Le gros problème de Grosjean : suite…et fin ?

CevertGrosjeanAujourd’hui je vais parler de Formule 1, mais avant je veux évoquer le match d’hier soir entre l’OM et le PSG qui, évidemment, a permis au club parisien de rejoindre l’AS Monaco en tête du championnat, en battant son rival marseillais sans trop de difficultés, même en jouant à 10 les deux tiers de la partie. Un match une nouvelle fois gâché par l’arbitre, dont on avait l’air de dire qu’il figurait parmi les tous meilleurs du championnat de Ligue 1. On imagine ce que cela peut donner avec ceux qui sont moins bons, ou plutôt on sait ce que cela donne en repensant à l’expulsion de Thiago Silva au printemps dernier, laquelle a alimenté la polémique avec l’affaire Leonardo tout au long de l’été. Au fait, y-avait-il seulement penalty sur l’action qui a valu son expulsion à Thiago Motta ? Oui, si l’on regarde cela très vite, surtout en voyant Valbuena se rouler par terre de façon ridicule, mais sans doute non si on voit l’action deux ou trois fois au ralenti. Cela dit, passe encore pour le penalty accordé à l’OM, mais franchement expulser Thiago Motta dans la foulée est aberrant, aussi aberrant que mettre un carton jaune à Ibrahimovic et Cavani pour ne pas être sortis du terrain en courant, et aussi aberrant que n’avoir pas fini de mettre la main à la poche pour un tacle par derrière de Rod Fanni sur Cavani, action qui valait largement un carton jaune…mais qui aurait valu un rouge car le défenseur de l’OM avait déjà un jaune.

Bref, il va falloir que la Ligue se penche sérieusement sur l’arbitrage, au moment où notre championnat prend de la valeur avec deux équipes de calibre européen, ce qui ne lui était pas arrivé depuis une vingtaine d’années, sauf que désormais il y a le PSG et l’AS Monaco très au-dessus des autres, à commencer par l’Olympique de Marseille. Néanmoins, même si les Phocéens ne tirent pas dans la même catégorie que Parisiens et Monégasques, ils sont quand même les meilleurs des autres, contrairement à l’Olympique Lyonnais qui est en train de sombrer…comme c’était hélas à prévoir. Une trajectoire qui me fait irrésistiblement penser à celle du Stade de Reims au début des années 60, et à celle de l’AS Saint-Etienne vingt ans plus tard. Quand on pense au temps qu’il a fallu à ces deux équipes pour retrouver un peu de leur lustre passé, il y a de quoi être inquiet pour l’Olympique Lyonnais…et son futur nouveau stade.

Fermons cette longue parenthèse de football et passons à la Formule 1, pour là aussi évoquer l’histoire de ce sport à travers la tragédie que fut le 6 octobre 1973, la mort de François Cevert, lequel eut été à coup sûr le premier pilote français champion du monde, si le sort n’en avait pas voulu autrement. Quel champion fut ce jeune homme bien sous tous rapports, sur qui les dieux s’étaient penchés avec bienveillance en lui donnant talent, gloire, intelligence et beauté, sans oublier cette détermination qui est la marque des grands ! Avec lui, point de jérémiades, point de ridicules polémiques pour tout et rien, mais un professionnalisme exacerbé, qui lui avait permis de s’imposer comme le successeur naturel dans son équipe d’un triple champion du monde qui se retirait de la compétition.

Bien que très rapide et très ambitieux, il avait appris la patience auprès de Jackie Stewart, copiant son instinct de chasseur, sachant que ce dernier finirait par lui laisser la place un jour ou l’autre. Et, fin 1973, il était près à lui succéder, mais la mort en décida autrement. Il est vrai qu’à cette époque il fallait être prudent en anticipant sur l’avenir, car la sécurité était loin d’être optimale en Formule 1, malgré des progrès par rapport à quelques années auparavant. L’accident qui coûta la vie à François Cevert lors des essais qualificatifs du grand prix des Etats-Unis à Watkins Glen allait en témoigner, hélas. C’est dans un virage à la sortie d’un raidillon que François Cevert perdit le contrôle de sa voiture tapant le rail à droite puis à gauche, avant d’aller s’empaler sur la tranche d’une barrière de protection, qui n’avait de réelle protection que le nom. Heureusement un tel accident n’aurait pas les mêmes conséquences de nos jours, et j’en profite une nouvelle fois pour saluer les efforts faits à son époque par le président de la Fédération Internationale du Sport automobile (entre 1978 et 1991), J.M. Balestre (décédé en 2008).

Fermons cette nouvelle parenthèse douloureuse pour les fans de F1 qui n’ont plus 20 ans, pour reparler de Romain Grosjean, pilote franco-suisse de Lotus. Ce dernier, malgré des progrès évidents, est une sorte d’anti-Cevert, plus particulièrement en ce qui concerne l’amour que le public lui porte. Grosjean, en effet, agace nombre de personnes qui ne pensent qu’à devenir des supporters…à condition de cesser ses supplications ou lamentations à destination de ceux qui travaillent avec lui. Si j’écris cela c’est en raison de son attitude sur le podium du Grand Prix de Corée qu’il venait de terminer à la troisième place, estimant que la deuxième lui revenait de droit aux dépens de son équipier Kimi Raikkonen. Certes, ce dernier s’était manqué en qualification dans son tour rapide, certes, sans l’intervention de la voiture de sécurité, Romain Grosjean aurait certainement terminé deuxième derrière l’intouchable duo que forment Vettel et sa Red Bull, mais la voiture de sécurité fait partie de la course, et, au moment du redépart, Raikkonen était troisième et Grosjean deuxième. Problème pour ce dernier, il a fait une erreur…et celle-ci a été immédiatement exploitée par Raikkonen, lequel est peut-être en valeur absolue le plus fort en course.

A ce propos, plus ça va et plus le remarquable pilote finlandais me fait penser à Alain Prost, qui n’était peut-être pas un avion à réaction en qualifications, comme Raikkonen, mais qui était imbattable en course, sauf peut-être par Senna et encore, comme en témoigne l’intensité de leurs duels à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cela dit, pour revenir à Romain Grosjean, ce dernier doit savoir qu’avoir Raikkonen derrière soi est la certitude qu’équipier ou pas, Raikkonen cherchera à gagner ou en tout cas à être le mieux placé possible, sauf en cas de titre mondial en jeu, ce qui n’est pas le cas. Et j’ai trouvé pitoyable son mécontentement vis-à-vis de tout le monde pour n’avoir pas pu récupérer sa seconde place perdue, je le répète, sur une erreur de sa part. Si Grosjean avait fait la même chose à Raikkonen, je suis certain qu’Iceman n’aurait pas eu besoin de message de son directeur des opérations sur piste pour afficher une certaine bonne humeur sur le podium.

Le plus grave est que Romain Grosjean semble oublier que Kimi Raikkonen est troisième du championnat, et qu’il a une centaine de points d’avance sur lui au classement. Grosjean oublie aussi qu’il revient de très loin, compte tenu des nombreuses bourdes qui ont émaillé sa carrière depuis deux saisons. Alors, bien qu’il soit en progrès et qu’il n’ait pas fait d’erreurs grossières depuis quelques courses, pourquoi aurait-il eu droit à la deuxième place au détriment de Raikkonen, en rappelant que ce dernier s’arrange toujours pour amener de gros points à son équipe, quelles que soient les circonstances. D’ailleurs j’ai apprécié le fait que le directeur de l’équipe Lotus, Bouiller, ait précisé que Grosjean « était libre de l’attaquer (Raikkonen). En revanche je n’ai pas du tout aimé, et je ne suis pas le seul, quand j’ai lu les misérables explications de Grosjean, affirmant qu’il n’avait pas entendu ce qu’on lui avait dit à la radio, et surtout qu’il « est quasiment impossible de dépasser sur ce circuit »…ce que Raikkonen a bien réussi à faire avec lui. Enfin, pourquoi dire aussi : « La voiture de sécurité nous a encore empêchés de gagner une course », alors que Vettel a pris une seconde à Raikkonen et à Grosjean lui-même en un seul tour, après le second redémarrage de la voiture de sécurité.

