Un nouveau coup terrible porté au vélo!

Cette fois nombre d’amateurs de vélo…sur le canapé, devant un sandwich au saucisson et du gros rouge qui tâche dans le verre, sont ou vont être heureux : Froome vient enfin de subir un contrôle dit anormal, parce qu’il y avait dans ses urines, un jour de la dernière Vuelta (qu’il a remportée), une concentration excessive de Salbutamol. Ce médicament sert à quoi? A traiter l’asthme, maladie bien connue dans le peloton, en précisant qu’il ne faut voir dans cette remarque aucune perfidie. Si j’ajoute cela, c’est pour éviter qu’on me reproche de taper sur Froome avant de connaître tous les tenants et aboutissants de cette affaire, contrairement à Tony Martin, le champion du monde contre-la-montre, qui estime, « que Christopher Froome bénéficie d’un traitement de faveur » en raison de l’annonce tardive de ce contrôle anormal, ce qui peut se discuter dans la mesure où ce médicament est autorisé sous certaines conditions. Au passage je ferais toutefois une parenthèse désagréable pour Madame Froome, qui, peu après l’affaire Contador, incriminé pour des traces de clembutérol non décelables dans la quasi totalité des laboratoires européens,s’était écriée après la victoire du Pistolero au Tour du Pays Basque 2014 :  » Un ancien dopé peut gagner le Tour cette année ». Bien qu’elle ait nié avoir pensé à Contador, personne n’a semblé dupe sur le sens de sa remarque, d’autant que cette année-là Contador s’était régulièrement montré plus fort que Froome, y compris sur la Vuelta où les deux hommes se sont retrouvés à armes égales après avoir subi l’un et l’autre une chute au début du Tour de France, chute qui avait provoqué leur abandon, mais qui n’avait en rien compromis leur fin de saison.

Fermons la parenthèse sur Madame Froome qui doit aujourd’hui percevoir toutes les vilénies qui s’attachent à un grand champion…quand celui-ci est confronté à un problème du genre de celui auquel fait face son mari. Ce dernier va devoir se justifier pour avoir dépassé de 1000 nanogrammes par millilitre, le taux autorisé par l’AMA (Agence mondiale antidopage), après avoir bénéficié à plusieurs reprises d’une autorisation thérapeutique pour ce médicament. Il va devoir se justifier d’autant plus qu’il est impossible, si l’UCI et l’AMA veulent faire un exemple, d’éviter une lourde sanction. Là aussi, il y a la jurisprudence Contador, puisque ce dernier a été suspendu deux ans, et s’est vu retirer tous ses succès (dont le Tour 2010 et le Giro 2011)…alors qu’il avait été absous par sa fédération, et que le président de l’UCI de l’époque, Pat Mac Quaid, avait reconnu plus tard qu’on était sans doute allé un peu trop loin avec le champion espagnol, tellement les traces étaient réellement infimes. Tout cela pour dire que le mari de Michelle Cound-Froome n’est pas sorti de l’auberge…à moins que l’on considère que la faute soit réellement vénielle, comme l’avait suggéré a posteriori Mac Quaid à propos de Contador, lequel, on le notera au passage, n’est pas sorti indemne de cette affaire de clembutérol, puisqu’il n’a jamais retrouvé le niveau qui était le sien avant le Tour 2010, sauf au moment du Giro 2011 où il avait écrabouillé la concurrence, transcendé sans doute par ce qu’il considérait comme une injustice, et peut-être en 2014.

Pourquoi j’écris cela? Tout simplement parce que Froome a aujourd’hui 32 ans et donc 33 l’an prochain, ce qui signifie qu’il est nécessairement sur le deuxième versant de sa carrière, un âge bien supérieur à celui de Contador en 2010 (28 ans). Et même s’il arrivait à se sortir de cette affaire, il en restera des traces aux yeux de beaucoup de monde. Déjà que nombre de personnes sur le bord des routes le traitaient de « dopé », alors on imagine ce que ce sera sur les routes du Giro et du Tour, puisqu’il veut ou voulait tenter de réussir le doublé l’an prochain. S’il le rate, les gens diront qu’il était vraiment dopé avant puisqu’il n’a pas réussi à le faire en faisant attention de ne pas se faire prendre. Mais s’il le réussit, les mêmes diront que c’est normal puisqu’il est dopé et qu’il ne risque rien parce qu’il est protégé. Et oui, il est interdit de se faire prendre non seulement si on est réellement dopé, mais il est aussi interdit de prendre quoi que ce soit…si on est un champion du cyclisme, à plus forte raison si on est numéro un mondial.

