de mêlée de la planète. Et sur le banc des remplaçants il y avait aussi du beau monde avec Millot-Chluski, Lamboley ou Florian Fritz.

Si j’ai fait cette énumération de joueurs c’est d’abord pour constater que nous étions vraiment entrés de plain-pied dans le professionnalisme, avec des Sud-Africains (Sowerby et Human,), des Argentins (Albacete, Hasan), un Fidjien (Kunavore) et bien sûr le All Black Kelleher. Ensuite, c’est pour citer tous les joueurs qui ont battu en finale…l’AS Clermont Auvergne, le finaliste préféré des grandes équipes de rugby, parce qu’à part une fois (Bouclier de Brennus 2010), les « jaunards » ont toujours échoué en finale du championnat de France, du Top 14 ou de la Coupe d’Europe. Ils n’ont d’ailleurs jamais été aussi proches de remporter un titre que cette année-là, battus 20-26 avec deux essais de chaque côté. Mais le Stade Toulousain était une très grande équipe et l’AS Clermont une excellente équipe, ce qu’elle est toujours avec quelques joueurs de grande classe comme l’arrière anglais Abendanon, les trois-quarts français Fofana et Nakaitaci, l’ailier fidjien Nalaga ou encore le seconde ligne irlandais Cudmore, sans oublier les ex-internationaux français Bonnaire et Rougerie, hélas aujourd’hui vieillissants. Du beau monde, mais pas au niveau du Stade Toulousain de 2008 ou du Toulon 2013-2014 (avec Wilkinson) ou 2015.

Michel Escatafal


En rouge et bleu, en rouge et noir…(1)

ToulonPartie 1

Alors que le football français est en train de se ridiculiser, avec les sorties de J.M. Aulas qui veut récupérer un titre de champion de France par tous les moyens, y compris en enfonçant un autre club professionnel, le RC Lens, la France du rugby est en train de vivre son âge d’or au niveau des clubs. Et pour cause, une nouvelle fois un club français, le RC Toulon, vient de remporter la Coupe d’Europe, qui plus est en battant  en finale un autre club français, l’AS Clermont-Auvergne (déjà battue en 2013). C’est quand même la quatrième fois depuis 2010 (Stade Toulousain) que cette compétition continentale enregistre un succès français, ce qui suffit à démontrer que notre Top 14 est bien au sommet du rugby de club en Europe, et sans doute dans le monde. D’ailleurs, si l’on regarde le palmarès depuis sa première édition en 1996, on s’aperçoit que les clubs français l’ont emporté à 8 reprises contre 6 à l’Angleterre et 6 aux franchises provinciales irlandaises. Ces huit victoires ont été remportées par 3 clubs, à savoir le CA Brive (1997), dont c’est le seul vrai titre de gloire, le Stade Toulousain (1996, 2003, 2005 et 2010) et le RC Toulon ces trois dernières années, exploit unique dans les annales.

Bravo donc au RC Toulon de Mourad Boudjellal, qui vient de réussir un triplé retentissant, et bravo aussi aux valeureux Auvergnats de Clermont (club autrefois appelé AS Montferrand), qui n’ont pas démérité et qui ont cru en leurs chances jusqu’au bout, même s’il faut bien admettre qu’ils ont été dominés par leurs vainqueurs. Des vainqueurs que nombre de crétins qualifient de « mercenaires », parce que dans l’effectif du RC Toulon il y a nombre de joueurs d’origine étrangère (Néo-Zélandais, Australiens, Sud-Africains, Anglais, Gallois, Ecossais, Fidjiens, Argentins, Italiens, Géorgiens), soit autant que de joueurs français dans l’effectif global. Mais quand il s’agit de jouer des matches à élimination directe, la proportion de joueurs étrangers est infiniment plus importante, puisque dans la finale de samedi à Twickenham il y avait 14 joueurs étrangers contre 7 français. C’est quelque chose d’insupportable aux yeux de soi-disant amateurs de rugby, qui n’ont toujours pas compris que la professionnalisation du rugby est aujourd’hui bien réelle, et que l’on n’y peut rien changer.

Pour ce qui me concerne, je ne boude pas mon plaisir, et tant pis si les champions d’Europe s’appellent Halpfenny, Mitchell, Hernandez, Wulf, Habana, Giteau, Masoe, Armitage, Smith, Fernandez-Lobbe, Williams, Botha, Hayman ou Chilachava. Pour les franchouillards, il restait quand même Bastareaud, Tillous-Borde, Taofifenua, Guirado, Orioli, Chiocci et Menini. On notera au passage que lesdits « mercenaires » ne sont pas n’importe qui, parce qu’ils sont tous internationaux dans leur pays, au même titre que les Français, et qu’il y a parmi eux des champions du monde comme Habana, Juan Smith et Botha (Afrique du Sud), ou encore comme Hayman et Williams (Nouvelle-Zélande). Bref du très beau monde pour pouvoir composer une fantastique équipe, dont certains affirment qu’elle est la plus belle équipe de club de l’histoire. Est-ce vraiment le cas ?