Voilà pourquoi Romain Grosjean n’a pas la côte auprès des fans de Formule 1, en France et ailleurs. Souhaitons-lui l’an prochain, délivré de la pression que lui a imposé Raikkonen ces deux dernières saisons, de se comporter en vrai champion, et de se battre autant qu’il est nécessaire…sans attendre un traitement de faveur, qu’on ne lui donnera pas nécessairement. Quant à son futur équipier, sans doute Hulkenberg, il est d’ores et déjà certain qu’il ne lui fera aucun cadeau, d’autant qu’il l’a dominé en 2009 en GP2, puisque Grosjean avait 15 points de retard sur le pilote allemand au championnat, quand il remplaça Nelsinho Piquet chez Renault. Et sur une voiture qui ne vaut pas la Lotus, Hulkenberg a fait la démonstration chez Sauber qu’il était à la fois fiable et rapide. Attention Grosjean, Kimi s’en va chez Ferrari, mais celui qui arrive est très bon !

Michel Escatafal


Monza, temple des croyants et des pratiquants de la F1

monzaDemain va avoir lieu à Monza le Grand Prix d’Italie, un grand prix où Alonso va affronter, sur les terres ou presque de Ferrari, ses principaux rivaux au championnat du monde (Vettel, Hamilton, Raikkonen), mais aussi un grand prix ayant lieu sur un circuit mythique à bien des égards. Tout d’abord parce que Monza c’est le temple de la vitesse, comme disent les observateurs. Ensuite parce que c’est une course qui a perduré depuis les débuts du championnat du monde en 1950, et même bien avant si l’on regarde la compétition automobile de près, puisque l’inauguration du circuit eut lieu en 1922. Enfin parce que ceux qui ont eu la chance d’aller assister à ce grand prix en sont tous revenus comme s’ils avaient participé à un pèlerinage. Oui, c’est le mot qui convient pour qui a fait le voyage jusqu’à ce chef-lieu de province en Italie, grand comme Besançon ou Perpignan. En effet, contrairement à d’autres lieux beaucoup plus impersonnels, surtout sur certains nouveaux circuits, à Monza il n’y a que des croyants et des pratiquants, dans le sens où il n’y a que des passionnés qui assistent à ce grand prix. A Monza chacun a ses préférences tant au niveau des voitures que des pilotes, souvent les mêmes d’ailleurs, mais il y a toujours du respect quand on parle de ceux qui font la compétition. Point d’injures, ni d’invectives comme dans le football ou le vélo !

C’est en cela que l’on peut employer un mot qui touche à la religion, comme pèlerinage. Je trouve aussi  bien adapté le nom de  Temple de la vitesse  à propos du circuit de Monza, et pas seulement parce qu’on y atteint des moyennes hallucinantes pour la Formule 1 (autour de 250 km/h en qualifications de nos jours). Cela dit, on a toujours tourné très vite sur ce circuit puisqu’en 1950 Farina, qui fut le premier à l’emporter sur ce circuit, s’imposa à la moyenne extraordinaire de 176,5 kmh. L’année suivante, Ferrari y remporta sa première victoire en allant plus vite encore, Ascari terminant premier avec une moyenne de 185,927 km/h, le meilleur tour accompli par Farina indiquant une moyenne de 194,681 km/h. Oui, j’ai bien dit 194, 681 kmh, il y a 61 ans ! On dépassa même les 200km/h de moyenne en 1954 avec Fangio sur Mercedes (206,791 km/h), Stirling Moss, lui aussi sur Mercedes, battant le record du tour à plus de 215 km/h. Ahurissant!

Certes depuis le circuit a été modifié, puisqu’on n’utilise plus que le tracé dit routier, et non plus la partie de l’anneau de vitesse, mais il y a une constante à Monza : on va très, très vite, comme en témoigne la moyenne réalisée par Lewis Hamilton sur sa Mac Laren l’an passé (248,242 km/h en qualifications). Et si l’on en croit les pilotes, c’est aussi cela qui rend tellement spécial ce circuit, à propos duquel le champion du monde en titre, Sebastian Vettel, affirme qu’il est « le berceau du sport automobile » et que piloter là-bas « lui donne la chair de poule », et ce d’autant plus qu’il y a remporté sa première victoire sur une Toro Rosso qu’il avait menée avec maestria sous la pluie, ce qui faisait de lui le plus jeune vainqueur de grand prix de l’histoire (21 ans). A sa façon, Kimi Raikkonen expliquait lui aussi l’an passé le plaisir qu’il y a à évoluer à Monza, en disant que « venir ici quand tout marche bien et voir à quel point vous pouvez aller vite, c’est formidable ». Oui, tout est formidable à Monza, pour les pilotes, les ingénieurs, les mécaniciens, et les spectateurs…quand tout marche bien.

Et si j’ajoute cette restriction de Kimi Raikkonen, c’est parce que Monza est un circuit où se sont côtoyés de nombreux hauts faits d’armes, mais aussi hélas de terribles drames. Il n’y a jamais rien de banal sur le circuit de Monza, car tout ce qui s’y passe se transforme en légende du sport automobile, sans doute parce que tout ce qui s’y fait confine à l’excès. Il suffit de regarder les statistiques pour s’en rendre compte, ne serait-ce hélas qu’en comptabilisant le nombre de pilotes qui y ont trouvé la mort (52 en tout), mais aussi 35 spectateurs. Heureusement  cette époque apparaît révolue, même si quelques accidents spectaculaires, notamment des crevaisons à grande vitesse comme cette année à Siverstone, rappellent que la Formule 1 reste  un sport dangereux. Fermons la parenthèse sur cette longue période où la sécurité était totalement absente sur les voitures, et même en partie pour les spectateurs, pour évoquer quelques unes des nombreuses anecdotes qui ont participé à faire de Monza un des hauts lieux de la F1.

La première qui me vient à l’idée, même si j’étais trop jeune pour m’en souvenir, mais que j’ai assimilé totalement parce que cela avait beaucoup marqué mon père, lui aussi fan de Formule 1, fut le fait de voir Stirling Moss finir sa course en poussant courageusement sa voiture pour être classé (septembre 1954). Image que l’on devine d’une manière pathétique d’autant que, de l’aveu même de Fangio, l’as britannique aurait dû l’emporter à l’issue d’une course où il était en état de grâce, et qu’il avait dominée de la tête et des épaules. Cela montre qu’en Formule 1, et c’est toujours le cas de nos jours, il ne faut pas croire que pour gagner une course il suffit d’être le plus fort ou d’avoir une voiture parfaite. Il y a parfois des impondérables qui prennent une importance que l’on ne peut pas mesurer à l’avance, et ils en prennent d’autant plus à Monza que ce grand prix se situe en fin de saison, voire même la clôturait, par exemple dans les années cinquante, et détermine souvent le vainqueur du championnat du monde.

