La comparaison entre pilotes n’est pas toujours raisonnable

Juan-Manuel-Fangio-MercedesMercedes 2016Cet après-midi, nous avons assisté au grand prix de Russie de Formule 1 (victoire de Rosberg devant Hamilton et Raikkonen), qui est déjà le quatrième de la saison, avec une hiérarchie qui se dessine de plus en plus nettement, à savoir que Mercedes reste intouchable pour la concurrence, y compris celle que représente Ferrari. La Scuderia, en effet, rencontre trop de problèmes, à commencer par la fiabilité, pour réellement concurrencer les voitures grises, qui dominent depuis trois ans, autant qu’elles ont dominé en 1954 et 1955. Et même peut-être encore plus qu’à cette époque, puisqu’en 1955 l’écurie Mercedes disposait, avec Fangio et Moss, des deux meilleurs pilotes du plateau, surtout depuis la mort en mai d’Alberto Ascari. Aujourd’hui je ne suis pas certain que ce soit le cas avec le duo Hamilton-Rosberg. Cela dit, Rosberg est quand même un excellent pilote…qui sera sans doute champion du monde cette année, surtout avec l’avance conséquente qu’il a déjà prise au championnat du monde (il totalise 100 points contre 57 à Hamilton et 43 à Raikkonen), ayant remporté toutes les courses disputées depuis le premier grand prix en Australie.

On me rétorquera que les comparaisons entre pilotes ne sont pas nécessairement pertinentes à travers le temps, les voitures d’aujourd’hui n’ayant strictement rien à avoir avec les anciennes, où le rôle du pilote était assurément plus important que de nos jours. D’ailleurs j’imagine aisément qu’Alonso à la place de Rosberg ferait au moins aussi bien que lui, tout comme Vettel, tout comme Ricciardo, Bottas où même Verstappen. J’y ajouterai Massa et Kimi Raikkonen, même si le Kimi 2016 n’est plus le Kimi du début des années 2000, mais il reste très fort en course, ce qu’il a démontré encore cet après-midi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est toujours chez Ferrari pour épauler Vettel, et, s’il continue à accumuler les podiums, il y sera encore en 2017, d’autant que les pilotes susceptibles de le remplacer ne seront pas sur le marché (Ricciardo et Verstappen étant liés à Red Bull). Reste à savoir ce que fera en fin de saison Hamilton, ce dernier en ayant peut-être assez d’accumuler les pépins sur sa Mercedes, ce qui pourrait changer la donne. Nous n’en sommes pas là, puisqu’il reste 17 grands prix à disputer.

Et puisque je parle d’Hamilton, je viens de découvrir (dans Sport 24) un classement des meilleurs pilotes de F1 (1950-2014), selon l’Université de Sheffield, très différent de celui que nous pourrions objectivement imaginer, avec la présence incongrue dans cette liste des Brésiliens Nelson Piquet et Emerson Fittipaldi, qui plus est devant Michael Schumacher. Voici les résultats de cette étude, avec le nombre de titres engrangés par chacun de ces pilotes :

1.Juan Manuel Fangio (ARG), 5 titres mondiaux

2.Alain Prost (FRA), 4 titres

3. Fernando Alonso (ESP), 2 titres

4. Jim Clark (GBR), 2 titres

5. Ayrton Senna (BRA), 3 titres

6. Jackie Stewart (GBR), 3 titres

7. Nelson Piquet (BRA), 3 titres

8. Emerson Fittipaldi (BRA), 2 titres

9. Michael Schumacher (GER), 7 titres

10. Sebastian Vettel (GER), 4 titres

11. Lewis Hamilton (GBR), 2 titres (3 aujourd’hui)

Désolé, mais je préfère de beaucoup mon propre classement, lequel se base sur des données beaucoup plus objectives, permettant de faire la part plus belle à des observations indiscutables, notamment en se basant sur la concurrence, sur les voitures dont ont disposé les pilotes, et sur des appréciations des grands champions eux-mêmes. Pour mémoire je rappellerai les titres des articles que j’avais écrit sur ce site le 30 novembre 2011 ( Peut-on désigner le meilleur pilote de l’histoire de la F1?) et le 27 mars 2011 (Quel est le meilleur pilote de l’histoire de la F1?) où je rappelais aussi combien il est difficile de comparer les pilotes de générations différentes. Cela étant ma petite étude m’avait permis de donner un classement très différent de celui-ci-dessus, à savoir :

1.Juan Manuel Fangio

2.Ayrton Senna

3.Jim Clark

4.Jackie Stewart

5.Alain Prost

6.Michael Schumacher

Ensuite en continuant, je mettrais dans l’ordre :

7.Alonso

8.Ascari

9.Hamilton

10.Lauda

11.Brabham

Certains vont me faire remarquer que je fais la part belle aux champions historiques, et peut-être pas assez aux pilotes du nouveau siècle. Mais, comme je le rappelais précédemment, qui peut affirmer que la part du pilote est aujourd’hui aussi prépondérante qu’entre 1950 et 1990 ? Personne évidemment, à part les internautes intervenant sur les forums et nés en 1990 et après. En outre, nombre de pilotes des années 1950, 60 ou 70 sont morts très tôt, ou ont arrêté la compétition après un titre mondial, parfois après n’avoir disputé que quelques grands prix, ce qui évidemment empêche de faire des comparaisons inter générations. En écrivant cela je pense à Mike Hawthorn, champion du monde en 1958, sans doute le plus proche rival de Fangio et Moss, qui se retira après son titre mondial, à l’âge de 29 ans. Je pense aussi à Wolfgang Von Trips, qui aurait dû être champion du monde en 1961, s’il n’avait perdu la vie le 10 septembre 1961 à Monza, dans un accident où il était impliqué avec Clark, qui provoqua le décès de 14 personnes. Je pense encore à Jochen Rindt, pilote hyperdoué, en qui tout le monde voyait le successeur de Jim Clark, non seulement chez Lotus, mais comme maître de la discipline, et qui a toujours été considéré comme un pilote fantastique. La preuve, après avoir dominé autant que faire se peut la Formule 2, la première fois dans sa carrière où il disposa d’une Formule 1 réellement compétitive et assez fiable, il fut champion du monde alors que 4 manches restaient à disputer. Il sera même un cas heureusement unique dans l’histoire du championnat du monde, puisqu’il sera sacré à titre posthume, sa femme Nina, à qui il avait promis d’abandonner la compétition dès que son titre mondial serait acquis, allant chercher pour lui son trophée au siège de la Fédération internationale, suite à son accident mortel le 5 septembre 1970, sa fragile (trop sans doute) Lotus s’encastrant dans les rails de la « Parabolique » sur le circuit de Monza.

Autre pilote décédé trop tôt, Gilles Villeneuve (père de Jacques), qui a écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la discipline, sans oublier son coéquipier et rival chez Ferrari, Didier Pironi, les deux hommes se disputant farouchement le titre mondial en 1982, au point que nombre d’observateurs attribuent la mort de Villeneuve à l’inimitié qu’il avait à l’égard de Pironi, depuis le Grand prix de San Marin, où ils s’étaient livrés à un duel épique, dont Pironi sortit vainqueur. Pironi aurait dû être champion du monde cette année-là, puisque Keke Rosberg (père de Nico) ne le dépassa que tout à la fin du championnat, alors que Pironi, accidenté lors des essais du Grand prix d’Allemagne, n’avait pas pu disputer les cinq derniers grands prix.

Enfin, ne pas oublier parmi les pilotes qui mériteraient de figurer parmi les meilleurs, le Finlandais Mika Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, considéré à ce moment comme le seul véritable rival de Michael Schumacher. Il mit très longtemps avant de remporter son premier grand prix (six ans), faute de disposer d’une bonne monture, avant d’exploser en 1998, avec 8 victoires à son actif chez Mac Laren. En tout il remportera 20 victoires (26 pole position), ce qui situe l’étendue de son talent. Et Vettel, me direz-vous, le quadruple champion du monde, et roi des années 2010 à 2013 ? Lui aussi figure parmi les meilleurs pilotes du nouveau siècle, même s’il a eu des difficultés en 2014 face à son coéquipier chez Red Bull, Daniel Ricciardo. Il est vrai que le passage du V8 atmosphérique de 2.4 l au profit du V6 turbo 1.6 l hybride a déboussolé beaucoup du monde, et pas que les pilotes…les fans ne s’y retrouvant plus du tout non plus.