D’abord je vais répondre qu’il est impossible de comparer des équipes à des époques différentes, et ceux qui connaissent le rugby pour l’avoir pratiqué, savent bien que ce n’est plus le même jeu qu’il y a 20, 40 ou 60 ans. Pour autant les bases sont les mêmes, comme la forme du ballon, et j’ai la faiblesse de croire que les artistes des années 1950 ou 60 avaient autant de rugby dans les veines que ceux d’aujourd’hui. La principale différence, en plus des règles, c’est que de nos jours les jeunes gens sont plus grands, plus forts physiquement et qu’ils courent plus vite. Normal me direz-vous quand on sait qu’en 1954 le record du monde du 100m était de 10s2 (manuel) donc autour de 10s40 électrique, alors qu’aujourd’hui il est de 9s58. En outre le rugby est aujourd’hui un sport professionnel, avec tout ce que cela comporte, notamment le fait que les joueurs ne fassent que ça, sans parler des séances de musculation intenses qui n’ont rien à voir avec les muscles acquis par nos anciens piliers dans les travaux des champs.

 Toutefois il n’est pas inintéressant de s’essayer à cette comparaison, comme a voulu le faire l’Equipe sur son site web. Pour ma part je comparerais le Toulon 2013 à 2015 au FC Lourdes des années 50, au Béziers de la décennie 70 et au Stade Toulousain 2008. C’est subjectif, mais j’assume mon choix, même si on aurait pu choisir le SU Agen des années 1962, 1965 ou 1966 avec ses Dehez, Razat, Hiquet, Lacroix, Zani, Sitjar, Fort, Lasserre ou Malbet, une équipe qui comptait dans ses rangs un étranger, italien, Franco Zani, sans doute le meilleur troisième ligne centre du monde à cette époque. Une équipe aussi capable d’offrir une sarabande d’offensives, au point que les Britanniques tressèrent des lauriers au rugby français et à son championnat, qui pouvait offrir un aussi magnifique spectacle que celui de la finale SU Agen-AS Béziers en finale du championnat de France 1962 (14-11), ou celui de la finale 1965 contre le CA Brive (15-8). A ce propos, on pourrait rappeler à J.M. Aulas une anecdote relative à cette finale, que n’aurait jamais dû jouer le seconde ligne briviste Normand, expulsé en demi-finales contre le Stade-Montois, et qui fut requalifié par le président de la FFR, Jean Delbert…pour ne pas diminuer les chances du CA Brive. Le président du SU Agen de l’époque, futur président de la FFR, n’y trouva rien à redire et ne s’adressa pas au CNOSF pour récupérer le titre perdu sur le terrain. Pauvre JM Aulas qui n’accepte pas que le PSG soit tellement plus riche que son Olympique Lyonnais!!!

Fermons cette parenthèse burlesque pour revenir au sport, au vrai, pour dire aussi qu’on pourrait comparer ce Toulon de Mourad Bodjellal au Stade Toulousain de 1989 qui battit en finale le…RC Toulon à l’issue d’un match d’anthologie, avec notamment cet essai de 90 mètres suite à une pénalité jouée à la main par Rougé-Thomas, lequel donna à Cigagna. Mal replacés, les joueurs toulonnais furent surpris. La balle arriva dans les mains du « magicien » Codorniou, qui fit un impeccable cadrage pour Charvet, lequel, après une course folle, marqua  un de ces essais qui ont fait la légende de ce sport, un essai dont tous ceux qui ont vu le match, au Parc des Princes ou à la télévision, se rappellent encore. Quelle accélération de Charvet flanqué à ses côtés de Rancoule, fils de l’ailier lourdais des années 50 ! Et oui, on en parle encore, comme on parlera longtemps de l’essai de Mitchell samedi dernier. Dans cette équipe toulousaine il y avait aussi J. Cazalbou, Janik, Cigagna, Cadieu, Morin, Soula et les frères piliers Portolan, de quoi composer une très belle équipe.

Michel Escatafal


J.B. Elissalde, si grand par le talent…

Depuis que j’ai foulé pour la première fois un terrain de rugby avec le ballon dans les mains, à la fin des années 50, j’ai toujours eu une admiration sans bornes pour les joueurs qui étaient « rugby » jusqu’au bout des ongles.  Et parmi ceux-ci il y en a un pour qui j’ai eu beaucoup d’admiration pendant  quelques années, Jean-Baptiste Elissalde, que je me représentais en « Mozart du rugby ». Je l’avais baptisé ainsi après un match de Coupe d’Europe remporté contre Cardiff (en 2008) où il avait éclaboussé le match de toute sa classe. Aujourd’hui J.B. Elissalde n’est plus joueur puisqu’il a arrêté sa carrière l’an passé à moins de 33 ans, ce qui n’est certes pas un âge canonique, mais qui est largement suffisant pour rencontrer des problèmes physiques à répétition après une carrière très bien remplie, riche de nombreux titres. En fait pour que celle-ci eût été parfaite, il aurait fallu que l’équipe de France remportât la Coupe du Monde 2007…qui était largement à sa portée, avec J.B. Elissalde à la baguette.