Autre incident notable à Monza, lié cette fois à son tracé. En 1960 les équipes britanniques boycottèrent le grand prix pour des raisons de sécurité, refusant de courir sur la piste inclinée. Cela n’eut aucune influence sur le championnat, puisque cette année-là Jack Brabham écrasa le championnat du monde avec sa Cooper-Climax. L’année suivante en revanche, les équipes britanniques ne firent pas objection à courir sur le plan incliné de Monza, mais la course fut endeuillée par un drame épouvantable, les voitures de Clark et Von Trips s’accrochant en début de course, ce qui provoqua la mort du pilote allemand et celle de 12 spectateurs. En 1962 il n’y eut heureusement ni accident, ni incident, mais ce grand prix de Monza fut quand même mémorable, parce qu’il fut le théâtre de la première victoire d’un des tous meilleurs pilotes de l’histoire, l’Ecossais Jackie Stewart. Celui de 1963, qui eut lieu comme cette année un 8 septembre, le fut tout autant, mais parce qu’il provoqua le désespoir des dizaines de milliers de tifosi, aucun pilote Ferrari ne figurant dans les 15 premiers (victoire de Clark), Surtees étant obligé de s’arrêter à cause d’un piston et le jeune Bandini devant se retirer à cause de sa boîte de vitesses. En 1970, hélas, c’est la mort qui allait de nouveau roder sur le circuit de Monza. Cette fois c’est le futur champion du monde, l’Autrichien Jochen Rindt (seul champion du monde sacré à titre posthume), qui allait trouver la mort après une panne d’origine mécanique. Rindt a été sans doute un des pilotes les plus rapides qu’ait connu la Formule1, et sa disparition laissa un grand vide, d’autant qu’elle nous a privé de sacrés duels entre lui et Jackie Stewart. L’accident de Rindt eut lieu dans la célèbre Parabolique, un virage où la vitesse des voitures retombe de plus de 300 à 120 kmh. Après avoir zigzagué (peut-être pour un problème de frein) la Lotus-Ford percuta violemment le rail avant de s’encastrer sous celui-ci. La mort fut presque instantanée, le plexiglas du saute vent ayant tranché la gorge du malheureux pilote autrichien.

L’année 1975 ne fut pas marquée par une catastrophe, mais par le plus heureux des dénouements pour Ferrari avec un double succès pour la Scuderia, Lauda remportant le premier de ses trois titres de champion du monde à Monza à la faveur d’une troisième place, son coéquipier, Reggazzoni, s’imposant très tranquillement…si j’ose dire. Malheureusement une nouvelle tragédie allait endeuiller le circuit emblématique des Italiens en 1978, lors de l’accident qui coûta la vie à Ronnie Peterson, dont j’ai parlé dans un précédent article (Romain Grosjean victime expiatoire des errements du passé ?).  En revanche, l’année suivante, les évènements rendirent heureux les supporters italiens, car Scheckter  conquit à Monza le titre de champion du monde avec la complicité active de Gilles Villeneuve, ce dernier ayant été victime de la malchance dans la course au titre alors qu’il avait quasiment toujours dominé son coéquipier. En 1981 ce fut au tour du jeune Alain Prost (sur Renault) de mener la course de bout en bout et de triompher pour la première fois à Monza. Plus tard, en 1988, ce fut le grand bonheur pour Ferrari, puisque ce Grand Prix d’Italie permit à la Scuderia (victoire de Berger devant son coéquipier Alboreto) de mettre fin à l’outrageante domination des Mac Laren de Prost et Senna. Il faut dire que le sort aida Ferrari, pour la plus grande joie des tifosi, dans la mesure où Prost connut une panne de moteur, tandis que Senna fut accroché par la Williams de J.L. Schlesser, qui avait remplacé Mansell malade.

En 2000, nouveau drame à Monza, mais cette fois ce fut un commissaire de piste qui trouva la mort, suite à un accident impliquant sept voitures dans le premier tour. Quatre ans plus tard, en 2004, le Grand Prix d’Italie mettait en liesse les tifosi, parce que d’une part la Scuderia fit le doublé avec Barrichello et Schumacher, et parce que ce grand prix marquait la 180è victoire de Ferrari comme constructeur. Enfin en 2008, comme je l’ai écrit précédemment, l’histoire retiendra que ce fut à Monza que le très probable quadruple champion du monde,  Sebastian Vettel, remporta sa première victoire en F1, avec un moteur Ferrari pour propulser sa Toro-Rosso. Voilà quelques uns des moments les plus heureux et hélas les plus malheureux vécus sur ce circuit mythique, qui fait encore de nos jours la fierté et la joie du public italien. Aucun autre endroit, sauf peut-être le Mans, n’est autant le symbole de la course automobile, mais Monza est aussi synonyme de Formule 1, discipline reine du sport automobile. Et ce n’est pas un hasard si Monza est situé tout près de Maranello (à peine 200 km), siège de Ferrari, un court voyage que je recommande à tous les amateurs de F1…qui risquent de voir cette année triompher une nouvelle fois la Red Bull de Sébastian Vettel, ce qui mettrait fin à tout suspens pour le championnat du monde. Cela dit, au vu du classement à ce jour, qui peut imaginer que Fernando Alonso (Ferrari), Lewis Hamilton (Mercedes) ou Kimi Raïkkonen (Lotus) puissent encore décrocher le titre?

Michel Escatafal


Quel est le problème de Romain Grosjean ?

grosjeanEn lisant ça et là les comptes rendus des grands prix de Formule 1, on s’aperçoit que dans notre pays on parle essentiellement de la course des quatre hommes qui dominent le championnat, à savoir Alonso, Raikkonen, Hamilton et Vettel (ordre du dernier grand prix)…et de Romain Grosjean. Ce dernier, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas tellement la cote auprès des fans de la F1 dans notre pays, certains de ceux-là allant jusqu’à dire qu’il est suisse, injure suprême des nationalistes trop chauvins. D’autres, nettement moins nombreux, prétendent qu’il faut lui laisser le temps de s’installer en Formule 1 avant de pouvoir rejoindre le clan des tops pilotes. Quelques uns enfin, vont jusqu’à affirmer qu’il n’a aucune chance de s’imposer pour le moment parce que Raikkonen est clairement le numéro un chez Lotus. Voilà un florilège des réactions que l’on trouve dans les divers articles spécialisés, ce qui résume parfaitement les sentiments qu’inspire le pilote franco-suisse.

Qu’en est-il objectivement ? Je ne suis pas un connaisseur assez avisé pour délivrer une opinion définitive, malgré l’amour que je porte à cette discipline depuis de nombreuses années, mais en revanche je sais lire le français ou l’espagnol, voire même l’anglais et l’italien, ce qui me permet de me faire une opinion à travers les réactions des vrais connaisseurs, à commencer par les anciens pilotes. Et tous sont unanimes pour dire que si Grosjean est un pilote rapide, certains disent même « un avion de chasse », c’est aussi un compétiteur friable sur le plan mental, Prost affirmant que le problème de Grosjean est d’ordre « psychologique », ce qui apparaît évident, même si cela n’explique pas la différence de résultats entre le pilote franco-suisse et le champion du monde 2007. Et oui, avant d’être chez Lotus, avant les deux années qu’il a consacrées au WRC, Raikkonen a été champion du monde, et aurait même dû l’être au moins deux autres fois s’il n’avait pas été trahi par son matériel, à l’époque où il était chez Mac Laren.

Tout cela pour dire que Romain Grosjean n’a pas à rougir d’être dominé par Raikkonen, son prestigieux coéquipier, à la fois rapide en qualifications, mais aussi et surtout en course. Et s’il en fallait une nouvelle démonstration, nous l’avons eu dimanche en Chine, où malgré un museau amoché par une manœuvre hasardeuse de Perez, Kimi Raikkonen continuait à accumuler les tours rapides…pendant que Grosjean avait du mal à se détacher des voitures œuvrant dans le ventre mou du peloton. Cela dit, je me demande si la vraie difficulté de Romain Grosjean ne se situe pas plutôt au niveau de son ego, ce qui d’une certaine façon rejoint le côté psychologique évoqué par Alain Prost. Pour parler clairement, Grosjean n’accepte pas la supériorité de Raikkonen…ce qui est bien dommage pour lui. Et ce serait la même chose s’il était chez Ferrari, Red Bull ou Mercedes, car les premiers pilotes de ces écuries sont au-dessus des autres. Mais la différence entre Grosjean et Massa, Rosberg ou Webber, réside dans le fait que la domination du pilote numéro un les pousse parfois à se surpasser, alors que dans le cas de Grosjean cela semble lui fait faire perdre ses moyens.

