Quelques considérations sur le sport en ce début d’année 2013…

C’est demain mardi que les organisateurs du Tour d’Italie, ou si l’on préfère du Giro, vont donner le nom des équipes invitées à leur épreuve…et il y aura nécessairement des déçus, dans la mesure où trois équipes seront élues pour onze candidatures. En outre, il y aussi le problème Katusha, l’équipe de Rodriguez, dont personne ne sait si elle sera oui ou non admise dans le World Tour, ce qui promet par parenthèse une belle pagaille si le Tribunal Arbitral du Sport (le fameux TAS) donne raison à l’équipe russe. Qui vont-ils remettre en Continental parmi les équipes actuellement désignées, puisqu’il est dit qu’on n’augmentera pas le nombre d’équipes ayant le label World Tour…ce qui serait trop simple ? En effet, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? On le voit, si cela continue, et j’en suis le premier à être attristé compte tenu de ma passion pour ce sport, le vélo commence à se rapprocher de la boxe en termes de gestion de ses épreuves et de désordre organisationnel. En fait il ne manque plus que l’organisation d’une fédération dissidente, et l’on sera tout près de revoir dans le cyclisme l’évolution de la boxe depuis les années 60. Espérons quand même que l’on n’en arrivera pas à ces extrémités, car si la boxe survit plus ou moins, je ne suis pas certain que le vélo y parviendrait.

Certains vont me trouver bien pessimiste en cette douce journée de janvier, mais le vélo est un sport qui est passé maître dans l’art de tout compliquer….au nom de l’éthique, alors que c’est le sport le plus contrôlé. Certes les contrôles existent partout, comme l’a rappelé hier le pilote de F1 Romain Grosjean sur le plateau de France 2, mais le vélo est sans doute le seul sport qui anticipe à ce point les éventuelles fraudes, comme on a pu le voir sur cette même chaîne avec la recherche de l’AICAR, un produit aujourd’hui indétectable dont on parle de plus en plus, parce qu’il permet de perdre du poids tout en augmentant la performance des utilisateurs. Et bien entendu on a surtout évoqué les coureurs cyclistes avec des images de coureurs en peloton, comme si ces derniers étaient les seuls utilisateurs potentiels de cette nouvelle « potion magique ». Cela dit, grâce au vélo, cette médication, ô combien dangereuse si l’on en croit les spécialistes, devrait être identifiée par les laboratoires dans les mois qui viennent, ce qui pourrait de nouveau chambouler les palmarès. Les palmarès du cyclisme bien sûr, puisque ce sport n’hésite pas à destituer les coureurs de leurs titres, y compris d’ailleurs quand le dopage n’est pas réellement prouvé, quitte à voir un tribunal redonner ce titre à un coureur quelques années après qu’il ait été attribué à un autre (cas Heras).

Reconnaissons que tout cela fait désordre, ce qui explique la nostalgie de ceux qui ont connu le vélo (sur route et sur piste) dans les années 50 ou 60, avec ses excès, ses abus, mais aussi ses règles infiniment plus simples que de nos jours. Aurait-on imaginé interdire de Tour de  France un Coppi, un Bartali, un Magni, un Gaul, un Bahamontes,  s’ils avaient désiré y participer ? Idem pour le Giro et la Vuelta avec les meilleurs Français, Suisses ou Belges, alors qu’aujourd’hui Contador, Valverde, Rodriguez, Menchov ou un autre, pourraient très bien se voir refuser la possibilité de participer aux plus grandes épreuves du calendrier parce que leur équipe n’a pas assez de points UCI, ou parce qu’elle a été privée de la licence World Tour. Ainsi Rolland ou Voeckler, bien que leur équipe ne soit pas en World Tour,  sont sûrs et certains de courir le Tour de France, mais pas Rodriguez qui est, rappelons-le, le dernier numéro un au ranking UCI. Aberrant, idiot, stupide, les mots manquent devant pareille absurdité.

