Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Quelques considérations sur le sport en ce début d’année 2013…

C’est demain mardi que les organisateurs du Tour d’Italie, ou si l’on préfère du Giro, vont donner le nom des équipes invitées à leur épreuve…et il y aura nécessairement des déçus, dans la mesure où trois équipes seront élues pour onze candidatures. En outre, il y aussi le problème Katusha, l’équipe de Rodriguez, dont personne ne sait si elle sera oui ou non admise dans le World Tour, ce qui promet par parenthèse une belle pagaille si le Tribunal Arbitral du Sport (le fameux TAS) donne raison à l’équipe russe. Qui vont-ils remettre en Continental parmi les équipes actuellement désignées, puisqu’il est dit qu’on n’augmentera pas le nombre d’équipes ayant le label World Tour…ce qui serait trop simple ? En effet, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? On le voit, si cela continue, et j’en suis le premier à être attristé compte tenu de ma passion pour ce sport, le vélo commence à se rapprocher de la boxe en termes de gestion de ses épreuves et de désordre organisationnel. En fait il ne manque plus que l’organisation d’une fédération dissidente, et l’on sera tout près de revoir dans le cyclisme l’évolution de la boxe depuis les années 60. Espérons quand même que l’on n’en arrivera pas à ces extrémités, car si la boxe survit plus ou moins, je ne suis pas certain que le vélo y parviendrait.

Certains vont me trouver bien pessimiste en cette douce journée de janvier, mais le vélo est un sport qui est passé maître dans l’art de tout compliquer….au nom de l’éthique, alors que c’est le sport le plus contrôlé. Certes les contrôles existent partout, comme l’a rappelé hier le pilote de F1 Romain Grosjean sur le plateau de France 2, mais le vélo est sans doute le seul sport qui anticipe à ce point les éventuelles fraudes, comme on a pu le voir sur cette même chaîne avec la recherche de l’AICAR, un produit aujourd’hui indétectable dont on parle de plus en plus, parce qu’il permet de perdre du poids tout en augmentant la performance des utilisateurs. Et bien entendu on a surtout évoqué les coureurs cyclistes avec des images de coureurs en peloton, comme si ces derniers étaient les seuls utilisateurs potentiels de cette nouvelle « potion magique ». Cela dit, grâce au vélo, cette médication, ô combien dangereuse si l’on en croit les spécialistes, devrait être identifiée par les laboratoires dans les mois qui viennent, ce qui pourrait de nouveau chambouler les palmarès. Les palmarès du cyclisme bien sûr, puisque ce sport n’hésite pas à destituer les coureurs de leurs titres, y compris d’ailleurs quand le dopage n’est pas réellement prouvé, quitte à voir un tribunal redonner ce titre à un coureur quelques années après qu’il ait été attribué à un autre (cas Heras).

Reconnaissons que tout cela fait désordre, ce qui explique la nostalgie de ceux qui ont connu le vélo (sur route et sur piste) dans les années 50 ou 60, avec ses excès, ses abus, mais aussi ses règles infiniment plus simples que de nos jours. Aurait-on imaginé interdire de Tour de  France un Coppi, un Bartali, un Magni, un Gaul, un Bahamontes,  s’ils avaient désiré y participer ? Idem pour le Giro et la Vuelta avec les meilleurs Français, Suisses ou Belges, alors qu’aujourd’hui Contador, Valverde, Rodriguez, Menchov ou un autre, pourraient très bien se voir refuser la possibilité de participer aux plus grandes épreuves du calendrier parce que leur équipe n’a pas assez de points UCI, ou parce qu’elle a été privée de la licence World Tour. Ainsi Rolland ou Voeckler, bien que leur équipe ne soit pas en World Tour,  sont sûrs et certains de courir le Tour de France, mais pas Rodriguez qui est, rappelons-le, le dernier numéro un au ranking UCI. Aberrant, idiot, stupide, les mots manquent devant pareille absurdité.

