Ils pourraient faire de « vilains vieux »!

Les plus de quarante ans, et au delà, se souviennent évidemment du rugby tel qu’on le pratiquait à une époque où il était encore profondément amateur, même si certains bénéficiaient de quelques avantages en nature ou autres rémunérations diverses. Il est donc normal que ce sport, devenu professionnel depuis une vingtaine d’années, ait beaucoup évolué à tous points de vue. Tout a changé d’ailleurs dans le rugby, y compris les règles, au point de donner au rugby une ressemblance frappante avec le Jeu à XIII, comme on disait autrefois. En disant cela j’exagère à peine, car il y quand même les touches et les mêlées ordonnées (qui ont du mal à l’être) dans le rugby actuel, et il y a n’y pas le tenu comme chez le cousin treiziste.

Toutefois ce n’est pas cela qui me gêne dans l’évolution de ce sport, d’autant que j’aime aussi beaucoup le rugby à XIII, sport qui, par parenthèse, mériterait une exposition médiatique et télévisuelle beaucoup plus importante que celle qu’il a aujourd’hui, bien qu’elle soit supérieure à ce qu’elle fut grâce à beIN SPORTS. Ce n’est pas non plus le fait que le professionnalisme ait impliqué la création d’un vrai championnat en Angleterre (12 clubs)ou en France avec 14 clubs formant l’élite, ce qui entraîne évidemment de grosses différences de moyens entre les clubs des villes et ceux des champs, ceci sans connotation péjorative, d’autant que la meilleure équipe actuelle dans notre pays est le Stade Rochelais, beaucoup plus fort que le Racing, par exemple, aux moyens très supérieurs et qui va jouer dans un fabuleux écrin avec son U Arena. En outre, j’ai été trop longtemps un admirateur du grand F.C. de Lourdes, celui des frères Prat, Martine, Rancoule, Barthe, Domec, Lacaze (que je connais surtout à travers l’histoire) et quelques années après de Crauste, Gachassin, Campaes, Arnaudet, Mir, Dunet et Hauser, pour ne pas aimer les clubs des petites villes.

Non ce qui me dérange dans l’évolution du rugby c’est plutôt que l’on veuille en faire un copier-coller du football, avec tout ce que cela comporte de négatif. Passe encore qu’il faille gagner, toujours gagner, pour vivre ou survivre. Après tout c’est la loi du sport, y compris amateur. Seuls ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de sport peuvent dire que la défaite importe peu. Je n’ai d’ailleurs jamais cru à la devise du baron Pierre de Courbetin : « L’essentiel c’est de participer ». Cependant c’est une chose de vouloir gagner, et c’en est une autre de vouloir gagner à tout prix. J’aime trop le rugby pour le voir arriver à des extrémités…qui mettent en danger la santé des joueurs.

Il faut donc, plus que jamais, être vigilant sur l’intégrité physique des joueurs. Quelle est la différence entre un joueur de rugby type années 60 ou 70 et type années 2010 ? Il est plus grand, il saute plus haut, il est plus fort et…il est beaucoup plus souvent blessé. Le corps du joueur de la décennie 60 ou 70 supportait parfaitement les charges d’entraînement parce qu’il s’entraînait peu, et ceux qui s’entraînaient davantage le faisaient à travers les travaux des champs. Qui ne se rappelle d’un pilier comme Alfred Roques, véritable force de la nature, force brute et pure à l’époque, qui s’était développée dans les travaux de sa ferme, ce qui n’avait rien à voir avec la préparation des professionnels du Top 14 ou de la Pro D2.

En parlant d’Alfred Roques (plus de 30 fois international à la fin des années 50 et au début des années 60), je pense aussi à ce que l’on disait de Bernard Momméjat, son copain deuxième ligne de Cahors et du Quinze de France, à savoir que c’était un géant parce qu’il mesurait…1,92 m. Aujourd’hui des géants comme Momméjat, et des joueurs avec les mensurations d’Alfred Roques (1.78m et 98 kg), il y en a partout…dans les lignes de trois-quarts. Et bien entendu, quand à longueur de matches et d’entraînements on prend sans arrêt des coups venant de tels « monstres », cela devient difficile de résister, surtout si la saison dure 10 ou 11 mois. Cela devient même démentiel, surtout pour les meilleurs qui sont naturellement beaucoup plus sollicités que les autres, moins doués. Mais ceux-là aussi se blessent parce que leur régime est presque le même, avec les oppositions à l’entraînement et aussi, parce que les meilleurs étant souvent blessés ou pris par les sélections nationales, ils jouent presque autant.

Alors que fait-on pour résister et tenir ces cadences infernales ? On s’entraîne, on se muscle et bien entendu on fait davantage attention à son hygiène de vie. Mais toutes ces séances de musculation, comme je le disais précédemment, si elles donnent aux joueurs des corps d’athlète au point d’en faire des icônes de calendriers en tenue d’Adam, procurent une puissance incompatible avec la morphologie d’origine du joueur. Un rugbyman qui mesure 1,75 ou 1,80 m n’est pas nécessairement fait pour peser 90 ou 100 kg. Parfois il n’atteindra ces mensurations qu’au prix de séances de musculation intenses et répétées plusieurs fois par semaine. Et que se passera-t-il un jour ? Et bien les tendons ou les ligaments casseront parce que les charges qui leur sont infligées sont trop élevées. Trop élevées aussi parce que ces charges ne font finalement pas courir beaucoup plus vite les joueurs…qui ne courent pas vite. Morgan Parra, par exemple, ne courra jamais le 100m en 11s, malgré les muscles qu’il a pu prendre. Il y a des limites à tout!

C’est cela le principal avatar du rugby professionnel et il est la résultante de tous les autres, notamment le poids de l’argent…pourtant tellement indispensable de nos jours. Et oui, le sport professionnel impose qu’il y ait suffisamment d’argent dans le circuit, sous peine de sombrer. Certains refusent ce qu’ils appellent cette dérive, mais ils vont au stade le samedi ou le dimanche en demandant du spectacle et en espérant que leur équipe va gagner. Là est toute la problématique du rugby d’aujourd’hui, sport qui est resté si longtemps très amateur. J’avoue pour ma part être heureux de voir l’évolution du rugby depuis la fin des années 90, mais je suis inquiet à propos des traumatismes à répétition que subissent les joueurs. Et ce ne sont pas les « protocoles » qui vont faire dissiper notre inquiétude, parce que lesdits protocoles ne riment à rien. Au rugby on prend des coups pendant 80 mn, et même si on s’arrête 10 mn, il en reste 70 à jouer. Même la boxe paraît presque moins violente!

Michel Crauste au milieu des années 60, grand capitaine de Lourdes et de l’Equipe de France, avait coutume de dire à ses copains sur le terrain : « On va faire de vilains vieux » ! Moi ce que je voudrais, c’est que les joueurs que j’admire aujourd’hui soient dans 40 ans d’aussi vilains vieux que celui que l’on a appelé « le Mongol ». Je souhaite donc que l’on pense un peu plus à la santé des joueurs, et que ceux qui dirigent le rugby de nos jours, pour la plupart d’entre eux des anciens joueurs, essaient de garder à ce merveilleux sport de combat les vertus qui sont les siennes depuis plus de 100 ans, même si je sais parfaitement que c’est un voeu pieux.

Le rugby appartient à tous, aux joueurs d’abord, aux dirigeants, mais aussi à ceux qui l’aiment et qui paient pour voir les matches. En attendant, j’espère que tous ces joueurs victime d’une rupture des ligaments croisés du genou , maladie endémique du rugby de notre siècle, finissent par retrouver tous leurs moyens, ce qui n’est hélas pas toujours le cas même si cette blessure leur arrive à 25 ans. Alors on imagine quand ils sont victimes de cette même blessure à l’âge 32 ans. A cet âge, je rappelle qu’Alfred Roques n’avait jamais été sélectionné dans le XV de France, avant d’être considéré par tous comme le meilleur pilier du monde entre 1958 et 1963. C’était une autre époque, une époque où la Coupe d’Europe n’existait pas, ce qui est bien dommage, car personne n’aurait battu le FC Lourdes dans les années 50 ou l’AS Béziers dans les années 70, pour ne citer que ces deux clubs. Une époque où la Coupe du Monde n’existait pas (première édition en 1987), que nous n’avons jamais gagnée, mais que nous aurions sans doute eu de grosses chances de la remporter à l’époque de Mias, de Crauste ou de Rives. Cela dit, même sans avoir une très grande équipe, le XV de France aurait dû être champion du monde en 2011, si un arbitre n’en avait pas décider autrement, avec pourtant une équipe loin de valoir celles qui avaient été en finale en 1987 ou en 1999, ou qui n’avait été que demi-finaliste en 2007. Et pourtant ces deux dernières fois, notre XV national avait éliminé les All Blacks.