En résumé, je redis encore une fois la difficulté de comparer les pilotes de diverses générations, car les courses et les voitures sont très différentes d’une époque à une autre. Il y a aussi les évolutions technologiques qui prennent une place très importante, sans parler du rôle des ingénieurs, avec lesquels les pilotes se sentent plus ou moins à l’aise. Raikkonen, par exemple, aurait un palmarès encore plus fourni s’il avait toujours travaillé avec Allison. En fait, la Formule1 recèle en elle tellement de complexités, qu’elle rend presque impossible de faire un classement des meilleurs dans l’histoire, mais ce n’est pas pour cela que l’on va y renoncer.

Michel Escatafal

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La Formule 1 est devenue un bateau ivre

F1Décidément la Formule1 va de mal en pis, et les fans se demandent jusqu’à quels bas-fonds elle va plonger. Sur ce même site j’ai, à plusieurs reprises, souligné l’inanité des décisions prises, avec ces changements incessants de règlement, avec cette tendance à oublier les pays fondateurs de la discipline reine du sport auto, au profit de pays qui n’ont aucun passé automobile, mais qui sont prêts à payer des sommes de plus en plus exorbitantes (jusqu’à quand ?) pour avoir leur grand prix, sans parler de l’arrivée dans certaines petites écuries de coureurs qui, à défaut d’avoir un palmarès, prennent la place d’autres…parce qu’ils amènent des sponsors. Et tout cela dirigé par un vieillard (86 ans aux prunes), Bernie Ecclestone, qui ne pense qu’à l’argent que peut récolter la FOM (Formula One Management) qui gère les droits commerciaux de la F1, alors que l’on a du mal à mettre sur la grille une vingtaine de voitures. Enfin, pour compléter un peu plus ce sombre tableau, désormais il faut être câblé dans nombre de pays pour avoir le droit de regarder les grands prix à la télévision, ce qui est le cas de la France. Et après on s’étonnera dans le petit monde de la Formule 1, de voir l’intérêt du public diminuer chaque année, ce que certains mettent sur le compte d’une ou deux écuries trop dominatrices à leurs yeux…ce qui est faux. J’y reviendrai.

Combien de temps va-t-on mettre pour finir de tuer une discipline que l’on peut considérer comme très malade, d’autant qu’avec l’introduction du fameux moteur hybride, la lutte ne concerne plus que les motoristes, même si, ça et là, quelques équipes (Williams, Red Bull) arrivent à obtenir un résultat, notamment sur des circuits bien particuliers, comme Monaco ou Singapour? Oui, aujourd’hui, et j’en suis très triste, on en arrive presque à se demander jusqu’à quand cette sorte de comédie va durer, parce que l’on a de plus en plus l’impression qu’il s’agit d’un cirque que plus personne ne maîtrise, entre une fédération internationale qui confond sécurité routière et F1, des constructeurs qui veulent rester assis sur leurs privilèges, et le grand argentier qui ne voit que le moyen de gagner plus de l’argent comme seule issue pour régler les problèmes. Résultat, les fans ne regardent plus les grands prix à la télé, et ne vont plus aussi nombreux sur les circuits, parce qu’un week-end à deux leur coûte un mois de salaire s’ils veulent vraiment profiter du spectacle du vendredi au dimanche. Et pour couronner le tout, les dirigeants de la FIA et Bernie Ecclestone ne s’entendent pas sur les règles à imposer, et, si ces deux parties s’entendent, ce sont les constructeurs qui ne sont pas d’accord sur les mesures à adopter. Bref, du grand n’importe quoi !

Le pire est que le président de la FOM (Ecclestone) est le premier à faire des remarques négatives, au grand dam des patrons d’écurie. Et même si sur certains points il n’a pas tort, notamment quand il critique les moteurs V6 turbo hybrides (introduits en 2014), cela fait encore plus désordre, et donne une image très, très négative. A ce propos, on observe que le président de la FIA, Jean Todt, qui était pour ce type de moteur, n’aura aucunement obtenu ce qu’il espérait, à savoir l’arrivée d’autres constructeurs à côté de Mercedes, Ferrari, Renault ou Honda, même si Renault a recréé sa propre écurie. Ce qui est grave en plus, c’est que Audi, ou encore Toyota, continuent d’évoluer dans d’autres disciplines et ne paraissent pas du tout intéressés par la Formule1…ce qui est un paradoxe pour des constructeurs pouvant s’étalonner avec leurs concurrents européens, asiatiques ou américains. Cela étant, qui pourrait leur en vouloir quand on pense aux dépenses que nécessiterait pour eux leur arrivée dans le grand cirque d’Ecclestone et compagnie, alors que l’endurance par exemple, leur assure des succès à des coûts beaucoup moins exorbitants.

Et s’il fallait une nouvelle preuve de l’incohérence qui règne dans le milieu, nous l’aurions avec le nouveau format des qualifications, introduit à la va-vite en fin d’année, format qui a changé trois fois en une semaine en début d’année, avant d’aboutir au résultat pitoyable que l’on a connu ce matin à Melbourne, avec une séance tronquée où on a été privé des cinq dernières minutes, d’habitude celles où la lutte est la plus intense. Tous les pilotes étaient contre ce nouveau format, et pourtant on l’a maintenu, pour en faire une sorte de pantalonnade qui a fait dire à Vettel que « c’était de la merde », et à Toto Wolf (patron de Mercedes) que « ce nouveau format est naze ». Même Ecclestone a dit qu’il était « pourri » ! Dans quel autre sport on s’amuse pareillement à faire joujou avec les règlements ? Aucun, et c’est heureux pour le sport, même si certains ne sont pas exempts de folklore. Fermons la parenthèse pour dire que ce que veulent les fans, c’est la possibilité de pouvoir regarder leur discipline favorite à la télévision et sur les circuits, sans que cela ne leur coûte trop cher. Ils veulent aussi de la simplicité dans les règlements, voir de grosses batailles sur la piste, voir aussi des voitures de course à nulle autre pareille (halot ou pas), c’est-à-dire des voitures qui vont très vite, qui font du bruit, en un mot un spectacle qu’ils vont savourer. Tout ce qu’il n’y a plus ou si peu de nos jours !

Pour revenir aux qualifications de ce matin, Ferrari et ses pilotes n’ont même pas essayé d’améliorer leur temps dans les dernières minutes…pour garder en réserve un train de pneus. C’est n’importe quoi ! Mais pourquoi ne pas revenir à un format où les qualifications se faisaient sur deux séances, le vendredi et le samedi, ce qui permettait aux spectateurs de profiter au maximum de leur week-end de course ? Certains vont me répondre que c’était il y a bien longtemps. Peut-être, mais je m’aperçois que ce qui fait le succès permanent de certains sports, c’est la simplicité et la continuité dans les règlements. Je n’en citerai qu’un, le plus universel et le plus pratiqué dans le monde : le football. Pourquoi ne pas revenir quelques décennies en arrière avec deux heures de qualifications en tout, où les voitures disposent d’un nombre de pneus suffisant pour aller chercher la performance pendant une heure et d’une quantité d’essence minimum pour effectuer les tours les plus rapides? Ah, on va me dire que c’est pour diminuer les coûts. Vaste blague quand on pense à l’argent qu’ont dépensé les motoristes pour développer un moteur ultra sophistiqué. D’ailleurs si Mercedes et Ferrari occupent les premières lignes, c’est parce qu’ils ont investi plus que les autres. Et puis, quand on parle de budget de plusieurs centaines de millions d’euros, on n’est plus à quelques millions près. En outre, si les droits étaient un peu mieux répartis, les écuries moins riches auraient moins de difficultés.