C’est pour cette raison que j’ai fait précédemment la comparaison avec la boxe, qui organise des championnats dits du monde, après avoir destitué le détenteur unique d’un titre mondial. Et oui, nous en sommes là…pour le plus grand plaisir des pourfendeurs du vélo, lesquels prennent de plus en plus le pas sur les vrais amoureux de ce sport. Au fait, pourquoi avoir destitué Armstrong, et pas les autres coureurs ayant avoué avoir amélioré leurs performances en prenant des produits destinés à les rendre plus forts ? Désolé, j’ai l’air de ressasser les mêmes choses, mais je ne supporte plus toute cette hypocrisie dans le vélo et ailleurs. Les performances des sportifs est-allemands dans les années 70 ou 80, mais aussi d’autres pays, étaient-elles réalisées à l’eau claire ? Personne ne le croit, et pourtant certains noms figurent toujours au palmarès des records du monde…sans que cela ne pose problème, sauf pour des athlètes qui ont réalisé des performances légèrement inférieures sans emploi de substances illégales.

Toujours parmi les sujets qui me fâchent, il y a le racisme de plus en plus présent dans et autour des stades, au point que certains joueurs n’en pouvant plus de cette horrible méchanceté, en arrivent à quitter le terrain tellement ils sont dégoûtés. En écrivant cela je pense évidemment à Kevin-Prince Boateng, joueur ghanéen de l’AC Milan, qui a pris la décision d’abandonner le match auquel il participait contre une petite équipe italienne, tellement il endurait des injures racistes. Certains Français n’hésiteront pas à dire que c’était en Italie, oubliant que chez nous aussi il y a des crétins racistes, et ils sont nombreux. D’autres affirment que c’est la faute de la FIFA qui ne prend pas des sanctions assez dures. A ce propos, il est amusant de constater combien chez nous, en France, on est pour des sanctions sévères…si celles-ci touchent les autres pays, parce que ces pays aux yeux des Français ne savent pas traiter les problèmes. Ainsi pour nombre de Français, les Espagnols, pour ne citer qu’eux, sont les champions en termes de dopage, ce qui explique la ridicule fureur de certains contre Contador, Nadal ou Alonso, alors que si ces sportifs étaient français on les adorerait. Plus généralement, pour revenir sur le problème du racisme dans le football, c’est le niveau général des supporters qu’il faut souligner et non tel ou tel discours de dirigeant, comme celui de Blatter, le président de la FIFA, qui a dit que Boateng avait eu tort de quitter le terrain.

Un dernier mot enfin, beaucoup plus rassurant, pour remarquer hier soir sur Eurosport cette effervescence aux alentours du vestiaire du Paris Saint-Germain, avec des joueurs de l’équipe d’Arras faisant en sorte de récupérer un maillot des joueurs parisiens. Au moins ceux qui s’intéressent au football en tant que jeu, comme ceux qui y jouent à un bon niveau (cas des joueurs de l’équipe d’Arras), savent reconnaître que le PSG est devenu un grand club, d’où l’engouement des adversaires des Parisiens pour garder un souvenir de ce match. Et pourtant certaines des grandes stars du club entraîné par Carlo Ancelotti n’avaient pas fait le déplacement (Ibrahimovic, Sirigu, Thiago Silva, Thiago Motta, Lucas, Menez) ! Qu’est-ce que cela aurait été si tous ces joueurs avaient été là ? Preuve que le PSG suscite la passion partout où il se déplace, n’en déplaise aux supporters imbéciles qui n’ont que l’invective à la bouche pour le premier club français de l’histoire ayant atteint une dimension économique internationale. Merci aux Qataris de nous avoir fait ce cadeau, et bravo pour le beau geste d’avoir laissé la recette aux amateurs du club d’Arras !