Espérons que Guy Novès, qui semble décidé à faire confiance à des jeunes joueurs prometteurs, finisse enfin par composer une équipe, une vraie, comme a su le faire l’Angleterre, car la prochaine Coupe du Monde est dans deux ans (2019). Et pour le moment c’est toujours le gros chantier, au point de rappeler Bastareaud au centre, comme si c’était l’avenir du XV de France. Néanmoins, si Novès en est réduit à cette extrémité, c’est aussi parce que le talent est rare à ce poste. En revanche, il semble qu’à la charnière il y ait quelques jeunes joueurs comme Serin et Dupont à la mêlée, ou Belleau à l’ouverture qui montrent de belles dispositions pour briller en équipe de France. Mais pour le moment ce sont surtout des espoirs, et on a souvent connu de grands espoirs qui ne confirmaient pas au plus haut niveau. Alors croisons les doigts pour que ce ne soit pas le cas pour eux et d’autres, et surtout prions pour que nos meilleurs joueurs ne se blessent pas trop durement, comme ce fut le cas de Camille Lopez, ouvreur qui avait franchi un cap la saison passée, et qui sera absent cinq mois pour une fracture de la malléole.

Michel Escatafal

Publicités

Une raclée ? Oui, mais c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux

bleusComme l’a écrit Eurosport : «  Du mental, de la ressource et du talent, ces Bleus-là sont exceptionnels ». Ah, j’oubliais de préciser qu’on parlait des volleyeurs, champions d’Europe après avoir remporté la Ligue Mondiale il y a quelques mois, ce qu’on aurait aussi pu dire des handballeurs et même à un degré moindre des basketteurs. Et curieusement on parle beaucoup moins d’eux, que de nos rugbymen…qui ne sont même plus bleus, mais rouges de honte. Et pourtant, notamment pour les handballeurs et plus encore pour les basketteurs, ce sont des stars planétaires, ce que ne sont pas les joueurs de rugby français. Désolé, mais on connaît plus dans le monde Parker ou Diaw, ou encore Karabatic que Dusotoir ou l’inévitable Morgan Parra qui, tel que c’est parti, finira sa carrière avec 150 sélections. Les sélectionneurs passent, notre rugby est en train de trépasser, mais Parra survit à tout. Et comme il a à peine 27 ans, il faudra sans doute attendre 2023 pour le voir prendre sa retraite.

Pourquoi encore une fois évoquer le cas de Parra, me direz-vous ? Parce que c’est le symbole de notre rugby à l’échelle mondiale, à savoir un bon demi de mêlée, un très bon buteur, et c’est tout. Mais alors pourquoi Lièvrement et Saint-André ont toujours pensé à lui depuis 8 ans ? Parce qu’il représente l’archétype du joueur français, tel que le veulent les sélectionneurs. Il ne risque pas de sortir du lot par ses capacités physiques ou techniques, mais il est considéré comme très important pour ses avants qui voient en lui un petit chef à la fois filou et autoritaire. Une sorte de Fouroux, le charisme en moins. Problème, tout cela est très insuffisant pour le rugby d’aujourd’hui au plus haut niveau, où dominent la technique, mais aussi la puissance et la vitesse, deux atouts que Parra n’a pas et n’aura jamais. Et pourtant on le sélectionne qu’il soit bon ou mauvais, ce qui fait de lui un handicap pour tout autre demi de mêlée, fut-il meilleur que lui, parce que cet autre numéro 9 sait qu’à la moindre pénalité manquée ou à la moindre erreur il perdra sa place…au profit de Parra. Il suffit d’ailleurs de constater ce qui s’est passé après le match contre l’Irlande pour s’apercevoir que Parra est sans doute le joueur le plus incontournable aux yeux des sélectionneurs, mais aussi, plus curieusement, des journalistes. Contre l’Irlande, il y a dix jours, Tillous-Bordes (demi de mêlée de Toulon) a réalisé une partie indigne du haut niveau international, même avec l’excuse de jouer derrière un pack balloté.  Il a donc été remplacé bien avant l’heure de jeu par Parra, lequel a été encore plus mauvais, ratant quasiment tout ce qu’il entreprenait. On aurait dit un enfant perdu dans un jeu d’hommes.

Résultat, pour affronter les All Blacks surpuissants, au lieu de faire jouer Kockott, on sélectionne de nouveau Parra pour soi-disant améliorer le niveau de l’équipe et pour ses qualités de buteur, ce qui témoigne d’ailleurs de l’état d’esprit du sélectionneur. Il fallait défendre et mettre les pénalités qu’on ne manquerait pas d’avoir si les All Blacks étaient contrés. Cela a marché au début du match…sauf que Parra a manqué une pénalité facile d’entrée. Or si Parra n’est pas fiable comme buteur, il ne sert à rien. La preuve, même Rugbyrama, qui pourtant ne figure pas parmi ses détracteurs, l’a trouvé d’une incroyable lenteur, au point de reconnaître que Kockott en dix minutes a montré plus de choses que Parra en soixante-dix. Le site de rugby aurait même pu ajouter que Kockott est rentré au moment où le XV de France prenait l’eau de toutes parts, à commencer par notre paquet d’avants complètement à la rue.

Désolé de parler une fois encore de Parra…pour le critiquer, mais hélas, et je le regrette profondément, il n’a pas le niveau d’un grand demi de mêlée, alors que notre pays en a eu tellement avec ses Dufau, Danos, Lacroix, Astre, Barrau, Gallion, Berbizier, Galthier ou Elissalde. Problème, si on sélectionne Parra plus qu’on n’a jamais sélectionné les grands demi de mêlée du passé, c’est parce qu’on a oublié que notre pays est celui qui a toujours été capable jusqu’en 2007 de battre n’importe qui, parce qu’il avait dans ses rangs des joueurs hors-normes. Et nous n’en avons plus, du moins parmi les joueurs qui sont régulièrement appelés en Equipe de France. Cela signifie-t-il que le réservoir est tari ? Je ne crois pas, mais les joueurs opérant en Equipe de France semblent se comporter comme des robots, ne prenant aucun risque, se contentant de défendre et de pousser fort en mêlée pour les avants. Et cela, au moment où toutes les grandes équipes, jouent un rugby très ouvert, envoient du jeu comme on dit, dans le but de marquer plus d’essais que les autres, les buteurs servant surtout à transformer les essais, comme au rugby à XIII. Voilà le drame du XV de France, et voilà comment il a pris plus de 60 points contre les All Blacks, après avoir été battu 24-9 par les Irlandais, ce qui n’était pas cher payé, tellement le XV de France avait paru impuissant.

On comprend pourquoi, après quatre ans d’errements, le bilan de Philippe Saint-André est extrêmement négatif, avec 20 victoires, 2 nuls et 23 défaites, dont quelques grosses raclées, sans parler du classement de la France sur les quatre derniers Tournois des six Nations (4e, 6e, 4e et 4e). Cela d’ailleurs ne l’empêchait pas de proclamer haut et fort qu’on visait le titre mondial, surtout après trois mois de préparation qui devaient suffire à gommer les imperfections de son équipe. Problème, même en gravissant les cols les plus escarpés, même en soulevant des tonnes et des tonnes de fonte, cela ne compensera pas le manque de classe de nombreux joueurs de ce XV de France. Et puis, les Français ne sont pas les seuls à préparer le grand rendez-vous quadriennal de la Coupe du Monde! La preuve, mis à part l’Angleterre, qui figurait dans la poule de la mort avec l’Australie et le Pays de Galles, les autres nations britanniques ont fait beaucoup mieux que le XV de France face à leurs rivaux du Sud. Rappelons-nous quand même que les Ecossais, que les supporters franchouillards considèrent comme largement inférieurs aux Français, n’ont été battus que d’un point par l’Australie, sur une décision plus que douteuse de l’arbitre, Mr Joubert. Mais si les Ecossais ont été si près de réaliser l’exploit, tout comme les Gallois face aux Sud-Africains, c’est parce qu’ils n’ont pas peur de prendre des risques, et parce que dans leur équipe il y a plusieurs joueurs capables de « jouer du piano » comme disait Pierre Danos, merveilleux demi de mêlée lors de la tournée victorieuse en Afrique du Sud en 1958, alors que chez nous il y a surtout des déménageurs ou alors des non-déménageurs qui ne savent pas jouer du piano.