C’est pour cette raison que j’ai fait précédemment la comparaison avec la boxe, qui organise des championnats dits du monde, après avoir destitué le détenteur unique d’un titre mondial. Et oui, nous en sommes là…pour le plus grand plaisir des pourfendeurs du vélo, lesquels prennent de plus en plus le pas sur les vrais amoureux de ce sport. Au fait, pourquoi avoir destitué Armstrong, et pas les autres coureurs ayant avoué avoir amélioré leurs performances en prenant des produits destinés à les rendre plus forts ? Désolé, j’ai l’air de ressasser les mêmes choses, mais je ne supporte plus toute cette hypocrisie dans le vélo et ailleurs. Les performances des sportifs est-allemands dans les années 70 ou 80, mais aussi d’autres pays, étaient-elles réalisées à l’eau claire ? Personne ne le croit, et pourtant certains noms figurent toujours au palmarès des records du monde…sans que cela ne pose problème, sauf pour des athlètes qui ont réalisé des performances légèrement inférieures sans emploi de substances illégales.

Toujours parmi les sujets qui me fâchent, il y a le racisme de plus en plus présent dans et autour des stades, au point que certains joueurs n’en pouvant plus de cette horrible méchanceté, en arrivent à quitter le terrain tellement ils sont dégoûtés. En écrivant cela je pense évidemment à Kevin-Prince Boateng, joueur ghanéen de l’AC Milan, qui a pris la décision d’abandonner le match auquel il participait contre une petite équipe italienne, tellement il endurait des injures racistes. Certains Français n’hésiteront pas à dire que c’était en Italie, oubliant que chez nous aussi il y a des crétins racistes, et ils sont nombreux. D’autres affirment que c’est la faute de la FIFA qui ne prend pas des sanctions assez dures. A ce propos, il est amusant de constater combien chez nous, en France, on est pour des sanctions sévères…si celles-ci touchent les autres pays, parce que ces pays aux yeux des Français ne savent pas traiter les problèmes. Ainsi pour nombre de Français, les Espagnols, pour ne citer qu’eux, sont les champions en termes de dopage, ce qui explique la ridicule fureur de certains contre Contador, Nadal ou Alonso, alors que si ces sportifs étaient français on les adorerait. Plus généralement, pour revenir sur le problème du racisme dans le football, c’est le niveau général des supporters qu’il faut souligner et non tel ou tel discours de dirigeant, comme celui de Blatter, le président de la FIFA, qui a dit que Boateng avait eu tort de quitter le terrain.

Un dernier mot enfin, beaucoup plus rassurant, pour remarquer hier soir sur Eurosport cette effervescence aux alentours du vestiaire du Paris Saint-Germain, avec des joueurs de l’équipe d’Arras faisant en sorte de récupérer un maillot des joueurs parisiens. Au moins ceux qui s’intéressent au football en tant que jeu, comme ceux qui y jouent à un bon niveau (cas des joueurs de l’équipe d’Arras), savent reconnaître que le PSG est devenu un grand club, d’où l’engouement des adversaires des Parisiens pour garder un souvenir de ce match. Et pourtant certaines des grandes stars du club entraîné par Carlo Ancelotti n’avaient pas fait le déplacement (Ibrahimovic, Sirigu, Thiago Silva, Thiago Motta, Lucas, Menez) ! Qu’est-ce que cela aurait été si tous ces joueurs avaient été là ? Preuve que le PSG suscite la passion partout où il se déplace, n’en déplaise aux supporters imbéciles qui n’ont que l’invective à la bouche pour le premier club français de l’histoire ayant atteint une dimension économique internationale. Merci aux Qataris de nous avoir fait ce cadeau, et bravo pour le beau geste d’avoir laissé la recette aux amateurs du club d’Arras !