Michel Escatafal


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 3 (cyclisme)

Pour terminer ce volet un peu insolite de l’histoire du sport (merci Claude Sudres!), je vais parler cyclisme évidemment, d’autant que c’est le plus caractéristique dans l’histoire des surnoms. Je vais simplement souligner (à défaut de les citer tous) ceux qui me paraissent les plus distinctifs, tellement les coureurs ont été nombreux à se voir attribuer des surnoms, dont certains au demeurant sont carrément ridicules.  Cela dit commençons par ceux des temps héroïques de ce sport avec, à tout seigneur tout honneur, celui du premier vainqueur du Tour de France (1903), Maurice Garin, surnommé le « Petit Ramoneur » parce qu’il a travaillé dans sa jeunesse dans une entreprise de fumisterie.  Un de ses successeurs (1905), Trousselier, sera appelé « Trou-Trou » ou « Trouston ». Autre grande figure de cette époque, même s’il n’a jamais gagné la Grande Boucle, Eugène Christophe, qui fut d’abord appelé « Le vieux Gaulois » en raison de ses moustaches en forme de guidon, puis « Cri-Cri » vers la fin de sa carrière. Enfin, soulignons aussi le cas du Luxembourgeois de Colombes, François Faber, vainqueur du Tour en 1909, qu’on avait surnommé le « Géant de Colombes » en raison de ses mensurations. Un autre vainqueur du Tour (1910), Octave Lapize, dont les cheveux étaient noirs et bouclés, sera surnommé « Le Frisé ». 

A la fin des années 20 et au début des années 30, Marcel Bidot, l’ancien directeur des équipes de France à l’époque des équipes nationales (1953-1961), sera appelé comme coureur « la Mère Poule » en raison de son dévouement comme équipier. Henri Pélissier, vainqueur du Tour en 1923, était appelé « La Ficelle » parce qu’il était long et sec. A la même période Armand Blanchonnet, champion olympique sur route contre-la-montre en 1924, sera surnommé « Le Phénomène » en raison de ses mensurations avantageuses, lesquelles lui ont aussi valu d’être appelé « King Kong ». Le sprinter Lucien Faucheux, triple vainqueur du Grand Prix de Paris à la Cipale, très musculeux, fut surnommé « Le Gros Lulu » puis plus tard « Le Pape de la Cipale ».  Learco Guerra, le grand champion italien (champion du monde en 1931), fut surnommé « La Locomotive humaine » ou « La Locomotive de Mantoue » en raison de sa puissance dans les contre la montre. André Leducq, grand crack des années 30, fut appelé « Dédé » ou « Joyeux Dédé » en raison de sa bonne humeur communicative, qui plaisait tellement à ses nombreuses supportrices.

Antonin Magne, très connu comme champion du monde ou vainqueur du Tour et, plus encore, comme directeur sportif de Poulidor, était « Tonin » pour tout le monde, ou encore « Le Taciturne » et « La Méthode » pour son souci minutieux de l’organisation. Par son élégance naturelle et sa distinction, Charles Pélissier, excellent routier et cyclo-crossman, fut baptisé « Brummel » du nom d’une célèbre marque de tailleur pour hommes. Louis Aimar, remarquable rouleur, très puissant, (plus de 80 kg) devint « Le Colosse » ou « Le Briseur de chaîne ». Le premier des super champions italiens, Gino Bartali*, un des plus grands coureurs de l’histoire, fut appelé à la fois « L’Homme de Fer » pour sa résistance, mais aussi « Gino Le Pieux » pour ses fortes croyances religieuses, avant de devenir « Il Vecchio » en raison de sa longévité. Maurice Archambaud, fantastique rouleur (Grand Prix des Nations en 1932 et recordman de l’heure), fut appelé « Le Nabot » en raison de sa petite taille.

Marcel Kint, champion du monde en 1938 et vainqueur de nombreuses classiques, fut surnommé « L’Aigle Noir ». Raymond Louviot, petit et courageux, fut appelé « Laripette » par les journalistes. Le fameux sprinter Jeff Scherens, fut appelé « Poeske » qui signifie chat en flamand, parce qu’il avait l’art de sauter ses adversaires sur la ligne. Vicente Trueba, le premier des grands grimpeurs espagnols, fut surnommé « la Puce de Torrelavega » en raison de sa petite taille et du nom de son village. Albéric Schotte, double champion du monde et vainqueur du Tour des Flandres, devint « le dernier des Flandriens ». Gerrit Schulte, un des très rares coureurs à avoir battu Coppi en poursuite, fut appelé « Le Fou Pédalant » en raison de ses longues échappées sur la route. Le pistard, champion du monde de vitesse, Van Vliet, était « Le Professeur » pour sa science du sprint et ses lunettes. Un autre sprinter, Louis Gérardin était pour tout le monde « Toto ». René Vietto, grand grimpeur et vedette du Tour dans les années 30 et 40 fut appelé « Le Roi René ».

