L’AS Monaco fait partie de la grande histoire du football français

AS MonacoCette fois c’est fait, le PSG a un entraîneur, et ce sera Laurent Blanc. Si hier je n’en ai pas parlé, c’est tout simplement que je pensais plutôt à Makelele pour un entraîneur français, en notant toutefois que Laurent Blanc a déjà entraîné les Girondins de Bordeaux et l’équipe de France. Au passage, j’observe encore une fois la bêtise de nombre de forumers, lesquels après s’être mis en rage quand Ancelotti a remplacé Kombouaré (début 2012) en sont aujourd’hui à pleurer le départ du technicien italien. Mais qu’a fait Ancelotti avec un effectif de très grande qualité ? Un titre de champion de France et un quart de finale de Ligue des Champions…exactement le même bilan que Laurent Blanc à Bordeaux, avec un effectif sans commune mesure avec celui du PSG version 2012-2013. Blanc n’avait pas à Bordeaux, et de très loin, l’équivalent de Thiago Silva, Thiago Motta, Pastore, Lucas, Ibrahimovic, Lavezzi ou Menez. Quant à son bilan avec l’équipe de France, il a été plus qu’honorable jusqu’en quart de finale du Championnat d’Europe des Nations (battu par l’Espagne vainqueur de l’épreuve). J’observe également que Ferguson avait pensé à lui pour lui succéder, louant ses qualités. Enfin, je voudrais rappeler qu’avant d’être entraîneur, ce fut un des meilleurs joueurs du monde à son époque, avec un palmarès dont peu de footballeurs peuvent se prévaloir.

Cela va occulter pendant quelque temps la polémique ridicule qu’ont déclenchée la plupart des dirigeants des clubs français, et qui suscite beaucoup plus l’inquiétude de ceux qui savent réagir froidement aux évènements. En effet, au moment où la France est en train de faire la une des journaux étrangers parlant de sport et de football avec des transferts à sensation (Falcao, Rodriguez et Moutinho), la Ligue de football professionnel veut que l’AS Monaco ait son siège en France, afin que le club de la principauté, détenu par un milliardaire russe, soit soumis aux mêmes charges que les clubs français. Chose curieuse, quand l’AS Monaco est descendu en deuxième division, et a même failli tomber en National, cet avantage monégasque ne gênait personne, et pas davantage non plus quand, en 2004, l’équipe alors entraînée par Didier Deschamps alla jusqu’en finale de la Ligue des Champions. Alors pourquoi cette soudaine envie de mettre des bâtons dans les roues à Monaco ?

En fait cette affaire ne trompe personne, dans la mesure où chacun sait bien que c’est l’accession à la Ligue des Champions qui est en jeu. Or, justement, compte tenu du fait qu’une place est quasiment réservée au PSG, et que l’indice UEFA de la France ne cesse de baisser, il ne resterait plus qu’une place à pourvoir…qui échoirait à l’AS Monaco. Du coup, les autres clubs de Ligue 1 se battraient uniquement pour obtenir le droit de participer aux préliminaires de cette épreuve ou à la Ligue Europa, peu rémunératrice. Et surtout qu’on ne vienne pas nous dire que ce n’est pas le motif de cette fronde anti monégasque, car nous ne le croirions pas. Décidément notre pays est vraiment particulier, surtout si l’on songe que cette montée en puissance de l’AS Monaco ne peut qu’être un plus pour le football français, notamment en termes de visibilité à l’étranger ce qui, in fine, ne peut que profiter à tous les autres clubs dans la mesure où cela fera augmenter les recettes des droits télévisés.

Passons sur ces péripéties minables, car il n’y a pas d’autres mots, avec notamment le possible boycott des autres clubs de Ligue 1, pour évoquer à présent l’histoire de l’AS Monaco, je devrais dire plutôt la riche histoire de ce club parmi les plus brillants que nous ayons eu. Sept titres de champion de France en 1961, 1963, 1978, 1982, 1988, 1997 et 2000, plus quatre Coupes de France en 1963 (doublé), 1980, 1985 et 1991, sans oublier la Coupe de la Ligue en 2003. Et sur le plan européen, ce n’est pas mal non plus, puisque l’AS Monaco a été, à deux reprises, finaliste d’une coupe européenne, d’abord en 1992 de feu la Coupe des Coupes, et en 2004 de la Ligue des Champions. Et oui, quel palmarès, avantages fiscaux ou pas!