Cependant pour de nombreux supporters le bouc-émissaire est tout trouvé : c’est le Top 14 et ses cadences infernales. Cela étant, est-ce la faute du Top 14 si un nombre infime de ballons d’attaque arrivent jusqu’à l’aile quand le XV de France rencontre une grande équipe. Non, si nous en sommes là, c’est parce qu’on se cantonne dans un jeu restrictif ou parce qu’on fait tomber ces ballons suite à de mauvaises passes. Est-ce la faute du Top 14 si Picamoles, pourtant un des rares à surnager samedi dernier, est l’élément qui amorce l’énorme déroute française en tombant dans le panneau de la provocation, comme un jeune de 15 ans, avec son petit coup de poing sur Mac Caw, qui empêche les Français de se rapprocher des Blacks, compte tenu de la facile pénalité à convertir, l’arbitre retournant la pénalité et infligeant un carton jaune justifié au Toulousain. Cela n’aurait rien changé sans doute, mais le constat est là. De plus des joueurs comme Gorgoze, Mafi, Sanchez et plus encore Habana, Giteau ou Mitchell, qui opèrent dans nos équipes du Top 14, ont été ou sont très bons avec leurs équipes respectives…bien meilleurs que nos « stars françaises », formées en France. Au passage, cela m’amène à dire qu’il est difficile de ne pas comprendre les présidents de clubs qui préfèrent acheter un joueur sud-africain, australien, néo-zélandais, argentin, fidjien ou samoan, presque toujours beaucoup moins cher que les joueurs français internationaux ou formés en France. Et j’ajouterai qu’on est bien content de regarder les matches en tribunes ou à la télévision avec les joueurs dont j’ai parlé, avec aussi il y a peu Wilkinson, Kelleher ou Sonny Bill Williams qui ont joué en France, et bientôt des Carter, Nonu, Vermeulen et sans doute Quade Cooper et James O’Connor, pour ne citer qu’eux. Certes certains d’entre eux ont plus de 30 ans, mais allez dire aux joueurs de l’Equipe de France que Nonu et Carter, par exemple, sont bons pour la retraite !

Ah les étrangers ! Voilà les grands mots ! En France on ne les aime pas, quels qu’ils soient, et même s’ils nous aident à avoir une très grosse équipe, comme le PSG en foot ou en handball. Cela dit, on notera que les migrants étrangers préfèrent les autres pays au nôtre. La preuve : ils veulent aller au Nord de l’Europe, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, plutôt que rester chez nous s’ils transitent par notre pays. Comme on les comprend ! Fermons la parenthèse et revenons au rugby, pour admettre que notre formation n’est plus au niveau requis pour briller à l’échelon international. Je suis persuadé qu’un Fofana, un Dulin ou un Maestri, pour citer des joueurs sélectionnés samedi dernier seraient bien meilleurs s’ils avaient toujours joué en Australie, en Afrique du Sud ou en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans les nations britanniques. Pourquoi ? Parce que dans notre pays, royaume de ce que les Britanniques appelaient autrefois le « french-flair », on privilégie la puissance à la technique. Rappelons-nous que nombreux furent ceux qui expliquaient il y a 60 ans, qu’une des grandes forces du FC Lourdes de l’époque était précisément de répéter pendant des heures à l’entraînement les gestes de base du rugby, la passe par exemple. Comment se fait-il que les All Blacks, qui attaquent tout le temps, ne font quasiment jamais tomber le ballon ? Parce qu’ils cherchent perpétuellement la perfection, comme les Lourdais dans les années 50 ou les Montois dans les années 60.

Evidemment évoquer ces deux époques fait peut-être ringard aux yeux de certains, sauf que les valeurs travail et technique sont indissociables. Et si j’écris cela, c’est parce que je suis tellement triste en lisant les commentaires affligeants de certains ridicules supporters cocoricos et chauvins, qui évoquent…le dopage, pour justifier la supériorité des Néo-Zélandais et le fameux 62-13. Voilà,  dans notre pays, quand on n’a plus d’arguments on finit par parler de dopage. Si Pinot ou Barguil ne battent pas dans le Tour, le Giro ou la Vuelta, Contador, Froome, Quintana, Aru ou Nibali, c’est parce que les autres, tous étrangers, se dopent. Ahurissant !!! Comme si les All Blacks n’avaient que leur puissance pour battre les Français ! En fait ces All Blacks ressemblent aux « bleus » d’antan, à base lourdaise, montoise ou toulousaine ces dernières années alors que nous…Un dernier mot enfin, pour parler des remarques presqu’aussi attristantes de certains consultants de radio ou télé qui jouaient la langue de bois après la déroute,  et n’osaient pas regarder la réalité en face. Cependant ceux-là avaient une bonne excuse, parce qu’ils sont toujours dans le milieu comme joueurs ou entraîneurs ou parce qu’ils espèrent l’être un jour sans doute. Néanmoins, et c’est peut-être le plus rassurant, tout le monde reconnaissait qu’il y a un immense chantier à exécuter pour redonner des couleurs au XV de France, avant de lui rendre son lustre d’autrefois. Ce sera sans doute le travail de Novès, en espérant qu’il saura profiter de ses multiples titres pour former une nouvelle équipe avec des jeunes, quitte à ne pas obtenir le succès tout de suite, et à faire patienter sa hiérarchie, laquelle a aussi une grande part de responsabilité dans ce Waterloo. De toute façon, en misant tout sur une trentaine de joueurs avec des jeunes talents de moins de 25 ou 26 ans, encadrés par quelques anciens pas trop éloignés de la classe internationale, et en faisant preuve de continuité, il ne pourra pas faire pire que Saint-André. Toutes les grandes équipes le sont devenues de cette manière, alors que Saint-André a utilisé en quatre ans plus de 80 joueurs, dont 34 pour le Tournoi 2014 ! N’en jetons plus, car tout est consommé !

Michel Escatafal


L’AS Clermont Auvergne condamnée à être un magnifique perdant ?

as clermontEt si l’on parlait à nouveau de rugby, surtout après une finale de championnat de France, ou si vous préférez de Top 14, à la fois indécise et ennuyeuse, remportée par le Stade Français sur un score d’un autre âge (12-6). On se serait cru revenu à la belle époque du championnat à 64 clubs, sauf qu’à ce moment le rugby n’était pas professionnel. Ou plutôt ne l’était pas vraiment, ce qui suffit à trouver des excuses au déroulement de certaines finales, alors qu’aujourd’hui…Il est vrai que de nos jours l’enjeu prime encore plus le jeu qu’autrefois, parce qu’il y a tellement plus d’argent à la clé. Cela ne signifie pas pour autant que le rugby soit moins attractif, sauf qu’il est évidemment plus dur que quelques décennies auparavant. Certains ont même profité de la mort ce lundi, suite à un plaquage, d’un jeune joueur australien, James Ackermann, pour relancer le sujet de la violence des contacts dans ce sport. Certes les chocs d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux que l’on a connus il ya 30 ou 40 ans, mais les joueurs sont aussi mieux préparés qu’ils ne l’étaient à ces époques. En outre, des accidents il y en a toujours eu dans le rugby, par exemple en 1930, quand l’Agenais Michel Pradié, grand espoir (18 ans) du S.U. Agen au poste d’ailier, décéda peu après la demi-finale du championnat de France contre la Section Paloise, suite là aussi à un plaquage. En fait, pour aussi terrible que cela puisse être, il y a simplement une part de fatalité dans de telles circonstances, comme il y en a dans chaque accident mortel, ce qui ne devrait engager aucune polémique supplémentaire suite à ce drame. Pour autant il n’est pas interdit de s’interroger sur les multiples blessures que subissent les rugbymen professionnels, blessures dues autant à la dureté des entraînements que des matches. Par exemple, n’y-a- t-il pas trop de matches dans la saison, avec la multiplication des matches internationaux et autres tournées souvent inutiles ?

