Nos rugbymen pourraient devenir des héros en 2015, y compris ceux qui sont nés à l’étranger

K et SAvant de parler rugby, je voudrais souligner une fois encore combien le monde du sport est plein de contradictions. Si j’écris cela c’est parce que je viens de lire sur différents sites que si Angel Di Maria n’a pas signé cet été au Paris Saint-Germain, c’est tout simplement parce qu’il lui était interdit de recruter un autre joueur après l’achat de David Luiz. C’est donc bien ce fameux et ridicule fair-play financier qui a empêché le PSG de se renforcer comme il l’aurait souhaité, pendant que le Real Madrid, le FC Barcelone ou plus encore Manchester United dépensaient des sommes folles pour se renforcer…malgré un niveau de dettes considérable, alors que le PSG n’en a pas. Et après certains nous expliqueront que le fair-play financier est une bonne chose, ce qui est vrai…pour empêcher les clubs ayant des actionnaires richissimes de concurrencer les clubs historiques, lesquels ne veulent pas partager le gâteau qui est le leur depuis des décennies. Il sera amusant de voir le résultat de la plainte formulée par certaines associations auprès du tribunal de première instance de Bruxelles, dont on ne voit pas comment il pourrait entériner ce fair-play financier tel qu’il est. Après tout, comment empêcher des gens qui ont de l’argent de l’investir dans le football…comme d’autres l’ont fait quelques années auparavant ? Ce serait d’autant plus curieux qu’en Europe on ne parle que de concurrence en matière économique. Pourquoi ce qui est valable partout, y compris pour le rail, l’eau ou l’énergie, ne le serait pas pour le football ?

Fermons cette introduction sur l’économie du sport pour parler à présent de rugby, ce que je n’avais pas fait depuis un certain temps. Il est vrai que depuis plusieurs années notre équipe de France n’avait pas de quoi enthousiasmer les foules tant au niveau des résultats que de la manière dont elle s’y prenait pour essayer de gagner ses matches, ce qui n’arrivait que très rarement face aux grandes nations du rugby. Or hier soir le XV de France a battu un des ténors du rugby mondial, deux fois vainqueur de la Coupe du Monde (1991 et 1999) et finaliste en 2003. Cette performance est d’autant plus méritoire que les joueurs français ont non seulement gagné, mais aussi réussi des actions offensives auxquelles nous n’étions plus habitués, ce qui a cloué le bec de ceux qui prétendaient que la victoire contre les Fidji (40-15) ne signifie rien, alors que les Fidjiens ont superbement résisté aux Gallois samedi après-midi (13-17). Une victoire aussi qui n’est pas dû à l’arbitrage « maison » de Monsieur Owens, lequel, malgré un match globalement correct, a fait preuve d’une certaine mansuétude vis-à-vis des Australiens, notamment sur certains placages litigieux, alors qu’il n’a pas hésité à sortir un carton jaune pour Talès, au demeurant mérité si l’on applique le règlement avec toute sa rigueur, alors que ce dernier venait à peine de rentrer en jeu.

Mais me direz-vous, comment le staff de l’équipe de France a-t-il pu rétablir aussi vite une situation que d’aucuns jugeaient désespérée il y a quelques jours, surtout en vue de la prochaine Coupe du Monde dans moins d’un an, après trois ans de tâtonnements ? Est-ce déjà l’effet Blanco, qui est venu apporter sa touche personnelle à notre équipe nationale, ce qui fait dire à certains que c’est lui le vrai sélectionneur du XV de France ? Peut-être, pourquoi pas ? En tout cas, on a l’impression que les joueurs français sont plus libérés qu’avant, et qu’ils n’ont plus peur de prendre certains risques comme ces dernières saisons, sans parler aussi de leurs progrès dans le domaine de la conquête. Autant de questions, auxquelles on aura la réponse dans le prochain Tournoi des 6 nations.

En revanche il semble certain que les sélectionneurs ont enfin trouvé les hommes qu’il fallait à certains postes, et notamment au niveau de la charnière. Il aura fallu en essayer une bonne quinzaine avant, enfin, d’en avoir une ou deux qui tiennent la route au niveau international. Certes là aussi il ne faut pas s’emballer trop vite, mais à la mêlée Tillous-Bordes et plus encore Kockott apportent ce qu’un Parra par exemple, malgré ses  plus de 50 sélections, n’a jamais pu amener au XV de France, notamment cette capacité à accélérer le jeu afin de mettre ses partenaires dans les meilleures conditions. Comme je l’ai écrit dans un article sur lui il y a presque deux ans (Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur), le demi de mêlée clermontois est d’abord et avant tout un excellent buteur, mais cela ne suffit pas au niveau international, surtout face aux numéros 9 des grandes nations du rugby. En tout cas, en deux matches contre les Fidji et l’Australie, Tillous-Bordes et plus encore Kockott ont démontré des qualités que l’on n’a jamais connues chez Parra. Doté d’un très bon jeu au pied, Kockott est rapide, puissant, et en plus c’est un gagneur dans tous les sens du terme, un de ces demis de mêlée capable de galvaniser son paquet d’avants, surtout quand le jus commence à faire défaut. Avant-hier soir, par exemple, il a remarquablement géré la fin de match, à un moment où les Français à 14, avec Atonio blessé, étaient sur le point de craquer. En outre son pied n’a pas tremblé quand il s’agissait de passer, à plus de 40 m, la pénalité de « la gagne » à 8 minutes de la fin du match

