Le tennis et ses reines…parfois exaspérantes

cris evertsharapovaPour être franc, je n’apprécie pas cette nouvelle mode de vouloir à tout prix que chaque sport ait une compétition identique chez les hommes et les femmes. C’en devient même ridicule ! Qui oserait dire qu’un combat de boxe entre deux femmes puisse atteindre la beauté d’un Hagler-Léonard, d’un Hagler-Hearns, d’un Leonard-Duran ou d’un Ali-Frazier ? Est-ce qu’une championne cycliste peut offrir en montagne, sur une pente à 9 ou 10%, le merveilleux spectacle d’une « giclette » de Contador ou d’un sprint échevelé sur 300 ou 400 mètres de Froome ? Idem sur la piste, où aucune femme n’égalera la beauté sauvage d’un sprint de Pervis sur 200 mètres. En revanche, nombre de sports méritent que l’on accorde la même considération à celles ou ceux qui le pratiquent au plus haut niveau. Je n’en citerais que quelques uns, à commencer par la gymnastique, le patinage artistique, l’athlétisme ou la natation, sans oublier évidemment le tennis. Certes en écrivant cela je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais, comme disait Boileau qui n’a pas eu la chance de connaître le sport tel qu’il est devenu depuis le début du vingtième siècle, « j’appelle un chat un chat ».

Fermons la parenthèse, et revenons justement au tennis féminin, lequel fut longtemps le symbole de ce mélange harmonieux de force et de beauté, ce qui n’est nullement incompatible, qui fut depuis bien longtemps la marque de fabrique des tenniswomen. J’ai bien écrit depuis bien longtemps, car malgré toute la sympathie que je porte au tennis féminin, je suis de plus en plus perplexe quant à la beauté du spectacle présenté. J’ai du mal à me faire à ce jeu  où les championnes cognent de toutes leurs forces,  alors que les hommes, et notamment Roger Federer, font  preuve d’une grâce que l’on qualifierait presque de féminine. En effet, entre les ahanements ô combien bruyants de nombre de joueuses, et les poings serrés des autres avec une poussée d’adrénaline toute masculine, je me dis que les amateurs de tennis de 40 ans et plus ont eu bien de la chance d’avoir pu voir  en action une Chris Evert, à l’allure merveilleuse, joliment vêtue, sans muscle saillant comme une athlète, bref tellement féminine, ce qui ne l’empêchait pas de frapper fort dans la balle quand les circonstances l’exigeaient. Son revers à deux mains notamment était meurtrier en passing-shot, et rien que d’y penser  je m’en régale encore. En plus cette merveilleuse féminité ne l’a pas empêchée de devenir l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, avec ses 18 victoires en simple dans les tournois du grand chelem.

Serena Williams, en valeur absolue (et de très loin) la meilleure des joueuses de ce temps (18 titres en simple dans les tournois comptant pour le Grand chelem plus un titre olympique, 13 en double avec sa sœur plus 3 titres olympiques, et 2 en double-mixte), est très différente : sa première vertu est d’être une terrible combattante, ou encore « une combattante de l’ultime » comme elle se qualifie elle-même. Et c’est vrai que cela lui va bien, comme elle l’a démontrée à de nombreuses reprises dans les finales des tournois majeurs, par exemple face à Justine Hénin qui, dans un autre style, était elle aussi une combattante de premier ordre. En tout cas, si une comparaison devait être faite entre Serena Williams et une autre joueuse américaine, ce serait avec Billie Jean King (12 tournois du grand chelem en simple dans les années 70). Billie Jean King avait un jeu complet, sans doute meilleure volleyeuse que Serena Williams, mais son jeu était quand même basé sur la puissance. Et pour ajouter à la comparaison, comme Serena Williams, la carrière de B.J. King fut émaillée d’ennuis physiques, plus particulièrement d’accidents musculaires. Enfin, comme Serena Williams, B.J. King fut aussi une grande joueuse de double (16 victoires en double dames en grand chelem et 11 en double mixte).

Et puisque nous sommes dans l’histoire, je voudrais rappeler que si B.J. King, Evonne Goolagong, Cris Evert, Monica Seles, Steffi Graf, ou les sœurs Williams, ont marqué l’histoire du tennis féminin, les deux meilleures joueuses, au moins depuis 1945, sont plutôt Margaret Court et Martina Navratilova. Et pas seulement parce qu’elles ont accumulé les victoires dans les plus grands tournois, mais en raison de la qualité de leur jeu qui n’avait aucune faille. Margaret Court totalise 24 victoires en simple dans les tournois du grand chelem, dont le grand chelem en 1970, plus 38 en double et double mixte. Très athlétique pour l’époque (1.75 m) elle savait tout faire, comme plus tard Martina Navratilova (18 titres en grands chelems, plus un grand chelem à cheval sur deux années, et 58 titres en tout) qui avait à peu près le même gabarit. Cela dit, la différence entre ces deux joueuses et Serena  Williams était que leur jeu était plus basé sur le service et la volée, et qu’il était plus beau à regarder pour l’amateur de tennis.

Cependant j’ai toujours bien aimé à titre personnel Justine Hénin, jeune retraitée ayant dû renoncer à la compétition début 2011, après avoir tenté un come back suite au premier arrêt de sa carrière  en 2008, sans doute parce qu’elle était exténuée, son jeu exigeant  une grosse dépense physique. C’est pour cela qu’elle mérite tous ses nombreux succès malgré son petit gabarit, d’autant qu’elle était sans doute  moins douée qu’une fille comme Amélie Mauresmo, une de ses plus grandes rivales, mais loin d’avoir son palmarès. Justine Hénin, en effet, a fait une très belle carrière avec 7 victoires en simple en grand chelem et une médaille d’or aux J.O. d’Athènes, battant en finale Amélie Mauresmo.