Bevilacqua, double champion du monde de poursuite et vainqueur de Paris-Roubaix (1951), fut surnommé par les journalistes « Pauvre Bévilacqua », car dans la montée des cols il sollicitait les poussettes en disant : « Poussez le pauvre Bevilacqua, c’est un bon coureur ». Louis Bobet* fut pour tout le monde « Louison », et Louis Caput, routier-sprinter de poche, était « P’tit Louis ». Quant à Robert Chapatte, excellent coureur et futur grand journaliste, il fut affublé du joli surnom de « Chapatte de Velours ». La particule de Jean de Gribaldy, lui valut d’être appelé « Le Vicomte ».  Jean Dotto, vainqueur de la Vuelta 1955, devint  « Le Vigneron de Cabasse », village où était sa maison dans le Var.  Fachleitner, deuxième du Tour 1947, fut « le Berger de Manosque » du nom de la ville où il résidait. Jean Robic, vainqueur du Tour 1947, était appelé « Biquet », puis « Tête de Cuir » à cause de son casque de cuir un peu ridicule, qu’il était le seul à porter. Tout le monde connaît « Le Pédaleur de charme», trouvaille du chansonnier Jacques Grello pour qualifier Hugo Koblet*. L’autre grand champion suisse, Ferdi Kubler*, qui pédalait avec force grognements, fut surnommé « Le Champion Hennissant ».

Autres grandes figures des années 50, Bernard Gauthier et Raphaël Geminiani. Dans un premier temps Bernard Gauthier, super équipier de Louison Bobet, fut appelé « Cœur de Lion », avant d’être surnommé « Monsieur Bordeaux-Paris » suite à ses quatre victoires dans l’épreuve. Quant à Geminiani, sa gouaille et ses réparties l’ont fait surnommer « Grand Fusil ». En revanche, pour avoir porté le maillot jaune en 1949, Jacques Marinelli, coureur de petite taille qui ne faisait pas beaucoup de bruit, avait été surnommé « La Perruche » par Jacques Goddet. Loretto Petrucci, vainqueur de Milan-San Remo en 1952 et 1953 et de Paris-Bruxelles (1953), fut surnommé « Le Météore ». Cela lui allait d’autant mieux qu’il gagna la quasi totalité de ses succès entre 1951 et 1953. L’ancien équipier de Louison Bobet, Antonin Rolland, toujours un peu renfermé, fut surnommé « Tonin le taciturne ». Robert Varnajo, qui finit sa carrière en devenant un spécialiste du demi-fond, Vendéen d’origine, fut évidemment appelé « Le Chouan ». Le pistard Oscar Plattner, champion du monde professionnel de vitesse en 1952, fut désigné comme « Le Macchiavel du Sprint » pour sa manière de piéger ses adversaires. Peu après, on n’oubliera pas les deux supers grimpeurs que furent Bahamontes et Gaul, appelés respectivement « l’Aigle de Tolède » et « l’Ange de la Montagne ». Leur grand rival, Jacques Anquetil*, gagna le titre de « Maître Jacques » pour la multitude de succès remportés durant sa longue carrière. Autre grand rouleur (recordman de l’heure en 1956), Ercole Baldini, fut appelé « La locomotive de Forli ». Enfin Henri Anglade, avec ses attitudes autoritaires, fut surnommé « Napoléon ». Rien que ça !