Michel Escatafal


Les critères sportifs…et affectifs

zidanerodriguezAujourd’hui nous allons évoquer les critères de toutes sortes dans le sport, et si j’en parle c’est parce que j’ai lu ce matin dans la presse deux informations qui m’interpellent. La première, de loin la plus importante, concerne l’admission des équipes cyclistes dans le World Tour, et la deuxième, beaucoup plus anecdotique, est relative à la cote de popularité des sportifs français auprès de leurs compatriotes. Commençons d’abord par l’admission des équipes dans le World Tour, avec une énorme satisfaction et une énorme surprise. Enorme satisfaction, parce que Saxo-Tinkoff, l’équipe de Contador, reste dans cette première division, ce qui veut dire, pour la première fois depuis bien longtemps, qu’Alberto Contador va pouvoir préparer son programme en toute sérénité, pour arriver au sommet de sa forme en juillet, auquel cas il sera imbattable dans le Tour de France. Enorme surprise aussi, parce que l’équipe Katusha est exclue de cette première division, en rappelant que Katusha a pour leader un des tous meilleurs coureurs du peloton, Rodriguez, numéro un l’an passé du classement World Tour, vainqueur de deux des plus belles classiques du calendrier (Flèche Wallonne et Tour de Lombardie), et respectivement deuxième et troisième du Giro et de la Vuelta.

A première vue on pourrait vraiment se dire que les instances dirigeantes du cyclisme marchent sur la tête, mais cette fois je ne le ferai pas dans la mesure où on n’a pas les éléments pour analyser la décision de la Commission des licences. Je pense qu’il faut attendre les motifs de cette décision avant de vociférer contre l’UCI, comme le font allégrement nombre de forumers sur les sites de cyclisme, notamment en France, lesquels plus stupides les uns que les autres se livrent à des analyses loufoques sans connaître les raisons de cette exclusion de Katusha du World Tour. Il faudra d’ailleurs patienter encore quelques jours, dans la mesure où rien n’oblige l’Union Cycliste Internationale (UCI) à rendre publiques les raisons de sa décision. En tout cas, on est au moins sûr que ce n’est pas sur des critères sportifs que cette sanction a été prise, Katusha étant un des poids lourds du cyclisme mondial, surtout en comparaison avec certaines équipes ayant obtenu la licence pour quatre ans, comme Ag2r ou Argos Shimano.

En outre, il y a aussi le cas d’Euskaltel-Euskadi, qui a également obtenu la licence jusqu’en 2016, alors que les coureurs n’ont pas reçu leurs salaires de novembre et que ses dirigeants envisagent de vendre leurs autobus pour se remettre à flot d’ici la fin de l’année. Cela dit, il faudra en racheter d’autres pour l’année prochaine. Espérons que ces difficultés soient passagères…Tout cela pour dire que le cyclisme est une nouvelle fois embarqué dans une affaire à laquelle personne ne comprend rien, et qui n’est pas faite pour redorer l’image de ce sport. Il reste à espérer que l’on n’attendra pas trop avant d’avoir des éclaircissements sur la rétrogradation de Katusha. Vivement le mois de janvier, qu’on recommence à parler vélo avec le Tour Down Under et le Tour de San Luis !

Le deuxième sujet que je voudrais aborder aujourd’hui tourne aussi autour de critères, mais très différents de ceux dont j’ai parlé précédemment. Il s’agit de la perception qu’ont les Français de leurs sportifs, à travers un sondage réalisé récemment. Et là, j’avoue qu’il y a de quoi se demander si les Français s’intéressent réellement au sport. En fait, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, mes compatriotes ne connaissent rien au sport, contrairement aux habitants des pays voisins. C’est d’ailleurs tout à fait curieux, au moment où il n’y a jamais eu autant de sport à la télévision, en clair comme en codé. Peut-être que pour les Français, trop de sport à la télévision tue le sport ! Non je crois tout simplement que le sport ne fait pas partie de leurs préoccupations, et qu’ils se contentent de raccourcis. Nombre de personnes pensent, par exemple, que si les Français se déplacent très nombreux sur le Tour de France, c’est d’abord pour la caravane publicitaire, vénérable institution datant de 1930, et non pour les giclettes de Contador en montagne ou les sprints de Cavendish à l’arrivée des étapes plates. Hélas, c’est en partie vrai, comme il est vrai que la France est le pays où on commente le plus les affaires de dopage. Pas étonnant dans ces conditions, que leurs favoris soient pour la plupart des sportifs à la retraite depuis longtemps, voire disparus, et quasiment que des hommes…parce qu’ils ne connaissent qu’eux. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille négliger le passé, au contraire et je le démontre sur ce site, mais  il faut connaître l’histoire du sport et cela n’est pas le fort des habitants de notre pays !

