Les années en 7 du Tour sont souvent particulières

Bonjour à tous mes lecteurs, à qui je dois des excuses, mais la France vient de vivre une longue séquence politique…qui explique qu’on pense à autre chose qu’au sport dans ces circonstances. Aujourd’hui la France est « En Marche » et c’est sûrement la chance de notre pays, avec un président jeune et ambitieux. Fermons la parenthèse et place au Tour de France, après un début de saison marqué par la énième grande saison de printemps de Valverde (37 ans), qui collectionne les victoires dans les classiques et les courses à étapes de moins d’une semaine, au point de se rapprocher du palmarès de Sean Kelly, c’est-à-dire juste derrière les monstres sacrés du cyclisme sur route. En revanche le premier des grands tours, le Giro, a confirmé que désormais Dumoulin sera un interlocuteur de premier ordre dans l’avenir, grâce évidemment à sa capacité à rouler au niveau des tous meilleurs contre le chrono, mais aussi par sa faculté à se dépasser en montagne pour suivre très longtemps les meilleurs grimpeurs, un peu comme savait si bien le faire Indurain ou encore Rominger. En revanche, dans ce même Giro, Quintana a montré des limites que nombre de gens ne lui soupçonnaient pas, tout comme Nibali, bon partout mais exceptionnel nulle part.

Du coup qui sont les favoris du prochain Tour de France? Normalement, si tout va bien pour lui, le vainqueur sera Froome, car il est le meilleur des favoris en montagne et contre-la-montre, un peu comme Contador entre 2008 et 2011 ou 2012. Froome est donc a priori imbattable et il devrait l’être. Sérieusement, avec en plus un Tour d’Italie dans les jambes, on ne voit pas Quintana le menacer. Je ne vois pas hélas non plus Contador dominer Froome, parce que, contrairement à Valverde, le Pistolero ne se bonifie pas avec l’âge. Certes il reste toujours ce coureur flamboyant, capable de faire sauter n’importe qui à la faveur d’une belle manoeuvre en montagne, mais il se trouve toujours un coureur à présent pour le confiner aux places d’honneur. Depuis le début de la saison Contador a terminé second du Tour d’Andalousie, de Paris-Nice après un baroud d’honneur magnifique dans la dernière étape, du Tour de Catalogne et du Tour du Pays Basque, battu notamment par Valverde dans les trois épreuves espagnoles. Contador reste un grand coureur, mais il n’est plus le meilleur depuis au moins deux ans. Valverde justement pourrait être un outsider, mais il sera d’abord au service de Quintana…parce qu’il peut difficilement espérer gagner le Tour de France. En fait, il n’a gagné qu’un grand Tour dans sa longue carrière (Vuelta 2009) comme Kelly.

Alors qui d’autre? Aru peut-être, mais le nouveau champion d’Italie est trop limité contre-la-montre pour s’imposer. En plus, malgré ses qualités de grimpeur, il n’est pas assez fort en montagne pour battre Froome et même Quintana ou Contador. Il y a Porte aussi, mais lui est un coureur de courses d’une semaine, ayant toujours craqué dans le Tour de France à un moment ou un autre. Ce n’est pas pour rien qu’il n’ait jamais gagné encore un grand tour. Restent des coureurs comme Fulgsang, Chaves ou notre Bardet national, mais qui peut imaginer ces coureurs s’imposer dans le Tour de France sauf circonstances exceptionnelles ou très grande surprise, comme certains Tours de France nous en ont réservé dans les années se terminant par 7, avec toutefois une différence notable par rapport au passé, à savoir que les meilleurs coureurs à étapes d’aujourd’hui sacrifient tout à leur préparation pour le Tour de France. On peut le regretter, mais c’est ainsi depuis les années 90, avec comme précurseur Greg LeMond, ce qui lui a bien réussi (3 victoires).

Et puisque j’évoque l’histoire, je voudrais en profiter pour parler rapidement de quelques Tours de France célèbres qui se sont terminés par de grandes surprises. Celui de 1937, marqué par l’arrivée du dérailleur pour tous ( dont les cyclotouristes étaient équipés depuis 1924) que tout le monde donnait à Bartali, déjà deux fois vainqueur du Giro à 22 ans, un des plus grands grimpeurs de l’histoire, qui avait la main mise totale sur ce Tour (18mn35s d’avance sur Sylvère Maes le vainqueur de l’année précédente), avant de s’écraser entre Grenoble et Briançon sur une barrière dans une descente et tomber dans un torrent glacé. Il put certes continuer mais, trop diminué par ses blessures, il abandonna entre Toulon et Marseille laissant la victoire à Roger Lapébie, bon coureur certes mais loin d’être un super crack comme Bartali (voir mon article Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo ). C’est un peu comme si Fulgsang gagnait le Tour cette année!

Je passe sur la rocambolesque et magnifique victoire de Robic en 1947 (voir mon article Jean Robic, guerrier sans peur…et presque sans reproche ) pour arriver à 1957, avec l’avènement de celui qui allait devenir un des champions de légende du vélo, Jacques Anquetil. Il l’emporta certes avec près d’un quart d’heure d’avance sur le Belge Janssens, mais sa victoire fut facilitée par l’abandon prématuré des grimpeurs Gaul (terrassé par la chaleur) et Bahamontes, lesquels n’auraient pas manqué d’exploiter la défaillance dans l’Aubique de celui qui allait dominer le vélo entre 1960 et 1966. Autre scenario en 1967, avec la victoire de Pingeon, que personne n’attendait dans un Tour réservé à Raymond Poulidor, Mais une chute entre Strasbourg et Metz allait l’obliger à mettre un terme à ses ambitions, laissant la victoire à Pingeon en devenant un coéquipier de luxe. Pour mémoire ce Tour est celui de la tragédie du Mont Ventoux qui vit la mort de Simpson. On pourrait aussi évoquer le Tour 1977 avec la deuxième victoire surprise de Thévenet, qui a profité au maximum de la fin de carrière de Merckx et de l’effacement d’Ocana pour l’emporter devant Hennie Kuiper. Ce sera le chant du cygne de Thévenet.

Un peu plus près de nous, en 1987, ce fut Stephen Roche qui remporta un Tour de France que JF Bernard n’aurait jamais dû perdre. Une défaite dont il ne se remit jamais réellement. En tout cas Roche profita des circonstances pour réussir le doublé Giro-Tour, et même le triplé avec le championnat du monde, ce que seul Merckx a réussi avec lui. La comparaison avec Merckx s’arrêtera là, parce que Stephen Roche fut simplement un très bon coureur à étapes et non un de ces cracks qui ont marqué durablement l’histoire du vélo. Un crack qu’aurait dû être Jan Ullrich…s’il avait eu la volonté qui allait avec son talent. Il a toutefois gagné facilement le Tour de France 1997, laissant Virenque à plus de 9mn et Pantani à plus de 14mn, puis la Vuelta en 1999, sans oublier ses trois deuxièmes places dans la Grande Boucle derrière Armstrong, qu’il aura eu la malchance d’avoir face à lui. Enfin en 2007, ce sera l’avènement du crack du vingt-et-unième siècle dans les courses à étapes, Alberto Contador, vainqueur de 9 grands tours ( 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne), ce qui le situe juste derrière Hinault (10) et Merckx (11). Les égalera-t-il? J’en doute, mais sa place est au Panthéon du cyclisme.

Michel Escatafal


Un Giro 2016 à surprises…comme en 1991?

Coppino

Pourquoi ce titre ? Tout simplement parce que le Giro 2016, qui va commencer demain, a un parcours un peu ressemblant avec celui de 1991, avec un peu moins de montagne que l’an passé, même s’il est loin d’en être dénué, et aussi parce que tout semble réuni pour qu’un outsider puisse gagner. Quand je parle d’outsider, je pense évidemment à Mikel Landa, même si ce coureur a terminé troisième l’an passé (il aurait dû terminer second sans les consignes de son équipe Astana en faveur d’Aru), et même si ce coureur vient de remporter avec brio le toujours difficile Tour du Trentin. En outre, il aura aussi l’avantage d’être le leader désigné de l’équipe Sky, avec notamment Nieve pour l’accompagner en montagne. Bref, s’il est aussi fort que l’an passé, où il a causé quelques frayeurs à Contador, notamment lors de la dernière étape de montagne vers Sestrières, il pourrait rafler la mise au nez et à la barbe de celui que tout le monde désigne comme le super favori de ce Tour d’Italie, Vincenzo Nibali, qu’on ne présente plus puisqu’il a déjà gagné une fois les trois grands tours, ou encore Valverde, Uran, voire Majka.

Seul problème pour Landa, il y aura trois étapes c.l.m., même si l’une d’entre elles sera en côte entre Castelrotto et Alpe di Siusi (10,850 km). Il n’empêche, il y aura une étape très dangereuse pour lui le 15 mai, autour de Chinati, d’une longueur de 40,5 km, où il pourrait laisser beaucoup de plumes face à Nibali ou Valverde, pour ne citer qu’eux. Néanmoins, il sera quand même moins exposé dans cette étape que l’an passé dans une étape similaire face à Contador, ou qu’il aurait pu l’être si Froome était au départ de ce Giro. Cela étant, j’en ferais au moins mon favori bis, ce qui était impensable il y a à peine un an, avant précisément de se révéler dans ce Giro 2015. Et s’il l’emportait, ce serait quand même une surprise comme le Giro sait si bien nous en offrir de temps en temps, par exemple Hesjedal en 2012, ou encore Gotti en 1997 et 1999, sans remonter trop loin. Ce fut le cas aussi en 1991, avec la victoire de Franco Chioccioli devant Claudio Chiapucci (deuxième du Tour en 1990) à 3mn 48s, Lelli et Gianni Bugno, le vainqueur l’année précédente et qui sera sacré champion du monde en 1991 et 1992. Reconnaissons que Chioccioli avait fait fort pendant ce Giro, surtout si l’on pense qu’il porta le maillot rose de leader pendant 19 étapes sur 21, les deux autres leaders ayant été les Français Cassado (1ère étape) et Boyer (4è étape).