En attendant quelle est la grille de départ ce matin à Melbourne ? En tête les Mercedes devant les Ferrari. On prend les mêmes et on recommence, ce qui signifie que sauf incident, on aura à l’arrivée Hamilton, devant Rosberg, Vettel et Raikkonen…les quatre premiers du championnat l’an passé, qui pourraient bien être les quatre premiers de cette année, tant leur avance est importante en terme de moteur. A quoi bon essayer de changer les règles si c’est pour arriver à ce résultat ? D’autre part, il y a toujours eu une écurie ou une marque qui dominait les autres, Alfa Romeo au début du championnat, puis Ferrari, puis Mercedes, puis Copper, puis Lotus, puis Tyrrell, puis Mac Laren, puis Brabham, puis Renault, Williams, Benetton etc, certaines comme Ferrari ou Mac Laren et à présent Mercedes dominant à des époques différentes. C’est ainsi….comme dans tous les sports. Regardons le football, et qui trouve-t-on au sommet depuis 60 ans ? Real Madrid, Barcelone et Bayern Munich, voire Manchester United et la Juventus. Preuve qu’il ne sert à rien de changer les règles tous les deux ou trois ans en Formule 1. Preuve aussi que même si l’argent est important, celui-ci doit servir à satisfaire le public…ce qui n’est plus le cas, ce qui explique les baisses du nombre de spectateurs et la perte d’audience de ce qui était, il y a peu encore, une des disciplines les plus regardées dans le monde. Si cela continue, dans dix ans, la Formule1 sera au mieux un divertissement pour gens riches. Au fait, on a quand même échappé au pire à propos des qualifications, ce qui aurait fini de ridiculiser et condamner la Formule1, avec l’idée loufoque d’Ecclestone, qui voulait pénaliser en temps en qualification le vainqueur d’une course au GP suivant. Idée, totalement irréaliste qui, pour le coup, fait vraiment penser aux jeux du cirque.

Michel Escatafal


La Formule 1, un cirque onéreux déserté par les spectateurs et les téléspectateurs

ferrariDiscipline reine du sport automobile, la Formule 1 est en train de se perdre dans les méandres de l’argent qu’elle génère, et qu’elle ne génèrera bientôt plus. Certes, ce n’est pas une nouveauté de voir la Formule 1 partir dans tous les sens, et vivre une période mouvementée. En revanche c’est la première fois qu’elle ne suscite plus l’engouement du public, car elle ne fait plus rêver. Et comment pourrait-il en être autrement avec une gestion basée uniquement sur l’argent, ce qui conduit à l’abandon des circuits historiques ou, plus grave, des grands prix dans les pays où s’est développée la Formule 1, ces grands prix ayant été remplacés par des courses où le sport automobile n’a quasiment aucun recul, pour ne pas dire n’existe pas. Rappelons au passage que les premiers grands prix du championnat du monde eurent lieu en 1950 à Silverstone (Royaume-Uni), à Monaco, à Bremgarten (Suisse), à Spa (Belgique), à Reims (France) et à Monza (Italie). L’année suivante, on rajouta le Nurburgring (Allemagne) et Pedralbes–Barcelone, mais on ne courut pas à Monaco. En 1952, il y eut de nouveau 7 grand prix, Zandvoort (Pays-Bas) remplaçant l’Espagne. En 1953, à cette liste on ajouta l’Autódromo Municipal de la Ciudad de Buenos Aires en Argentine, patrie de Fangio.

Je m’arrête là, simplement pour noter qu’il y a déjà quelques années qu’il n’y a plus de grand prix en France, ni depuis plus longtemps en Suisse, aux Pays-Bas, en Argentine ou au Portugal. En notant aussi que de graves menaces pèsent sur le Grand prix d’Italie à Monza, le contrat avec le mythique circuit italien arrivant à son terme en 2016, un contrat qui aux dires de B. Ecclestone est « un désastre commercial », et que le Grand prix d’Allemagne n’a pas eu lieu cette année, sans compter que l’avenir de Spa-Francorpchamp et même de Silverstone est loin d’être assuré. Si j’ai fait cette énumération, cela ne veut pas dire que je suis contre le fait d’ouvrir la discipline à la mondialisation, mais plutôt que je considère que l’on va trop loin dans le marketing, au détriment de l’histoire. C’est un peu comme si en cyclisme on rayait du calendrier les trois grands tours et les plus belles classiques, pour faire une place plus grande à des épreuves situées au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est…parce que dans ces pays il y a beaucoup plus d’argent à gagner facilement. Cela ne marcherait pas dans le vélo, parce que ce sport à une base populaire très importante, ce qui n’empêche pas le cyclisme de s’ouvrir à la mondialisation, des épreuves existant en Australie, en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient, en Russie, en Afrique, en Amérique du Sud…tout en conservant jalousement les grands monuments du calendrier.

Dans la Formule 1 version moderne, dirigée par un homme de 85 ans, Bernie Ecclestone, ce qui en dit long sur la vision à terme de ce sport, même si le personnage a toujours bon pied, bon œil…pour son âge, seuls les critères financiers triomphent. C’est la raison pour laquelle les grands prix dans les pays où l’automobile a une longue histoire tombent les uns après les autres, parce que les circuits traditionnels, même modernisés, ne peuvent plus répondre au cahier des charges dicté par Bernie Ecclestone, un cahier des charges tel que les spectateurs sont de moins en moins nombreux sur les circuits, ce qui se comprend avec des packages pour les billets sur deux ou trois jours de l’ordre de 500 euros en promotion. Même les grandes chaînes de télévision ne peuvent plus suivre le mouvement irréversible d’augmentation des coûts imposé par Formula One Management, dont Ecclestone est le patron incontesté, la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) semblant totalement impuissante à contrecarrer les desiderata d’Ecclestone, sauf sur un point : la motorisation. Aujourd’hui en effet, on se retrouve avec des moteurs turbo hybride V6, où l’énergie est récupérée par un double système (réutilisation à la fois de l’énergie cinétique de la voiture et de l’énergie thermique dégagée par les gaz d’échappement), sorte de moteur écologique, puisque la puissance reste la même qu’avec l’ancien V8 atmosphérique, tout en consommant presque 40% de carburant en moins sur un grand prix. Mais ce moteur a un gros défaut, surtout aux yeux des fans ou ce qu’il en reste, c’est d’être…moins bruyant qu’un moteur classique. Et oui, le bruit cela fait aussi partie de l’histoire de la discipline, les spectateurs arrivant presque tous à la belle époque avec leur petit casque anti-bruit sur les oreilles, sur lequel était écrit le nom de leur écurie favorite.

J’ai écrit à la belle époque, au siècle précédent si l’on préfère, parce qu’à ce moment on pouvait aller voir des grands prix pour des sommes certes non négligeables, mais encore à la portée de beaucoup de monde. Mieux même, si un week-end de grand prix était encore trop cher pour la bourse des fans, notamment les plus jeunes, il y avait la possibilité de regarder lesdits grands prix à la télévision gratuitement. Certes il y avait la sempiternelle pub qui interrompait la retransmission de la course à plusieurs moments, parfois très importants, mais on pouvait quand même jouir du spectacle offert par ces monoplaces qui faisaient tant rêver. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui rêvent en silence…parce qu’ils ne peuvent plus voir le spectacle près de chez eux (les Français et plus généralement les Européens), mais aussi parce qu’ils sont obligés de prendre un abonnement coûteux pour assister à ces courses en direct. Je comprends la frustration de ces gens, étant à l’aise pour le dire parce que personnellement je fais partie de ceux qui regardent les grands prix tranquillement assis sur leur canapé, où qui ont la possibilité d’aller à Monaco, Monza ou Barcelone s’ils en ont envie. Et tout cela parce que les tarifs demandés aux chaînes de télévision ont tellement explosé, que seules les chaînes cryptées peuvent suivre (pour le moment), ce qui pour certaines d’entre elles est aussi une question de survie.