Un autre grimpeur de poche, Lily Bergaud, fut appelé « La Puce du Cantal ». Carlesi, pour sa ressemblance avec Coppi, devint « Coppino ». Le pistard Roger Gaignard, ancien apprenti clown, y gagna son surnom de « clown ». Quant à Michel Rousseau, champion olympique et du monde de vitesse, ses grosses cuisses lui valurent d’être appelé « Le Costaud de Vaugirard ». Autre athlète du vélo, Raymond Mastrotto, ancien vainqueur du Dauphiné (1962), devint « le taureau de Nay », localité où il était né. René Privat, ancien vainqueur de Milan-San Remo (1960) fut surnommé, « René la Châtaigne », sans doute en raison de son punch. Rostollan, qui faisait le train pour Jacques Anquetil dans les cols, se vit appelé « Pétrolette ».  Rik Van, Looy, seul coureur à avoir gagné toutes les classiques (entre 1956 et 1968), fut baptisé par les journalistes belges « L’Empereur d’Herentals », en référence à la commune où il habitait. Enfin, qui ne se souvient de l’immortel « Poupou » que fut Raymond Poulidor dans les années 60 et 70 ?

Tout cela nous amène aux années 70, où force est de reconnaître que l’imagination fut nettement moins fertile qu’avant. En tout cas  les surnoms donnés respiraient davantage la banalité, même si parfois on retrouvait quelques traits d’humour comme « Le Cannibale » pour Merckx, « Le Chamois des Abruzzes » pour le grimpeur Vito Taccone, ou « Cuore matto » (cœur fou) pour Bitossi, en proie à des problèmes de palpitations cardiaques. Sinon, appeler Zoetemelk « Le Hollandais de France » ou Thévenet « Nanard » apparaît plutôt comme une évidence, ou du déjà vu comme Beat  Breu, le grimpeur suisse, « La Petite Puce de Saint Gall ». On retiendra quand même pour l’histoire, « Le Blaireau » pour Bernard Hinault*,  « Gibus » pour Gilbert Duclos-Lassalle, « Banban » pour Robert Alban, ou « Il Diavolo » pour Claudio Chiapucci », mais aussi « Jeff » pour J.F. Bernard,  « Le Ricain » pour Greg Lemond, premier grand champion américain ou « La Broche » pour Brochard, champion du monde en 1997.  On n’omettra pas non plus « Jaja » pour Laurent Jalabert, « Perro loco » (chien fou) pour le Suisse Zulle, « Le Dromadaire » pour un autre Suisse, Rominger, ou « Il Magnifico » pour le routier-sprinter italien Cippolini, ni « L’extra-terrestre » pour Indurain, vainqueur de cinq Tours de France et deux Tours d’Italie. Luc Leblanc, ancien champion du monde (1994), fut surnommé « Lucho » à cause de son épouse espagnole, le même surnom que le premier grand coureur colombien Luis Herrera. Pantani fut d’abord E.T. à cause de ses oreilles et de son crâne rasé, avant de devenir «Il Pirata » (Le Pirate).

Enfin, plus récemment nous avons été habitué au « Boss » pour Lance Armstrong, à « Vino » pour Vinokourov, à « Gibo » pour Simoni, à «Il piccolo principe » (le Petit prince) pour Damiano Cunego, vainqueur du Giro en 2004 à 23 ans, « Ivan le Terrible » pour Ivan Basso », « Le Requin de Messine » pour son équipier de la Liquigas, Nibali, « Le Cobra » pour Ricco, pour ses attaques tranchantes, « Balaverde » pour Valverde, « Spartacus » pour Cancellara, sans oublier évidemment « El Pistolero », parce qu’après chaque victoire, Alberto Contador*, le grand absent du prochain Tour de France pour une misérable affaire de traces de clembutérol, fait avec sa main un geste comme s’il tirait avec un pistolet. Là aussi, j’ai sans doute oublié nombre de champions, mais sur 250 coureurs au moins qui ont été surnommés, je n’ai retenu que ceux qui me venaient à l’esprit. Je voudrais toutefois en ajouter deux, à savoir Fausto Coppi surnommé « le Campionissmo », parce qu’il fut le plus grand coureur de l’histoire du cyclisme*, à la fois extraordinaire rouleur, fantastique poursuiteur et le meilleur grimpeur qui ait jamais existé. Quant au second, Roger Rivière*,  qui n’avait pas de surnom, je l’ai appelé « Le Voltigeur », pour sa facilité déconcertante dans l’effort, notamment dans l’exercice du contre-la-montre. Aucun autre rouleur, pas même Coppi ou Anquetil, n’était aussi fort que lui sur des distances de moins de 75 kilomètres. C’est pour cela que j’aurais aussi pu l’appeler « Superman », d’autant que sur la piste, en poursuite, il fut le seul à pouvoir se vanter d’être imbattable pendant sa courte carrière.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces coureurs sur le blog