Oui, je pense que le XV de France a peut-être trouvé ses deux charnières pour la Coupe du Monde avec Tillous-Bordes et Lopez et celle qui aurait ma préférence composée de Kockott et Trinh-Duc. Là on a l’impression que c’est du solide, avec en outre dans les deux cas un buteur aussi prolifique et régulier que Parra. Mais notre XV national a sans doute aussi retrouvé un pack qui avance, comme en témoignent ses prestations contre les Fidgi et surtout contre l’Australie. Contre les Wallabies, les Français ont été dominés au début du match en mêlée, mais ils ont vite rectifié le tir et ont fini par être dominateurs, sauf tout à fait en fin de match. Ils disposent aussi d’un alignement qui leur a permis de récupérer bon nombre de lancers en touche. Et surtout, à côté des valeurs sûres que sont Dusotoir, Papé, Maestri ou Guirado, il a su trouver des joueurs comme les Toulonnais Menini et Chiocci, sans oublier le surpuissant pilier Atonio et le troisième ligne sud-africain Le Roux, qui a fait un match énorme samedi soir. Tout ce joli monde pouvant être accompagné à la Coupe du Monde par Picamoles, Nyanga ou même Haridornoquy qui, à Toulouse, retrouve une nouvelle jeunesse. Et derrière il y a aussi du beau monde, avec les révélations de Thomas et  Dumoulin, mais aussi Lamerat, plus des joueurs confirmés comme Fofana, Fritz, Huget ou Bastareaud, sans oublier Dulin et Spedding, pour ne citer qu’eux.

Au fait, j’observe que j’ai beaucoup parlé de joueurs étrangers ou d’origine étrangère, attribut qui semble beaucoup gêner nombre de Français qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de Kockott, Le Roux, Atonio, Spedding, ou encore Claessen, tous nés hors de notre pays. Ah les Français, ils ont quand même du mal avec les étrangers, même si leur nom se termine par a, i ou o, ce qui signifie qu’eux-mêmes sont nés de parents ou grands-parents issus de l’immigration, pour notre plus grand bonheur. Et oui, nombre de Français sont vraiment incorrigibles, alors qu’ailleurs ça ne choque pas grand-monde d’avoir dans son équipe nationale des joueurs étrangers, y compris en Nouvelle-Zélande alors que ce pays a une pépinière très riche en joueurs de talent. Certains s’en sont émus, mais les supporters des All Blacks se sont plutôt réjouis que l’on ait sélectionné le remarquable centre tongien Malakai Fekitoa.

Cela étant, rassurons-nous, car si d’aventure les Français remportaient la finale de la Coupe du Monde en 2015 grâce à un essai en dernière minute de Spedding, transformé par Kockott, les supporters du XV de France seraient les premiers à oublier que ni l’un ni l’autre ne sont nés à Mirande ou à Bayonne. En revanche, malheur à eux si la France était éliminée en demi-finale par la faute d’un coup de pied contré. Je vois d’ici les forumers s’insurger sur le fait  d’avoir sélectionné ces joueurs formés à l’étranger, au détriment de joueurs nés à Lavelanet ou Castelnaudary. Que tout cela est triste ! C’en serait même risible, si cela n’avait pas des relents de chauvinisme exacerbé. Heureusement mes parents ne m’ont pas élevé de cette manière, ce qui fait que mon rugbyman préféré s’appelle S.B. Williams suite à la retraite de Wilkinson, mon coureur cycliste préféré est Alberto Contador, mon pilote de Formule 1 favori est Kimi Raikkonen malgré son problème de train avant cette année sur sa Ferrari et pour le football c’est Pastore. Ah j’oubliais, même si je ne connais rien au basket, j’ai une énorme admiration pour Tony Parker, notre emblématique basketteur NBA, né à Bruges (Belgique), fils d’une mère néerlandaise, d’un père américain et marié à une française. En somme un vrai représentant d’une grande partie de la population de notre pays. J’espère qu’à Rio de Janeiro, aux J.O. 2016, ce sera notre porte-drapeau, car nul n’a davantage l’amour du maillot bleu frappé du coq que lui.

Michel Escatafal


Parker et Diaw, ces merveilleux ambassadeurs du sport français!!!

parker et diawEn pleine Coupe du Monde de football il faut un certain courage pour parler d’autre chose que football, mais c’est cela l’avantage d’avoir un site puisqu’on peut y écrire ce que l’on veut. Je vais toutefois dire deux mots de cette Equipe de France de football qui réalise un début de Coupe du Monde ébouriffant. Pour les plus anciens, cela leur rappelle le début de la Coupe du Monde en Suède (1958) avec beaucoup de buts marqués sous l’impulsion du duo Kopa-Fontaine. Certes nous n’avons pas dans cette équipe un pareil duo, mais notre équipe nationale dispose d’un collectif comme elle en a rarement eu, au point que le sélectionneur suisse et ancien entraîneur du Bayern, Hitzfeld, estime que la France est « l’une des équipes qui peuvent aller très loin dans ce tournoi », les Français étant pour lui « supérieurs à des équipes comme l’Angleterre et l’Italie ».