Personnellement cela me faisait plaisir de voir une jeune femme mesurant 1.67m et pesant 57 kg tenir la dragée haute à  d’autres infiniment plus puissantes qu’elle. C’est aussi  ce qu’avait réussi à faire pendant quelques temps au début des années 2000 la Suissesse Martina Hingis (5 victoires en simple en grand chelem), qui mesure à peine 1.70 et pèse moins de60 kg. Aujourd’hui c’est une Russe d’un tout autre gabarit (1.88m), Maria Sharapova, aussi belle que grande, qui est la plus dangereuse rivale de Serena Williams, du moins quand elle n’est pas blessée. Elle aussi a beaucoup de classe, jouant comme de nombreux joueurs dans les années 70, avec des attaques puissantes du fond du court. Mais elle est exaspérante pour le spectateur ou le téléspectateur, qui a l’impression de sortir du match aussi épuisé qu’elle à force d’entendre ses cris hallucinants chaque fois qu’elle frappe la balle. Néanmoins elle a remporté 5 tournois majeurs en simple dans sa carrière et a été à plusieurs reprises numéro une mondiale, la première fois en 2005, alors qu’elle avait 18 ans. Mais, à titre personnel, je préfère voir jouer Vénus Williams, même si elle n’est plus ce qu’elle était, qui aurait pu faire une carrière équivalente à celle de sa sœur sans ses problèmes de santé. Cela ne l’a pas empêché de compter 7 titres du grand chelem dont 5 à Wimbledon (45 en tout sur le circuit). En outre, parmi les  joueuses actuelles, elle est celle dont le jeu ressemble le plus à Margaret Court ou Martina Navratilova…quand elle est en forme.

Autre caractéristique du tennis féminin depuis le début du nouveau siècle, la hiérarchie fluctuante…quand Serena Williams est blessée, avec des joueuses qui accumulent les performances ponctuelles qui les font grimper au classement, au point d’avoir à la première place mondiale des  Caroline Wozniacki ou (un peu avant) Dinara Safina  n’ayant jamais gagné de tournoi du grand chelem, ce qui était impossible à l’époque de Margaret  Court , Billie Jean King, ou encore de l’Australienne aborigène Evonne Goolagong qui, a 19 ans, a réalisé le doublé Wimbledon-Roland-Garros (1971),  sans oublier  Chris Evert  et Martina Navratilova qui ont illuminé le jeu dans leurs duels des années 70 et 80, mais aussi Steffi Graf (années 80 et 90),  et Monica Selès au début des années 90, l’inventrice des cris sur le court, à l’imitation de joueurs comme Connors.

Tout cela appartient au passé, comme appartiennent au passé les succès de nos trois meilleures joueuses depuis les années 60, à savoir Françoise Durr, qui a remporté Roland-Garros en 1967, Mary Pierce qui a gagné à Melbourne (1995) et à Roland-Garros (2000), et Amélie Mauresmo, vainqueur à Melbourne et à Wimbledon en 2006, du Masters en 2005, autant d’ exploits lui ayant permis d’être à la première place mondiale pendant une partie de l’année 2006. Autre exploit français, beaucoup plus inattendu celui-là, la victoire à Wimbledon en 2013 de Marion Bartoli, jeune femme n’ayant jamais été mieux classée qu’à la septième place en 2010. Une victoire tellement improbable qu’elle décida d’arrêter sa carrière un mois et demi plus tard à l’âge de 28 ans, considérant sans doute qu’elle avait touché son Graal, laissant un grand vide dans notre tennis féminin. Qui sera la prochaine grande championne française ? Personne ne peut le dire, à supposer qu’elle soit née. Et sur le plan mondial, qui succèdera à Serena Williams ? Difficile de répondre, mais je mettrais bien une pièce sur la Tchèque Petra Kvitova (24 ans) qui vient de gagner cette année son deuxième le tournoi de Wimbledon, et qui fait beaucoup penser…à une ex-compatriote, Martina Navratilova. Toutefois il faudra qu’elle fasse preuve de plus de régularité dans les années à venir, si elle veut marquer à son tour l’histoire du tennis féminin.

Bonne et heureuse année 2015!

Michel Escatafal


Quel beau week-end pour le tennis français !!!

BartoliQuel beau week-end nous venons de vivre quand on est supporter de tennis français! D’abord parce qu’une victoire en grand chelem est suffisamment rare, quand on est français (7 depuis 1967 hommes et femmes confondus avec Françoise Durr, Noah, Mary Pierce, Amélie Mauresmo et Marion Bartoli), pour ne pas se réjouir. Ensuite parce qu’à cette magnifique victoire à Wimbledon de Marion Bartoli contre l’Allemande Lisicki (6-1 et 6-4), il faut ajouter le sacre en double-mixte de Kristina Mladenovic, une jeune femme de 20 ans qui a (peut-être) le potentiel pour remporter un jour un tournoi du grand chelem. Après tout peu de monde imaginait Marion Bartoli être capable de remporter un Wimbledon, même si les sceptiques auraient dû savoir qu’elle avait déjà été finaliste en 2007, battue par une super spécialiste du gazon, Vénus Williams. Et pour aller plus loin dans cette introduction, peu de monde aurait parié il y a quatre ou cinq ans qu’Andy Murray serait le successeur de Fred Perry, dernier britannique à avoir remporté le tournoi de Wimbledon en 1936. Pour ma part je le pressentais, mais quand j’ai écrit mon article « A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ? », en juin 2011, Murray figurait déjà parmi les meilleurs joueurs du monde, ce qu’il a confirmé l’an passé en s’imposant à Flushing-Meadow. Cela étant, deux ou trois ans auparavant, je n’aurais pas parié beaucoup d’euros sur le fait qu’il puisse devenir un jour le numéro un mondial, ce qu’il est presque aujourd’hui, puisqu’il est numéro deux derrière celui qu’il a exécuté dimanche, Novak Djokovic.

Après ce long préambule parlons aujourd’hui de Marion Bartoli qui, à ce jour, fait partie des femmes qui ont remporté un seul tournoi du grand chelem, mais à l’endroit le plus prestigieux qui existe, Wimbledon. C’est peut-être un paradoxe de parler de « l’endroit le plus prestigieux », dans la mesure où on ne joue sur gazon que quelques semaines dans l’année, mais Wimbledon est né en 1884 chez les dames (1877 chez les hommes), plus tôt et même beaucoup plus tôt que les autres tournois majeurs. Pour mémoire Roland-Garros date de 1925, avec la victoire de Lacoste chez les hommes et de Suzanne Lenglen chez les dames, les Internationaux des Etats-Unis datent eux de 1881 chez les hommes et 1887 chez les dames (joués en deux endroits différents respectivement Newport et Philadelphie), les Internationaux d’Australie ayant vu le jour pour leur part en 1905 (ils s’appelaient Internationaux d’Australasie) chez les hommes et en 1922 chez les dames. Et oui, comme nous pouvons le constater, il y a une tradition à Wimbledon que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, ce qui lui donne ce prestige inégalé. Marion Bartoli a bien fait de gagner le tournoi anglais, qui plus est l’année où un Britannique écrit l’histoire !