Si je parle du cyclisme et des cyclistes de cette manière, c’est parce que le vélo est un sport très médiatisé, qui a le premier instauré des contrôles urinaires puis sanguins, et qui, par conséquent, a attrapé un grand nombre de coureurs. Le problème est que les contrôles ne peuvent pas tout contrôler, et il arrive même qu’en voulant tellement tout contrôler on est dépassé par ce qu’on trouve. Résultat, les palmarès bougent sans cesse au point de ne plus pouvoir s’y fier. On s’y fie d’autant moins qu’avec ces lignes effacées, on classe second des gens qui ont eu maille à partir avec le dopage…beaucoup plus que ceux qu’on a déclassés, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. On veut laver plus blanc, ou on essaie de le faire, et malheureusement on peut créer des injustices criantes, ne serait-ce qu’en jetant l’opprobre sur des sportifs qui se sont comportés aussi bien que d’autres qu’on qualifiait de « clean », parce qu’ils n’ont jamais été contrôlés positifs. Ceux-là vont garder leur résultat, alors que d’autres qui ont avoué leur dopage a posteriori seront déclassés, même sans contrôle positif, ce qui est le cas d’Armstrong. Désolé, j’ai l’impression de me répéter sur le sujet du dopage, mais c’est le passionné de vélo qui parle, et qui fait la comparaison avec d’autres sports où les résultats sont entérinés à jamais.

Tout le monde sait bien que l’essence de la Brabham à moteur BMW de Nelson Piquet, en 1983, n’était pas conforme, mais comme Renault ne voulait pas gagner sur tapis vert, et bien on a laissé le titre mondial de Formule 1 à Piquet au détriment de Prost…qui avait décidé de signer chez Mac Laren. A cet exemple on pourrait ajouter le dopage des joueurs allemands lors de la Coupe du Monde de football en 1954, privant ainsi la grande équipe de Hongrie (Puskas, Kocsis, Csibor, Boszik, Lorant, Grosics etc.) d’une victoire mille fois méritée pour l’ensemble de son oeuvre. Mais que dire de Bjarne Riis qui a avoué en 2007 s’être dopé, lors de son succès au Tour de France 1996…et qui a été maintenu au palmarès du Tour de France. Et que dire de Jacques Anquetil et de tant d’autres à son époque ou avant et qui n’ont jamais été inquiétés alors qu’ils parlaient librement de ce qu’ils prenaient. Résultat, plus personne ne se préoccupe du palmarès des grandes épreuves, que j’ai supprimé de mon blog, parce que tout cela ne veut plus rien dire. D’ailleurs, qui se soucie des déclassements aux J.O. de 2008 ou 2012? Personne, parce que tout le monde s’en moque, sachant que celui qui a avancé d’un cran au palmarès était peut-être lui aussi dopé à un produit qu’on ne sait pas encore déceler. Et le dopage mécanique? Certains affirment que cela existe, mais comme on ne l’a pas prouvé sur le coup, si dopage de ce type il y a eu, celui-là a la quasi certitude qu’on ne lui enlèvera pas son titre cinq, dix ou quinze ans après.