Il aurait pu ajouter qu’en fait notre équipe a été supérieure à toutes les autres à ce jour, sauf peut-être l’Allemagne, ce que confirme David Trezeguet en affirmant que « la France a été l’équipe la plus forte » jusque-là. On notera au passage que Benzema aurait pu être l’incontestable héros de la soirée s’il avait converti le pénalty accordé par l’arbitre en première mi-temps, et si ce même arbitre avait validé son but inscrit à la dernière seconde du match. Cela me fait penser au but refusé à Cisowski en 1956 contre la grande Hongrie de Puskas, Kocsis et Csibor, l’arbitre ayant sifflé la fin du match au moment où le ballon allait franchir la ligne de but. Dommage au passage qu’il n’y ait pas eu la Goal-Line Technology, parce que certains témoins pensaient que le but était valable ! Voilà pour la partie football, à la fois très actuelle et historique.

Et pour bien montrer qu’il n’y a pas que le football, je vais aussi écrire quelques mots sur le vélo, la saison de cyclisme battant son plein à l’approche du Tour de France. Un Tour de France où cette année on pourrait peut-être avoir un scénario très différent de celui de l’an passé, tant Alberto Contador semble avoir retrouvé de sa superbe. Le Pistolero est de retour, et c’est tant mieux pour le spectacle ! Cela dit, outre cette confirmation, il y a quand même eu les problèmes d’allergie de Froome qui ont fait couler beaucoup d’encre, parce que ce problème de santé au Tour de Romandie (qu’il a gagné) a été réglé avec diligence grâce à une Autorisation à usage thérapeutique (AUT) délivrée avec l’aval de l’UCI, et par la suite de l’AMA, sans que les règles écrites par l’UCI aient été vraiment respectées. C’est du moins ce que j’ai cru lire un peu partout.

Et cela me gêne énormément, parce qu’un coureur comme Franck Bouyer a été interdit de course pendant plus de deux ans, faute d’obtenir une AUT pour traiter la narcolepsie dont il souffre, le traitement figurant sur la liste des produits interdits. Comprenne qui pourra ! Je pourrais dire la même chose du contrôle positif de Contador pendant le Tour de France 2010, où l’on avait découvert une quantité infime de clembutérol dans ses urines le second jour de repos, tellement infime que les coureurs ou sportifs assurant avoir mangé de la viande contaminée après cet incident ont été blanchis. Contador lui a été suspendu deux ans suite à la demande de l’UCI et de l’AMA, et privé (sur les tablettes de l’UCI) de ses victoires notamment au Giro 2011, malgré aucun contrôle positif dans l’épreuve, et au Tour de France 2010. Comprenne qui pourra, là aussi ! Cela étant, pour les aficionados du vélo, Contador a remporté sept grands tours dont les deux épreuves que l’UCI et l’AMA lui ont retirés, alors que Riis, par exemple, a conservé le bénéfice de sa victoire dans le Tour de France 1996…malgré ses aveux de dopage. Comprenne qui pourra !

Comprenne qui pourra aussi, que les médias et ceux qui disent aimer le sport de compétition dans notre pays ne considèrent pas Tony Parker comme le sportif français numéro un. Que faut-il de plus pour admettre que ce qu’a fait Tony Parker, depuis bientôt 15 ans, est tout simplement extraordinaire? Et en plus c’est un fanatique du maillot bleu frappé du coq, allant même jusqu’à payer pour jouer dans notre équipe nationale. Qui peut en dire autant à part deux ou trois basketteurs comme Nicolas Batum ou Boris Diaw, ce dernier étant le complice de TP depuis 1998 ? Ce n’est pas la peine de donner la réponse, tellement nous la connaissons, sauf évidemment pour des sports peu ou pas du tout médiatisés, donc pour des champions totalement inconnus. Au passage, j’en profite pour souligner le remarquable état d’esprit de nos basketteurs vedettes, parce que même s’ils gagnent beaucoup d’argent rien ne les oblige à porter le maillot de l’Equipe de France, surtout au sortir d’une saison harassante dans un des championnats les plus importants du monde, tous sports collectifs confondus, plus particulièrement si leur franchise NBA est allée loin dans la course aux playoffs.

Tout cela pour dire que j’ai regardé les finales NBA, et que je me suis régalé, même si je ne connais pas ce sport sur le plan technique. J’ai notamment regardé les tous derniers matches sur beIN Sport en différé, parce que Parker et Diaw figuraient dans l’équipe, qui plus est en étant titulaires. A ce propos j’en profite pour écrire que, parmi la douzaine de Français en NBA, il y en a quatre ( Parker, Diaw, Noah, Batum) qui ont un temps de jeu important et sont de vrais stars, et un cinquième, Fournier, qui commence à se faire une place de choix dans son équipe (Nuggets de Dever). Pas mal pour un sport qui, en France, fait figure de parent pauvre dans les médias ! En tout cas, quelle magnifique Equipe de France si ces joueurs décident de jouer le prochain championnat d’Europe, peut-être en France, et ensuite les Jeux Olympiques à Rio de Janeiro ! Cependant il faut déjà savoir si Noah consentira à porter de nouveau le maillot bleu, comme en 2011, ce qui n’est pas sûr du tout, le fils de Yannick étant loin de faire de l’Equipe de France une priorité. Comme disent certains : « Plus américain que lui, tu meurs » ! Heureusement que les quatre autres ne sont pas comme lui, Parker, Diaw et Batum ayant été de toutes les dernières batailles de notre équipe nationale, laquelle, rappelons-le, sera en lice pour une médaille à Rio en 2016, au complet ou pas. Après tout elle a bien remporté le titre européen sans Noah, et Fournier cette année a semble-t-il franchi un cap avec les Nuggets en ayant marqué à deux reprises plus de 25 points…ce qui ne nous empêche pas de souhaiter que Joakim Noah participe aux Jeux Olympiques dans deux ans.