Parlons d’abord de ce qui fut sans doute la plus belle période de l’ASM, c’est-à-dire le début des années 60. En fait, Monaco a pris le relais du grand Stade de Reims, déclinant au début des années 60. Et un joueur symbolisa parfaitement cette passation de pouvoirs, puisqu’il a connu la grande époque rémoise du président Germain, et l’épopée monégasque qui lui succéda. Ce joueur, qui fera parler de lui plus tard en devenant le premier sélectionneur à avoir remporté un titre avec l’équipe de France (champion d’Europe des Nations en 1984), était Michel Hidalgo. C’est même lui qui marqua de la tête le but qui aurait pu être celui de la victoire, lors de la première finale de la Coupe d’Europe, en 1956, Reims menant 3-2 à moins d’une demi-heure de la fin. Et c’est l’année suivante qu’Hidalgo arriva à l’AS Monaco, pour faire partie d’une équipe très brillante entraînée par Lucien Leduc, un entraîneur qui a la particularité d’avoir été viré de son poste alors que son équipe était en tête du championnat avec sept  points d’avance (O.M. en 1972). Depuis cette date, la même mésaventure est arrivée à Antoine Kombouaré, l’an passé avec le PSG.

Fermons la parenthèse pour noter que cette équipe de l’AS Monaco du début des années 60, avait dans ses rangs, outre Michel Hidalgo, des joueurs de grand talent comme les arrières Novak, Casolari et Artelesa, le demi Biancheri, et les attaquants Douis, Hess, Djibrill, Cossou, Théo, Roy et le Hollandais Carlier. Quelle belle équipe, et en plus elle offrait un spectacle de grande qualité, tout comme le grand Stade de Reims de Jonquet, Penverne, Kopa, Piantoni, Fontaine et Vincent. Seule ombre au tableau, cette magnifique équipe monégasque n’arrivera pas à s’imposer sur le plan européen, malgré un effectif comprenant des joueurs de grande classe. Il est vrai qu’en 1964, c’est le vainqueur de l’épreuve, le grand Inter de Milan d’Helenio Herrera, qui élimina l’AS Monaco en huitième de finales.

Ensuite il faudra attendre une quinzaine d’années pour retrouver l’AS Monaco au sommet, très exactement en 1978, les Monégasques réussissant un exploit rarissime, à savoir remporter le titre de champion après avoir été champion de deuxième division l’année précédente. Cette formation comptait dans ses rangs le gardien Ettori, les arrières Vanucci, Gardon, Courbis, les demis Moisan et J. Petit, et des attaquants comme Dalger et le Franco-Argentin Noguès qui entouraient l’Italo-Argentin Delio Onnis, qui sera le meilleur buteur de l’histoire du club avec 223 buts (429 buts pendant toute sa carrière). A noter que l’entraîneur de cette équipe était de nouveau Lucien Leduc, véritable porte-bonheur du club.

C’est un de ses adjoints, Gérard Banide, qui sera l’entraîneur de l’équipe qui remportera le quatrième titre de l’histoire du club en 1982, avec des joueurs dont on allait beaucoup parler d’abord lors de la Coupe du Monde en Espagne en 1982 et au championnat d’Europe 1984, à savoir Ettori toujours là, mais aussi Amoros, Bellone, ou encore Bijotat, meneur de jeu de l’équipe de France vainqueur des J.O. en 1984. Un peu plus tard ce sera l’époque où l’entraîneur s’appelait Arsène Wenger, l’homme que tout le monde attend sur le banc du PSG l’an prochain, cause du refus, nous dit-on, de tous les entraîneurs de renom qui ont été contactés par le club parisien. Wenger sera entraîneur entre 1987 et 1995, période pendant laquelle l’AS Monaco devint champion de France en 1988 et gagna la Coupe de France en 1991, ce qui lui permit de disputer la Coupe des Coupes en 1991-1992, et d’arriver en finale (victoire du Werder Brême) de cette épreuve aujourd’hui disparue. Cette équipe comprenait évidemment nombre de joueurs de grande qualité, avec toujours Ettori dans les buts, mais aussi des défenseurs comme Sonor et Mendy, des milieux comme Rui Barros, Dib, Passi et le jeune Youri Djorkaeff (champion du monde en 1998), et en attaque un futur Ballon d’Or (sous les couleurs de l’AC Milan, Georges Weah.