Alors, que faire? Et bien si l’on aime le sport, il faut regarder et profiter des instants magiques qu’il nous offre, et cela m’oblige à ajouter qu’il ne faut surtout pas faire de comparaisons entre les époques et ne pas se fier au palmarès, notamment dans le cas du vélo ou encore de l’athlétisme. Déjà parce que les vélos de 1924, de 1954, de 1974 ou de 2017 n’ont rien à voir, tout comme les pistes d’athlétisme où l’on est passé de l’herbe à la cendrée puis au synthétiques. Mais que dire de l’évolution des voitures depuis le début du championnat du monde de Formule 1 (1950). Qui pourrait jurer qu’Hamilton aurait battu Fangio ou Ascari, ou Clark ou Senna ou Prost ou Schumacher? Personne, d’autant que les qualités exigées pour un pilote en 2017 ne sont pas les mêmes qu’en 1950 ou 1960. Donc si l’on aime le sport, soyons heureux d’avoir vécu les exploits passés et du bonheur que nous procure ceux du temps présent, et prions pour que cela continue longtemps encore. Donc cessons de nous torturer les méninges pour savoir qui était le meilleur en athlétisme sur 1500m d’Herbert Elliot, de Jim Ryun ou d’El Guerrouj ou sur 100m de Paddock, Owens, Bob Hayes, Carl Lewis, Maurice Greene ou Bolt, sans parler du tennis où les monstres sacrés se ramassent à la pelle avec Lacoste, Tilden, Gonzales, Sedgman, Hoad, Rosewall, Laver, Mac Enroe, Borg, Connors, Sampras, Nadal et Federer, comme c’est aussi le cas chez les fémmes avec Suzanne Lenglen, Maureen Connoly, Margaret Court, Billie-Jean King, Martina Navratilova, Chris Evert, Monica Seles, Steffi Graf ou Serena Williams. Oui, je le répète, contentons-nous d’espérer que nous ayons à nous enthousiasmer pour leurs successeurs et c’est valable pour tous les sports. Ah, au fait qui sera le champion des champions 2017? Sans cette affaire j’aurais volontiers dit Froome pour son extraordinaire doublé Tour-Vuelta (trop extraordinaire diront certains), du coup il faut que je réfléchisse et je dirais Nadal. En tout cas, pour les Français ce sera Riner et Sébastien Ogier.

Bonne fêtes à tous et à l’année prochaine.

Michel Escatafal

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Le retour de Contador réjouit les vrais amateurs de vélo

contadorEt si l’on reparlait un peu de vélo en ce jour où l’actualité est totalement focalisée sur le match retour de Ligue des Champions entre le PSG et Chelsea, en espérant que le PSG l’emporte. Après tout, cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas eu une équipe au top niveau européen, avec de nombreuses individualités figurant parmi les meilleures à leur poste, que l’on a le droit de se réjouir ! Comme on a le droit de se réjouir en voyant un champion comme Cancellara remporter pour la troisième fois le Tour de Flandres au sprint, devant un petit groupe, preuve, si besoin en était, qu’un sprint après 260 km de course n’a rien à voir avec un sprint du peloton dans une course à étapes ou une épreuve de second ou troisième rang. Reste maintenant à Cancellara à remporter une quatrième fois le Tour des Flandres, ce qui le ferait entrer un peu plus encore dans la légende, surtout s’il devait gagner l’épreuve une troisième fois de suite, comme un certain Fiorenzo Magni qui s’est imposé en 1949, 1950 et 1951.

Mais les amoureux du vélo ont un autre motif de se réjouir avec le retour au tout premier plan, et à son meilleur niveau de Contador. La façon dont il s’est imposé à Tiireno-Adriatico en disait déjà long sur son retour et sur sa confiance revenue. Et hier, lors de la première étape du Tour du Pays-Basque, il a pleinement confirmé l’impression laissée lors de la Course des Deux-Mers, et même lors du récent Tour de Catalogne où, de son propre aveu, il avait le sentiment d’avoir raté sa chance en terminant deuxième à 4 secondes de Joaquin Rodriguez. Certes, il n’y avait pas de contre-la-montre, mais il aurait dû et pu gagner la Volta…s’il y avait cru davantage. En tout cas, hier après-midi, il a prouvé qu’il avait retrouvé nombre de ses sensations à commencer par sa célèbre « giclette » et sa faculté à poursuivre son effort sur la durée. Une « giclette » différente de celle de Rodriguez, en ce sens que Purito est surtout capable d’une terrible accélération sur une distance de 500m ou 1 km, mais sans poursuivre au-delà son action.

