Un mois de janvier très maussade pour qui aime le rugby

Cette fois le XV de France, c’est sûr, va gagner le Tournoi des 6 Nations, sorte de mini championnat d’Europe pour le rugby. Mini parce qu’il concerne non pas six nations mais quatre en réalité, à savoir la Grande-Bretagne, l’Irlande, la France et l’Italie. Et pourtant dans ces pays le rugby est considéré comme le deuxième sport collectif, après le football, avec une forte propension à ressembler à ce dernier, avec toujours plus de compétitions destinées à alimenter les caisses des fédérations et des clubs, les tournées d’automne et d’été étant désormais immuables dans un calendrier beaucoup trop surchargé, notamment en Europe, avec les dégâts sur la santé des joueurs que j’ai déjà évoqués sur ce site. Je n’y reviens pas, même si on a eu très peur il y a deux semaines avec le terrible K.O. subi par le jeune Ezeala, suite à une charge dévastatrice (régulière) du racingman Vakatawa. Quand va-t-on comprendre que le rugby, tel que nous l’avons pratiqué dès notre plus jeune âge, est devenu depuis l’avènement du professionnalisme, un sport où seules la force et la puissance prédominent, au point de se demander si l’on ne va pas faire comme les Américains avec leur rugby-football, à savoir jouer avec des casques?

Où sont nos M. Prat, Martine, les Boniface, Maso, Trillo, Sangalli, Codorniou ou encore Blanco, Charvet et Sella, pour ne citer qu’eux en France, qui misaient essentiellement sur la technique et la vitesse pour déposer le ballon derrière la ligne des poteaux adverses? Et pour enfoncer le clou, je dirais que c’était beau, que c’était même magnifique de voir des joueurs de cet acabit à la manoeuvre, alors qu’aujourd’hui le rugby à XV est devenu une sorte de mauvais rugby à XIII, où un joueur de plus de 90-100 kg arrive lancé à fond, percutant avec toute sa force le défenseur en face de lui pour lui faire mal et le laisser passer la ligne d’avantage. Pire encore, on en arrive à trouver (presque) génial dans notre pays un numéro 9 comme Parra, qui donne l’impression de courir le 100m en 14s, alors que Serin que le nouveau sélectionneur, Brunel, s’est empressé d’éjecter du XV de France avant de le rappeler précipitamment suite au forfait de ce même Parra, est déjà presque considéré comme has been. Certes ce n’est pas nouveau dans notre rugby de préférer des joueurs ordinaires à des joueurs doués d’un grand talent, sinon Maso ou les Boniface, sans oublier Nadal (0 sélection) leur fils spirituel, mais aussi Max Barrau, Gallion auraient 60 ou 70 sélections…comme Parra.

Est-ce que les changements opérés par Brunel seront suffisants pour gagner le Tournoi des 6 Nations et plus tard la Coupe du Monde? Poser la question c’est y répondre. Comment le XV de France pourrait battre l’Angleterre par exemple, alors que les Anglais ont eu tout le temps pour former une équipe en passe de rivaliser avec les All Blacks, après avoir connu une désastreuse Coupe du Monde 2015? La reconstruction a pris un peu de temps, mais le résultat est là : l’Angleterre est redevenue la meilleur équipe européenne en attendant d’être peut-être la meilleure tout court lors de la prochaine Coupe du Monde (2019). Un temps que n’a pas eu Novès à qui on n’a fait aucun cadeau, d’autant que tout est à reconstruire au niveau de l’équipe de France. Novès a essayé de parier sur l’avenir, notamment 2023 avec des joueurs jeunes et talentueux à l’image de son choix comme demi de mêlée avec Serin et Dupont. Problème, la formation dans notre rugby n’est plus ce qu’elle était et avant de pouvoir exploiter tout le potentiel de ces joueurs, à plus forte raison quand ils ont 20 ans comme Belleau, il faut du temps, et il faut avoir une vraie politique pour le XV de France, à commencer par faire du Top 14, un Top 10, ce qui empêcherait les clubs de recruter à bas coût des joueurs de tous les continents, ou trop âgés pour continuer en sélection dans les grandes équipes de l’hémisphère Sud.

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’en écrivant cela je ne veux plus qu’on recrute des étrangers, parce que c’est faux. Je veux bien qu’on ait recruté Wilkinson ou Ali Williams, et plus tard Carter ou Ma,a Nonu, mais pas des joueurs qui vont systématiquement prendre la place de nos meilleurs espoirs, et donc les empêcher de s’épanouir. J’observe d’ailleurs que c’est surtout le cas des avants ou des trois-quarts, là où notre manque de talents est le plus criant. Curieusement il y a des postes où l’arrivée massive de joueurs de l’hémisphère sud a été beaucoup plus mesurée, notamment celui d’arrière ou de demi de mêlée, talonneur aussi, et comme par hasard ce sont des postes où des jeunes joueurs sont en train d’éclore, alors qu’en trois-quart, en troisième ligne, en seconde ligne et chez les piliers c’est un peu le désert, parce que si un jeune est bon à ces postes, les clubs du Top 14 ne prennent pas le temps de les laisser faire leurs armes, ce qui fait qu’ils vont aller aux oubliettes de notre rugby d’élite.

Bien sûr, en écrivant cela je ne fais que retranscrire ce que tous les amoureux du rugby, tel qu’on l’aimait autrefois, peuvent penser, mais comme les jeunes générations ne s’intéressent qu’à ce qui s’est passé dans les toutes dernières années, ceux-ci en arrivent à trouver géniaux des joueurs très ordinaires et à prendre pour des vieux aigris, ceux qui considéraient que les frères Boniface étaient de merveilleux ambassadeurs d’un jeu qui a perdu toute notion de beauté. C’est cela qui différencie le rugby du football, en plus des multiples changements de règles qui font que plus personne en dehors des professionnels ou des pratiquants ne s’y retrouve (j’exagère à peine!). Les règles sont devenues tellement compliquées qu’un match dure aujourd’hui plus longtemps qu’un match de football, avec la vidéo qui devient de plus en plus omniprésente…au point que le football va l’adopter, malgré les nombreux déboires que l’on commence à y trouver là où elle a déjà été mise en place. Qu’on se rappelle ce que disait le grand Lucien Mias : « l’arbitre fait partie du jeu au même titre que le vent ou les poteaux ». A méditer pour tous ceux, au football comme au rugby, et notamment les dirigeants des clubs, qui ne cessent de contester les décisions arbitrales, au point de « faire péter les plombs » à nos arbitres qui rentrent sur le terrain avec un stress épouvantable…ce qui engendre inévitablement de grossières erreurs.

Voilà j’arrête là mes reflexions désabusés sur un sport qui est le premier que j’ai pratiqué, à une époque où on avait le goût de l’histoire et ou on aimait les artistes, quelle que soit leur nationalité, même si on préférait les Français. Que c’était beau de voir les Boniface à l’oeuvre, que c’était beau de voir nos rugbymen avec comme capitaine Rives et à la baguette la paire de demis Gallion- Caussade, rendre fous les All Blacks le 14 juillet 1979, sans parler de ce fameux match Ausralie-France à la Coupe du Monde 1987, où les Français se sont qualifiés pour la finale grâce à un essai somptueux inscrit par Blanco et transformé par Didier Camberabero dans les derniers instants du match, à l’issue d’une action qui avait commencé dans nos 22 mètres et qui avait vu la quasi totalité des joueurs toucher le ballon. Oui, que tout cela était beau à ces époques ou foncer dans le tas était prescrit et où pour être qualifié de génie il fallait avoir des jambes de feu, de la technique et de la vista. Au fait, s’ils étaient nés à ces époques plus ou moins lointaines, combien de joueurs de l’actuel XV de France auraient eu leur place dans ces équipes? Réponse : sans doute aucun, même si Dupont ou Serin ou encore Belleau ont une marge de progression importante, mais leur laissera-ton le temps de s’épanouir? Hélas, j’en doute.