C’est ainsi que les sportifs préférés des Français sont Zinedine Zidane, Yannick Noah et Michel Platini, la quatrième dans ce classement étant Laure Manaudou…qui est sur le point de prendre sa retraite. Certes, à des titres divers, tous ont porté haut les couleurs de notre pays, mais c’était il y une ou plusieurs décennies. Nostalgie quand tu nous tiens! A moins, comme je l’écrivais précédemment, que ce classement ne reflète tout simplement le manque de culture des Français pour le sport, ce qui voudrait dire qu’ils ne connaissent pas les sportifs en activité, se rappelant simplement du nom de quelqu’un faisant de la publicité. C’est le cas du cinquième de ce classement, J.W. Tsonga, lequel n’a toujours pas remporté de Tournoi du Grand Chelem, ni gagné la Coupe Davis. En fait, il faut arriver à la sixième place pour trouver quelqu’un qui domine sa spécialité (le rallye), comme aucun autre ne l’a dominée jusque-là, Sébastien Loeb. Pour ce qui me concerne, c’est lui que j’aurais placé en premier parmi les sportifs en activité, si j’avais été interrogé. Un autre pilote automobile (Formule 1) est septième, Alain Prost, ce qui nous fait revenir aux années 80, comme pour Noah et Platini. Quant au huitième, pour aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Raymond Poulidor (merveilleux second ou troisième du Tour dans les années 60 et 70), lequel précède David Douillet (aujourd’hui député !), et Bernard Hinault, autre icône des années 80, qui fut mon idole absolue à cette époque et que j’aurais placé beaucoup plus haut dans les légendes.

Je ne vais pas vous infliger le classement jusqu’au cinquantième, car ce serait trop fastidieux, mais je suis quand même surpris de voir que ni Nikola Karabatic, leader de la plus belle équipe de France de l’histoire dans les sports collectifs, ni Tony Parker, ne figurent dans le top 20 des « Légendes ». Et puisqu’on évoque un basketteur, j’observe que si tout le monde connaît Yannick Noah, quasiment personne dans notre pays ne sait que son fils, Joakim Noah, joue en équipe de France, et est devenu un sportif très connu aux Etats-Unis, ce qui paraît normal puisque il est en passe d’être All Star NBA cette année, au même titre que Parker. Problème, les Français ne s’intéressent pas à la NBA, car la NBA c’est le championnat des Etats-Unis, et peu importe que le monde entier ou presque s’y intéresse !

Autre chose, si Laure Manaudou est quatrième, ni Alain Bernard, ni Camille Muffat, ni Yannick Agnel, ni Florent Manaudou, pourtant champions olympique de natation ne figurent dans les vingt premiers du classement, et ne sont même pas dans le Top 10 des sportifs en activité. En revanche, Anquetil est quatorzième, très loin de Poulidor, ce qui montre bien que l’on préfère les brillants seconds aux grands vainqueurs. La preuve, Voeckler qui n’a toujours pas remporté de grandes courses, se situe à peine deux places derrière Anquetil, mais Rousseau, Tournant, Gané et Baugé sont absents. Baugé n’est même pas dans le Top 10 des sportifs actuels, alors qu’il est quadruple champion du monde de vitesse . Le rugby connaît aussi ses paradoxes, avec Michalak à la onzième place, ce qui se justifie tellement son talent est évident, juste devant Teddy Riner, mais l’autre rugbyman figurant dans ce palmarès s’appelle…Chabal. Certes l’homme a un look, mais côté sportif il est loin d’un Dusautoir, d’un Jauzion ou plus loin de nous d’un Jean Prat, Lucien Mias, Martine, Crauste, André Boniface, J.P. Rives, Philippe Sella ou Blanco.