Voilà pour le préambule de ce que j’allais écrire sur cette finale de Top 14 entre le Stade Français et l’AS Clermont Auvergne, en soulignant que je ne vais évidemment pas revenir sur le déroulement du match, d’une part parce qu’il n’y a pas grand-chose à en dire, et d’autre part parce que les journaux ou sites sportifs s’en sont chargé, quitte à trouver à cette rencontre des vertus là où il n’y en avait pas ou si peu. Néanmoins tout le monde s’accorde à reconnaître que le fait pour Parra de rater deux pénalités, a priori faciles, a sérieusement compliqué l’affaire pour l’AS Clermont. En même temps, cela a confirmé ce que je ne cesse d’écrire sur ce site, à savoir que ce joueur  n’a rien d’un grand demi de mêlée, même s’il compte 54  sélections en Equipe de France.

Cela dit, comment Clermont aurait-il pu gagner ce match avec le niveau de jeu que les Auvergnats nous ont proposé ? Déjà la semaine précédente, en demi-finale contre le Stade Toulousain, l’AS Clermont s’était qualifiée dans la douleur, ce qui laissait penser que les Clermontois éprouveraient encore plus de difficultés à terrasser les Parisiens du Stade Français, lesquels venaient coup sur coup d’éliminer le plus régulièrement du monde le Racing et le RC Toulon. Et qu’on ne vienne pas nous expliquer que le RC Toulon était démobilisé après sa victoire en Coupe d’Europe, car ce serait faire injure à la fois aux joueurs toulonnais et à ceux du Stade Français.

Certes il est facile après coup de trouver aux Clermontois des excuses, par exemple les blessures de certains joueurs clés comme l’ailier Nakaitaci, les centres Fofana et Davies, sans oublier le deuxième ligne canadien Cudmore, mais un club comme Clermont devrait pouvoir composer une belle équipe malgré ces absences. Le rugby se joue certes avec 15 joueurs sur le terrain, mais dans les grands clubs les remplaçants valent souvent les titulaires. D’autres vont évoquer le rôle de l’arbitre, mais ce dernier a fait son travail le soir de la finale, et il serait profondément injuste de l’accuser d’avoir favorisé les Parisiens. Enfin je suis de ceux qui ne croient pas à la malédiction qui s’abat sur les Clermontois à chaque finale, sous prétexte qu’ils ont en perdu 11 entre 1936 et 2015 pour ce qui concerne le Bouclier de Brennus, et 2 pour la Coupe d’Europe. La preuve, ils en ont quand même gagné une en 2010 (finale du Top 14) en battant l’USAP. En outre, les plus anciens nous feront remarquer qu’ils ont aussi remporté deux fois feu le Challenge du Manoir, l’équivalent de la Coupe de France ou de la Coupe de la Ligue en football, à l’époque du rugby amateur.

Fermons la parenthèse pour noter que finalement l’ ASM  Clermont Auvergne n’a pas à avoir trop de regrets d’avoir laissé le titre au Stade Français, parce que tout simplement ce n’est pas une très grande équipe. On l’avait déjà constaté contre le RC Toulon en finale de la Coupe d’Europe, il y a quelques semaines (défaite 18-24). Est-ce pour autant une grande équipe ? Difficile à dire, même si le club auvergnant dispose de quelques joueurs de très grand talent comme le troisième ligne centre néo-zélandais Lee, l’ouvreur Brock James, hélas plus très jeune, ou l’arrière anglais Abendanon. Cela étant, reconnaissons que la charnière de cette équipe (Lopez-Parra), qui est aussi celle de l’équipe de France ( !!!), est vraiment trop faible pour qu’on attribue à l’équipe alignée lors de cette finale au coup d’envoi le label de « grande équipe ».  Lopez n’est décidément pas un grand numéro 10, tant dans son jeu au pied que comme chef d’attaque, et Morgan Parra est très loin d’avoir le niveau des meilleurs demis de mêlée qu’a connu le XV de France. C’est un constat hélas, et si j’écris cela c’est parce que je suis triste à l’idée que le ou les sélectionneurs, tous anciens joueurs internationaux, n’aient pas voulu s’en apercevoir.

Certains aussi ont été choqués de la réaction du coach clermontois (Azéma) qui affirmait après le match que cette défaite était injuste, et qu’il était fier de ses joueurs. Pourquoi non plus ne pas dire que perdre cette finale ce n’était pas la fin du monde ! Encore un entraîneur qui considère qu’une défaite peut-être magnifique ! J’exagère à peine, mais j’ai du mal à accepter ce type de réaction…que le sport français a tellement connu par le passé. Dans notre pays on ne hait pas la défaite, à commencer par les techniciens. Résultat, on forme des supporters soient fatalistes, soient haineux, parfois les deux au point d’être contents  quand un club français est battu en ¼ de finale de la Ligue des Champions de football par un club étranger (PSG-Barça). Il arrive aussi que l’on soit carrément odieux dans notre pays avec les étrangers qui battent les Français. C’est le cas dans le vélo, sport où l’on déteste par exemple Contador ou Froome…parce qu’aucun coureur français n’est capable de les battre à la régulière dans un grand tour. On est aussi odieux souvent vis-à-vis des étrangers qui jouent dans nos clubs ou en Equipe de France. Il suffit de voir comment on traite un joueur de rugby comme Kockott, sans parler des commentaires hallucinants de certains franchouillards vis-à-vis du RC Toulon et de ses stars étrangères. A ce propos, ceux-là n’ont pas fini de tousser en voyant les noms des joueurs engagés par le RC Toulon ces dernières semaines, car c’est du « très lourd »! Et pourtant tous ces gens aussi obtus que stupides devraient être heureux de pouvoir aller applaudir des stars comme Nonu, Cooper, Manoa, O’Connell ou Matt Stevens. Et bien non, ils ne sont pas contents, même si cela permet à un club français de remporter la Coupe d’Europe.  Bref, le supporter de base français est plein de contradictions, et c’est pour cela que le sport français est à sa place dans le concert mondial, et que nous sommes rarement les meilleurs dans les grands sports médiatiques. Mais, je le répète : ce supporter là est aussi à l’unisson des techniciens qui œuvrent dans le sport français.

Cela dit, revenons sur l’AS Clermont-Auvergne pour noter que chaque fois que ce club perdit  une finale, il en fut souvent le favori. Ce fut le cas en 1936 contre Narbonne (6-3), plus encore en 1937 contre Vienne (13-7), et que dire de 1970 où les Montferrandais étaient archi favoris face à La Voulte (3-0). Les dirigeants voultains à l’époque avaient même fait brûler un cierge en provenance de Verdelais (près de Langon en Gironde), parce la Vierge de Verdelais faisait des miracles, selon la croyance. Mais rien n’y fit, et tout alla mal pour les Clermontois malgré la faillite des buteurs voultains, notamment Guy Camberabero, dont un drop s’écrasa sur le poteau à la dernière minute. Et pourtant la France du rugby a-t-elle connu buteur plus précis que Guy Camberabero ? Sans doute pas, du moins avant l’apparition du tee, qui rend quand même les choses plus faciles, surtout avec un terrain aussi lourd que celui du Stadium de Toulouse le 17 mai 1970. Ceci dit, revenons à mon propos antérieur pour dire que la malchance de l’AS Clermont Auvergne aura été de tomber ces dernières années, en fait depuis 1999, contre les deux meilleures équipes du nouveau siècle, le Stade Toulousain et le RC Toulon, qui l’ont emporté sur les Auvergnats à chaque confrontation en finale, ce qui évidemment fait dire que les uns ont « la culture de la gagne » et pas les autres. Mais on peut aussi écrire que les uns étaient tout simplement un peu plus forts. En revanche cette année le Stade Français semblait avoir une « fraîcheur » qui faisait cruellement défaut aux Montferrandais, notamment ceux qui étaient censés être leurs leaders…qu’ils ne sont pas. En attendant bravo au Stade Français, qui a tout l’avenir devant lui pour retrouver un rang perdu depuis 2007. Mais il faudra battre le RC Toulon…

Michel Escatafal


Doussain et Picamoles : ça ressemble un peu à Gachassin et les Boni en 1966

DoussainPicamolesAvant de parler rugby, je voudrais dire deux mots à propos de deux informations récentes qui m’ont interpellé, à savoir le fait que le xénon (gaz rare) soit un produit dopant efficace et indécelable…depuis plus de dix ans, et la victoire de Pervis aux championnats du monde de cyclisme sur piste qui se déroulent en ce moment à Cali. Parlons d’abord de ce fameux xénon qui fait la une de l’actualité sportive depuis la fin des J.O. de Sotchi, en notant qu’après dix ans d’applications plus ou moins prouvées, l’Agence mondiale antidopage (AMA) commence (enfin !) à s’y intéresser de près. Cette même AMA qui fut si prompte à condamner Contador à deux ans de suspension pour quelques traces de clembutérol dans ses urines, alors que le xénon est infiniment plus puissant comme dopant, sans le moindre risque d’être pris par la patrouille antidopage.