*Bonne année à tous mes lecteurs, en espérant beaucoup de succès au sport français, en espérant aussi que la saison de vélo ne soit pas polluée par les affaires (où en est-on pour Froome?) et donc qu’on ne change pas trop souvent les palmarès, ce qui est aussi le cas pour l’athlétisme, en espérant, en espérant, en espérant…

Michel Escatafal

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Serin et Bézy, ces hirondelles qui vont faire le printemps du XV de France

serinAlors que le peuple français ne parle que de football, le championnat d’Europe des Nations occupant l’essentiel des esprits français, sportifs ou non, il n’y a quand même pas que cela dans l’actualité sportive, comme en témoignent quelques évènements importants. Parmi ceux-ci je citerais les championnats de France d’athlétisme avec les 9s88 de Vicaut sur 100m, la finale du Top 14 qui a vu le Racing Club de France renouer avec ses grandes heures du passé en remportant un titre de champion de France cent fois mérité contre le RC Toulon, mais aussi les matches du XV de France amputé de nombreux joueurs pour cause de phases finales du Top 14, ce qui n’a pas empêché les Bleus de battre enfin l’Argentine (27-0), qui plus est chez elle, avec dans cette équipe de très jeunes joueurs pleins de talent et d’avenir. C’est de cela que je veux parler aujourd’hui, avant d’évoquer le Tour de France dans les jours à venir.

27-0, oui j’ai bien écrit 27-0, voilà une belle victoire remportée loin de l’hémisphère Nord face à une équipe qui figure depuis bien longtemps parmi les huit meilleures du monde. Certes, elle était quelque peu handicapée, mais pas plus que le XV de France de Guy Novès. Cela faisait tellement longtemps qu’on attendait un signe de renouveau de notre équipe ! Cette fois c’est fait, et même si ce résultat estival n’aura jamais l’impact de certaines victoires dans des contrées lointaines, comme par exemple en 1958 quand le XV de France de Mias, Martine, Barthe avait battu l’Afrique du Sud chez elle, ou encore celle de 1979, quand le 14 juillet la France du rugby se réveilla en ayant vu son équipe, emmenée par Rives avec Gallion, Caussade, Codorniou et Aguirre, mettre à terre les All Blacks, cela nous rend quand même heureux.

Et nous le sommes d’autant plus que cette nouvelle équipe comptait énormément de jeunes joueurs avec un grand avenir. Bien sûr les esprits chagrins feront toujours remarquer que l’Angleterre a dominé l’Australie chez elle, mais on ne va pas faire la fine bouche après une aussi longue période de disette, comme notre pays n’en a peut-être jamais connue. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que notre équipe commence à retrouver la joie de jouer et nous en donne donc par ricochet. Mieux encore, il semble que notre réservoir de joueurs s’enrichisse de quelques pépites, comme disent les amateurs de foot, qui ont tout pour devenir ces grands joueurs qui ont tellement manqué au XV de France ces dernières années.

Parmi ceux-ci je voudrais en citer quelques uns qui nous font penser que la patte de Guy Novès commence à produire ses effets. Cet entraîneur emblématique, qui a porté si haut les couleurs du Stade Toulousain à la fois comme joueur et plus encore comme coach, cherche avant tout des joueurs sachant manier un ballon, et pas seulement des plaqueurs gratteurs qui étaient la religion de ses prédécesseurs. Pour ne prendre qu’un exemple, je voudrais citer un troisième ligne comme Kevin Gourdon, que Clermont n’a pas su garder et qui s’est épanoui à la Rochelle. Ce joueur m’a beaucoup plu parce qu’il semble être extrêmement à l’aise avec un ballon dans les mains…ce qui est quand même une des bases du rugby. Un autre joueur m’a impressionné, Rémi Bonfils, le talonneur. Ce miraculé de la vie, qui aurait pu la perdre dans les attentats de novembre dernier, a fait un excellent match aux dires de tous les observateurs, et a montré qu’il pouvait parfaitement suppléer le capitaine Guirado.

Cela dit, c’est dans les lignes arrière que l’on gagne en richesse, avec l’avènement de deux demis de mêlée extrêmement prometteurs, Serin et Bézy. Ces deux numéros 9 sont de futurs grands cracks, comme le furent tant de demis de mêlée français, Dufau, Danos, Lacroix, Max Barrau, Gallion, Astre, Berbizier et plus près de nous Elissalde. Depuis combien de temps cherchons-nous le successeur d’Elissalde ? Quand je dis cherchons-nous, cela signifie ceux qui aiment le rugby que nous rêvons de voir jouer, et non pas un demi de mêlée uniquement buteur, comme par exemple Parra, qui n’est en aucun cas un grand demi de mêlée, malgré ses multiples sélections. Serin et Bézy sont des avions à réaction, et justement pour mettre en place le jeu que veut imposer Novès on a besoin comme numéro 9 d’avions de chasse, et non comme Parra d’avions à hélices. En outre ces deux grands espoirs du poste sont de bons buteurs, comme ils le prouvent dans leur club respectif. Avec eux le ballon fuse, et ils n’ont pas peur de s’engager à la moindre occasion avec leurs jambes de feu. Tout le contraire de Parra ! Et en plus, nous avons aussi Machenaud, demi de mêlée du RCF, qui reste un excellent numéro 9.

Merci à Guy Novés d’avoir fait confiance à ces jeunes lutins, en regrettant qu’il n’ait pas encore trouvé l’équivalent à l’ouverture, Plisson, comme Doussaint, n’ayant jamais vraiment convaincu au plus haut niveau. Ils ont du talent, mais ni l’un ni l’autre ne semblent avoir l’autorité nécessaire à ce poste pour permettre au XV de France de disposer enfin d’une vraie charnière de niveau international. Cela dit, on peut toujours utiliser Serin en numéro 10, même si son poste de prédilection reste en 9. En tout cas, trouver un grand ouvreur sera un des chantiers de Guy Novès dans les mois à venir, tout comme installer une paire de centres qui tienne la route. Mais avec Fofana, Chavancy, Fickou ou Lamerat, il y a des possibilités, même si finalement nous ne sommes pas si riches à ces postes-là, ce qui est le cas aussi aux ailes et à l’arrière où, toutefois nous disposons d’un remarquable spécialiste avec Dulin.

Voilà quelques considérations sur cette équipe de France, sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoir pour la prochaine Coupe du Monde en 2019. En tout cas, Guy Novès paraît bien décidé à installer dès cette année une équipe en vue de cette échéance , et s’y tenir malgré les aléas du Top 14. C’est comme cela que l’Angleterre fut championne du monde en 2003, et je me dis qu’elle pourrait bien l’être de nouveau dans trois ans, comme en témoignent ses résultats depuis son élimination en phase de poule lors de la dernière Coupe du Monde. J’espère qu’à la fin de la saison prochaine, on pourra en dire autant du XV de France. Après tout, avec sans doute un des XV de France les plus faibles depuis des décennies, le rugby français a failli remporter celle de 2011.

Alors, avec des joueurs ayant plus de classe, notamment aux postes stratégiques, pourquoi n’imiterions-nous pas les Anglais. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a trop d’étrangers dans les clubs, comme certains se complaisent à le ressasser, parce qu’en Angleterre il y a aussi nombre d’étrangers, et les résultats internationaux sont bons quand même. Ah les étrangers, l’obsession des Français, comme on peut le constater en voyant les réactions au départ de Laurent Blanc du PSG et l’intronisation d’Unai Emery. Il n’est même pas en poste que les médias français et les forumers franchouillards descendent méchamment l’ex-entraîneur du FC Séville, alors que son palmarès d’entraîneur est supérieur à celui de toute l’histoire du football français au niveau européen avec le FC Séville. Même J.M. Aulas, c’est-dire, a cru bon de critiquer le limogeage de Blanc. Il est vrai que J.M. Aulas est l’idole de nombre de Français, parce qu’il n’a jamais accepté la domination du PSG version qatari. Qu’il se méfie en plus, car si l’Olympique de Marseille trouve un gros investisseur, c’est la troisième place au mieux qui lui sera promise. Et là les Français détesteront et le PSG et l’OM. Pauvre France !!!

Michel Escatafal


Merci aux joueurs du Sud pour le spectacle…et pour notre Top 14

nonucarterJe n’avais pas encore eu le temps de parler de la finale de la Coupe du Monde de rugby, mais ce n’était pas faute d’en avoir envie, tellement ce fut une belle finale. J’ajouterai aussi que les demi-finales furent également très excitantes, l’Afrique du Sud et l’Argentine étant loin d’être des faire-valoir. Cela me permet d’écrire, une nouvelle fois, qu’il ne faut surtout pas avoir de regrets pour le XV de France…parce qu’il était très loin du niveau requis pour briller dans cette Coupe du Monde 2015, les miracles ayant pour particularité de ne pas se renouveler. D’ailleurs au risque de me faire quelques ennemis franchouillards, je rappellerais qu’en 2011 notre équipe avait été battue à deux reprises en phase de poule, par la Nouvelle-Zélande, ce qui était logique, mais aussi par les Tonga, ce qui ne l’était pas du tout. Bref, ce fut un miracle de sortir d’une poule qui n’avait rien d’être celle de « la mort ». Et en demi-finale, les Français l’avaient emporté miraculeusement, grâce à trois pénalités contre un essai non transformé et une pénalité pour des Gallois qui ont joué plus d’une heure à 14.