Et puisque nous sommes dans l’histoire, à qui peut-on comparer Marion Bartoli ? A peu de joueuses car son jeu est assez atypique, parfois même éloigné des canons du tennis moderne pour ne pas dire du tennis tout court. Déjà elle frappe ses coups à deux mains des deux côtés, ce qui me fait penser à un joueur qui fut parmi les meilleurs mondiaux (en simple comme en double) au début des années 80, l’Américain Gene Mayer, mais aussi à Monica Seles, sans doute une des plus grandes joueuses de l’histoire (9 titres en grand chelem à l’âge de 20 ans), et qui l’aurait été plus encore si un fou ne l’avait pas violemment agressée sur un court de Hambourg. Comme Monica Seles, Marion Bartoli est une cogneuse de fond du court, ce qui met ses adversaires très vite sur la défensive. Ensuite elle se positionne très haut pour recevoir le service adverse, ce qui lui donne une qualité de retour rare pour une joueuse. Et si j’allais plus loin, je dirais qu’elle a aussi des qualités que n’aurait pas désavoué la grande Billie Jean King (12 titres en simple en grand chelem), à savoir que c’est une battante, que sa volonté et sa hargne sont souvent comparées à celle d’un homme, et qu’elle se présente toujours au mieux de sa condition physique. Pour ceux qui aiment l’histoire, beaucoup, parmi les plus anciens, considèrent que B. J. King disputa le plus beau match de tous les temps pour une femme contre Margaret Court à Wimbledon, en 1970. Certes elle fut battue (14-12 et 11-9), mais, comme l’aurait fait Marion Bartoli, après un énorme combat où elle fut à deux doigts de l’emporter grâce à des retours miraculeux, en étant pourtant mené 7-6 et 30-0 dans le deuxième set.

Et toujours dans le cadre de l’histoire du tennis féminin, il y a au moins quatre joueuses qui font penser à Marion Bartoli, parce qu’elles ont remporté leur seul titre en grand chelem à Wimbledon. La première de ces quatre femmes s’appelle Karen Hantze Susman, qui remporta Wimbledon, en 1962, en battant la Tchécoslovaque Vera Sukova (6-4 et 6-4). C’était une excellent joueuse de surface rapide, qui figura parmi les toutes meilleures à son époque, avec en outre trois victoires en double à Wimbledon en 1961 et 1962, année où elle fit le doublé, et à Forest-Hills (Etats-Unis) en 1964, chaque fois associée à…B.J. King. La deuxième est Conchita Martinez, plutôt spécialiste de la terre battue, mais qui s’imposa à Wimbledon en 1994 face à Martina Navratilova, la meilleure joueuse de tous les temps, qui n’était certes plus au top niveau à ce moment (elle avait 38 ans), mais qui avait encore de beaux restes. La troisième est la Tchèque Novotna, une remarquable joueuse de surface rapide, adepte du service-volée, qui, en plus de son titre en simple à Wimbledon en 1998 (contre Nathalie Tauziat), fut aussi une excellente joueuse de double avec des titres (12 en double dames) dans tous les tournois du grand chelem. Enfin, pour les citer toutes, il y a la Tchèque Petra Kvitova qui, comme Marion Bartoli, a remporté Wimbledon en 2011, mais qui tarde à confirmer cette victoire.

Cela étant Petra Kvitova, qui n’a que 23 ans, peut encore, comme Marion Bartoli, gagner d’autres titres du grand chelem, même si pour ma part je pense que Marion Bartoli a plus de chances de renouveler ce type de performances en raison, notamment, de sa combativité et de la solidité de ses nerfs. Je suis même persuadé que la joueuse française peut de nouveau s’imposer à Wimbledon, et s’octroyer un autre titre en grand chelem, qui s’ajouterait à ses huit titres en simple (à ce jour) sur le circuit WTA. Cela ferait taire définitivement les grincheux qui s’échinent à dire que Marion Bartoli a certes remporté le tournoi londonien, mais en ayant battu des joueuses classées loin des premières places mondiales. C’est vrai, mais Serena Williams, Maria Sharapova, Victoria Azarenka, Agnieszka Radwanska ou Petra Kvitova étaient bien engagées dans le tournoi, mais pour des raisons diverses elles n’ont pas pu aller jusqu’au bout…ce qui n’est pas la faute de Marion Bartoli qui, en outre, n’a pas perdu un seul set.

Michel Escatafal


Nadal plus fort que tous les autres avant lui ?

borgNadalComme d’habitude, chaque fois qu’un joueur de tennis domine tous les autres, on dit que c’est le meilleur de l’histoire…une histoire que peu connaissent réellement, ce qui leur fait dire des banalités. Et ce n’est pas ce qu’écrivent les internautes qui prouvent le contraire, et ce dans tous les sports. Cela dit, le fait que Nadal ait gagné 8 fois à Roland-Garros est un cas unique dans la longue histoire du tennis, et cela est indiscutable. Pour trouver trace d’une telle domination sur terre battue, il faut remonter à Bjorn Borg, le célèbre joueur suédois des années 70 et du début des années 80, avec 6 victoires à Roland-Garros.  Et si l’on regarde les autres surfaces, nous trouvons le joueur américain Sampras et le Suisse Roger Federer qui, l’un et l’autre, ont remporté à 7 reprises le tournoi de Wimbledon. Tout cela depuis les débuts de l’ère open (1968).