Cette projection sur l’avenir me permet de faire la transition avec ce que je voulais écrire à propos de Parker et Diaw. D’abord si, comme c’est vraisemblable, la France se qualifie pour les J.O. de 2016, elle sera très forte, je le répète, avec une motivation encore exacerbée de la part de Tony Parker et Boris Diaw, pour qui ce sera sans doute la fin de leur carrière internationale. Ensuite Batum et Fournier auront deux ans de plus et donc plus d’expérience. Donc on peut imaginer, sans trop rêver, que la France 2016 égale au moins celle de 2000 avec ses Rigaudeau, Sciarra, Sonko, Foirest, Bilba, Weis ou Julian. Notre équipe, en effet, surtout avec Noah, sera meilleure sur le papier que celle de 2000, alors que rien ne dit que les Américains de 2016 seront aussi forts que ceux de 2000. N’oublions pas qu’à un peu plus de 4 minutes de la fin de la finale des J.O. en 2000, les Français n’étaient menés que de 4 points, avant de s’incliner finalement de 10 points (85-75) ! N’oublions pas aussi que les Argentins, avec Ginobili (coéquipier aux Spurs de San Antonio de Parker et Diaw), ont été champions olympiques, les Américains terminant troisièmes après avoir été battus en demi-finale par les Argentins (89-81). N’oublions pas non plus que les Espagnols, en 2012 aux J.O. de Londres, ont fait mieux que résister (100-107) aux cracks américains que sont LeBron James, Kobe Bryant, Carmelo Anthony, Chris Paul ou Kevin Durant, après avoir perdu de 11 points en 2008. Bref, l’armada française à Rio sera très forte et qui sait ?

Justement, si Parker et Diaw pouvaient être médaillés d’or aux J.O., ou au minimum médaillés, quel extraordinaire parcours pour les deux complices de l’INSEP en 1998! Eux qui ont été ensemble champions d’Europe junior en 2000, puis médaillés de bronze aux championnat d’Europe en 2005, puis médaillés d’argent à ces mêmes championnats d’Europe en 2011 et enfin champions d’Europe en 2013. A cela s’ajoutent pour Parker quatre bagues de champion NBA (2003-2005-2007-2014) et une bague pour Diaw cette année avec les Spurs de San Antonio. Fantastique carrière pour l’un, devenu huitième passeur de l’histoire des playoffs NBA devant M. Jordan et douzième scoreur devant Magic Johnson et Pippen, et magnifique pour l’autre. Et ce n’est pas fini, car ils n’ont que 32 ans ! A ce propos, je suis très heureux que Parker fasse l’impasse cette année pour le championnat du monde, car son corps a grand besoin de repos, à force d’aligner les doubles saisons NBA et Equipe de France, surtout en jouant minimum 25 à 30 mn à chaque match en NBA et un peu plus en Equipe de France. Comment a-t-il pu tenir autant de saisons avec un tel régime de stakhanoviste ! Qu’il se repose cette année, en attendant les deux grosses échéances qui l’attendent en 2015 et 2016.

En évoquant les J.O. de 2016, j’espère que ce sera lui le porte-drapeau de la délégation française, et qu’on lui offrira cet ultime témoignage de reconnaissance, témoignage qu’on lui a refusé injustement en 2012. Quel autre star de notre pays passe sa vie à crier sa fierté d’être français, capable de faire des heures d’avion pour aller encourager ses copains de l’Equipe de France, comme il a annoncé qu’il le ferait au mois de septembre prochain lors de la Coupe du Monde en Espagne ? Certes en écrivant ces lignes je sais bien que je suis à contre-courant de tout ce qui s’écrit en ce moment sur le sport, puisqu’il n’y a que le football qui compte dans notre pays, mais je trouve injuste qu’on ne parle pas suffisamment des exploits de nos basketteurs, comme j’avais trouvé injuste que personne ou presque ne s’intéresse à la victoire d’Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006…en pleine Coupe du Monde de football, où la France fut finaliste contre l’Italie, Zidane terminant sa carrière sur un coup de tête aussi inutile que dévastateur pour l’équipe dont il était le capitaine et la figure emblématique. Ah ce « coup de boule » ! Combien de fois l’a-t-on passé et repassé sur les chaînes de télévision ? Triste constat des aberrations de notre système médiatique ! J’arrête là mon propos, car certains de mes lecteurs vont trouver que l’âge me rend aigri, ce qui n’est pas vrai. Cela dit, personne ne m’empêchera d’affirmer que Tony Parker et Boris Diaw sont les deux sportifs français qui méritent le plus d’être cités en exemple aux yeux de la jeunesse de notre pays, pour l’ensemble de l’œuvre qu’ils accomplissent depuis 2002. Et en plus, ils ont trouvé un successeur en la personne de Nicolas Batum !

Michel Escatafal


Tony Parker, sportif français du nouveau siècle

ParkerSi l’on demande au premier venu quel est le sportif français du vingtième siècle, il sera obligé de réfléchir longuement parce que nombreux furent les champions ou championnes français à avoir marqué de leur empreinte les années entre 1901 et 2000. Les amateurs de football diront Kopa, Platini ou Zidane, les passionnés de boxe diront Carpentier ou Cerdan, ceux qui aiment l’athlétisme diront Ladoumègue, Mimoun ou Marie-Jo Pérec, et pour d’autres ce sera l’escrimeur d’Oriola, le tennisman Lacoste, le pilote de F1 Prost, le coureur cycliste Bernard Hinault, le cycliste pistard Florian Rousseau, les rugbymen Puig-Aubert, Jean Prat, Blanco ou encore le handballeur Jackson-Richard et le basketteur Rigaudeau.  Et en parlant de ce dernier dont la carrière  s’est déroulée à cheval sur l’ancien et le nouveau siècle, cela me fait une transition toute trouvée pour en arriver à la victoire hier soir de l’Equipe de France de basket, emmenée par Tony Parker.