En fait, comme je l’ai dit dans un article précédent, Grosjean a fait illusion l’an passé lors des premiers grands prix parce que Raikkonen, malgré son immense talent, devait se réhabituer à la conduite d’une F1, et il lui a fallu quelques grands prix et un minimum de temps pour être au maximum de ses possibilités. Oh certes pas beaucoup, parce qu’il a été performant presqu’immédiatement, mais suffisamment pour donner à penser à Grosjean qu’il pouvait « taper » Raikkonen. Lui donner aussi l’illusion qu’il était meilleur qu’il ne l’est réellement. Lui laisser croire qu’il était capable de rivaliser avec les plus grands, pour peu qu’on lui donne le même matériel. Je pense même qu’il en était arrivé à se convaincre qu’à l’époque où il était chez Renault (2009), il aurait pu faire jeu égal avec Alonso si ce dernier n’avait pas eu le statut de premier pilote que personne ne pouvait lui contester.

Problème pour Grosjean, dès que Raikkonen est redevenu complètement « Iceman », il a pu s’apercevoir que Raikkonen, comme Alonso, faisait partie des plus grands pilotes de l’histoire de la Formule 1, appartenant à la quinzaine d’entre eux ayant remporté 20 grands prix et plus*. Rien qu’en évoquant cette statistique, on s’aperçoit que Romain Grosjean a eu grand tort de se surestimer, ce qui l’a conduit aux errements que l’on connaît, sans parler de ses incessantes jérémiades sur le matériel qui lui est fourni, allant même jusqu’à suspecter un problème sur le châssis de sa Lotus. Et je reste persuadé que s’il avait eu l’humilité d’apprendre son métier tranquillement auprès d’un top pilote, il serait déjà devenu un champion comme l’ont été, pour ne citer que des Français, Trintignant, Beltoise, Cevert, Pironi, Arnoux, Laffite, Depailler, Jabouille, Tambay, Alesi ou Panis, tous vainqueurs d’un ou plusieurs grands prix.

Or, s’il continue sur cette voie, il ne deviendra même pas un « malchanceux magnifique » comme l’ont été en leur temps Behra (années 50) et Jean-Pierre Jarier (années 70-80), surnommé « Godasse de plomb ». Espérons que cette funeste prophétie ne se réalisera pas, et que Romain Grosjean se mettra sérieusement au travail, quitte à rester dans l’ombre de son coéquipier. Après tout c’est un statut qui n’a pas mal réussi à des pilotes comme Moss (qui a remporté 16 victoires dans toute sa carrière) à l’époque où il courait avec Fangio chez Mercedes, Coulthard (13 victoires) notamment avec Hakkinen chez Mac Laren, Massa et Barrichello chez Ferrari (11 victoires en tout pour chacun), Patrese (avec Piquet et Mansell chez Williams) qui a remporté 6 victoires, une de plus que Regazzoni et Watson (avec Lauda chez Ferrari pour l’un et Mac Laren pour l’autre), sans oublier Webber qui en est à ce jour à 9 victoires, bien qu’il soit dans l’ombre de Vettel depuis que ce dernier appartient à l’écurie Red Bull. C’est tout le mal que je souhaite à Grosjean…qui toutefois ne sera jamais au niveau des plus grands.

Michel Escatafal

• Ces 15 pilotes sont dans l’ordre Schumacher (91), Prost (51), Senna (41), Mansell (31), Alonso (31), Stewart (27), Vettel (27), Clark (25), Lauda (25), Fangio (24), Piquet (23), Damon Hill (22), Hamilton (21), Hakkinen (20) et Raikkonen (20).


Formule 1 : 2013-1973. Et si l’histoire se répétait…

podium melbourneFinalement je suis assez content de moi à la lumière des résultats du Grand Prix d’Australie, puisque j’avais vu juste quant aux performances des uns et des autres, en y incluant les voitures. D’abord à tout seigneur tout honneur, Kimi Raikkonen a prouvé ce que je pense depuis longtemps, à savoir qu’il est peut-être pour ne pas dire sans doute le meilleur pilote actuel en Formule1. D’ailleurs Alonso lui-même a dit qu’il était intouchable dimanche. Et effectivement il l’était, si on considère qu’il en avait sous le pied avec sa Lotus, au demeurant excellente. Plus que sa légendaire vitesse en course, il a surtout prouvé, à la manière d’un Prost, qu’aucun autre pilote n’est capable de le surpasser quand il s’agit de tirer la quintessence de sa machine. Même Alonso a souffert de la comparaison dimanche dernier, en attaquant comme un forcené pour rattraper Vettel, ce qui évidemment ne pouvait qu’endommager ses pneus. Le constat est d’ailleurs identique pour Massa. En revanche, quand Kimi Raikkonen était derrière ces trois concurrents, il a gentiment attendu son heure…pour ne pas dégrader ses pneus, et faire un changement de moins que ses rivaux, ce qui lui assurait la victoire.

Mais il y a aussi du Prost dans sa manière de faire, notamment la faculté qu’il a de régler sa voiture pour la course, ce qu’il n’a cessé de prouver l’an passé. A ce propos, il est impensable de laisser dire ou écrire que Kimi est ou était un pilote moins concerné que d’autres sur le plan technique. Combien de fois s’est-il trompé dans ses réglages pour la course depuis son retour en F1 ? Jamais, et c’est la raison pour laquelle je renouvelle ce que j’ai dit à propos de Grosjean,  à savoir qu’au lieu de vouloir à tout prix « taper » son équipier, il ferait mieux de profiter de l’expérience d’Iceman…pour son plus grand bénéfice. Car il y a effectivement beaucoup à apprendre auprès de Raikkonen, y compris en qualifications. Certes il est, comme Prost autrefois, moins impressionnant en « qualifs » qu’un Vettel ou un Hamilton, mais lorsqu’il faut « claquer » un temps, Raikkonen sait aussi le faire, comme il l’a prouvé à plusieurs reprises dans sa carrière. Rappelons-nous sa pole-position de Monaco en 2005, au volant d’une Mac Laren- Mercedes,  où il avait laissé Alonso et sa Renault à près d’une demi-seconde, lui-même écrasant le troisième, Webber (Williams-BMW), dans les mêmes proportions.

Voilà pour Kimi Raikkonen, à présent passons à Massa, pour qui j’ai toujours gardé une grande considération, parce qu’il est très rapide quand toutes les conditions sont réunies pour qu’il le soit…ce qui le met un peu en retrait des tous meilleurs qui finissent toujours par se débrouiller, même avec une machine rétive. C’est aussi cela la grande force de Raikkonen et Alonso, voire Hamilton, plus peut-être encore que Vettel, irrésistible avec une machine parfaite. Massa est aussi dans ce cas de figure, et cette année il semble de nouveau être redevenu le Massa bien dans sa peau des années 2006 à 2008, c’est-à-dire avant son terrible accident de 2009 en Hongrie, que l’on oublie trop souvent. En outre, comme le Brésilien n’est pas un monstre de solidité quand tout n’est pas parfait autour de lui, on se doute bien qu’avec la Ferrari de l’an passé, loin d’être aussi bonne (surtout en début de saison) que celle de cette année, plus les bruits incessants de son remplacement en cours de saison, il était dans la pire des configurations pour briller. En revanche depuis le mois de septembre et le renouvellement de son contrat avec Ferrari, et bien il est quasiment au niveau d’Alonso en qualifications et parfois même en course.

Certes Alonso est plus fiable que lui, mais à Melbourne Massa a pleinement confirmé sa fin de saison 2012. En fait, tout s’est joué dans les stands pour lui, en raison d’une stratégie différente de celle d’Alonso, celui-ci étant difficilement battable sur ce plan. Certains ont suggéré une manœuvre de la Scuderia pour faire en sorte que le pilote espagnol passe devant, ce qui apparaissait vraisemblable en voyant le déroulement de la course. Pour ma part, n’étant pas germanophone (je regardais le grand prix sur RTL Television en Allemagne), j’ai eu un peu la même impression à la seule vision des images sur mon écran. Plus tard j’ai appris qu’en fait, ce sont les pilotes qui ont choisi le moment où ils sont rentrés au stand. Tant mieux si c’est ainsi, car cela signifierait que c’est dans les voitures et non dans les stands que s’est décidée la deuxième place de cette première course de la saison 2013.