Chioccioli avait deux particularités, la première d’ordre physique pour sa ressemblance avec le grand Coppi, la deuxième étant qu’il n’avait rien gagné jusqu’à ses presque 32 ans au moment de sa victoire en rose. D’ailleurs, ses seuls résultats notables furent une Copa Sabatini en 1991, la Bicicleta vasca et une étape du Tour de France en 1992. C’est la raison pour laquelle certains dirent qu’il y avait du Walkowiak (Tour de France 1956) ou du Carlo Clerici (Giro 1954) dans ce succès…ce qui ne voulait pas dire que, comme pour ses deux compères, il ne l’avait pas mérité. La preuve, ses trois victoires d’étape à l’Aprica, au Pordoï et contre-la-montre entre Broni et Casreggio sur 68 km, où il laissa Bugno à presque une minute, ce que ni Walkowiak, ni Clerici, n’avaient fait lors de leur seule victoire majeure, où tous les augures furent pris en défaut. Sa domination fut d’ailleurs tellement évidente que nombre d’Italiens n’hésitèrent pas à le trouver encore plus ressemblant avec le Campionissimo…ce qui était quand même très exagéré, car seuls les traits du visage pouvaient susciter la comparaison. En tout cas, après cette victoire en rose acquise avec brio, on l’appela « Coppino », ce qu’on n’osait pas faire quand il était simple gregario de Saronni.

Si j’avais écrit cet article juste après ce Giro 1991 victorieux, j’aurais peut-être pu dire que seul un manque de confiance en lui l’avait empêché d’obtenir de meilleurs résultats jusque-là, et l’avait condamné à devenir un équipier fidèle, dans l’équipe Del Tongo, dont Saronni (vainqueur du Giro 1983 et champion du monde 1981) était la figure de proue. Hélas pour Chioccioli, son maigre palmarès après ce Giro victorieux nous laisse penser qu’il n’avait pas l’étoffe d’un crack. En revanche on l’a toujours bien aimé dans le milieu du vélo. Ce fils de paysan, membre d’une famille nombreuse, fut d’abord jugé trop chétif pour pratiquer un sport aussi dur que le vélo, quand il commença à s’y intéresser à l’adolescence, au point qu’on le retarda d’un an pour obtenir sa première licence. Ensuite il fut sérieusement malade et, comble de malheur, son père perdit la vie dans un accident de la circulation, en se rendant au départ d’une course. Bref, Chioccioli connut toutes les épreuves possibles et imaginables dans sa jeunesse, et sans doute en conserva-t-il des séquelles plus tard. Enfin pour couronner le tout, une fois professionnel, les Tours d’Italie de l’époque Moser-Saronni étaient surtout faits pour eux…qui n’ont jamais été des grimpeurs. En revanche en 1991 la montagne était bien présente, comme en témoigne le classement final de ce Giro avec Chioccioli, devant Chiappucci et Lelli, tous remarquables grimpeurs, sans oublier Gianni Bugno qui était un fuoriclasse.

En tout cas, Chioccioli avait vécu une bien belle aventure dans ce Giro 1991, contrairement à Claudio Chiappucci, héros du précédent Tour de France (deuxième derrière Lemond), qui était parti dans ce Tour d’Italie pour battre Lemond, Fignon, tous deux peu en forme ou malade, mais aussi Delgado et surtout Bugno, qui était devenu son ennemi intime. Problème, battre Bugno était loin d’être suffisant, et force est de reconnaître que Chiappucci, malgré ses talents d’escaladeur, n’était pas au niveau de « Coppino ». Il provoqua même la polémique, surtout chez les suiveurs français, en s’en prenant véhémentement à Eric Boyer dans la 17è étape, auquel il reprochait de ne pas le relayer dans sa chasse à Chioccioli, qui avait attaqué dans le Pordoi…alors que Boyer était bien incapable de relayer tellement il était à bout de forces. Chiappucci finit par le comprendre, mais le mal était fait pour lui, alors qu’il voulait passer auprès de tous, coureurs, suiveurs et spectateurs, pour un gentil bonhomme. Néanmoins, sans vouloir le défendre, force est de reconnaître que Chiappucci était en train de vivre une des plus grandes désillusions de sa carrière. De quoi être nerveux!

En plus cette algarade avec Boyer se situa après un premier épisode où Chiappucci passa déjà pour un coureur à qui on ne pouvait pas faire confiance. Ledit épisode se situa dans la 6è étape, où les organisateurs firent passer les coureurs dans un tunnel mal éclairé, ce qui entraîna une chute collective, laquelle déclencha le courroux des coureurs. Du coup, ces derniers décidèrent de neutraliser la course jusqu’à l’arrivée. Mais la tentation d’attaquer dans le Terminillo était trop grande pour certains, dont Chiappucci, ce qui mit très en colère nombre de coureurs dont Bugno et Delgado, ce dernier affirmant que Chiapucci n’était pas « un coureur fréquentable ». Chiapucci répliqua à Delgado en lui disant que si lui et Bugno n’ont pas répliqué à l’attaque du Colombien Cuspoca dans le Terminillo, c’était parce qu’ils n’en avaient pas les moyens, et que « s’ils voulaient la guerre, ils l’auraient et la perdraient ». En fait tous l’ont perdu, sauf Chioccioli.

Michel Escatafal


Palmarès des grandes courses depuis 1946 (mise à jour au 2 mai 2016)

merckxAnquetilCe tableau rassemble les victoires des meilleurs coureurs ayant couru après-guerre dans les grandes épreuves du cyclisme sur route. C’est un travail qui se veut le plus objectif possible, même si je suis bien conscient que l’on puisse discuter du barème des points attribués pour une victoire dans chacune des épreuves. Celles-ci ont été choisies en fonction de leur ancienneté et de leur permanence. Les plus récentes, l’ Amstel Gold Race et Tirreno-Adriatico, sont nées en 1966, mais toutes les autres ont été disputées pour la première fois avant 1948. Il y a 10 épreuves par étapes (Tour de France, Giro, Vuelta, Tour de Suisse, Dauphiné, Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, Tour de Romandie, Tour du Pays-Basque, Tour de Catalogne), plus 9 classiques (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Gand-Wevelgem, Paris-Roubaix, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, Amstel Gold Race, Paris-Tours, Tour de Lombardie), le championnat du monde sur route et le championnat du monde contre-la-montre. Concernant cette épreuve, créée en 1994, j’ai considéré que le Grand Prix des Nations, disputé pour la première fois en 1932, faisait office de championnat du monde avant sa création officielle.

Je précise de nouveau que je me refuse à tenir compte des changements dans les palmarès, pour les raisons que j’ai expliquées à plusieurs reprises, notamment celles liées au cas Armstrong. Pour moi, le palmarès ne doit changer que s’il y a dopage lourd et indiscutable, détecté immédiatement après une épreuve, par exemple Landis, positif à la testostérone dans le Tour 2006. Je rappelle au passage que Riis a été rétabli dans le palmarès du Tour, après en avoir été exclu, parce qu’il a fait des aveux publics, décision tout à fait normale puisque certains ayant avoué par le passé s’être dopé figurent toujours parmi les vainqueurs de l’épreuve. Quand à Héras, son quatrième succès dans la Vuelta lui a été rendu six ans après, suite à la mise en lumière d’irrégularités lors de l’examen des échantillons qui avait révélé des produits interdits…ce qui démontre la nécessité d’être très prudent lorsqu’on veut toucher aux palmarès déjà établis. Qui nous dit que dans 10 ou 15 ans, voire même avant, Armstrong ne figurera pas de nouveau au palmarès du Tour de France?

Pour voir le tableau cliquez →Palmarès vélo au 2 mai 2016


Et si Purito Rodriguez gagnait enfin un grand tour?

RodriguezLe 22 août prochain va démarrer le dernier des trois grands tours du calendrier, la Vuelta, qui fêtera à cette occasion son quatre-vingtième anniversaire, la première édition ayant eu lieu en 1935 (voir mon article Tour d’Espagne : de Deloor à Cobo). Certes le Tour de France et le Giro sont encore au-dessus en termes de notoriété et de prestige, mais l’épreuve espagnole se rapproche peu à peu de ses grands frères français et italien. Il s’en rapproche d’autant plus que chaque année il nous offre un beau spectacle, supérieur à celui du Tour de France. En outre il regroupe souvent en fin de saison la quasi-totalité des meilleurs routiers de la planète, preuve que le Tour d’Espagne intéresse hautement les coureurs, et ce pour de nombreuses raisons. Parmi celles-ci, outre la préparation que certains considèrent comme idéale pour les championnats du monde, il y a aussi le fait que c’est une très belle ligne qui s’ajoute au palmarès du vainqueur. Un palmarès où l’on retrouve la quasi-totalité des grands champions du vélo depuis le début des années 60, à l’exception de Thévenet, Moser, Saronni, Roche, Fignon, LeMond, Indurain, Pantani et, plus près de nous, Armstrong et Froome.

Qu’on en juge : depuis cette époque l’ont emporté au moins une fois Anquetil, Altig, Poulidor, Janssen, Gimondi, Pingeon, Ocana, Fuente, Merckx, Maertens, Hinault, Zoetemelk, Delgado, Lucho Herrera, Kelly, Rominger, Jalabert, Zulle, Olano, Ullrich, Vinokourov, Contador, Valverde, Nibali et Heras, le recordman des victoires (4) dont la dernière lui a été rendue en décembre 2012 par un tribunal espagnol…après lui avoir été retirée en raison d’un contrôle positif. Et oui, cela peut exister ce genre de choses dans le vélo, sport qui manipule et triture les palmarès à sa guise, au point que plus personne ne sait qui a gagné quoi à certaines époques. Heureusement les vrais fans de cyclisme savent reconnaître les gagnants, tout comme les coureurs eux-mêmes qui ne sont pas dupes, y compris ceux qui bénéficient d’une décision des instances sportives.