Voilà le constat en cette fin de saison 2015, où, heureusement, tout n’est pas encore trop noir sur le plan sportif, ce qui ne nous empêche pas d’avoir une pensée pour Michael Schumacher, dont l’état reste très préoccupant si j’en crois ce qu’on peut lire sur les sites spécialisés, et pour Jules Bianchi pour qui le Grand prix du Japon a signifié la fin de sa carrière et beaucoup plus grave de sa vie…sans que l’on puisse attribuer la responsabilité de son accident à la seule organisation des grands prix, parce que le risque zéro n’existe pas, hélas, dans le sport automobile. La preuve, il y a bien un fou qui s’est invité sur le circuit du dernier grand prix, à Singapour, mettant en grand péril non seulement sa vie, mais celle des pilotes, voire même des spectateurs ! Fermons cette douloureuse parenthèse pour revenir à la compétition, en observant avec plaisir que la domination des Mercedes commence à s’effriter avec le retour en force de Ferrari. Un retour qui met un peu de suspens dans le classement final du championnat du monde, puisque Vettel se situe à présent tout près (8 points) de la deuxième place détenue par le deuxième pilote Mercedes, Rosberg, et à moins de 50 points de Lewis Hamilton, le leader du championnat. Compte tenu du fait que l’aide de Raïkkonen est acquise sans le moindre souci à Vettel, il va falloir que Mercedes réagisse si cette équipe ne veut pas trembler jusqu’au bout, d’autant qu’il reste encore 6 grands prix à disputer. Et qui sait ce qui peut se passer en cas de doublé Ferrari dans les deux ou trois prochaines courses, même si la surprise serait colossale si Hamilton perdait le titre mondial?

Michel Escatafal


Vélo (piste et route), football et Formule1 ont bien rempli ce week-end

pervis et baugéAvant de parler Formule 1, je voudrais souligner quelques faits d’armes ou péripéties ayant eu lieu au cours de la dernière semaine, à commencer par les championnats du monde de cyclisme sur piste où les Français ont brillé, comme d’habitude, ce qui a permis de mettre en valeur des noms comme ceux de F. Pervis (deux titres en kierin et au km), de Baugé qui a remporté son cinquième titre mondial en vitesse (évidemment je ne compte pas son déclassement en 2011 pour trois contrôles manqués), de Morice (médaille de bronze en poursuite), de Coquard et Kneisky (or dans l’américaine), et enfin de d’Almeida et Sireau qui ont conquis avec Baugé la médaille d’or de la vitesse par équipes. Voilà, c’est fait, en espérant que, comme c’est le cas pour les handballeurs, on parle d’eux à d’autres moments qu’aux championnats du monde. Et oui, la France c’est aussi ça : à part le football et quelques privilégiés emblématiques comme Tony Parker ou Renaud Lavillenie, on oublie vite les autres sportifs, même s’ils sont les meilleurs dans leur discipline. On ne parle d’eux que quand ils gagnent ou s’ils ont un problème personnel, par exemple lié au dopage.

La France c’est encore les remarques acerbes de quelques soi-disant amateurs de vélo, qui au lieu de se réjouir d’avoir assisté au commencement du duel Froome-Contador, ont profité du Tour d’Andalousie la semaine dernière pour évoquer…le dopage, sujet que les Français adorent. Lors de la première arrivée au sommet, c’était Contador qui était dans le collimateur parce qu’il avait remporté la première manche, devant Froome. Le lendemain, ce dernier battait à son tour Contador, et certains mettaient cela sur le compte de je ne sais quel produit. Bref, les soi-disant supporters du cyclisme s’en sont donné à cœur joie ! Encore heureux (pour eux) que Baugé ou Pervis soient français, parce sinon…

Autre remarques qui concernent le football, et qui m’attristent profondément, le PSG malgré les moyens quasi illimités de son actionnaire est toujours cruellement frappé par le fameux fair-play financier, invention de Michel Platini pour empêcher les riches investisseurs de chambouler la hiérarchie avec les clubs qu’ils achètent ou sont susceptibles d’acheter. Si j’écris cela une nouvelle fois (désolé si je me répète), c’est parce que je lis qu’Arsenal négocierait actuellement avec Palerme le transfert de Dybala, joueur argentin suivi depuis un certain temps par le PSG. Et le pire est que ce club pourrait emporter la mise pour 30 millions d’euros. Oui, j’ai bien lu quelque part pour 30 millions, somme dérisoire pour l’actionnaire qatari, mais considérable pour le PSG qui n’a pas le droit de dépenser plus de 65 millions pour l’année…alors qu’il n’a aucune dette et que son résultat est à l’équilibre dans les faits. J’ai dit dans les faits, parce que l’UEFA a divisé par deux l’apport de son principal sponsor qatari. Au fait pourquoi diviser par deux ? Pourquoi pas par trois ? Ou alors pourquoi se préoccuper de la qualité de ce contrat de sponsoring, à partir du moment où ce n’est pas de l’argent « sale » ? Décidément personne ne pourra reprocher à Michel Platini de favoriser le football français, et son club phare le PSG ! Tout le monde peut dépenser des dizaines, voire même des centaines de millions en transfert…sauf le PSG. Est-ce normal ?

Dernière remarque liée au football avant d’aborder le sujet de la Formule 1, le ridicule d’un certain Jean-Michel Aulas, lequel n’en finit plus de twitter depuis que l’Olympique Lyonnais est en tête de la Ligue 1, en arrivant à écrire des âneries sans nom, se moquant entre autres de ses voisins stéphanois (traités d’autistes !), quand il ne vilipende pas les arbitres pour avoir oublié un pénalty, omettant de dire qu’à la fin de la saison les erreurs d’arbitrage se compensent et ne faussent pas l’issue du championnat. Imagine-t-on Nasser Al-Khelaïfi ou Florentino Pérez se livrer à ce genre de facéties ? Rien que cela montre que l’Olympique Lyonnais ne tire pas dans la même catégorie que le Real Madrid ou le PSG, n’en déplaise aux supporters lyonnais, dont certains trouvent géniale la communication de J.M. Aulas . En tout cas, si cette année l’Olympique Lyonnais est champion de France, c’est tout simplement parce qu’il n’était pas européen (éliminé en phase préliminaire de la Ligue Europa), et sans doute aussi parce que les Rhodaniens furent sortis très tôt de la Coupe de la Ligue et de la Coupe de France, contrairement à l’AS Monaco ou le PSG, encore en course sur quatre compétitions, y compris en Ligue des Champions.

Et à propos de cette compétition, j’ai hâte de voir ce que vont faire les jeunes lyonnais l’an prochain face aux grands d’Europe, ce qui nous permettra de voir la réelle valeur du groupe lyonnais, vu que l’Olympique Lyonnais n’a pas d’argent pour recruter, comme en témoignent les résultats d’OL Groupe, dont le résultat net affiche un solde négatif de 9.4 millions d’euros, certes moins élevé que l’an passé (14,1 millions), mais quand même très important. Ce résultat est d’autant plus inquiétant qu’il est permis de se demander combien de temps il pourra garder des joueurs comme  Lacazette et Fekir, qui font l’objet d’attentions des plus grands clubs européens, prêts à leur donner beaucoup plus que ce que peut faire l’OL. Il paraît que le grand stade va résoudre tous les problèmes économiques de ce club, ce que je souhaite, même si j’ai du mal à voir l’avantage à court ou moyen terme de disposer de sa propre enceinte achetée à crédit, surtout si l’on en a une à disposition pour quelques millions d’euros annuels (pour le Parc des Princes, dont le PSG a la concession pour 30 ans, c’est environ 1,5 millions par an). N’oublions pas que ce stade va coûter plus de 400 millions d’euros, et qu’il faudra rembourser les dettes. Après on parle de 70 à 100 millions de revenus futurs supplémentaires grâce à ce nouveau stade et ses annexes (à voir!), à condition que l’Olympique Lyonnais fasse chaque année la Ligue des Champions…ce  qui est le cas par exemple du Bayern Munich, sauf que le Bayern aura toujours plus de moyens à sa disposition que l’OL, les charges en Allemagne, par exemple, étant nettement moindres qu’en France. On verra bien, même si je le répète, je souhaite le meilleur pour l’Olympique Lyonnais.

kimi et sebastianCette fois j’arrête mes réflexions sur les autres sports, pour enfin aborder le sujet de la Formule1 et les essais de pré-saison qui se sont déroulés ces dernières semaines, notamment ceux de Barcelone ce dernier week-end. Mais avant toutes choses  je voudrais évoquer brièvement le décès (hier) de Gérard Ducarouge, qui fut un très grand ingénieur, que ce soit chez Ligier, Alfa-Romeo et Lotus, où il côtoya avec bonheur le jeune Ayrton Senna. Fermons cette triste parenthèse, car la vie continue, et posons une première question sur la saison à venir de Formule 1 (premier G.P. en Australie le 14 mars) : le team Mercedes a-t-il été rattrapé partiellement ou totalement ? Réponse : non, comme en témoignent les performances de Rosberg le week-end dernier à Barcelone…avec des pneus médium. Rien à voir donc avec les super tendres utilisés par Lotus, qui ont permis à Grosjean et Maldonado de se situer aux premier et troisième rangs de la hiérarchie. Derrière les Lotus et la Mercedes on notera la bonne performance de Ricciardo au volant de la Red Bull, mais aussi celle de Kimi Raikkonen sur la nouvelle Ferrari, sans utiliser des pneus super tendres. Enfin, juste derrière Raikkonen, on aperçoit déjà une Williams-Mercedes (Massa) qui n’a jamais réellement cherché la performance.