Certes, je suis supporter de Contador, mais qui peut croire que le Pistolero aurait été assez naïf pour prendre sciemment un produit interdit et très facilement détectable, alors qu’il avait à sa disposition le xénon qui est indécelable. A moins qu’il n’ait pas eu connaissance du xénon…qui doit toutefois ne pas être un produit inconnu dans le peloton, même si son application doit être extrêmement pointue à mettre en œuvre, sauf à prendre de gros risques pour la santé des coureurs. En tout cas, voilà une preuve de plus que dans le sport les contrôles ont toujours un train de retard sur les nouveaux produits, ce qui n’empêche pas le cyclisme (seul sport à agir ainsi) de changer constamment les palmarès des courses et de jeter l’opprobre sur ses champions.

Pour quel bénéfice ? Aucun, si j’en crois le nombre de réactions chez nous  suite à la victoire cette nuit de Pervis, pourtant un de nos plus grands champions, tous sports confondus. Pauvre vélo, qui ne cesse de s’infliger des blessures d’autant plus mortelles que cela ne fait que le discréditer un peu plus aux yeux des instances sportives, au point de voir le CIO en faire une variable d’ajustement pour son programme olympique, alors que le vélo est une discipline historique des Jeux Olympiques. Cela dit, passons à autre chose et parlons rugby, autre sport où son fonctionnement depuis l’apparition du professionnalisme est presque aussi attristant que celui du cyclisme.

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs pour ce qui concerne le XV de France, ce qui est valable aussi pour d’autres sports, notamment le football. C’est toujours la même chose, chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Saint-André on a du mal à imaginer que son bail aille au-delà de la prochaine Coupe du Monde…à moins de la gagner, ce qui paraît inconcevable aujourd’hui.

Or la Coupe du Monde c’est l’année prochaine, et le moins que l’on puisse dire est que nous ne la préparons pas comme nous devrions le faire en tant que grande nation de rugby. Oui, j’ai bien dit grande nation de rugby, parce que la France compte un nombre considérable de joueurs licenciés (un peu moins de 300.000), en comparaison avec la Nouvelle-Zélande (145.000) ou l’Australie (200.000). Certes nous sommes loin de l’Angleterre (plus de 700.000), ou de l’Afrique du Sud (plus de 450.000), mais nous nous situons à la troisième place dans le (petit) monde du rugby, ce qui n’est pas rien.

Cela dit, parmi les cinq pays que je viens de citer, la France est la seule nation à ne pas avoir remporté la Coupe du Monde, ce qui démontre que quelque chose ne tourne pas rond dans notre rugby national. Et ce n’est pas nouveau, car à part quelques périodes fastes comme le sport français en général sait en avoir de temps en temps, le XV de France a rarement été au rang où il devrait être compte tenu du nombre de joueurs opérant dans notre pays. Compte tenu aussi du fait que le Top 14 est sans doute le meilleur championnat au monde, réflexion qui va peut-être en agacer certains, les mêmes affirmant que cela peut-être un handicap pour l’équipe de France en raison du nombre considérable de joueurs étrangers opérant dans notre pays, et pas seulement dans le Top 14.

Mais il n’y a pas que cela, à commencer par la très mauvaise gestion de ce Top 14. Sur ce plan le rugby français est resté très amateur, et pas du tout professionnel. La preuve, un club comme le Stade Toulousain, plus grand club français de l’histoire de notre rugby, au-dessus du FC Lourdes, de l’AS Béziers ou du SU Agenais, pourrait très bien se voir écarter des demi-finales du Top 14 parce que ses effectifs sont décimés par l’Equipe de France, en raison des nombreux doublons générés par les matches internationaux. Voilà un problème complètement abracadabrantesque que notre rugby professionnel est incapable de résoudre, parce qu’on ne veut pas réduire le nombre de matches joués par les clubs de l’élite. Pourquoi, en effet, ne pas créer deux poules de dix franchises, avec, pour conclure le championnat, deux demis finales et la finale, les deux premiers de chaque poule étant qualifiés pour les demi-finales.

Cela ferait au total un maximum de vingt matches de championnat dans la saison contre vingt huit aujourd’hui, ce qui fait une énorme différence. Et même avec les coupes européennes en supplément (ce qui ne change rien puisqu’elles existent déjà), on ne serait plus dans les mêmes cadences infernales. Enfin, cela permettrait de faire reposer les joueurs les jours de matches internationaux, mis à part évidemment les sélectionnés. Certains vont me dire que cette solution apparaît trop simpliste, parce que nos clubs veulent jouer un maximum de matches pour pouvoir payer les charges de plus en plus lourdes auxquelles ils sont confrontés. C’est une hérésie d’affirmer pareille chose, dans la mesure où nombre de clubs sont contraints d’avoir un effectif plus important pour couvrir la saison et les doublons, sans oublier les jokers médicaux de plus en plus nombreux en raison des cadences infernales évoquées précédemment (voir mon article  Les affres du rugby professionnel…)

Mais tous ces problèmes relevant du plus pur amateurisme sont aggravés par l’incompétence des décideurs de la Fédération, lesquels semblent incapables en plus de s’offrir un sélectionneur au top. Qu’avait fait Saint-André à Toulon avant d’intégrer le XV de France, alors qu’il avait à sa disposition un matériel humain incomparable ou presque ? Poser la question c’est y répondre, et force est de reconnaître qu’un de ses prédécesseurs à la tête du XV de France, B. Laporte, a beaucoup mieux réussi que lui dans ses fonctions d’entraîneur du RC Toulon, comme il avait obtenu de bien meilleurs résultats à la tête de l’équipe de France. En fait, Laporte a surtout manqué sa Coupe du Monde en France (en 2007), même si la victoire finale s’est peut-être jouée dans les dernières minutes de la demi-finale contre l’Angleterre, sur une cuillère miraculeuse et désespérée d’un Anglais sur Vincent Clerc filant à l’essai, à quelques mètres de la ligne d’en-but.

En outre, sans être doté d’un jeu vraiment emballant, le XV de France sous l’ère Laporte avait beaucoup progressé en discipline, ce qui était une nouveauté pour le rugby français. Enfin, ce même Laporte avait su donner ou redonner au XV tricolore une culture de la mêlée aujourd’hui perdue…ce qui est une nouveauté pour le rugby français au niveau international, après de nombreuses années où les Français étaient intraitables dans ce secteur de jeu. Ce l’était tellement que Marc Lièvremont, l’ancien sélectionneur, en avait presque fait une manière de jouer, misant tout sur la puissance de sa mêlée pour offrir des pénalités à ses buteurs. Aujourd’hui le XV de France n’a plus cette arme, ce qui le rend extrêmement vulnérable, vu que Saint-André a été incapable d’offrir à son équipe un schéma de jeu cohérent.

Saint-André a aussi un autre défaut extrêmement ennuyeux pour un manager, à savoir ne pas reconnaître ses responsabilités dans les manques actuels du XV de France. J’ai été outré de la manière dont on a condamné Doussain et Picamoles à l’issue du match contre le Pays de Galles. Comme si ces deux joueurs portaient sur leurs seules épaules les insuffisances de notre rugby professionnel! Certes Picamoles n’a pas été aussi important et fringant que d’habitude. Certes Doussain a été loin d’évoluer au niveau d’excellence qui est le sien depuis le début de la saison avec le Stade Toulousain, et même avec l’équipe de France contre l’Angleterre et l’Italie. Peut-être tout simplement était-il fatigué par les deux matches du Tournoi, plus celui disputé la semaine avant avec son club, ce quatrième gros match étant au-dessus de ses forces ?