Le génial joueur de San Antonio, trois fois champion NBA, a enfin permis à  la France d’avoir sa première médaille d’or dans un grand tournoi continental ou mondial de basket, dont on rappellera qu’il est le sport collectif le plus pratiqué dans le monde (450 millions de pratiquants), loin devant le football (265 millions), ce dernier, malgré son statut de sport numéro un en Europe, en Amérique du Sud ou en Afrique, souffrant de n’avoir pas le même nombre de joueuses que le basket, même si les basketteuses n’ont pas la notoriété de leurs collègues masculins, y compris en Amérique du Nord et en Europe. En France qui connaît Céline Dumerc, l’emblématique capitaine de notre équipe féminine, championne d’Europe en 2009 et médaille d’argent aux J.O. de Londres en 2012 ? Peu de monde, alors que tout le monde connaît Tony Parker.

Cela dit, quels que soient les mérites de Céline Dumerc, il faut bien avouer que Tony Parker mérite amplement d’être considéré comme le sportif français du vingt et unième siècle. Au passage j’en profite pour souligner encore une fois l’insigne faiblesse du service public de télévision en France qui, une nouvelle fois, s’est complètement ridiculisé en ne retransmettant que la demi-finale et la finale du championnat d’Europe, traitement réservé à notre équipe de handball, malgré tous ses succès. Le service public préfère dépenser son argent en nous infligeant des soirées entières de Coupe de la Ligue en football, compétition qui n’intéresse personne chez nous, et qui ne continue d’exister que grâce au service public. Passons !

Après cette longue introduction, je voudrais évidemment évoquer cette magnifique victoire dans une compétition qui est très dure, tous les pays européens étant concernés par le championnat d’Europe de basket. Et quand je dis tous les pays européens, c’est bien l’ensemble de l’Europe, que ce soit les grands pays ou les petits en taille et en nombre d’habitants. Quand on regarde les palmarès des championnats européens en football et en basket, on s’aperçoit qu’en football, ce sont les grands pays qui l’emportent (presque) toujours, ce qui est loin d’être le cas du basket.

C’est la raison pour laquelle il faut souligner l’exploit des Parker, Diaw, Pietrus, Gelabale, Batum, De Colo, Diot, Ajinça, Lauvergne, Heurtel, Petro et Kahudi. Il faut aussi et surtout noter que les joueurs les plus connus, Parker, mais aussi Diaw et Batum, qui sont titulaires dans leur franchise NBA, viennent jouer en équipe de France…en payant de leur poche leur investissement pour notre équipe nationale. Certes ils gagnent autant sinon plus que nos meilleurs footballeurs, mais eux ne négocient pas leurs primes pendant des semaines ou des mois…parce que leur fédération nationale n’a pas les moyens de leur donner ce que leur statut pourrait demander. C’est pour toutes ces bonnes raisons que je considère Tony Parker comme le sportif français du siècle en cours.

Aucun autre n’a le prestige du meneur de San Antonio, aucun autre n’a son charisme, et aucun autre ne s’investit autant dans son sport, même s’il a davantage les moyens de le faire que d’autres parce que c’est une star mondiale. Et oui, Tony Parker est une star planétaire avec ses titres NBA, qui lui ont donné un statut à part pour un sportif français, avec toutes les récompenses qu’il a reçues. Et pourtant il vient chaque année ou presque disputer les compétitions de l’Equipe de France, avec qui il fut champion d’Europe juniors (2000), puis médaillé de bronze et d’argent chez les séniors avant le grand soir du 22 septembre 2013.

En parlant de ces médailles, il faut noter qu’avec Tony Parker à la baguette, l’Equipe de France figure quand même depuis dix ans parmi les meilleures nations dans le monde. Certes aux J.O. elle n’a pas réussi comme sa devancière emmenée par Antoine Rigaudeau en 2000, ni comme celle de 1948 (dans un tournoi peu relevé) avec comme joueur emblématique Buffière, à gagner une médaille d’argent. Tout cela par la faute des Espagnols, mais le bilan de notre équipe nationale est parmi les meilleurs du continent sur la durée, toutes compétitions confondues, et bien meilleur que celui des équipes ayant remporté l’argent aux Jeux Olympiques.

N’oublions pas qu’en 2005 la France priva l’Espagne de la médaille de bronze au championnat d’Europe, cette Espagne qui remporta l’or en 2009 et en 2013, chaque fois au détriment de la France. D’ailleurs les Espagnols, même handicapés par l’absence de Reyes, Navarro, de Pau Gasol et Ikaba, ont un tel réservoir qu’ils pensaient bien égaler la grande Yougoslavie des années 1970 (1973, 1975 et 1977), qui avait empoché le titre européen trois fois de suite, ce qui est un record si l’on fait abstraction de feu l’Union Soviétique qui gagna huit titres européens consécutifs entre 1957 et 1971. Mais pour situer l’exploit des Français face aux Espagnols, on rappellera que ces derniers sont montés sur le podium sept fois sur les huit dernières éditions de la compétition phare en Europe.