Bien évidemment, lesdites performances sont à prendre avec des pincettes, mais elles signifient quand même quelque chose. Apparemment la Lotus est bien née et elle va disposer du moteur Mercedes, le même que celui de Rosberg et Hamilton, moteur dont disposeront aussi les pilotes Williams (Massa et Bottas) qui ont brillé l’an passé. Le moteur Renault semble lui aussi s’être amélioré cette année, ce dont va bénéficier Ricciardo et son coéquipier Kvyat, mais aussi Toro-Rosso, qui avec le très jeune Vestappen au volant a obtenu un prometteur huitième temps à Barcelone. Cela dit, l’écurie qui semble avoir le plus progressé semble être Ferrari, à la fois au niveau du moteur, constat confirmé par Nasr qui avait déjà utilisé le précédent, mais aussi au niveau du châssis. Néanmoins, aux yeux de tous les observateurs, Mercedes et son carburant miracle fourni par Petronas restent quand même devant. Si je parle de miracle à propos de l’essence fourni par la pétrolier malaisien, c’est parce que des experts affirment que cela offre une quarantaine de CV supplémentaires au moteur Mercedes, qui plus est grâce à un procédé parfaitement légal. Pas comme en 1983, où Alain Prost et Renault furent privés d’un titre mondial à cause d’une essence non conforme qui aidait grandement le moteur BMW de la Brabham de Piquet.

Au cours de ces essais hivernaux, la SF15-T a fait montre de qualités que Raikkonen a pu exploiter, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire avec la voiture de l’an passé…ce qui a fait considérablement baisser sa côte, au point d’être considéré par ceux qui ne connaissent la F1 que depuis trois ans comme un has-been. Il l’était d’autant plus devenu à leurs yeux que son coéquipier s’appelait  Fernando Alonso, lequel avait l’énorme avantage d’être chez Ferrari depuis cinq ans, et d’en être le leader incontesté, comme il l’était quand il avait pour coéquipier Massa, lequel a retrouvé le goût de piloter chez Williams après avoir été dans les faits un numéro 2 triste au sein de la Scuderia . En outre, alors qu’en début de saison Raikkonen accumulait les pépins y compris des accrochages où il n’était nullement impliqué, par exemple à Monaco alors que le podium s’offrait à lui, Alonso de son côté ne souffrait d’aucun problème. Enfin, chacun affirme que sur le plan « politique » Alonso est sans doute le meilleur. Quand j’écris « politique », cela signifie qu’il s’est toujours arrangé pour avoir l’équipe à son entière disposition. A ce propos, et cela n’est jamais souligné, on notera que l’écart entre les deux pilotes s’est considérablement réduit en fin de saison au point de faire quasiment jeu égal lors des derniers grands prix, Raikkonen bénéficiant de toutes les attentions de l’équipe technique de la Scuderia.

Cependant, loin de moi l’idée d’écrire qu’Alonso n’a pas été meilleur que Raikkonen en cette année 2014, Alonso ayant réussi à mieux tirer son épingle du jeu que son coéquipier finlandais, dont tout le monde sait qu’il lui faut une voiture réglée pour lui pour en tirer la quintessence. Dans ce cas, c’est un des tous meilleurs, peut-être même le meilleur. En revanche, il y a un problème récurrent chez lui, lié au réglage du train avant, qui doit absolument lui convenir. Néanmoins si Alonso et Raikkonen avaient disposé d’une Mercedes, ils auraient eux aussi fait un et deux au championnat du monde. Pour en revenir à ce fameux train avant, Kimi avait d’ailleurs connu un peu le même problème chez Mac Laren, avant sa première arrivée chez Ferrari, puisque d’après Pat Fry, quand  il avait pour coéquipier Montoya, « ils ont consommé sept suspensions avant différentes tout au long de la saison », ce qui a fait dire à l’ingénieur britannique que « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire » (toile F1.com).

En tout cas la voiture de cette année, dessinée par son ancien ingénieur chez Lotus, Allison, lui convient beaucoup mieux,  et je suis persuadé que cette saison on retrouvera le vrai Kimi, avec comme nouveau coéquipier Vettel, dont le style de pilotage se rapproche du sien, et qui est aussi son ami. La preuve il vient de s’acheter une maison…en Finlande! Un Vettel qui n’a guère fait mieux qu’Iceman l’an passé, puisque tout quadruple champion du monde qu’il était, il fut lui aussi dominé par le presque débutant Ricciardo, qui avait eu beaucoup de mal en course face à J.E. Vergne chez Toro Rosso. Et oui, c’est ça la Formule 1, et ceux qui écrivent sur les forums feraient bien d’acquérir cette culture historique sans laquelle il est impossible de tirer des conclusions. Qui se rappelle que Sébastien Bourdais tenait la dragée haute à Vettel à ses débuts chez Toro-Rosso en 2008? Personne, parce qu’à partir du moment où les deux hommes ont eu la nouvelle voiture, Vettel a su en tirer profit immédiatement, contrairement à Bourdais qui à partir de mai est devenu « un tocard », ce qu’il n’était pas évidemment.

Mais si l’on remonte quelques années auparavant, qui aurait imaginé que Mansell puisse devenir champion du monde après avoir raté le titre en 1986 avec la Williams-Honda, battu par Prost qui disposait d’une Mac-Laren inférieure, ce même Prost qui fut son équipier et le domina copieusement chez Ferrari en 1990 (71 points contre 37). Mansell ratera encore le titre en 1987, toujours sur Williams-Honda, battu par son équipier Nelson Piquet, pourtant moins rapide que lui. Cela ne l’empêcha pas de devenir champion du monde en 1992, en écrasant la concurrence avec sa Williams-Renault, comme rarement un pilote ne le fit, battant son coéquipier (Patrese) de plus de 50 points (52) et Schumacher sur Benetton-Ford, troisième du championnat du monde, de 55 points. Cette année-là le binôme Mansell- Williams-Renault était absolument imbattable, remportant 8 des 10 premiers grands prix, ce qui lui permit d’assurer son titre mondial alors qu’il restait 5 grands prix à courir. Lui qu’on avait tellement moqué pour ses fautes grossières, pour ses manques en termes de réglage, venait d’administrer la preuve qu’avec une voiture qui lui convenait, il était presque invincible.

Voilà quelques considérations qui demanderaient de plus amples développements, mais ce sera pour une prochaine fois. Cela dit, j’en profite pour noter qu’hier Alain Prost  a eu 60 ans. Que le temps passe vite, surtout quand on pense qu’Ayrton Senna est mort depuis bientôt 21 ans! Prost-Senna, Senna-Prost, peu importe qui était le meilleur, mais ce que je sais c’est que ce fut l’un des plus beaux duels que le sport automobile et le sport tout court nous ait offert.  Une sorte de Coppi-Koblet ou Coppi-Bartali en cyclisme ou pourquoi pas, et sans chauvinisme, un duel du type de celui que vont nous offrir cette année, si la malchance ne s’en mêle pas, Contador et Froome, séparés de deux secondes à la fin du Tour d’Andalousie, le troisième étant à plus de 2mn30s après 5 étapes.  Pardon pour cet article fourre-tout, mais j’ai pris plaisir à l’écrire, et j’espère que vous éprouverez le même plaisir à le lire.