Un dernier mot pour terminer, en rappelant qu’il y a 40 ans, en 1973, une Lotus s’était imposée lors du premier grand prix de l’année en Argentine, patrie de J.M. Fangio. Le 28 janvier 1973, à Buenos Aires, c’était en effet Emerson Fittipaldi qui s’était imposé…sur Lotus, avec presque 5 secondes d’avance sur le regretté François Cevert, lui-même précédant plus largement Jackie Stewart, tous deux sur Tyrell. En outre, comme dimanche dernier, l’auteur de la pole position, Regazzoni (BRM), mena pendant 28 tours avant d’être obligé de ralentir en raison de la dégradation de ses pneus…comme Sebastian Vettel cette année. Résultat, Fittipaldi s’imposa un peu à la manière de Raikkonen, parce qu’il avait su préserver ses pneus mieux que les autres. Et pour pousser un peu plus loin le mimétisme entre ces deux premiers grands prix de la saison à 40 ans d’intervalle, c’est Fittipaldi qui réalisa le meilleur tour en 1973…comme Raikkonen cette année. Est-ce un signe pour Raikkonen ? Pourquoi pas, En tout cas, à la fin de la saison 1973, Emerson Fittipaldi remporta son deuxième titre de champion du monde sur Lotus. Reconnaissons que pour Raikkonen et ses supporters, une telle issue à la fin de cette année serait tout simplement magnifique. Pour ma part, j’y crois…et je ne suis pas le seul. Déjà, je suis persuadé qu’il est capable de gagner de nouveau dimanche prochain en Malaisie, circuit sur lequel il a remporté sa première victoire. Allez Kimi !

Michel Escatafal


En Formule 1, 2013 ne ressemblera pas à 1963

Lotus25Red BullL’année 2013 en F1 sera-t-elle un grand cru comme on l’entend dire un peu partout, d’autant que la précédente a été marquée par une indécision qui a perduré jusqu’au dernier grand prix ? En allant même plus loin, en octobre il y avait encore quatre candidats au titre mondial, à savoir Vettel qui finira par l’emporter, Alonso, mais aussi Raikkonen et Hamilton, même si pour les deux derniers leurs chances étaient minimes. En outre, comme je le disais dans un article précédent, sur 20 courses nous avons eu 8 vainqueurs différents (Vettel et Webber sur Red-Bull, Alonso sur Ferrari, Hamilton et Button sur Mac Laren, Raikkonen sur Lotus, Maldonado sur Williams, Rosberg sur Mercedes), ce qui démontre que la hiérarchie a quand même été fluctuante au cours de la saison, et qui situe l’intensité de la lutte.

Et cette année donc, que se passera-t-il d’autant qu’en vu du changement de règlementation moteur en 2014, les évolutions seront minimes, ce qui signifie que la hiérarchie ne devrait pas beaucoup fluctuer cette saison. Cela dit, avant d’évoquer les forces en présence il pourrait y avoir un grand changement…dans l’administration de la Formule 1, avec le départ possible de son grand argentier, Bernie Ecclestone. Si ce changement est souligné, c’est parce que Bernie Ecclestone dirige la F1 depuis 40 ans (1973). Quel bail, et, disons-le tout net, quel bilan même si certains trouvent à redire sur ledit bilan, notamment à propos de la répartition d’une partie des revenus basée sur la performance…et l’ancienneté, ou encore sur la diminution du nombre de grands prix en Europe. Une chose est sûre cependant : Bernie Ecclestone a fait de la Formule 1 une institution florissante, crise économique ou pas. Oh certes, il y a eu des périodes plus roses que d’autres sur le plan financier, mais la F1 continue de faire recette et de se développer. Il est simplement dommage pour nous Français que, désormais, il faille soit être abonné à Canal+, soit disposer d’une parabole pour assister aux grands prix à la télévision (RTL télévision en Allemagne continue à retransmettre les grands prix). Frustrant quand même pour de nombreux fans!

Voilà pour la partie « coulisses » si j’ose dire. A présent passons à la partie sportive. Sans être grand clerc, on peut supposer qu’on retrouvera les meilleurs aux meilleures places, et ce, quelles que soient les évolutions sur les voitures, comme évoqué précédemment, ou sur les pneus. Quand je dis les meilleurs, c’est tous les meilleurs et pas seulement une écurie qui domine les autres. Il y aura à coup sûr Red Bull et son moteur Renault avec Vettel, le champion du monde en titre, qui essaiera de remporter son quatrième titre et égaler Prost, mais aussi Ferrari avec Alonso, qui a raté le titre de très peu l’an passé, bien secondé cette année par Massa, surtout s’il commence 2013 comme il a fini 2012. Mais il ne faut pas oublier Mac Laren et son moteur Mercedes, qui a certes perdu son leader, Hamilton, mais qui avec Button et l’espoir Perez dispose encore d’un bon tandem de pilotes. Il y a également deux teams qui seront sans doute aussi aux avant-postes, à savoir Lotus équipé aussi par Renault avec Kimi Raikkonen, peut-être le meilleur pilote en valeur absolue, et Grosjean, capable des plus beaux exploits…mais aussi des pires bourdes, et Mercedes qui s’est considérablement renforcé avec la venue du très rapide Hamilton, lui-même accompagné de Rosberg, qui figure parmi les pilotes de pointe depuis plusieurs années, même s’il risque fort de souffrir face à son très véloce nouveau coéquipier.

En parlant d’Hamilton, il est clair que ce sera un vrai plus pour Mercedes de disposer d’un pilote au sommet de son art, à la place de Michael Schumacher, lequel, malgré de beaux restes, ne pouvait pas réparer des ans l’irréparable outrage. Hamilton a-t-il eu raison de quitter son cocon familial chez Mac Laren, écurie dans laquelle il avait grandi et où on lui pardonnait tout ? L’avenir nous le dira, mais si Mercedes a réussi à mettre la main dans l’intersaison sur quelques modifications avantageuses pour sa voiture, Hamilton sera à n’en pas douter très dangereux pour Red Bull, Ferrari, Mac Laren et Lotus. N’oublions pas qu’il sait gagner (21 victoires) et qu’il est très vite en qualifications (26 pole positions).

Et les autres équipes ? Et bien elles seront derrière les grosses écuries, avec quelques pilotes qui vont jouer très gros pour leur avenir. Par exemple Hulkenberg, qui va disposer d’une très bonne voiture avec la Sauber (seule équipe dirigée par une femme, Monica Kaltenborn)  équipée comme d’habitude d’un moteur Ferrari. Hulkenberg, pour qui cette année sera déterminante, pourrait être la grande confirmation de cette saison. En revanche personne n’attend grand-chose de son coéquipier, le Mexicain Guttiérez, qui n’a pas fait d’étincelles dans les catégories inférieures, au contraire de son équipier et du Finlandais (24 ans) Bottas, qui courra sur la Williams à moteur Renault. Néanmoins, Bottas aura fort à faire avec Maldonado, vainqueur l’an passé du Grand Prix d’Espagne. Pour Maldonado, le problème est le même que pour Grosjean, à savoir canaliser sa fougue en course. Plus facile à dire qu’à faire ! D’ailleurs c’est à ça que l’on reconnaît les cracks des autres. Combien d’erreurs pour Vettel, Raikkonen ou Alonso ? Très, très peu !