Reste la finale que nos joueurs auraient pu gagner sans un arbitre plus ou moins aveugle sur les fautes néo-zélandaises, puisque le XV de France ne fut battu que d’un point par une Nouvelle-Zélande loin de pratiquer son meilleur rugby, et de surcroît handicapée par l’absence de Dan Carter. Cela étant, un grand XV de France, tel que nous en avons connu plusieurs par le passé, aurait fini par vaincre cette pâle équipe All Black…avec un jeu et un état d’esprit un peu plus ambitieux. Il fallait bien payer d’une façon ou d’une autre quatre années de difficultés avec le sélectionneur Marc Lièvremont, comme il fallait bien que l’on paie au prix fort quatre années d’errances avec l’ineffable Philippe Saint-André qui lui avait succédé en 2011. Cela ne m’empêche pas de dire, encore une fois, que la faillite de notre XV national n’est pas seulement due aux limites de nos deux derniers sélectionneurs, même si leur responsabilité est grande, car si le problème ne tenait qu’à cela, cela signifierait qu’avec Guy Novès à sa tête, le XV de France redeviendrait très vite la nation majeure de l’hémisphère Nord, et donc un candidat très crédible pour la victoire à la prochaine Coupe du Monde. Non, il y a énormément de problèmes à régler au niveau des instances dirigeantes, étant entendu qu’il y a au moins une chose dont on peut être sûr avec l’arrivée du grand technicien toulousain, c’est qu’il ne pourra pas faire plus mal que ses deux prédécesseurs.

Cela étant, force est de reconnaître que la Nouvelle-Zélande est bien le pays par excellence du rugby à XV (3 coupes du monde sur 8 éditions), comme l’Australie est la référence du rugby à XIII (9 coupes du monde sur 13), les Etats-Unis du basket (14 titres olympiques sur 17 possibles), le Brésil du football (5 coupes du monde sur 20) ou la France du handball (10 titres mondiaux ou continentaux en 25 ans). Cela situe la portée de l’exploit néo-zélandais avec ce troisième succès mondial, le deuxième consécutif, ce qui est inédit. Il est vrai que les All Blacks demeurent depuis les années 1920 au tout premier rang du rugby mondial, cette équipe étant déjà appelée « les Invincibles » en 1924, suite à une tournée victorieuse en Grande-Bretagne. Pour mémoire, il faut rappeler que la première victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande eut lieu seulement en 1954 à Colombes, avec une ossature lourdaise (Claverie, Martine, Maurice et Jean Prat, Domec), plus des joueurs emblématiques comme son inamovible demi de mêlée Gérard Dufau, mais aussi André Boniface qui avait 20 ans à l’époque, ou encore les deuxièmes lignes Chevalier et Lucien Mias. Ensuite il a fallu attendre 1979 pour voir le XV tricolore s’imposer en Nouvelle-Zélande, grâce là aussi à la présence dans ses rangs de joueurs aussi doués que l’arrière Aguirre, le centre Codorniou, la paire de demis Gallion-Caussade, les troisièmes lignes Joinel et Rives, et une première ligne composée de Dubroca, Dintrans et Paparemborde. On notera dans les deux cas que le XV de France disposait à ces époques de joueurs de très grande classe…qui ont fait tellement défaut à l’équipe qui vient de disputer la dernière Coupe du Monde, ce qui prouve que le mal est vraiment profond, surtout si en plus on pratique un rugby de tranchées face à des équipes qui ont adopté depuis longtemps un jeu complet…comme on savait le faire dans notre pays au siècle précédent.

Voilà le constat que l’on peut faire à la fin de la Coupe du Monde 2015, épreuve qui a eu le mérite de couronner la plus belle équipe, d’avoir en finale les deux meilleures, et en demi-finale les quatre qui le méritaient le plus…toutes appartenant à l’hémisphère Sud. Ce n’est pas une coïncidence, et cela aussi tord le cou aux remarques de ceux qui ne cessent de critiquer le Top 14 et ses étrangers, ces derniers ayant été parmi les meilleurs joueurs, qu’il s’agisse des ailiers Habana (Afrique du Sud), Mitchell (Australie) et Imhoff (Argentine) ou du centre Giteau (Australie), pour ne citer que des joueurs ayant participé aux demi-finales. Et pour ma part cela ne me dérange pas du tout, en tant que spectateur ou téléspectateur, que des stars étrangères comme Nonu, Carter, Slade, Kepu, Quade Cooper, Genia, Vermeulen, Adam Ashley-Cooper, O’Connell, Bismarck Du Plessis ou Conrad Smith débarquent en France ce mois-ci ou le mois prochain. Au contraire, même s’ils prennent la place, aux dires de certains, des joueurs français, ils peuvent donner à ceux-ci des leçons de professionnalisme, notamment aux plus jeunes. A ce propos je trouve débile d’entendre Pascal Papé, un des joueurs le plus souvent sélectionnés en équipe de France, estimer que « l’arrivée massive de joueurs étrangers majeurs dans le Top 14 est un frein au développement de l’équipe de France ». Débile pourquoi ? Parce que Papé n’a pas fait la démonstration de ses qualités pendant la Coupe du Monde, alors que ces nouveaux joueurs n’étaient pas encore arrivés. En outre, si Papé et ses copains de l’équipe de France, malgré leurs faibles performances, sont bien payés pour jouer au rugby en France, c’est aussi parce que le Top 14 génère pas mal d’argent grâce aux stars étrangères qui y jouent. Heureusement, tous les joueurs de l’équipe de France n’ont pas cette mentalité, puisque le talonneur toulonnais Guirado se réjouit de l’apport des joueurs du Sud, notamment à travers « leur conception du rugby ».

Fermons la parenthèse pour noter que parmi ces étrangers qui débarquent à Toulon, au Racing ou ailleurs, il y a déjà celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter, en espérant qu’il aura davantage de chance au Racing que lorsqu’il est arrivé à l’USA Perpignan, club dans lequel il a joué seulement cinq matches en 2009, à cause d’une grave blessure. Ah les blessures ! Là en revanche, il y a de quoi s’inquiéter, comme je l’avais écrit dans un article en avril 2013 (Les affres du rugby professionnel…), car les impacts physiques sont de plus en plus terribles, et font de plus en plus de dégâts. Il y a aussi la vidéo, que les gens du football réclament à cor et à cri, mais qui finit par hacher le jeu à force d’y avoir recours à tout propos. Elle ne devrait être utilisée que pour valider un essai ou, très ponctuellement (j’insiste) pour permettre à l’arbitre d’éviter de faire une grosse erreur. Il y a enfin, comme je l’ai déjà évoqué précédemment, la domination très nette de l’hémisphère sud, le Nord semblant perdre de plus en plus de terrain. Même les Argentins, qui ont intégré depuis peu les compétitions du Sud, sont aujourd’hui supérieurs aux Français et aux Britanniques. On notera au passage que lesdits Argentins opèrent pour une grande majorité dans les clubs européens, à commencer par le Top 14, et que cela ne les empêche pas de progresser. Au contraire, tous reconnaissent que leurs progrès sont dus au fait de se frotter chaque semaine aux meilleurs joueurs opérant en France ou dans les Iles britanniques. D’ailleurs, comment progresseraient-ils dans leur championnat argentin ? Papé devrait y penser, plutôt qu’aller dans le sens des supporters franchouillards qui veulent moins d’étrangers. Il est vrai qu’au royaume des aveugles…

Michel Escatafal


Et ça continue encore et encore…un match ?

XV de FranceVoilà, nous venons d’avoir la composition de l’équipe qui va devoir faire en sorte que nous sortions de la Coupe du Monde avec un minimum de dignité, ou, si l’on est optimiste, pour réussir les mêmes exploits que les équipes de 1999 et 2007, à savoir battre les Néo-Zélandais. Tout d’abord disons que l’on ne change pas grand-chose finalement par rapport à l’équipe qui a fait faillite contre l’Irlande, pour la bonne raison qu’il faut faire avec les joueurs que l’on a emmené en Angleterre. On ne pouvait guère changer 7 ou 8 joueurs comme on peut le faire dans le Tournoi des 6 Nations. Donc on va jouer sur la fierté, sur l’impossible exploit, étant entendu « qu’impossible n’est pas français », comme l’aurait dit Napoléon, lequel a pu s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner, même si l’on est dirigé par un génie, lui-même aidé par de grands soldats, si tous les ingrédients pour la victoire ne sont pas rassemblés.