Michel Escatafal


Pour Ferrari, 2014 sera comme en 1953 ou 1954 ? (1)

alonso-raikkonen

Partie 1

Que sera la saison de Formule 1 en 2014 ? Voilà une bonne question à laquelle nous aurons un début de réponse dès dimanche prochain à Melbourne, premier grand prix des 19 que compte cette soixante cinquième édition du championnat du monde, créé en 1950. Une saison qui va être marquée par l’abandon du moteur V8 atmosphérique et l’arrivée d’un V6 turbocompressé. Une saison où d’autres changements interviendront, avec notamment l’attribution des points qui sera doublé lors du dernier grand prix…ce qui est franchement ridicule. Une saison aussi où les pilotes, comme en moto, garderont leur numéro à vie, sauf le champion du monde (Vettel) qui portera le numéro 1. Bref, énormément de changements par rapport à ces dernières années, même si la plus importante concerne évidemment le moteur, ce qui explique que les cartes pourraient être redistribuées en 2014, après la longue domination de Red Bull et Vettel, propulsés par le moteur Renault.

Cela dit, il y a déjà les essais qui ont eu lieu à Jerez et à Bahrein pour nous donner quelques indications, mais chacun semble jouer l’intox, à commencer par la plus prestigieuse des équipes, Ferrari. Si j’écris cela c’est parce que plusieurs anciens pilotes ont affirmé que la Scuderia avait caché son jeu, et n’avait pas cherché la performance pure, contrairement à Mercedes, Mac Laren ou Williams, ces deux équipes ayant pour propulseur un moteur Mercedes. En outre, quand on parle de performance pure, il faut faire très attention, parce que si l’an passé il fallait gérer les pneus, cette fois il faudra gérer l’essence… ce que regrettent les fans de F1 et même des patrons d’écurie comme Luca di Montezemolo (Ferrari), mais pas nécessairement les pilotes, à commencer par Kimi Raikkonen. Ce dernier en effet, a souligné très justement que depuis qu’il est en Formule 1 (2001), il lui a toujours fallu gérer quelque chose. On retrouve bien là le pilote finlandais !

Et puisque je parle de Kimi Raikkonen, je voudrais m’empresser de dire que je fais de la Scuderia Ferrari la favorite pour le titre pilotes et constructeurs. Pourquoi ? D’abord parce que Ferrari n’a jamais connu trop de problèmes au cours des essais privés en ce début d’année, ensuite parce qu’effectivement la prestigieuse écurie italienne a sans doute quelque peu caché son jeu, et enfin parce qu’elle dispose avec Alonso et Raikkonen d’un tandem de pilotes comme on n’en a pas connu depuis bien longtemps en Formule 1. Oui, quel tandem sur le papier ! Quelle autre équipe pourrait se comparer à celle de la Scuderia en 2014 ? Aucune, à part peut-être celle de Mercedes avec Hamilton et Rosberg, mais l’addition du talent et de l’expérience d’Alonso et Raikkonen est supérieure à celle du tandem Mercedes. Une association qui réjouit tous les fans de Formule1, parce que d’abord elle concerne Ferrari, marque emblématique de la discipline comme je l’ai déjà souligné, et parce que pour nombre de fans le Taureau des Asturies et Iceman sont peut-être en valeur absolue les deux meilleurs pilotes du plateau. En tout cas ils sont sans doute les deux qui savent le mieux tirer partie de leur machine, y compris quand celle-ci n’est pas parfaite. On l’a vu depuis deux ans avec Ferrari pour Alonso, qui aurait pu et dû battre Vettel en 2012 sur une voiture bien moins performante, et avec Lotus pour Raikkonen, équipe qu’il a tenu à bout de bras depuis son retour en F1 en 2012. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir l’écart énorme que les deux hommes ont créé en 2012 et 2013 avec leurs deux coéquipiers (Massa et Grosjean).

Certains se demandent ce que donnera cette cohabitation entre l’eau et le feu, surtout si, comme cela est vraisemblable, il n’y aura pas de pilote privilégié, ce qui est une entorse à la politique de Ferrari depuis de nombreuses années, la Scuderia étant plutôt adepte d’une formule avec un pilote numéro un et un second pilote. Tel ne sera pas le cas au début de cette saison 2014, d’autant que Raikkonen et Alonso ont été l’un et l’autre champion du monde, Raikkonen étant même le dernier pilote Ferrari à l’avoir été. En outre, compte tenu des conditions du départ de Raikkonen en 2009 pour laisser la place à Alonso, cette fois les dès ne peuvent pas être pipés pour le pilote finlandais. En passant, ce dernier doit quand même savourer sa revanche, d’autant que chez Ferrari on a toujours marqué sa préférence pour Massa quand ils étaient équipiers avec Raikkonen, sans doute à cause du caractère latin du pilote brésilien. Mais chez Ferrari, en plus d’être une marque mythique, on sait reconnaître ses erreurs, et on a la reconnaissance des efforts faits pour l’équipe, les patrons de la Scuderia se rappelant que Kimi Raikkonen a accompli une fin d’année 2009 extraordinaire avec un matériel dépassé (dernière de ses neufs victoires chez Ferrari à Spa par exemple), après l’accident de Massa et alors…qu’on était en train de le virer.

Au passage, en parlant de Massa, on sera curieux de voir comment il va se comporter au volant d’une Williams qui semble bien née, après deux années décevantes où il n’était plus vraiment le même depuis son accident en Hongrie, ce qui avait entamé tout le crédit qu’il avait auparavant dans une équipe où on l’aimait beaucoup, comme en témoigne son traitement privilégié entre 2007 et 2009, un traitement qu’il ne pouvait revendiquer en aucun cas depuis l’arrivée d’Alonso. Et cela nous ramène à la cohabitation entre Alonso et Raikkonen qui suscite le doute chez beaucoup d’observateurs, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ou plutôt si, en mettant en avant l’égo des deux pilotes, oubliant que Raikkonen n’a jamais eu de problème avec aucun équipier depuis ses débuts en F1 en 2001. Pour ma part, je suis persuadé que le duel sera sévère, mais je ne doute pas qu’il soit loyal. N’oublions pas que jamais Alonso comme Raikkonen ne se sont comportés comme des voyous en course…ce que nombre d’observateurs ou de fans ne signalent pas.

En tout cas on ne pourra pas reprocher à Ferrari d’avoir fait le pari de réunir deux des trois ou quatre meilleurs pilotes actuels, afin de mettre fin à la domination de Red Bull et son pilote vedette Vettel, sans oublier la montée en puissance de l’équipe Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Cela dit, quelles que soient les qualités du tandem Alonso-Raikkonen, quel que soit le talent pur de ces deux cracks, il faut que les deux hommes disposent d’une bonne voiture pour qu’elle finisse enfin par remporter un nouveau titre mondial, pilote et constructeurs. Nombre de fans de F1 doutent que Vettel ait pu faire aussi bien qu’Alonso et Raikkonen s’il avait piloté une Ferrari ou plus encore une Lotus, qui pourtant a remarquablement réussi depuis deux ans, en dépit de moyens très inférieurs à Red Bull, Ferrari, Mercedes ou Mac Laren. A propos de Lotus, j’espère qu’ils continueront à aligner les bonnes performances en dépit des énormes difficultés qui sont les leurs depuis un an, ce qui leur a valu de perdre Raikkonen, mais aussi l’ingénieur Allison (parti chez Ferrari), sans oublier Bouiller le directeur. Ces trois départs pèseront hélas très lourd dans la balance, compte tenu de leur poids dans l’écurie d’Enstone. Cependant Lotus a gardé Grosjean, qui a prouvé en fin de saison dernière qu’il pouvait devenir un grand pilote, sur une voiture que Lotus a continué de développer jusqu’à son terme, contrairement à d’autres écuries qui ont préféré se concentrer sur l’année à venir.