Parmi les espoirs de la discipline qui vont jouer très gros cette année, il y en a deux qui opèrent chez Toro Rosso, la filiale de Red Bull : l’Australien Ricciardo et le Français Jean-Eric Vergne. Pour l’instant ils sont quasiment à égalité, l’un (Ricciardo) étant plus rapide en qualifications, l’autre (Vergne) allant plus vite en course. Les deux jeunes gens (bientôt 24 ans pour Ricciardo et 23 ans pour Vergne)  ont donc tout intérêt à progresser d’ici la fin de la saison 2013, car au bout il pourrait y avoir un volant chez Toro Rosso, Webber finissant par être remplacé un jour ou l’autre. Pour le moment, si cela n’a pas été fait, c’est parce que les deux pilotes Toro Rosso ne sont pas au niveau d’un Webber, certes dominé par Vettel, mais très bon quand même, ce qui le situe juste derrière Vettel, Alonso, Raikkonen et Hamilton. Progresseront-ils suffisamment pour aspirer au grade supérieur que représente le passage de Toro Rosso à Red Bull ? Peut-être, mais pas certain, en espérant que Vergne balaiera cette interrogation, ce qui ferait un Français de plus dans une écurie de pointe.

Et puisque je parle des Français, il faut noter que cette année nous en aurons quatre en Formule 1, avec Pic au volant d’une Caterham à moteur Renault, et Bianchi au volant d’une Marussia à moteur Cosworth. On se croirait presque revenu dans les années 80 ! Fermons la parenthèse pour noter que l’un comme l’autre ne sont pas équipés pour jouer dans la cour des grands, ni même des moyens, leur voiture ayant forcément des ambitions très limitées. Mais nombre de grands champions sont passés par des écuries mineures avant d’éclater chez les grands. Ce fut le cas d’Arnoux (Martini), d’Ayrton Senna (Toleman), de Damon Hill (Brabham qui n’avait plus rien à voir avec l’écurie de B. Ecclestone), ou encore de Fernando Alonso (Minardi), voire Vettel (Toro Rosso) et Raikkonen (Sauber). On connaît la suite pour tous ces champions. Espérons pour nos jeunes français qu’ils tireront leur épingle du jeu, au point d’avoir la possibilité de rejoindre un grand team.

Enfin, pour terminer, comme ce blog est consacré aussi et même surtout par certains côtés à l’histoire du sport, je voudrais évoquer l’année 1963, qui fut historique à plus d’un titre…mais qu’on ne souhaite pas revoir en 2013. Pourquoi ? Tout simplement parce que le duo des surdoués, comme on appelait Colin Chapman, le père de la prestigieuse Lotus 25 (entre autres), et Jim Clark, le meilleur pilote de la décennie 60, véritable successeur de Fangio, ont écrasé la concurrence puisqu’ils ont remporté 7 des 10 grands prix programmés. Et comme si cela ne suffisait pas, Jim Clark a réalisé 7 pole position, et est devenu champion du monde avec 54 points contre…29 aux deux pilotes BRM, Graham Hill et Richie Ginther. Une domination presque totale du couple constructeur-pilote le plus génial de la F1. Même des binômes comme Ferrari-Schumacher ou Red Bull version Newey-Vettel n’ont jamais exercé une telle hégémonie sur la Formule 1 !

Déjà l’année précédente, cette Lotus Climax révolutionnaire avec son châssis-caisson avait failli d’entrée remporter le championnat, manquant le titre pilotes à cause d’une petite rondelle oubliée par un mécanicien fatigué, alors que Clark était largement en tête du Grand Prix d’Afrique du Sud, ce qui profita à Graham Hill sur BRM. Mais en 1963,  cette machine d’avant-garde fonctionna à plein régime, malgré les difficultés qu’avaient les pilotes à s’enfoncer dans le cockpit en position très allongée, ce qui ne pouvait convenir qu’à un pilote jockey, et encore au prix de multiples torticolis. Il n’empêche, après un Grand Prix de Monaco qu’il avait copieusement dominé jusqu’à une panne de boîte à vitesses à quelques encablures de l’arrivée, Clark s’imposa à Spa avec 4mn54s d’avance sur Bruce Mac Laren (Cooper Climax), à Zandvoort avec un tour d’avance sur Gurney (Brabham Climax), à Reims où le second, le Sud-Africain Maggs sur Cooper, termina à plus d’une minute, à Silverstone avec 25s d’avance sur la Ferrari de Surtees qui profita au maximum de la puissance de son moteur. Au Nurburgring, en revanche, Clark laissera la victoire à Surtees à cause de son moteur Climax qui n’a cessé de « ratatouiller » tout au long du grand prix, Clark finissant sa course à plus d’une minute. Mais en Italie, la Lotus retrouva toute sa superbe, et Clark s’imposa avec 1mn35s d’avance sur Ginther, une victoire qui lui donnait d’ores et déjà le titre de champion du monde à trois grands prix de la fin. Est-ce parce que le titre était déjà joué ? Toujours est-il que Clark ne finit qu’à la troisième place à Monza derrière les deux BRM de Graham Hill et Richie Ginther. Mais à Mexico, Clark reprit sa suprématie, ce qui lui permettait d’égaler les records d’Ascari et Fangio en remportant 6 grands prix la même année. Il complètera ce triomphe en s’imposant pour la septième fois à East London (Afrique du Sud) tout à fait en fin d’année (le 28 décembre) en dominant Gurney (Brabham Climax) et Hill sur BRM. Quelle démonstration du binôme Lotus-Clark. C’était il y 50 ans tout juste !

Michel Escatafal


Une saison 2012 de F1 qui restera dans l’histoire (Partie 1)

vettelLa saison 2012 de Formule 1 s’étant terminée de la même façon que l’an passé, avec le titre de champion du monde de Sebastian Vettel, on pourrait penser que la discipline reine du sport automobile n’a guère évolué d’une année à l’autre. C’est vrai d’une certaine manière, mais c’est faux sur le plan des résultats et de l’intérêt suscité par les 20 grands prix. Vrai, parce qu’il n’y a pas eu de réelle révélation de pilotes au cours de la saison, à part peut-être la confirmation du talent d’Hulkenberg, voire de Maldonado et Perez,  mais faux parce que sur 20 courses nous avons eu huit vainqueurs différents (Vettel et Webber sur Red-Bull, Alonso sur Ferrari, Hamilton et Button sur Mac Laren, Raikkonen sur Lotus, Maldonado sur Williams, Rosberg sur Mercedes), ce qui suffit à démontrer que la hiérarchie a quand même été fluctuante au cours de la saison. Cependant, et on ne le dira jamais assez, les meilleurs pilotes sont finalement devant tous les autres. La preuve, les quatre premiers du championnat sont ou ont été champions du monde, à savoir Vettel, Alonso, Raikkonen, Hamilton, tout comme le cinquième, Button. Tout sauf un hasard !

En écrivant cela, j’ai l’impression que tout est dit, même si pour moi ce n’est pas tout-à-fait le cas, car je n’irais pas jusqu’à écrire qu’il s’agit des cinq meilleurs pilotes en valeur absolue. Je vais même en étonner quelques uns en disant que si je suis d’accord pour les quatre premiers, dans l’ordre ou le désordre, je placerais pour ma part à la cinquième place Felipe Massa, qui pourtant termine à la septième place, derrière Mark Webber (sixième), et loin derrière Button en nombre de points (122 contre 188). Pourquoi ai-je choisi Massa comme cinquième homme dans cette hiérarchie ? Tout simplement  parce que Massa court sur Ferrari, et que son équipier s’appelle Alonso. Certes, on me fera remarquer qu’Alonso a marqué 278 points dans la saison, soit plus du double de son équipier, mais cette énorme différence s’est faite dans la première partie de la saison, où Massa n’était pas encore redevenu le Massa des années 2006 à 2009 (année de son très grave accident). Non seulement cette difficulté à retrouver son vrai niveau avait altéré sa confiance, mais en plus il a vécu cette année avec au-dessus de sa tête le risque de perdre son volant chez Ferrari…qui ne l’a pas ménagé, et qui par conséquent ne l’a pas aidé à se reconstruire complètement et rapidement. En revanche, depuis Monza, ou si l’on préfère depuis que son contrat a été prolongé d’une saison, Massa est clairement au même niveau qu’Alonso, pour ne pas dire plus.