Or, justement celui qui dirige la manœuvre de cette équipe de France n’a rien d’un génial sélectionneur, pas plus que ses lieutenants. Et pourtant tous furent de grands soldats du XV de France à des époques différentes, à commencer par le sélectionneur qui, ne l’oublions pas, marqua un des essais du dernier siécle en 1991 (contre l’Angleterre à Twickenham), son acolyte, Lagisquet, participant activement à un autre des plus merveilleux essais construits par le XV de France dans sa longue histoire, en demi-finale de la Coupe du Monde 1987. Si je fais ce rappel historique, c’est d’abord pour montrer que, malheureusement, ces deux XV de France que j’ai évoqués à travers ces essais d’un autre monde, avaient dans leurs rangs des joueurs infiniment meilleurs que ceux dont dispose de nos jours le rugby français.

A cette époque, il n’y avait dans le XV de France pratiquement que des joueurs figurant parmi les meilleurs du monde, notamment dans les lignes arrières. Qu’on en juge : cinq figuraient déjà dans l’équipe vainqueur de l’Australie en demi-finale de la Coupe du Monde 1987, et ils s’appelaient Blanco, Sella, Mesnel, Didier Camberabero et Berbizier. Ensuite, les départs de Lagisquet et Charvet furent compensés par l’arrivée de Lafond et…Saint-André, qui récupéra lors de ce fameux Angleterre-France de 1991 un merveilleux coup de pied de recentrage de Didier Camberabero, ce qui ponctuait une relance de la ligne de but ou presque initiée par Blanco, lui-même aujourd’hui dans le staff de l’équipe de France. Tout cela pour dire que je n’aurai pas la cruauté de comparer les joueurs poste pour poste tellement il y a une différence de classe entre eux. Aucun joueur des lignes arrières de l’actuel XV de France n’aurait sa place dans les équipes dont je viens de parler, pas même le plus doué de tous en classe intrinsèque, Michalak, en raison de ses 33 ans. Je vais être méchant, mais qui oserait comparer Spedding à Blanco, ou pire Sella à Dumoulin ou encore plus pire si c’est possible, Parra à Berbizier. N’en jetons plus !

Et dire que c’est beaucoup sur les quatre joueurs que je viens de citer que Saint-André, ailier très supérieur en son temps à Nakaitaci ou Dulin, mise pour redonner des couleurs à l’attaque française. On comprend aisément que ceux qui connaissent un minimum le rugby, pour avoir eu un ballon dans les mains pendant quelques années, se demandent à quelle sauce notre équipe va être mangée. Je précise au passage que si je n’ai parlé que des lignes arrières, c’est parce que notre pack, s’il a récupéré de ses efforts contre l’Irlande, peut peut-être surprendre celui des All Blacks, en tout cas ne pas être outrageusement dominé. Et si c’était le cas, qui sait ce qui peut se passer, d’autant qu’un match de rugby reste un match à jouer et à gagner ?

Cela dit, reconnaissons que Saint-André aurait pu jouer son va-tout d’une autre manière en faisant rentrer des joueurs frais, mais cet homme ne veut jamais prendre le moindre risque. En écrivant cela je veux souligner le manque de logique du sélectionneur, qui n’a pas l’air de réaliser que les Néo-Zélandais sont quand même plus forts que les Irlandais. Dans ce cas, pour gagner ce match, il fallait peut-être introduire un peu de folie, et ne pas hésiter à lancer d’entrée Grosso à l’aile, Kockott à la mêlée ou Nyanga en troisième ligne. A ce propos on peut se demander pourquoi on a fait venir Grosso et ce même Kockott…pour ne pas les faire jouer. Et pourtant le match contre l’Irlande, premier match vraiment dur pour le XV de France dans cette Coupe du Monde, nous avait démontré que  Tillous-Bordes n’était pas un grand demi de mêlée, et que celui qui l’a remplacé, Parra, avait été fantomatique. Et ce n’est pas le remplacement de Bastareaud par Dumoulin qui va nous rassurer. En fait, le seul changement intéressant se situe devant, avec l’arrivée dans le XV de départ de Le Roux en troisième ligne. Au moins avec lui, comme cela aurait été le cas avec Kockott, on aura un joueur qui n’a peur de rien ni personne. La preuve, il veut « défoncer »Mac Caw. Certes ce n’est pas comme si c’était fait, mais au moins on a un guerrier dans cette équipe.

Néanmoins ces propos belliqueux, dans le bon sens du terme, ne nous empêchent pas d’être très inquiet sur le résultat, car il va falloir défendre pendant 80 minutes face à des All Blacks qui, soyons-en sûrs, vont attaquer ce match à fond, ce qui va exiger de nos joueurs une énorme dépense physique…qui pourrait nous coûter cher en fin de match, comme ce fut le cas contre les Irlandais. En outre, cette fois les Blacks ne commettront pas l’erreur de sous-estimer les Français, parce que ceux-ci ont la réputation de n’être jamais aussi dangereux que lorsqu’on ne les attend pas. Il n’empêche, même si l’on fait preuve d’un optimisme forcené, même si ceux qui croient au ciel vont faire brûler des cierges, on ne voit pas comment cette équipe pourrait battre les Néo-Zélandais.

Toutefois c’est ce que nous disions et écrivions il y a quatre ans, et la France perdit d’un point (8-7) une finale de Coupe du Monde qu’elle n’aurait jamais dû perdre…face à ces mêmes Néo-Zélandais, lesquels furent avantagés par des décisions arbitrales souvent très contestables. Ah cette fin de match haletante, avec un Trinh-Duc ébourrifant, qui avait remplacé Parra blessé par un coup de genou de Mac Caw! Au fait, il est où Trinh Duc ? A Montpellier, tandis que Parra est toujours là, même s’il a réussi l’exploit samedi dernier d’être encore plus nul que Tillous-Bordes quand il est rentré, peu après la mi-temps. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Saint-André, qui a toujours privilégié la densité physique, n’a pas utilisé davantage Kockott ? J’arrête là, car certains vont trouver que je fais une fixation sur Parra. Ils ont tort si c’est le cas, parce que je souhaite de tout cœur la victoire du XV de France, et je maintiens que Kockott et même Machenaud sont meilleurs joueurs que Parra, et en plus eux aussi savent buter.

Michel Escatafal


Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes…

kockottEt si l’on parlait de rugby, même si ce n’est guère réjouissant en ce moment. C’est vrai, je ne suis pas comme les commentateurs de la télévision qui arrivent à se pâmer pour un bon coup de pied par-dessus ou pour une charge qui fait avancer de 10 mètres. J’avoue même que je ne reconnais plus le rugby français, faute de retrouver ce talent imaginatif que le monde entier lui enviait. Il est vrai que j’appartiens à une génération qui apprenait à jouer au rugby en ayant bien soin de travailler sur les fondamentaux du jeu, notamment à ne surtout pas manquer une passe en attaque, ou à ne pas se débarrasser du ballon pour le donner à l’adversaire. Si l’on donnait un coup de pied de déplacement, c’était pour faire avancer l’équipe et non pas pour essayer de repousser l’adversaire le plus loin possible. Bref, vous le savez et l’avez compris, je ne me retrouve guère dans le rugby tel qu’on le pratique aujourd’hui, notamment dans le Top 14, où on joue surtout pour ne pas perdre. Mais le problème est que l’on joue aussi pour ne pas perdre en Equipe de France…et que l’on perd plus souvent qu’à son tour. La France est, ne l’oublions pas, septième nation mondiale, mais combien de nations jouent au rugby dans le monde, même si officiellement il y a 102 pays comptabilisés dans le classement officiel de l’IRB ?

Quand je dis « jouent au rugby », cela signifie que ce sport est parmi les plus importants du pays, comme chez nous par exemple. La France est septième sur douze ou treize nations qui comptent réellement, ce qui n’a rien de glorieux. Et encore j’inclus dans ces nations l’Italie et l’Argentine…qui sont surtout de très grands pays de football. La preuve, qui connaît parmi les amateurs de rugby le nom de deux ou trois clubs de ces pays ? J’ajoute aussi que, malgré tout le respect qu’on leur doit, qui peut considérer les Fidji ou Tonga comme des grandes nations ? Cela veut donc dire que la France a devant elle les trois grandes nations du Sud (Nlle-Zélande, Australie, Afrique du Sud) et les trois nations européennes qui dominent le Tournoi depuis quelques années, à savoir l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande. Voilà le constat, le vrai, de notre place dans le monde : nous n’avons derrière nous comme « grande nation » historique que l’Ecosse, battue ce week-end par l’Italie, une équipe d’Ecosse que la France a battu très difficilement au Stade de France (15-8).