Roger Rivière, le meilleur rouleur de l’histoire du cyclisme

Alors qu’aujourd’hui le monde du vélo, suspendu à l’attente du verdict concernant le « contrôle anormal » de Contador, ne semble bruire qu’à travers les affaires de dopage, il est peut-être bon de faire un retour sur le passé pour évoquer un champion tout à fait exceptionnel, aujourd’hui presque totalement oublié, Roger Rivière. Ce coureur, en effet, aurait pu être le champion du vingtième siècle…si la fatalité ne l’avait pas arraché à son métier en 1960, seize ans avant sa mort le 1er avril 1976 (35 ans déjà!). En fait, sa vie lui fut ôtée en grande partie le 10 juillet 1960 (à l’âge de 24 ans) dans la descente du col du Perjuret, lors de la 15è étape d’un Tour de France qui lui était promis.

Ce jour là, poussé par son orgueil de champion, le recordman du monde de l’heure s’était mis en tête de suivre Nencini, son rival italien, dans une descente qualifiée de « pas trop difficile » par son coéquipier Rostollan, sauf les deux derniers virages. Et c’est précisément dans un de ces deux virages que Roger Rivière fila tout droit, avant de tomber lourdement quelques mètres plus bas, et d’être victime d’une fracture à la colonne vertébrale. Certes il avait manqué un virage, mais il aurait pu s’en tirer sans trop de dégâts, avec une fracture de la clavicule, de la jambe ou du bras. Dans ce cas il aurait perdu le Tour de France, mais sa carrière ne se serait pas terminée à cet endroit.

Que de regrets peut-on nourrir de ne pas avoir assisté à la suite de la confrontation à peine esquissée avec Jacques Anquetil, né deux ans avant lui ! Pour sûr nous aurions eu un duel comparable à celui que se livrèrent les deux campionissimi Italiens, Coppi et Bartali, dans les années 40 et au début des années 50, dont tous les connaisseurs affirment que ce fut le plus somptueux de l’histoire du vélo, et peut-être même du sport en général. Et bien si Roger Rivière avait pu reprendre sa carrière après cette chute, avec tous ses moyens bien entendu, il est permis de penser que l’on aurait atteint les mêmes sommets. Qui aurait gagné ? Beaucoup de gens se posent la question, mais nombre d’observateurs du vélo sont convaincus que Roger Rivière était intrinsèquement supérieur à Jacques Anquetil, comme Coppi l’était vis-à-vis de Bartali. Cela étant rien ne dit que Rivière aurait eu un palmarès plus brillant que celui de son rival normand, car Jacques Anquetil semblait un peu plus résistant que le merveilleux styliste stéphanois.

Pourquoi peut-on dire avec tellement de certitude que Rivière aurait le plus souvent battu Anquetil, alors que nombre de coureurs ou de suiveurs ne l’avouent pas de cette manière ? Tout simplement parce que le peu de temps qu’ils ont été confrontés l’un à l’autre directement, c’est toujours Rivière qui a gagné. Cela a commencé en 1957, en poursuite, quand les deux hommes se sont affrontés en finale du championnat de France. D’ailleurs peu après, Roger Rivière devint pour la première fois champion du monde de poursuite professionnel, titre qu’il conservera jusqu’à la fin de sa carrière. Sur la distance de 5 km il était imbattable, au point qu’il se joua en 1957 d’un des plus grands poursuiteurs de tous les temps réputé invincible à l’époque, Guido Messina. Celui-ci, rappelons-le, fut deux fois champion du monde amateur en 1948 et 1953 et champion du monde professionnel de 1954 à 1956. Cette dernière année il battit Jacques Anquetil en finale du tournoi mondial, quelques semaines après que ce dernier eût effacé Coppi des tablettes du record de l’heure.