Voilà pourquoi je classe Massa devant Button et Webber, lesquels ont surtout pour eux de disposer d’une machine très performante. D’ailleurs on a  beau regarder les statistiques et les performances, on a beau évaluer la part de malchance de chacun dans son équipe, il ressort clairement que Button est loin de Lewis Hamilton, un peu comme Webber vis-à-vis de Vettel. Ces deux pilotes, même s’ils n’en avaient pas le statut, ont plutôt été des seconds rôles dans leur équipe, en raison de la domination exercée par leur leader. Etait-ce une question de pneus, notamment du côté de Button, comme il semble le prétendre? Je ne crois pas, même si les commentateurs de TF1 ne cessaient de nous vanter Button sur ce plan-là. Non, tout simplement Hamilton est un pilote hyper vite, en qualifications comme en course, comme du reste Vettel, et il est tout à fait normal que l’un et l’autre soient devant leur coéquipier.

En fait, seuls Alonso et Raikkonen ont rivalisé sur l’ensemble de la saison avec Vettel et Hamilton, d’autant que la Ferrari F2012 comme la Lotus E20 n’étaient pas au niveau de la Red Bull RB8 et de la Mac Laren MP4-27. Et si Alonso comme Raikkonen ont été candidats au titre jusqu’à la fin de la saison, ils le doivent essentiellement à leur régularité dans la haute performance. Certes Iceman, comme on appelle le Finlandais, avait une voiture à la fois fiable et rapide, mais la Lotus n’était pas tout-à-fait au niveau de ses rivales. Cela dit, elle a permis à Raikkonen de se retrouver à une inespérée troisième place au championnat du monde, parfaitement méritée au demeurant quand on sait que Raikkonen a franchi 20 fois sur 20 le drapeau à damiers, et chaque fois (sauf une) dans les points. A comparer avec Romain Grosjean !

En disant cela, je veux évoquer les pilotes français, à commencer par Sébastien Grosjean, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Pour moi, il a été le moins bon des trois sur l’ensemble de la saison, même s’il est sans doute le plus doué. Rapide, voire même très rapide, Grosjean l’est, au point d’avoir fait jeu égal avec Raikkonen sur l’ensemble de la saison en qualifications, même si Raikkonen a inversé la tendance du début de saison, où il a souffert de son absence des circuits pendant deux ans. Mais reconnaissons que sur un tour, le samedi, Grosjean est capable d’aller très vite. Hélas, en course c’est souvent très différent, et je préfère ne pas parler de ses départs où il a clairement un problème. Certains diront qu’il n’est pas le seul jeune pilote à faire des bêtises, ce qui est vrai, mais ce n’est pas une excuse. Résultat, à matériel égal, Raikkonen a marqué deux fois plus de points que Grosjean. A méditer pour lui si, comme c’est vraisemblable, il continue à faire équipe avec le pilote finlandais, dont il devrait s’inspirer plutôt qu’essayer coûte que coûte de le battre, et dont il devrait aussi adopter le comportement avant un grand prix, en évitant par exemple d’évoquer un podium ou la victoire, ce qui a pour seul effet de lui mettre un peu plus de pression.

Vergne aurait-il fait mieux chez Lotus ? J’aurais tendance à répondre par l’affirmative, étant persuadé qu’il aurait fini davantage de grands prix. Cependant la vraie comparaison ne peut se faire qu’avec son équipier, en l’occurrence Ricciardo, qui est lui aussi très jeune dans le métier. En termes de résultats sur la saison, les deux hommes ont quasiment fait jeu égal, Ricciardo se montrant légèrement supérieur en qualifications, mais Vergne rétablissant l’équilibre en course. En tout cas, ces deux jeunes pilotes ont la chance de pouvoir continuer leur apprentissage dans une écurie de moindre notoriété l’année prochaine (Toro Rosso), avant éventuellement de faire le grand saut l’année suivante. Pour me faire une véritable idée de Vergne je préfère attendre la fin 2013, d’autant qu’au moins un des pilotes Toro Rosso aura la possibilité d’intégrer la grande équipe Red Bull (maison mère) en cas de résultats probants, ce qui leur mettra une pression supplémentaire. Cela dit Vergne, comme Grosjean, semble satisfait de lui-même, même s’il estime qu’il doit mieux faire l’an prochain.

Et Charles Pic, desservi par son matériel, la modeste Marussia, que vaut-il exactement ? Là aussi il faut patienter jusqu’à la fin de la prochaine saison. Il faut noter à son propos que ses références avant de disposer d’un volant en Formule1 n’étaient pas extraordinaires. Et pourtant il s’est très bien comporté cette année en dominant souvent son équipier, l’expérimenté pilote allemand Timo Glock. Est-ce suffisant pour en faire un grand espoir ? Difficile à dire, dans la mesure où Glock n’est quand même pas un des tous meilleurs pilotes du plateau. En tout cas Pic, jeune homme de 22 ans, est considéré par nombre d’anciens pilotes comme un sérieux espoir pour les années à venir. C’est aussi le cas des dirigeants de sa nouvelle équipe (Caterham) qui lui ont fait signer un contrat de longue durée (deux ans plus une autre en option), ce qui signifie qu’ils pensent que Charles Pic deviendra vite suffisamment fort pour qu’ils puissent monnayer son départ vers une écurie plus prestigieuse. Il faudra pour cela qu’il commence par être meilleur que son équipier, dont on ne connaît toujours pas le nom.

Michel Escatafal


2012-1962 : le présent et le passé en F1

L’année 2012 en F1 pourrait être un grand cru si l’on en croit ce que disent tous les spécialistes, même s’il faut toujours être prudent pour faire ce genre de pronostic. Déjà il y a les habituelles évolutions sur les voitures, des évolutions qui dès leur application prêtent souvent à contestation, tellement les ingénieurs sont inventifs pour contourner le règlement, ce qui oblige très souvent la FIA à intervenir en cours de saison pour interdire ou confirmer telle ou telle évolution…ce qui paraît anormal. Parfois d’ailleurs cela pose de gros problèmes à certaines écuries, dans la mesure où la voiture a été construite sur la base d’évolutions qu’ils pensent pouvoir être validées. Cela dit, ne rentrons pas trop dans les détails, car on aurait du mal à s’y retrouver, et ils seront développés par les commentateurs pendant les premières courses…sans que le téléspectateur y comprenne nécessairement quelque chose. A titre d’exemple, je citerais l’instauration de nouvelles règles pour « éviter le soufflage des gaz d’échappement au freinage ».  J’ai lu aussi que Mercedes et Mac Laren  avaient mis au point deux F-ducts passifs  pour les deux ailerons, totalement légaux pour le moment, ce qui veut dire que Mercedes qui en est à un stade plus avancé que Mac Laren pour cette évolution…ne pourra peut-être pas profiter de cette trouvaille technologique au-delà du ou des premiers grands prix de la saison. C’est quand même ennuyeux, mais c’est aussi cela la Formule 1, discipline à l’avant-garde de la technologie.

Cela dit, revenons brièvement sur cette saison qui, comme je l’ai dit précédemment, s’annonce théoriquement somptueuse.  Surtout en 2012, nous avons l’espoir que les courses soient plus intéressantes ou si l’on préfère moins ennuyeuses que l’an passé, en raison de la supériorité manifeste de la Red Bull pilotée par Vettel, notamment sur les circuits se prêtant à des dépassements, ce qui est loin d’être la cas partout. A ce propos, Red Bull et Vettel ont tellement écrasé la concurrence, qu’à peine à la mi-saison on connaissait le nouveau champion du monde. Mais quelque chose me dit que cette année ce ne sera pas le cas. Pourquoi ? Tout simplement parce que toutes les équipes ont beaucoup travaillé pour rattraper leur retard sur Red Bull, même si elle-même s’est efforcée  de maintenir au maximum son avance sur ses concurrents. Et ceux-ci ayant un ardent désir de revanche, n’ont pas lésiné sur les moyens, notamment Ferrari, Mac Laren, Mercedes et même Lotus, qui pourrait bien être la grosse surprise cette année avec son moteur Renault, le même que Red Bull.