Michel Escatafal


Vettel moins dominateur en 2014? Peut-être, heureusement !

senna prostSur le site web de Sport 365, j’ai vu un sondage qui posait la question de savoir si la domination de Vettel sur le monde de la Formule 1 était mauvaise pour la F1, et le résultat à l’heure où j’écris est OUI à 75%. Rien d’étonnant à cela, puisque Lewis Hamilton a dit que les « fans s’endorment » en raison de cette domination outrageante du pilote allemand, ce qui était un peu le cas autrefois à l’époque de Schumacher.  Cela dit, on aurait tort d’imputer à Vettel ce désenchantement qui touche nombre d’amateurs de F1, parce que pour moi les fautifs sont plutôt ses patrons de Red Bull. Ce n’est pas la première fois en effet qu’une voiture domine outrageusement la concurrence en F1. Au contraire même, c’est souvent le cas, et l’histoire est là pour en témoigner. En revanche, si cette suprématie s’exerce au seul profit d’un pilote, cela devient plus ennuyeux. C’est le cas de nos jours avec Vettel, comme ce fut le cas chez Ferrari à l’époque de Schumacher, ce qui contribue évidemment à améliorer les statistiques hallucinantes de l’un comme de l’autre dans la décennie précédente, mais enlève beaucoup d’intérêt à la course, puisque s’il y a bagarre celle-ci a lieu pour les places d’honneur.

C’est la raison pour laquelle j’ai regretté que pour remplacer Webber, qui abandonne la F1, les patrons de l’écurie Red Bull aient porté leur choix sur un pilote comme Ricciardo, alors qu’ils avaient la possibilité de prendre un pilote beaucoup plus expérimenté. On a parlé longtemps de Raikkonen, ce qui aurait fait l’unanimité chez les fans de la discipline, mais apparemment chez Red Bull on a eu peur que mettre deux pilotes de ce calibre pose plus de problèmes que d’avantages tangibles. Dommage ! Ce l’est d’autant plus que Ferrari, renouant avec une tradition ancienne, a décidé d’associer Alonso et Raikkonen, c’est-à-dire deux des quatre meilleurs pilotes du plateau. Bravo à la Scuderia, et carton jaune à Red Bull, sachant que Ricciardo ne sera pas un vrai concurrent pour Vettel la saison prochaine…ce qui pourrait nuire de nouveau à la Formule 1, si Newey construit en 2014 une machine invincible. Espérons que Ferrari, Mercedes, Mac Laren ou d’autres sachent fabriquer la voiture susceptible de contrecarrer les desseins de Red Bull. Après tout, avec un nouveau moteur, tout est possible, même si Red Bull sera quand même l’équipe favorite l’an prochain.

Si j’ai donné un carton jaune au recrutement de Red Bull, c’est parce qu’en cas de domination excessive d’une équipe, il faut au moins pour assurer le spectacle deux pilotes d’un calibre supérieur. Dans ce cas, c’est toujours ou presque la même voiture qui gagne, mais il y a de beaux duels en course, qui font oublier cette suprématie et qui permettent de vibrer d’enthousiasme à chaque grand prix. Ce fut le cas à l’époque de Fangio-Moss chez Mercedes au milieu des années 50 (1954), comme ce fut aussi le cas avec Prost-Lauda chez Mac Laren au milieu des années 80 (1984 et 1985), ou encore et plus que tout lors des fameux duels entre Prost et Senna, toujours chez Mac Laren quelques années plus tard (1988-1989). En revanche les duos Clark-Hill chez Lotus en 1967 ou encore Prost-Mansell chez Ferrari en 1990, ne tinrent pas leurs promesses, mais cette fois les patrons d’écurie n’y étaient pour rien, car Clark et Prost étaient trop forts pour leur équipier, même si Graham Hill et Mansell étaient ou allaient être champions du monde. Ce sera la même chose en 1986 chez Mac Laren avec Prost, encore lui, et Keke Rosberg qui fut champion en 1982, Prost finissant champion du monde cette année-là, alors que Rosberg terminait le championnat avec 50 points de retard. Cela étant, il faut noter qu’en 1967, comme en 1986, Clark et Prost étaient loin de posséder la meilleure voiture, contrairement aux saisons 1955, 1984 et 1985 ou 1988 et 1989.

Bref, ce qui rend la Formule 1 intéressante, c’est la lutte pour être le meilleur et là Red Bull a tout faux et aura tout faux l’an prochain si la firme autrichienne continue de gagner , alors que si Ferrari domine la situation, il est certain qu’Alonso et Raikkonen feront le spectacle, comme ce sera aussi le cas si c’est Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Il est d’ailleurs symptomatique de noter que les trois teams qui mènent le championnat constructeurs aujourd’hui, ont une stratégie opposée pour l’an prochain avec la nouvelle règlementation, Red Bull ayant décidé une fois pour toutes de tout miser sur un seul pilote, au risque de « se planter », alors que ses deux concurrents font confiance à des duos expérimentés pour aider au développement de la voiture, laquelle sera propulsée par un V6 turbocompressé. Et ce changement technique pourrait bien avoir plus de conséquences qu’on l’imagine, même si les ingénieurs de ces équipes sont tous très bons.

Toutefois, rien n’est écrit d’avance. Ainsi, en 1961, l’apparition d’un nouveau moteur de 1500 centimètres cube changea complètement la donne par rapport à l’année précédente. En 1960, ce fut Jack Brabham qui s’imposa au championnat du monde avec (43 points), devant son équipier Bruce Mac Laren (34 points), les deux pilotant une Cooper-Climax avec un moteur de 2500 centimètres cubes. Mais en 1961, ce fut Phil Hill qui l’emporta sur Ferrari (34 points) devant Wolfgang Von Trips (33 points), qui aurait été champion du monde s’il n’avait pas eu un accident qui entraîna sa mort à Monza (et celle de 12 spectateurs) sur une autre Ferrari. En revanche, l’année 1989, qui vit l’interdiction des moteurs turbo, se termina exactement comme l’année 1988, pour Mac Laren. Cette écurie, en effet, remporta le championnat en 1988 et en 1989, le seul changement intervenant entre les pilotes, Senna devenant champion du monde en 1988 sur sa Mac Laren V6 Honda Turbo (1.5l) avec 90 points devant Prost, sur la même voiture, avec 87 points. L’année suivante, c’est Prost qui s’imposa (76 points) avec la Mac Laren propulsée par un moteur atmosphérique V10 Honda (3.5l), devant Senna avec la même voiture (60 points), les deux pilotes ne laissant que des miettes à leurs adversaires de chez Ferrari ou Williams, même si leur domination fut moins nette en 1989.

Il est vrai que ces deux années, Mac Laren avait les deux meilleurs pilotes, la meilleure voiture et peut-être le meilleur moteur, ce qui était suffisant pour assurer un spectacle extraordinaire, les deux cracks ne se faisant aucun cadeau, au point qu’en 1989 Prost préféra s’en aller pour rejoindre la Scuderia, et nous offrir de nouveau un  duel d’anthologie avec son meilleur ennemi . Mais imaginons un instant que Prost n’ait pas eu Senna comme adversaire ou vice-versa, quel ennui pour les spectateurs et les téléspectateurs ! En 1988, par exemple, sur 16 grands prix Prost en aurait remporté 14 (7 victoires et 7 deuxièmes places) et Senna 11 (8 victoires et 3 deuxièmes places). Etant supporter de Raikkonen et appréciant beaucoup Alonso, j’aimerais bien que Ferrari réussisse à construire l’an prochain une machine susceptible de rivaliser avec Red Bull, voire même la battre. Là, je suis persuadé que personne ne s’ennuierait à la télévision ou dans les tribunes, avec deux pilotes aussi forts en course qu’Iceman et le Taureau des Asturies.

Michel Escatafal


Le gros problème de Grosjean : suite…et fin ?

CevertGrosjeanAujourd’hui je vais parler de Formule 1, mais avant je veux évoquer le match d’hier soir entre l’OM et le PSG qui, évidemment, a permis au club parisien de rejoindre l’AS Monaco en tête du championnat, en battant son rival marseillais sans trop de difficultés, même en jouant à 10 les deux tiers de la partie. Un match une nouvelle fois gâché par l’arbitre, dont on avait l’air de dire qu’il figurait parmi les tous meilleurs du championnat de Ligue 1. On imagine ce que cela peut donner avec ceux qui sont moins bons, ou plutôt on sait ce que cela donne en repensant à l’expulsion de Thiago Silva au printemps dernier, laquelle a alimenté la polémique avec l’affaire Leonardo tout au long de l’été. Au fait, y-avait-il seulement penalty sur l’action qui a valu son expulsion à Thiago Motta ? Oui, si l’on regarde cela très vite, surtout en voyant Valbuena se rouler par terre de façon ridicule, mais sans doute non si on voit l’action deux ou trois fois au ralenti. Cela dit, passe encore pour le penalty accordé à l’OM, mais franchement expulser Thiago Motta dans la foulée est aberrant, aussi aberrant que mettre un carton jaune à Ibrahimovic et Cavani pour ne pas être sortis du terrain en courant, et aussi aberrant que n’avoir pas fini de mettre la main à la poche pour un tacle par derrière de Rod Fanni sur Cavani, action qui valait largement un carton jaune…mais qui aurait valu un rouge car le défenseur de l’OM avait déjà un jaune.