 Et sur des distances plus longues ? Et bien c’était la même chose, puisque Rivière battit nettement le record de l’heure en 1957, couvrant 46,923 km presque en s’amusant dans la mesure où il n’avait pas spécialement préparé cette tentative. Tout le monde savait qu’à la première occasion il ferait beaucoup mieux, et c’est ce qu’il fit le 23 septembre 1958 en portant le record à 47,347 km…malgré une crevaison.  Sans cette crevaison, qui de l’avis de tous les spécialistes lui à fait perdre 700 ou 800 mètres, il aurait fait sauter la barrière des 48 km dans l’heure. Plus personne ne s’attaquera à son record jusqu’en 1967, tellement il était haut perché. Et ce sera Jacques Anquetil qui le fera en septembre 1967 à 33 ans, donc en fin de carrière et qui le battra de 146 mètres avec 47,493 km. Néanmoins  pour éclatante que fût la performance de Jacques Anquetil, elle se situait en valeur absolue assez loin de celle de Roger Rivière neuf ans plus tôt.

 Cependant, si Roger Rivière a été le plus grand spécialiste de la poursuite dans l’histoire du cyclisme, nombreux sont ceux qui pensent qu’il fut aussi le meilleur rouleur sur des distances allant jusqu’à 60 ou 70 km. Il suffit de se rappeler que Rivière domina nettement Anquetil dans les deux contre-la-montre du Tour de France 1959, avec une nette victoire entre Seurre et Dijon sur une distance de 69 km, où Roger Rivière laissa Anquetil à 1 mn 38 s. En revanche il est vraisemblable que sur des distances plus longues, comme au Grand prix des Nations dans les années 50 (plus de 100 km), la puissance de Jacques Anquetil aurait prévalu sur la facilité de Roger Rivière.

 Et sur les grands tours ? Là aussi l’histoire est là pour nous éclairer. Jacques Anquetil a gagné son premier Tour à sa première tentative en 1957. En revanche il a échoué en 1958 et en 1959. Cette même année il est vraisemblable que si Roger Rivière avait été dans la position de Jacques Anquetil en 1957, leader unique de l’Equipe de France, il aurait gagné ce Tour de France. D’ailleurs si l’on observe qu’il termina à 5mn 17s de Bahamontes, après avoir perdu 5 mn dans l’étape d’Aurillac plus 3 mn dans la descente du Tourmalet, le tout par manque d’expérience et par l’absence auprès de lui d’équipiers prêts à l’aider, on peut effectivement penser, qu’entouré par une équipe expérimentée, il aurait gagné sans problème ce Tour de France.

 La même année il aurait dû gagner aussi le Tour d’Espagne à sa première tentative, sans deux crevaisons qui lui firent perdre dans la 11è étape un quart d’heure…parce que son directeur sportif était derrière Pierre Everaert, en perdition, qui portait le maillot de leader. Ah s’il y avait eu les oreillettes ! Malgré tout Roger Rivière, qui n’avait que 23 ans, venait déjà de prouver qu’il était le plus fort, mais aussi sans doute le plus malchanceux. Ce n’était rien hélas à coté de ce qui allait se passer dans la descente du col du Perjuret. Regrets éternels !