Avant cette date, seuls 4  joueurs ont remporté 7 fois le même tournoi majeur, à savoir l’Américain Bill Tilden entre 1920 et 1929 (7 fois vainqueur aux Internationaux des Etats-Unis qui ne s’appelaient pas encore l’US Open), l’Américain William Larned qui a remporté 7 fois les Internationaux des Etats-Unis entre 1901 et 1911, le Britannique William Renshaw qui l’a emporté à 7 reprises à Wimbledon entre 1880 et 1889, et un autre Américain, Richard Sears, qui a gagné ses 7 tournois majeurs aux Etats-Unis entre 1881 et 1887. Autant dire, pour les quatre derniers joueurs cités (avant l’ère open),  à une époque où le tennis était bien loin d’être ce qu’il est aujourd’hui, ce qui empêche toute comparaison.

A contrario, le fait que les professionnels n’aient pas pu jouer avec les amateurs ou considérés comme tels avant 1968, a fait que des joueurs comme Gonzales, Rosewall ou Laver n’avaient aucune chance de réaliser ce qu’ont réalisé Borg, Sampras, Federer ou Nadal à Roland-Garros ou Wimbledon. Or, ne l’oublions pas, Laver a fait le grand chelem à deux reprises en 1962 et 1969, ce qui indique que pendant tout ce laps de temps il aurait à coup sûr engrangé nombre de tournois du grand chelem, d’autant que 3 des 4 tournois majeurs se jouaient sur herbe. La remarque vaut aussi pour Pancho Gonzales, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Voilà pourquoi il est prudent de ne pas faire de comparaisons trop rapides, même s’il n’est pas interdit d’avoir une opinion. Et beaucoup d’entre nous, anciens champions ou joueurs du dimanche, sont convaincus que Nadal est le joueur qui a le plus exercé sa domination sur la terre battue dans l’histoire du tennis, avec Bjorn Borg.

Effectivement, en voyant jouer Nadal, comme autrefois Borg, à la Porte d’Auteuil ou ailleurs (Monte Carlo, Rome ou Hambourg), on ressent comme une impossibilité pour l’adversaire de le battre à la régulière. Nadal, comme Borg dans les années 70, est capable de gagner en 3 sets secs une finale de Roland-Garros, en affrontant un des deux ou trois meilleurs sur cette surface. Ce fut le cas avec Federer à plusieurs reprises, comme avec Ferrer dimanche dernier, comme ce le fut pour Borg contre des joueurs comme Vilas ou Gerulaitis, lesquels étaient pourtant très forts sur cette surface. Oui, il y a quelque chose d’inexorable dans la réussite de Rafael Nadal à Roland-Garros, à tel point qu’on peut envisager froidement de le voir remporter « Roland » à 10 reprises. N’oublions pas qu’il n’a que 27 ans ! Certes il a subi de nombreux problèmes avec son genou gauche, mais rien ne dit qu’il ne jouera pas encore deux ou trois ans à son niveau d’aujourd’hui. Certes aussi, quand on a vu le match contre Djokovic en demi-finale du dernier Roland-Garros, on peut se dire que sa marge est moins importante qu’elle ne l’était en 2008 ou en 2010, mais Djokovic n’a-t-il pas atteint son apogée ?

Revenons maintenant sur deux joueurs qui ont marqué leur époque dans les 50 dernières années, à savoir Bjorn Borg, dont j’ai déjà évoqué le nom, et Roy Emerson, cet Australien que personne ou presque ne connaît alors qu’il a remporté 12 tournois du grand chelem, dont 6 fois les Internationaux d’Australie. Borg, dès son arrivée sur le circuit, a fait preuve de qualités physiques exceptionnelles, ce qui explique qu’il ait pu exprimer sans défaillance son jeu lifté, jeu qui nécessite une forte dépense physique. Elles lui ont aussi permis d’être un des joueurs qu’il est très difficile de déborder sur un court, comme Nadal aujourd’hui. Et comme Nadal, ces qualités physiques sont aussi au service d’une volonté, d’une obstination même, qui fait l’admiration de tous ceux qui s’intéressent à ce jeu. Vous me direz que le fait de ne jamais renoncer, de se battre jusqu’à l’extrême limite de ses forces, est le propre des très grands champions, mais Borg l’avait peut-être un tout petit peu plus que les autres.

La preuve en 1980, quand il remporta son cinquième Wimbledon (8-6 au cinquième set) face à Mac Enroe, avec un tie-break interminable (18-16), alors que l’Américain jouait sur sa surface favorite. Et puisqu’on parle de surface, c’est pour le moment la principale différence entre Nadal et Borg, à savoir que Borg était aussi le meilleur sur herbe à sa grande époque, ayant su adapter son jeu à cette surface sur laquelle on joue peu, notamment grâce à un puissant service et un jeu au filet, peut-être pas au niveau des meilleurs volleyeurs, mais tout de même efficace. Dommage qu’il ait échoué à plusieurs reprises en finale de l’US Open (4 fois entre 1976 et 1981), car il avait réellement la possibilité d’être le troisième joueur à enlever le grand chelem (après Donald Budge en 1938 et Rod Laver en 1962 et 1969).

Parlons à présent de Roy Emerson, joueur atypique s’il en était, dont on disait de lui qu’il était quasiment toujours au top de sa forme. Ce fils de fermier, qui avait un poignet de fer acquis selon ses dires en faisant la traite des vaches, à qui on avait construit un court dans le ranch familial,  était le type même du grand joueur australien, avec d’énormes qualités athlétiques, une technique complète, un grand service et une belle volée. Certains de ses contemporains lui ont  reproché de s’être forgé un extraordinaire palmarès à bon marché (en préférant rester un amateur marron) grâce au passage des meilleurs amateurs au professionnalisme, mais ce jugement était injuste dans la mesure où il était très dangereux même pour un Rod Laver.

Ainsi, en 1961, après avoir battu Fraser et Laver, blessés, ce qui lui avait permis de s’imposer aux internationaux d’Australie, il allait l’emporter  à Forest-Hills, où se déroulaient les internationaux des Etats-Unis, en battant en finale Laver en 3 sets. En outre nul n’oubliera qu’il n’a perdu qu’un seul simple en finale de la Coupe Davis (contre Santana en 1965), alors qu’il a participé à 9 finales. Enfin, c’était aussi, comme tous les cracks australiens, un remarquable joueur de double, avec notamment 10 finales consécutives à Roland-Garros et 6 victoires avec des partenaires différents. Et à l’époque, les meilleurs jouaient le double ! Bref, un immense joueur qui a inscrit 26 fois son nom au palmarès des 4 grands tournois (simple et double). A la fin de sa carrière il deviendra un entraîneur réputé, coachant notamment l’ex-joueuse prodige américaine, Tracy Austin.