Fermons cette sombre parenthèse ridicule et revenons à cette Vuelta, qui va voir s’affronter du 22 août au 9 septembre la quasi-totalité des plus grands champions actuels, à la notable exception d’Alberto Contador, qui a déjà disputé le Giro et le Tour de France. Sinon tous les autres seront là, à commencer par le vainqueur du Tour 2015, Froome, qui aura à subir les assauts de ses dauphins, Quintana, Valverde et Nibali, mais aussi de Fabio Aru et Mikel Landa (dauphins de Contador au dernier Giro), sans oublier Purito Rodriguez, Van Garderen, Samuel Sánchez, Rafal Majka, Domenico Pozzovivo, Pierre Rolland, Fabian Cancellara, Tom Dumoulin, Jurgen Van de Broeck, Peter Sagan, Nacer Bouhanni et John Degenkolb, ces trois derniers en lice pour le maillot vert du classement par points, en notant que seules trois étapes ( Malaga, Lerida, et Madrid) seront réservées a priori aux sprinters. Que du beau monde donc ! Une participation exceptionnelle, supérieure à celle du Giro, en notant au passage que s’il apparaît impossible de nos jours de réaliser le doublé Giro-Tour, un doublé Tour-Vuelta semble moins effrayer les coureurs. Pourquoi ? Sans doute parce que Valverde et Rodriguez, voire Froome en 2012, ont accompli de très belles performances après avoir disputé le podium dans le Tour de France. Néanmoins il faut remonter à l’époque Hinault (1978) pour trouver trace de ce doublé, en rappelant qu’à ce moment la Vuelta se disputait au printemps, et qu’il y avait un délai d’un mois et demi entre la fin de la Vuelta et le début du Tour.

Sinon, le parcours de cette année sera assez classique pour un grand tour, même si l’on trouvera le prologue un peu court pour un contre-la-montre par équipes (7.4 km), sans parler des nombreux transferts. Cela dit, il y aura comme d’habitude de nombreuses arrivées au sommet, avec une étape reine courte (138 km) mais dantesque (5 cols de première catégorie ou hors-catégories) en Andorre, où les coureurs ne cesseront de monter et descendre, mais aussi un contre-la-montre presque plat de 39 km quatre jours avant l’arrivée, sans lequel un grand tour n’en est pas un, n’en déplaise aux organisateurs du Tour de France, peu soucieux de l’histoire du cyclisme. Cette étape contre-la-montre pourrait d’ailleurs déterminer le vainqueur de l’épreuve, car il semble que les difficultés à venir ne seront pas insurmontables pour les meilleurs, même si la vingtième étape compte quatre cols de première catégorie, et même si les organismes seront fatigués dans la troisième semaine de l’épreuve, d’autant que les principaux leaders (Froome, Quintana, Valverde et Nibali) auront, comme je l’ai souligné précédemment, le Tour de France dans les jambes.

Cela m’amène à évoquer le nom de celui que je considère comme le favori de cette édition 2015, Purito Rodriguez. Certes il n’aura pas l’avantage de pouvoir s’exprimer comme il sait si bien le faire dans des ascensions comme l’Angliru ou la Bola del Mundo, mais il aura en revanche l’avantage sur les autres leaders de n’avoir pas lutté jusqu’au bout pour la victoire finale ou pour s’adjuger une place sur le podium dans le Tour de France. Dans quel état vont être les quatre premiers de ce Tour, à commencer par Froome qui accumule les critériums ? Néanmoins méfions-nous de Nibali, hors de forme au début du Tour, mais qui l’a très bien fini, d’Aru aussi qui n’a guère couru depuis le Giro, sans oublier Landa…à condition que son Giro n’ait pas été qu’un simple feu de paille. Un Landa dans sa forme du Giro, et libéré de certaines contraintes de gregario, pourrait surprendre autant qu’il a surpris sur les routes italiennes, mais je n’y crois pas trop d’autant qu’il ne sera plus chez Astana l’an prochain. Après, un outsider peut toujours s’imposer comme Casero en 2001, Aitor Gonzales en 2002, Juan Jose Cobo en 2011 ou Chris Horner en 2013, mais il paraît invraisemblable que le vainqueur ne soit pas dans les coureurs que je viens de citer dans ce dernier paragraphe.

Michel Escatafal


2015 ne sera pas du même cru que 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995 pour le cyclisme français

PoulidorJajaEnfin un Poulidor qui gagne ! C’est ce que semblent affirmer ceux qui ne connaissent pas la carrière de celui qui fut le meilleur coureur français, et même mondial, des années 60 (après Jacques Anquetil)  jusqu’au début des années 70, à savoir Raymond Poulidor. Car, contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, Poulidor a beaucoup gagné dans sa carrière professionnelle, avec notamment une Vuelta (1964), Milan- San Remo (1961), la Flèche Wallonne (1963), le Dauphiné Libéré (1966 et 1969), , le Grand Prix des Nations qui était à l’époque le véritable championnat du monde contre-la-montre (1963), Paris-Nice (1972 et 1973), la Semaine Catalane (1971) et un titre de champion de France (1961). Rien que ça ! Combien de coureurs d’aujourd’hui peuvent se prévaloir d’un pareil palmarès ? Très peu. En fait seuls Contador, Cancellara, Gilbert et Valverde peuvent s’enorgueillir d’une pareille collection de grandes victoires, avec une diversité que seul Valverde peut revendiquer.

Cela signifie que le petit-fils de Poulidor a de qui tenir d’autant que son papa, Adrie Van der Poel, fut lui-même un beau champion, remportant notamment un Tour des Flandres (1986), Créteil-Chaville appellation à l’époque de Paris-Tours (1987), Liège-Bastogne-Liège (1988) et l’Amstel Gold Race (1990), sans oublier un titre mondial en cyclo-cross (1996). Or, justement, c’est dans cette discipline que Mathieu Van der Poel vient d’être sacré champion des Pays-Bas à l’âge de 20 ans dans la catégorie Elite. Et comme le jeune homme  a déjà remporté le titre de champion du monde sur route juniors en 2013, on voit que son avenir apparaît doré, au point que beaucoup d’observateurs avisés du vélo pensent que c’est peut-être lui le futur crack de la fin des années 2010 et du début des années 2020. Dommage qu’il ait opté pour la nationalité néerlandaise diront les amateurs de vélo franchouillards, mais que les mêmes se consolent en se disant que s’il devient ce qu’il pourrait être, on se chargera de souligner à l’envie qu’il est d’abord le petit-fils de notre Poupou national.

Fermons la parenthèse pour évoquer ce que pourrait être l’année cycliste 2015, qui sera fatalement moins glorieuse pour le cyclisme français que les années 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995. Si j’évoque ces années se terminant par 5, c’est parce que nous sommes en janvier et que les pronostics commencent à fleurir sur la saison à venir, où l’on verra Contador tenter le doublé Giro-Tour, Wiggins et Martin faire une tentative sur l’heure, et Froome et Quintana tenter un doublé inédit, Tour-Vuelta, depuis Bernard Hinault en 1978, à une époque où le Tour d’Espagne se déroulait au printemps. Pour mémoire, l’année 1955 avait été marqué par le troisième succès de Louison Bobet dans le Tour de France, prouvant qu’il était bien le meilleur coureur de son temps, d’autant que cette même année il avait remporté le Tour des Flandres avec le maillot de champion du monde sur le dos. En 1965, l’exploit de la saison aura été le fabuleux doublé Dauphiné Libéré- Bordeaux-Paris de Jacques Anquetil, sept heures séparant l’arrivée de la course à étapes du départ de ce qu’on appelait le « Derby de la route » dont la distance était de 572 kilomètres. Une victoire hallucinante si l’on songe que Jacques Anquetil avait dormi seulement une heure avant de prendre le départ, en pleine nuit,  de la plus longue classique du calendrier. Evidemment les contempteurs du vélo ne manqueront pas de souligner qu’Anquetil n’avait pas avalé que du sucre pendant la course, mais le résultat était là : le coureur normand avait accompli un exploit insensé.

En 1975, c’est Bernard Thevenet qui allait se couvrir de gloire en faisant mordre la poussière au grand Eddy Merckx. Après une victoire au Dauphiné Libéré, Thevenet se sentait prêt pour frapper un grand coup lors du Tour de France et priver ainsi Merckx du record de victoires dans le Tour de France (5 à l’époque). La victoire du coureur bourguignon paraissait à première vue quelque peu utopique, car jusque-là seul Ocana avait vraiment battu le fantastique coureur belge à la régulière. Et pourtant, malgré un début de Tour un peu poussif, avec une perte de 52 secondes sur 16 km c.l.m. à Merlin-Plage (sixième étape), Thévenet ne perdait pas espoir, parce qu’il ne concédait que 9 secondes au « Cannibale » entre Fleurance et Auch sur une distance de 37 kilomètres (neuvième étape), preuve que la marge de Merckx n’était pas si importante. La confirmation viendra un peu plus tard sur les pentes du Puy-de-Dôme (quatorzième étape), où Van Impe s’imposait au sommet devant Thévenet, avec l’épisode imbécile d’un « beauf » sur le bord de la route, celui-ci donnant un coup de poing au foie à Merckx, lequel fut handicapé sur la fin de la montée. Mais ce coup de bêtise du spectateur n’expliquait pas tout, puisque lors de la première étape alpestre Thévenet allait reléguer Merck à près de 2 minutes, ce dernier s’effondrant après une descente du col d’Allos à tombeau ouvert, où il avait pris pratiquement une minute à Thevenet. Le lendemain Bernard Thévenet, revêtu de jaune, allait porter l’estocade définitive dans l’Izoard, là où tellement de grands champions (Bobet, Coppi…) ont écrit quelques unes de leur plus belles pages d’histoire.