Ces quelques remarques doivent relativiser tout ce que l’on peut lire sur les revues ou sites web spécialisés, et les commentaires des internautes qui vont avec. Désolé si je me moque une nouvelle fois de ces derniers, mais leurs remarques sont tellement affligeantes que cela ne prête guère à sourire. La preuve, quand ils commentent les matches de l’équipe de France, ils ne parlent que des joueurs de leurs clubs. En outre, et là j’aurais tendance à rejoindre Saint-André, même si je ne suis absolument pas fan du sélectionneur, lesdits joueurs bénéficient très souvent d’une aura qu’ils n’ont pas mérité, sauf à considérer que figurer nu sur un calendrier, faire des opérations publicitaires pour telle boisson ou vêtement, est un critère de référence pour apprécier leur talent. Je sais, ce que j’écris ici fait « ancien combattant », mais reconnaissons qu’élire Talent d’or Parra après le match France-Pays de Galles relève de la fantaisie, même si samedi il a réalisé (pendant un peu plus d’une mi-temps) une prestation proche de son meilleur niveau, lequel est loin du très haut niveau international. Biggar, l’ouvreur gallois, ou l’impeccable arrière-buteur toulonnais Halfpenny méritaient beaucoup plus cette distinction, dévalorisée à jamais dans l’esprit de ceux qui savent ce que c’est qu’avoir un ballon de rugby dans les mains.

Cela dit, où va le XV de France ? C’est une question qu’on se pose depuis la Coupe du Monde 2007, que l’on aurait dû gagner. Oui, même si l’équipe de France n’a été battu que d’un point en finale de la Coupe du Monde 2011, après un parcours aussi miraculeux que triste jusque-là, la meilleure chance que nous ayons eu de remporter une Coupe du Monde fut certainement celle qui s’est déroulé en grande partie chez nous, d’autant que nos tricolores avaient éliminé à Cardiff, en quart de finale, la seule équipe qui semblait légèrement au-dessus de la nôtre. Hélas, comme souvent, notre équipe s’est faite battre par celle d’Angleterre alors que les portes de la finale semblaient grandes ouvertes. On ne va pas refaire l’histoire, mais on observera que le XV de France avait cette année-là remporté le Tournoi des Six Nations, comme l’année précédente, après avoir obtenu la deuxième place en 2005, battu seulement par le Pays de Galles qui avait réalisé le grand chelem. Tout cela pour dire que cette équipe, préparée par Bernard Laporte, avait un vécu et une permanence au plus haut niveau, en plus évidemment de disposer de quelques uns des meilleurs joueurs de la planète à leur poste (Marconnet, Ibanez, Pelous, Haridornoquy, Elissalde, Michalak, Clerc et Jauzion).

Or justement, ce qui manque aujourd’hui au XV de France, c’est d’abord cette absence de victoires contre les meilleures équipes, et le manque cruel de joueurs de niveau international. Combien de joueurs du XV de France auraient aujourd’hui leur place dans les meilleures équipes du monde ? J’ai peur de répondre, parce que je ne vois pas un seul joueur à citer, à part peut-être le meilleur Fofana. Je dis bien le meilleur Fofana, celui d’il y a deux ans ! J’aurais envie d’ajouter Dulin, mais ce dernier a souffert d’une longue absence, ce qui n’enlève rien à son talent. Ah si, j’allais oublier Rougerie…qui a 35 ans, et qui est encore dans le coup. Au fait pourquoi ne le sélectionne-t-on pas ? A cause de son âge ? Mais, lui au moins, a la classe internationale, ce qui est quand même un bon argument. Voilà, je ne veux pas jouer au sélectionneur, car tout le monde peut faire cet exercice…sans évidemment avoir tous les éléments. Il n’empêche, notre rugby ne sort plus de cracks depuis quelques années, et c’est là qu’il faut se poser des questions.

D’abord, comment se fait-il que des joueurs brillent en Top 14, le meilleur championnat de la planète, nous dit-on, et ne rééditent pas les mêmes performances en équipe de France ? Là nous sommes dans du concret, et malheureusement les réponses ne viennent pas, parce que tout simplement nous n’avons pas d’équipe dans la continuité. Encore une fois, nous allons partir à la Coupe du Monde avec une trentaine de joueurs qui n’auront que très peu joué ensemble, alors que les rivaux du XV de France (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Angleterre, Irlande, Galles) joueront avec des joueurs qui opèrent ensemble depuis plusieurs années. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura pas une ou deux révélations de l’année, mais le socle sera là, contrairement au XV de France qui n’en a pas. Combien de joueurs ont été « consommés » depuis quatre ans? Au moins de quoi former trois équipes avec les remplaçants (81), ce qui laisse imaginer le handicap que nous allons avoir face aux meilleurs.

Et comment ceux qui jouent pourraient-ils briller, sachant qu’à leur première erreur ils vont se retrouver sur le banc des remplaçants ou non sélectionnés le match suivant. Pourquoi Parra joue à peu près toujours à son niveau (moyen) en équipe de France ? Parce qu’il est certain d’être sélectionné s’il n’est pas blessé, et donc qu’il est un des très rares à ne pas jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Malheur à son remplaçant s’il rate une passe ou une pénalité ! En écrivant cela je pense à Machenaud, très bon avec le Racing depuis le début de la saison, et plus encore à Kockott qui, j’en suis certain, est le meilleur demi de mêlée que nous ayons, n’en déplaise à tous ceux (très nombreux) qui ne s’intéressent qu’à sa nationalité sud-africaine, mais on le fait jouer avec le frein à main, alors que c’est un joueur qui doit être son patron sur le terrain pour s’exprimer à son meilleur niveau. Il faut le prendre tel qu’il est, car il aime avoir des responsabilités. C’est un joueur très physique, dynamiteur de défense (genre Kelleher), qui pourrait faire le bonheur de n’importe quelle équipe, mais pas de l’équipe de France. Il n’est pas formaté pour jouer avec des systèmes cadenassés qui n’en sont pas réellement, mais qui empêchent les joueurs de s’exprimer à 100% de leurs moyens. Pire même, on ne le fait pas buter alors qu’il est un des seuls joueurs sélectionnables capable de passer des pénalités de près comme de loin (plus de 50 mètres). Pourquoi ne pas lui avoir laissé tenter une pénalité importante contre l’Ecosse tout à fait dans ses cordes ? Parce que c’était aller à l’encontre des consignes ? A croire qu’on ne voulait pas lui donner l’occasion de briller !

Alors certains vont me dire que nous étions à peu près dans la même situation il y a quatre ans, et que cela n’a pas empêché le XV de France d’aller en finale de la Coupe du Monde 2011, et d’être battu d’un seul petit point. Mais cette situation n’avait-elle pas quelque chose de miraculeux, à commencer par le fait pour les Gallois d’opérer à quatorze pendant la totalité de la demi-finale ? Curieux que personne ne retienne cela, comme personne ne retient ce que j’évoquais précédemment sur le faible nombre d’équipes compétitives dans le rugby. N’oublions qu’à une unité près, on connaît déjà pratiquement les quart de finalistes de la Coupe du Monde, vu le peu d’universalité du rugby.

Et comme si cela ne suffisait pas, on ne compte plus le nombre de joueurs français qui sont blessés. Pourquoi tant de blessures ? La faute au Top 14 ? Peut-être, car il faut reconnaître que les joueurs sont très sollicités dans notre championnat ô combien rugueux, où la qualification aux demi-finales apparaît vitale à tellement de clubs, sans parler de la descente en ProD2. Bref, notre rugby national n’a pas les moyens de son ambition, et nous allons finir comme les Anglais en football, avec des équipes de club qui ramènent des trophées européens et une équipe nationale qui ne gagne jamais rien. Cela n’empêchera pas nos dirigeants d’être contents, car les droits télés augmenteront. Et oui, on ne peut avoir en même temps le beurre et l’argent du beurre !

Autre question que les gens se posent : faut-il ou non garder Saint-André jusqu’à la Coupe du Monde? Personnellement je ne sais pas, dans la mesure où on ne connaît pas la personne susceptible de le remplacer. Pour ma part, sans être un vrai fan, je pense qu’il n’y aurait que Bernard Laporte pour ce faire. Il a l’expérience du poste, il a fait ses preuves au Stade Français et au RC Toulon, ce qui signifie qu’il a l’habitude du haut niveau. Je suis persuadé qu’en 2007, il aurait été plus efficace s’il n’avait pas été nommé ministre des Sports. La lecture de la lettre de Guy Môquet avant le premier match contre l’Argentine était une grossière erreur, de l’avis de nombreuses personnes. Elle divisait même les enseignants, c’est dire ! Et puis nous étions dans la phase finale d’une Coupe du Monde, il ne fallait pas l’oublier ! Pourquoi ne pas faire chanter aux joueurs les Roses blanches, ce qui aurait fait pleurer ceux qui n’avaient pas été sensibles à la lettre de Guy Môquet ?