Bien entendu, il ne faut surtout pas lire ce qu’écrivent les crétins sur les forums des sites sportifs ou spécialisés dans le vélo, sous peine d’être victime d’une grosse déprime, tellement ces gens sont des rabat-joie avec leurs sempiternels soupçons de dopage…concernant certains coureurs. Comme si on demandait à ces gens-là d’intervenir sur les courses cyclistes, alors qu’ils n’ont qu’injures à écrire à l’encontre de ces coureurs ! Plus particulièrement d’ailleurs les coureurs espagnols, affirmant doctement que l’Espagne est un pays couvrant le dopage au profit de ses plus grands champions. A ce propos, il faut noter que ces moralisateurs de pacotille n’hésitent pas à dire que tout coureur n’ayant jamais subi de contrôle positif par le passé ne se dope pas, allusion au problème rencontré par Contador avec ses quantités infimes de clembutérol retrouvées dans ses urines un jour de repos dans le Tour de France 2010. Une affaire que le TAS a tranché dans le vif en infligeant deux ans de suspension au Pistolero, tout en avertissant que rien ne prouvait que Contador s’était réellement dopé volontairement.

Cela dit, les moralisateurs oublient que Valverde, qu’ils vouent aux gémonies et qu’ils mettent dans le même sac que les coureurs pris en flagrant délit de dopage, n’a jamais eu de contrôle positif…pas plus d’ailleurs qu’Armstrong et que tant d’autres ayant avoué leur dopage passé. Tout cela est tellement insignifiant qu’il vaut mieux se passer de faire des commentaires, même si je continue à m’insurger devant cette « chasse aux dopés » que l’on ne retrouve que dans le vélo. Aucun autre sport ne voit ses fans à ce point obsédés par le dopage, et en écrivant cela je pourrais même ajouter qu’ils s’en moquent comme de leur premier survêtement. Qui ce soir va se préoccuper de savoir si Thiago Silva, Thiago Motta, Cavani ou Matuidi, pour ne citer qu’eux, ont pris ou pas pris un produit dopant ? Absolument personne, parce que les fans de foot veulent voir leurs favoris l’emporter, et c’est tout. Idem pour le rugby, pour le basket, le tennis et tous les autres sports, à part un peu l’athlétisme, en notant que parmi ces forumers on retrouve parfois les mêmes que dans le vélo. Ils n’aiment pas le sport, mais ils veulent en dégoûter les autres : un comble !

Néanmoins, pour en revenir à Contador, il est en train d’infliger un démenti cinglant à ceux qui le voyaient sur le déclin, alors qu’il n’a que 31 ans, soit trois ans et demi de moins que Rodriguez, qui n’a jamais été aussi fort que ces trois dernières années. N’oublions pas non plus que Cadel Evans a commencé à remporter des grandes courses à partir de 32 ans. Contador est aussi en train de démontrer qu’il s’améliore en termes de tactique de course, attaquant quand il le faut et où il le faut, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé, notamment lors de la Vuelta 2012. Il est vrai qu’après avoir été injustement privé de compétitions entre février et août, il avait une telle envie de bien faire qu’il a parfois confondu vitesse et précipitation, au point d’avoir été obligé de réciter un des plus beaux festivals que le cyclisme ait produit depuis une vingtaine d’années pour l’emporter devant Valverde et Rodriguez.

Voilà ce que j’avais envie de dire aujourd’hui, parce que je suis outré de lire, à propos de Contador des insanités du style : « Il a retrouvé ses steaks magiques ». Comment quelqu’un écrivant sur un site de sport peut-il écrire de pareilles âneries ? Quelle bêtise, quelles bassesses de se réfugier derrière un clavier d’ordinateur pour aligner des perles aussi stupides…qui ne font rire que les tristes auteurs de pareils propos. Ils ne se rendent même pas compte que, comme disait quelqu’un qui n’a jamais fait de vélo, La Rochefoucaud, « le ridicule déshonore plus que le déshonneur ». Et pour terminer, je veux dire une fois encore que je souhaite que le PSG remporte, dès cette année, la Ligue des Champions, et cela passe par un bon résultat à Chelsea.  

Michel Escatafal