En outre, comme je ne cesse de le répéter, si par malheur un demi de mêlée manque son match, il est immédiatement remplacé par…Parra. Et oui, le revoilà le numéro 9 de Clermont-Ferrand, avec son pied gauche qui, il faut le reconnaître, est incontestablement le plus sûr des sélectionnés du XV de France, en attendant que Kockott soit sélectionnable, ce qui règlerait le problème dans la mesure où Kockott est aussi précis que Parra sur les coups-de-pied placés, et bien supérieur comme joueur de rugby. Cependant pour marquer des points avec les pieds, il faut avoir la possibilité de pouvoir passer des pénalités, ce qui veut dire aussi dominer son adversaire en jouant dans son camp et en dominant son sujet à commencer par la mêlée, comme je le disais précédemment. De plus, comme Saint-André le savait ou aurait dû le savoir, Parra n’est pas sélectionnable, malgré la mansuétude de la Commission de discipline à son égard, à la suite de sa deuxième expulsion en moins de quatre mois en championnat dimanche dernier.

Pourquoi dans ces conditions l’avoir sélectionné, sachant que la Commission ne pouvait en aucun cas ne pas sanctionner Parra puisqu’il y avait récidive ? Pourquoi aussi l’avoir sélectionné et enfoncer un peu plus Doussain, alors que Saint-André a pris pour prétexte les mots de Picamoles avec l’arbitre pour le sanctionner pour un comportement  irrespectueux, disant que « le respect est le socle de nos valeurs » et « qu’il est important d’envoyer un signal à tous les joueurs et de rappeler qu’avoir le privilège de porter le maillot orné du coq leur impose des devoirs et des obligations ». Très bien, mais alors pourquoi sélectionner un joueur sorti pour brutalité à deux reprises en moins de quatre mois, qui plus est un joueur comptant plus de 50 sélections ? Et que dire du comportement de Papé, le capitaine, qui fustige son jeune équipier Bonneval, pour ne pas avoir récupéré une passe qu’il lui avait adressé, alors que cette passe était irrattrapable. Voilà ce que je voulais dire aujourd’hui à propos de Saint-André, qui n’est vraiment pas l’homme de la situation pour le XV de France. Quel dommage que Guy Novès, le manager toulousain, qui au passage a vigoureusement défendu Doussain après son match contre les Gallois, ne veuille pas de la place occupée par Saint-André ! Cela étant Novès est trop professionnel, et connaît trop bien son sujet…et le fonctionnement des instances de notre rugby pour se lancer dans pareille aventure.

Michel Escatafal


Dulin et Machenaud, agenais comme Razat et Lacroix

Il y a eu ces derniers jours un évènement important dans notre rugby avec d’abord la victoire contre l’Argentine chez elle (le 23 juin), et ensuite la présence de deux internationaux agenais dans l’équipe de France. Oh certes, ce n’était pas une première, car le Sporting Union Agenais fut un fournisseur important du XV de France, mais c’était à une époque qui aujourd’hui paraît bien lointaine. Une époque où le rugby n’était pas professionnel, même si les joueurs l’étaient quand même un tout petit peu, mais à des années lumière de ce que nous voyons de nos jours en terme de préparation physique et mentale. C’était un autre monde, où le rugby était extraordinairement vivant dans les clubs des petites villes (Lourdes, Mont-de-Marsan, Dax, Agen, Montauban, Mazamet, Béziers, Narbonne, La Voulte etc.), contrairement au rugby du nouveau siècle de plus en plus concentré dans les grandes agglomérations (voir mon article  « Le rugby pro ne peut exister que dans les grandes villes »).

Curieusement, de tous ces clubs qui formaient l’élite autrefois, un des seuls à avoir survécu au plus haut niveau est le S.U. Agenais…mais pour combien de temps ? Si j’ose cette question, c’est parce que le club lot-et-garonnais vient de trouver deux pépites qui ont fait leurs débuts en équipe de France, Brice Dulin et Maxime Machenaud, mais qui la saison prochaine n’appartiendront plus à l’effectif du S.U.Agenais. Ces deux joueurs, en effet, opèreront qui au Castres Olympique et qui au Racing Métro 92, deux clubs qui viennent de disputer les barrages du Top 14, objectif hors d’atteinte actuellement du S.U. Agenais.

J’ai dit précédemment que ce club fut un de ceux qui ont le plus apporté au XV de France, mais j’aurais dû ajouter en qualité plus encore qu’en quantité. Non seulement il y eut beaucoup de joueurs sélectionnés issus du S.U. Agenais, mais le rôle d’un certain nombre d’entre eux fut tout simplement considérable. Sans remonter trop loin, le capitaine de l’équipe de France entre 1948 et 1952 fut Guy Basquet, emblématique troisième ligne centre du S.U.A., accompagné en 1948 par l’ailier Pomathios. Dix ans plus tard, dès le début des années 60, les Agenais allaient faire un retour en force en équipe de France avec le demi de mêlée Pierre Lacroix, mais aussi le seconde ligne Louis Echavé, ou encore l’arrière Razat, sans oublier un fantastique troisième ligne aile, Michel Sitjar, qui fut loin de faire la carrière que ses dons lui promettaient, ou le pilier Michel Lasserre qui fit partie de l’équipe du grand chelem en 1968 et qui joua en équipe de France jusqu’en 1971.

En 1969, il fut rejoint dans le XV de France par un excellent troisième ligne, Pierre Biémouret. A la même époque, ce sera le talonneur Bénésis (ancien du R.C. Narbonne) qui fera les beaux jours de la mêlée française jusqu’en 1974. Puis ce sera au tour de Bernard Viviès de porter le maillot tricolore lors du Tournoi des Cinq Natione 1978, juste avant l’avènement d’un pilier qui allait devenir plus tard, un brillant talonneur et un des plus célèbres capitaines du XV de France, Daniel Dubroca. Ce dernier aura appartenu à deux équipes de France qui auront marqué l’histoire de notre rugby : celle de 1979 qui battit les All Blacks chez eux en Nouvelle-Zélande (14 juillet 1979) et celle de 1987 qui alla en finale de la première Coupe du Monde, dont Dubroca était le capitaine. Un autre grand avant agenais allait accumuler les sélections dans les années 80, le troisième ligne Dominique Erbani (46 sélections entre 1981 et 1989), époque où jouait aussi un autre monstre sacré de notre rugby, le trois-quart centre Philippe Sella, un des plus grands attaquants de l’histoire du rugby (111sélections entre 1982 et 1995). Sella forma notamment avec Codorniou une des plus belles paires de centre du XV de France, toutes périodes confondues.

Un autre immense joueur agenais a marqué l’histoire dans les années 1990, Abdel Benazzi. Tout le monde se rappelle son essai refusé en demi-finale de la Coupe du Monde 1995 en Afrique du Sud, essai qui aurait propulsé l’équipe de France en finale et qui lui aurait peut-être permis de conquérir le titre mondial…après lequel elle court toujours. Benazzi était un fantastique avant, remarquable en touche, impressionnant de détente et de tonicité, capable de jouer indifféremment avant aile, troisième ligne centre ou seconde ligne. Il totalisera 78 sélections en équipe de France. A la fin des années 90, le S.U. Agenais offrira au XV de France un autre joueur de grande classe, Philippe Benetton, grand troisième ligne aile qui totalisera 59 sélections entre 1989 et 1999. Et puisque je parle des grands joueurs agenais, je n’oublierai pas Christophe Lamaison qui opéra au S.U. Agenais entre 2000 et 2002, recordman des points marqués en équipe de France avec 380 points.

Evidemment d’autres joueurs du S.U.A. ont porté le maillot du XV de France, mais je n’ai cité que ceux qui ont réellement marqué son histoire. Cela dit, je voudrais dire quelques mots sur deux anciens joueurs d’Agen à qui je pensais en voyant évoluer Dulin et Machenaud, à savoir J.P. Razat et Pierre Lacroix. Jean-Pierre Razat, que l’on avait surnommé « Goupil », est sans doute un des joueurs les plus doués qu’il m’ait été donné de voir jouer. Capable d’opérer avec le même bonheur au centre et à l’arrière, c’est malgré tout à ce poste qu’il s’est le mieux exprimé dans les années 60. C’est aussi à cette place qu’il obtint ses quatre sélections dans le XV de France. Oui j’ai bien dit quatre sélections, ce qui est très peu pour un joueur aussi doué, qui a surtout eu la malchance de participer à des matches où le XV de France ne fut guère brillant, sauf contre l’Irlande à Dublin. Ainsi, contre la Roumanie en 1962 à Bucarest qui vit la défaite du XV de France(3-0) et en 1963 à Toulouse (match nul 6-6), Razat ne fut guère à son avantage. En 1963, il coûta un essai en ne récupérant pas un coup de pied adverse relativement facile. Certes il se rattrapa un peu plus tard, en fin de partie, puisque c’est sur une de ses relances que les Français égalisèrent après un bon travail des frères Boniface, mais les sélectionneurs n’ont retenu que son erreur. Jamais plus il ne fut appelé, malgré des prestations remarquables avec son club.