Alors que faire ? Difficile à dire, sauf à laisser ce travail aux dirigeants du rugby français qui sont là pour prendre des décisions, et, tant qu’à faire, les bonnes. Il y a quand même suffisamment d’anciens grands joueurs et ou de techniciens autour de cette équipe de France pour arriver à faire quelque chose avec les joueurs sélectionnables qui peuplent le Top 14. L’ennui, et je le répète, c’est qu’on a l’impression que nos joueurs ne savent plus faire certaines choses qu’on faisait avec beaucoup de naturel il y a peu de temps. Un exemple : qui n’a pas été subjugué par les passes au pied d’un Jean-Baptiste Elissalde jusqu’en 2007 ? Combien d’essais le Stade Toulousain et le XV de France ont marqué de cette manière. Si j’ai cité J.B. Elissalde, j’aurais aussi pu citer Michalak et quelques autres qui ne me viennent pas à l’esprit. Autre chose : pourquoi les Britanniques sont-ils meilleurs que les Français pour récupérer le ballon après une chandelle ? Pourtant un Dulin, à l’image de Poitrenaud, est habituellement très fort dans cet exercice, mais plus rarement en équipe de France. Enfin, et c’est sans doute le plus grave, comment se fait-il que le XV de France fasse tomber autant de ballons à chacune de ses attaques ?

A croire que nos joueurs en sélection ne savent plus manier un ballon, ce qui est faux évidemment…et ce n‘est pas la faute de Saint-André ou Lagisquet. Mais si ce n’est pas leur faute à ce propos, leur responsabilité est engagée dans la mesure où ils n’ont pas su trouver une formation type, où les sélectionnés joueraient libérés. Au fait, combien de joueurs ont été utilisés régulièrement hors blessure depuis quatre ans ? C’est simple : il doit y en avoir à peine une demi-douzaine (Huget, Fofana, Parra, Dussotoir, Papé et Mas) sur 81 joueurs utilisés. Ne cherchons pas ailleurs les problèmes du XV de France, d’autant que tous ces joueurs ne sont pas ou plus (Dusotoir, Mas) des cracks au niveau international. L’histoire est là pour nous rappeler que le XV de France n’a jamais été aussi faible que lorsque les sélectionneurs utilisaient un très grand nombre de joueurs, les faisant de surcroît jouer à un poste différent de celui où ils jouaient dans leur club, chose que les sélectionneurs d’aujourd’hui n’hésitent pas à faire (Fofana, Huget, Médard). Un exemple ?

En 1957, les sélectionneurs firent n’importe quoi, modifiant à chaque match du tournoi leur équipe, qui plus est en formant une troisième ligne (Barthe, Celaya, Baulon) contre l’Ecosse …avec des troisièmes lignes centre, et comme si ce n’était pas suffisant, on avait même osé mettre en pilier le troisième ligne centre du Stade Toulousain, Laziès. Résultat : une cuillerée de bois dans le Tournoi. Et pourtant à cette époque notre rugby était très riche en grands joueurs : la preuve, un an plus tard la France battait les invincibles Springboks chez eux et s’imposait en 1959 dans le Tournoi des 5 nations seule, pour la première fois, avec la plupart des joueurs de 1957. Cette année marque aussi la dernière cuillère de bois du XV de France (4 défaites en quatre matches) dans le Tournoi. Cette cuillère, nous l’avons évitée en 2013, mais pas la dernière place puisque nous avons terminé le Tournoi des 6 Nations avec 3 défaites, un match nul et une victoire, en utilisant 35 joueurs. Nous n’avons fait guère mieux en 2014, puisque notre XV a fini à la quatrième place, mais avec 3 victoires et deux défaites. Et cette année ? L’équipe de France a déjà deux défaites, pour une victoire contre l’Ecosse…battue chez elle par l’Italie. Décidément ça ne s’arrange pas ! Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes en vue de la Coupe du Monde, non pas hélas pour voir du rugby comme à l’époque des Prat, Labazuy, Martine, Lacaze, Rancoule, Tarricq, Domec, Barthe ou Mantérola, mais pour espérer un miracle !

Michel Escatafal


Nos rugbymen pourraient devenir des héros en 2015, y compris ceux qui sont nés à l’étranger

K et SAvant de parler rugby, je voudrais souligner une fois encore combien le monde du sport est plein de contradictions. Si j’écris cela c’est parce que je viens de lire sur différents sites que si Angel Di Maria n’a pas signé cet été au Paris Saint-Germain, c’est tout simplement parce qu’il lui était interdit de recruter un autre joueur après l’achat de David Luiz. C’est donc bien ce fameux et ridicule fair-play financier qui a empêché le PSG de se renforcer comme il l’aurait souhaité, pendant que le Real Madrid, le FC Barcelone ou plus encore Manchester United dépensaient des sommes folles pour se renforcer…malgré un niveau de dettes considérable, alors que le PSG n’en a pas. Et après certains nous expliqueront que le fair-play financier est une bonne chose, ce qui est vrai…pour empêcher les clubs ayant des actionnaires richissimes de concurrencer les clubs historiques, lesquels ne veulent pas partager le gâteau qui est le leur depuis des décennies. Il sera amusant de voir le résultat de la plainte formulée par certaines associations auprès du tribunal de première instance de Bruxelles, dont on ne voit pas comment il pourrait entériner ce fair-play financier tel qu’il est. Après tout, comment empêcher des gens qui ont de l’argent de l’investir dans le football…comme d’autres l’ont fait quelques années auparavant ? Ce serait d’autant plus curieux qu’en Europe on ne parle que de concurrence en matière économique. Pourquoi ce qui est valable partout, y compris pour le rail, l’eau ou l’énergie, ne le serait pas pour le football ?

Fermons cette introduction sur l’économie du sport pour parler à présent de rugby, ce que je n’avais pas fait depuis un certain temps. Il est vrai que depuis plusieurs années notre équipe de France n’avait pas de quoi enthousiasmer les foules tant au niveau des résultats que de la manière dont elle s’y prenait pour essayer de gagner ses matches, ce qui n’arrivait que très rarement face aux grandes nations du rugby. Or hier soir le XV de France a battu un des ténors du rugby mondial, deux fois vainqueur de la Coupe du Monde (1991 et 1999) et finaliste en 2003. Cette performance est d’autant plus méritoire que les joueurs français ont non seulement gagné, mais aussi réussi des actions offensives auxquelles nous n’étions plus habitués, ce qui a cloué le bec de ceux qui prétendaient que la victoire contre les Fidji (40-15) ne signifie rien, alors que les Fidjiens ont superbement résisté aux Gallois samedi après-midi (13-17). Une victoire aussi qui n’est pas dû à l’arbitrage « maison » de Monsieur Owens, lequel, malgré un match globalement correct, a fait preuve d’une certaine mansuétude vis-à-vis des Australiens, notamment sur certains placages litigieux, alors qu’il n’a pas hésité à sortir un carton jaune pour Talès, au demeurant mérité si l’on applique le règlement avec toute sa rigueur, alors que ce dernier venait à peine de rentrer en jeu.

Mais me direz-vous, comment le staff de l’équipe de France a-t-il pu rétablir aussi vite une situation que d’aucuns jugeaient désespérée il y a quelques jours, surtout en vue de la prochaine Coupe du Monde dans moins d’un an, après trois ans de tâtonnements ? Est-ce déjà l’effet Blanco, qui est venu apporter sa touche personnelle à notre équipe nationale, ce qui fait dire à certains que c’est lui le vrai sélectionneur du XV de France ? Peut-être, pourquoi pas ? En tout cas, on a l’impression que les joueurs français sont plus libérés qu’avant, et qu’ils n’ont plus peur de prendre certains risques comme ces dernières saisons, sans parler aussi de leurs progrès dans le domaine de la conquête. Autant de questions, auxquelles on aura la réponse dans le prochain Tournoi des 6 nations.