Toute le monde a salué avec émotion cette victoire historique sur l’Espagne, mais il fallait pour que celle-ci soit plus belle encore que ce fut contre un « géant » qui, en 2012 aux J.O. de Londres, a donné des sueurs froides aux Américains, lesquels furent à deux doigts d’être vaincus par ces Espagnols qui, eux-mêmes, s’en sortirent de justesse face à nos Français. D’ailleurs nombre d’observateurs et de techniciens, ce que je ne suis pas n’ayant jamais joué au basket sauf en cour de récréation, affirment qu’avec Noah la France l’aurait emporté. Noah, qui au passage doit réaliser à présent qu’il a manqué quelque chose de grand en préférant se reposer plutôt que rejoindre l’équipe de France. Noah qui, contrairement à Parker, n’a gagné que deux titres universitaires aux Etats-Unis, et qu’un titre de champion d’Europe aurait valorisé, les Américains s’apercevant que les joueurs du Vieux-Continent sont souvent aussi forts que les leurs. Y-a-t-il un meilleur meneur que Parker en NBA ? Sans doute pas. Y-a-t-il meilleur intérieur que l’Allemand Nowitzki ? Sans doute pas.

Bref, même si la NBA est le nec plus ultra sur la planète basket, l’écart entre les meilleures équipes européennes et la sélection américaine avec les meilleurs joueurs du pays est en train de se resserrer, au point qu’il ne serait pas surprenant que les Américains perdent leur titre olympique à Rio. Au fait, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas parlé de la Lituanie, équipe jeune et brillante, ce qui prouve que les Baltes n’ont tout simplement pas existé hier soir, et que la vraie finale a eu lieu vendredi entre la France et l’Espagne.

Je n’ai pas parlé non plus du coach Collet, qui a prolongé son contrat avec la sélection nationale jusqu’en 2016, et qui a joué un rôle extrêmement important dans cette réussite de nos Bleus, ayant eu l’intelligence de gérer le parcours de Tony Parker qui, ne l’oublions pas, a joué plus 100 matches cette saison, ce qui démontre encore plus son investissement par rapport à un Séraphin ou un Noah, pour ne citer qu’eux. Et puisque j’évoque de nouveau les pivots absents de l’équipe de France, on ne peut qu’être admiratif d’avoir vu Collet offrir à Ajinça une chance unique de devenir le futur grand pivot sur lequel pourra compter la France de la génération Batum.

Beaucoup d’observateurs n’en ont pas parlé, mais Ajinça a terminé quatrième rebondeur de cet Euro de basket derrière le belge Hervelle qui joue à Bilbao, Marc Gasol qui joue en NBA à Memphis, dont il est un des principaux atouts et le Craote Tomic qui joue au Barça. Pas mal pour un remplaçant de la dernière heure ! Un dernier mot enfin pour se réjouir d’être sûr que la relève est d’ores et déjà assuré pour cette équipe de France qui ne saura jamais si elle peut compter sur Noah, mais qui sait déjà que Nicolas Batum aura le même investissement personnel que Tony Parker. Et comme les Diot, Petro, Ajinça, De Colo, Lauvergne, Heurtel, Fournier, Tillie, Edwin Jackson  ont tous moins ou beaucoup moins de 28 ans, on se dit que l’avenir de cette équipe s’annonce radieux.

Tant mieux, car tous ces jeunes gens ont l’air d’avoir une mentalité qui donne du sens au mot exemple pour un sportif. Cela dit, pour en revenir à mon propos du début de cet article, écrit sans idée directrice, tout à la joie de l’auteur en cette soirée magique, je persiste et signe : Tony Parker est bien le plus grand sportif français de notre siècle, devant des gens comme Thierry Henry, Sébastien Loeb, Teddy Riner, Tony Estanguet, Renaud Lavillenie, Teddy Tamgho, Nikola Karabatic, Yannick Agnel chez les hommes ou encore les tenniswomen Amélie Mauresmo, Mary Pierce, la basketteuse Céline Dumerc, l’athlète Eunice Barber, l’escrimeuse Laura Flessel  ou les nageuses Laure Manaudou et Camille Muffat.

Michel Escatafal


A propos du porte-drapeau aux J.O.

Parmi les questions qui ont récemment agité le monde du sport dans notre pays, il y a eu le choix du porte-drapeau aux prochains Jeux Olympiques de Londres, même si l’on ne perçoit pas exactement ce que ce choix représente comme symbole, et surtout pourquoi choisir une telle plutôt qu’un tel. Devait-on privilégier un sport dont on ne parle réellement que tous les quatre ans au moment des J.O., ou bien devait-on faire appel pour défiler en tête de notre délégation à une star planétaire, comme l’a fait la Serbie en choissisant pour porte-drapeau le numéro un mondial du tennis, Novak Djokovic ? Apparemment on a beaucoup cogité dans les rangs du Comité Olympique Français, puisqu’il a fallu un certain temps pour décider qui aura cet honneur, même si  on avait bien avancé sur le sujet dans la mesure où depuis quelque temps  ils n’étaient  plus que deux en lice : Laura Flessel et Tony Parker, après que furent éliminés les handballeurs Nikola Karabatic et Jérôme Fernandez, le cycliste VTT Julien Absalon et le nageur Alain Bernard. Et comme attendu c’est Laura Flessel qui a été choisie.