En 1985, c’est Bernard Hinault qui réalisera de nouveau le doublé Giro-Tour, après avoir été dominé l’année précédente par Laurent Fignon dans le Tour de France. Cela étant, en 1984, malgré toute sa bravoure, Hinault ne pouvait rien contre le meilleur Laurent Fignon que l’on ait connu, en raison aussi des suites de son opération un an auparavant. L’année suivante en revanche Hinault retrouvera toute sa verve et s’imposera devant son équipier Greg Le Mond, malgré une chute à Saint-Etienne où il eut le nez cassé, et grâce aussi, il faut bien le dire, à la bienveillance de son directeur sportif, Paul Koechli, qui avait interdit à l’Américain d’attaquer son adversaire blessé. Cela permettait à Hinault de rentrer dans le club très fermé des quintuples vainqueurs du Tour  avec Anquetil, Merckx, et dix ans plus tard Indurain, lesquels seront dépassés dans les années 2000 par Armstrong, qui l’emportera à 7 reprises…même s’il ne figure plus au palmarès, contrairement à d’autres coureurs ayant avoué s’être dopés. Comprenne qui pourra !  Trente ans après, Hinault est toujours le dernier vainqueur français du Tour de France, et ce n’est pas en 2015 qu’il aura un successeur, même si cette année deux Français (Péraud et Pinot) sont montés sur le podium…en l’absence pour raison diverses de Froome, Contador et Quintana.

Enfin il faut ajouter la formidable saison réalisée par Laurent Jalabert en 1995, avec au printemps ses victoires dans Paris-Nice, Milan-San Remo, la Flèche Wallonne, le Tour de Catalogne, le Critérium International et à la fin de l’été la Vuelta. Ouf, n’en jetons plus ! Laurent Jalabert était bien à ce moment le meilleur coureur du monde, même si Indurain pouvait lui contester cette suprématie en ayant gagné cette même année 1995, le Dauphiné Libéré, le Tour de France et le championnat du monde contre-la-montre. Il n’empêche, en 1995, comme en 1996, 1997 et 1999, Jalabert terminera premier au classement UCI. Personnellement, si je devais souligner une victoire plus qu’une autre en cette année 1995 bénie pour lui, ce serait Milan-San Remo, où il fut le seul à résister à la terrible attaque de Fondriest, champion du monde en 1988 et vainqueur en 1993 de la Primavera, dans la montée du Poggio. A cette occasion Jalabert fit preuve, dans la descente qui menait à l’arrivée, d’un sang-froid extraordinaire, en roulant avec son adversaire pour conserver les 8 secondes d’avance qu’ils avaient au sommet, tout en ne se découvrant pas trop pour l’emporter au sprint , ce qu’il fit à l’issue d’un mano a mano d’anthologie, les deux hommes terminant aux deux premières places avec quelques mètres d’avance sur leurs poursuivants. Magnifique succès de « Jaja », d’autant  qu’il était le super favori des suiveurs, preuve qu’il était bien considéré comme le meilleur. Quand un autre Français remportera-t-il la magnifique classique italienne ? Je ne sais pas, même si nos deux jeunes sprinters, Bouhanni et Démare, sont en grands progrès depuis deux ans. Mais sera-ce suffisant pour vaincre sur la Via Roma ? Je le souhaite très fort, sans trop y croire cependant. Peut-être un jour Bryan Coquard, coureur très véloce et remarquable pistard, capable en outre de passer de courtes bosses ?

Meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2015.

Michel Escatafal


Andy Schleck : un sentiment d’inachevé…

SchleckAvant d’évoquer la fin de carrière d’Andy Schleck, je voudrais souligner la victoire de Davide Rebellin hier dans le Tour d’Emilie, une belle épreuve italienne de fin de saison, ce succès du vétéran italien (43 ans) ne faisant qu’aviver les regrets de voir le champion luxembourgeois interrompre prématurément (il a 29 ans) une carrière qui promettait tellement. Un Rebellin qui a beaucoup fait parler de lui au moment de son contrôle antidopage positif lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 (EPO CERA) et qui a été suspendu deux ans suite à ce contrôle, mais qui a repris la compétition depuis la fin avril 2011 et qui continue…à gagner. Preuve que le coureur, sans doute très surveillé et donc contrôlé régulièrement, est quand même un grand champion, ce qui lui a permis de réaliser en 2004 l’exploit de remporter coup sur coup les trois classiques ardennaises, l’Amstel Gold Race, une de ses trois Flèches Wallonnes et Liège-Bastogne-Liège, sans oublier Paris-Nice en 2008 et Tirreno-Adriatico en 2011 ou encore la Clasica San Sebastian en 1997 (il y a 17 ans !), pour ne citer que ses victoires les plus probantes.

Mais je voudrais aussi rendre un hommage particulier à un autre très grand champion qui a décidé d’interrompre sa carrière début 2015, l’Australien Cadel Evans (37 ans). Ce dernier, qui a commencé le vélo de compétition par le VTT, est devenu au fil des ans un des meilleurs coureurs de sa génération, avec pour point d’orgue une victoire dans le Tour de France 2011 devant Andy Schleck, un titre de champion du monde en 2009, une victoire dans la Flèche Wallonne en 2010, deux Tours de Romandie en 2006 et 2011 et Tirreno-Adriatico encore en 2011 sa grande année, alors qu’il avait à cette époque 34 ans. Un coureur très complet, à la fois excellent rouleur et très bon grimpeur, ce qui explique ses plus beaux succès et la somme de podiums qu’il a conquis dans les grandes courses à étapes, en rappelant qu’il termina troisième du Giro 2013. Et oui, quand on voit les succès que remportent ou ont remporté des coureurs comme Rebellin à plus de 40 ans, Cadel Evans à plus de 33 ans, ou encore Valverde cette année à 34 ans, voire Rodriguez à 35 ans, on se dit vraiment qu’Andy Schleck devrait être aujourd’hui au summum de ses possibilités pour encore quatre ou cinq ans. Certes, il paraît que son genou gauche n’a plus de cartilage, ce qui évidemment est une blessure invalidante pour un coureur cycliste, mais on ne m’empêchera pas de penser que sa carrière et son palmarès auraient dû être autrement plus conséquents qu’ils ne le sont, compte tenu de sa classe intrinsèque, même s’il n’est peut-être pas tout à fait aussi doué que ses fans le prétendent, à moins que ce ne soit tout simplement l’impossibilité mentale de s’entraîner très dur pour briller sur la durée d’une saison.

Si j’écris cela c’est parce qu’il lui a toujours manqué ce qu’avait su, par exemple, développer son glorieux prédécesseur du Grand-Duché, Charly Gaul, à savoir bien rouler contre-la-montre, un domaine dans lequel Andy Schleck n’a jamais progressé, et c’est bien dommage. J’aurais d’ailleurs tendance à écrire que nous sommes dans une autre époque, car Bahamontes, autre grimpeur patenté, limitait parfaitement les dégâts quand il s’agissait de défendre un maillot. Pour mémoire je rappellerais que Charly Gaul avait battu Anquetil sur les 46 km c.l.m. du circuit de Châteaulin (avec 7 s d’avance) dans le Tour de France 1958, et que Bahamontes avait terminé troisième de l’étape Arbois-Besançon sur la distance de 54 km c.l.m dans le Tour 1963, avec un retard dépassant à peine les deux minutes sur ce même Anquetil (2mn07s) et un peu plus d’une minute (1mn03s) sur le futur recordman de l’heure, Bracke. Des performances totalement hors de portée d’Andy Schleck vis-à-vis des meilleurs rouleurs d’aujourd’hui. Cela étant, quand on voit comment Quintana et même Purito Rodriguez, qui figurent parmi les meilleurs escaladeurs du peloton, arrivent à limiter les dégâts contre-la-montre, on se dit qu’avec sans doute un peu plus de travail, Andy Schleck aurait pu faire mieux que de la figuration c.l.m. dans les épreuves à étapes, qu’elles soient d’une ou de trois semaines.

Ah, le travail et la dureté du métier de coureur cycliste ! Un métier d’autant plus dur qu’il nécessite un énorme dépassement de soi-même, toujours au prix de mille souffrances, dépassement qu’un Contador, un Froome ou un Cadel Evans ont toujours su apprivoiser parce qu’ils vivent depuis des années par, pour et avec le vélo. Parce qu’ils sont aussi des bourreaux de travail, au point d’être très forts même en ayant été privés de compétition pendant des périodes parfois très longues. Il est inutile de rappeler qu’à son retour de suspension, en août 2012 à la Vuelta, Contador a remporté son septième grand tour sur la route, et que cette année ce même Contador et Chris Froome ont souffert de lourdes chutes qui les ont fait abandonner le Tour de France, ce qui ne les a pas empêché quelques semaines plus tard d’avoir terminé premier et second du dernier Tour d’Espagne.

Toutefois Andy Schleck était quand même un grand coureur, un des quatre meilleurs de l’histoire de son pays, Le Luxembourg, après François Faber, Nicolas Frantz et Charly Gaul. Il a quand même terminé trois fois second du Tour de France sur la route et une fois à cette place sur le Giro, cette performance ayant été accomplie à l’âge de 22 ans, soit deux ans de moins que Charly Gaul quand il remporta son premier Giro (1956). Il a aussi remporté une très belle classique (Liège-Bastogne-Liège), peut-être la plus difficile du calendrier, ce qu’en revanche Gaul n’a jamais fait si l’on reste dans la comparaison. Tout cela démontre que le plus jeune des Schleck avait une classe infiniment supérieure à celle des autres coureurs du peloton, à trois ou quatre exceptions près. Rien que ces performances en font un champion de très haut calibre, sauf à considérer que trois deuxièmes places du Tour de France et une du Giro, ajoutées à un succès dans La Doyenne,  valent moins que 30 victoires ou plus.