En 1997, l’AS Monaco retrouve la première place en France avec Jean Tigana aux commandes. Cette équipe de 1997 avait la particularité d’être très jeune, et de compter dans ses rangs pas moins de quatre futurs champions du monde 1998 et d’Europe 2000, Fabien Barthez, Thierry Henry, Emmanuel Petit et David Trezeguet, auxquels il fallait ajouter Benarbia, Anderson, Ikpeba, Scifo, Collins et Di Meco, qui avait gagné la Ligue des Champions avec l’OM en 1993. Très belle équipe en vérité, qui, avec l’apport de Willy Sagnol et avec un duo d’attaquants Henry-Trezeguet, allait parvenir jusqu’en demi-finale de la Ligue des Champions, éliminée par la Juventus de Zidane. Trois ans plus tard, en 2000, l’AS Monaco allait de nouveau devenir champion de France, avec comme entraîneur Claude Puel, joueur emblématique du club par sa fidélité (601 matches joués). Ce sera le dernier titre de l’ASM, mais on n’omettra pas de signaler qu’en 2004, comme je l’ai évoqué précédemment, l’AS Monaco entraînée par Didier Deschamps, avec des joueurs comme Roma le gardien, Givet, Rodriguez, Evra, Bernardi, Giuly, Rothen et l’ancien joueur du Real Morientes, a fait un parcours extraordinaire en Ligue des Champions en éliminant successivement le Lokomotiv de Moscou, puis le Real Madrid et enfin Chelsea, avant de s’incliner en finale contre le F.C. Porto (3-0). Ce sera le chant du cygne du club de la Principauté, en attendant que celui-ci retrouve tout son lustre…s’il est autorisé à disputer le championnat.

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 3 (football)

Compte tenu de son universalité, le football a évidemment recelé nombre de très grands joueurs ayant un pied gauche magique. Le choix est tellement important qu’on ne peut l’illustrer qu’à travers des joueurs qui nous ont marqué pour une raison ou un autre, et qui ne sont pas nécessairement les meilleurs. J’ai déjà évoqué le nom à plusieurs reprises de certains d’entre eux, notamment le Hongrois Puskas, l’Anglais Bobby Charlton,  le Brésilien Rivélino, l’Argentin Maradona et Lionel Messi. J’y ajouterai l’Italien Riva, et deux joueurs français qui furent eux aussi parmi les meilleurs que notre pays ait connus, le Nancéien et Rémois Piantoni et le Monégasque Théodore Szkudlapski, dit Théo.

Que dire de plus sur Puskas que je n’ai déjà dit, sauf pour rappeler une fois de plus qu’il a fait partie à la fois d’une des plus grandes équipes nationalles de tous les temps, la grande équipe de Hongrie des années 50, et qu’il a opéré dans ce que certains considèrent comme la meilleure équipe de club de l’histoire, le Real Madrid de la fin des années 50, avec comme partenaires Di Stefano, Kopa, Gento, Zarraga ou Santamaria. Cela suffit comme carte de visite, surtout si l’on ajoute que les statistiques personnelles de Puskas (625 buts pour 631 matches en club plus 84 buts en 89 sélections nationales) n’ont pas d’équivalent en dehors de Pelé.  Le Major galopant, comme on appelait Ferenc Puskas, appartient vraiment, grâce à son pied gauche exceptionnel, au Panthéon des footballeurs, et on peut même dire aux toutes premières places.

On dira la même chose d’un autre footballeur au pied gauche magique, l’Anglais Bobby Charlton. Son histoire est vraiment hors du commun, puisqu’il a fait partie des rescapés de la catastrophe aérienne de Munich qui avait décimé le 6 février 1958 l’équipe de Manchester United, une équipe dont tout le monde à l’époque disait qu’elle serait irrésistible, compte tenu du jeune âge et de la qualité des joueurs qui la composaient.  Et c’est lui qui allait permettre à son club de toujours, de se reconstituer et de redevenir ce qu’il était avant cette catastrophe. La preuve, en 1968, Manchester United remportera sa première Coupe d’Europe des clubs champions avec à sa tête Bobby Charlton. Mais avant cela, il sera la plaque tournante de l’équipe d’Angleterre vainqueur (chez elle) de la Coupe du Monde 1966.  Jamais d’ailleurs dans sa longue carrière Bobby Charlton ne sera aussi brillant que pendant cette Coupe du Monde, je dirais même « sa Coupe du Monde », ce qui lui vaudra d’obtenir à la fin de l’année un Ballon d’Or bien mérité pour l’ensemble de son oeuvre, puisqu’il fut aussi 3 fois champion d’Angleterre (1957, 1965 et 1967) et vainqueur de la Cup (1963), sans oublier ses 106 sélections en équipe d’Angleterre (49 buts).