Force est de constater que le choix était difficile, d’autant que de nombreux critères interpellaient ceux qui devaient choisir. Pour ce qui me concerne, le choix était clair : notre porte-drapeau devait être le basketteur  Tony Parker. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est le sportif français le plus connu dans le monde, compte tenu de son statut de star NBA, et en outre il a toujours manifesté une extraordinaire envie de jouer en Equipe de France, payant même de sa poche et encourageant ses équipiers à faire de même, pour arracher aux franchises NBA l’autorisation de disputer les championnats planétaires et continentaux. Même si Tony Parker gagne beaucoup d’argent, c’est quand même un magnifique symbole qu’y être de sa poche pour porter les couleurs de son pays, attitude à comparer avec celle d’autres sportifs qui, à la moindre compétition internationale, négocient durement leurs primes de match…bien avant le début de cette compétition.

En fait, Tony Parker a ressuscité à sa façon l’esprit originel des J.O., qui ne concernaient que les sportifs amateurs, ceux-ci ne devant pas toucher le moindre centime pour leur participation aux Jeux. Certes on va me rétorquer que parler amateurisme pour un sportif gagnant plus de 10 millions de dollars par an, est un peu osé, mais le geste est là : les basketteurs français ne réclament rien pour jouer en Equipe de France. Bravo à eux ! En disant cela,  il faut rappeler qu’il aura fallu attendre 1992 et les J.O. de Barcelone, sous l’impulsion du président du Comité Olympique International de l’époque, J.A. Samaranch, pour voir les meilleurs professionnels du basket et du tennis, mais aussi du cyclisme sur route,  se disputer le titre olympique soit avec leur équipe nationale  ou à titre individuel.  Mais pour revenir à Tony Parker, cela aurait été aussi un formidable atout que l’avoir pour porte-drapeau dans l’optique d’une candidature aux J.O. de 2024…qu’il pourrait défendre avec la même foi que celle qu’il manifeste à la tête de notre équipe nationale de basket, dont il est le capitaine et le meneur de jeu.  Cela dit, je n’ai pas été choqué du choix de Laura Flessel (double championne olympique à l’épée aux J.O. d’Atlanta en 1996), à la fois pour l’ensemble de son œuvre, et parce que cela va permettre de parler encore un peu plus d’un sport peu médiatisé, l’escrime, mais qui a rapporté beaucoup de médailles à la France aux Jeux Olympiques et aux championnats du monde.

Ce sera la cinquième fois depuis 1960 qu’un escrimeur défile en tête de notre délégation olympique, les quatre autres étant Chr. D’Oriola en 1960 à Rome, Magnan en 1972 à Munich, Riboud en 1988 à Séoul et Lamour en 1992 à Barcelone. D’ailleurs l’escrime est le sport qui a fourni le plus de porte-drapeaux olympiques, en dehors de l’athlétisme à une époque où le nombre de sports représentés était beaucoup plus faible. A côté de l’escrime, les autres sports ont été mis à la portion congrue depuis Rome en 1960, dans la mesure où il y a eu  deux athlètes porte-drapeaux, Macquet  en 1964 à Tokyo et M.J. Pérec en 1996 à Atlanta, une nageuse, Christine Caron en 1968 à Mexico, un cycliste sur piste, Morelon en 1976, deux judokas, Parisi en 1984 à Los Angeles et Douillet en 2000 à Sydney, un handballeur, Jackson Richardson en 2004, et un kayakiste, Estanguet en 2008 à Pékin.

Mais pour revenir au rôle de porte-drapeau, est-ce si important de l’être pour un athlète ? Sans doute pas, puisque certains compétiteurs pensent que cela leur fait perdre à la fois du temps et de la concentration juste avant les épreuves. Pour le reste, la cérémonie d’ouverture est surtout une messe grandiose qui met en lumière le faste exagéré des Jeux Olympiques version moderne, surtout depuis l’entrée du monde professionnel, avec ses stars, dans les compétitions olympiques.  A ce propos, faut-il le regretter ou en être heureux? Sur le plan sportif c’est sans doute un plus, même si dans les sports hyper médiatisés que sont le football, le tennis ou le cyclisme sur route, une médaille d’or aux J.O. est loin d’avoir la portée d’une victoire dans les grandes compétitions de ces sports.

A qui fera-t-on croire qu’un titre olympique vaut une victoire à Roland-Garros ou à Wimbledon pour un joueur de tennis, ou au Tour de France ou au Giro pour un routier professionnel ?  A ce propos, et cela permettrait d’alléger le calendrier du tennis pour ne citer que ce sport, j’aurais préféré une compétition par équipes tous les quatre ans aux Jeux Olympiques, sur le mode et à la place de la Coupe Davis ou de la Fed Cup, lesquelles ont beaucoup perdu de leur prestige. En disant cela je sais bien que je commets un sacrilège, mais la réalité est là, pour aussi cruelle qu’elle soit. Pour ce qui concerne le cyclisme sur route, on pourrait imaginer de ressusciter un contre-la-montre par équipes nationales sur une distance à déterminer entre 50 et 100 kilomètres. Enfin, on pourrait imaginer que le football ne soit représenté aux J.O. que par les féminines, pour leur donner une exposition qu’elles n’ont pas, y compris chez nous bien qu’elles remportent des titres (deux Ligues des champions consécutives pour les Lyonnaises).