Michel Escatafal


Borg, roi du tennis open dans les années 70

A quelques jours de Roland-Garros, je voudrais revenir aujourd’hui sur un joueur, le Suédois Bjorn Borg, qui fut peut-être avec Rafael Nadal le meilleur joueur de l’histoire sur la terre battue. En tout cas, nombre de spécialistes pensent qu’à sa façon il a révolutionné le jeu sur terre, avec son formidable coup droit lifté et son magnifique revers à deux mains (croisé ou le long de la ligne). A ce propos, je rappellerais que si de nos jours beaucoup de joueurs utilisent le revers à deux mains, ce n’était pas le cas encore au début des années 70 et de l’ère open. En fait, le développement de cette technique a été mis en évidence parce que les deux meilleurs joueurs de la décennie 70, Borg et Connors, l’ont mise en pratique. Fermons la parenthèse pour revenir sur la technique en coup droit de Borg, en précisant qu’il y mettait un lift extraordinaire pour l’époque avec une raquette en bois (tendue à près de 30 kg), négociant sa balle très tôt, et attaquant sur pratiquement tous ses coups de ce côté, obligeant l’adversaire à rester au fond du court, parfois même loin de la ligne. Et s’il voulait desserrer l’étreinte, cet adversaire devait nécessairement prendre des risques qui, à la fin, finissaient par provoquer une faute.

Bien sûr Borg n’avait pas que cet atout dans son jeu, car il était aussi redoutable par ses passing-shots, qu’ils soient délivrés en coup droit ou en revers, grâce à une grande mobilité cultivée dans son passé d’athlète. Certains prétendaient d’ailleurs que ce Suédois à la concentration sans faille, était en fait un décathlonien des courts, ce qui n’était pas faux dans la mesure où son endurance (rythme cardiaque de 39 battements/minute) n’avait d’égale que sa souplesse et sa détente. Bref, Borg avait un ensemble de qualités qui en faisait l’archétype du joueur de terre-battue, tout en l’autorisant à tirer son épingle du jeu sur toutes les surfaces. Son service frappé très haut, était loin d’être un handicap, et lui permettait de réussir un nombre d’aces important, notamment dans les moments les plus stratégiques. Enfin, même s’il n’était pas un volleyeur pur, il était difficile de parler de faiblesse dans ce domaine, dans la mesure où il n’était pas maladroit quand il montait au filet. La preuve,  pour son entraîneur suédois, Lennart Bergelin, c’était un remarquable joueur de double même si, en fait, il ne le disputait pratiquement qu’en Coupe Davis. Cela étant Borg n’a jamais été un adepte du service-volée, mais le seul fait qu’il ait gagné à cinq reprises sur l’herbe de Wimbledon démontre qu’il savait jouer aussi sur surface rapide (il avait beaucoup joué sur bois dans ses jeunes années en Suède), ses retours de service meurtriers en témoignant, et qu’il possédait bien tous les coups du tennis.

Néanmoins, c’est quand même sur la terre-battue de Roland-Garros que Borg a sans doute le mieux donné sa pleine mesure. D’abord c’est Porte d’Auteuil qu’il a remporté le premier de ses onze titres dans les tournois du grand chelem. C’était en 1974, alors qu’il était à peine âgé de dix-huit ans, face à un adversaire qui avait sept ans de plus que lui, l’Espagnol Manuel Orantes. Le début d’un long règne qui allait lui permettre d’écraser tous ses adversaires les années suivantes, sauf en 1976 (battu en huitième de finale par le futur vainqueur Panatta) et en 1977 (participation à un circuit Intervilles) où il était absent. Et les adversaires qu’il a battus n’étaient pas n’importe lesquels entre l’Argentin Vilas (1975 et 1978), laminé les deux fois en trois petits sets, qui fut numéro un mondial en 1977, ou encore Victor Pecci le Paraguayen à la boucle d’oreille (il a lancé la mode) en 1979, puis Vitas Gerulaitis en 1980, le flamboyant joueur américain qui figura pendant des années entre la troisième et la quatrième place mondiale, et enfin Ivan Lendl en 1981, date qui correspond à sa véritable dernière année de compétition, où il dut batailler cinq sets pour l’emporter. Il remportera aussi bien d’autres succès sur cette surface qui lui allait tellement bien, notamment aux Internationaux d’Italie à Rome qu’il a gagnés en 1974 et 1978, ou encore à Monte-Carlo où il atteignit la finale en 1973, alors qu’il n’avait pas encore dix-sept ans, avant de l’emporter en 1977, 1979 et 1980.

Mais cela ne doit pas nous empêcher de parler de ses succès à Wimbledon, car ce fut un exploit inédit qu’avoir réussi à remporter le tournoi londonien à cinq reprises (record battu ensuite par Sampras) depuis le début du siècle précédent, tout comme il est le seul à avoir réussi trois doublés Roland-Garros-Wimbledon, qui plus est consécutivement (1978-1979-1980). Une telle série de records et de succès signifie bien que Bjorn Borg figure incontestablement parmi les meilleurs joueurs de l’histoire. Essentiellement joueur de terre battue à ses débuts, il a réussi à s’adapter au jeu sur gazon après avoir amélioré son service et ses volées. Sa première victoire sur le gazon londonien (1976), il la remporta sur Nastase en finale, en dépit d’une douleur à l’abdomen (élongation) qui l’obligea à se vaporiser à intervalles réguliers à l’endroit où il avait mal. Il souffrira de la même blessure en 1980, cette fois contre Mac Enroe, dans un match beaucoup plus difficile puisqu’il alla jusqu’au cinquième set (8-6), après un tie-break inoubliable au quatrième set qui se termina sur le score de 18-16.