En fait il lui a surtout manqué cette rage de vaincre qu’il ne manifestait qu’avec parcimonie, une rage de vaincre qui habitait beaucoup plus souvent Charly Gaul, d’autant que ce dernier était obligé de se débrouiller seul dans les grandes courses à étapes en raison de la faiblesse des équipes qui l’ont entouré (à l’époque il y avait les équipes nationales). Peut-être aussi, comme je l’ai dit précédemment, qu’Andy Schleck ne s’imposait peut-être pas des charges de travail suffisantes, mais alors comment faisait-il en 2009, 2010 ou 2011, trois années au cours desquelles il était très fort dans le Tour de France ? Encore une question à laquelle lui seul peut répondre, sauf à noter qu’il ne s’est jamais ou presque fixé d’autres objectifs que les Ardennaises et le Tour, ce qui donnait l’impression qu’il ne faisait rien le reste du temps…ce qui est profondément injuste. Après tout, ce n’est pas le seul champion à ne pas aimer s’entraîner comme un fou ! N’est-ce pas Bernard Hinault ? Et pourtant le palmarès du Blaireau est un des deux plus beaux de l’histoire, juste derrière Merckx ! En revanche Hinault avait une rage de vaincre sans commune mesure avec celle d’Andy Schleck.

Peut-être aussi qu’il aurait dû rester avec Bjarne Riis, au lieu de quitter ce dernier en 2011 pour aller voir ailleurs, et se retrouver dans un milieu qui n’a jamais semblé lui convenir. Pourquoi cette décision des deux frères Schleck, même si la création d’une équipe luxembourgeoise pouvait à elle seule l’expliquer ? Eux seuls le savent. Toujours est-il qu’il n’a plus rien fait de brillant à partir de 2012, une coïncidence que certains ont relevé. Peut-être lui-a-t-il manqué un manager en qui il ait eu une confiance absolue, un homme qui ait su parfaitement ce qu’il pouvait lui demander…et ce qu’il ne pouvait pas, d’autant qu’Andy a toujours donné l’impression de ne pas savoir se gérer seul, mais aussi de n’en faire qu’à sa tête. Par exemple lors du Tour de France 2010, qu’il aurait remporté à la pédale s’il avait écouté Bjarne Riis, lequel lui conseillait d’attaquer dans la montée vers Morzine, au lieu d’attendre le dernier kilomètre, alors que ce même Riis s’était aperçu que Contador n’était pas bien ce jour-là. Résultat, Andy ne prit qu’une petite dizaine de secondes à Contador, alors qu’il aurait pu le repousser beaucoup plus loin ce jour-là.

La confiance en son entourage est quand même la mamelle du coureur cycliste. Pour aussi fort que soit un champion il lui faut un homme de confiance, qu’aurait pu être pour Andy son frère Franck, à condition que ce dernier ait su faire abstraction de ses ambitions, d’autant qu’il est loin d’être aussi doué qu’Andy. Son père Johny aurait aussi pu jouer ce rôle, sauf qu’un père n’est pas forcément le mieux placé pour donner des conseils, même après avoir été un bon coureur. Nous avons été nombreux à être stupéfaits d’apprendre, à l’automne 2012, que Johny Schleck avait conseillé à ses fils d’arrêter le vélo, Franck ayant subi un contrôle antidopage positif pendant le Tour de France, positivité qu’il a toujours contestée. Certains diront que ce conseil en dit finalement beaucoup sur la vraie motivation du clan Schleck, car c’est une attitude de perdant et non de gagnant.

Voilà quelques considérations qui me font dire que l’encore jeune Andy Schleck devrait avoir tout son avenir devant lui, y compris gagner sur la route le Tour de France, mais aussi le Giro ou la Vuelta. Ce ne sera pas le cas, hélas, d’autant qu’il a accumulé les pépins physiques depuis sa chute au Dauphiné en 2012. Cet abandon du vélo est quelque part un naufrage pour le cyclisme. Peut-être tout simplement s’est-il laissé aller lentement au découragement, ce qui paraît étonnant aux yeux de ceux qui l’ont vu se battre comme un lion lors de son saut de chaîne au Port de Balès dans le Tour 2010, qui lui a sans doute fait perdre le Tour, plus peut-être encore qu’à Morzine, sans parler de sa courageuse montée vers le Tourmalet avec Contador à ses côtés dans ce même Tour 2010. Il avait aussi montré sa détermination lors de sa mémorable attaque dans l’Izoard (Tour 2011) pour s’imposer en solitaire et en grand champion au sommet du mythique Galibier, tout près de Briançon, ville où son compatriote Charly Gaul accomplit un exploit mémorable dans le Tour 1955 en passant tous les cols en tête (Aravis, Madeleine, Télégraphe, Galibier), pour gagner avec un quart d’heure d’avance sur Bobet et Geminiani. Pourquoi n’a-t-il jamais pu renaître de ses cendres depuis juin 2012 ? Question de volonté, de force morale, comme je ne cesse de le répéter dans cet article ? En tout cas l’abandon définitif d’Andy Schleck est une triste nouvelle, car le vélo a besoin de coureurs comme lui, d’autant que sa génération, qui est aussi celle de Contador, Froome et Nibali, est théoriquement à l’âge où les champions atteignent leur sommet.

Michel Escatafal


Le record de l’heure avait besoin d’un rafraichissement…mais (Partie 1)

voigtAvant de parler du nouveau record de l’heure de Jens Voigt et de sa valeur réelle, je voudrais souligner deux ou trois évènements qui ont certainement interpellé les amateurs de cyclisme. Tout d’abord il y a le décès de Pino Cerami à 92 ans, ce qui montre que les cyclistes peuvent aussi mourir à un âge très avancé. Pino Cerami a surtout la particularité d’avoir attendu d’être âgé de 38 ans pour commencer à remporter des épreuves importantes, alors qu’il n’avait quasiment rien gagné jusque-là. Son palmarès en effet recense entre 1951 et 1960 une victoire dans le Tour du Doubs (1951) et le Tour de Belgique (1957). Et puis tout à coup, en 1960, ce fut l’explosion avec une victoire dans Paris-Roubaix, puis la même année la Flèche Wallonne et le Tour de Wallonie. L’année suivante, alors qu’il avait fini ses 39 ans, il s’imposait dans Paris-Bruxelles, une grande classique à l’époque, mais aussi dans la Flèche Brabançonne et de nouveau le Tour de Wallonie, avant de remporter à plus de 40 ans, le grand prix de la Basse Sambre (1962), puis une étape du Tour de France en 1963. Reconnaissons que comme parcours, celui-ci n’est pas banal ! Cela dit, il a eu la chance de ne pas courir au vingt-et-unième siècle, car on imagine qu’avoir obtenu pareils résultats sur le tard aurait alimenté je ne sais quelle suspicion de dopage. En tout cas, je ne sais pas s’il a pris quelque chose d’interdit aujourd’hui pendant sa carrière, mais il est mort très âgé, comme d’autres coureurs nés à son époque, tel Fiorenzo Magni, décédé au même âge.

Et puisque j’ai évoqué le mot dopage, dont on reparlera plus tard, je voudrais souligner la décision de l’Union Cycliste Internationale (UCI), qui vient d’annoncer la création d’un tribunal antidopage indépendant pour les coureurs contrôlés positifs à des substances prohibées. Très bien, mais en espérant que cela se fasse en apportant la preuve irréfutable que le coureur s’est dopé, et non pas en condamnant des coureurs qui ne peuvent en aucun cas apporter la preuve qu’ils ne se sont pas dopés, notamment pour les cas les plus litigieux, en y incluant le passeport biologique. Parmi ces cas je citerais les plus emblématiques, à savoir Valverde, Contador, Pellizotti ou Kreuziger, à qui on a retiré des victoires sur la route, et qui ont même été blanchi par la suite de façon formelle (Pellizotti) ou indirecte (Contador), alors que dans d’autres sports des cas avérés ont été traités avec infiniment plus d’indulgence. Bref, comme je ne cesse de le répéter, le vélo a pris le parti de se maltraiter, au grand dam des vrais amateurs de vélo, mais au grand plaisir de ceux qui ne cessent de critiquer ce sport, auquel ils ne connaissent absolument rien.

Laissons ces contempteurs du vélo à leur ignorance crasse et intéressons-nous rapidement aux résultats des championnats du monde sur route avec la belle victoire de la Française Pauline Ferrand-Prévot. Et comme cette jeune femme n’a que 22 ans, on peut imaginer que son palmarès sera très étoffé dans les années à venir, peut-être pas autant que celui de Jeannie Longo, mais avec une très belle collection de victoires quand même. Cela dit, avec le développement du vélo féminin un peu partout dans le monde, la concurrence s’avère déjà bien supérieure à celle qu’a connue Jeannie Longo…ce qui n’enlève rien à ses mérites.

Autre victoire significative dans ce Mondial, celle de Michal Kwiatowski, jeune coureur polonais de 24 ans, qui a eu raison par son culot et sa classe de tous ses principaux adversaires. La Pologne, avec Kwiatowski et Majka (sixième du Giro et meilleur grimpeur du Tour cette année à 25 ans), dispose à présent de deux coureurs de grande classe, ce qui pourrait en faire une des nations les plus fortes dans l’avenir, et retrouver même le rang qu’elle avait à l’époque chez les amateurs, quand ces derniers ne courraient pas avec les professionnels. On se rappelle notamment de Szurkowski dans Paris-Nice en 1974 (pour la première fois les amateurs affrontaient les professionnels dans une grande course), champion du monde amateur, qui tint tête à Eddy Merckx lui-même, notamment dans l’étape Toulon-Draguignan, où il termina devant le crack belge.