 Michel Escatafal


J. Anquetil, conquérant de l’impossible…

S’il n’était pas mort un triste de jour de novembre 1987, Jacques Anquetil aurait eu le 8 janvier dernier 77 ans, mais comme pour tous ceux que la mort a fauchés trop tôt, il n’aura jamais vieilli. Ceux qui comme moi l’ont découvert tout jeune, j’avais moins de dix ans quand il a commencé le cycle de ses exploits, ont toujours l’impression que ses premières victoires au Grand Prix des Nations, l’équivalent aujourd’hui du Championnat du Monde du contre-la-montre, datent d’hier. Je repense aussi à mon extraordinaire déception quand il fut battu en finale du Championnat du Monde de poursuite, en 1956, par un Italien qui n’était excellent  que sur la piste (Messina). Je revois enfin la maîtrise avec laquelle il a remporté la première de ses 5 victoires dans le Tour de France. J’étais tout petit garçon, mais ce sont des souvenirs extraordinaires pour quelqu’un qui a toujours aimé passionnément le vélo.

Ensuite il eut quelques difficultés à digérer tous ces succès acquis si jeune, et surtout il dut faire face à plusieurs adversaires de très grande classe qui étaient soit un très grand grimpeur (Charly Gaul), soit le meilleur rouleur en valeur absolue que le cyclisme ait produit (Roger Rivière). Mais le destin voulut qu’on n’assistât pas au duel que tout le monde attendait entre les deux surdoués de la jeune génération française qui remplaça Louison Bobet. Qui aurait gagné le plus entre Jacques Anquetil et Roger Rivière, si le coureur stéphanois n’avait pas chuté dans la descente du col du Perjuret en 1960, alors que selon toute vraisemblance il allait remporter le Tour de France cette année là ? Oui, quel était le meilleur des deux ? Nul ne le saura jamais, et c’est bien dommage car le sport n’est jamais aussi beau que dans les grands duels qu’il suscite.

Pensons aux affrontements  Coppi-Bartali dans le Giro, ou encore Coppi-Koblet toujours dans le Giro, mais aussi Anquetil-Poulidor dans le Tour de France, ou Merck-Ocana, ou encore Hinault-Fignon toujours dans le Tour de France. J’arrêterai là les comparaisons, car peu après on allait entrer dans l’ère de la spécialisation à outrance, avec des coureurs qui ne s’intéressaient qu’aux classiques et d’autres qui ne courraient qu’un ou deux grands tours. En tout cas, pour revenir à Jacques Anquetil et Roger Rivière, cet affrontement aurait eu lieu partout, et sans doute même sur la piste tellement les deux hommes étaient doués dans l’exercice de la poursuite. N’oublions pas qu’ils furent l’un et l’autre plusieurs fois recordman du monde de l’heure.

Pour terminer ce billet sur une note moins nostalgique, je voudrais simplement rappeler que Jacques Anquetil et Roger Rivière avaient finalement beaucoup de points en commun, y compris le même caractère orgueilleux, qui leur valut quelques déboires et quelques défaites qu’ils n’auraient jamais concédées ensemble, si leur rivalité naissante ne les avaient conduit à préférer la défaite face à quelqu’un d’autre. En disant cela je pense au Tour de France 1959,  que le grimpeur espagnol Bahamontès a remporté grâce à l’aide objective de Jacques Anquetil et Roger Rivière. Pour chacun d’eux l’honneur était sauf, puisque ce n’était pas l’autre qui avait gagné. Maître Jacques renouvellera l’opération à plusieurs reprises avec Raymond Poulidor, se privant même du titre de Champion du Monde sur route en 1966, au profit de Rudi Altig…qui n’en demandait pas tant.

Mais Jacques Anquetil, comme Roger Rivière le peu d’années qu’il courut, a réalisé de tels exploits que nous lui pardonnerons toutes ces petites vilénies. Il suffit simplement de se rappeler qu’en 1965, moins de 24 heures après avoir remporté le Dauphiné Libéré, il s’imposa dans la plus dure et la plus longue des classiques, Bordeaux-Paris, après avoir rallié par avion spécial le lieu de départ, prévu à 2h du matin. Douze heures plus tard, après avoir failli abandonner au petit matin, il arrivait en grand vainqueur après  plus de 600 km de course. Jacques Anquetil c’était la classe à l’état pur, mais aussi une volonté hors du commun. Bref c’était un campionissimo comme disent les Italiens.

Michel Escatafal