A propos de cinquième set, il faut noter que Borg était très difficilement battable dans le cas où le match allait jusque-là. Connors s’en est aperçu à ses dépens à Wimbledon en 1977, à l’issue d’un match somptueux, dont il eut quelque mal à se remettre. La preuve, l’année suivante, dans une finale que tout le monde attendait acharnée, au lance-flamme comme avait titré Denis Lalanne dans l’Equipe, Borg s’imposa très facilement en trois sets secs, ne laissant que sept jeux à son adversaire américain. En revanche l’année d’après, en 1979, Borg souffrit mille morts pour arriver à s’imposer à Roscoe Tanner, gaucher américain et grand serveur, qui fut battu 6-4 au cinquième set. Borg eut très peur ce jour-là, car l’Américain était un joueur qui ne lui convenait pas sur surface rapide (il sera éliminé en 1979 à Flushing Meadow par ce même joueur), et il reconnut que si Tanner avait réussi à égaliser dans le cinquième set à 5-5, il aurait sans doute été battu. Il n’empêche, une nouvelle fois la concentration de celui qu’on appelait « Ice Borg », lui avait permis de se tirer d’un mauvais pas. En revanche, en 1981, face à Mac Enroe, il ne renouvellera pas son succès de 1980 et sera battu en quatre sets. Ce fut une sorte de passation de pouvoir avec son jeune rival américain qui le battra une nouvelle fois en finale à Flushing Meadow.

Flushing Meadow justement, sorte de morne plaine pour Borg, parce qu’il ne réussit jamais à s’y imposer, ce qui l’empêcha de réaliser le grand chelem. Cette succession d’échecs à l’US Open avait quelque chose d’incongru dans la mesure où Borg était très fort sur le décoturf, surface du tournoi américain. Il est vrai qu’il affronta chaque fois en finale Connors (en 1976 puis en 1978) et Mac Enroe (en 1980 et 1981). Chacun sait qu’il était très difficile de rencontrer les deux Américains chez eux, comme en témoigne par exemple le match contre Connors en 1978, où Borg fut autant écrasé que Connors le fut la même année à Wimbledon. Le joueur suédois avait pourtant une excuse, qui n’explique pas tout parce que ce jour-là Connors marchait sur l’eau, mais on apprit une semaine après la fin du tournoi new-yorkais que Borg souffrait d’une ampoule au pouce qui le handicapa considérablement au service. Sans doute aurait-il été battu quand même tellement Connors se sentait fort dans l’antre de Flushing Meadow, mais sa chance était passé de gagner au moin une fois l’US Open, et de réussir du même coup le grand chelem, qu’il serait allé chercher en Australie, tournoi très dévalué à l’époque.

Borg, comme d’autres joueurs avant et après lui, mesurait la difficulté de réaliser le grand chelem, exploit qu’ils sont deux seulement à avoir accompli, Donald Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969). Cependant il restera dans l’histoire comme un des plus grands joueurs qu’ait produit le tennis. Il sera aussi le premier joueur à avoir transformé le tennis en un spectacle populaire, grâce à la télévision. Et pourtant la carrière de Borg ne fut pas très longue, à peine huit ans, puisqu’il s’arrêta quasi définitivement en 1982 après une défaite contre Noah à Monte-Carlo. Il essaiera de revenir dans le circuit l’année suivante, toujours à Monte-Carlo, et cette fois c’est Henri Leconte qui lui fera comprendre que son temps était passé. Dommage, car à 27 ans Borg avait encore beaucoup à donner au tennis, et peut-être qu’en continuant à jouer au plus niveau quelques années de plus il se serait-il évité quelques déboires dans sa vie d’après. Malgré tout, entre son lift, son revers à deux mains, sa concentration extrême et ses passings-shot, il aura énormément apporté au tennis, plus certainement que tout autre joueur avant lui. Et en plus, il aura eu à affronter dans sa carrière une ou deux générations de joueurs extraordinaires, tels Nastase, Panatta, Connors, Mac Enroe, Gerulaitis, Lendl, Noah.

Michel Escatafal


Le tennis américain ne découvre plus d’Alex Olmedo

Le tennis américain est à la croisée des chemins et pour tout dire décline de plus en plus, notamment chez les hommes. Et encore cette affirmation est injuste, car le tennis féminin des Etats-Unis ne vaut que par les sœurs Williams, lesquelles ne sont plus aujourd’hui des espoirs après avoir écumé tous les plus grands tournois depuis plus de dix ans. En effet, entre Vénus qui a remporté sept titres en grand chelem (5 Wimbledon et 2 Flushing Meadow), plus un titre olympique, et Serena qui en a gagné treize ( 5 Melbourne, 1 Roland-Garros, 4 Wimbledon et 3 Flushing Meadow), les années 2000 ont quand même été marquées par ces deux sœurs qui, en outre, ont remporté ensemble une douzaine de tournois majeurs en double plus deux titres olympiques dans la spécialité. Mais derrière elles, où est la relève face aux tenniswomen des pays de l’Est européen qui trustent les titres…quand une Williams n’est pas là pour leur enlever? D’ailleurs, au dernier classement WTA, la première américaine est neuvième et c’est…Serena Williams. Ensuite il faut descendre à la trente-sixième place pour trouver la seconde américaine classée (Christina Mac Hale). Bref le désert, à comparer à la situation telle qu’elle était jusque dans les années 80-90 (Maureen Connoly, Doris Hart, Althea Gibson dans les années 50, Darlène Hard au début de la décennie soixante, Billie Jean King quelques années plus tard et Chris Evert entre 1974 et 1981), d’autant qu’au début des années 80 le tennis américain avait reçu le renfort d’une joueuse comme Martina Navratilova (ex-Tchécoslovaquie), après avoir obtenu son passeport des Etats-Unis.