Ferrari avec Alonso et Massa, comme  Mac Laren avec Button et Hamilton, mais aussi Red Bull avec Vettel et Webber, ou encore Mercedes avec Schumacher et Rosberg ont gardé leur même tandem de pilotes, misant sans doute sur la continuité ou sur l’esprit de revanche de certains pilotes loin d’avoir évolué à leur meilleur niveau en 2011. En disant cela je pense à Massa chez Ferrari, largement dominé par Alonso sans que l’on sache si ce sont les pneus ou son accident en 2009 qui l’ont relégué au rang de faire-valoir du flamboyant champion espagnol, même si ce dernier est clairement premier pilote de la Scuderia. Je pense aussi à Webber qui, contrairement à l’année 2010, n’a pas existé face à Vettel chez Red Bull, ou encore à Lewis Hamilton qui a connu de grosses difficultés par comparaison avec son équipier Button, beaucoup plus constant. Certes, en qualification Hamilton s’est montré globalement plus rapide que Button, ce qui n’est pas une surprise, mais en revanche en course il s’est avéré nettement moins fiable, alors qu’il l’avait dominé au cours de la saison 2010. Quant à Mercedes, faut-il parler de déception à propos de Michael Schumacher  qui doit affronter (à 43 ans) la dure concurrence de Rosberg…qui pourrait presque être son fils. On ne peut pas des ans réparer l’outrage, même en ayant de beaux restes.

Reste le team de mon cœur, Lotus. Rien que le nom de l’écurie sonne merveilleusement aux oreilles des fans de la F1, avec son génial créateur Colin Chapman et son pilote fétiche Jim Clark, peut-être en valeur absolue le meilleur  de l’histoire avec Fangio et Senna. Mais Lotus va disposer cette année d’un top pilote en la personne de Raikkonen, dont beaucoup de techniciens disent qu’il est à voiture égale, le pilote le plus rapide du plateau, pour peu que sa machine soit bien née. Si j’ajoute cette précision, c’est parce qu’on a souvent reproché à « Iceman », surnom du magnifique pilote finlandais, sa faible implication dans le développement d’une voiture. C’est une critique que j’ai du mal à accepter, comme il l’a prouvé chez Ferrari en 2009 où, après l’accident de Massa, il a porté la Scuderia à bout de bras pendant la deuxième partie de la saison, remportant une victoire à Spa, et réalisant le meilleur parcours de tous les concurrents pendant cette demi-saison, avec une voiture qui n’avançait pas par rapport à ses principales rivales.

Cette année donc, Kimi Raikkonen aura une grosse responsabilité, mais après deux saisons en WRC où il s’est fourvoyé, malgré des performances honorables, il est manifestement revenu à ses premières amours avec l’espoir de redevenir le Raikkonen de chez Mac Laren ou de ses débuts chez Ferrari. Il sera d’ailleurs épaulé par notre Franco-suisse Romain Grosjean, ce qui permettra à ce dernier de s’étalonner par rapport à un très grand pilote, ce qu’il ne put pas faire en 2009 sur les neuf grands prix qu’il disputa au volant d’une Renault, dont l’équipe était totalement dévouée à Alonso.  En tout cas Lotus promet beaucoup cette année, et les essais de pré-saison ont montré que la voiture avait du potentiel, malgré des essais d’intersaison quelque peu tronqués suite à un problème, aujourd’hui réglé, au niveau de la direction.

En parlant de Raikkonen, cette saison sera aussi historique parce qu’il y aura sur les grilles de départ pas moins de six champions du monde, ce qui n’était jamais arrivé dans l’histoire de la formule 1. En effet, outre Raikkonen (2007), il y aura le septuple champion du monde Schumacher (entre 1994 et 2004), mais aussi Alonso (2005 et 2006), Vettel (2010-2011), Hamilton (2008) et Button (2009). Quel extraordinaire plateau, et quel beau spectacle en perspective, d’autant que tous ces pilotes disposeront des meilleures voitures. En outre quelqu’un comme Nico Rosberg, bien que n’ayant toujours pas gagné de grand prix, fait partie de ceux qui vont briller à coup sûr cette année, sans parler de Massa et Webber qui ont besoin de se réhabiliter.

En évoquant  l’écurie Lotus, cela nous ramène à l’année 1962, où cette équipe commença réellement à s’affirmer au firmament de la formule 1, avec un binôme comme le sport automobile n’en a peut-être jamais eu dans l’histoire, composé de Colin Chapman et Jim Clark.  Déjà l’année précédente, en 1961, une voiture de la marque Lotus avait terminé à la troisième place d’un championnat dominé par Ferrari. Cette voiture, ancien modèle de Lotus, était pilotée par Stirling Moss qui, l’année suivante, allait voir sa carrière s’arrêter à Godwood dans une course hors championnat, suite à un accident qui l’empêchera de retrouver son meilleur niveau, après être resté prisonnier très longtemps dans son châssis, vivant mais presqu’inconscient pendant qu’on s’affairait avec des pinces coupantes à le sortir de son habitacle. Les autres voitures, les Lotus –Climax, étaient confiées à Ireland et au tout jeune Jim Clark qui d’entrée avait montré tout son talent, ce qui incita le patron de Lotus, Chapman à en faire sa figure de proue en 1962. Cette Lotus- là (la 25 propulsée par le moteur V8 Climax), avait la particularité d’avoir un châssis monocoque révolutionnaire, qui en plus s’adaptait tout à fait aux mensurations de ses deux pilotes-jockeys, Jim Clark et Trevor Taylor, lesquels toutefois avaient une position de conduite loin d’être idéale, au point d’attraper un torticolis à chaque séance d’essais ou lors des grands prix.  

Et avec cette voiture, Jim Clark allait remporter trois victoires (Spa, Aintree et Watkins Glen), terminant  deuxième du championnat du monde juste derrière Graham Hill, lequel en avait remporté quatre (Zandvoort, Nurburgring, Monza et East London en Afrique du Sud) sur sa BRM. Cela permettait à Graham Hill de remporter le premier de ses deux titres de champion du monde (le second il le remportera sur Lotus en 1968), mais force est de reconnaître qu’il avait bénéficié d’une certaine réussite, puisque le 29 décembre (date très tardive pour clôturer la saison) Graham Hill remporta la victoire et le titre 1962 en profitant d’une panne de moteur de la Lotus du prodige écossais. En réalité, à cause d’une rondelle oubliée par un mécanicien fatigué, ce qui a provoqué un serrage du moteur. Il restait à peine 22 tours avant l’arrivée, et personne n’aurait imaginé un tel final, jusqu’à ce qu’un filet de fumée bleue ne s’échappe du moteur de la Lotus.  Graham Hill avait tout gagné, mais si Clark avait tout perdu, il venait de démontrer que le binôme Clark-Lotus 25 serait imbattable dans l’avenir.

Et c’est ce qui se passa l’année suivante puisque Jim Clark allait écraser le championnat en remportant sept victoires sur dix grands prix disputés. Enfin,  pour revenir au championnat 1962, ce fut une année terrible pour Ferrari,  qui fut dominée comme jamais par la concurrence en terminant à la cinquième place du championnat du monde des constructeurs, et en plaçant son premier pilote, Phil Hill (champion du monde 1961), à la sixième  place du championnat pilotes, avec 14 points contre 42 à Graham Hill. Mais ce le fut surtout parce que son nouveau pilote, un prodige mexicain de 20 ans, Ricardo Rodriguez, se tua aux essais du Grand Prix du Mexique.  Ce décès survenait un an après celui de von Trips à Monza, suite à un accrochage avec Clark, accident qui coûta la vie à 12 spectateurs. La course automobile était vraiment très dure à l’époque! Heureusement, de nos jours, les accidents n’ont plus les mêmes conséquences. Tant mieux, et on peut remercier sur ce plan l’ancien président de la Fédération internationale, J. M. Balestre, qui avait fait de la sécurité des voitures son credo.

Michel Escatafal