On notera aussi qu’en dehors de Zidane et Platini dans cette liste des 20 premiers parmi les légendes, il n’y a d’autre footballeur  que Ribéry. Désolé, mais Fontaine, Kopa et plus près de nous Thierry Henry ont quand même un autre palmarès et une autre aura. Thierry Henry a en outre le défaut d’être aujourd’hui aux Etats-Unis, et cet éloignement le plonge dans l’oubli. Autre incongruité, Mimoun figure à la treizième place, mais c’est le seul athlète, ce qui signifie que personne ne se rappelle de Michel Jazy, Guy Drut, Colette Besson, Marie-Jo Pérec, Christine Arron, Pierre Quinon, Stéphane Diagana, Jean Galfione, et pas davantage de Renaud Lavillenie ou Mahiedine Mekhissi qui viennent pourtant de remporter des médailles aux J.O. de Londres. D’ailleurs l’athlète français actuel le plus connu est C. Lemaître qui est loin d’avoir leur palmarès au niveau mondial.

Enfin, dernière surprise, parmi les légendes, oui les légendes, on trouve Romain Grosjean à la dix-septième place, loin pourtant d’être arrivé en Formule 1 au niveau de pilotes comme Jacques Laffite ou René Arnoux. Qu’a fait Grosjean pour être dans le Top 20 des légendes, en devançant J. C. Killy, alors que Marielle Goistchel ou Guy Périllat ne figurent pas dans ce classement, pas plus que les patineurs Alain Giletti, Alain Calmat et Brian Joubert? Tout cela pour dire que j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps en commentant ces classements, sauf à démontrer une fois encore ce que je ne cesse de dire, à savoir que le Français ne s’intéresse guère au sport. Après tout, nous avons le sport que nous méritons, ou plutôt nos sportifs méritent mieux que les supporters qu’ils sont censés avoir. En revanche, lesdits supporters sont champions du monde de la critique et de la méchanceté vis-à-vis des sportifs étrangers.

Michel Escatafal


Qui a le plus à perdre d’une absence de Contador au Tour 2013? ASO ou Contador?

ContadorComme tous les amateurs de vélo, j’attends de savoir si oui ou non l’équipe Saxo-Tinkoff sera en World Tour l’an prochain. Pourquoi attendre cela avec une telle fièvre, dans la mesure où Saxo-Tinkoff compte dans ses rangs le meilleur coureur de grands tours depuis 2007 (7 victoires gagnées sur la route), plus quelques équipiers de luxe comme Kreuziger, Roche ou encore Bennati ? Et bien, la raison est toute simple : l’équipe Saxo-Tinkoff n’est pas sure d’intégrer cette première division qu’est le World Tour, parce qu’elle n’a pas suffisamment de points pour faire partie des équipes intégrées d’office. Cela en fonction d’un point de règlement tout à fait ridicule, pour ne pas dire scandaleux, qui interdit de comptabiliser les points gagnés sur la route…par les coureurs ayant eu une suspension pour dopage de deux ans. Or justement  Contador est dans ce cas, après son contrôle anormal lors du Tour de France 2010, même si le Tribunal Arbitral du Sport n’a pas pu prouver qu’il y avait intention de se doper de la part du coureur espagnol. Et comme un malheur ne vient jamais seul, l’équipe Saxo-Tinkoff, contrairement à ce que nombre de fans de vélo imaginent, n’est absolument pas sûre de recevoir une invitation de la part des organisateurs du Tour de France, du moins de la recevoir à temps pour que les coureurs, à commencer par Contador, puissent se préparer sereinement.

Au passage, j’en profite pour rappeler ce que Contador a répondu à ceux qui l’accusent de mettre la pression sur les organisateurs du Tour (ASO) : « Chacun sait comment se passe la préparation à un grand Tour et en particulier le Tour de France. On sait qu’il faut avoir cette course dans la tête au début de la saison ». Evidemment, il faut avoir été coureur au plus haut niveau pour bien comprendre ce message ou, tout simplement, savoir deviner que pour gagner un grand Tour il y a des obligations incontournables. La preuve, nous l’avons eu avec les difficultés qu’a connues Contador cette année dans la Vuelta. Et pourtant tout le monde sait le soin qu’a mis le Pistolero dans sa préparation…sans que tout cela puisse effacer son manque de compétition.