Fermons cette parenthèse historique pour évoquer aussi la nouvelle médaille obtenue dans ces championnats du monde par Alejandro Valverde. Au total il collectionne six breloques, dont deux en argent en 2003 et 2005 et quatre en bronze en 2006, 2012, 2013 et 2014. Je veux profiter de l’occasion pour rendre hommage à ce coureur qui, ne l’oublions pas, fut suspendu deux ans et interdit de courir en Italie entre 2009 et 2012…sans jamais avoir été contrôlé positif. Cette suspension qui a ému et outré nombre d’amateurs de vélo ne l’a pas empêché de revenir au moins aussi fort qu’avant, puisqu’il est aujourd’hui numéro deux mondial au classement UCI, signe que sa saison a été couronnée de succès. N’oublions pas que s’il a en partie raté son Tour de France (seulement quatrième sans Contador, Froome et Quintana), il a terminé troisième de la Vuelta derrière Contador et Froome, les deux références des courses à étapes de la décennie. En tout cas, comme pour Contador, cela signifie qu’il est revenu à son meilleur niveau après sa suspension, preuve que son présumé dopage n’explique pas ses performances passées. Là aussi, je laisse ceux qui n’aiment pas le vélo à leur rancœur, et j’affirme haut et fort que Valverde est un des plus grands champions de son temps, son palmarès le situant dans l’histoire au niveau de celui de Jan Janssen, Gianni Bugno, Vincenzo Nibali, Hennie Kuiper ou Cadel Evans.

Mais au fait, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas encore parlé du record de l’heure de Jens Voigt, et de ce qu’il représente dans la longue histoire du vélo. Et bien, ce n’est pas grave, car je vais en parler dans un autre article, celui-ci s’avérant trop long pour l’historique que je veux développer sur le record du monde de l’heure, dont on peut regretter que nombre de grands champions ne figurent pas au palmarès, soit parce qu’ils ne l’ont pas tenté (Hinault, LeMond, Cancellara…), soit parce qu’on les a carrément rayé des palmarès…après avoir battu ledit record (Moser, Rominger, Indurain). Décidément, modifier les palmarès fut et continue d’être une marotte pour les instances du cyclisme !

Michel Escatafal


Un plateau royal pour cette Vuelta 2014

Vuelta 14Après-demain ce sera le départ du Tour d’Espagne, troisième grand tour de la saison cycliste sur route, avec cette année un plateau royal à faire pâlir d’envie le Tour de France de cette année, surtout après les chutes de Froome et Contador qui, il faut bien le dire, ont tué tout suspens sur l’issue de la course. En fait la seule incertitude dans le résultat final résidait dans le risque d’accident que suscite toute compétition cycliste, Nibali n’y étant pas davantage à l’abri que les autres malgré son adresse sur un vélo. Cela a permis au coureur italien de se retrouver dans le club des vainqueurs des trois grands tours, et de rejoindre Anquetil, Gimondi, Merckx, Hinault et Contador. Sans vouloir dévaloriser la performance de Nibali dans le Tour 2014, reconnaissons qu’il rentre à peu de frais dans ce club de la « Triple Couronne », d’autant qu’il y figure désormais avec une seule victoire dans chacun des trois grands tours, alors que les autres membres du club comptabilisent 11 victoires pour Merckx, 8 pour Anquetil, 5 pour Gimondi, 10 pour Hinault et 7 pour Contador (je ne tiens pas compte de ses déclassements dans le Tour 2010 et le Giro 2011). Néanmoins personne ne pourra retirer au coureur italien son succès dans le Tour 2014 devant Péraud et Pinot, ce qui situe quand même la vraie concurrence dans cette Grande Boucle, amputée de Froome, Contador, Quintana, mais aussi d’une certaine manière de Joaquim Rodriguez, ce dernier relevant d’une blessure contractée lors du dernier Giro. Au passage, en énumérant ces quatre noms, on s’aperçoit qu’il s’agit des quatre premiers du Tour de France 2013, une année au cours de laquelle Nibali avait remporté le Giro, sans ces quatre coureurs, mais avait été battu par Horner dans la Vuelta. Voilà, je ne suis pas là pour dévaloriser les performances de Nibali, mais simplement pour les restituer dans leur contexte, ce que ne font pas ceux qui ne voient le vélo qu’à travers le seul prisme du Tour de France…et de ses résultats, surtout quand deux Français sont sur le podium.

Revenons à présent à la prochaine Vuelta qui va démarrer samedi avec un plateau vraiment royal, même s’il peut paraître parfois en trompe-l’œil. En tout cas, de tous les meilleurs coureurs actuels, seul sera absent de ce Tour d’Espagne Vicenzo Nibali, auquel on pourrait ajouter Kreuziger puisque le TAS, comme on s’en serait douté,  a confirmé sa suspension en raison d’anomalies sur son passeport biologique. Et oui, c’est ça aussi le vélo : un coureur peut être suspendu même sans contrôle positif, et sans qu’on soit certain de sa culpabilité! Fermons la parenthèse et revenons à la Vuelta pour dire que cette épreuve prend de plus en plus de galon au fur et à mesure des ans, preuve si besoin en était que son changement de date (1995) a pleinement réussi son œuvre, évitant ainsi l’encombrement du printemps avec le Giro, ce qui nuisait fortement à son développement. En tout cas  cette année la participation sera exceptionnelle sur ce Tour d’Espagne, avec des favoris aux noms prestigieux, au point que beaucoup espèrent assister (sans trop y croire) au duel entre Contador et Froome, dont nous avons été privés par la fatalité dans le dernier Tour de France. J’ai écrit « espèrent » parce qu’a priori il n’est pas réaliste d’inscrire Contador parmi les grands favoris. Certes il ne souffre plus apparemment de sa fissure du tibia, séquelle de sa lourde chute au début du dernier Tour de France, mais sa préparation a été fortement contrariée pour une course où l’adversité sera très forte, et le parcours ô combien exigeant avec des cols très difficiles et en grande quantité. Cela étant, si Contador a pris le risque d’être présent sur son tour national, c’est qu’il ne doit pas être si mal, surtout quand on pense aux sacrifices qu’il a fait pour être au top niveau dans le Tour de France, et pouvoir affronter Froome avec des chances de succès.

Froome justement, qui sera là, lui aussi, après ses deux grosses chutes dans les premières étapes du Tour de France, à quel niveau se situe-t-il ? Là est toute la question, même si l’on devine qu’il sera très motivé, et que sa préparation sera sans doute très avancée à défaut d’avoir été idéale. Pour lui, comme pour Contador, l’inconnue c’est sa préparation, car s’il est en bonne forme au départ de l’épreuve, il ne pourra que s’améliorer au fil des jours, et dans ce cas il sera très difficile à battre. N’oublions pas qu’il y aura une étape contre-la-montre de 34,5 km en plein milieu de l’épreuve, après le jour de repos, et ce chrono pourrait faire des différences notables au profit d’un spécialiste comme Froome, sans parler des 10 km le dernier jour à Saint-Jacques de Compostelle, sur un parcours très plat. En fait, comme pour Contador, il faudra attendre la sixième étape avec la première arrivée en côte (à Culbres Verdes) pour avoir une idée précise de leur état de forme. Et si à cette arrivée ils figurent parmi les meilleurs, alors il devrait y avoir du sport dans la deuxième partie de cette Vuelta, avec six arrivées en altitude dont les célèbres Lacs de Covadonga (quinzième étape) et le terrible Puerto de Ancares (la veille de l’arrivée), dont les cinq derniers kilomètres offrent des pentes moyennes de 12%, ce qui ne sera pas pour déplaire à Nairo Quintana, le dernier vainqueur du Giro.

Nairo Quintana est en toute logique le vrai favori de ce Tour d’Espagne. Pourquoi ? D’abord parce qu’il n’a pas beaucoup couru depuis son Giro victorieux, ce qui signifie qu’il a eu le temps de se préparer en toute quiétude pour ce qui est le deuxième grand objectif de sa saison. Ensuite parce qu’on sait qu’il est en forme, comme il vient de le prouver au Tour de Burgos, qu’il a remporté. Certes la concurrence n’y était pas énorme, mais il a gagné, ce qui ne peut qu’ajouter à sa confiance et ses certitudes. En outre le parcours très montagneux de cette Vuelta est tout à son avantage, lui qui est capable d’accompagner très loin dans les cols Froome et Contador à leur meilleur niveau. Enfin il n’a pas de réelle faiblesse contre-la-montre, comme il l’a déjà démontré à plusieurs reprises, face à Froome ou Contador, même s’il leur est légèrement inférieur. Bref, si Quintana est au mieux dès le départ de cette Vuelta, il sera très bien placé pour remporter son second grand tour, alors qu’il a seulement 24 ans. De plus, il aura à sa disposition une équipe Movistar très forte, même si cette équipe Movistar disposera d’un autre leader en la personne de Valverde. Mais qui peut croire que Valverde fera le poids contre Quintana, alors qu’il fut incapable de suivre dans le Tour de France Nibali, mais aussi très souvent Pinot, Bardet ou Péraud ?

Ayant déjà évoqué le nom de Valverde, pour dire que je ne crois en aucun cas à sa victoire, je serais davantage circonspect sur Joaquim Rodriguez. N’ayant pas disputé le Giro et ayant couru le Tour de France en pensant d’abord à se trouver une bonne condition physique en vue de la Vuelta, Rodriguez pourrait être un rival dangereux pour Quintana. Très à l’aise dans les gros pourcentages, puncheur redoutable lors des arrivées en côte, Rodriguez sera à n’en pas douter un outsider très sérieux, d’autant qu’il a poursuivi sa préparation en altitude (Andorre). Néanmoins il va perdre beaucoup de temps sur ses principaux rivaux dans les deux contre-la-montre, et sans doute aussi dès le premier jour sur les 12.6 km du contre-la-montre par équipes à Jerez de la Frontera, les équipes Movistar (Quintana), Sky (Froome) ou Saxo-Tinkoff (Contador) paraissant mieux armées que la sienne.