En revanche il semble certain que les sélectionneurs ont enfin trouvé les hommes qu’il fallait à certains postes, et notamment au niveau de la charnière. Il aura fallu en essayer une bonne quinzaine avant, enfin, d’en avoir une ou deux qui tiennent la route au niveau international. Certes là aussi il ne faut pas s’emballer trop vite, mais à la mêlée Tillous-Bordes et plus encore Kockott apportent ce qu’un Parra par exemple, malgré ses  plus de 50 sélections, n’a jamais pu amener au XV de France, notamment cette capacité à accélérer le jeu afin de mettre ses partenaires dans les meilleures conditions. Comme je l’ai écrit dans un article sur lui il y a presque deux ans (Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur), le demi de mêlée clermontois est d’abord et avant tout un excellent buteur, mais cela ne suffit pas au niveau international, surtout face aux numéros 9 des grandes nations du rugby. En tout cas, en deux matches contre les Fidji et l’Australie, Tillous-Bordes et plus encore Kockott ont démontré des qualités que l’on n’a jamais connues chez Parra. Doté d’un très bon jeu au pied, Kockott est rapide, puissant, et en plus c’est un gagneur dans tous les sens du terme, un de ces demis de mêlée capable de galvaniser son paquet d’avants, surtout quand le jus commence à faire défaut. Avant-hier soir, par exemple, il a remarquablement géré la fin de match, à un moment où les Français à 14, avec Atonio blessé, étaient sur le point de craquer. En outre son pied n’a pas tremblé quand il s’agissait de passer, à plus de 40 m, la pénalité de « la gagne » à 8 minutes de la fin du match

Oui, je pense que le XV de France a peut-être trouvé ses deux charnières pour la Coupe du Monde avec Tillous-Bordes et Lopez et celle qui aurait ma préférence composée de Kockott et Trinh-Duc. Là on a l’impression que c’est du solide, avec en outre dans les deux cas un buteur aussi prolifique et régulier que Parra. Mais notre XV national a sans doute aussi retrouvé un pack qui avance, comme en témoignent ses prestations contre les Fidgi et surtout contre l’Australie. Contre les Wallabies, les Français ont été dominés au début du match en mêlée, mais ils ont vite rectifié le tir et ont fini par être dominateurs, sauf tout à fait en fin de match. Ils disposent aussi d’un alignement qui leur a permis de récupérer bon nombre de lancers en touche. Et surtout, à côté des valeurs sûres que sont Dusotoir, Papé, Maestri ou Guirado, il a su trouver des joueurs comme les Toulonnais Menini et Chiocci, sans oublier le surpuissant pilier Atonio et le troisième ligne sud-africain Le Roux, qui a fait un match énorme samedi soir. Tout ce joli monde pouvant être accompagné à la Coupe du Monde par Picamoles, Nyanga ou même Haridornoquy qui, à Toulouse, retrouve une nouvelle jeunesse. Et derrière il y a aussi du beau monde, avec les révélations de Thomas et  Dumoulin, mais aussi Lamerat, plus des joueurs confirmés comme Fofana, Fritz, Huget ou Bastareaud, sans oublier Dulin et Spedding, pour ne citer qu’eux.

Au fait, j’observe que j’ai beaucoup parlé de joueurs étrangers ou d’origine étrangère, attribut qui semble beaucoup gêner nombre de Français qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de Kockott, Le Roux, Atonio, Spedding, ou encore Claessen, tous nés hors de notre pays. Ah les Français, ils ont quand même du mal avec les étrangers, même si leur nom se termine par a, i ou o, ce qui signifie qu’eux-mêmes sont nés de parents ou grands-parents issus de l’immigration, pour notre plus grand bonheur. Et oui, nombre de Français sont vraiment incorrigibles, alors qu’ailleurs ça ne choque pas grand-monde d’avoir dans son équipe nationale des joueurs étrangers, y compris en Nouvelle-Zélande alors que ce pays a une pépinière très riche en joueurs de talent. Certains s’en sont émus, mais les supporters des All Blacks se sont plutôt réjouis que l’on ait sélectionné le remarquable centre tongien Malakai Fekitoa.

Cela étant, rassurons-nous, car si d’aventure les Français remportaient la finale de la Coupe du Monde en 2015 grâce à un essai en dernière minute de Spedding, transformé par Kockott, les supporters du XV de France seraient les premiers à oublier que ni l’un ni l’autre ne sont nés à Mirande ou à Bayonne. En revanche, malheur à eux si la France était éliminée en demi-finale par la faute d’un coup de pied contré. Je vois d’ici les forumers s’insurger sur le fait  d’avoir sélectionné ces joueurs formés à l’étranger, au détriment de joueurs nés à Lavelanet ou Castelnaudary. Que tout cela est triste ! C’en serait même risible, si cela n’avait pas des relents de chauvinisme exacerbé. Heureusement mes parents ne m’ont pas élevé de cette manière, ce qui fait que mon rugbyman préféré s’appelle S.B. Williams suite à la retraite de Wilkinson, mon coureur cycliste préféré est Alberto Contador, mon pilote de Formule 1 favori est Kimi Raikkonen malgré son problème de train avant cette année sur sa Ferrari et pour le football c’est Pastore. Ah j’oubliais, même si je ne connais rien au basket, j’ai une énorme admiration pour Tony Parker, notre emblématique basketteur NBA, né à Bruges (Belgique), fils d’une mère néerlandaise, d’un père américain et marié à une française. En somme un vrai représentant d’une grande partie de la population de notre pays. J’espère qu’à Rio de Janeiro, aux J.O. 2016, ce sera notre porte-drapeau, car nul n’a davantage l’amour du maillot bleu frappé du coq que lui.

Michel Escatafal


Jonny Wilkinson au Panthéon du rugby et des numéros 10

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Avant de parler de ces monstres sacrés que furent Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp et Barry John, prédécesseurs de Jonny Wilkinson au Panthéon des demis d’ouverture, revenons d’abord en quelques lignes sur la finale du Top 14, samedi soir, qui a permis au RC Toulon de réaliser un fantastique doublé, premier club français à réaliser cet exploit avec des équipes anglaises participant à la compétition. Au passage, on observera que les Toulonnais ont fait beaucoup mieux que l’autre finaliste de la Coupe d’Europe, les Saracens, ceux-ci ayant été battus par Northampton après prolongations, à l’issue d’une finale extrêmement disputée (24-20). Fermons la parenthèse pour noter que Jonny Wilkinson aura eu la fin de carrière qu’il méritait, en soulevant avec ses copains toulonnais le fameux Bouclier de Brennus, au terme d’un match où il aura réussi à titre personnel un sans-faute, tant au pied (15 points) qu’à la main. Que rêver de plus pour l’artiste anglais, symbole d’une équipe cosmopolite, où brillent de mille feux les internationaux français, anglais, italiens, argentins, sud-africains, australiens et néo-zélandais (en tout une demi-douzaine de champions du monde) ?

A ce propos j’en profite pour dire que ce qu’a construit Mourad Boudjellal depuis son arrivée au club il y a moins de dix ans est tout à fait admirable, ce qui donne à notre Top 14 une visibilité que les gens de la Fédération sont bien incapbles d’offrir à notre rugby. En écrivant cela je pense aussi à ceux qui ont un siècle de retard, et qui discutent sur le fait de savoir si le RC Toulon est encore une équipe française, un peu comme en football le Paris Saint-Germain. Quel débat ridicule, comme celui à propos des soi-disant « valeurs » qui s’attachent à des clubs qui ont dans leur effectif nombre de grands joueurs internationaux…appelés mercenaires par ces censeurs de pacotille. En tout cas, quand on a vu la rage de vaincre d’un Umaga, d’un Gregan, d’un Mehrtens, d’un Oliver ou d’un SB Williams, et de nos jours d’un Wilkinson, d’un Hayman, d’un Botha, d’un Ali Williams, d’un Giteau ou des frères Armitage, on se dit que le rugby français a bien de la chance d’avoir un président de club qui a su trouver les ressources pour faire venir des joueurs de ce calibre, suffisamment motivés pour remonter de Pro D2 en Top 14, et ensuite remporter des titres.

On comprend aisément la fierté de ce président de club atypique, quand il racontait après la remise du Bouclier de Brennus : « En deux ans, on a gagné trois titres, soit autant que le club en 100 ans. C’est magnifique pour la ville et magnifique pour le club ».Bravo aussi à Bernard Laporte, tellement décrié quand il était sélectionneur du XV de France, malgré des résultats à faire pâlir d’envie ses successeurs (Lièvremont et Saint-André), et qui a su fédérer, avec ses adjoints (Mignoni et Delmas) toutes ces stars et en faire une équipe très soudée, comme l’a si bien noté Alexandre Menini, joker médical (pilier gauche) qui était totalement inconnu il y a trois mois, et qui se retrouve aujourd’hui champion d’Europe, champion de France et sélectionné dans le XV de France… à 30 ans. Mieux qu’Alfred Roques au même âge ! Reste quand même à égaler l’extraordinaire pilier cadurcien des années 1950 et 1960.