Fermons la parenthèse, pour regretter encore une fois le gigantisme des Jeux, comme je le soulignais dans un article précédent, en notant que si cela continue, bientôt il n’y aura plus de pays pour les organiser. Certes il y a des infrastructures qui peuvent servir pour l’avenir, que ce soit pour le sport en lui-même (stade nautique, vélodrome, palais des sports etc.), ou encore pour bénéficier  des logements qui ont été créés pour le village olympique.  Mais le plus souvent le coût de ces infrastructures est sans commune mesure avec leur réelle utilité une fois les jeux terminés. Rappelons-nous au passage les problèmes rencontrés en 1976 par la ville de Montréal, les J.O. étant devenus un véritable cauchemar en raison d’une augmentation des coûts de…427%.  Ce n’est qu’un exemple, mais cela démontre qu’il faudra un jour ou l’autre revenir en arrière sur ce gigantisme, et, retrouver quelque peu l’esprit des Jeux en privilégiant un peu plus de modestie en ce qui concerne les installations, et en valorisant les « petits sports » qui souffrent évidemment de la comparaison avec les grands sports professionnels, y compris l’athlétisme et la natation qui ont réussi à conserver une place de choix dans le concert olympique. La preuve, moi-même je privilégiais Tony Parker comme porte-drapeau plutôt que Laura Flessel…même si j’avais mes bonnes raisons dans le contexte actuel.

Les « petits sports », sans aucune idée péjorative en disant cela, méritent en effet au moins tous les quatre ans d’avoir une exposition qui leur est de plus en plus refusée, face aux évolutions des grandes stars professionnelles du football, du basket, du tennis ou du cyclisme sur route. Et si je dis cela c’est parce qu’il s’agit d’une évolution irréversible…qui existait déjà à l’époque des J.O. amateurs, même si ce n’était pas aussi criant. Prenons quelques exemples édifiants à ce propos dans des époques déjà très lointaines. Pour les Français, les Jeux de Melbourne (1956) évoquent irrésistiblement la victoire d’Alain Mimoun au marathon. En revanche personne ou presque ne se souvient de la deuxième médaille d’or consécutive de Christian d’Oriola au fleuret, après celle gagnée aux J.O. d’Helsinki en 1952, exploit d’autant plus grand que ce même d’Oriola avait déjà remporté la médaille d’argent aux Jeux de Londres en 1948, battu par un autre Français dont quasiment personne ne connaît le nom, Jean Buhan.

En 1964, qui a réussi à donner à la France sa seule médaille d’or le dernier jour des compétitions ? Réponse un cavalier, qui s’appelait lui aussi d’Oriola puisque son vrai nom était Pierre Jonquères d’Oriola. C’était un cousin de Christian, et il avait déjà remporté une médaille d’or dans sa carrière en 1952 à Helsinki sur un cheval qui s’appelait Ali Baba. Là, son cheval avait pour nom Lutteur B, et il allait réaliser un sans-faute qui permettait à la délégation française de ne pas rentrer bredouille, et de faire enfin entendre la Marseillaise à Tokyo. Hélas, quand notre hymne national retentit, il n’y avait quasiment plus de Français pour l’entendre, car cette victoire de Jonquères d’Oriola survenait alors que chacun faisait ses préparatifs pour rentrer en France. Et puis franchement, qui se souciait du concours de jumping, suite aux déceptions relatives dues aux médailles d’argent de Christine Caron sur 100m dos, ou de Maryvonne Dupureur en athlétisme sur 800m, sans oublier la cinquième place d’Alain Gootvallès en natation (100m nage libre) et plus encore la déconvenue de Michel Jazy, archi favori sur 5000m et qui n’avait terminé que quatrième sur la cendrée mouillée du stade olympique. Je pourrais continuer ainsi longtemps.

Mais tout cela n’était rien à côté du souvenir qu’a laissé la « Dream Team » américaine de basket aux J.O. de Barcelone en 1992, avec ses stars NBA Jordan, Pippen, Larry Bird, Magic Johnson, David Robinson, qui avaient monopolisé l’attention de tous les médias pendant deux semaines, eux qui étaient déjà repus de gloire parce qu’ils étaient les meilleurs des meilleurs basketteurs de la planète. Heureusement pour nous Français il y avait eu la médaille d’or sur 400m de Marie-Jo Pérec, mais elle ne fut pas la seule puisque les Français s’offrirent sept autres médailles d’or, sans que personne ne se souvienne du nom de ceux qui avaient remporté ces médailles. Et pourtant eux aussi étaient devenus champions olympiques, les judokas Catherine Fleury et Cécile Nowak, les escrimeurs Omnès (fleuret) et Skrecki (épée), le tireur à l’arc Flute, le véliplanchiste David, et les régateurs  Hénard et Loday.

Tout cela pour dire que les Jeux de Barcelone avaient marqué un tournant, parce que pour la première fois il y avait des grandes stars du sport professionnel, qui en plus pour certaines d’entre elles ne vivaient pas au village olympique, préférant des hôtels qui avaient été loués pour eux, ce qui les coupait de facto des autres sportifs, amateurs pour la plupart. Et depuis 1992, on devine les évolutions…Cela dit, nous Français sommes très heureux à l’idée que l’équipe de France de basket soit représentée par d’authentiques stars ou joueurs majeurs de la NBA, comme Tony Parker, Joakim Noah, Nicolas Batum, Boris Diaw ou Kevin Séraphin. Et pour peu qu’ils tiennent leur rang, ils vont monopoliser l’attention pendant deux semaines avec l’espoir qu’on les retrouve en finale face à leurs collègues américains qu’ils côtoient toute l’année. Et pendant ce temps les judokas, les escrimeurs, les lutteurs, les véliplanchistes remporteront des médailles d’or, d’argent ou de bronze…presque dans l’indifférence. Le sport est cruel lui aussi, preuve que les J.O. ne remplissent plus leur office.

Michel Escatafal