Après les coureurs que je viens de citer il y a des outsiders comme Rigoberto Uran, deuxième du Giro, mais loin de Quintana. C’est un coureur complet, mais pas assez fort en montagne ou dans les contre-la-montre pour être considéré comme un favori légitime. La remarque vaut aussi pour le dernier vainqueur de la Vuelta, le vétéran Américain Horner (bientôt 43 ans) qui avait battu l’an passé, à la surprise générale, Nibali qui sortait pourtant d’un Giro victorieux. Autre outsider, Cadel Evans, même si le vainqueur du tour 2011 subit l’irréparable outrage de ses 37 ans. Ne faisons pas trop fi des chances de Talansky, vainqueur heureux du dernier Dauphiné, mais loin du niveau des grands cracks en montagne. En fait les chances infimes d’un coureur comme Talansky se résument, comme pour sa victoire dans le Dauphiné, à un heureux concours de circonstances. La remarque vaut aussi pour Van den Broeck, Kelderman, Dan Martin ou Aru, voire Thibaut Pinot. Dans cette Vuelta 2014 il y a trop de concurrence pour qu’un outsider l’emporte…sauf accident. La bagarre va sans doute être terrible, surtout si Contador et Froome ne perdent pas trop de temps dans les dix premiers jours. Du coup, le Tour de France de cette année, comme le Giro, doivent être regardés avec objectivité, à savoir avec deux vainqueurs trop au-dessus de leurs concurrents pour pouvoir faire des projections réalistes sur le niveau de leurs dauphins…ce qui ne minimise en rien les performances d’Aru (troisième du Giro) ou de Péraud et Pinot dans la Grande Boucle.

Michel Escatafal


La trilogie des Ardennaises (Partie 2)

Thurau Dietrich

Dans la suite de l’article écrit la semaine dernière, je vais parler aujourd’hui de Liège-Bastogne-Liège, mais avant je voudrais m’indigner une fois encore devant la manière qu’ont les commentateurs de cyclisme, sur les sites spécialisés ou à la télévision, de comptabiliser les victoires…et d’en faire un classement. Ainsi, apprend-on que Valverde est le coureur qui compte le plus de succès à ce jour, avec ses 7 victoires, ayant remporté notamment le Tour d’Andalousie, la Roma Maxima, mais aussi le GP Miguel Indurain. Il devance trois coureurs, Alberto Contador et deux sprinteurs Sacha Modolo et André Greipel. Pourquoi est-ce choquant de faire un classement des victoires? Tout simplement parce qu’il n’a rien à voir avec la vraie hiérarchie des coureurs, les trois meilleurs depuis le début de la saison étant Contador, Cancellara et Gilbert. Ce dernier vient de s’adjuger de fort belle manière son troisième Amstel, avant peut-être de s’imposer aujourd’hui au sommet du Mur de Huy, ce qui ne serait que sa troisième victoire de la saison (il a remporté la Flèche Brabançonne), mais ces  succès ont évidemment une tout autre valeur que lever les bras dans une étape d’une course de second rang.

Après ce long préambule, et avant d’évoquer Liège-Bastogne-Liège, je voudrais d’abord avoir une pensée pour un coureur que j’aime beaucoup, qui a remporté cette épreuve en 2009, après une échappée solitaire de plus de 20 km, laissant ses poursuivants Rodriguez, Rebellin, Gilbert etc. à plus d’une minute. Ce jour-là tout le monde a compris qu’Andy Schleck était déjà « un grand », ce qu’il démontra dans le Tour de France quelques mois plus tard, et plus encore dans le Tour 2011, où chacun se rappelle son extraordinaire raid entre l’Izoard et le sommet du Galibier. Quel dommage de voir ce magnifique champion, plein de panache, se retrouver à présent constamment au milieu du peloton, avec des coureurs de second rang, loin, très loin d’avoir sa classe, ce qui l’entraîne aussi dans des chutes qui ne font que retarder ses possibilités de résurrection. Dans le fond, heureusement qu’il a gagné Liège-Bastogne-Liège, car sans ce succès son palmarès serait vierge de toute grande épreuve. Certains me diront qu’il a aussi gagné le Tour de France 2010, mais Andy Schleck sait très bien que ce Tour c’est Contador qui l’a gagné. A ce propos, j’en profite pour redire une fois encore que l’UCI peut apporter toutes les modifications qu’elle veut aux palmarès des grandes courses, les vrais connaisseurs du vélo savent bien que personne ne prend en compte les lignes changées ou vierges des grandes épreuves, sauf en cas de dopage réellement prouvé et démontré dans les jours qui suivent une course. D’ailleurs, que je sache, l’UCI a bien cautionné le retour de Bjarne Riis dans le palmarès des vainqueurs du Tour, ce qui est en contradiction formelle avec le déclassement a posteriori de Lance Armstrong. A quoi rime cette absence de vainqueur de la Grande Boucle entre 1999 et 2006 ? Heureusement que le ridicule ne tue plus !

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet du jour, à savoir Liège-Bastogne- Liège, appelée aussi « La Doyenne », et dont ce sera le dimanche 27 avril la centième édition. Cette classique est un « véritable monument du cyclisme », une course que tout coureur d’aujourd’hui rêve d’avoir à son palmarès. Pourquoi « La Doyenne » ? Parce que c’est l’épreuve la plus ancienne du royaume belge, créée en 1892 à l’initiative du Liège Cyclist Union, club du premier vainqueur Léon Houa (il remportera les trois premières éditions). Elle figure au calendrier des professionnels depuis 1894, avec certaines éditions au début du vingtième siècle réservées aux amateurs ou aux indépendants. Son parcours est le plus difficile de toutes les classiques, avec 261 km de course agrémentés de nombreuses côtes au nom célèbre, Stockeu,et de nouveau cette année la Haute-Levée, sans oublier dans les derniers kilomètres la côte des Forges et la côte de la Roche-aux-Faucons qui, elles aussi, retrouvent leur place dans un parcours très sélectif, ne pouvant être réservé qu’à un « costaud ».

Le recordman de l’épreuve (gagnée 58 fois par un Belge) est bien évidemment Eddy Merckx, avec cinq succès en 1969, 1971 où il fut vainqueur malgré une terrible défaillance qui lui fit perdre 5 mn sur Pintens en moins de 40 km, 1972 devant Poulidor, 1973 et 1974. L’Italien Moreno Argentin l’emportera quatre fois entre 1985 et 1991, dont une avec beaucoup de chance en 1987, Roche et Criquielion jouant tellement au chat et à la souris dans les derniers hectomètres qu’ils se firent rejoindre et battre au sprint. Quant à Fred De Bruyne, il signera un triplé entre 1956 et 1958. En revanche Van Looy (1961) et De Vlaeminck (1970) ne l’ont gagné qu’une fois, et quelques très grands coureurs ne l’ont jamais remporté, comme les campionissimi Coppi et Bartali pour qui, toutefois, ce n’était pas un objectif, Louison Bobet, mais aussi Felice Gimondi, ou encore Francesco Moser, Greg Lemond, Laurent Fignon, Miguel Indurain et Lance Armstrong. Côté français, Jacques Anquetil et Bernard Hinault l’ont emporté. Anquetil en 1966, avec près de 5 mn d’avance sur Van Schil, et davantage encore sur un groupe où figuraient Gimondi et le tout jeune Eddy Merckx, à l’issue d’une grande envolée (46 km en solitaire) dont il avait le secret…quand il était décidé à se surpasser, peut-être aussi pour montrer à Gimondi, qui venait de faire le doublé Paris-Roubaix et Paris-Bruxelles, qu’il était toujours « le patron ». Quant à Hinault, il a signé à cette occasion un des plus beaux exploits du cyclisme d’après-guerre en 1980, dans une course d’un autre âge.

En ce 20 avril 1980, il neigeait dans les Ardennes comme en plein hiver, avec au moins dix centimètres sur les chaussées qu’allaient emprunter les coureurs. Il faisait tellement froid, qu’après 70 kilomètres de course il ne restait qu’une soixantaine de rescapés sur les 170 coureurs au départ. Combien seront-ils à l’arrivée se demandaient les suiveurs, d’autant qu’on n’annonçait pas de réelle amélioration d’ici l’arrivée. Bien peu en vérité, puisqu’ils n’étaient plus qu’une trentaine à se présenter au pied de ce que l’on appelle « le monstre de Stockeu ». Parmi eux « le Blaireau », qui aurait sans doute abandonné s’il n’avait pas eu à ses côtés son fidèle équipier Maurice Le Guilloux, à qui il avait dit : « S’il neige encore au ravito, j’arrête ». Et comme il ne neigeait plus, Hinault continua la course. Bien lui en prit, car ce qui restait du peloton était déjà à l’agonie, et dans ce cas parmi ceux qui vont à l’arrivée c’est le plus fort qui gagne. Et Hinault à cette époque était incontestablement le maître du cyclisme, comme peut-être aucun autre coureur ne l’avait été à part Eddy Merckx.

Le premier à aborder la côte de Stockeu fut Rudy Pevenage, échappé avec plus de 2 mn d’avance sur un groupe où l’on trouvait le Néerlandais Lubberding, mais aussi l’Allemand Thurau, l’Italien Contini (qui l’emportera en 1982), et Bernard Hinault coiffé d’un bonnet de laine rouge. Un peu plus loin Hennie Kuiper, champion du monde en 1975, chute et passe à pied le raidard, ce qui ne l’empêchera pas de terminer à la deuxième place derrière Hinault qui avait décroché, sans s’en rendre compte, ses compagnons de route dans la côte de la Haute-Levée à 80 km de l’arrivée. Kuiper terminera second à plus de 9 mn du « Blaireau », alors que le Norvégien Willman sera le dernier classé…à la vingt-et- unième place et à 27 mn. Une course d’un autre monde, presque d’un autre temps, comme à l’époque de Trousselier, vainqueur en 1908. Bien d’autres exploits ont eu pour théâtre cette magnifique classique. Nous n’en avons cité que quelques uns parmi les plus caractéristiques, en regrettant tout d’abord que Contador, premier au classement UCI après ses victoires à Tirreno-Adriatico et au Tour du Pays-Basque, et Cancellara, meilleur coureur actuel de classiques, soient absents.