A ce propos,  j’ai toujours pensé que ce sont les années 2007 et 2008 qui l’ont vraiment atteint physiquement, dans la mesure où il a participé à une dizaine de matches internationaux en 2007, et où comme plusieurs autres joueurs ayant disputé l’intégralité ou presque de la Coupe du Monde, il a embrayé immédiatement sur une saison de compétition très lourde, puisque le Stade Toulousain a été cette année-là en finale de la Coupe d’Europe et a remporté le championnat de France. Presque 12 mois de compétition ou de préparation non-stop ! C’était sans doute trop pour J.B. Elissalde, comme pour d’autres qui eux aussi ont payé très cher cette débauche d’efforts. En tout cas depuis la fin de la saison 2007-2008, J.B.E. a accumulé les pépins physiques, ce qui l’a empêché de s’exprimer sur le terrain comme son immense classe naturelle l’y aurait  autorisé.

Toutefois même s’il ne joue plus, il n’a pas quitté le rugby pour autant, puisqu’il est devenu l’entraîneur des lignes arrières du  Stade Toulousain. Nul doute qu’il réussira dans ces fonctions, le jeune homme ayant  tous les atouts pour occuper une fonction de ce type. Sur ce plan il me fait penser à Jacques Fouroux, autre demi de mêlée et capitaine emblématique de l’équipe de France de 1977, à l’époque la meilleure du monde, devenu par la suite l’entraîneur de l’équipe qui réussit à se hisser en finale de la première Coupe du monde en 1987. Cela dit par rapport à Fouroux, et ce n’est pas trahir sa mémoire, J.B. Elissalde aura été un joueur exceptionnel, capable de jouer avec le même bonheur à l’ouverture ou à la mêlée, et de surcroît remarquable buteur. Cette polyvalence lui a permis de se relever  facilement du coup sur la tête que lui ont infligé ses dirigeants quand ils ont recruté, l’été 2007, Byron Kelleher, le demi de mêlée des All Blacks.

Dire qu’il en était satisfait à l’époque serait exagéré, mais un joueur de son calibre se doit d’être fort dans sa tête. Et il l’a été puisqu’il s’est repositionné tout naturellement au poste de ses débuts, demi d’ouverture, au point que nous sommes nombreux à avoir pensé que les dirigeants  toulousains  avaient cette idée derrière la tête quand ils ont recruté Kelleher.  En tout cas il a bien fait d’entamer sans maugréer cette seconde carrière, puisque ses dirigeants lui ont offert une place dans le staff technique du club le mieux structuré en France et en Europe. Il pourra faire profiter les joueurs qu’il aura sous sa coupe de sa science du rugby, car dans ce domaine personne ne lui était supérieur.

Et puisque j’évoque de nouveau ses qualités, je voudrais souligner encore une fois que ce fils et petit-fils d’international aura été pour nombre de jeunes, un exemple, ne serait-ce qu’en raison de son gabarit aujourd’hui hors-normes (1,72m et 73 kg). A ce propos, comme par exemple Shane Williams (l’ailier gallois), J.B. Elissalde a démontré que l’on n’a pas besoin d’être une « armoire à glace », comme on en trouve de plus en plus sur les terrains de jeu, pour devenir un super joueur, ce qui redonne au rugby  une représentation élargie notamment pour les jeunes attirés par ce sport merveilleux.  Mais d’après ce que j’en sais, c’était aussi à la fois un meneur d’hommes et un bon camarade pour ses coéquipiers, autant de qualités qui ne peuvent que l’aider dans ses nouvelles fonctions. Enfin il donnait aussi une image flatteuse du rugby à chacune de ses interventions hors du terrain, les journalistes ayant manifestement plaisir à l’avoir comme interlocuteur.

Bref, Jean-Baptiste Elissalde c’était la grande classe, et pas seulement pour la fluidité, la vivacité ou la gestuelle du joueur. Bien sûr tous ceux qui l’ont admiré garderont un trait particulier de son jeu, et feront la comparaison avec ceux qui vont lui succéder. Pour ma part,  je garderais surtout comme souvenir ses « chistéras » d’une longueur incroyable, ou encore cette façon unique qu’il avait de déposer le ballon au pied là où il le voulait. On avait l’impression qu’il lançait le ballon avec la main tellement c’était précis. Et si je ne devais garder qu’un fait de jeu en mémoire, ce serait son superbe placage sur Evans qui filait à l’essai entre les poteaux, ce qui aurait condamné les Bleus dans son match de ¼ finale contre la Nouvelle-Zélande en Coupe du Monde à Cardiff (2007).  Au lieu de cela, deux minutes après Jauzion marquait un essai pour l’équipe de France… transformé par Elissalde. Bravo l’artiste et merci !

Michel Escatafal