Tous ceux qui s’intéressaient au football à son époque se rappellent de Bobby Charlton, de ses chevauchées souvent irrésistibles avec sa mèche de cheveux, censée masquer une calvitie déjà très prononcée, partant dans tous les sens. Il avait tout pour lui sur le plan du football, son pied gauche lui permettant d’avoir une maîtrise exceptionnelle du ballon, que ce soit pour dribbler un adversaire, pour faire bénéficier ses partenaires de longues ouvertures millimétrées, ou pour placer des tirs à longue distance. Mais c’était aussi un athlète, à la fois rapide et puissant, capable d’accélérations meurtrières. En somme un footballeur complet et brillant, comme l’Angleterre n’en a jamais eu d’autre de ce niveau.

Moins connu sans doute que Puskas et Bobby Charlton, mais doté lui aussi d’un pied gauche magique, Rivelino fut un des meilleurs joueurs de la meilleure équipe du Brésil de l’histoire, et un des équipiers préférés de Pelé lui-même. Son pied gauche, remarquable, lui permettait de manier le ballon à sa guise, d’être un redoutable dribbleur comme savent l’être souvent les Brésiliens, mais sa réputation il la doit surtout à l’extraordinaire puissance de ses coups-francs, véritables coups de fusil qu’il frappait avec très peu d’élan et qu’il mettait là où il le voulait. Après avoir joué aux Corinthians pendant presque dix ans, puis à Fluminense entre 1974 et 1978, il finira sa carrière en Arabie Saoudite (Al Hilal), pays qui sera celui où il se montrera le plus prolifique quant au ratio entre les buts marqués et le nombre de matches joués. Il est vrai que, même en fin de carrière, un joueur de sa qualité ne pouvait que « flamber » dans un championnat qui était encore loin des standards européens ou sud-américains. Il totalisera 92 sélections dans l’équipe du Brésil, avec laquelle il aura été champion du monde en 1970 au Mexique.

A cette même Coupe du Monde, en finale de la compétition, Rivelino avait face à lui un autre très grand joueur, gaucher comme lui, un des meilleurs avants de pointe qu’ait connu la Squadra Azzura, Luigi Riva plus communément appelé Gigi Riva. Lui aussi n’a pas la réputation que son talent et sa classe mériteraient, parce qu’il fut fidèle toute sa carrière au même club, l’équipe de Cagliari. Et pourtant il était né à Leggiuno, dans la région de Varèse, donc au Nord de l’Italie, mais cela ne l’a pas empêché de devenir l’emblème du club sarde qu’il a conduit au titre de champion d’Italie (saison 1969-1970). C’était un formidable attaquant, grand buteur devant l’éternel, qui a été trois fois meilleur buteur du championnat d’Italie entre 1966 et 1970. C’est aussi, encore à ce jour, le meilleur buteur de la Squadra Azzura avec 35 buts marqués en 42 sélections, ce qui le rapproche des tous meilleurs joueurs, toutes époques confondues.

Enfin, il fut des principaux animateurs de l’équipe d’Italie qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1968 (il ouvrit le score lors du match décisif en finale contre la Yougoslavie), et qui parvint en finale de la Coupe du Monde 1970.  Bref, un très grand joueur qui mérite de figurer dans le Gotha des meilleurs footballeurs du vingtième siècle, mais qui subit le handicap  toute sa carrière de n’avoir pas appartenu à un club comme la Juventus ou les deux Milan. Cela ne lui a pas permis, notamment, d’obtenir un Ballon d’Or qui s’est toujours refusé à lui …faute d’exposition suffisante. Certes, il n’est pas le seul crack à ne pas avoir gagné cette consécration individuelle, puisque Puskas ne l’a pas obtenue non plus, mais ce n’est pas une raison pour ne pas souligner cette anomalie.