Dommage,  car dans le match contre l’Irlande à Dublin, il montra l’étendue de son talent dans une rencontre où les Français firent la preuve de leur savoir-faire en attaque, avec une ligne de trois-quarts où l’on retrouvait les frères Boniface et aux ailes Darrouy et Besson. Ce fut le seul match en sélection où Razat put tirer son épingle du jeu et montrer les qualités dont il faisait montre en championnat. Par exemple en finale du championnat en 1962, où Razat fut éblouissant au poste d’arrière, remontant tous les ballons, s’intercalant avec bonheur chaque fois qu’il en avait l’occasion, contribuant avec les autres internationaux Arino, Méricq et Hiquet à asphyxier  la lourde machine biterroise.  Un match emballant qui restera dans les mémoires, y compris celles des journalistes britanniques qui avaient fait le déplacement à Toulouse, enthousiasmés par le spectacle auquel ils venaient d’assister. Razat sera encore un des héros de la finale 1965, qu’il jouera au poste de trois-quart centre, contre le C.A. Brive, en marquant un essai après une superbe action de Sitjar. Souhaitons à Dulin d’avoir plus de chance que Razat dans sa carrière internationale, et d’être aussi remarquable dans le Top 14 que Razat le fut en championnat.

Enfin, parlons un peu de Pierre Lacroix, la référence au poste de demi de mêlée en France au début des années 60 avec celui qui l’a précédé dans le XV de France, Pierre Danos, mais dans un autre style. Lacroix et Danos étaient d’ailleurs les deux capitaines de la fameuse finale du championnat en 1962. Deux joueurs exceptionnels, mais très différents, l’un (Danos) rugby jusqu’au bout des ongles, jouant avec un ballon ovale comme un pianiste avec son piano, l’autre (Lacroix) court de pattes, aussi large que haut (1.64 et 72 kg), mais terriblement efficace derrière sa mêlée, y compris derrière un pack dominé. C’était aussi un grand capitaine tant avec son club qu’avec l’équipe de France (1962-1963). Arrivé à Agen en 1959 en provenance du Stade Montois, ce qui avait fait grand bruit à l’époque, sa carrière aura été magnifique avec 28 sélections en équipe de France à un moment où il n’y avait pas autant de matches que de nos jours, faisant partie de la fameuse équipe de la tournée en Afrique du Sud en 1958, trois fois vainqueur du Tournoi des Cinq Nations (1960, 1961 et 1962) et trois fois champion de France(1962,1965 et 1966). Souhaitons à Machenaud, lui aussi très costaud, qui a impressionné le sélectionneur Saint-André en Argentine, d’avoir la même carrière que Pierre Lacroix, et de devenir le grand demi de mêlée que la France attend depuis la retraite de J.B. Elissalde. L’équipe de France a absolument besoin d’un très grand numéro neuf, si elle veut enfin remporter la Coupe du Monde en 2015.

Michel Escatafal


Le rugby pro ne peut exister que dans les grandes villes

En ce début d’année un débat resurgit dans le rugby français pour savoir si l’on doit augmenter le nombre de clubs admis dans le Top 14, anciennement appelé championnat  de France. En fait le but de ces discussions est le passage de 14 à 16 clubs pour l’élite, passage soutenu par je ne sais trop qui, mais qui verra sans doute le jour dans les années qui viennent. Pourquoi revenir en arrière avec 16 clubs dans l’élite, alors que tous les amoureux de ce sport sont inquiets de voir les meilleurs joueurs enfiler les matches comme des perles… jusqu’au moment où survient la blessure, la blessure grave qui met entre parenthèses pour un long moment la carrière des joueurs. Certaines mauvaises langues suggèrent que c’est pour sauver l’Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique de Serge Blanco, solution que ce dernier refuserait même en cas de relégation du B.O., mais ce n’est pas uniquement à cause de cela.

En effet, aujourd’hui le rugby ce n’est plus de la joyeuse rigolade comme à l’époque où il était amateur, parce qu’il y a des millions et des millions d’euros en jeu, et que des investisseurs de haute volée ont décidé de s’impliquer dans ce rugby devenu ultra professionnel, au même titre que le football, même si les sommes en jeu sont encore loin d’être au niveau de celles des « manchots ». Et pour générer des rentrées d’argent et attirer les sponsors, il faut de l’exposition, donc avoir un nombre toujours plus important de matches à disputer…pour faire plaisir aux chaînes de télévision. En fait, si je devais faire la comparaison, je dirais plutôt que le rugby me fait penser à la NBA, en raison du petit nombre de pays le pratiquant au plus haut niveau (Grande Bretagne, France, Irlande, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud), plus quelques nations n’existant qu’a travers leur équipe nationale formée avec des joueurs opérant en Europe ou en Australie et Nouvelle-Zélande (Argentine, Italie, Fidji, Tonga, Samoa, voire Etats-Unis et Canada). Néanmoins, malgré son absence d’universalité, le rugby professionnel, à l’exemple de la NBA (toutes proportions gardées), génère des ressources considérables à l’intérieur de son circuit fermé.

Et c’est précisément à cause de tout cet argent qui coule à flot sur le rugby, que l’on enregistre ces débats entre ceux qui veulent que le rugby de club soit de plus en plus professionnel, quitte à donner des sommes très importantes aux meilleurs joueurs (nationaux ou étrangers ), et d’autres qui voudraient que le professionnalisme reste raisonnable. Problème, quand on vit dans le sport professionnel, on ne peut qu’avancer vers le toujours plus grand, plus gros, plus haut, plus fort et plus structuré, parce qu’à ce niveau le sport est aussi un spectacle. C’est valable pour les clubs, mais aussi pour les joueurs. Et tout cela se paie très cher, au point d’avoir aujourd’hui dans le Top 14 cinq clubs ayant un budget compris entre 20 et 33 millions d’euros, à savoir le Stade Toulousain (33.1 M), l’ASM Clermont-Ferrand (24.1 m), le Racing-Métro92 (22.4 m), le Stade Français (21.3 m) et le RC Toulon ( 20 M). Tous ces clubs sont dirigés comme des grandes entreprises, sont soutenus par des entités financières importantes, et leurs dirigeants sont des gens qui veulent faire évoluer le rugby vers un sommet d’excellence et de professionnalisme…que même nombre de clubs de football de Ligue 1 pourraient leur envier.

Voilà pourquoi des gens comme Mourad Boudjellal (Toulon) ou Jacky Lorenzetti (Racing Métro) , qui vient de se séparer immédiatement et sans délai de son meilleur produit marketing, Sébastien Chabal, suite à un désaccord et un échange houleux avec l’entraîneur Pierre Berbizier, détonnent quelque peu dans un milieu qui, parfois, ne semble pas réaliser ce qui lui arrive. Et oui, il faut s’y faire, le rugby des champs ou si l’on préfère le rugby de Papa ou Grand-Papa, avec ceux qu’on appelait les « gros pardessus » en parlant des dirigeants de la fédération, n’existe plus. Aujourd’hui c’est le rugby du vingt et unième siècle qui a pris le pas sur le rugby tel qu’on le pratiquait et le connaissait jusqu’à la fin du siècle précédent. Il n’a rien à voir non plus avec le professionnalisme du rugby à XIII, instauré dans notre pays en 1934 par un immense joueur, Jean Galia, sport qui donnera à la France son premier titre mondial (officieux) dans un sport collectif (1951), avec ses Puig-Aubert, Merquey, Dop, Brousse, Calixte, Rinaldi ou Ponsinet.