Chez les hommes, ce fut Ivan Lendl qui prit la nationalité américaine dans les années 80, grossissant un peu plus la densité du tennis des Etats-Unis, encore très riche à l’époque. Je dis encore très riche, parce que depuis les années 30 le tennis américain n’a cessé de dominer la planète, sauf dans les années 50 et 60 où la domination fut australienne. En effet, depuis la fin de la décennie 30, le tennis américain a vu l’avènement de quelques uns des plus grands joueurs de l’histoire, tels que Donald Budge et Bobby Riggs dans les années d’avant-guerre, puis, à partir de 1946-1947, Jack Kramer ou Pancho Gonzales, entre autres, qui ne firent pas la carrière qu’ils pourraient faire aujourd’hui en raison du fait que le tennis « open » n’existait pas. La remarque est aussi valable pour les Australiens, comme je l’ai déjà souvent souligné sur ce site. Mais depuis l’ère open, les Américains ont connu quelques monstres sacrés de ce sport, notamment Connors et Mac Enroe dans les années 70 et 80, et à un degré moindre Stan Smith, Arthur Ashe et Vitas Gerulaitis, puis un peu plus tard  Chang, Courier, et surtout les immortels Sampras et Agassi.

Mais aujourd’hui que reste-t-il de tout cela ? Peu de choses, même si ça et là un joueur des Etats-Unis réalise quelque exploit. En fait le dernier grand  joueur s’appelle Andy Roddick, qui remporta l’US Open en 2003 et fut un éphémère numéro un mondial cette même année. Aujourd’hui les Américains ne sont les meilleurs qu’en double avec les frères Bryan (11 titres en grand chelem plus 3 Masters) , avec cette restriction que les meilleurs joueurs de simple négligent le double, contrairement à ce qui se passait jusque dans les années 70, sauf au Jeux Olympiques tous les quatre ans, et au hasard des rencontres de Coupe Davis. Combien d’Américains figurent parmi les dix meilleurs mondiaux au classement technique de l’ATP ? Réponse : deux, avec les méconnus Mardy Fish (neuvième) et John Isner(dixième), deux bons joueurs du niveau des…Français, alors qu’Andy Roddick se traîne à une vingt-huitième place indigne du grand joueur qu’il fut. Suffisant pour battre en Coupe Davis l’équipe de France, mais largement insuffisant pour gagner des tournois du grand chelem, beaucoup trop haut perchés pour eux. Et pourtant, si l’on en croit les nostalgiques de la splendeur du tennis américain, cette situation est anormale, car d’une part il y a encore beaucoup d’argent qui circule dans les cercles de la fédération, et il y a encore de nombreuses académies qui furent dans un passé récent de remarquables usines à champions.

Cela étant le déclin des Etats-Unis et de l’Australie, et plus généralement des grands pays à tradition tennistique, a coïncidé avec l’apparition des joueurs venus des pays de l’Est européen, appartenant  à l’ex-Union Soviétique ou satellites de cet empire (ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie etc…). Ces joueurs ou joueuses furent longtemps très peu nombreux sur le circuit, du moins jusqu’à la fin des années 80, dans la mesure où le tennis était un sport professionnel, donc incompatible avec les lois de l’amateurisme en vigueur dans les pays communistes. Malgré tout certains arrivèrent jusqu’au plus haut niveau, et, parmi ceux-ci, je citerais le Tchécoslovaque Drobny dans les années 40 et 50, son compatriote Kodes dans les années 70, les Roumains Nastase et Tiriac à la même époque, en plus de Lendl lui aussi tchécoslovaque avant sa naturalisation américaine. Chez les femmes, on ressortira la Hongroise Zsuzsa Körmoczy, connue en France parce qu’elle remporta Roland-Garros en 1958, ou encore la Yougoslave Mima Jausovec (années 70 et 80) et la Roumaine Virginia Ruzici, qui ont elles aussi gagné Roland-Garros respectivement en 1977 et 1978, puis Hana Mandlikova et bien sûr Martina Navratilova qui étaient encore tchécoslovaques au début des années 80, dont j’ai parlé dans un précédent article. Tous furent en quelque sorte des précurseurs pour ceux qui sont au sommet du tennis à notre époque.

Mais revenons au tennis américain pour évoquer le souvenir de quelques joueurs de très grande classe, aujourd’hui oubliés du grand public. Je ne parlerais pas de nouveau de Jack Kramer, ni de Pancho Gonzales à qui j’ai consacré un article sur ce site.  En revanche, il faut savoir que face à la domination australienne dans les années cinquante, il y eut quelques joueurs qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, ce qui signifie que leur talent était immense. Arriver à battre Rosewall en finale de Forest-Hills en 1955, comme le fit Tony Trabert, relevait de l’exploit dans la mesure où Rosewall était déjà très fort à l’époque. Et ce succès de Trabert n’était pas un hasard, puisqu’il a aussi remporté deux fois Roland-Garros en 1954 et 1955, plus Wimbledon en 1955, ratant le grand chelem cette même année en Australie où il fut demi-finaliste (éliminé par Rosewall).

Plus tard, chez les professionnels, Trabert deviendra champion du monde professionnel en 1956 aux dépens de l’extraordinaire Pancho Gonzales. Bref un très grand joueur, véritable force de la nature, adepte du service-volée avec un service surpuissant, excellent en revers aussi. En fait il ne lui manquait qu’un grand coup droit pour être encore plus performant. Hélas pour lui, sa carrière professionnelle sera courte, en raison de multiples blessures engendrées par un entraînement sans doute trop intensif et un jeu exigeant de sa part beaucoup d’efforts. Pour l’anecdote, il faut aussi souligner qu’il a joui d’une extraordinaire popularité en France, non seulement pour ses victoires à Roland-Garros, mais parce qu’il vécut quelques années à Paris, une ville qu’il adorait.

Autre excellent joueur dont je voudrais parler, Vic Seixas, appelé « Adonis » par ses admiratrices. Il remporta Wimbledon en 1953 et s’imposa à Forest-Hills en 1954, année où il réussit à conquérir enfin la Coupe Davis, une épreuve dans laquelle il a gagné 24 simples et 14 doubles. C’était un excellent technicien, avec un service puissant, une belle volée et un très bon coup droit d’attaque. Et plus que tout, c’était un furieux combattant qui ne s’avouait jamais battu. La preuve, en 1957, pour son dernier match de Coupe Davis, il s’imposa 13-11 lors du cinquième set devant l’Australien Mal Anderson, à l’époque numéro deux mondial, et son cadet de douze ans.