Fermons la parenthèse et revenons à mes propos du début, pour noter que le vélo est un des rares sports qui n’autorise pas nécessairement ses meilleurs représentants à participer aux plus grandes épreuves. Certes me direz-vous, si le Pistolero ne participe pas au Tour de France, il ira courir le Giro et la Vuelta, deux épreuves qui ne font pas la fine bouche pour inviter les meilleurs coureurs. Peut-être, mais justement Contador, mais aussi ses employeurs et sponsors, auraient souhaité que le crack espagnol se prépare tout spécialement pour remporter un quatrième Tour de France sur la route. Et en plus, s’il réussissait dans son entreprise, ce serait en ayant battu la nouvelle vedette des courses à étapes, le Britannique Froome, privé de la victoire dans la Vuelta 2011 et sans doute dans le Tour 2012 par le jeu d’une équipe entièrement au service de Wiggins, mais aussi Cadel Evans (vainqueur en 2011) et Andy Schleck, trois fois second sur la route consécutivement (2009, 2010, 2011). Autant dire qu’en cas d’absence de Contador, la course perdrait évidemment beaucoup de son intérêt, ce qui en revanche ferait le bonheur du Giro, où les organisateurs seraient ravis de voir l’affrontement entre Contador, Wiggins et les meilleurs coureurs italiens sur les routes transalpines. Cela donnerait un sacré lustre à la grande course italienne, ce qui ne serait que justice, car après tout le Giro a lui aussi une belle histoire et un palmarès que le Tour de France ne surpasse guère. En fait parmi les très grands champions seuls Armstrong, Bobet et Le Mond n’ont pas gagné le Giro.

Et puisque j’ai cité le nom d’Armstrong (désolé je ne peux pas faire comme s’il n’avait jamais été coureur cycliste!), le Giro, comme la Vuelta, a déjà un avantage sur le Tour de France, à savoir le fait que son palmarès n’est pas amputé de plusieurs éditions. Autre chose, l’épreuve italienne a su conserver une certaine tradition, sans succomber à un gigantisme qui devient de plus en plus pesant dans la course française. Cela donne une ambiance qui plaît aux coureurs, lesquels ne cessent de louer la passion des tifosi…et leur objectivité, ce qui aurait pu prêter à sourire il y a quelques décennies tellement les coureurs italiens bénéficiaient sans vergogne de poussettes illicites, ce qui n’empêchait pas les étrangers d’adorer le Giro. Koblet, grand rival de Bartali et Coppi, mais aussi Anquetil, puis plus tard Merckx et Fignon, pourtant sévèrement traités par les organisateurs et les supporters ont toujours évoqué avec émotion le Giro, pardonnant tout ce qui avait été négatif pour eux pour ne retenir que la passion du vélo dans ce pays. Une remarque à méditer en France, ce qui explique en partie qu’on attend toujours depuis Hinault et Fignon, un vainqueur du Tour ou du Giro, pendant que les italiens accumulaient les victoires dans les grandes courses à étapes.

Autant de raisons qui me font dire que si le Tour s’obstine à ne plus vouloir attirer en juillet les meilleurs coureurs sous un prétexte dit éthique, cela pourrait à terme se retourner contre lui…ce qui serait ridicule. Si j’écris cela, c’est parce que je me rappelle que l’Equipe (ASO fait partie du groupe de presse Amaury qui est propriétaire de l’Equipe) avait fait des révélations fracassantes en août 2005, affirmant qu’Armstrong avait pris de l’EPO en 1999. Pourtant cela n’avait pas empêché Armstrong d’être accueilli à bras ouverts dans le Tour de France en 2009, l’année de son retour. Bref, ne pas accepter Contador et son équipe dans le Tour priverait à coup sûr les fans de vélo d’une course de légende pour sa centième édition, ce qui pourrait faire les affaires des autres grands tours.

 D’ailleurs tous les observateurs, spectateurs et téléspectateurs ont souligné cette année que la Vuelta avait été autrement plus attrayante que le Tour insipide que l’on a vécu. Elle l’a été d’autant plus qu’aucun autre coureur n’est capable d’animer la course comme Contador en montagne, alors que des coureurs comme Evans ou Wiggins manquent cruellement de ce panache qui rend une course attractive et émouvante. Que retiendra-t-on dans quelques années du Tour 2012 ? Peu de choses, à part voir le train Sky se déployer dès que la route s’élevait, et plus encore le fait que Froome, après avoir simulé une attaque en deux ou trois occasions, se soit retourné pour voir où était son leader…et l’attendre. En revanche tout le monde se souviendra pendant des années de l’étape Santander-Fuente Dé, où Contador construisit sa victoire dans la Vuelta, comme on se souviendra de l’attaque de ce même Contador dans l’Etna lors du Giro 2011, sans oublier l’offensive de Schleck dans l’étape du Galibier dans le Tour 2011, ou celle de Contador dans ce même Tour de France le lendemain vers l’Alpe d’Huez. On le voit, Contador reste le meilleur animateur d’une course…quand il a le droit d’y participer.