A propos de Puig-Aubert et Merquey, je ferais une petite parenthèse pour dire que ces joueurs qui ont marqué ce que l’on appelait le Jeu à XIII venaient du rugby XV où ils étaient déja des vedettes. Puig-Aubert fut un arrière champion de France avec l’USAP 1944, Merquey fut un centre international à XV en 1950, comme l’étaient aussi Roger Arcalis à l’arrière en 1950 et 1951, et plus tard les Lourdais Jean Barthe, qui était à la fin des années 50 le meilleur troisième ligne centre du monde, Pierre Lacaze, l’arrière de la victoire sur les Springboks en 1958, ou encore Quaglio le coéquipier de Lucien Mias au S.C. Mazamet, pilier de cette même équipe de France en Afrique du Sud, le Palois Claude Mantoulan, un des attaquants français les plus doués au début des années 60, sans oublier Jean Capdouze, autre centre de talent qui fut champion de France avec la Section Paloise en 1964. Tous ces joueurs ont marqué leur époque dans les deux rugby, preuve que la classe a toujours été suffisante pour briller à XV ou à XIII. D’autres en revanche choisiront le chemin inverse, mais infiniment moins nombreux. Je n’en citerais que trois, à savoir Jean Daugé le fameux centre bayonnais de la fin des années 40 et du début des années 50, François Labazuy le demi de mêlée du grand Lourdes, et Jo Maso qui fera les beaux jours de Toulon, de Narbonne et du XV de France dans les années 60 et 70. Cela étant, de nos jours le rugby à XIII, surtout en France, ne fait pas du tout le poids avec le XV, les meilleurs treizistes rejoignant peu à peu les meilleures équipes ou franchises à XV, et cela est valable même en Australie où le XIII est pourtant sport national, par exemple S.B. Williams, l’ancien joueur du R.C. Toulon.

Fermons cette parenthèse treiziste, pour dire que de nos jours il n’y a plus de place dans la haute élite pour les petits clubs, ni pour les petites villes, parce que le rugby du vingt et unième siècle va vers le gigantisme à tous points de vue, et que gigantisme ne rime pas avec petite ville. Ce n’est pas pour rien si les clubs à gros budgets, dont j’ai parlé précédemment, sont ceux de villes comme Paris, Toulouse, Clermont-Ferrand ou Toulon, dont les agglomérations dépassent toutes 300.000 habitants. A ces clubs il faut ajouter Montpellier Hérault Rugby qui, d’ailleurs, fut finaliste l’an passé du championnat de France. Et les autres clubs me direz-vous ? Et bien, ils sont condamnés à évoluer un jour en deuxième division à l’exception du Lyon OU et de l’Union Bordeaux-Bègles, qui viennent de monter en Top 14, en attendant le F.C. de Grenoble et peut-être un jour un club de Marseille. C’est peut-être dommage, mais c’est une évolution irréversible.

Cela étant, sur le plan historique, on ne fait que revenir aux origines de ce sport, puisque les premières équipes championnes de France s’appelèrent le R.C. France (1892, 1900, 1902), ancêtre du Racing Métro, le Stade Français (1893, 1894, 1895, 1897, 1898, 1903, 1908), l’Olympique, composé de laissés pour compte du Racing (1896) donc une équipe parisienne, le Stade Bordelais (1899, 1901, 1904, 1905, 1906,1907,1909, 1911), le F.C. Lyon (1910), le Stade Toulousain (1912), avant que la première équipe d’une petite ville finisse enfin par l’emporter en 1913, l’Aviron Bayonnais. Ces clubs de petites villes vont longtemps faire jeu égal avec les clubs des grosses villes. Clermont-Ferrand, par exemple, a dû attendre le professionnalisme et l’année 2010 pour remporter le Bouclier de Brennus, alors que l’US Quillan avait été champion de France en 1929. Il est vrai que cette équipe, fleuron sportif d’un village de 3.000 habitants, avait été construite de toutes pièces par un riche chapelier (Jean Bourrel), lequel avait recruté dix joueurs parmi les meilleurs en 1928 pour arriver cette même année en finale (battu par la Section Paloise 6-4) et rafler le titre de champion de France l’année suivante contre le F.C. Lézignan…avant de retomber très vite dans l’anonymat.

Ensuite jusqu’à la fin des années 40, plusieurs clubs de petites villes s’illustrèrent, notamment le C.S. Vienne, le Biarritz Olympique, ou encore au début des années 50 l’US Carmaux à côté d’autres appartenant à des cités un peu plus importantes comme Agen, Castres, Pau ou Perpignan. Cela dit, le plus grand club de cette époque était celui d’une petite ville d’à peine 15.000 habitants, Lourdes, qui avait eu la chance d’être devenue un lieu de pélérinage parmi les plus fréquentés dans le monde, ce qui laissait aux joueurs du club non fonctionnaires des possibilités importantes pour trouver un emploi à leur convenance. Mais le F.C. Lourdes, huit fois champion de France entre 1948 et 1968 dont 7 fois entre 1948 et 1960, allait devenir aussi un lieu de pèlerinage…du rugby, grâce à l’action et à l’aura d’un joueur, Jean Prat, que les inventeurs du rugby (les Britanniques) ont appelé « Monsieur Rugby », lequel, comme disait Denis Lalanne, a le premier compris que le rugby était un jeu anglais, donc tout dans l’effacement de la personnalité au seul bénéfice de l’équipe. Et c’est comme cela que le F.C. Lourdes allait planer pendant un peu plus d’une décennie sur le rugby français, et donner à l’équipe de France nombre de joueurs d’une des plus belles équipes de l’histoire du rugby international (1958-1959). Aujourd’hui le F .C. Lourdes, que j’ai tellement admiré quand j’ai commencé à toucher mes premiers ballons de rugby, est en Fédérale 1. Bonjour tristesse !

Ensuite ce sera le règne de deux équipes dont l’une, l’A.S. Béziers, est actuellement dernière de Pro D2, alors que l’autre, le S.U. Agenais, est arrivé à retrouver le Top 14 où il fait bonne figure cette année. Néanmoins, on voit quand même que l’ancien club de Razat, Lacroix, Zani ou Echavé (champion en 1962, 1965 et 1966), peine à se maintenir au plus haut niveau. En revanche, comme je viens de le dire, on a complètement oublié le Béziers des Dedieu, Danos, Gensane, Vidal ou Barrière (champion en 1961), comme celui des Astre, Cabrol, Cantoni, Estève, Saisset, Palmié, Paco ou Vaquerin, qui a dominé la décennie 70 et la moitié de celle des années 80. Et pourtant ce Béziers là a presque autant dominé le rugby français que le grand F.C. Lourdes vingt ans auparavant, l’empreinte internationale en moins. Quant aux autres clubs qui ont réussi à grapiller un Bouclier de Brennus entre 1960 et 1990, ils ont depuis longtemps quitté les avant-postes du rugby français. Parmi eux on citera le Stade Montois des frères Boniface (champion en 1963), la Section Paloise de Moncla, Saux et Piqué(en 1964), l’U.S. Montauban de Cabanier (en 1967), la Voulte Sportif des frères Camberabero( en 1970), ou encore le Stado Tarbais de Sillières et Abadie (en 1973), sans oublier le R.C. Narbonnais de Codorniou, Sangali et Claude Spanghero (en 1979), tout cela nous amenant au début du long règne du Stade Toulousain, 11 titres depuis 1985, année où il conquit le Bouclier de Brennus avec dans ses rangs  un certain Guy Novès, plus Charvet, Bonneval, Gabernet et les frères Portolan.

A propos du Satde Toulousain, qui allait remporter également 4 Coupes d’Europe depuis sa création en 1995 (le Real Madrid du rugby), on soulignera que ce fut le club qui sut le mieux franchir le pas du professionnalisme, avec un mélange de formation (Jauzion, Michalak, Poitrenaud) et de joueurs de talent recrutés à l’extérieur (Elissalde, Dussautoir). Les autres lauréats depuis 1985 appartiennent à la fois aux clubs des grandes villes (Stade Français, Toulon, Bègles, Clermont), mais aussi de plus petites agglomérations comme Agen, Castres, Biarritz (3 titres) et même Perpignan. Toutefois ces équipes, qui sont encore en Top 14, ont parfois toutes les peines du monde à s’y maintenir, à part Castres, et  figurent dans la deuxième moitié du classement du Top 14, certaines d’entre elles pour la première fois, comme le Biarritz Olympique ou l’USA Perpignan. Gageons que les années à venir seront encore plus difficiles pour les clubs de ces villes car, manifestement, la course aux armements dans l’élite est de plus en plus exacerbée. Il n’y qu’à voir les noms venant de l’étranger figurant dans nos meilleures équipes pour en témoigner (Wilkinson, Albacete, Mac Allister, Burgess, François Steyn, Hernandez, Sivivatu etc). Et ce n’est apparement qu’un début.

Michel Escatafal