Certes, après leurs exploits récents, il est normal que le « Pistolero » et « Spartacus » veuillent souffler, mais on aurait bien aimé les voir sur « La Doyenne », surtout Cancellara, même s’ils sont nombreux à douter de sa réussite dans cette épreuve. Cela étant, si l’on en croit Sean Kelly, vainqueur en 1984 et 1989, Cancellara peut gagner un jour Liège Bastogne Liège, à condition qu’il en fasse un véritable objectif, ce qui le mettrait à égalité avec les meilleurs coureurs de classiques de l’histoire. Après tout, au palmarès de « la Doyenne », il y a des coureurs qui étaient loin de valoir le remarquable rouleur suisse, par exemple Schoubben et Derijcke (premiers ex aequo en 1957), Melckenbeek (1963), Preziosi (1965), Bruyère (1976 et 1978), Fuchs (1981), ou encore Van der Poel (1988), et Gianetti (1995). En revanche, quinze ans après, je garde le souvenir de la victoire à Liège de Franck Vandenbroucke (en 1999), ce surdoué belge qui avait tout pour devenir un très grand et qui, comme d’autres avant lui, n’a pas réalisé la carrière qui lui était promise.

Parmi ces autres exploits évoqués auparavant, j’ajouterais celui de Dietrich Thurau qui remporta l’édition 1979 de Liège-Bastogne-Liège, sans doute sa plus grande performance, fruit d’une audacieuse échappée solitaire, empêchant notamment Bernard Hinault de réussir un doublé retentissant après sa victoire dans la Flèche Wallone, et clouant le bec à ses équipiers qui lui reprochaient son manque d’esprit d’équipe dans sa formation Ijsboerke, qui lui préférait le jeune belge Daniel Willems. En outre, un peu comme Sagan de nos jours, on commençait à se demander quand ce jeune coureur doué et brillant, au style délié, allait enfin remporter la grande victoire qui manquait tellement à son palmarès. Autant de bonnes raisons pour Thurau de frapper un grand coup en ce 22 avril 1979. Et de fait il allait se donner les moyens de prouver qu’il appartenait bien à la catégorie des grands champions, en s’échappant seul après la longue côte de Rosier, à 75 kilomètres de l’arrivée. Nanti d’une avance maximale de 2mn 20s, il allait subir une légère défaillance dans la côte des Forges à 14 kilomètres de l’arrivée, franchissant le sommet avec quelques centaines de mètres d’avance sur un Hinault dechaîné, qui avait déclenché la contre-attaque dans la côte de la Redoute. Cette offensive du « Blaireau » lui permit de lâcher ses adversaires, à l’exception du Belge Pollentier, et de se rapprocher à une minute de Thurau.

Hélas pour Hinault, et heureusement pour Thurau, Pollentier, n’en pouvant plus, ne prit aucun relais, ce qui découragea quelque peu le champion français, d’autant que ceux qu’il avait lâché précédemment, Willems, Baronchelli, Schepers et Van Impe étaient revenus sur eux, et refusèrent de collaborer, Willems notamment respectant à la lettre l’esprit d’équipe, ce que n’avait pas voulu faire Thurau dans le Tour de Belgique quelques jours auparavant, portant une attaque le dernier jour qui condamna Willems, alors que ce dernier avait course gagnée. Cette fois en revanche, l’attitude chevaleresque de Willems allait permettre à Thurau de garder une cinquantaine de secondes d’avance sur le groupe emmené par Bernard Hinault, lequel ne voulait en aucun cas faire seul le travail pour rejoindre Thurau, et se retrouver battu au sprint par des accompagnateurs qui refusaient les relais. Résultat, Thurau remporta un succès mérité et Hinault se contenta de la seconde place, laquelle suffisait à son bonheur compte tenu des circonstances, ce qui montre que même des classiques aussi dures que Liège-Bastogne-Liège ne sont pas faciles à gagner. Cela dit, pour dimanche, je mettrais bien une petite pièce sur Philippe Gilbert et une autre sur Rodriguez, s’il a récupéré de sa chute dans l’Amstel, à moins que Valverde… Logique me direz-vous, mais la logique dans les courses d’un jour est loin d’être celle des grands tours, comme l’a souvent dit à sa façon Jacques Anquetil.

Michel Escatafal


Le retour de Contador réjouit les vrais amateurs de vélo

contadorEt si l’on reparlait un peu de vélo en ce jour où l’actualité est totalement focalisée sur le match retour de Ligue des Champions entre le PSG et Chelsea, en espérant que le PSG l’emporte. Après tout, cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas eu une équipe au top niveau européen, avec de nombreuses individualités figurant parmi les meilleures à leur poste, que l’on a le droit de se réjouir ! Comme on a le droit de se réjouir en voyant un champion comme Cancellara remporter pour la troisième fois le Tour de Flandres au sprint, devant un petit groupe, preuve, si besoin en était, qu’un sprint après 260 km de course n’a rien à voir avec un sprint du peloton dans une course à étapes ou une épreuve de second ou troisième rang. Reste maintenant à Cancellara à remporter une quatrième fois le Tour des Flandres, ce qui le ferait entrer un peu plus encore dans la légende, surtout s’il devait gagner l’épreuve une troisième fois de suite, comme un certain Fiorenzo Magni qui s’est imposé en 1949, 1950 et 1951.

Mais les amoureux du vélo ont un autre motif de se réjouir avec le retour au tout premier plan, et à son meilleur niveau de Contador. La façon dont il s’est imposé à Tiireno-Adriatico en disait déjà long sur son retour et sur sa confiance revenue. Et hier, lors de la première étape du Tour du Pays-Basque, il a pleinement confirmé l’impression laissée lors de la Course des Deux-Mers, et même lors du récent Tour de Catalogne où, de son propre aveu, il avait le sentiment d’avoir raté sa chance en terminant deuxième à 4 secondes de Joaquin Rodriguez. Certes, il n’y avait pas de contre-la-montre, mais il aurait dû et pu gagner la Volta…s’il y avait cru davantage. En tout cas, hier après-midi, il a prouvé qu’il avait retrouvé nombre de ses sensations à commencer par sa célèbre « giclette » et sa faculté à poursuivre son effort sur la durée. Une « giclette » différente de celle de Rodriguez, en ce sens que Purito est surtout capable d’une terrible accélération sur une distance de 500m ou 1 km, mais sans poursuivre au-delà son action.

Bien entendu, il ne faut surtout pas lire ce qu’écrivent les crétins sur les forums des sites sportifs ou spécialisés dans le vélo, sous peine d’être victime d’une grosse déprime, tellement ces gens sont des rabat-joie avec leurs sempiternels soupçons de dopage…concernant certains coureurs. Comme si on demandait à ces gens-là d’intervenir sur les courses cyclistes, alors qu’ils n’ont qu’injures à écrire à l’encontre de ces coureurs ! Plus particulièrement d’ailleurs les coureurs espagnols, affirmant doctement que l’Espagne est un pays couvrant le dopage au profit de ses plus grands champions. A ce propos, il faut noter que ces moralisateurs de pacotille n’hésitent pas à dire que tout coureur n’ayant jamais subi de contrôle positif par le passé ne se dope pas, allusion au problème rencontré par Contador avec ses quantités infimes de clembutérol retrouvées dans ses urines un jour de repos dans le Tour de France 2010. Une affaire que le TAS a tranché dans le vif en infligeant deux ans de suspension au Pistolero, tout en avertissant que rien ne prouvait que Contador s’était réellement dopé volontairement.

Cela dit, les moralisateurs oublient que Valverde, qu’ils vouent aux gémonies et qu’ils mettent dans le même sac que les coureurs pris en flagrant délit de dopage, n’a jamais eu de contrôle positif…pas plus d’ailleurs qu’Armstrong et que tant d’autres ayant avoué leur dopage passé. Tout cela est tellement insignifiant qu’il vaut mieux se passer de faire des commentaires, même si je continue à m’insurger devant cette « chasse aux dopés » que l’on ne retrouve que dans le vélo. Aucun autre sport ne voit ses fans à ce point obsédés par le dopage, et en écrivant cela je pourrais même ajouter qu’ils s’en moquent comme de leur premier survêtement. Qui ce soir va se préoccuper de savoir si Thiago Silva, Thiago Motta, Cavani ou Matuidi, pour ne citer qu’eux, ont pris ou pas pris un produit dopant ? Absolument personne, parce que les fans de foot veulent voir leurs favoris l’emporter, et c’est tout. Idem pour le rugby, pour le basket, le tennis et tous les autres sports, à part un peu l’athlétisme, en notant que parmi ces forumers on retrouve parfois les mêmes que dans le vélo. Ils n’aiment pas le sport, mais ils veulent en dégoûter les autres : un comble !

Néanmoins, pour en revenir à Contador, il est en train d’infliger un démenti cinglant à ceux qui le voyaient sur le déclin, alors qu’il n’a que 31 ans, soit trois ans et demi de moins que Rodriguez, qui n’a jamais été aussi fort que ces trois dernières années. N’oublions pas non plus que Cadel Evans a commencé à remporter des grandes courses à partir de 32 ans. Contador est aussi en train de démontrer qu’il s’améliore en termes de tactique de course, attaquant quand il le faut et où il le faut, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé, notamment lors de la Vuelta 2012. Il est vrai qu’après avoir été injustement privé de compétitions entre février et août, il avait une telle envie de bien faire qu’il a parfois confondu vitesse et précipitation, au point d’avoir été obligé de réciter un des plus beaux festivals que le cyclisme ait produit depuis une vingtaine d’années pour l’emporter devant Valverde et Rodriguez.

Voilà ce que j’avais envie de dire aujourd’hui, parce que je suis outré de lire, à propos de Contador des insanités du style : « Il a retrouvé ses steaks magiques ». Comment quelqu’un écrivant sur un site de sport peut-il écrire de pareilles âneries ? Quelle bêtise, quelles bassesses de se réfugier derrière un clavier d’ordinateur pour aligner des perles aussi stupides…qui ne font rire que les tristes auteurs de pareils propos. Ils ne se rendent même pas compte que, comme disait quelqu’un qui n’a jamais fait de vélo, La Rochefoucaud, « le ridicule déshonore plus que le déshonneur ». Et pour terminer, je veux dire une fois encore que je souhaite que le PSG remporte, dès cette année, la Ligue des Champions, et cela passe par un bon résultat à Chelsea.  

Michel Escatafal