Bref, il va falloir que la Ligue se penche sérieusement sur l’arbitrage, au moment où notre championnat prend de la valeur avec deux équipes de calibre européen, ce qui ne lui était pas arrivé depuis une vingtaine d’années, sauf que désormais il y a le PSG et l’AS Monaco très au-dessus des autres, à commencer par l’Olympique de Marseille. Néanmoins, même si les Phocéens ne tirent pas dans la même catégorie que Parisiens et Monégasques, ils sont quand même les meilleurs des autres, contrairement à l’Olympique Lyonnais qui est en train de sombrer…comme c’était hélas à prévoir. Une trajectoire qui me fait irrésistiblement penser à celle du Stade de Reims au début des années 60, et à celle de l’AS Saint-Etienne vingt ans plus tard. Quand on pense au temps qu’il a fallu à ces deux équipes pour retrouver un peu de leur lustre passé, il y a de quoi être inquiet pour l’Olympique Lyonnais…et son futur nouveau stade.

Fermons cette longue parenthèse de football et passons à la Formule 1, pour là aussi évoquer l’histoire de ce sport à travers la tragédie que fut le 6 octobre 1973, la mort de François Cevert, lequel eut été à coup sûr le premier pilote français champion du monde, si le sort n’en avait pas voulu autrement. Quel champion fut ce jeune homme bien sous tous rapports, sur qui les dieux s’étaient penchés avec bienveillance en lui donnant talent, gloire, intelligence et beauté, sans oublier cette détermination qui est la marque des grands ! Avec lui, point de jérémiades, point de ridicules polémiques pour tout et rien, mais un professionnalisme exacerbé, qui lui avait permis de s’imposer comme le successeur naturel dans son équipe d’un triple champion du monde qui se retirait de la compétition.

Bien que très rapide et très ambitieux, il avait appris la patience auprès de Jackie Stewart, copiant son instinct de chasseur, sachant que ce dernier finirait par lui laisser la place un jour ou l’autre. Et, fin 1973, il était près à lui succéder, mais la mort en décida autrement. Il est vrai qu’à cette époque il fallait être prudent en anticipant sur l’avenir, car la sécurité était loin d’être optimale en Formule 1, malgré des progrès par rapport à quelques années auparavant. L’accident qui coûta la vie à François Cevert lors des essais qualificatifs du grand prix des Etats-Unis à Watkins Glen allait en témoigner, hélas. C’est dans un virage à la sortie d’un raidillon que François Cevert perdit le contrôle de sa voiture tapant le rail à droite puis à gauche, avant d’aller s’empaler sur la tranche d’une barrière de protection, qui n’avait de réelle protection que le nom. Heureusement un tel accident n’aurait pas les mêmes conséquences de nos jours, et j’en profite une nouvelle fois pour saluer les efforts faits à son époque par le président de la Fédération Internationale du Sport automobile (entre 1978 et 1991), J.M. Balestre (décédé en 2008).

Fermons cette nouvelle parenthèse douloureuse pour les fans de F1 qui n’ont plus 20 ans, pour reparler de Romain Grosjean, pilote franco-suisse de Lotus. Ce dernier, malgré des progrès évidents, est une sorte d’anti-Cevert, plus particulièrement en ce qui concerne l’amour que le public lui porte. Grosjean, en effet, agace nombre de personnes qui ne pensent qu’à devenir des supporters…à condition de cesser ses supplications ou lamentations à destination de ceux qui travaillent avec lui. Si j’écris cela c’est en raison de son attitude sur le podium du Grand Prix de Corée qu’il venait de terminer à la troisième place, estimant que la deuxième lui revenait de droit aux dépens de son équipier Kimi Raikkonen. Certes, ce dernier s’était manqué en qualification dans son tour rapide, certes, sans l’intervention de la voiture de sécurité, Romain Grosjean aurait certainement terminé deuxième derrière l’intouchable duo que forment Vettel et sa Red Bull, mais la voiture de sécurité fait partie de la course, et, au moment du redépart, Raikkonen était troisième et Grosjean deuxième. Problème pour ce dernier, il a fait une erreur…et celle-ci a été immédiatement exploitée par Raikkonen, lequel est peut-être en valeur absolue le plus fort en course.

A ce propos, plus ça va et plus le remarquable pilote finlandais me fait penser à Alain Prost, qui n’était peut-être pas un avion à réaction en qualifications, comme Raikkonen, mais qui était imbattable en course, sauf peut-être par Senna et encore, comme en témoigne l’intensité de leurs duels à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cela dit, pour revenir à Romain Grosjean, ce dernier doit savoir qu’avoir Raikkonen derrière soi est la certitude qu’équipier ou pas, Raikkonen cherchera à gagner ou en tout cas à être le mieux placé possible, sauf en cas de titre mondial en jeu, ce qui n’est pas le cas. Et j’ai trouvé pitoyable son mécontentement vis-à-vis de tout le monde pour n’avoir pas pu récupérer sa seconde place perdue, je le répète, sur une erreur de sa part. Si Grosjean avait fait la même chose à Raikkonen, je suis certain qu’Iceman n’aurait pas eu besoin de message de son directeur des opérations sur piste pour afficher une certaine bonne humeur sur le podium.

Le plus grave est que Romain Grosjean semble oublier que Kimi Raikkonen est troisième du championnat, et qu’il a une centaine de points d’avance sur lui au classement. Grosjean oublie aussi qu’il revient de très loin, compte tenu des nombreuses bourdes qui ont émaillé sa carrière depuis deux saisons. Alors, bien qu’il soit en progrès et qu’il n’ait pas fait d’erreurs grossières depuis quelques courses, pourquoi aurait-il eu droit à la deuxième place au détriment de Raikkonen, en rappelant que ce dernier s’arrange toujours pour amener de gros points à son équipe, quelles que soient les circonstances. D’ailleurs j’ai apprécié le fait que le directeur de l’équipe Lotus, Bouiller, ait précisé que Grosjean « était libre de l’attaquer (Raikkonen). En revanche je n’ai pas du tout aimé, et je ne suis pas le seul, quand j’ai lu les misérables explications de Grosjean, affirmant qu’il n’avait pas entendu ce qu’on lui avait dit à la radio, et surtout qu’il « est quasiment impossible de dépasser sur ce circuit »…ce que Raikkonen a bien réussi à faire avec lui. Enfin, pourquoi dire aussi : « La voiture de sécurité nous a encore empêchés de gagner une course », alors que Vettel a pris une seconde à Raikkonen et à Grosjean lui-même en un seul tour, après le second redémarrage de la voiture de sécurité.

Voilà pourquoi Romain Grosjean n’a pas la côte auprès des fans de Formule 1, en France et ailleurs. Souhaitons-lui l’an prochain, délivré de la pression que lui a imposé Raikkonen ces deux dernières saisons, de se comporter en vrai champion, et de se battre autant qu’il est nécessaire…sans attendre un traitement de faveur, qu’on ne lui donnera pas nécessairement. Quant à son futur équipier, sans doute Hulkenberg, il est d’ores et déjà certain qu’il ne lui fera aucun cadeau, d’autant qu’il l’a dominé en 2009 en GP2, puisque Grosjean avait 15 points de retard sur le pilote allemand au championnat, quand il remplaça Nelsinho Piquet chez Renault. Et sur une voiture qui ne vaut pas la Lotus, Hulkenberg a fait la démonstration chez Sauber qu’il était à la fois fiable et rapide. Attention Grosjean, Kimi s’en va chez Ferrari, mais celui qui arrive est très bon !

Michel Escatafal