Tout à fait naturellement, il n’est pas possible d’évoquer des footballeurs gauchers de génie sans citer les noms de Maradona et de Messi. J’ai parlé longuement d’eux dans un article précédent, intitulé de Di Stefano (Real Madrid)  à Messi (F.C. Barcelone), et c’est la raison pour laquelle je ne vais pas en rajouter, sauf pour noter que Messi est en train d’améliorer son ratio entre les buts marqués en sélection et les matches joués (31 buts en 74 sélections), au point de se situer largement devant Maradona (35 buts en 91 sélections). Il est vrai qu’il atteint à présent l’âge de la complète maturité (25 ans) et qu’il se comporte de plus en plus en patron, comme dans son club de toujours, le Barça.  Et cela promet pour la Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil dans moins de deux ans, seul moyen pour Messi de vraiment dépasser son aîné, qui a mené son équipe au titre mondial en 1986, avec l’aide de Dieu si l’on en croit le Pibe de Oro, surnom de Maradona. En tout cas, Dieu lui a donné une main gauche de qualité, surtout quand on voit comment il a boxé le ballon pour devancer le gardien de l’équipe d’Angleterre (Shilton), et envoyer l’Argentine en demi-finale de cette Coupe du Monde.

Enfin, pour terminer cette galerie de portraits, je veux aussi insister sur le fait qu’il y a eu aussi dans notre pays des gauchers de très grand talent. Je n’en citerai que deux, mais si je parle d’eux c’est parce qu’on les a en partie ou totalement oublié. Le premier c’est Roger Piantoni, une des grandes gloires de la décennie 50 et même du début 60, qui fit partie intégrante de la grande équipe du Stade de Reims, après avoir porté pendant sept ans les couleurs du FC Nancy, ville proche de son lieu de naissance, Etain dans la Meuse…où naquit Michel Vannier. Et oui, cette commune de moins de 4000 habitants a donné au sport français deux merveilleux gauchers dans les deux sports collectifs les plus médiatisés chez nous. Fermons la parenthèse pour noter que Piantoni, triple champion de France avec le Stade de Reims (entre 1958 et 1962), vainqueur de la Coupe de France 1958), finaliste de Coupe d’Europe 1959, a aussi été meilleur buteur du championnat en 1951 (avec Nancy) et dix ans plus tard avec le Stade de Reims, en marquant chaque fois 28 buts. Ce joueur, petit par la taille mais grand par le talent, était un remarquable technicien et avait de la foudre dans son pied gauche. Cela lui a permis de marquer 256 buts en 485 matches de championnat et 18 buts en équipe de France en 37 sélections. C’est lui notamment qui marqua le second but lors de la demi-finale de la Coupe du Monde 1958 contre le Brésil, trompant Gilmar d’un tir terrible de 25 mètres, pour ramener le score à des proportions un peu plus en rapport avec la valeur réelle des deux équipes (5-2 pour le Brésil), l’équipe de France jouant à dix toute la seconde mi-temps.

Enfin, comment a-t-on pu oublier cet extraordinaire technicien gaucher que fut Théodore Szkudlapski, dit Théo. Ce pur gaucher, fils de mineur polonais comme Kopa, à qui tout le monde à l’époque reprochait sa lenteur, était en réalité un accélérateur de jeu comme rarement nous en avons eu dans notre football. Ses dribbles étaient d’une aisance folle, comme sa conduite de balle, sans parler de sa capacité à alerter un partenaire d’une manière extrêmement précise par une passe de 30 ou 40 mètres. Il n’y avait aucun déchet dans le jeu de Théo, qui avait en plus dans sa panoplie une frappe très lourde. On retiendra de lui qu’il fut le meneur de jeu de la grande équipe de l’AS Monaco, avec Leduc comme entraîneur et des joueurs comme Artelesa, Casolari, Novak, Biancheri, Michel Hidalgo, Yvon Douis, Hess, Djibrill et Lucien Cossou. Rarement une équipe française a pratiqué un jeu offensif de cette qualité, et, avec Théo à la baguette, le club de la principauté fera le doublé en 1963 (Coupe-Championnat) et  remportera le titre de champion en 1961.  Reste un mystère que nombre de fans de football n’ont pas compris : Théo ne compta que deux sélections en équipe de France (en 1962 et 1963). Les voies des sélectionneurs étaient vraiment impénétrables, d’autant que Théo savait aussi marquer des buts (102 en 461 matches officiels). Dommage pour l’équipe de France, peu brillante à cette époque, et tant mieux pour l’AS Monaco!

Michel Escatafal