Enfin, je voudrais aussi souligner la performance d’Alex Olmedo, péruvien naturalisé américain, surnommé « Le Che » en raison de ses origines, à la fois rapide et résistant, doté d’un remarquable service et d’une volée qui ne l’était pas moins. L’arrivée au sommet du tennis mondial de ce grand jeune homme (1m85) va être à la fois fulgurante et très controversée, dans la mesure où il fut sélectionné pour la première fois dans l’équipe américaine de Coupe Davis en 1958, alors qu’il avait à peine vingt-deux ans, et surtout parce qu’à l’époque il était presque inconnu (onzième joueur américain) sinon comme excellent joueur de double, sauf en Californie du Sud, dont le président de la Ligue (Perry Jones) était le sélectionneur. En outre, pour couronner le tout, Olmedo ne voulait pas faire son service militaire en tant qu’Américain. Tout cela déclencha un véritable scandale, les Américains ne comprenant pas qu’on sélectionne un tel joueur pour reconquérir la Coupe Davis, prenant en plus la place d’un véritable Américain, Richardson, considéré comme le numéro un des Etats-Unis. Malheur au sélectionneur en cas d’échec, même si ledit sélectionneur pouvait se targuer du soutien de Jack Kramer !

Mais d’échec il n’y eut point, car Olmedo fut tout simplement extraordinaire tant en finale interzones contre l’Italie, qu’en Challenge Round contre l’Australie, en rappelant qu’à cette époque le vainqueur de la Coupe Davis l’année précédente était automatiquement qualifié pour la finale. Contre l’Italie, Olmedo battit Pietrangeli, puis Sirola, redoutables joueurs de Coupe Davis mais plutôt spécialistes de la terre battue, puis remporta le double contre les mêmes avec pour partenaire…Richardson, avec qui il avait remporté le double à Forest-Hills. Les Américains grâce à une victoire totale (5-0) gagnèrent le droit de défier les Australiens. Bien entendu Olmedo conserva sa place, tout en étant attendu au tournant pour affronter les meilleurs joueurs du monde chez eux, sur herbe. Des Australiens, Cooper et Anderson, qui accumulaient les victoires en grand Chelems (trois pour Cooper et une pour Anderson), et qui étaient respectivement numéro un et deux sur le plan mondial.

 Résultat, Olmedo battit Cooper et Anderson, les deux fois en quatre sets, et remporta le double avec Richardson contre la meilleure équipe de l’époque (Fraser-Anderson) à l’issue d’un match extraordinaire en cinq sets (10-12, 3-6, 16-14, 6-3, 7-5) après avoir sauvé deux balles de match, les Etats-Unis l’emportant au final par trois victoires à deux, puisque Mac Kay, l’autre Américain, avait logiquement perdu ses deux simples. Les Etats-Unis remportaient de nouveau la Coupe Davis, ce qui n’était arrivé qu’une fois depuis 1949 (en 1954), et qu’ils ne remporteront de nouveau qu’en 1963. Et tout cela grâce à Olmedo, qui devint immédiatement un héros aux Etats-Unis…et au Pérou. Il allait continuer sur sa lancée l’année suivante en remportant coup sur coup les Internationaux d’Australie, battant en finale Neale Fraser, puis Wimbledon où cette fois il défit Rod Laver qui disputait sa première finale en grand chelem. Peu après il céda aux sollicitations de Jack Kramer pour intégrer le circuit professionnel à la fin de cette année 1959, qu’il conclut sur un échec en finale à Forest Hills contre Neale Fraser, et en Coupe Davis. La roue avait tourné en un an, et elle allait tourner d’autant plus vite qu’il ne fera rien de notable chez les professionnels. Il n’empêche, à cette époque les Etats-Unis étaient à tout moment capables de sortir de leur chapeau un joueur de grande classe. Cela ne semble plus pouvoir être le cas de nos jours.

Michel Escatafal


A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ?

Alors que les Français sont déçus de n’avoir pas vu leur meilleur joueur, Jo Wilfried Tsonga, remporter le tournoi du Queen’s, les Britanniques comme chaque année se remettent à espérer voir un des leurs, Andy Murray, remporter enfin le plus prestigieux des tournois du grand chelem, Wimbledon. Ils l’espèrent d’autant plus que, même si les Anglais ou disons les Britanniques sont les inventeurs du tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. En tout cas depuis quelques années (2008), avec Andy Murray, ils ont un des tous meilleurs joueurs du monde, puisqu’il se situe au quatrième rang mondial derrière Nadal, Djokovic et Federer, et qu’il a déjà remporté (24 ans) 17 titres, mais aucun dans un tournoi majeur.

D’ailleurs les Britanniques n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur,  qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry, et il a été le premier Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais de tennis d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.

Revenons au palmarès de F. Perry, pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi, Federer et Nadal. Ce club est quand  même très fermé, ce qui situe la valeur de Perry d’autant qu’il a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines, qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale, au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit.

Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert en 2005 un joueur qui a les moyens de figurer tout en haut de la hiérarchie, après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctuée par une place en finale de l’US Open (battu par Federer), par une demi-finale à Wimbledon en 2009 (battu par Roddick), et par une autre finale en grand chelem en 2010 en Australie (battu encore par Federer). Certes depuis cette finale, les résultats sont un peu moins brillants, mais cela ne semble pas trop inquiéter Murray, celui-ci assurant se sentir très bien après une bonne préparation, ce qui le rend très confiant pour la quinzaine de Wimbledon. Il l’est d’autant plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros il y a quelques jours (battu par Nadal), sur une surface qui n’est pas sa meilleure. Tout cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver d’une victoire d’un des leurs à Wimbledon.

J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a eu à une certaine époque des t-shirts à Wimbledon sur lesquels était écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique, et le revendique sans ambages.  Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la Coupe du Monde de football en 2006: « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.

Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner un jour Wimbledon, ce qui explique les efforts qu’il a fait en termes de communication depuis un peu plus de trois ans. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouvait en finale contre lui, ou face à Nadal et Djokovic, qui sont bien vus des publics qui suivent les tournois de tennis ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».

En tout cas cette année avec le retour aux affaires de Rafa Nadal, qui a conservé la première place mondiale avec sa victoire à Roland-Garros, malgré la montée en puissance de Djokovic (une seule défaite en 2011), le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin.  Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !

Michel Escatafal