Et maintenant, après avoir souligné encore une fois la classe sur et hors du terrain de Jonny Wilkinson, son humilité, sa retenue dans le succès comme dans la défaite, l’admiration qu’il suscite chez ses partenaires…et ses adversaires, comme en témoigne l’attitude des joueurs castrais après la finale, tellement dignes dans la défaite en participant à leur manière à l’hommage rendu à Wilkinson, je vais à présent évoquer les monstres sacrés auquel je compare le merveilleux ouvreur anglais. Des monstres sacrés qui ont marqué à leur manière leur époque, celle-ci étant évidemment très différente de celle d’aujourd’hui, faute d’avoir eu la chance de connaître le professionnalisme, ce qui a parfois privé très tôt le rugby de leur immense talent, leur carrière s’arrêtant alors qu’ils étaient encore très jeunes, sauf pour Jack Kyle.

En parlant de cet ouvreur irlandais, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer la figure de Jack Kyle, dont certains disaient à son époque qu’il était peut-être le meilleur joueur irlandais de l’histoire, grande vedette (on ne disait pas star chez nous à ce moment) de l’équipe d’Irlande qui remporta le grand chelem en 1948. C’était un ancien élève d’un lycée protestant, opérant au North of Ireland F.C., avant de devenir plus tard le docteur Kyle.  Il savait tout faire avec un ballon de rugby dans les mains, y compris buter  s’il le fallait. Si je dis cela c’est parce qu’il ne fut jamais le buteur attitré de l’équipe d’Irlande pendant les onze années que dura sa carrière internationale, entre 1947 et 1958. Celle-ci démarra dans le Tournoi contre l’équipe de France, qu’il avait affrontée l’année précédente à une époque où notre équipe n’avait pas encore réintégré le concert international, suite à sa rupture avec les Britanniques en 1931, ces derniers accusant le championnat de France d’être trop violent et de faits de professionnalisme. Jack Kyle, aux dires de Jean Prat qui l’avait bien connu, était à la fois un remarquable meneur de jeu, sachant surtout créer des occasions pour ses partenaires, et un joueur au pied de grand talent. Il fut un des premiers à utiliser avec efficacité les chandelles pour mettre le feu dans les défenses adverses, chose aujourd’hui banale dans le rugby professionnel, mais Kyle fut une sorte de précurseur à son époque. C’était aussi un excellent défenseur, ce qui prouve qu’il était un ouvreur très complet.

Autre remarquable demi d’ouverture dans les années 50, le Gallois Cliff Morgan. Il entra dans l’équipe du Pays de Galles un peu plus tard, très exactement en 1951 dans un match du Tournoi…contre l’Irlande de Jack Kyle.  Très vite Morgan s’imposa comme un très grand demi d’ouverture, dans un style différent de celui de Kyle. Ses crochets étaient déroutants, et il en usait tellement que parfois il en abusait. En fait son seul défaut était de vouloir trop en faire. Il n’empêche,  dans ses grands jours l’ouvreur gallois était diabolique. Les Français s’en aperçurent à plusieurs reprises, plus particulièrement en 1957, dans un match où nos tricolores furent héroïques mais où ils durent s’incliner contre des Gallois supérieurement emmenés par un Cliff Morgan superbe. Il arrêtera sa carrière très tôt, à l’âge de 28 ans (en 1958), alors que son talent était intact. En tout cas ces deux joueurs ont largement dominé la décennie 1950 à leur poste. La preuve, on parle encore d’eux à l’occasion. En fait le seul concurrent qu’ils auraient pu avoir à cette époque…jouait au centre la quasi totalité du temps, n’opérant à l’ouverture qu’à l’occasion : il s’appelait Roger Martine. Il suffit de lire le compte rendu du match opposant la France à l’Irlande en 1955, pour en être convaincu. Ce jour-là en effet, Roger Martine soutint largement la comparaison avec Jack Kyle, du moins jusqu’à sa blessure à l’épaule au début de la deuxième mi-temps…qui allait sans doute coûter à la France le grand chelem dans son match contre Galles, Martine ayant joué le match contre les Gallois en étant insuffisamment remis de cette blessure.

Autre grand ouvreur britannique, l’Anglais Richard Sharp. Un surdoué parmi les surdoués, capable de démanteler n’importe quelle défense sur une de ses percées dont il avait le secret.  Ce fut le cas en 1960, lors d’un match à Colombes, où les Anglais obtinrent le match nul contre l’équipe de France, sans doute plus forte que sa rivale anglaise, sur un coup de génie de son ouvreur.  Celui-ci en effet réussit une magistrale percée, suite à une balle perdue en mêlée par les Français, donnant à son centre Weston l’essai du match nul…empêchant la France de réaliser le grand chelem. Sharp  ne comptera que 14 sélections internationales dans sa carrière, mais il laissera le souvenir d’un très grand joueur. En tout cas il m’a beaucoup marqué, puisqu’après Roger Martine ce fut ma seconde idole dans le rugby, celui pour qui je me prenais à cette époque avec un ballon ovale dans les mains.

Un peu plus tard, j’ai eu une profonde admiration pour un autre ouvreur gallois, Barry John, un des plus grands talents que le rugby ait connus,  un demi d’ouverture  qui forma avec l’immortel Gareth Edwards la plus emblématique des paires de demis de l’histoire du rugby. C’est peut-être à lui que je comparerais Wilkinson, si justement je devais faire une comparaison. Barry John fut surnommé The King lors de la tournée des Lions britanniques en 1971 en Nouvelle-Zélande, tellement il fut brillant dans le jeu et au pied. Il a largement contribué à faire de l’équipe galloise du début des années 70 une des équipes du vingtième siècle, au même titre que les équipes de France entre 1958 et 1960, ou encore que celle des  All Blacks en 1987. Barry John avait tout pour lui, et savait absolument tout faire avec un ballon de rugby. Remarquable buteur, il était aussi un génial inspirateur des lignes arrière galloises. Il le démontra par exemple dans les matches contre l’équipe de France en 1971 et 1972.

Dans le Tournoi 1971, à Colombes, c’est Barry John qui réussit à marquer un essai qui devait tout à sa classe, après que son pack eut réussi à ravir la balle sur introduction de Max Barrau, notre demi de mêlée. Avec Barry John à la baguette, accompagné de Gareth Edwards, les Gallois faisaient preuve d’une sérénité, d’un sang-froid et d’une maturité exceptionnelles. La classe de sa paire de demis donnait aux Gallois l’illusion qu’ils étaient imbattables. Et ils l’étaient effectivement,  puisqu’ils remportèrent tous leurs matches du Tournoi des Cinq Nations en 1971 et 1972. Ils l’étaient aussi avec  les Lions, équipe dont l’ossature était entièrement galloise, puisqu’ils remportèrent  en 1971 leur série de tests en Nouvelle-Zélande, développant un jeu qui enchanta tous les observateurs de cette nation phare du rugby mondial.

En 1972, Barry John crucifia de nouveau  les Français en marquant quatre pénalités, mais aussi en déployant une maîtrise sans pareille dans tous les compartiments du jeu. Edwards-John : fera-t-on mieux un jour ? Peut-être pas. En tout cas, s’il y avait eu une Coupe du Monde à cette époque, le Pays de Galles l’aurait à coup sûr emporté au moins une fois. Barry John n’aura jamais été champion du monde, contrairement à Jonny Wilkinson, mais son nom restera à jamais gravé dans la légende du rugby, un sport qu’il a abandonné très tôt (à 27 ans en 1972) alors qu’il était au sommet de son art. Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp, Barry John : voilà une belle galerie de portraits de demis d’ouverture britanniques qui ont brillamment marqué leur époque. Je crois être assez objectif pour affirmer que Jonny Wilkinson a toute sa place dans cette galerie, qui le met en bonne compagnie dans la mémoire des amoureux du rugby, y compris des Français. Et pourtant jamais notre équipe de France n’avait connu pareil bourreau, tant en Coupe du Monde que dans le Tournoi. Nous lui pardonnerons d’autant plus volontiers qu’il est devenu le plus français des joueurs anglais, et qu’il nous aura fait profiter de son talent dans le Top 14 pendant cinq ans. Merci et bravo à Mourad Boudjellal (président du RCT) d’avoir cru en lui en 2009, alors que certains pensaient que sa carrière était finie !

Michel Escatafal