Mais au fait lequel d’ASO (organisateur du Tour) ou de Contador peut le plus se passer de l’autre ? Difficile à dire, même si pour ma part je pense que le grand perdant serait le Tour de France, comme cela fut démontré cette année. En revanche, s’il ne participe pas au Tour de France, Contador peut acquérir la gloire sur d’autres routes que celles du Tour, comme il l’a prouvé pendant les deux mois qu’a duré sa saison 2012. Pour un sponsor,  même si le Tour bénéficie d’une plus grande couverture médiatique que le Giro et plus encore la Vuelta, le fait qu’on parle énormément de Contador et de son équipe pendant les trois semaines que durent le Giro et la Vuelta, suffit à rendre son investissement rentable. Pour ASO, en revanche, le fait de ne pas avoir tous les meilleurs coureurs peut lui être beaucoup plus préjudiciable, surtout si en plus le parcours n’offre pas les mêmes possibilités d’attaque en montagne, comme ce fut le cas cette année avec la part trop belle faite aux rouleurs.

A ce propos, l’histoire du Giro est là pour nous rappeler que le cyclisme sans grandes étapes de montagne et sans grands grimpeurs est beaucoup moins attractif. Si je dis cela à propos du Giro, c’est parce que cette épreuve a beaucoup souffert dans les années 80 de parcours faits sur mesure pour Moser et Saronni. En revanche, y compris l’an passé grâce à l’envolée de Thomas de Gendt dans le Stelvio lors de la dernière étape de montagne, les dernières éditions du Giro ont été globalement très intéressantes, notamment celles de 2008 (vainqueur Contador), de 2010 (vainqueur Basso) et 2011 (vainqueur Contador sur la route). Et il ne faut pas oublier que si Contador ne participe pas au Tour de France 2013, faute d’avoir été invité ou de l’avoir été trop tard, l’année suivante le Pistolero pourrait très bien choisir un programme comportant le Giro et la Vuelta, ce qui lui permettrait d’arriver en grande forme aux championnats du monde 2014 disputés en Espagne sur des parcours taillés pour lui, que ce soit contre-la-montre ou sur la course en ligne.

Et rien ne dit que Contador ne sera pas imité dans son approche des championnats du monde 2014 par d’autres grimpeurs patentés comme Andy Schleck ou Froome, sans parler de Rodriguez ou Valverde. Dans ce cas qui participera au Tour de France ? Oui, décidément le Tour de France a beaucoup à perdre en voulant jouer les pères la vertu, car une baisse de la qualité de la participation pendant quelques années aurait  vite fait de ramener une épreuve, pour aussi prestigieuse qu’elle soit, à un rang inférieur à celui qu’elle a aujourd’hui. En fait, ASO aurait tort de croire que la vertu est une exclusivité française, comme les Français l’imaginent trop souvent, et que le prestige du Tour est suffisant pour le protéger contre tout ce qui pourrait l’atteindre. Cela étant, je suis persuadé au fond de moi-même qu’ASO, malgré ses dénégations, saura trouver les motifs d’attirer pour la centième édition de son épreuve les meilleurs coureurs…comme c’est le cas dans tous les autres grands sports. Imagine-t-on le championnat du monde de Formule 1 sans Ferrari, Red Bull, Mac Laren, Mercedes ou Lotus ? Pourquoi le vélo s’infligerait-t-il toutes ces peines….contre l’avis de la quasi-totalité des gens qui vont sur les routes voir les coureurs ? C’est un mystère, et comme tous les mystères il est inaccessible à la raison.

Michel Escatafal